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Le vide des souvenirs

Je reverrais toujours le vert anis de son manteau de petit garçon, une lueur vive dans le vide absolu des jours qui passent et ne laissent comme trace qu’un souvenir tenu.

Je perçois au loin le son d’une balle qui rebondit sur le sol, un jouet d’enfant sûrement. Les aiguilles de ma montre scandent son retard. Où peut-il être à cette heure ? Combien de temps lui faut-il pour sortir de sa torpeur ?

Les groupes de paroles me laissent croire à une hypothétique renaissance. Les bouches, gavées de mots bienveillants, me promettent du mieux, du meilleur, quand tout autour n’est que désolation.

J’ai fermé les yeux trop longtemps. Très pratique pour ne pas affronter le squelette de son enfant terrassé par le poids des substances illicites ingurgitées. L’abandon plutôt que le défi. Je l’ai laissé couler dans l’abîme.

Je l’attends, réfléchissant à l’impromptu qui le retient loin de moi. Encore une fois, je fuis la terrible absence. Depuis qu’il est parti, je colmate les manques.

Ce texte est ma participation à l’atelier d’écriture d’Olivia. Les mots imposés étaient:

Impromptu – anis – squelette – rebondir – renaissance – vide – retard

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Ma vision de MA maternité

Crédit Pixabay

Je suis devenue maman sans me poser de questions. A l’époque c’était dans l’ordre des choses telles que je les concevais.
Je n’ai pas fait de plan, ni ne me suis dit que j’aurais un enfant, deux, trois ou plus.

Je suis devenue maman au creux d’une année compliquée sur laquelle les bonnes fées ont toutefois dû se pencher puisque j’ai pris mon courage à deux mains pour quitter une relation toxique et ai mené ma grossesse à terme.

Le jour où j’ai appris que j’attendais un enfant, je me suis sentie à la fois forte et vulnérable. Je pense que j’ai réellement pris conscience à ce moment là de la tâche qui m’incombait, de ma responsabilité et de mon engagement.

L’accouchement a été pour moi un moment particulier. La vie et la mort dans un tout petit espace. La naissance comme une bénédiction et une déchirure. La fin et le début. On me le confiait et en même temps on me l’arrachait. Il venait de moi et il était de mon devoir de le conduire vers le monde.

Je n’ai jamais considéré mon fils comme un prolongement de moi-même, ni comme une garantie pour la vie. Si je réfléchis aujourd’hui à la maternité, au delà du désir prégnant de porter la vie en soi, au delà du phénomène naturel de la perpétuation du genre humain, je ne saurai dire pourquoi nous faisons des enfants. Il faudrait demander aux autres. A des autres sûrement moins “torturés”.

Je ne tire pas de plans sur la comète pour lui. Je le veux simplement heureux, que ce soit au coin de la rue ou à des milliers de kilomètres de moi, dans une vie qui lui ressemble.

Je ne suis pas toujours une maman sereine. Je suis bien loin de celle que je pensais être un jour. Je ne sais pas si je peux dire que je suis une maman épanouie non plus. Même si je suis heureuse. Mon fils me met chaque jour au défi de mes limites et limitations, de mes peurs et de mes manques. Il me met en face des choix à faire, des décisions à prendre. Il me pousse dans mes retranchements. C’est souvent compliqué, parfois douloureux. Doucement et grâce à lui, je me rapproche de moi.

Il n’est pas ma plus grande victoire mais certainement ma plus grande richesse. Il n’est pas ma passion mais bien souvent la raison qui me ramène sur le chemin. Il est mon plus féroce engagement pour la vie.

Il n’est pas mon unique source de joie, ni mon tout, ni mon ultime essentiel. Parce que lui faire porter ce poids serait criminel. Il a cependant, il est vrai, une place particulière dans mon cœur, qui je l’espère saura toujours voir le meilleur pour que jamais ne se brise le lien qui nous lie.

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Entre l’enfant que j’étais et l’enfant qu’il est

Crédit Marie Kléber

Je suis une enfant sage, qui ne fait pas de vague. Je n’exprimerai mes émotions que tard, plus tard. Et mal, très mal. Je ne sais pas dire.
Je vis dans une bulle, celle qui me protège d’un monde que je ne comprends pas. Je parle seule et dans la cour je ne suis qu’avec ceux qu’on met de côté – déjà.

Je suis une enfant sage. Des crises qui se comptent sur les doigts d’une seule main. Je me mets à l’écart. Je suis de la famille, tout en étant d’ailleurs.
J’ai frôlé la mort et peut-être que c’est pour ça que mes parents me protègent tant, qu’ils ne me comprennent pas. Pourtant ils sont là, bien présents, ils m’aiment et je le sens. Ils font face aux regards et aux jugements. Ils me défendent à tout instant.

Je suis une enfant sage. Je vis dans un monde que personne ne connait. Je m’invente des voyages, des amis. Ça ne fait pas de mal. Ça inquiète un peu les grands.
J’ai à peine 4 ans, à l’école, je ne parle pas mais je dors beaucoup. Les psychologues disent que tout va bien. Plus tard ils diront que je fuyais la réalité. Que c’était ma manière à moi de me protéger.

Je suis une enfant sage. Je ne bronche pas. Je ne pleure pas. Je ne conteste rien. Je ne crie pas. Je joue dans ma tête. C’est très bien comme ça.
Le monde autour tourne et je l’oublie. A l’intérieur de moi, c’est le chaos, de plus en plus. La mer est seule à m’apaiser. J’ai la nostalgie du temps passé.

Je suis une enfant révoltée. Personne ne le sait. Personne ne s’en doute. Jusqu’au jour où…

***

Il est un bébé sage. Il sourit. Il illumine ma vie quand tout en moi n’est que mort. Il est le rayon de soleil qui vient redonner vie à la fleur flétrie.
Il est un bébé joyeux. Il me donne envie de me battre. Il est la douceur après l’horreur. Le regarder apaise mes peurs, ma colère, mon impuissance à lui offrir plus.

Il est un enfant rêveur, riche d’idéaux. Il aime la vie. Il aime le monde. Il aime ces atmosphères qui font battre le cœur un peu plus vite. Il fait battre le mien entre deux crises. Il me fait chavirer de bonheur avant de me plonger dans un océan de culpabilité.

Il est un enfant qui s’affirme. Il crie. Il teste les limites. Il négocie tout et c’est épuisant. Il est aussi très câlin et une phrase de lui a le pouvoir de me remettre sur les rails.

Il est un enfant que j’ai du mal à apaiser. Il est un concentré d’émotions vives. Il se fâche vite et puis oublie aussi vite. Ange et démon en quelques secondes top chrono. Il cherche en moi la sécurité. Que je ne peux pas toujours lui offrir. A être rassuré sur le fait que je ne vais pas partir.

Il questionne tout ou presque. Il m’offre de me remettre en question régulièrement, de tester de nouvelles idées, de prendre les choses avec plus de légèreté. Il est à un souffle de moi. Un souffle bien fragile parfois.

Il est si différent de l’enfant que j’étais…

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Une maman fragile

Credit Pixabay

J’épingle les maux au cahier des charges de la vie de famille. Je passe du rire aux larmes, j’oublie les cris puis la colère revient. Je fuis les nuits, leur lot de cauchemars. Je perds le fil du beau.

J’aspire à davantage…
De temps que je suis seule à pouvoir m’offrir.

Je m’oublie. Je passe après le repas, le brossage des dents, l’histoire, le dernier rappel, les câlins. Je passe après la tournée officielle des machines, de la vaisselle, du ménage. Parfois ça laisser un goût amer. Et puis ça s’en va.
Au réveil, la joie me cueille au saut du lit. Un peu avant le retour des “non” qui ne cessent de s’accumuler. Mes limites semblent contestables. Elles sont sans cesse contestées. Les négociations sont interminables et me laissent vidée derrière la grille de l’école. Un sourire aux lèvres. Je m’accroche aux rires pour ne pas perdre le fil.

Et quand on me propose de l’aide j’ai du mal à lâcher prise. Comme si j’avais peur de quelque chose. Que l’on me vole encore un peu de lui. Comme si j’avais peur de le perdre, qu’avec d’autres il trouve plus de sérénité et de confiance qu’avec moi. Quelle étrangeté que ce sentiment là!
J’ai l’impression de disparaitre derrière ces autres, derrière ces mains tendues. Je perds de ma consistance. Mes failles m’apparaissent en gros plan. Je me sens vulnérable, indécise. J’accepte, le cœur partagé. Je sais qu’il appartient au monde et que le monde l’attend, que le garder trop proche serait ne pas véritablement l’aimer.

C’est comme si la blessure des premiers mois s’ouvrait à nouveau, ce temps que je croyais guérit, ces mois à ne le voir que 48h par semaine. Essayer de l’aimer au milieu du chaos. Dans l’imprécis. Le voir s’attacher à d’autres et m’éviter. Un réflex. Si compréhensible. Quand mon corps tout entier respirait l’angoisse de ne pas savoir faire, ni dire.

Je cherche le juste milieu dans un espace riche de contrastes. Tant de données m’échappent. Je suis comme un funambule au dessus d’un brasier. En perpétuelle quête d’équilibre. Quand je crois y être arrivée, une marche disparait et c’est le vide. A apprivoiser. Sans certitude.

Je manque de légèreté. Je suis une maman fragile.

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Inadaptée

Crédit Pixabay

Inadaptée au monde de l’enfance. Rêveuse, timide, réservée, dans sa bulle. Trop ou pas assez, jamais comme il faut. Les autres, un univers à part…

Inadaptée au monde des adultes. Vite dépassée. Par toutes ces injonctions. Par tout ce qu’on attend et que je ne comprends pas. Immobilier, vie à deux, avenir, argent. Et ces jugements hâtifs…

Inadaptée au monde des parents. A cette course à l’apprentissage, course à l’enfant qui réussira le mieux. Ces comparaisons inutiles et insensées qui mettent tous les enfants dans le même panier. Savoir avant tout le monde…

Inadaptée aux idées.

Celles qui disent que les femmes valent plus que les hommes / que les pères ne sont pas importants dans l’équation / que la vie est dure et qu’il faut armer nos petits dès le plus jeune âge / que nos enfants sont le reflet de nos failles…

Inadaptée aux avis qui arrivent sans y avoir été invités.

Inadaptée.
Et perdue. Par moments.
Dans ma vie de femme. De maman.

Inadaptée.
Dans un monde qui va vite.

Inadaptée.
Toujours en chantier, en apprentissage.
Jamais sûre de rien.
Toujours fragilisée par le regard des autres.
Les avis tranchés

Comment continuer à vivre selon ses idées?

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L’épreuve de force

La rentrée, l’épreuve de force, depuis ton départ.

L’avenue est peuplée de rires d’enfants, qui circulent avec leurs cartables trop grands pour eux. Les parents, dans leurs pensées, semblent explorer les recoins d’un vieux rêve, celui de l’été, de la plage désormais abandonnée aux retraités. Les yeux des petits sont encore pleins d’aventures, de campagne, de crèmes glacées au chocolat, de “pirouette cacahouète”, de chants d’oiseaux au réveil.

J’ai croisé les voisins en descendant. Ils savent qu’il ne faut rien dire. Pas aujourd’hui. Odette m’a prise dans ses bras. J’ai trouvé un peu de chaleur dans son étreinte. Il n’y a qu’elle qui est capable de ça.

Depuis cinq ans, je survis. Comme une noisette abandonnée sur le bord de la route, un reste de saison. Au mieux, on m’ignore. Au pire, on me pose des questions. On me dit résignée. Je les laisse parler.

Qui peut comprendre? Qui peut savoir tout ce désespoir? Ta main dans la mienne dans cette clinique, place de la République. Ton petit corps supplicié. Ton visage écarlate. Les tuyaux partout. Et l’inéluctable au bout d’une aiguille.

Je ne cesserai jamais de t’aimer. Tu ne cesseras jamais de me manquer.

Ce texte est ma participation à l’atelier d’écriture d’Olivia. Les mots imposés étaient: noisette – avenue – voisins – république – rentrée – aimer – résignation – explorer – aventure

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Quand la santé gynécologique des femmes devient humaine

“La Matrice”, fractale réalisée par Joël Bentzinger

Si vous êtes une femme et que vous avez eu un / des enfants, vous avez sûrement eu droit à des séances de kiné pour rééduquer votre périnée, pas mal malmené par la grossesse, l’accouchement, l’épisiotomie (qui y échappe de nos jours?)

Mais vous a t-on réellement parlé du périnée, vous a t-on expliqué en quoi cette rééducation consistait? Ou vous a t-on laissé seule avec votre sonde (hyper glamour!) et votre appareil pendant trente minutes à regarder la courbe de vos contractions en espérant qu’elles atteignent des sommets?

Il y a six ans et quelques mois, j’étais cette femme, avec sa sonde. Tellement impersonnel. Mais quand on vient d’avoir un bébé, qu’on a passé le stade de l’accouchement, qu’on a laissé sa pudeur aux vestiaires et qu’on enchaine les nuits de quatre heures, on ne se pose pas la question. Le premier kiné sera le bon. Et dix séances plus tard, on repart avec sa sonde et ses résultats (pas toujours glorieux!)

Six ans plus tard, je pousse à nouveau la porte d’un cabinet pour une nouvelle rééducation. Et là, enfin, je trouve écoute et attention. La jeune femme m’explique les bases, ce qu’est exactement le périnée, où il se trouve, ce qu’elle attend de moi, comment elle va m’accompagner. Faire les choses sans comprendre revient à faire peu de choses. Mais dès qu’on comprend, c’est beaucoup plus simple de mettre en pratique.

Elle m’annonce d’emblée que la rééducation sera manuelle. Deuxième bonne nouvelle. Sincèrement je ne me voyais pas recommencer avec ma sonde. Là, c’est beaucoup plus humain. Il y a un vrai échange. Je ressors de ce premier rendez-vous le sourire aux lèvres.

Je ne suis pas la seule à trouver que le monde hospitalier autour des femmes, qu’elles soient mères ou non, n’est pas toujours à la hauteur. La parole s’est libérée il y a peu sur les violences subies et le manque d’humanisme, de bienveillance de certains professionnels. Un accueil, une écoute sont la base d’un service de qualité. Les femmes ont besoin d’être rassurées, surtout sur des actes qui touchent à des parties aussi intimes de leur corps.

Dites-moi comment cela s’est passé pour vous? Avez-vous trouvé les bonnes personnes? Ou bien vous sentez-vous à chaque fois vulnérable quand il est question de votre santé gynécologique?

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L’absent

Crédit Pixabay

On a coutume de dire que les absents ont toujours tort. L’enfant les pare pourtant de talents cachés, de caractéristiques incroyables. Les absents sont ces demi-dieux, ces aventuriers extraordinaires, ces super-héros aux pouvoirs magiques.

L’été fut plein de lui. Celui qui est, quelque part. Pas ici. Le père dont on égraine le nom au fil des coups de blues. Son absence place l’enfant dans un manque, qu’il tente de comprendre. Mes réponses n’apaisent pas. Elles font naître d’autres questions. Mises bout à bout, elles racontent une histoire que l’enfant a du mal à comprendre.

Elle parle d’amour. Mais d’un amour qui s’éteint. Alors que vaut l’amour qu’on dit infini, inconditionnel? Est-il un autre mensonge? Puisque l’amour entre deux adultes peut mener l’enfant à vivre sans une  de ses racines. Est-ce que l’autre aussi peut se défiler? Que resterait-il à l’enfant?

Une image. Un album. Quelques souvenirs épars. L’absent est un vide et l’enfant voudrait être comme tous les autres. Il ne sait pas tout. Il ne comprend pas tout. Il voudrait son sourire sur ses jours et ses mains, qu’il imagine réconfortantes, bien calées dans les siennes.

Il ne sait pas ce que disait l’histoire d’avant. La peur, les cris. La vie à sauver. La fuite. On essaye avec des mots appropriés de défaire les nœuds. On tente de trouver l’angle, celui qui apaisera les blessures incrustées, qui soulagera le cœur. Un peu.

L’enfant se confie. Il brode une histoire avec ses mots à lui. Son cœur se serre sur le quai, au départ du train. Et si maman ne revenait pas…

Toujours un manque. Et la peur. Toujours la vie quand même. Même après le vide. Puis l’enfant passe à autre chose. Il joue. Il rit. Les questions reviendront. Dans peu de temps. Et on tentera encore de détricoter une histoire un peu bizarre. Une histoire qu’on apprend doucement à faire sienne, dont on apprend doucement à ne garder que l’essentiel.

 

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L’enfant qui ne naîtra pas

© Everton Vila

Je suis partie à travers champs cueillir la vie. Celle qui battait hier encore à l’intérieur de moi. Je la cherche au milieu de nulle part. Je guette dans le vent le bruit de ses pas.

Je suis partie le nez au vent, le cœur gros. Il a dit non. Un enfant, c’est suffisant. Je ne sais pas crier. Alors je pars dans la campagne, je cueille des fleurs pour apaiser le chagrin qui enfle.

Je suis partie sans destination, le cœur à l’abandon. L’enfant a pleuré, un peu. Je l’ai consolé. Juste quelques minutes pour moi, pour me vider. Avec pour seul témoin la nature, celle qui soigne tant de blessures.

Je suis partie, mon sourire envolé, des larmes de pluie sur mes joues rosées. Et ces fleurs contre mon cœur pour me réconforter.

Il danse autour de moi l’enfant qui ne naîtra pas.

Ce texte a été écrit dans le cadre de l’atelier d’écriture 331 de Bric A Book. Et en pensant à une personne que j’aime très fort. 

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Ce mal de vivre dont elle ne guérit pas

Crédit Pixabay

Ce billet est très personnel. Merci pour votre lecture et votre bienveillance.

Nait-on avec? Ou bien il vient, part et revient au fil des évènements plus ou moins délicats de la vie? Est-il lié à un caractère? Est-il une faille dans le système?

Jean Ferrat chantait “nul ne guérit de son enfance”. La sienne est accrochée à chaque millimètre de sa peau de femme. Elle est son seul point de repère, son unique blessure. Elle est sa croix, elle danse devant ses yeux à chaque regard d’enfant blessé, croisé. Elle est sa peine et son sacerdoce.

Son passé a été le refrain de la nôtre. Il s’est invité aux dîners de famille, aux soirées festives comme un rappel. Celui de l’horreur. Il a créé des images dangereuses dans nos vies de mômes heureuses. Il s’est imposé, comme un troisième enfant, celui qu’elle avait tant espéré et qui n’est jamais venu.

Elle a été mère, vraiment, sachant apprécier chaque instant, angoissée souvent, se remettant en question aussi, dans le don total en espérant peut-être que cela apaiserait le mal, que notre enfance tirerait un trait sur la sienne, abusée, maltraitée, violentée. Mais l’amour n’a rien changé à la donne. Il a amélioré le quotidien. Il a fait naitre l’espérance. Il l’a porté, tenu au cœur des crises, au gré des vents mauvais. Il lui a offert quelques sourires. Mais le mal était fait, le mal était là, il attendait son heure et quand il a frappé, elle en a oublié le bonheur.

Il se tient là depuis le début, ce mal de vivre, cette envie de la fin. Mais tenir parce qu’il y a du beau quand même, même les jours de chagrin. Du beau qui ne fait pas le poids. Un beau qui ne s’ancre pas. Superficiel. Aléatoire. Un beau du dimanche qui s’évapore. Et il ne reste alors que les boulets qui la tiennent prisonnière d’une histoire pleine de points d’interrogation.

Nous ne faisons pas le poids. Nos grands-parents prennent toute la place. Ils s’insinuent dans notre paysage. Nous avons appris le pardon ou nous ne pardonnerons pas. Nous marchons sur des chemins en pensant que peut-être un jour, peut-être…sans certitude. Elle ne fait pas de promesses. Elle répète sans cesse qu’elle souffre d’un mal qu’on ne peut saisir, un mal qui la ronge, le mal du pire, celui d’une enfance trahie – les dés étaient pipés avant même que tout ai commencé.

Ni la dépression ni la maladie n’ont été l’électrochoc souhaité pour enfin s’affranchir des démons démodés. Elle aurait préféré y rester. Couler.

Nous nous tenons là, impuissantes, sur le bord de la rive, incertaines des actes à poser, des mots à dire. Nous nous tenons là, pour la première fois peut-être, enfin, main dans la main. Moins seules qu’avant. Si perdues pourtant, tentant de construire notre vie, de mener à bien nos projets, de croire en nos rêves, d’aimer (peut-être mal et peut-être trop). En se demandant pourquoi on dit que l’amour sauve de tout. Le nôtre n’aura pas suffit. C’est peut-être cela que nous avons tant de mal à accepter. Et pourtant il le faut pour avancer…

 

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La maternité, ma plus belle claque!

Crédit Pixabay

Je vous passerai les détails de ma grossesse sordide (vous l’avez déjà lu et si vous ne l’avez pas lu, ce n’est pas un problème pour la suite), le retour en France, les tremblements, les larmes, la peur attachée à chaque millimètre de ma peau.

Je me demande souvent si j’ai choisi d’avoir un enfant ou si cela s’est juste imposé à moi. Ça coulait de source je crois. Nous n’en avions pas parlé – pourquoi nous aurions parlé de cela puisque nous ne parlions de rien?

Le jour de l’accouchement, j’ai réellement pris conscience qu’il n’y avait plus de retour en arrière possible. J’ai pensé aussi que je tenais dans mes bras la vie et la mort et ça m’a fichu un coup. Encore très fragile, mais en sécurité, j’ai doucement pris la mesure de mon nouveau statut de maman. Nos débuts difficiles ont laissé place à des heures plus légères, puis des jours plus doux.

J’ai longtemps gardé beaucoup de colère en moi et elle explosait toujours avec une vivacité qui me laissait désemparée, seule, en larmes, face à mon enfant, que j’aimais pourtant et à qui je voulais donner le meilleur. C’était terrifiant. Je me sentais terriblement coupable.

C’est une des rares personnes qui me met si souvent face à mes limites, qui m’oblige à regarder mes peurs et à les dépasser. Mon fils me renvoie une image pas toujours agréable de moi-même. Si je me regarde dans le miroir, je saisis parfois un reflet bien amoché. Je sens alors qu’il est grand temps de rétablir l’équilibre de notre embarcation. Mon fils m’aide à grandir, à creuser encore et encore pour déterrer le beau et laisser filer le reste. Ce n’est pas une cure de jouvence, il y a des jours où je me sens en dessous de tout. Et puis, comme c’est dans ma nature, je reprends espoir, je me fais confiance pour aller de l’avant, lâcher la culpabilité et donner le meilleur de moi-même pour la suite.

Je ne changerai rien à rien, même si parfois la charge me parait lourde à porter seule, même si parfois je me sens démunie devant mes tentatives avortées, de ne plus crier, de ne plus être agacée pour un rien, même si parfois je me voudrais plus maîtresse de moi-même, plus capable de faire attention à mes besoins aussi.

J’ai longtemps pensé que je devais être irréprochable. Aujourd’hui, j’apprends à accepter mes erreurs, je les partage avec lui, je suis honnête quant à mes manquements et mes peurs. Se dire les choses, je crois que c’est essentiel. Le bon, comme le moins bon. Et puis construire à partir de là. A partir de ce qu’on est et de ce qu’on tend à devenir. Pas à pas.

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Six ans de toi!

Voilà…

6 ans de toi
6 ans de joies et de doutes
6 ans d’une mélodie que nous écrivons dans un quotidien en quête d’équilibre
Apprendre. Désapprendre. Chercher des solutions. Se fier à son intuition.

Résoudre des équations comme des ingénieurs du cœur, de l’âme
Petites mains artificielles créant un univers à nul autre pareil : le nôtre

Et puis…

Tes doigts, libres, avides de découvertes, de créations
Tes yeux pétillants
Tes idées loufoques
Tes certitudes
Tes prises de position affirmées

L’écho de ton enfance est un chant enchanteur qui m’invite à ralentir, respirer, me libérer, passer des caps, grandir…

Nous nous sommes rencontrés dans d’étranges circonstances. Nos premiers mois loin l’un de l’autre. Construire un lien sur 2 jours par semaine. Puis le chaos des 7 jours. Et le reste.

Quand est-ce que cette complicité est née ? Quand ai-je commencé à être assez rassurante pour que tu oses un pas vers moi, pour que j’ose un pas vers toi ? Quand est-ce que quelques grammes de paix sont venus remplacés les kilos de colère et de culpabilité ? A partir de quand la vie est devenue douce ?

En ce jour de tes 6 ans, sache que…

Il n’y a pas d’obstacles que je n’affronterais pas, pas de pays que je ne traverserais pas, pas de remises en question que j’abandonnerais au lendemain. Pour toi.

Il n’y a pas de combats que je ne mènerais pas, pas de décisions injustes contre lesquelles je ne me rebellerais pas. Pour toi.

Il n’y a pas de rêves que tu ne pourras réaliser, pas de projets pour lesquels tu n’auras pas mon soutien plein et entier.

Il n’y a pas une heure, dans cette vie là, pendant laquelle tu n’auras pas la première place dans mon cœur.

Il n’y aura pas de haine dont mon amour pour toi ne pourra venir à bout.

Cet amour là ne connait ni frontière, ni limite. Il est le lien puissant qui nous unit. Il est la lumière quand la mort rôde. Il est plein de bonheur et de larmes.

Il est le commencement et l’éternité.

Il est dans ton sourire et dans le mien, dans ce que nous sommes seuls à savoir, un trésor bien gardé que personne ne peut voler.

Bon anniversaire mon Petit Coeur!

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L’empreinte de ses pieds sur le sable mouillé

Crédit Marie Kléber

Elle  écoute les autres parler…

Elle perçoit des images. Elle entend des voix. Elle imagine des sourires, des partages.

Elle se souvient.

Elle sait. Elle savait. Il n’y en aurait qu’un.

Juste l’empreinte de ses deux  pieds sur le sable mouillé. Un rire. Cristallin. Un berceau. Juste une vie. C’est déjà beaucoup. Si plein.

Elle a fait ce deuil il y a longtemps.

Et pourtant parfois au détour d’une conversation, quand elle écoute les autres dire, lui, eux, les souvenirs, elle sent que son cœur se serre.

Au prochain virage, quelque chose lui rappelle ce qui ne sera pas. Les larmes coulent. Juste comme ça. Pour libérer la peine.

Elle ne changerait rien à sa vie ni à ses choix. C’est juste une petite blessure comme tant d’autres, un souffle imperceptible.

Qui se pose, s’en va. Et revient les soirs de pleine lune.

Ou quand elle pose son regard sur l’enfant – son essentiel.

Quand elle écoute les autres parler…

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Chaque matin de lui

Copyright Marie Kléber

Chaque matin, au réveil, je le regarde, se réveiller.

Comme un cadeau. Un cadeau que je redécouvre chaque matin. Un peu différent de la veille.

Je pose mes yeux sur lui. Je prends ce temps, avant que tout ne tourne trop vite.

Un jour de plus. Voilà ce qu’il gagne.

Et chaque jour compte à le regarder grandir.

Être au monde. Petit être que je tenais il y a six ans à peine contre mon cœur cabossé.

Ses mimiques et la façon dont il a de dire « je comprends rien » avec le sourire.

Ses chansons phares, ses rythmes fous.

Ses prises de position. Bien senties.

Même si parfois je sors de mes gonds, je n’arrive pas à gérer mes frustrations, même si parfois je perds le contrôle, si j’aimerai qu’il soit plus ci ou ça, comme ci ou comme ça, parce que ce serait plus simple…

J’admire cette capacité qu’il a à s’affirmer.

Et je ne peux que lui souhaiter de ne jamais être, juste pour me faire plaisir.

De suivre sa voie, celle qui le fera vibrer, celle qu’il aura choisie.

Je ne suis là que pour l’accompagner, le guider.

Je suis ses racines, jusqu’à ce qu’il ai des ailes pour s’envoler.

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Tous ces mots écrits

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Je les écris tous les jours. Les jours de doute. Et les jours de joie. Je noircis des pages d’eux. Des pages que je partage et d’autres qui n’existent que pour mon regard. Un souvenir se grave. Chaque regard, chaque sourire, chaque échange, chaque miracle. Je les regarde vivre, aimer, faire vibrer la corde sensible de mes sentiments. Si imprégnés d’eux. Ils sont mon refuge, mon rivage, ma terre ferme.

Je les ai écris, ceux qui ne sont plus. Des mots lus pour un dernier au revoir – des mots qui m’arrachent encore quelques larmes, celles des adieux auxquels on ne s’était pas préparé.

Je l’ai écrit, lui,  petit ange qui se pose sur le monde, mon monde, qui s’envole et vole au dessus des nuages, libéré de ces maux qui marquent au fer rouge.

J’ai écrit le premier amour. Pour accepter la séparation. Pour le laisser partir. Écrire pour guérir. J’ai écrit les suivants, sentiments platoniques, vérités tragiques. Pour ne pas oublier.

Alors toi aussi il fallait que je t’écrive, que je te donne vie dans une histoire qui porterait ton prénom. Il y aurait les vacances, nos souvenirs de gosses, la mer, les prémices de l’amour, la liberté de ces deux mois d’été. Puis il y aurait la fin – purement inventée. Tout comme les personnages et le deuil. Il n’y aurait que ton prénom et cette place au cimetière sur laquelle je m’arrête à chaque fois que j’y passe. Juste là, là où nos souvenirs communs convergent. Une histoire pour exorciser les démons. Et faire taire les fantômes de la nuit qui jouent avec les émotions de ceux qui restent.

Alors j’aurai presque fait le tour des mots écrits…

Sur les hommes de ma vie.