Cette douleur à l’intérieur de moi

Crédit Pixabay

C’est arrivé comme ça.

Depuis j’ai mal, à l’intérieur de moi. Est-ce lié ? Je ne sais pas. Pourtant je crois aux maux qui ne peuvent s’exprimer et s’impriment dans le corps.

Devant le message, j’ai mis du temps, enfin mon esprit a mis du temps à intégrer tous les paramètres des quelques mots posés sur l’écran.

J’ai regardé dans le vide et les larmes sont arrivées. Je ne sais pas pourquoi j’ai pleuré. Ni pourquoi je me suis sentie submergée par cette vague de chagrin. Juste là, au milieu de ma cuisine.

Les mots étaient simples. Des lettres et des chiffres. Le choc.

Et puis les jours d’après. Et l’au revoir. Est-ce que mon esprit a choisi de nier cette réalité ? Et mon corps a pris le relai ?

Qu’est-ce que je n’arrive pas à libérer ?

Qu’est-ce que ce départ me fait réellement ? Est-ce ma peine ou celle des autres qui me traumatise autant ?

Je ne vois que son sourire. Mais son sourire n’est plus. Ou juste sur les photos.

Elle est partie pour de bon. Elle a emmené ses 33 printemps avec elle. Je crois que je n’arrive pas à réaliser.

Peut-être que j’ai peur d’oublier. De l’oublier. D’oublier combien il est essentiel de vivre, là, maintenant. Et oublier ce serait presque comme une deuxième mort.

Depuis, je me sens loin de tant de choses. Et si proche de tant de choses.

C’est comme si les douleurs anesthésiaient mon esprit. Je ne pense plus. Je ne pense qu’à gérer la douleur. C’est presque pratique.

Mais ça ne peut pas durer. Je ne veux pas que ça dure. Je dois accepter. Accepter qu’elle est partie pour de bon, que je ne demanderais plus de ses nouvelles. Accepter le traumatisme de ses proches. Accepter que rien ne sera plus pareil. Accepter que son souvenir flottera toujours avec un gout d’inachevé entre nous. Accepter que la vie puisse s’arrêter d’un coup. Accepter que je puisse perdre demain les gens que j’aime. Le savoir. Ou pas. Accepter que la vie continue. Accepter d’être heureux malgré les injustices.

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Le pari de la vie

Crédit Pixabay

On m’a souvent demandé, et on me demande encore, comment j’ai refait surface, comment / quand j’ai réussi à faire à nouveau confiance, en l’autre, en la vie.

Je ne sais pas. Ça s’est fait.

Je partais de loin. Puisque je ne voulais plus vivre et que rien ne me retenait si ce n’est la vie qui grandissait dans mon ventre. Mais même elle, j’étais prête à la donner.

Quand tout s’est écroulé, j’aurai préféré la mort. Qu’est-ce que je pleurais? La fin d’un amour? Non. La séparation? Non. J’en étais à l’origine. Quoi alors? Je crois que je pleurais l’horreur, les menaces, les années de supplice, la peur. Je pleurais le vide, les images sordides, le froid, les mots.

Je ne savais plus où j’en étais. Alors j’ai choisi de m’écrouler. Je n’avais plus que des briques à mes pieds et plus d’envie. A côté, tous les  maux passés de mon existence me paraissaient vains. Mes mauvaises notes, mes échecs sentimentaux, la mort, mes rêves envolés, la maladie, la dépression…

Un jour, je n’étais plus que l’ombre de moi-même et mon regard dans le miroir me glaçait le sang. J’étais devenue une fille que je ne reconnaissais pas. Personne ne m’a laissé partir alors j’ai choisi de continuer à vivre. Difficilement. Mais vivre quand même. Et j’ai rebâti jour après jour, en triant ce que je voulais garder, ce qu’il devenait nécessaire de laisser partir. J’ai eu souvent l’impression de faire deux pas en avant et trois en arrière. J’ai dû faire face un nombre incalculable de fois à la personne qui me terrorisait le plus dans cette sombre histoire. L’emprise ne s’est pas arrêtée le jour où je suis partie. Elle a redoublé après mon départ et il a fallut s’en extirper.

Peut-être que j’ai repris goût à la vie parce que j’ai choisi un matin d’y croire à nouveau, tout simplement. J’ai fait un énorme travail sur moi pour m’accepter telle que je suis, pour m’estimer davantage, me respecter enfin. J’ai crié, pleuré, détesté la terre entière. J’ai craché ma colère, mon dégoût, ma peur. J’ai envoyé chier tous les principes des autres pour trouver mes essentiels. J’ai racheté ma liberté. J’ai gagné ma paix au prix d’un combat acharné contre moi-même.

Je pense aussi qu’au fond de moi j’ai cette soif de vivre, plus forte que tout, qui me porte. J’ai foi en la vie. Et si j’ai été déçue, maltraitée, j’ai toujours gardé la certitude qu’il y avait aussi de belles choses à vivre, de belles personnes à rencontrer. J’ai fais ce pari. Celui de quelque chose de plus grand, de plus vrai, de plus proche de mes convictions.

Je n’ai pas de formule magique à confier, si ce n’est peut-être identifier ses blessures, travailler dessus, les guérir et aller de l’avant. La confiance est un choix. Le bonheur aussi.

Et vous, qu’est-ce qui vous motive? Quelle force vous permet de vous relever? Quels maux avez-vous dépassés? Comment?

Loin d’elle

© Arthur Humeau

Qu’avait-elle dit déjà ?

Rien. Ou si que c’était terminé, c’est ça. Plus de sentiments. L’amour envolé. Ou bien un autre. Avait-elle mentionné un autre homme ? Et l’amour nouveau, embrassé. Peut-être.

A quoi bon se souvenir, puisque de toute façon, elle avait dit la fin. Et la fin ça se vit  dans le silence tragique de l’après. Ça n’a pas d’autre consistance que le vide. Une fin ne construit rien, elle ne se discute pas. Elle s’insinue en nous et il faut gérer.

Je voudrais ne plus penser, ne plus me souvenir. Je voudrais que son visage disparaisse entre deux stations ou presque, qu’il ne reste plus rien de sa bouche surlignée de rouge, de ses cils noirs recourbés, de ses mains gantées de crème aromatisée à la rose, de la mélodie sensuelle de son buste calé contre le mien.

Immobile au milieu de la foule compacte de l’heure de pointe, je me sens comme un fou perdu dans le bain de la vie, fou d’y avoir cru, fou de m’être laissé emporter par la vague bleue de ses yeux.

Je veux oublier. Tout. Me perdre quelque part dans un univers où la mémoire me quitterait pour me laisser guérir en paix. Un endroit loin du monde, de sa course, de son chaos. Loin de tout ce qui me rappelle. Elle.

Pourtant c’est le monde qui me tient, ce matin, dans cette rame bondée. Il me sert de tuteur, m’aide à rester debout, alors qu’à l’intérieur tout expose, les écrous sautent, les joints se brisent, la machine s’emballe et le cœur se dévisse.

Je suis là sans être. Je respire tout juste. En pilote automatique, je dérive, le regard braqué sur l’absente.

Ce texte est ma participation à l’atelier 325 de Bric A Book

 

Les reliquats de la violence conjugale

Crédit Marie Kléber

Je voudrai pouvoir me dire – je tente même de m’en persuader – qu’il ne reste rien ou si peu de ces 4 années, 8 si l’on compte le divorce. Et pourtant elles sont là, bien accrochées, mes peurs et angoisses. Elles se font toutes petites la plupart du temps, puis crèvent l’écran.

Parfois elles sont dans un cri trop brusque, un acte banal qui fait ressortir une foule de souvenirs, dans une réaction disproportionné, dans un possible imaginé, dans une colère qui vient de je ne sais où et qui se déverse sur le papier ou cogne contre un mur. Personne n’y verra rien. Personne n’avait rien vu à l’époque. Elles sont dans les larmes qui s’abattent froidement sur la toile cirée et donnent un coup de massue à mes pensées.

Un silence, les mots qu’on a gardé, la fatigue, un malaise ou l’idée d’un malaise, on a tellement été habitué à ce que chaque mot soit pris de travers. L’angoisse revient. Qu’est-ce qu’il faut faire déjà? Qu’est-ce qu’il faut dire ou ne pas dire? S’excuser? Est-ce que demain tout se sera éteint?

J’ai beau savoir que rien n’est pareil, qu’aucune donnée d’aujourd’hui n’est la même à plusieurs niveaux, j’ai encore parfois cette sensation désagréable du passé. Combien de pas en avant qui semblent insignifiants quand il ressurgit, sans crier gare?

Alors je laisse couler l’eau. Je me sens seule parfois, seule avec ce chaos, ces images que je ne partage avec personne, ce traumatisme qui demeure. Pas de coup, pas de preuves. Juste une main qui étreint un peu fort. La haine dans les yeux de quelqu’un peut faire plus mal qu’un coup de poing bien placé. Le silence glaçant a le pouvoir d’anéantir un élan.

Un évènement anodin est venu réveillé le choc. Vivre avec, rien de plus, rien de moins. Apprendre à accueillir ces temps d’entre-deux, ces émotions vives qu’un grain de sable peut déclencher. Ne pas se décourager surtout. Le chemin de la guérison est fait de victoires et de rechutes. Respirer surtout et doucement laisser le passé regagner sa place. Et se réveiller plus fort encore une fois.

 

Du corps: entre maternité, complexes et libération

J’ai souvent écrit sur le corps, surtout ces dernières années.

Je n’ai jamais eu de problèmes avec mon corps. Ou bien rien de bien méchant. Je ne l’ai pas maltraité et je l’ai longtemps regardé avec beaucoup de bienveillance. Ma taille, mes formes, tout me convenait, je n’avais pas de complexe et la chance d’être en bonne santé.

On prend souvent conscience de son corps par rapport au regard de l’autre. C’est ma taille qui était source de moqueries quand j’étais enfant. Rien d’affolant. On ne peut pas changer sa taille alors à quoi bon…

Le regard de l’autre peut le meilleur comme le pire. Tout comme le nôtre sur nous-même.  Le temps de l’innocence et de l’insouciance a laissé la place à celui d’une réalité qui ne répondait ni à ma culture, ni à mon éducation : cacher le corps.

Sans y prendre garde je suis rentrée pas à pas dans le moule parfait des certitudes imparfaites de celui qui croyait tout savoir sur tout. J’ai couvert mes bras, mes jambes. Je me suis enfermée vivante sous une couche de vêtements qui ne protégeait pas seulement mon corps de l’hypothétique regard des autres hommes sur moi, mais me permettait d’enfouir mon mal aise, mon mal être.

Le corps que j’avais aimé, mis en valeur, que j’avais caressé, que je connaissais presque sur le bout des doigts, mon corps était devenu un territoire étranger que je fuyais du regard, que je couvrais chaque jour davantage.  Il n’avait plus de contours, plus de formes. Il n’était plus qu’une enveloppe.

Puis la vie est venue se loger en moi. Et mon corps s’est transformé. A l’intérieur je n’étais plus femme, mais une mère en devenir. Mon corps n’était plus touché, ni frôlé. Il avait fait son travail, servi à satisfaire les envies d’un homme et intégré ce que l’homme attendait – l’enfant. Il ne restait de ma féminité que des souvenirs, engloutis sous un déluge de dégout et de honte que je tentais de faire disparaitre sous le jet brulant de la douche.

J’ai passionnément aimé mon corps de mère. Je m’y suis accrochée pour la vie qui grandissait en moi. J’ai regardé mon ventre s’arrondir, prendre la place de tout ce qui n’existait plus. La femme s’était envolée…

J’ai mis près d’un an avant de porter à nouveau des tops à manches-courtes, des jupes sans collants. Puis  quelques années de plus avant de m’offrir une nouvelle tenue, m’acheter de la lingerie. Je ne me regardais dans un miroir que pour constater cette tristesse que j’avais au fond des yeux, pour intégrer les cicatrices. Les accepter fut le fruit d’un long et douloureux travail sur moi, dans lequel il a fallu cracher les heures les plus noires de mon histoire, les dire encore et encore, intégrer que j’étais moi aussi responsable de cette mise à mort, que j’y avais adhéré, que je m’étais délaissée/détestée.

En fermant mon cœur à double tour, je savais que je choisissais la facilité, celle qui me permettait de ne surtout pas prendre rendez-vous avec ma féminité, avec l’autre. J’étais mère et mon corps me le rappelait sans cesse. Comment un corps de mère pouvait être désiré, désirable ?  Comment un corps de femme humiliée pouvait être aimé ?

Je ne dirais pas que ce travail est terminé, je me bats encore avec certains démons. La différence c’est que je sais que je les vaincrais, un jour. Je renais à mon rythme, je renoue doucement avec mon corps. Le fait qu’il soit regardé, aimé, désiré pour ce qu’il est m’aide forcément énormément. Le regard de l’autre a aussi le pouvoir de nous libérer.

Ouvrez les vannes!

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Musique saccadée

Couverture idéale

Face aux cris glaçants

De la femme qui s’éteint

Sous les coups

De l’ennemi

Son propre conjoint

Violence singulière

Tue en son sein

La famille qui se terre

Sous les coups

Du destin

L’infâme musique

Légitime le sacrifice

Des humains

Qu’on assassine

Sous les yeux masqués

Bouches cousues

Portes closes

Intimité protégée

A coups de mots griffonnés

Procès-verbaux

Relégués au placard

Ne pas faire de vague

*

Familles condamnées

Sortez les maux

Tuez les ombres

Ouvrez les vannes !

A toutes les femmes, tous les hommes, tous les enfants victimes de la violence

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Mère en sursis

Beaucoup de femmes disent que la maternité les a changées, qu’elle les rendues plus vraies, qu’elle leur donne de l’élan au quotidien.

Je ne fais pas partie de ces femmes. Pour moi la maternité est un défi de chaque instant. Dans lequel j’ai l’impression de me perdre souvent, de ne pas être à la hauteur la plupart du temps. La maternité me met face à mes limites, à mes vulnérabilités. La responsabilité me parait, certains jours, bien lourde à porter, la tâche ardue, comme une montagne à gravir, sans entrainement. Je tombe souvent, je m’écorche sur toutes les incertitudes qui jalonnent mon parcours.

La sérénité est éphémère. Pourtant ce sont tous ces instants simples et précieux qui font oublier le reste, comme une baguette magique qui viendrait effacer les heures sombres. C’est de regarder mon fils grandir, apprendre, découvrir, s’émerveiller qui me donne d’apprécier ce qui se présente.

La maternité est pour moi un parcours jalonné d’obstacles que je gère comme je peux, en fondant en larmes souvent, dépassée par une énième crise que je n’arrive pas à gérer. A chaque jour ses victoires et ses manques, ses instants où je ne me sens pas l’étoffe de la tâche qui m’incombe, où je m’en veux de retomber dans des travers que j’essaye de dépasser.

La maternité est un véritable dépassement de soi. Pour donner le meilleur. Quand c’est possible. Rien ne me semble acquis. Jamais. Je me sens souvent seule, perdue, sans ressource. Je me dis souvent que mon fils serait plus heureux ailleurs, avec des personnes qui sauraient l’élever, prendre soin de lui, comme il se doit.

Et comment dire tout ça? Comment se confier sur ce qui devrait être porteur de bonheur? Et qui n’est qu’une suite d’efforts considérables pour maintenir le bateau à flot. Qui peut comprendre?

Comme beaucoup peut-être, je garde l’espoir qu’un jour je trouve ma place, mon équilibre…

Lettre à toi qui…

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J’avais prévu un autre texte aujourd’hui. Mais parfois la vie fait que quelques mots nous bousculent et alors écrire devient la seule vérité.

A toi,

Toi qui crois ou pas

Toi qui espères que la roue va tourner

Toi qui accueilles l’amour les bras grands ouverts

Toi qui prends des risques

Toi qui aimes sans attente particulière

Toi qui souffres,  reconstruis chaque jour ta vie à la force de tes tripes

Toi qui a la foi, qui oses et espères, t’engages

Toi qui te remets en question

Toi qui pleures dans la solitude de tes nuits, au fil des insomnies

Toi qui tombes avant de refaire surface

Toi qui demandes juste un peu de tendresse

Toi à qui l’on promet de décrocher la lune – juste des mots en l’air

Toi qui patientes, apprends de tes échecs

Toi qui souffres en silence

Toi qui ne sait plus qui croire, comment faire confiance ni à qui

Toi qui a peur que les ténèbres te prennent, t’enferment

Toi qui vis le chaos, le trouble, le vide

A toi,

Je veux dire que l’amour existe, qu’il n’est pas une histoire à part, qu’il existe dans la simplicité de la vie de tous les jours, qu’il n’est pas un combat à gagner.

Je veux dire que l’amour n’a pas besoin de grande déclaration, qu’il se construit au fil du temps, par-delà les clichés, par-delà nos différences.

Je veux dire que l’amour est notre essence, qu’il est en nous avant d’être en l’autre – que l’autre soit ami, enfant, amant, parent.

Je veux dire que l’amour fait vibrer, qu’il te donne des ailes pour aller plus haut, plus loin, qu’il te regarde avec bienveillance, que l’amour ne juge pas, qu’il te révèle à toi-même.

Je veux dire que parfois tu souffriras d’y avoir cru, d’avoir offert ta confiance, ouvert ton cœur, que tu t’en voudras d’avoir pris le risque, mais que toute histoire d’amour en comporte un.

Je veux dire de prendre le temps de panser ton cœur, de prendre soin de la personne que tu es, d’attendre le bon moment pour toi.

Je veux dire que l’amour prend différentes formes. Qu’il existe dans le contact à l’autre. Mais aussi, dans le câlin du matin, dans les couleurs du ciel quand le jour se lève, dans un sourire, dans l’inattendu d’un rendez-vous.

Ne perd jamais espoir. Garde en toi toutes les expériences qui font celle ou celui que tu es devenu(e). Tes cicatrices sont tes victoires. L’amour un jour peuplera tes jours, tes nuits, tes rêves. Tu sauras. Ton cœur aura trouvé sa paix.

Vers la lumière, pour le meilleur!

Décidément ce manuscrit aura fait couler de l’encre. Relu, presque finalisé. Et les doutes reviennent. Je crois que j’arrive au bout.

Je suis tellement loin de la femme que j’étais à l’époque.

J’ai l’impression de replonger à chaque fois. Dans les souvenirs. Dans la peur. Dans le noir. Alors que tout autour de moi la lumière brille, que les souvenirs sont à nouveau joyeux et vrais.

Un coup de pouce amical m’a mise face à l’autre étape de l’écriture. La publication. Le partage au reste du Monde.

Je ne suis pas certaine d’être prête, pas sûre de le vouloir vraiment ce grand déballage de printemps.

Je prends l’excuse de mon fils. Mais il n’y a pas que ça. Il y a moi aussi, moi qui en ai marre de ressasser le passé, de décortiquer l’histoire, de parler de tout ça, de justifier mes choix. Je ne suis pas certaine de pouvoir répondre aux questions. Je ne suis même pas certaine du pouvoir de mes mots pour aider les autres. On n’aide pas en écrivant. On montre juste la réalité. Dans la tête du lecteur c’est autre chose. J’ai passé des mois à me conforter dans l’idée que ce que je vivais ce n’était rien de grave.

L’impulsion du départ ne peut venir que de soi, d’une intuition, d’un trop plein. Je crois que personne ne peut aider l’autre à s’en sortir sans son consentement. Ce serait tellement simple. Il faut une prise de conscience. Elle ne vient que de l’intérieur, jamais des autres.

A quoi cela sert-il donc ?

A part me maintenir prisonnière d’un passé dépassé.

A part montrer le pire d’un homme qui est, que je le veuille ou non, le père de mon fils.

En relisant le manuscrit je me rends compte qu’il y a beaucoup de pages sur ma descente aux enfers et si peu sur ma renaissance, ma reconstruction. Je ne sais même pas comment je me suis reconstruite. Ca s’est fait pas à pas. Chaque jour, avancer, prendre confiance. Chaque jour se donner des objectifs. Chaque jour grandir et se battre. Je sais juste dire qu’on s’en sort, plus fort, que la vie gagne au final. Comme toujours.

Le tout était que je comprenne pourquoi, comment. J’ai compris. Que reste t-il après ça?

Aujourd’hui j’ai envie de regarder vers l’avant, riche de mes expériences et de mes choix de vie, riche des bas qui m’ont menée vers le haut, riche des merveilles du jour.

Il reste un ou deux chapitres en suspens. Vais-je les écrire ? Ou bien laisser sagement ce manuscrit de côté, un rappel de tout ce que j’ai dépassé, de toutes mes victoires au creux des heures de chaos féroces, un rappel du chemin parcouru.

Nos cicatrices

Il y a celles du corps, celles qui s’imposent à nous, qui d’un coup d’œil se détectent ou bien qui cachées sous des épaisseurs de laine ou de coton, suivant les saisons, se font toutes petites. Il y a celles que nous exhibons fièrement et d’autres que nous tentons d’effacer – désir inconscient de se protéger.

Nos cicatrices racontent toutes une histoire. Nos cicatrices dessinent des vagues sur nos peaux, sont là pour nous rappeler ce que nous avons vécu, ce que nous avons perdu et ce que nous avons gagné, ce que nous avons offert et ce qui nous a été offert.

Puis il y a les cicatrices invisibles, celles qui n’ont laissé de traces qu’à l’intérieur, celles que personne ne remarque. Ces cicatrices existent pourtant, elles sont aussi importantes que les cicatrices visibles. Elles parlent de notre cœur.

J’ai longtemps pensé que mes cicatrices s’estomperaient, qu’en évoquant le passé, je ne les verrais plus que comme des petits points insignifiants. Hier, en reprenant la relecture de mon roman autobiographique, j’ai vu les choses différemment. Mes cicatrices sont là. Personne ne les voit. Mais cela ne remet pas en cause leur existence. Et au lieu de les fuir, j’ai plutôt envie de les regarder avec bienveillance, de leur dire “merci” d’être là, comme le souvenir de tout ce que j’ai réalisé, de tout ce que j’ai appris au détour de chacune des expériences qui ont marqué mon chemin. Chacune a sa manière est comme une victoire à savourer, une belle revanche.

Soyons fiers de nos corps et de nos cœurs marqués. Regardons nous sans jugement, avec amour. Aimons ces cicatrices qui nous rappellent qu’envers et contre tout, nous sommes vivants!

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