Les reliquats de la violence conjugale

Crédit Marie Kléber

Je voudrai pouvoir me dire – je tente même de m’en persuader – qu’il ne reste rien ou si peu de ces 4 années, 8 si l’on compte le divorce. Et pourtant elles sont là, bien accrochées, mes peurs et angoisses. Elles se font toutes petites la plupart du temps, puis crèvent l’écran.

Parfois elles sont dans un cri trop brusque, un acte banal qui fait ressortir une foule de souvenirs, dans une réaction disproportionné, dans un possible imaginé, dans une colère qui vient de je ne sais où et qui se déverse sur le papier ou cogne contre un mur. Personne n’y verra rien. Personne n’avait rien vu à l’époque. Elles sont dans les larmes qui s’abattent froidement sur la toile cirée et donnent un coup de massue à mes pensées.

Un silence, les mots qu’on a gardé, la fatigue, un malaise ou l’idée d’un malaise, on a tellement été habitué à ce que chaque mot soit pris de travers. L’angoisse revient. Qu’est-ce qu’il faut faire déjà? Qu’est-ce qu’il faut dire ou ne pas dire? S’excuser? Est-ce que demain tout se sera éteint?

J’ai beau savoir que rien n’est pareil, qu’aucune donnée d’aujourd’hui n’est la même à plusieurs niveaux, j’ai encore parfois cette sensation désagréable du passé. Combien de pas en avant qui semblent insignifiants quand il ressurgit, sans crier gare?

Alors je laisse couler l’eau. Je me sens seule parfois, seule avec ce chaos, ces images que je ne partage avec personne, ce traumatisme qui demeure. Pas de coup, pas de preuves. Juste une main qui étreint un peu fort. La haine dans les yeux de quelqu’un peut faire plus mal qu’un coup de poing bien placé. Le silence glaçant a le pouvoir d’anéantir un élan.

Un évènement anodin est venu réveillé le choc. Vivre avec, rien de plus, rien de moins. Apprendre à accueillir ces temps d’entre-deux, ces émotions vives qu’un grain de sable peut déclencher. Ne pas se décourager surtout. Le chemin de la guérison est fait de victoires et de rechutes. Respirer surtout et doucement laisser le passé regagner sa place. Et se réveiller plus fort encore une fois.

 

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Du corps: entre maternité, complexes et libération

J’ai souvent écrit sur le corps, surtout ces dernières années.

Je n’ai jamais eu de problèmes avec mon corps. Ou bien rien de bien méchant. Je ne l’ai pas maltraité et je l’ai longtemps regardé avec beaucoup de bienveillance. Ma taille, mes formes, tout me convenait, je n’avais pas de complexe et la chance d’être en bonne santé.

On prend souvent conscience de son corps par rapport au regard de l’autre. C’est ma taille qui était source de moqueries quand j’étais enfant. Rien d’affolant. On ne peut pas changer sa taille alors à quoi bon…

Le regard de l’autre peut le meilleur comme le pire. Tout comme le nôtre sur nous-même.  Le temps de l’innocence et de l’insouciance a laissé la place à celui d’une réalité qui ne répondait ni à ma culture, ni à mon éducation : cacher le corps.

Sans y prendre garde je suis rentrée pas à pas dans le moule parfait des certitudes imparfaites de celui qui croyait tout savoir sur tout. J’ai couvert mes bras, mes jambes. Je me suis enfermée vivante sous une couche de vêtements qui ne protégeait pas seulement mon corps de l’hypothétique regard des autres hommes sur moi, mais me permettait d’enfouir mon mal aise, mon mal être.

Le corps que j’avais aimé, mis en valeur, que j’avais caressé, que je connaissais presque sur le bout des doigts, mon corps était devenu un territoire étranger que je fuyais du regard, que je couvrais chaque jour davantage.  Il n’avait plus de contours, plus de formes. Il n’était plus qu’une enveloppe.

Puis la vie est venue se loger en moi. Et mon corps s’est transformé. A l’intérieur je n’étais plus femme, mais une mère en devenir. Mon corps n’était plus touché, ni frôlé. Il avait fait son travail, servi à satisfaire les envies d’un homme et intégré ce que l’homme attendait – l’enfant. Il ne restait de ma féminité que des souvenirs, engloutis sous un déluge de dégout et de honte que je tentais de faire disparaitre sous le jet brulant de la douche.

J’ai passionnément aimé mon corps de mère. Je m’y suis accrochée pour la vie qui grandissait en moi. J’ai regardé mon ventre s’arrondir, prendre la place de tout ce qui n’existait plus. La femme s’était envolée…

J’ai mis près d’un an avant de porter à nouveau des tops à manches-courtes, des jupes sans collants. Puis  quelques années de plus avant de m’offrir une nouvelle tenue, m’acheter de la lingerie. Je ne me regardais dans un miroir que pour constater cette tristesse que j’avais au fond des yeux, pour intégrer les cicatrices. Les accepter fut le fruit d’un long et douloureux travail sur moi, dans lequel il a fallu cracher les heures les plus noires de mon histoire, les dire encore et encore, intégrer que j’étais moi aussi responsable de cette mise à mort, que j’y avais adhéré, que je m’étais délaissée/détestée.

En fermant mon cœur à double tour, je savais que je choisissais la facilité, celle qui me permettait de ne surtout pas prendre rendez-vous avec ma féminité, avec l’autre. J’étais mère et mon corps me le rappelait sans cesse. Comment un corps de mère pouvait être désiré, désirable ?  Comment un corps de femme humiliée pouvait être aimé ?

Je ne dirais pas que ce travail est terminé, je me bats encore avec certains démons. La différence c’est que je sais que je les vaincrais, un jour. Je renais à mon rythme, je renoue doucement avec mon corps. Le fait qu’il soit regardé, aimé, désiré pour ce qu’il est m’aide forcément énormément. Le regard de l’autre a aussi le pouvoir de nous libérer.

Ouvrez les vannes!

[:fr]

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Musique saccadée

Couverture idéale

Face aux cris glaçants

De la femme qui s’éteint

Sous les coups

De l’ennemi

Son propre conjoint

Violence singulière

Tue en son sein

La famille qui se terre

Sous les coups

Du destin

L’infâme musique

Légitime le sacrifice

Des humains

Qu’on assassine

Sous les yeux masqués

Bouches cousues

Portes closes

Intimité protégée

A coups de mots griffonnés

Procès-verbaux

Relégués au placard

Ne pas faire de vague

*

Familles condamnées

Sortez les maux

Tuez les ombres

Ouvrez les vannes !

A toutes les femmes, tous les hommes, tous les enfants victimes de la violence

[:]

Mère en sursis

Beaucoup de femmes disent que la maternité les a changées, qu’elle les rendues plus vraies, qu’elle leur donne de l’élan au quotidien.

Je ne fais pas partie de ces femmes. Pour moi la maternité est un défi de chaque instant. Dans lequel j’ai l’impression de me perdre souvent, de ne pas être à la hauteur la plupart du temps. La maternité me met face à mes limites, à mes vulnérabilités. La responsabilité me parait, certains jours, bien lourde à porter, la tâche ardue, comme une montagne à gravir, sans entrainement. Je tombe souvent, je m’écorche sur toutes les incertitudes qui jalonnent mon parcours.

La sérénité est éphémère. Pourtant ce sont tous ces instants simples et précieux qui font oublier le reste, comme une baguette magique qui viendrait effacer les heures sombres. C’est de regarder mon fils grandir, apprendre, découvrir, s’émerveiller qui me donne d’apprécier ce qui se présente.

La maternité est pour moi un parcours jalonné d’obstacles que je gère comme je peux, en fondant en larmes souvent, dépassée par une énième crise que je n’arrive pas à gérer. A chaque jour ses victoires et ses manques, ses instants où je ne me sens pas l’étoffe de la tâche qui m’incombe, où je m’en veux de retomber dans des travers que j’essaye de dépasser.

La maternité est un véritable dépassement de soi. Pour donner le meilleur. Quand c’est possible. Rien ne me semble acquis. Jamais. Je me sens souvent seule, perdue, sans ressource. Je me dis souvent que mon fils serait plus heureux ailleurs, avec des personnes qui sauraient l’élever, prendre soin de lui, comme il se doit.

Et comment dire tout ça? Comment se confier sur ce qui devrait être porteur de bonheur? Et qui n’est qu’une suite d’efforts considérables pour maintenir le bateau à flot. Qui peut comprendre?

Comme beaucoup peut-être, je garde l’espoir qu’un jour je trouve ma place, mon équilibre…

Lettre à toi qui…

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J’avais prévu un autre texte aujourd’hui. Mais parfois la vie fait que quelques mots nous bousculent et alors écrire devient la seule vérité.

A toi,

Toi qui crois ou pas

Toi qui espères que la roue va tourner

Toi qui accueilles l’amour les bras grands ouverts

Toi qui prends des risques

Toi qui aimes sans attente particulière

Toi qui souffres,  reconstruis chaque jour ta vie à la force de tes tripes

Toi qui a la foi, qui oses et espères, t’engages

Toi qui te remets en question

Toi qui pleures dans la solitude de tes nuits, au fil des insomnies

Toi qui tombes avant de refaire surface

Toi qui demandes juste un peu de tendresse

Toi à qui l’on promet de décrocher la lune – juste des mots en l’air

Toi qui patientes, apprends de tes échecs

Toi qui souffres en silence

Toi qui ne sait plus qui croire, comment faire confiance ni à qui

Toi qui a peur que les ténèbres te prennent, t’enferment

Toi qui vis le chaos, le trouble, le vide

A toi,

Je veux dire que l’amour existe, qu’il n’est pas une histoire à part, qu’il existe dans la simplicité de la vie de tous les jours, qu’il n’est pas un combat à gagner.

Je veux dire que l’amour n’a pas besoin de grande déclaration, qu’il se construit au fil du temps, par-delà les clichés, par-delà nos différences.

Je veux dire que l’amour est notre essence, qu’il est en nous avant d’être en l’autre – que l’autre soit ami, enfant, amant, parent.

Je veux dire que l’amour fait vibrer, qu’il te donne des ailes pour aller plus haut, plus loin, qu’il te regarde avec bienveillance, que l’amour ne juge pas, qu’il te révèle à toi-même.

Je veux dire que parfois tu souffriras d’y avoir cru, d’avoir offert ta confiance, ouvert ton cœur, que tu t’en voudras d’avoir pris le risque, mais que toute histoire d’amour en comporte un.

Je veux dire de prendre le temps de panser ton cœur, de prendre soin de la personne que tu es, d’attendre le bon moment pour toi.

Je veux dire que l’amour prend différentes formes. Qu’il existe dans le contact à l’autre. Mais aussi, dans le câlin du matin, dans les couleurs du ciel quand le jour se lève, dans un sourire, dans l’inattendu d’un rendez-vous.

Ne perd jamais espoir. Garde en toi toutes les expériences qui font celle ou celui que tu es devenu(e). Tes cicatrices sont tes victoires. L’amour un jour peuplera tes jours, tes nuits, tes rêves. Tu sauras. Ton cœur aura trouvé sa paix.

Vers la lumière, pour le meilleur!

Décidément ce manuscrit aura fait couler de l’encre. Relu, presque finalisé. Et les doutes reviennent. Je crois que j’arrive au bout.

Je suis tellement loin de la femme que j’étais à l’époque.

J’ai l’impression de replonger à chaque fois. Dans les souvenirs. Dans la peur. Dans le noir. Alors que tout autour de moi la lumière brille, que les souvenirs sont à nouveau joyeux et vrais.

Un coup de pouce amical m’a mise face à l’autre étape de l’écriture. La publication. Le partage au reste du Monde.

Je ne suis pas certaine d’être prête, pas sûre de le vouloir vraiment ce grand déballage de printemps.

Je prends l’excuse de mon fils. Mais il n’y a pas que ça. Il y a moi aussi, moi qui en ai marre de ressasser le passé, de décortiquer l’histoire, de parler de tout ça, de justifier mes choix. Je ne suis pas certaine de pouvoir répondre aux questions. Je ne suis même pas certaine du pouvoir de mes mots pour aider les autres. On n’aide pas en écrivant. On montre juste la réalité. Dans la tête du lecteur c’est autre chose. J’ai passé des mois à me conforter dans l’idée que ce que je vivais ce n’était rien de grave.

L’impulsion du départ ne peut venir que de soi, d’une intuition, d’un trop plein. Je crois que personne ne peut aider l’autre à s’en sortir sans son consentement. Ce serait tellement simple. Il faut une prise de conscience. Elle ne vient que de l’intérieur, jamais des autres.

A quoi cela sert-il donc ?

A part me maintenir prisonnière d’un passé dépassé.

A part montrer le pire d’un homme qui est, que je le veuille ou non, le père de mon fils.

En relisant le manuscrit je me rends compte qu’il y a beaucoup de pages sur ma descente aux enfers et si peu sur ma renaissance, ma reconstruction. Je ne sais même pas comment je me suis reconstruite. Ca s’est fait pas à pas. Chaque jour, avancer, prendre confiance. Chaque jour se donner des objectifs. Chaque jour grandir et se battre. Je sais juste dire qu’on s’en sort, plus fort, que la vie gagne au final. Comme toujours.

Le tout était que je comprenne pourquoi, comment. J’ai compris. Que reste t-il après ça?

Aujourd’hui j’ai envie de regarder vers l’avant, riche de mes expériences et de mes choix de vie, riche des bas qui m’ont menée vers le haut, riche des merveilles du jour.

Il reste un ou deux chapitres en suspens. Vais-je les écrire ? Ou bien laisser sagement ce manuscrit de côté, un rappel de tout ce que j’ai dépassé, de toutes mes victoires au creux des heures de chaos féroces, un rappel du chemin parcouru.

Nos cicatrices

Il y a celles du corps, celles qui s’imposent à nous, qui d’un coup d’œil se détectent ou bien qui cachées sous des épaisseurs de laine ou de coton, suivant les saisons, se font toutes petites. Il y a celles que nous exhibons fièrement et d’autres que nous tentons d’effacer – désir inconscient de se protéger.

Nos cicatrices racontent toutes une histoire. Nos cicatrices dessinent des vagues sur nos peaux, sont là pour nous rappeler ce que nous avons vécu, ce que nous avons perdu et ce que nous avons gagné, ce que nous avons offert et ce qui nous a été offert.

Puis il y a les cicatrices invisibles, celles qui n’ont laissé de traces qu’à l’intérieur, celles que personne ne remarque. Ces cicatrices existent pourtant, elles sont aussi importantes que les cicatrices visibles. Elles parlent de notre cœur.

J’ai longtemps pensé que mes cicatrices s’estomperaient, qu’en évoquant le passé, je ne les verrais plus que comme des petits points insignifiants. Hier, en reprenant la relecture de mon roman autobiographique, j’ai vu les choses différemment. Mes cicatrices sont là. Personne ne les voit. Mais cela ne remet pas en cause leur existence. Et au lieu de les fuir, j’ai plutôt envie de les regarder avec bienveillance, de leur dire “merci” d’être là, comme le souvenir de tout ce que j’ai réalisé, de tout ce que j’ai appris au détour de chacune des expériences qui ont marqué mon chemin. Chacune a sa manière est comme une victoire à savourer, une belle revanche.

Soyons fiers de nos corps et de nos cœurs marqués. Regardons nous sans jugement, avec amour. Aimons ces cicatrices qui nous rappellent qu’envers et contre tout, nous sommes vivants!

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Pourquoi l’as-tu épousé ?

Mon discours n’est pas encore sûr. J’hésite encore parfois quand la fameuse question du « pourquoi l’as-tu épousé ? » arrive dans la conversation. Elle me déroute toujours. Je devrais y être préparée depuis le temps. Mon patron dirait qu’il est essentiel d’anticiper. Il aurait raison pour le coup – pour une fois !

Je bafouille, je sors quelques phrases un peu bancales, sans grande conviction. Je réponds « c’est une histoire compliquée ». Ca ne suffit pas toujours. Il y a ceux qui rétorquent « aucune histoire d’amour n’est facile » et j’aimerais leur dire « nous ce n’était pas une histoire d’amour ». Ou ceux qui renchérissent « dans quel sens ? » et là les seuls synonymes qui me viennent à l’esprit sont chaotique – éreintante – catastrophique – peu épanouissante – une histoire remplie d’états d’âme.

Je suis encore mal à l’aise avec cette idée même si parfois j’aimerais lancée à la cantonade « je l’ai épousé parce que j’ai eu peur, je l’ai quitté parce que j’ai eu peur ». En fait toute notre histoire se résume à ça – la peur. Quand il y a de la peur il n’y a pas d’amour, même si l’autre ne cesse de te dire qu’il t’aime à la folie, qu’il ne te fera jamais de mal, que tout ce qu’il te dit, te demande de faire, c’est pour ton bien. Évidemment.

Et c’est étrange parce que plus j’avance et plus je me remercie d’avoir vécu cette histoire. J’ai l’impression qu’il me fallait tomber pour pouvoir m’élever encore plus haut, qu’il me fallait les vraies ténèbres pour pouvoir réellement voir la lumière, sans être effrayée.

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Un jour, je pourrais le dire, en toute franchise, haut et fort, sans douter, sans me dire que je ne suis pas juste  – dire qu’il n’était qu’un menteur, un tricheur, qu’il a joué avec mes sentiments, qu’il a abusé de mes faiblesses, qu’il m’a réduite à néant, qu’il a toujours refusé d’entendre mes « non », qu’il n’est pas intéressant. J’oserais même dire que la violence des mots laisse des cicatrices invisibles et que le silence tue.

Un jour, à la question « pourquoi l’as-tu épousé ? », je répondrais tout simplement que j’étais perdue, la proie facile, que je suis tombée dans le panneau, que je me suis retrouvée prisonnière d’une relation dont je n’ai pas réussi à sortir sans m’esquinter. Je ne dirais pas que c’est un connard ou un pauvre type. Trop facile. Je dirais juste la vérité. Sans fard. Et tant pis si certains me trouvent impudique ou pensent que j’aurais dû rester – une histoire de morale religieuse. A la vie A la mort. J’ai choisi la VIE.

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Une histoire de peau

Nos peaux mêlées sur le calendrier

Des années, du temps qui passe

Couleur, texture, infrastructure

La tienne, si robuste

La mienne, si tendre

La sienne, éphémère

On y décèle les vaisseaux

Transportant nos sangs mélangés

Quelques battements de cils

Une histoire de cœurs qui chavirent

Et de notre peau qui se déchire

A mesure que tes « je t’aime »

Se transforment en haine

Une histoire de peau

Qui tourne mal

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Merci à tous pour vos commentaires sur mon article “manuscrit inachevé“. Vos réflexions, idées, partages m’ont aidé à y voir plus clair. Je vais en poursuivre et en terminer l’écriture, non pas pour évacuer (car tout est digéré) mais pour que mon témoignage puisse servir à d’autres, les aider, les soutenir.

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Et si je n’avais pas envie de refaire ma vie (là, tout de suite) ?

“Tu n’as pas refait ta vie” sous entendu “tu n’as pas un mec dans ta vie”?

C’est la première question que me posent les inconnus quant au détour d’une conversation j’énonce la réalité brute de mon statut de maman seule et divorcée. Je n’ai souvent pas le temps de répondre, que mon interlocuteur juge bon de se lancer dans une tirade qui dit plus ou moins, selon les cas, qu’il serait temps d’y penser, que je suis jeune, qu’il faut sortir, rencontrer du monde, que la vie est faite pour être partagée, que si je n’ai rencontré personne depuis xx années, c’est sûrement que je suis trop exigeante ou pas assez ouverte.

A tous ces gens bien-pensants, qui j’en suis certaine, agissent avec le cœur, j’ai envie de répondre :

  1. Qu’ils ne connaissent pas les tenants et les aboutissants de mon mariage, de mon divorce, qu’ils ne savent rien de l’homme qui a partagé ma vie (si tant est qu’il l’est partagée un jour, mais ça c’est une autre histoire), qu’ils se permettent de porter un jugement sur mes choix sans me connaître, sans savoir d’où je viens, ni où j’en suis dans ma vie.
  2. Qu’une procédure de divorce ce n’est pas un acte anodin, que ça prend aux tripes, que ça réveille la nuit, que ça fait perdre confiance, en soi, en l’autre, que ça remue, que ça implique qu’on devienne ce qu’on n’est pas, pour gagner une partie, pour se protéger, pour protéger ceux qu’on aime. Un divorce c’est parfois accepter la guerre…
  3. Que mettre un enfant au monde ce n’est pas non plus un acte banal. Qu’une fois qu’il est là, ce n’est pas forcément évident de créer ce lien, dont toutes les mères nous rabâchent les oreilles comme si c’était quelque chose d’inné. Moi il m’a fallu près de 4 ans pour me sentir pleinement maman !
  4. Qu’un divorce (ou une séparation d’ailleurs) s’accompagne d’un long travail de deuil. Apprendre à se pardonner. Apprendre sur soi, sur l’échec. Apprendre à s’aimer soi, à s’accepter, à accepter ce passé, à avancer avec nos souvenirs, le manque de confiance, la peur de l’autre, la crainte de se planter à nouveau en beauté.
  5. Qu’ils ne savent pas qu’en revenant, j’avais tout à reconstruire. Mettre un enfant au monde, trouver du travail, trouver un logement et un mode de garde. Sans parler des multiples démarches administratives qui ont duré des mois et des courriers aux ministères pour que quelqu’un daigne enfin m’aider, qu’il a fallu que je raconte ma vie un nombre incalculable de fois à des personnes pas toujours bienveillantes. Que j’ai mis du temps à trouver mes marques, à aller mieux, à sortir la tête de l’eau.
  6. Qu’il y a quelques mois je me suis mise énormément de pression pour justement faire des rencontres, m’ouvrir davantage aux autres, créer des opportunités et que je me suis perdue dans cette quête, que je me suis éloignée de moi et de mon fils.
  7. Que aujourd’hui, me trouver, gérer ma vie, développer ma relation avec mon fils, m’entourer de personnes, d’amies bienveillantes est ma priorité. Savoir ce que je veux. Prendre soin de moi (enfin). M’aimer (avec conviction). Ecrire. Donner le meilleur de moi-même dans mes relations. Vivre intensément, sans deadline à respecter, sans « il faut que ». L’amour viendra peut-être frapper à ma porte, je l’accueillerais avec bonheur. Mais je ne vais pas le chercher frénétiquement comme vous me le conseillez.
  8. Qu’il existe aussi des célibataires heureux! (même si la société veut nous faire croire que point de salut sans un homme ou une femme dans sa vie)

Le reste viendra…

Quand le temps sera juste pour moi…

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