La fissure

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Quand les gros sujets sont épuisés
Que le quotidien a retrouvé des airs de légèreté
Que le cœur apaisé prend soin
Que la joie prend vie

Sous des couches d’inconscience
Là-bas, dans le profond de nous-mêmes
Là où si peu de lumière passe
Comme une protection de plus

Là, où d’ordinaire on se garde de venir
Le jour resplendit
Pourquoi chercher la nuit ?

Là, où d’ordinaire on passe à travers
Sans s’appesantir

Là, il y a la fissure, une entaille si fine qu’il faut s’approcher
Pour voir l’impact
Creuser pour que l’ombre se révèle

Là, il y a ce qu’on ne veut pas voir
Enterré sous des couches de certitudes
Un chemin dans la roche
Tous les choix « faute de mieux »
Nos dualités
Nos fragilités
Bien calées sous terre

Là, il y a ce que nous pouvons continuer de nier
Ou y faire face
En toute humilité

Une autre femme…

Kaboompics

Depuis quelques jours, quelque chose est là. Bien entendu, ça va de soi. Quelque chose comme cette présence qui revient dans notre vie. Tentée une fois de plus de dire “pour mon fils, je vais…”. Non. Je n’aime pas cette idée et je ne l’ai jamais aimée. On ne fait pas pour l’autre, au risque de lui faire porter un poids qui n’est pas le sien. Ni juste, ni productif.

Je me suis interrogée sur ce malaise qui grandissait. Les souvenirs? Les blessures? Non, c’était autre chose. Ce n’était pas comme ces vagues émotionnelles qui parfois me submergent.

Je me suis interrogée sur ce que ça venait toucher en moi. A coup de nuits bancales et de rêves chaotiques. D’un côté, l’opportunité pour mon fils. De l’autre, son père, sa voix, son visage. Un monde.

Mais surtout l’angoisse. Oui c’est ça l’angoisse. La femme que j’ai été. La douleur qu’il a fallut dépasser pour faire face. Le poids des mots/maux. L’emprise. Le femme, fragile, fragilisée, inquiète, inquiétée. La vie menacée, la menace.

C’est ce qui est venu jouer avec moi ces derniers jours. Cette espèce de terreur glaçante. Ce sentiment de devoir surjouer une partition imprévisible.

C’était là. Et puis, poser le regard dessus et réaliser que je n’étais plus cette femme, femme-objet, femme que l’on peut bousculer, chahuter, faire chuter d’un regard froid, d’un sourire mielleux. Je n’étais plus la sauveuse non plus que j’avais cherché à être pour donner un sens à ma vie.

J’ai regardé la jeune femme face à l’horreur, au vide, j’ai vu son regard meurtri, son visage perdu. J’ai entendu les soubresauts de son cœur tiraillé, abîmé. J’ai vu au delà de ce que cette histoire avait voulu faire d’elle. Un pantin, une chose, une possession. J’ai vu ce qu’elle était au delà de tous les masques qu’elle avait porté, qu’elle portait encore parfois. J’ai vu ses yeux briller et son corps se détendre. J’ai accompagné ses larmes. J’ai entendu sa voix, une voix posée, une voix claire. J’ai embrassé l’abîme dans lequel elle était tombée par manque d’air, par trop de violence sourde, celle qui ne se voit pas, celle qui ne marque que l’intérieur.

Je l’ai regardé en face et j’ai su qu’elle avait repris son pouvoir, qu’elle était au-delà du passé, qu’elle était revenue là où elle avait toujours été: libre et en paix.

Les fantômes de 2010

Crédit Marie Kléber

Il faudra…
Une conversation anodine
Et la révélation
Il faudra…
Il est l’heure…

L’évidence au cœur d’un matin doux
Idées blanchies par les vagues
Maux tatoués dans le corps
Marques invisibles
Traces et tracés
Que les mots viennent libérer

Il faudra…
Cette année là
Ce que le temps n’efface pas
Sans la parole

Il faudra…
Il est l’heure…
De tout ce qui fut caché
Pour un pas de plus
Pour un peu de paix

L’évidence comme un couperet
Mettre à nu la peau
Mettre à jour la brûlure
Regarder en face l’imperméable déchirure
Eclairer l’ombre
Pour que la lumière transformatrice puisse opérer

Il faudra parler de 2010

J’ai écrit il y a quelques mois un article sur mon désir de ne plus faire d’autoédition. Et bien, je crois que je viens de changer d’avis! Et pour une fois j’accueille ce changement avec le sourire. Parce que j’ai compris que la vie était cycle et mouvement! Et que le mieux était d’être à chaque instant ouvert à toute proposition.

Voilà le premier poème d’un recueil qui s’est imposé à moi. Un matin, au détour d’une conversation. Un recueil comme une libération de toutes les fantômes de 2010 qui sont encore bien là et qu’il est temps de laisser partir. Pour pouvoir avancer vers demain…

Empreintes…

Credit Kaboompics

Ma peau
Qu’un simple frôlement vient réveillée
Muette dans la nuit
Et soudain éveillée

Ma peau
Il suffit d’un souffle, un murmure
Pour qu’elle tremble
Feuille étanche

Ma peau
Si sensible au toucher
Si fragile du passé
Territoire abandonné

Ma peau
Comme un être chargé de promesses
Une toile à peindre
Instrument dont les accords vacillent

Ma peau
Entre deux histoires
Vibrations intemporelles
Entre tes mains se glisse
Se laisse aller au délice

Ma peau
Aux contours mystérieux
Chante le plaisir
Sans cesse à réinventer

Ma peau
Encore se cherche
Loin du chaos du passé
Par le présent embrassée

Juste une mise au point…

Une nouvelle année commence et ce blog existe déjà depuis bientôt 8 ans. C’est presque un exploit pour moi!

Quand je m’éloigne un peu, le temps d’une pause, il y a toujours cette question: est-ce que je vais revenir écrire? Est-ce que j’en ai envie surtout?

Tout au long de ces 8 années et des précédentes (autre vie, autre blog) les rencontres, les échanges, les partages m’ont nourrie et portée aussi dans les creux de vagues et les jours nuageux. C’est peut-être pour ça que je reviens toujours, comme si une force me poussait à nouveau vers ce lieu, qui bien que virtuel, est mon chez-moi, un endroit à part qui sent bon le thé fumant et les biscuits au beurre, un endroit dans lequel je peux laisser aller les mots des jours heureux et des jours tristes, les maux comme des tâches qui persistent et les joies qui enveloppent mon quotidien d’allégresse.

Je ne sais pas encore les mots de cette année, que je glisserais là au fil des jours et des mois. Ils seront parfois doux et parfois durs. Ils seront le reflet des émotions qui me traversent, des pas en avant, des découvertes, des pas de côté, des questions qui m’habitent, de mes réflexions sur la vie et ses mystères.

En feuilletant un magazine hier, mes yeux se sont posés sur une peinture. Je l’ai trouvé superbe. Elle m’a fait penser à moi. Un gros capharnaüm de couleurs, de traits, de points. Des lignes dans tous les sens. Une structure un peu étrange. Un tourbillon extraordinaire.

Ici, c’est mon univers et vous y êtes les bienvenus. J’essaye tant que possible d’être vraie. Je ne fais pas toujours dans le beau ou l’idyllique. Je ne suis pas là pour vendre un rêve qui n’existe pas, ni parler d’une vie que je n’aurais fait qu’imaginer. Il y a 8 ans justement, en prenant une des décisions les plus importantes de ma vie, j’ai fait face à un cataclysme qui m’a littéralement mise à terre. C’est à ce moment là que j’ai commencé à me confier, à me livrer. Ca s’est imposé à moi. Une porte de sortie. Un élan libérateur pour ne pas sombrer davantage.

J’écris pour moi avant tout mais je sais aussi que mes mots parfois accompagnent des personnes et leur offrent une autre perspective, leur permettent d’avancer et sachant qu’elles ne sont pas seules face à leurs problématiques. Savoir que d’autres personnes vivent la même chose n’agit pas comme une baguette magique certes, mais comme un mince filet d’espoir. Et pour l’avoir vécu, c’est déjà pas mal quand on n’a plus beaucoup de repères.

Donc cette année, attendez-vous à de moins en moins de filtres. Chacun est libre ici de me lire ou de passer son chemin. Sachez que j’ai toujours beaucoup de plaisir à vous lire et à discuter avec vous!

A très vite…

Ma dernière prise de conscience

Crédit Pixabay

J’ai réalisé ce matin que souvent je ressentais de la frustration à l’annonce d’une bonne nouvelle, principalement liée à un mariage, une naissance, une reconversion réussie, un roman qui cartonne.

J’ai mis du temps à comprendre pourquoi une telle réaction, pourquoi un tel sentiment. Qui en plus de me déplaire me mettait mal à l’aise. Car ce n’est pas vraiment dans ma nature. J’ai plutôt tendance à me délecter des bonnes nouvelles!

J’ai compris que chacune de ces annonces venait appuyer là où ça fait mal et faisait ressortir une colère inconsciente, liée à un mariage raté, à une grossesse douloureuse, à des premiers pas manqués, à beaucoup d’efforts et peu de retours, à ce flou toujours quant à mon avenir professionnel.

Beaucoup de maux. Mais cela changera t’il le passé? Non. Cela ne vient que rajouter du négatif là où il ne devrait y avoir que joie et légèreté.

Chacun son histoire et son parcours de vie. Et puis au fond est-ce si important? Ce tout qui ne fut pas? Est-ce que les ombres du passé n’ont pas donné naissance à plus de résilience, plus de lumière, plus d’empathie, plus de compréhension de l’autre dans ce qu’il est, ce qu’il vit?

N’y a t il pas quelque chose de plus grand que nos vies isolées, un souffle plus puissant que celui de nos existences personnelles ?
Est ce que nos pensées ne se doivent pas d’être créatives plutôt que destructives ?

Si je me réjouis, cela n’enlève rien au passé et cela donne de nouvelles chances au futur. C’est en tous cas le chemin que je choisis désormais de suivre.

Entre les lignes

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J’ai toujours écrit comme ça. Comme un mystère. A chacun de le percer ou pas. Personne n’a vraiment réussi. Ou cherché. Mais après tout, ne suis-je pas la seule responsable de tout ca? Si j’avais dit les choses avec les mots de tous les jours, tout aurait été clair, limpide et les mains tendues seraient venues à moi.

J’ai toujours préféré cacher et porter seule le poids de mes choix. Comme pour prouver quelque chose au monde. Ou à moi-même?

Il va falloir sortir les maux. Arrêter l’illusion. Stopper la course folle que je m’impose et au bout de laquelle j’explose à chaque fois. Arrêter de vouloir protéger qui que ce soit et peut-être enfin me choisir.

Le challenge est de taille mais l’unique porte pour sortir du tourbillon dans lequel je tremble et je me noie, à force de tout porter seule.

Challenge Ecriture #28 (18.08.2020)

Le silence. C’est ce qui m’a le plus surprise en arrivant. Un silence sombre, profond, trop profond pour l’homme. Un silence de plomb qui annonçait pire. J’en avais couvert des conflits, des zones de guerre mais ce silence là, c’était la première fois. Les casques bleus étaient partis la semaine précédente, en 7 jours seulement le silence avait assis son pouvoir. Et le soleil brillait pourtant. Espoir dérisoire.

Je me disais toujours qu’il s’agissait de ma dernière mission. Ma sensibilité vieillissait mal. Je ne  remontais plus la pente comme avant. J’avais des envies de savourer la vie, tout en sachant au plus profond de moi que le terrain comptait plus que le reste. C’était là que j’étais la meilleure, que ma vie prenait tout son sens. Mon patron le savait. Tout le monde le savait et même si ma mère tremblait toujours autant quand je partais, elle était la première à me bousculer quand mes incertitudes prenaient trop de place.

Face au silence, nous ne pesions rien mon équipe et moi. Nous avancions, incertains. L’endroit semblait désert. Des frissons courraient partout sur mes bras, alors même que la terre brûlait les semelles de nos chaussures. Ça ne ressemblait pas aux enfers déjà vus. Je marchais comme une novice, avec le souvenir de mes premiers pas sur le terrain. Rien ne nous prépare à l’horreur. On ne s’endurcit pas, ce sont des foutaises, on apprend juste à se protéger, à s’enfermer dans une bulle pour pouvoir faire face à l’indicible.

La route, en ligne droite jusque là, tournait quelques mètres plus loin. Un pas, un seul, voilà ce que cela coûtait. Nous n’étions pas certains de pouvoir le faire. Nous suffoquions déjà dans cet endroit et le silence, encore, de plus en plus présent. Un silence comme une arme de pointe, prêt à nous écraser le cœur. Le mien cognait dans ma poitrine tellement fort que je pensais qu’il allait se briser.

Nos regards se sont croisés et nos pas se sont accordés. Il le fallait. Le silence a explosé, faisant voler le sable très haut dans le ciel. Devant nous, à perte de vue, des corps, dans tous les sens. Une marée humaine. Des corps d’hommes, d’enfants et de femmes. Des nouveaux-nés, des vieillards. Des morts sur des kilomètres. Des cadavres bouffés par les animaux. Des animaux aussi, ivres de sang. Je ne pouvais pas décoller mes yeux de cette fin du monde. Plus tard, il faudrait longer la route. Il faudrait s’arrêter, prendre des clichés, raconter, il faudrait faire face à la peur, s’attaquer au silence, le chasser de ces terres, il faudrait redonner un peu de dignité à ces corps nus, à ces ventres violés, à ces intimités dépecées.

Plus tard…

***

Aujourd’hui c’est le retour du challenge écriture! Je suis très contente de vous retrouver. Je tenais à vous dire qu’une nouvelle personne avait rejoint notre rendez-vous hebdomadaire, vous trouverez ses textes sur son blog – Happycultrice

Pour la semaine prochaine, on va recommencer léger, je vous propose d’écrire un texte à partir de cette citation de Coluche “Quand j’étais petit à la maison, le plus dur c’était la fin du mois… Surtout les trente derniers jours !”

Au plaisir de vous lire et belle semaine!

 

On ne guérira jamais toutes nos blessures (et c’est ok)

Crédit Pixabay

Au moins dans cette vie. C’est un leurre de le penser, à mon avis. Sauf bien entendu, les grands sages. Mais je n’en suis pas là!

Nous avons déjà tant de vies derrière nous et peut-être autant devant. Doucement nous cheminons vers une libération totale. Chacun à son rythme. Qui dit blessure ne veut pas dire que nous n’accéderons jamais au bonheur loin de là! D’ailleurs nous n’avons pas à aller vers lui, il est déjà là. Il suffit de lui ouvrir nos bras. Nos blessures nous font grandir, à chaque instant.

Fut un temps où j’avais beaucoup de mal à faire face dès que quelque chose ressortait, à l’occasion d’un événement, d’un échange, d’une rencontre. Je me sentais incapable, inadaptée. Je plongeais dans les abîmes pour mieux m’écorcher. L’auto-destruction était mon arme préférée. Se faire mal encore un peu plus. Avant de remonter et d’oublier complètement ce passage à vide, toutefois très déstabilisant. 

Nos blessures se rappellent à nous, quand nous sommes prêts à les travailler, à les intégrer, à les guérir.

Il y a quelques mois à peine, l’annonce d’une naissance me laissait avec un sentiment de malaise que je ne comprenais pas. Ce moment de “pure joie” était teinté de mélancolie. Je n’arrivais pas à me réjouir! Le deuil du deuxième enfant j’en ai souvent parlé ici. Mais était-ce mon deuil à moi ou celui des autres? J’ai grandi avec “un enfant unique c’est criminel!” Ça marque je peux vous le dire. Il m’a fallut accepter que je n’aurais pas d’autre enfant, que c’était mon choix, que mon choix n’était pas égoïste, qu’il convenait à ma vie et à mes envies. Je ne me justifie plus quand la grande question s’invite dans la conversation. Et elle s’invite encore souvent!!

Aujourd’hui, quand une blessure se manifeste, je me demande ce qu’elle a à me dire. Ma vision a changé. Je la laisse venir, je la laisse me parler, ça prend le temps que ça prend. Je la laisse me transformer. Ce n’est pas toujours une partie de plaisir, ça me fait encore mal. C’est un peu normal puisque ça vient toucher une partie de moi, vulnérable. Mais je me bats beaucoup moins contre moi-même, j’économise mes forces et mon énergie. 

C’est le “mariage” qui vient me pousser dans mes retranchements. Dès qu’il y a malaise chez moi (c’est mon signal), je sais qu’il y a un truc qui coince et qu’il va falloir aller regarder ça de plus près. Je pourrais me dire que ça va passer mais je sais que ça ne va pas passer. Et puis si ça se présente, là, autant y aller. Reculer pour mieux sauter n’est plus un adage qui me convient. J’en ai trop fait les frais!

Pour le moment je n’ai que des questions.
Est-ce lié à moi, à mon propre mariage? Il ne fallait pas être devin pour savoir qu’il était voué à l’échec! Et heureusement d’ailleurs!
Est-ce parce que le mariage au final ça ne me dit rien, ça me crée plus d’angoisse que de plaisir? Là encore c’est très personnel et sûrement lié à mon histoire familiale.
Est-ce l’idée de ne pas vouloir la même chose que les autres qui me dérange? Ou bien encore cette histoire de norme, de moule? Je suis assez forte pour laisser mon mental faire son travail de sape en sourdine!
Est-ce lié à ma vision du couple? Ma vision de la vie à deux? Mon choix de vivre seule? Encore une fois c’est très personnel. 
De ne pas pleinement assumer mes choix de vie? On se rapproche de la vérité je pense…

Beaucoup de questions, qui trouveront leurs réponses en temps voulu. Je ne presse rien. J’accueille pour le moment. Tout en me rappelant que chacun fait ses choix en fonction de sa carte du monde. Et qu’il n’y a donc que des bons choix, à l’instant T.

Et vous vos blessures, elles racontent quoi? Vous préférez laisser couler? Ou vous êtes plutôt du genre à aller creuser pour voir où ça fait mal?

En marche vers le présent…

Crédit Pixabay

Le passé…

J’y ai passé des années. A le brasser. A le porter. Je l’ai emmené avec moi un peu partout. Mes deuils ont toujours été à rallonge comme si lâcher mes expériences, lâcher mes souvenirs, c’était mourir.

Je me suis perdue à l’intérieur, à force de vouloir comprendre, à force de vouloir résoudre des énigmes. J’ai bataillé avec mon passé, celui des autres.

J’ai tout testé pour en venir à bout, pour me libérer de ce qui au fil du temps était plus un poids qu’une aide. J’ai disséqué dans les moindres détails. Je me suis faite détective, croyant toujours quand j’avais trouvé quelque chose que c’était la fin.

Je me suis vautrée dans le passé comme dans un bain délicieux, sans me rendre compte que l’eau brûlait chaque jour un peu plus ma peau et m’empêchait surtout de vivre.

A force d’avoir la tête dans le passé, quelque chose qui n’existait donc plus, j’étais complètement déconnectée de mon corps, de mes ressentis, de mes envies. D’ailleurs en avais-je? Sûrement, des envies bien à l’abri derrière la cuirasse. Avant d’envisager le présent, il fallait régler le passé. Après, seulement, je pourrais profiter.

Mais je n’en avais jamais assez. Il m’en fallait toujours plus. Plus de réponses à trouver. Plus d’équations à résoudre. Plus de maux à disséquer. Plus d’histoires à réécrire à la lumière de mes découvertes.

J’ai passé des années à vivre une vie en marge. En pensant qu’à la sortie, j’aurai ce qu’il me fallait. Je me suis paumée en chemin. J’ai arpenté des tunnels sans fin. Tout s’est mélangé. J’ai suffoqué. J’ai souffert par loyauté.

Le présent…

Il m’appelle. Au début, un murmure au milieu de nulle part. Et puis la vie avec ses couleurs. Et puis des envies qui sortent de dessous les décombres. Et puis des idées qui refont surface, qui paraissent possibles.

Il est la clé, celle que je n’attendais plus. Il me guide sur des sentiers à l’air libre. Je peux respirer. Je peux ressentir. J’y ai droit même. Je peux la joie et la peine, la colère et le plaisir. Je peux exprimer tout cela sans me sentir gênée. 

Je ne survis plus. J’évolue dans la lumière du jour et les ombres ne me font pas peur. Elles ne sont pas menaçantes, juste des signes pour me permettre d’aller plus loin, de rêver plus grand.

Je ne dis pas “merde” au passé, je l’ai fais plusieurs fois sans succès. Je lui dis “merci” pour ce qu’il m’a apporté, pour ce que j’ai appris de lui. Et je le laisse là où il est. Je pars en voyage vers un continent riche de promesses, dans lequel je vais enfin pouvoir profiter de ce qui se présente, vivre ce qui est.