La mère que je rêvais d’être, celle que je suis et que j’accueille

Copyright Marie Kléber

Si je n’ai jamais rêvé l’enfant que tu serais, j’ai souvent rêvé la mère que je souhaitais être. Bien sûr c’était avant. Avant la maternité. Avant le quotidien et tout ce qui va avec. Avant toi et moi. Bien sûr ce n’était qu’un rêve et parfois je rêve encore.

Accepter qui l’on est n’empêche pas de vouloir s’améliorer. Et si il y a une chose que la maternité m’a apprise c’est bien celle-ci, qu’à chaque instant, en quelque sorte, je renais. A moi-même et à ce qui compose mon univers. A chaque instant, il m’est donné de choisir entre la manière dont je réagis et la manière dont je pourrais le faire si…je lâchais prise, j’acceptais ce qui se présente et surtout j’abandonnais mes idées de « perfection ».

Je sais le poids des mots et pourtant, encore, souvent, je me fais avoir. Je dis ce qui me passe par la tête. La fatigue, la colère, le ras le bol, la charge mentale d’une femme, d’une mère. Et tout fout le camp, bonnes résolutions et tout le toutim. Avant que je ne prenne du recul.

Je suis en perpétuelle évolution depuis toi, en perpétuel chemin. Je sais que rien n’est linéaire, que tout se construit jour après jour et que ce qui fonctionne une fois ne fonctionnera peut-être pas dans deux semaines. Tout est question d’ajustement, d’adaptation.

Parfois je me surprends à lâcher du lest. Parfois je suis dure et ça ne sert à rien. Je ne sais pas toujours poser les limites et parfois j’en pose qui n’ont pas lieu d’être. Parfois je me fais confiance et parfois seule dans cette tâche, je perds pied. Pourtant je chéris mes choix, mes pas, chacun  de ceux qui font de nous une famille, même si nous ne sommes que deux.

Certains jours sont plus compliqués, ma patience mise à rude épreuve – elle n’est déjà pas bien  développée ! – mes nerfs à cran, j’enverrai tout balader. Et puis tu me regardes et je reviens sur terre. J’arrête de rêver à ce que je pourrais être si j’étais différente et j’accueille qui je suis, avec mon lot de vulnérabilité, de force, avec mes doutes et ma capacité à transcender ce qui me bloque, avec ma colère et mon envie d’une vie équilibrée et heureuse. Pour toi et moi.

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Le vol de l’ange

Crédit Pixabay

Quelques doutes se glissent autour du “petit +” mal dessiné d’un test acheté, le cœur en liesse, le corps déjà fatigué. Les regards se croisent. Les mains se serrent. L’histoire se dit, s’écrit à la faveur d’une nouvelle vie.

La vie se décline en doux rêves, peurs insensées, éclats de voix, éclats de joie. Sur l’horizon, l’image floue devient plus nette au fil des jours. Un ventre qui s’arrondit sous un pull trop grand. Et des mains qui caressent ce ventre porteur d’espoir. Des promesses murmurées à la nuit tombée, entre les draps d’un lit trop grand.

Des jours et des semaines à planifier, faire danser les lettres pour créer des prénoms. Le corps flanche un peu. Le cœur se détache. L’autre cœur bat. Les frissons s’attachent.

Au milieu du bonheur, des soubresauts de tendresse, quelques angoisses naissent. Premières analyses qui fixent la date de la naissance d’une mère, d’un père. Le sourire aux lèvres et le corps tendu. Des questions à l’infini au bord des lèvres. Passer le temps. Contrer l’ennui.

Sur l’échographie, l’enfant se dessine. Les yeux se parent de larmes précieuses. Premiers souvenirs inédits. Le ventre se raidit. L’enfant a un prénom. La peur guette à l’ombre des non-dits.

Puis le silence, comme une mise à mort, fait trembler la vie.

Le cœur battait. Il ne bat plus. Des torrents d’eau autour d’un ventre à l’agonie. Les cris saccagent les larmes. La folie se faufile. L’enfant vole au-dessus du vide. Le repli et l’envie d’en finir. Visages glacés d’effroi. Mains solidaires qui se cognent contre les parois solides d’un chagrin insupportable. Déjà trop de souvenirs. Une intimité violée à coups de mots pour s’en sortir. Un deuil qui parait impossible.

La mort aux origines de la vie. Anormal. Peine incommensurable. Désespoir. Colère. Lot de promesses dérisoires. Les couleurs de la vie perdent de leur saveur. L’orage éclate. La nuit s’élargit. L’enfance s’évanouit. Un ange passe.

Ce texte a été écrit pour une amie – en souvenir.

Et un jour, devenir maman

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Je le regarde rire aux éclats. J’entends mon rire qui fait écho au sien. La soirée a été calme, douce, drôle, apaisée. Nous avons pris notre temps, ce temps qui nous file trop souvent entre les doigts, ce temps que nous tentons de garder pour nous deux. Temps propice aux confidences, à l’évocation de souvenirs, temps de lecture, de câlins et de contes qui changent perpétuellement de fin.

Quand il a été couché, qu’il s’est endormi sans bronché, que je suis allée voir si tout allait bien, je me suis souvenue…

De nos débuts. Je l’ai déjà écrit ici. Certaines mères se sentent mères tout de suite, dès le petit “plus” sur le test, dès la naissance. Je ne fais pas partie de ces femmes. Je ne saurai dire aujourd’hui si notre enfant était un souhait commun, s’il découlait d’un projet de vie. Je l’ai désiré. Mais dans quelle mesure? Était-ce un désir inconscient de sauver une embarcation qui prenait l’eau de toute part? Je ne saurai le dire. Ma seule certitude c’est que mon enfant m’a sauvé la vie. J’ai conscience d’avoir eu cette chance de partir avant qu’une vie de famille ne se crée. Si j’étais restée, aurai-je eu le courage de partir? Ou aurai-je choisi le sacrifice que font beaucoup, d’une vie dépourvue d’essence, de sens, une vie de larmes et de drames? Les enfants restent encore et toujours notre meilleure excuse face à de tels choix.

A la maternité, oui j’ai ressenti quelque chose, quelque chose de fort. Je me suis sentie invincible le temps de le tenir contre moi. Puis au matin les fantômes ont ressurgi, les peurs se sont matérialisées, l’envie que tout ce scénario ne soit qu’un atroce cauchemar. Face à ma réalité, j’ai pris une claque magistrale.

J’ai tout mis en œuvre pour ne pas m’attacher à mon enfant. Aussi scandaleux que cela puisse paraitre, je ne me sentais pas d’attaque à être sa mère. Je ne voulais pas dépendre de lui pour m’en sortir. Je ne voulais pas qu’il porte ma peine, mon chagrin. Qui plus est je vivais dans la crainte omniprésente qu’on me le prenne – la justice pas si juste – son père. Et tous ces bien pensants qui me rappelaient l’épée de Damoclès au de ma tête, la menace de l’enlèvement.

Quand je suis arrivée à Paris, je l’ai laissé, soulagée, aux bons soins de mes parents. Je savais qu’avec eux il avait la sécurité affective nécessaire à son épanouissement. Je me suis longtemps dit que si je disparaissais, il serait aimé, protégé – le principal pour moi. Et j’ai souvent eu envie de disparaître. Puis nous avons vécu ensemble, avec un florilège de peurs qui ne cessait de prendre de l’ampleur:  peur d’être seule avec lui, peur de ne pas lui donner assez d’amour, peur de ne pas trouver ma place, peur de mal faire, de ne pas être à la hauteur. J’avais l’impression que loin de moi il grandissait mieux.

Les premières années ont été dures. A tout points de vue. J’avais l’impression de mourir un peu chaque jour, tout en essayant de me sortir de tout ce chaos oppressant. Si bien que je n’ai jamais eu de mal, ni de le laisser à la crèche ou à l’école. J’avais plus confiance dans les autres que dans mes capacités à moi. J’avais besoin que ma vie soit réglée comme du papier à musique pour pouvoir poser un pas après l’autre. Je vivais le cœur lourd gangréné par une colère sourde que je laissais éclater une fois la porte fermée, face à lui qui n’avait rien demandé. Je m’effondrais en larmes le soir. J’étais une mère en équilibre, désorientée, une mère qui n’en pouvait plus, ne savait plus quelle direction prendre, pleine de points d’interrogation.

Je tentais toutefois, à chaque instant, un travail en profondeur, pour faire taire les démons, m’affranchir du passé, pardonner. Pour moi. Comme pour lui. Car entre temps, l’amour s’était frayé un passage. Je le lui disais d’ailleurs souvent. Je lui disais que je l’aimais et que je n’y arrivais pas tout le temps. Je lui disais mes forces et mes failles. Je me répétais que j’allais y arriver, que nous allions être heureux. Parce que c’est le choix que j’avais fait, le choix primaire du départ. J’avais choisi la vie.

Et contre toute attente les heures sont devenues plus légères. J’ai accepté de lâcher prise, de ne plus tout contrôler. J’ai accepté de le regarder pour ce qu’il était, un être unique, qui ne serait jamais moi, que j’allais juste guider sur le chemin de la vie pour qu’un jour il vole de ses propres ailes. Un jour j’ai accepté la tâche confiée, même si elle me parait rude par moments, j’ai pris conscience de mes responsabilités et le parti de me faire davantage confiance. Je me suis pardonnée me choix, mes errances, mes angoisses. J’ai accepté qu’il y en aurait d’autres. Notre relation a pris une autre dimension, plus juste, plus sereine, plus joyeuse. Il fallait en passer par là. Il fallait que nous apprenions l’un de l’autre, l’un avec l’autre. Ce cheminement aura été douloureux et salvateur.

Je suis devenue mère avec le temps, maman avec lui.

Et vous la maternité (ou la paternité), vous l’avez appréhendée comment?

Les minutes qui m’éloignent et me rapprochent

20180803_211048.jpgLes minutes qui m’éloignent de ses rires, du câlin matinal, des cris de joie, de l’excitation parfois compliquée à gérer. Qui m’éloignent de nos baignades, de la plage, des vagues, des couchers de soleil, de la cueillette des mûres, des retrouvailles familiales. Qui m’éloignent de lui et de ses jeux farfelus, de ses prises de position, de ses envies de tout comprendre, de ses pourquoi à répétition, de ses idées, de le voir grandir plus sûr de lui, moins réservé. Qui m’éloignent des chevauchées intermibables, de la simplicité retrouvée le temps d’évoquer les souvenirs. Qui m’éloignent de mes racines, de ces carrés de terre où reposent en paix des personnes que j’aime. Qui m’éloignent du temps béni des vacances, des balades à vélo, des chaises longues, des pieds nus sur le sol brûlant, du vent qui vient caresser mes bras. Les minutes qui m’éloignent des miens, de cette mélodie que nous composons un peu plus harmonieuse à chaque fois. Et qui gonfle nos coeurs de joie.

Les minutes me rapprochent de ses bras, de ce manque de lui perdu dans l’intensité de l’été, des heures riches de tant de choses. Me rapprochent de son regard, de sa voix, de la chaleur de son univers. Me rapprochent de l’envie de lui, de passer du temps à partager, se raconter, écrire la suite de l’histoire. Les minutes me rapprochent de son sourire, de la chance de sa présence dans ma vie, de tout ce qu’il est et qui me fait du bien.

 

Qui suis-je (au-delà de ce contrôle que je m’impose)?

Crédit – Pixabay

Hier, lors de mon atelier d’écriture mensuel, en discutant de mes textes et personnages, sur deux écrits dans la même soirée, les mêmes mots sont sortis de la bouche des autres participants et ça m’a filé une de ces claques.

Le contrôle (tout comme l’équilibre), c’est l’histoire de ma vie en quelque sorte. J’essaye de m’en affranchir depuis de nombreuses années mais force est de constater que ça ne fonctionne pas,  car même les « héros » de mes histoires y ont droit.

Tout dans ma vie est sous contrôle. C’est rassurant et éreintant aussi. Le contrôle me protège, de moi-même et du monde. Le lâcher prise j’y aspire, j’y arrive parfois. Cela ne dure jamais longtemps. Et pourtant je m’accroche…

Depuis que je suis petite, chaque débordement aussi minime soit il a été recadré. Les seuls endroits où le contrôle n’était pas de mise : ma tête et une piste de danse. Petite je parlais seule, mon sas de décompression, cette impression qu’enfin je pouvais lâcher du lest, être vraie à l’intérieur de moi (même si ça gênait beaucoup de monde, une petite fille qui parle seule c’est dérangeant). Sur une piste de danse, c’est la musique et le ressenti qui priment.

Dans la vie de tous les jours, je contrôle mes mots, mes gestes, je planifie à l’excès, je rentre dans le moule, je m’affirme (en culpabilisant beaucoup).  Je contrôle mes émotions aussi. Je me sais à fleur de peau souvent. Tout est extrême en moi, le bon comme le mauvais. J’aime passionnément la vie et j’ai flirté avec la mort. Je me sais capable du meilleur comme du pire. J’ai marché dans les ténèbres et dans la lumière. Je connais l’odeur de la peur, du néant, des tripes mises à nu. Comme je veux rester maîtresse de moi en toutes circonstances, de peur que l’autre en face voit mes fragilités, s’aventure au-delà de l’apparence, je contrôle. C’est presque un réflexe. Parfois l’autre voit à l’intérieur de moi, je le sais, il ne dit rien, il est attentif, présent, il sait, il attend que je sois prête à m’offrir sans fard, dépourvue de toutes ces couches de peau qui ne sont pas moi – peu de gens me connaissent de cette manière là. J’apprends à me découvrir davantage avec ces personnes là, ce n’est pas toujours facile et je ne me trouve pas toujours juste non plus vis à vis d’elles (enfin c’est une autre histoire).

C’est même devenu un trait de caractère. L’année dernière, en écrivant le texte « En eaux troubles », quelque chose s’est produit, le lâcher prise à eu lieu, l’histoire s’est dessinée dans un espace du moi libéré. Et si les retours ont été positifs, beaucoup de personnes qui me connaissent m’ont dit « ce n’est pas toi ». Et pourtant si, c’était cette partie de moi enfouie sous des années de contrôle.

Depuis quelques années, il y a une personne qui touche là où ça fait mal : mon fils. Il est comme un miroir face auquel mes limites se cognent. Avec un enfant, impossible de tout contrôler. Il y a ces moments où je m’y accroche pourtant, où un débordement aussi minime soit il vient chambouler croyances et principes, je me sens perdue, complètement larguée, incapable de réagir comme un adulte devrait pouvoir le faire. Je redeviens cette petite fille en colère contre le monde entier. Puis il y a d’autres moments où le contrôle se tait, l’intuition prend la main, où je m’adapte facilement, principes et croyances s’effondrant au profit de la meilleure manière de gérer une situation compliquée.

Le contrôle est parfois nécessaire, parfois superficiel. J’aimerais réussir à ne plus le laisser diriger ma vie. J’aimerais plus de liberté, moins de culpabilité. J’aimerais que mes émotions ne soient plus un frein, que mon cœur débordant d’amour puisse se dire sans crainte. J’aimerais que mes mots exultent eux aussi. J’aimerais être et que ma manière de m’exprimer ne soit plus vue comme un « débordement », juste comme ma façon à moi d’exister.

Et vous le contrôle, ça vous parle? Vous arrivez à vous en détacher? Si oui, comment? 

Du manque et du bonheur composé

Crédit Pixabay

J’ai appris le manque de lui, si petit, une étincelle de vie entre mes doigts. Construire ailleurs ce que je ne pouvais lui offrir ici et dans ce temps sans lui, savoir que c’était mieux comme ça.

J’ai appris le manque d’elles, dispersées aux quatre vents. Puis à contrôler l’envie irrésistible parfois de traverser la France juste pour se retrouver autour d’un thé fumant, refaire le monde les yeux dans les yeux, sans ce fil inconstant qui bannit les distances, ne remplace pas l’absence.

J’ai appris le manque de ceux qui sont partis, qui ont déserté mon univers pour d’autres terrains de jeu, terrestres ou célestes. J’ai appris l’éphémère dans la vie qui reprend ce que j’ai de plus cher.

J’apprends le manque de toi, toutes ces vies que tu vis dans lesquelles je ne suis pas, tous ces paysages qui s’enivrent de ta présence, toutes ces heures qui peu à peu te rapprochent de moi, de nous deux.

Dans le silence de cet espace, de ce manque impalpable, je fais corps avec le monde, je saisis l’essentiel de ce bonheur composé. Tout est dans les sentiments partagés.

Laissons-les ÊTRE (des enfants) !

Crédit – Pixabay

Laissons-les avoir 2, 5, 7, 10 ans. Et plus.

Laissons-les exprimer leurs émotions. Même quand elles nous déconcertent. Même quand nous les trouvons disproportionnées. Laissons-les sortir ce qu’ils ont sur le cœur, sans oublier que nous sommes nous aussi sujets à quelques explosions de colère,  de ras-le-bol que nous n’arrivons pas toujours à maitriser.

Arrêtons de les culpabiliser avec ce que vont penser les autres de tel ou tel comportement. Arrêtons de leur parler de dignité, d’humilité quand ils tombent, pleurent, crient, s’insurgent contre nos “ordres”. Acceptons leurs vulnérabilités, leurs failles. Mettons en avant leurs forces, leurs progrès.

Ne leur imposons pas nos goûts, nos choix, sans arrêt. Laissons-leur la liberté d’exprimer leur opinion, leur différence. Ils ne sont pas notre prolongement. Ils n’existent pas dans le but de réaliser nos rêves, nos idéaux. Ils sont des hommes et des femmes en devenir, que nous aimons et guidons sur le chemin de la vie.

Laissons-les vivre ce qu’ils ont à vivre, faire leurs découvertes, créer un monde à partir de rien. Cessons de les vouloir toujours plus intelligents, vifs, en avance sur les autres, manuels, intellectuels, sportifs. Arrêtons de les comparer, de vouloir qu’ils sautent une classe alors qu’ils entrent tout juste dans le système scolaire.

Arrêtons de les imaginer demain, de prévoir leur parcours scolaire, universitaire. Arrêtons de tirer des plans sur la comète. Arrêtons de les pousser pour qu’ils sachent tout avant tout le monde. Stoppons net le planning chargé de toutes les activités qu’ils font par semaine et qui ne leur donne pas le loisir de passer du temps dans leur chambre, au parc, à vivre leur vie d’enfant.

Laissons-les tranquilles avec nos phrases toutes faites et complètement à côté de la plaque. Laissons-les rire à gorge déployée, faire du bruit, mélanger les couleurs, avoir envie de bottes violettes, chanter à tue-tête dans la rue, salir leurs pantalons, sauter dans les flaques, se chamailler, inventer des histoires de dragons et de sorcières, courir à perdre haleine,marcher pieds nus, avoir du chocolat plein les doigts, faire des grimaces sur les photos…

Arrêtons de vouloir que nos vies soient impeccables, notre intérieur rangé comme dans les magazines de déco, nos enfants nets de la tête aux pieds 365 jours par an, nos plannings suivis à la lettre. Arrêtons de vouloir tout contrôler, tout le temps. Lâchons-prise. Acceptons l’imperfection, nos imperfections, les leurs.

N’y a-t-il pas plus beau et vrai qu’un enfant qui s’apprend, apprend, grandit, découvre, essaye, s’essaye à la vie, rit, joue, aime.

Ce qu’ils seront demain personne ne le sait.

Laissons-les être. Regardons-les. Aimons-les aujourd’hui. Au présent.

Donnons-leur confiance! En eux et en la vie.

Le premier “je t’aime”

Crédit – Pixabay

Il explose. Il éclipse le reste, les mots tendres, les promesses.
Il se pose doucement sur les paupières du nouveau-né. Il investit le monde de la mère, du père. En silence. Dans la joie.
Il se dit de vive voix ou dans un murmure.
Il se faufile entre les lèvres, se fraye un chemin au centre des émotions. Il prend toute la place.
Tantôt discret, tantôt explosif, il nait dans le cœur de celui qui le prononce. Il atterrit par surprise, en colis suivi dans le cœur de celui qui le reçoit comme un cadeau à protéger.
Il n’ose pas, se demande si c’est l’heure. Il soupèse le poids de son impact, du contact. Il attend le moment où il pourra se dire sans peur.
Il ébranle les murs de la maison, jaillit tel un océan d’amour que rien ne peut contenir. Il se veut plus fort que tout, tous les démons, tous les fantômes de la nuit.
Il existe avant même d’avoir été prononcé. Il se promène dans l’air, un peu fou, un peu pressé.
Il se veut puissant, impossible à détruire. Il dit juste l’essentiel, rien de plus, rien de moins.
Ou il ne se dit. Il n’ose pas passer la barrière du vide, de l’inconnu. Il se tait.
Il se devine. Il se glisse sur une lettre, sur un début de déclaration.
Puis se livre quand tout s’effondre, il se tisse dans le brouhaha des larmes, des cris. Il se dit quand tout s’éteint, comme une dernière prière.

Ce texte m’a été inspiré par Delphine!

Mère en sursis

Beaucoup de femmes disent que la maternité les a changées, qu’elle les rendues plus vraies, qu’elle leur donne de l’élan au quotidien.

Je ne fais pas partie de ces femmes. Pour moi la maternité est un défi de chaque instant. Dans lequel j’ai l’impression de me perdre souvent, de ne pas être à la hauteur la plupart du temps. La maternité me met face à mes limites, à mes vulnérabilités. La responsabilité me parait, certains jours, bien lourde à porter, la tâche ardue, comme une montagne à gravir, sans entrainement. Je tombe souvent, je m’écorche sur toutes les incertitudes qui jalonnent mon parcours.

La sérénité est éphémère. Pourtant ce sont tous ces instants simples et précieux qui font oublier le reste, comme une baguette magique qui viendrait effacer les heures sombres. C’est de regarder mon fils grandir, apprendre, découvrir, s’émerveiller qui me donne d’apprécier ce qui se présente.

La maternité est pour moi un parcours jalonné d’obstacles que je gère comme je peux, en fondant en larmes souvent, dépassée par une énième crise que je n’arrive pas à gérer. A chaque jour ses victoires et ses manques, ses instants où je ne me sens pas l’étoffe de la tâche qui m’incombe, où je m’en veux de retomber dans des travers que j’essaye de dépasser.

La maternité est un véritable dépassement de soi. Pour donner le meilleur. Quand c’est possible. Rien ne me semble acquis. Jamais. Je me sens souvent seule, perdue, sans ressource. Je me dis souvent que mon fils serait plus heureux ailleurs, avec des personnes qui sauraient l’élever, prendre soin de lui, comme il se doit.

Et comment dire tout ça? Comment se confier sur ce qui devrait être porteur de bonheur? Et qui n’est qu’une suite d’efforts considérables pour maintenir le bateau à flot. Qui peut comprendre?

Comme beaucoup peut-être, je garde l’espoir qu’un jour je trouve ma place, mon équilibre…

Souviens toi…

Souviens toi…

Il devait arriver le 11 février.  Quand je t’avais demandé d’être là, tu avais dit “oui” sans l’ombre d’une hésitation. Tu avais pris une semaine de congés pour cet évènement particulier. Si c’est pas de l’amour ça!

Le 11 février, direction la clinique. Rien en vu. Il devait se sentir bien à l’intérieur. Même si il me réveillait souvent la nuit. Je sentais ses pieds sous la peau tendue de mon ventre bien arrondi.

Nous comptions les jours comme un compte à rebours. Si il n’était pas là le 15, Il faudrait déclencher l’accouchement. Nous tentions de maintenir à distance cette réalité dont nous ne voulions pas. Le 13, nouveau rendez-vous, les contractions avaient commencé dans la nuit. Tout allait bien. Tu étais là. J’étais en sécurité.

Se promener, c’était le conseil de la sage femme. Il finirait par s’engager. Nous avons marché une heure, deux peut-être dans la fraicheur de ce mois de février. Nous avons ri aussi je crois. Ça faisait du bien de rire après tout ça. On aurait dit une parenthèse, loin de la terreur, des cris, des peurs. On s’est dit que peut-être, il naitrait un 14 février. Sans vraiment y croire!

Souviens toi…

A 18h je tenais à peine debout. Quand la sage femme a annoncé 2cm de dilatation, j’ai cru qu’elle se moquait. Toi aussi. On était loin du compte. A 22h j’ai craqué, la sage femme a appelé l’anesthésiste. On s’en foutait bien d’être forte. Cet enfant devait arriver dans les meilleures conditions possibles. Tu n’as pas lâché ma main. On a ri. On a pleuré un peu aussi. Forcément.

A 1h du matin quand il est entré dans la salle d’accouchement je l’aurais embrassé. Quand j’ai senti le liquide froid de la péridurale inonder mon dos, je me suis sentie revivre. Les douleurs se sont espacées. J’ai fermé les yeux quelques instants. Tu étais toujours là.

A 4h, le bébé semblait prêt. Il n’y avait plus qu’à. Je me suis accrochée à ton sourire, tes yeux pétillants. C’est dans ta présence, ton soutien indéfectible, ton amitié que j’ai puisé l’énergie des derniers instants.

Plus il était là, posé contre moi. Peau contre peau. Et les larmes de joie sur nos joues. C’est toi qui lui a mis son petit pyjama bleu nuit, qui l’a tenu dans tes bras, juste après moi. On a peu dormi cette nuit là.

Au matin la relève était là, l’éblouissement à son comble.

Souviens toi, il y a 5 ans, c’était lui, toi et moi. Un instant d’amour et d’amitié à jamais graver dans mon esprit et dans mon cœur.

Merci C.!