Posted in Carnets de route

Moi et mes blessures

Quelles failles reste t-il à éclaircir? Quels maux méritent encore une aide?

Des thérapies j’en ai fait, à des moments où la vie ne me laissait plus le choix. J’ai appris, grandis, compris. Mais j’ai la sensation de revenir sans cesse à la case départ, celle des blessures qui s’attachent.

Je sais que tout dépend de moi, mais est-ce seulement une question de volonté? Est-ce que je n’essaie pas assez? Est-ce que mes travers sont plus profonds que toutes mes tentatives de guérison? Est-ce qu’une fois de plus je me cache à moi-même la vérité?

Les mots m’agressent comme les moqueries à sept ans dans la cour de récréation, comme les menaces à trente ans. Quelque chose vient appuyer sur une plaie qui ne cicatrise pas. Et que je traine en pensant l’avoir apaisée.

A cet instant de ma vie où je voudrai tourner la page du passé, où le moche me donne la nausée, quelque chose me retient, quelque chose me défend de fermer la porte. Je redeviens enfant face aux critiques, aux moqueries (même gentilles), au verbe haut, aux mots faciles qui me rendent fragile. Je me désagrège au lieu de m’affirmer. Je perds mes moyens quand ailleurs je tente de tout contrôler. Pour me rassurer.

Que reste t-il à dégager des combles? Les mots seront-ils suffisants? Combien faut-il encore de temps, de voix pour que la vie devienne plus douce?

Posted in Carnets de route

En corps composés

Credit Kaboompics

J’essaie d’attraper au vol tout ce que j’ai aimé avec toi, de toi, ce diffus des premières heures, cette impression du temps qui n’a pas de limite. Je ne sais pas bien l’amour. Je n’ai jamais été au-delà, j’ai connu les silences et beaucoup d’absence. Alors j’évolue en terrain inconnu et tout ce qui n’est pas stable me semble compromis. Je me sens en sursis.

Je réécris du bout de ma plume tous ces instants magiques, tout ce qui a fait pencher la balance en faveur d’un essai. Et les affinités ont envoyé valser tout ce qui nous éloignait. Même au cœur des tempêtes émotionnelles, il y a toujours eu cette flamme, cet appel vers toi, ce sentiment qui s’enflamme au toucher de ta voix.

Mais plus j’avance, plus je recule, plus j’ai peur, plus je me fonds dans le silence pour que chaque pas loin de toi ne me soit plus si pénible. Je reprends l’armure façonnée pour me protéger. J’efface les possibles, obnubilée par les impossibles. Je ne sais pas comment vivre comme ça.

Alors je m’aventure dans les souvenirs, ils me tiennent au chaud le temps que je saisisse où, quand, comment j’ai commencé à dériver, où, quand, comment c’est arrivé, cette distance entre nous, cet éloignement imposé par le quotidien, cette passion évanouie, ces petites attentions dispersées dans la nuit.

Peut-être que c’est juste la vie de couple, cette vie dont je n’ai aucune idée, qui me prend par surprise et me demande de m’abandonner. Mais comment je compose avec toutes ces insécurités? Je me décompose et j’aimerai que tu lises entre les lignes de mes contradictions.

J’erre sur le chemin à la recherche de ce qui nous tient encore debout, encore amants, en corps composés. Je cherche ta main dans ce que je ne sais pas nommer, ton regard sur un horizon désarticulé, quelques grammes d’un désir presque enfantin pour apaiser l’incertain.

L’été me rappelle la passion, délectation, cet état de vibrations. Peut-être que je veux trop de ce qui n’est plus une composante si présente de nous deux. Peut-être bien que c’est autre chose qui se dessine, quelque chose que je ne sais comment appréhender, qui me demande de lâcher ce qui me tient en sécurité…

Posted in Carnets de route, Variations Littéraires

Ce que j’ai tu, ce que j’ai dit

J’ai tout dit au vent, aux arbres et aux roses, aux ailes dorées et au chant mélodieux de l’oiseau. Tout dit au ciel et à la terre, à la mer et ses vagues, aux morts et leurs âmes

J’ai tout dit au temps qui passe, envoyé valser les secrets qui lassent, toutes ces petites hontes que l’on se traine. Et qui finissent par fendre nos cœurs en minuscules particules de haine.

J’ai tout dit pas à pas. En laissant suspendues les sempiternelles questions des autres. Chacune avec son lot d’attente qui ne pouvait être comblé.

J’ai dit ce que j’ai tu pour me protéger. Et pour ne pas m’avouer surtout que ce silence contenait toutes mes insuffisances.

J’ai tout dit au vide, aux prières, au soleil, aux champs verts, à l’horizon embrumé.

Puis j’ai tout dit aux humains, à leurs points d’interrogation, à leur mutisme qui me donnait tort, à leurs valeurs qui chahutaient les miennes, à leurs regards qui trahissaient cette opinion, souvent si haute – trop haute, qu’ils avaient pu avoir de moi et qui d’un coup se fendait en deux ou en mille.

J’ai tout dit sans ciller pour ne pas prolonger le verdict. J’ai dit les failles du système de mes pensées, les peurs qui ne se montrent pas, les choix de vie désordonnés, les sentiments maladroits, tout ce qui a nourri cette sensation de n’être pas assez.

J’ai dit mes maladresses et mes tourments, au fil des aveux. Tous ces demi-vérités gardées comme des bombes, ces réalités maquillées pour que les yeux ne se chargent pas de buée, pour que ma place ne devienne pas nuée de poussières.

Il reste à lâcher, à oser, à faire danser, les mots, les maux et tous ces à peu près pour ne pas offenser, faire pencher la balance en ma défaveur. Il reste à dire ce qui saute aux yeux mais que je retiens pour que nul ne lâche ma main.

Il reste à me dire à moi tant de choses, celles qui feraient exploser tant de possibles, celles qui viendraient me mettre en position d’équilibre au bord de l’abîme, celles que je sais et que je maintiens dans l’obscurité pour qu’aucune ombre ne vienne davantage chahuter mes nuits ou obscurcir mes pensées.

Il reste à me dire tout ce que j’ai dit au vent il y a bien longtemps…

Posted in Emprise et Renaissance

Quand notre corps nous parle

Photo by Anete Lusina on Pexels.com

Octobre 2012
Fin de journée au bureau. Une douleur fulgurante me terrasse.
Je pense au bébé bien niché dans mon ventre. J’ai peur un peu puis je me souviens, ça arrive parfois ces douleurs inconnues qui me cisaillent les entrailles.
Ça passe. Comme tout. Puis ça revient. Une fois, deux fois, dix fois.
Mon corps pèse lourd et mon visage pâlit d’heure en heure.
Mon patron commande un taxi, je quitte le bureau avant la sortie. Direction la maison.

Je n’aime pas rentrer plus tôt à la maison quand il est là. Je n’aime plus quand il est là.
Mais aujourd’hui pas le choix, il faut que je me couche, que je me repose. La douleur est telle que tenir sur mes deux jambes est impossible.
A peine arrivée je m’écroule sur mon lit, incapable de faire un pas, de dire un mot.
Un peu de nuit. Juste un peu.
Il est déjà là à me demander ce que je fais là, pourquoi je ne lui parle même pas. Je n’en ai pas la force.
Il est déjà là à me dire « repose toi » avant de filer dans le salon. Il ne fait pas attention au bruit qu’il fait en partant.

Deux heures plus tard, aucune amélioration. Un coup de fil et un rendez-vous en urgence chez mon généraliste.
Un taxi aussi. Il ne m’accompagne pas.
Je ne lui en veux même pas. J’attends qu’on me dise que tout va bien, que mon enfant n’est pas en danger.

A l’examen tout va bien.
La douleur ne se dit pas. Elle reste tapie dans son coin.
Je ne sais pas ce qu’il y a. Mon corps ne répond plus.
Il faudra quatre appels incessants pour qu’il décroche et me demande si c’est vraiment important.
Je l’attends dans le froid de la rue, corps battu par la pluie d’automne, pas vraiment là. Heureusement, sinon ce que je vis me paraitrait complètement incohérent, impensable.

Aux urgences on attend encore et je me rends compte à quel point il est inadapté à la vie, à ma vie.
Je lui trouve des excuses pourtant. Beaucoup. Beaucoup trop. Dans cet hôpital, j’aimerai presque que l’on me garde, une nuit au moins, une nuit pour échapper à ma vie.
Pour ne pas avoir à rentrer avec lui, pas ce soir.
Une nuit pour dormir vraiment, plus que quelques heures tourmentées par ses mouvements, les bruits de son cœur contre les draps froissés.

Une inflammation. Douloureux mais pas grave.
Il faudra revenir le lendemain pour une échographie afin d’être certain que le bébé se porte bien.
Je repars avec lui, faible encore pour quelques jours.
A la maison je m’allonge, à 22h30 je n’ai plus le courage de rien. Il me dit quand même « il y a quoi pour le diner ? »
Puis accepte de se coller aux fourneaux, à condition que demain je reprenne le chemin de la cuisine, après tout, les médecins l’ont dit, ce n’est rien. C’est juste histoire de se faire remarquer !

Pourquoi ce récit ?
Pour dire que notre corps nous parle. Et qu’il crie aussi parfois.
Ça commence petit et ça peut virer au pire.
Nous ne sommes pas toujours prêts à entendre. Parce que psychologiquement c’est trop compliqué.
Alors notre inconscient fait barrière et on tient, parfois des dizaines d’année. Et un jour ça craque.
Tout ce qu’on a encaissé se brise et nous sommes à terre.
Ne jamais sous-estimer les alertes du corps. Ne jamais se dire «c’est rien ». Toujours se rappeler que c’est un appel à l’aide.
Si celui-ci est entendu, nous pourrons nous en sortir sans trop de dégâts.
Si nous préférons éviter d’y faire face, les conséquences peuvent être catastrophiques.

J’avançais depuis des mois en pilote automatique. Je ne savais plus qui j’étais, ce que je valais.
Je n’avais plus de repères. Je n’avais plus d’énergie. Je n’avais plus de vie.
Je n’ai pas compris sur le moment mais j’ai senti qu’il se passait quelque chose et que si je ne faisais rien, j’allais basculer de l’autre côté.
J’avais devant moi assez de modèles pour savoir ce que ça pouvait donner.
C’était dément, fracassant, déroutant, cinglant…
C’était déjà le début d’autre chose.

Ce récit pour vous dire que votre corps est votre allié, non votre ennemi.
Prenez en compte ce qu’il vous dit.
Ne négligez pas les signes qu’il vous envoie.
Ne dites plus « c’est rien » même si c’est douloureux de regarder en face une histoire qui vous échappe.

Posted in Emprise et Renaissance

Chemin de guérison – Fin

Photo by Ann H on Pexels.com

Reste t’il vraiment des choses à écrire sur cette histoire? Au fond, est-elle le début ou la fin? Qu’a t’elle pris, qu’a t’elle rendu?

Je voulais mais je crois désormais que ce qui n’a pas été écrit ne le sera pas, jamais. Il ne restera que les images et les émotions, cette sensation qui ne se décrit pas. Au fond qui a besoin de savoir tout ça?

Je crois que j’ai longtemps voulu qu’on reconnaisse ce que j’avais vécu, pour ne pas avoir encore et encore à me justifier. Qu’on me reconnaissance surtout, pour que je ne sois plus cette petite chose fragile qui se cogne partout, qui se blesse pour avoir la sensation fugace d’être encore en vie.

Je n’ai rien à prouver non plus. Je sais ce que j’ai vécu, peu importe les mots qu’on pose sur les évènements. Je dois aussi accepter que certaines personnes ne comprendront jamais totalement ces années d’errance. Il en va ainsi de la vie et de ses tourments.

A force d’attendre de l’extérieur ce qu’on est seul à pouvoir se donner, on finit par se perdre, une fois de plus. On ne fait peut-être que ça d’ailleurs, se perdre pour un jour peut-être se découvrir vraiment!

2010 aura été. Et ce qui s’est passé demeurera, non pour me retenir, mais pour me montrer ce que j’ai enduré, surmonter. Peut-être qu’elle est là, la clé de la libération. Que le monde sache n’y changera rien si moi-même je ne suis pas prête à lâcher prise.

Je garde les mots qui viendront. Au fond, ils ne regardent que moi.

Posted in Emprise et Renaissance

Un chemin de guérison #3

Photo by Quang Nguyen Vinh on Pexels.com

J’écris pour exorciser les maux, pour moi, pour les autres, pour toutes ces femmes et tous ces hommes qui supportent, qui renoncent et qui un jour osent à nouveau un pas dans la vie / dans le vide aussi. J’écris par impulsion, pour ne plus jamais entendre “il t’aimait à sa façon”.

Cette histoire est tout sauf une histoire d’amour. C’est une histoire, comme beaucoup d’autres malheureusement, une histoire de violence et d’emprise. Je conçois que pour certaines personnes ce soit extrêmement difficile à comprendre. Je vous laisse aller lire cet article intéressant sur le sujet: de la peur à la soumission.

J’écris aussi pour montrer que la vie ne s’arrête pas là, qu’il y a une vie après l’enfer, que l’amour n’a rien à voir avec ce qui a été vécu, qu’on peut, chacun, chacune retrouver le goût des choses et vivre des relations harmonieuses basées sur la confiance et l’échange.

***

Je me suis endormie
Comme d’habitude
Avant toi

Et voilà que tu viens
Lumière vive
Bruits de pas

La lune disparait
Rideaux tirés
Comme si elle pouvait
Violer l’intimité

Dans les draps, tu viens
La sensation de ton corps
Contre le mien
M’indispose

Ne pas bouger
Ne pas t’inviter

Depuis quand ça t’importe ?
Depuis quand ?

Depuis quand je supporte ?
Depuis trop longtemps

J’ai mal avant
J’ai mal après

Mon ventre
Le néant
Rien qui ne vienne de toi
N’est vivant

A coup de tabou
Tu détruis tout

Sur la pointe des pieds
Je disparais
Soumise à chaque instant
A tes besoins primaires

Si seulement je pouvais
Faire taire le malaise qui grandit
Pure folie
Tu l’as déjà dit

Je me réveillerai demain
Comme d’habitude
Loin de toi
Encore plus loin
Chaque matin

***

On ne s’est pas dit “bonjour”. Pas de vive voix. Pas comme on le fait naturellement au quotidien, sans y mettre plus d’intention que ça.

On s’est dit “bonjour” avec le corps et le coeur, en mouvement. On s’est dit bonjour en s’enlaçant, en laissant chaque parcelle de peau s’enflammer au contact de l’autre.

On s’est dit “bonjour” dans un élan de vie, offerts entiers à l’instant. Un embrasement instantané et quelque chose comme de l’empressement, une envie fulgurante que rien ne peut contenir et qui doit se partager pour ne pas exploser.

On s’est dit “bonjour” dans le silence du soir et j’ai laissé mes craintes au placard. L’étreinte contenait tout, tout ce qui aurait pu être dit, écrit, tous les mots qui se voudraient rassurants. En quelques secondes seulement, le “sans” s’est évanouit. Le temps s’est interrompu pour que nous puissions gouter, toi et moi, à la texture, la saveur, le goût, l’essence même de ce rendez-vous.

On ne s’est pas dit “bonjour” comme toujours. On y a mis un peu plus de sens. On s’est laissé emporter par les pulsions, les pulsations, le tempo de la mélodie distillée au fur et à mesure de cette partition improvisée.

Il n’y a pas de meilleure façon de se dire “bonjour” quelque soit l’heure du jour!

Lien vers le chapitre 1

Lien vers le chapitre 2

Posted in Emprise et Renaissance, Tout un poème

Dans le corps d’une autre

Photo by Anete Lusina on Pexels.com

Quand le sang coule
La période se veut chaste
La femme attend la pause
Qu’elle accueille comme un cadeau
Reprendre le contrôle de son corps
Apaiser le chaos de son cœur

Elle n’envisage pas le creux
Celui dans lequel pourtant on se glisse
Sans ménagement
Jambes écartées pour recueillir
Le plaisir tabou
Qu’on ne se donne pas seul
Au risque de frôler le néant vengeur

Temps de femme
Qu’on ne respecte pas
Un va et vient sans âme
Qui va plus loin
Toujours un peu plus
Comme si c’était autorisé

Temps rouge sang
Sur le drap blanc immaculé
A l’intérieur le corps se serre
L’invitation est imposée
Les cuisses rougies par
Le silence d’une masturbation orchestrée
Pour éviter le châtiment d’un Dieu manipulé

La femme est, sans être
Là, pour le plaisir d’un autre
Assommée par la demande insistante
Les cuisses enduites d’huile
Pour apaiser la brûlure
Qui de jour en jour s’étend
Qui de jour en jour ploie face au néant

Osera-t-on aller au-delà
Violer la porte du sanctuaire
Celui qu’elle protège d’intrusions saccadées
En ce temps privilégié ?

Osera-t-on s’immiscer
Dans les méandres de l’intime
Plus profondément encore
Que ces caresses égoïstes ?

La femme disparait
Laisse l’autre faire ce qu’il a à faire
Elle abandonne la partie
Vole, son esprit au-delà
La scène en bas est jouée par une autre
Qui de peur, dans l’incompréhension, se noie.

Ce texte est extrait de mon prochain recueil de poésie “2010”, qui sera partagé ici en PDF (sur don libre) et en Papier (si quelques personnes sont intéressées)

Posted in Tout un poème

La fissure

Photo by ramy Kabalan on Pexels.com

Quand les gros sujets sont épuisés
Que le quotidien a retrouvé des airs de légèreté
Que le cœur apaisé prend soin
Que la joie prend vie

Sous des couches d’inconscience
Là-bas, dans le profond de nous-mêmes
Là où si peu de lumière passe
Comme une protection de plus

Là, où d’ordinaire on se garde de venir
Le jour resplendit
Pourquoi chercher la nuit ?

Là, où d’ordinaire on passe à travers
Sans s’appesantir

Là, il y a la fissure, une entaille si fine qu’il faut s’approcher
Pour voir l’impact
Creuser pour que l’ombre se révèle

Là, il y a ce qu’on ne veut pas voir
Enterré sous des couches de certitudes
Un chemin dans la roche
Tous les choix « faute de mieux »
Nos dualités
Nos fragilités
Bien calées sous terre

Là, il y a ce que nous pouvons continuer de nier
Ou y faire face
En toute humilité

Posted in Emprise et Renaissance

Une autre femme…

Kaboompics

Depuis quelques jours, quelque chose est là. Bien entendu, ça va de soi. Quelque chose comme cette présence qui revient dans notre vie. Tentée une fois de plus de dire “pour mon fils, je vais…”. Non. Je n’aime pas cette idée et je ne l’ai jamais aimée. On ne fait pas pour l’autre, au risque de lui faire porter un poids qui n’est pas le sien. Ni juste, ni productif.

Je me suis interrogée sur ce malaise qui grandissait. Les souvenirs? Les blessures? Non, c’était autre chose. Ce n’était pas comme ces vagues émotionnelles qui parfois me submergent.

Je me suis interrogée sur ce que ça venait toucher en moi. A coup de nuits bancales et de rêves chaotiques. D’un côté, l’opportunité pour mon fils. De l’autre, son père, sa voix, son visage. Un monde.

Mais surtout l’angoisse. Oui c’est ça l’angoisse. La femme que j’ai été. La douleur qu’il a fallut dépasser pour faire face. Le poids des mots/maux. L’emprise. Le femme, fragile, fragilisée, inquiète, inquiétée. La vie menacée, la menace.

C’est ce qui est venu jouer avec moi ces derniers jours. Cette espèce de terreur glaçante. Ce sentiment de devoir surjouer une partition imprévisible.

C’était là. Et puis, poser le regard dessus et réaliser que je n’étais plus cette femme, femme-objet, femme que l’on peut bousculer, chahuter, faire chuter d’un regard froid, d’un sourire mielleux. Je n’étais plus la sauveuse non plus que j’avais cherché à être pour donner un sens à ma vie.

J’ai regardé la jeune femme face à l’horreur, au vide, j’ai vu son regard meurtri, son visage perdu. J’ai entendu les soubresauts de son cœur tiraillé, abîmé. J’ai vu au delà de ce que cette histoire avait voulu faire d’elle. Un pantin, une chose, une possession. J’ai vu ce qu’elle était au delà de tous les masques qu’elle avait porté, qu’elle portait encore parfois. J’ai vu ses yeux briller et son corps se détendre. J’ai accompagné ses larmes. J’ai entendu sa voix, une voix posée, une voix claire. J’ai embrassé l’abîme dans lequel elle était tombée par manque d’air, par trop de violence sourde, celle qui ne se voit pas, celle qui ne marque que l’intérieur.

Je l’ai regardé en face et j’ai su qu’elle avait repris son pouvoir, qu’elle était au-delà du passé, qu’elle était revenue là où elle avait toujours été: libre et en paix.

Posted in Humeurs d'Auteur, Tout un poème

Les fantômes de 2010

Crédit Marie Kléber

Il faudra…
Une conversation anodine
Et la révélation
Il faudra…
Il est l’heure…

L’évidence au cœur d’un matin doux
Idées blanchies par les vagues
Maux tatoués dans le corps
Marques invisibles
Traces et tracés
Que les mots viennent libérer

Il faudra…
Cette année là
Ce que le temps n’efface pas
Sans la parole

Il faudra…
Il est l’heure…
De tout ce qui fut caché
Pour un pas de plus
Pour un peu de paix

L’évidence comme un couperet
Mettre à nu la peau
Mettre à jour la brûlure
Regarder en face l’imperméable déchirure
Eclairer l’ombre
Pour que la lumière transformatrice puisse opérer

Il faudra parler de 2010

J’ai écrit il y a quelques mois un article sur mon désir de ne plus faire d’autoédition. Et bien, je crois que je viens de changer d’avis! Et pour une fois j’accueille ce changement avec le sourire. Parce que j’ai compris que la vie était cycle et mouvement! Et que le mieux était d’être à chaque instant ouvert à toute proposition.

Voilà le premier poème d’un recueil qui s’est imposé à moi. Un matin, au détour d’une conversation. Un recueil comme une libération de toutes les fantômes de 2010 qui sont encore bien là et qu’il est temps de laisser partir. Pour pouvoir avancer vers demain…

Posted in Tout un poème

Empreintes…

Credit Kaboompics

Ma peau
Qu’un simple frôlement vient réveillée
Muette dans la nuit
Et soudain éveillée

Ma peau
Il suffit d’un souffle, un murmure
Pour qu’elle tremble
Feuille étanche

Ma peau
Si sensible au toucher
Si fragile du passé
Territoire abandonné

Ma peau
Comme un être chargé de promesses
Une toile à peindre
Instrument dont les accords vacillent

Ma peau
Entre deux histoires
Vibrations intemporelles
Entre tes mains se glisse
Se laisse aller au délice

Ma peau
Aux contours mystérieux
Chante le plaisir
Sans cesse à réinventer

Ma peau
Encore se cherche
Loin du chaos du passé
Par le présent embrassée

Posted in Vie de Blogueuse

Juste une mise au point…

Une nouvelle année commence et ce blog existe déjà depuis bientôt 8 ans. C’est presque un exploit pour moi!

Quand je m’éloigne un peu, le temps d’une pause, il y a toujours cette question: est-ce que je vais revenir écrire? Est-ce que j’en ai envie surtout?

Tout au long de ces 8 années et des précédentes (autre vie, autre blog) les rencontres, les échanges, les partages m’ont nourrie et portée aussi dans les creux de vagues et les jours nuageux. C’est peut-être pour ça que je reviens toujours, comme si une force me poussait à nouveau vers ce lieu, qui bien que virtuel, est mon chez-moi, un endroit à part qui sent bon le thé fumant et les biscuits au beurre, un endroit dans lequel je peux laisser aller les mots des jours heureux et des jours tristes, les maux comme des tâches qui persistent et les joies qui enveloppent mon quotidien d’allégresse.

Je ne sais pas encore les mots de cette année, que je glisserais là au fil des jours et des mois. Ils seront parfois doux et parfois durs. Ils seront le reflet des émotions qui me traversent, des pas en avant, des découvertes, des pas de côté, des questions qui m’habitent, de mes réflexions sur la vie et ses mystères.

En feuilletant un magazine hier, mes yeux se sont posés sur une peinture. Je l’ai trouvé superbe. Elle m’a fait penser à moi. Un gros capharnaüm de couleurs, de traits, de points. Des lignes dans tous les sens. Une structure un peu étrange. Un tourbillon extraordinaire.

Ici, c’est mon univers et vous y êtes les bienvenus. J’essaye tant que possible d’être vraie. Je ne fais pas toujours dans le beau ou l’idyllique. Je ne suis pas là pour vendre un rêve qui n’existe pas, ni parler d’une vie que je n’aurais fait qu’imaginer. Il y a 8 ans justement, en prenant une des décisions les plus importantes de ma vie, j’ai fait face à un cataclysme qui m’a littéralement mise à terre. C’est à ce moment là que j’ai commencé à me confier, à me livrer. Ca s’est imposé à moi. Une porte de sortie. Un élan libérateur pour ne pas sombrer davantage.

J’écris pour moi avant tout mais je sais aussi que mes mots parfois accompagnent des personnes et leur offrent une autre perspective, leur permettent d’avancer et sachant qu’elles ne sont pas seules face à leurs problématiques. Savoir que d’autres personnes vivent la même chose n’agit pas comme une baguette magique certes, mais comme un mince filet d’espoir. Et pour l’avoir vécu, c’est déjà pas mal quand on n’a plus beaucoup de repères.

Donc cette année, attendez-vous à de moins en moins de filtres. Chacun est libre ici de me lire ou de passer son chemin. Sachez que j’ai toujours beaucoup de plaisir à vous lire et à discuter avec vous!

A très vite…

Posted in Carnets de route

Ma dernière prise de conscience

Crédit Pixabay

J’ai réalisé ce matin que souvent je ressentais de la frustration à l’annonce d’une bonne nouvelle, principalement liée à un mariage, une naissance, une reconversion réussie, un roman qui cartonne.

J’ai mis du temps à comprendre pourquoi une telle réaction, pourquoi un tel sentiment. Qui en plus de me déplaire me mettait mal à l’aise. Car ce n’est pas vraiment dans ma nature. J’ai plutôt tendance à me délecter des bonnes nouvelles!

J’ai compris que chacune de ces annonces venait appuyer là où ça fait mal et faisait ressortir une colère inconsciente, liée à un mariage raté, à une grossesse douloureuse, à des premiers pas manqués, à beaucoup d’efforts et peu de retours, à ce flou toujours quant à mon avenir professionnel.

Beaucoup de maux. Mais cela changera t’il le passé? Non. Cela ne vient que rajouter du négatif là où il ne devrait y avoir que joie et légèreté.

Chacun son histoire et son parcours de vie. Et puis au fond est-ce si important? Ce tout qui ne fut pas? Est-ce que les ombres du passé n’ont pas donné naissance à plus de résilience, plus de lumière, plus d’empathie, plus de compréhension de l’autre dans ce qu’il est, ce qu’il vit?

N’y a t il pas quelque chose de plus grand que nos vies isolées, un souffle plus puissant que celui de nos existences personnelles ?
Est ce que nos pensées ne se doivent pas d’être créatives plutôt que destructives ?

Si je me réjouis, cela n’enlève rien au passé et cela donne de nouvelles chances au futur. C’est en tous cas le chemin que je choisis désormais de suivre.

Posted in Carnets de route

Entre les lignes

Photo by Keenan Constance on Pexels.com

J’ai toujours écrit comme ça. Comme un mystère. A chacun de le percer ou pas. Personne n’a vraiment réussi. Ou cherché. Mais après tout, ne suis-je pas la seule responsable de tout ca? Si j’avais dit les choses avec les mots de tous les jours, tout aurait été clair, limpide et les mains tendues seraient venues à moi.

J’ai toujours préféré cacher et porter seule le poids de mes choix. Comme pour prouver quelque chose au monde. Ou à moi-même?

Il va falloir sortir les maux. Arrêter l’illusion. Stopper la course folle que je m’impose et au bout de laquelle j’explose à chaque fois. Arrêter de vouloir protéger qui que ce soit et peut-être enfin me choisir.

Le challenge est de taille mais l’unique porte pour sortir du tourbillon dans lequel je tremble et je me noie, à force de tout porter seule.

Posted in Atelier Ecriture L'Atmosphérique

Challenge Ecriture #28 (18.08.2020)

Le silence. C’est ce qui m’a le plus surprise en arrivant. Un silence sombre, profond, trop profond pour l’homme. Un silence de plomb qui annonçait pire. J’en avais couvert des conflits, des zones de guerre mais ce silence là, c’était la première fois. Les casques bleus étaient partis la semaine précédente, en 7 jours seulement le silence avait assis son pouvoir. Et le soleil brillait pourtant. Espoir dérisoire.

Je me disais toujours qu’il s’agissait de ma dernière mission. Ma sensibilité vieillissait mal. Je ne  remontais plus la pente comme avant. J’avais des envies de savourer la vie, tout en sachant au plus profond de moi que le terrain comptait plus que le reste. C’était là que j’étais la meilleure, que ma vie prenait tout son sens. Mon patron le savait. Tout le monde le savait et même si ma mère tremblait toujours autant quand je partais, elle était la première à me bousculer quand mes incertitudes prenaient trop de place.

Face au silence, nous ne pesions rien mon équipe et moi. Nous avancions, incertains. L’endroit semblait désert. Des frissons courraient partout sur mes bras, alors même que la terre brûlait les semelles de nos chaussures. Ça ne ressemblait pas aux enfers déjà vus. Je marchais comme une novice, avec le souvenir de mes premiers pas sur le terrain. Rien ne nous prépare à l’horreur. On ne s’endurcit pas, ce sont des foutaises, on apprend juste à se protéger, à s’enfermer dans une bulle pour pouvoir faire face à l’indicible.

La route, en ligne droite jusque là, tournait quelques mètres plus loin. Un pas, un seul, voilà ce que cela coûtait. Nous n’étions pas certains de pouvoir le faire. Nous suffoquions déjà dans cet endroit et le silence, encore, de plus en plus présent. Un silence comme une arme de pointe, prêt à nous écraser le cœur. Le mien cognait dans ma poitrine tellement fort que je pensais qu’il allait se briser.

Nos regards se sont croisés et nos pas se sont accordés. Il le fallait. Le silence a explosé, faisant voler le sable très haut dans le ciel. Devant nous, à perte de vue, des corps, dans tous les sens. Une marée humaine. Des corps d’hommes, d’enfants et de femmes. Des nouveaux-nés, des vieillards. Des morts sur des kilomètres. Des cadavres bouffés par les animaux. Des animaux aussi, ivres de sang. Je ne pouvais pas décoller mes yeux de cette fin du monde. Plus tard, il faudrait longer la route. Il faudrait s’arrêter, prendre des clichés, raconter, il faudrait faire face à la peur, s’attaquer au silence, le chasser de ces terres, il faudrait redonner un peu de dignité à ces corps nus, à ces ventres violés, à ces intimités dépecées.

Plus tard…

***

Aujourd’hui c’est le retour du challenge écriture! Je suis très contente de vous retrouver. Je tenais à vous dire qu’une nouvelle personne avait rejoint notre rendez-vous hebdomadaire, vous trouverez ses textes sur son blog – Happycultrice

Pour la semaine prochaine, on va recommencer léger, je vous propose d’écrire un texte à partir de cette citation de Coluche “Quand j’étais petit à la maison, le plus dur c’était la fin du mois… Surtout les trente derniers jours !”

Au plaisir de vous lire et belle semaine!