Posted in Carnets de route, Tout un poème, Variations Littéraires

Contrastes et Variations

Crédit Ornella Petit

Je suis le rouge
Le blanc nuptial
Le noir corsé

Le coton sobre
La soie raffinée
Les dentelles froissées

Je suis la colère
La rage ensanglantée
La joie ensoleillée

Les larmes d’ivresse
L’amour maternel
L’amie attentionnée

Je suis l’amante
Le frisson aérien
Le corps possédé

La puissance illimitée
La force tranquille
L’onde protectrice

Je suis l’arabesque
L’arc prêt à tirer
L’eau sur le bord de tes lèvres

Je suis la passion
Le stylo fou
Le regard doux posé sur tes rêves

La vie sublime
La mort inaccessible
Un sanglot dans la poitrine

Le tumulte des vagues
La cascade entre les rochers
Le rose aux joues, poudré

Je suis l’ombre et ses tourments
La violence tentatrice
L’âme du serpent

Invincible
Charmeuse
Rebelle

Fragile
Douce
Inconditionnelle

Je brave le jour
Pour affronter la nuit
J’embrasse la nuit
Pour adorer le jour

Je suis Eve
Et Venus
Lilith mise à nue
Déesse et Vierge

Contrastes cathartiques
Variations extatiques

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Regards d’enfance

@ Robert Doisneau

Papa disait toujours que maman ne savait pas choisir, qu’il ne fallait surtout pas la laisser seule dans un magasin, sous peine de voir le compte en banque s’affoler. Et maman disait que dans le vie choisir c’est compliqué.

D’ailleurs, elle ne savait pas faire. Ni pour les bagages ni pour nous. Elle emmenait toujours la maison en vacances, les pulls d’hiver même en plein été. Papa avait beau lui dire que ça ne servait à rien et que ça ne rentrerait pas dans le coffre de la voiture, elle faisait comme bon lui semblait. C’est à dire n’importe quoi. Et nous suivions, dociles petits soldats.
Lisa était trop petite. Albert et moi bien assez grands pour saisir certaines réalités

Maman ne nous avait pas choisi. Pas plus qu’elle avait choisi sa vie avec papa. Elle ne prononçait pas son prénom, jamais. Elle faisait tout, maman, sans rien demander, si ce n’est le silence. Elle disait qu’elle ne savait pas comment faire avec nous, avec les pleurs de Lisa et nos bêtises farfelues. Elle souriait, voilà et ça passait.
Maman nous aimait, à sa façon, avec ses deux mains gauches et son cœur pas très causant. Sa beauté faisait le reste.
Les autres mamans, ça vous enveloppait de câlins, ça vous bavait des bisous sur les joues devant l’école, ça vous garnissait votre cartable de mots doux, de biscuits “fait maison”.
La nôtre, elle nous disait au revoir sur le trottoir d’en face. On ne savait pas trop ce qu’elle faisait maman de ses journées. Le soir venu, le diner reposait sur la table du salon, on mangeait bien, sauf Lisa qui n’aimait rien et ça gâchait le sourire de maman. Et ça embêtait bien papa. Quand ils avaient le dos tourné, Albert était de tournée de restes, histoire de sauver la soirée. Lisa pleurait quand même. On n’y comprenait rien.

Maman s’est envolée un soir d’été, à la veille des grandes vacances. On avait déjà mis les valises dans le coffre. Toujours trop petit. Elle a dit “pas de bisou ce soir, vous êtes grands maintenant”. On avait pas l’impression de l’être mais bon, c’était maman, alors on a pris chacun la main de Lisa et on la lui a tenu jusqu’à ce qu’elle s’endorme. Maman a du partir à ce moment là. On entendait la pluie dans la cour, comme si le ciel pleurait pour nous.
La maman qu’on n’avait pas eu. Ou celle qui était passée comme une étoile filante, sans jamais savoir où se poser. On a laissé sa valise au pied de l’escalier et avec papa on a filé vers la mer, vers le sud, vers la vie sans choix compliqué.

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Moment de solitude

La foule. Un regard circulaire. Posé. Tenter de repérer une couleur, un sourire, une coupe de cheveux. Rien. Refaire le chemin en arrière. Toujours de loin. Doucement la panique s’installe. Les secondes prennent des allures d’éternité. Une douleur sourde monte, grignote doucement l’intérieur de nos entrailles. Les pulsations de notre cœur s’accélèrent. La peur gagne chaque parcelle de notre être. Rester calme, maître de soi quand tout tourne autour comme un manège sans frein. Nos yeux ne voient plus. Ou réalisent. L’enfant n’est pas là. Pas dans la foule compacte. Il n’est plus là. Le pire se bouscule à la porte de nos émotions. Tenter de maintenir le cap, de ne pas faillir. Puis au milieu de la foule, comme une lumière jaillie de nulle part, l’enfant tenu par d’autres mains se fraye un chemin. On s’entend bafouiller un « merci » qui dit pourtant toute la reconnaissance qu’on ressent face à la personne qui nous tend le fruit de nos entrailles, le visage baigné de larmes. On se serre fort. On ne dit rien. On remercie le ciel pour ce dénouement heureux, ces minutes suspendues face à un drame impensable. Et puis on prend sur soi. Ne pas laisser l’enfant prisonnier de nos craintes. Le rendre à la foule qui l’attire, à l’enfance insouciante.