Posted in Variations Littéraires

Où es-tu Lilia?

Elle est quelque part c’est certain mais où? Quelle mère – quel père – devrait un jour se poser cette question? Personne.

Au moins une certitude. Claire n’en a que peu. Voir même plus depuis ce jour, ce jour si lointain et si proche en même temps, ce jour du début, de la fin, ce jour qui scinde la vie entre espoir et folie.

Jamais de pourquoi dans ses larmes. Tout était là, depuis le début, depuis le premier regard. Tout était écrit, n’en déplaise à ceux qui voudraient que le monde soit autre, que les rituels et les coutumes, les habitudes, les religions ne soient que des ponts et pas des murs. N’en déplaise à ceux qui croyaient penser juste et qui se plantaient magistralement.

Où? Comment? Dans quelle vie? Dans quelle ville? Avec qui? Autant de questions comme autant de tourments, de nuits blanches à vouloir réécrire l’histoire, prendre un autre chemin, choisir une autre fin. Mais pourtant aussi au creux des maux baignés de larmes, une faible lueur dans le noir, un “peut-être” esquissé face à des lois contraires, un sentier qui lézarde.

Et c’est à ça que Claire s’accroche, c’est ce qui la retient de signer son dernier acte. C’est dans ce minuscule espace qu’elle s’engouffre, dans cette souche d’arbre abandonnée qu’elle se nourrit d’un possible. C’est là qu’elle guette le visage de son enfant en transformation.

Tenir pour un jour revoir son sourire, à nouveau entendre sa voix, un jour la tenir dans ses bras. Claire court à tout va, cherche des solutions, appelle, marche beaucoup, travaille surtout pour ne pas s’effondrer. Claire ne reste pas chez elle, par peur des fantômes. Elle bouscule le ciel, la terre, les ténèbres, la poussière. Elle ne sait plus la pause ni l’arrêt. Elle se veut utile. Elle veut du plein face au vide abyssal de l’absence.

Les autres ont fini par retourner leur veste. Quelque part elle l’a cherché. Quelque part c’était le prix du risque. Elle erre dans les couloirs de leurs insinuations blessantes. Elle ne retient pas, elle n’a pas assez de forces pour ce combat là. Elle les réserve pour la seule qui compte: Lilia.

Ce texte est une fiction – inspirée de faits réels

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Naissance

Copyright MK

Les heures aussi fragiles que des morceaux de cristal
Peau contre peau
Tu as fait ton entrée dans le monde en ce jour si particulier de la célébration de l’Amour
Cet appel qui transcende toute chose et nous relie les uns aux autres

Neuf mois entre deux pays
Émotions au bord du coeur
Au plus profond la peur

Neuf mois à dessiner demain
Âmes mêlées
Corps enchaînés à un drame ignoré

Je suis née aussi aujourd’hui
Il y a huit ans
Nous avons fait ensemble nos premiers pas
Et depuis je grandis avec toi
En ayant à cœur de nous offrir le meilleur

Neuf mois ensemble
Qui ont scellé le Pacte
De la force qui nous guide
Même en plein brouillard

Au petit garçon formidable que tu es, sensible, attentif, aventurier, volubile, rieur, joueur, rebelle, têtu, passionné, joyeux…
Je souhaite le plus merveilleux des anniversaires
Riche de tout ce que tu offres à chacun, parfois d’un simple sourire ou geste de la main.
N’oublie juste pas de voir la belle personne que tu es à l’intérieur. C’est à partir de toi que tout prend naissance !

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Rendez-vous

Photo by Moose Photos on Pexels.com

Je n’y pense pas. Et pourtant c’est là. C’est latent. C’est dans chaque minute qui me rapproche de l’échéance.

Pour l’enfant, on peut tout, tellement. Pourtant combien de fois on s’oublie? Combien de fois on fait semblant, on sourit malgré les soubresauts intérieurs? Combien de fois on est fort quand on a juste envie de s’écrouler?

Oui pour lui.

C’est pour lui qu’il faudra faire face au passé. Les jours passent et nous rapprochent de ce rendez-vous, de cet espace connu, que nous aurions aimé ne jamais revoir. Les heures filent et remplissent de leur présence le temps suspendu à cette rencontre.

Huit ans moins un jour. Soixante minutes, ce n’est pas le bout du monde. Ce n’est rien comparé à avant. C’était le deal. On devrait un peu plus pensé avec qui on fait des enfants. C’est pour la vie. On est lié même si on voudrait pouvoir se détacher. Il y a comme quelque chose qui nous poursuit. Rien ne sera comme avant et la liberté sera une énergie vide si on essaie de la dompter.

Te revoir, ce n’est pas au-dessus de mes forces, ce n’est plus. Comment dire alors ce que je ressens? Comment dire ce qui n’est pas? Comment raconter d’ailleurs notre histoire?

La peur s’est envolée, elle ne nous sert pas de toute façon. Elle n’a rien à nous dire. Elle a saccagé assez d’espoirs, assez de souvenirs. Même les plus dérisoires, ceux qui hier permettaient de tenir.

C’est un manque d’envie, d’entrain. L’idée que ça ne sert à rien. Manque d’envie de faire comme si.

Juste pour lui. Parce qu’il parle de papa. Parce qu’il a besoin. Parce qu’à l’intérieur, c’est une boule de chagrin, sous ses airs de joyeux bambin. Parce que c’est là, marqué dans sa peau, la colère, la peine, les larmes qu’on retient.

Parce que pour lui même l’incertain a des couleurs et qu’il n’est en aucun cas responsable de nos erreurs…

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Où vont les larmes?

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Où vont les larmes que l’on verse
De quoi sont-elles faites ?
Ces larmes comme des filaments d’étoiles
Qui inondent les jours depuis…

Comment l’écrire cette aventure
Qui, chaque jour les fait revenir comme des amies fidèles?
Comment dire ce qui nous abîme
A mesure des mots qui blessent et des crises qui bouleversent ?

Combien de larmes versées ?
Autant de larmes que d’espérance
Chaque jour pourtant se lever
Et se dire qu’on sera plus fort, qu’on fera mieux

Comment l’écrire sans te trahir ?
En évitant que quiconque pose un jugement
Larmes qui viennent sans cesse me dire
Que je n’étais pas faite pour cet engagement

Combien de larmes pour combien de vies ?
Compter les points des minutes funambules
La joie de tes rires
Contre le chagrin de tes cris

Combien pèsent les larmes que l’on tait ?
Viendrons-nous seulement à bout de toutes celles du quotidien
Qui, d’heures en heures, se déversent
Jusqu’à ce que le bruit nous donne envie de disparaître…

Posted in Tout un poème, Variations Littéraires

Unipare

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Je t’ai rêvé
Je n’ai fait que ça
T’imaginer descendre
Et venir faire les cent pas
Dans le creux de mon ventre

Je t’ai rêvé
Quelque part à moitié
Dans une drôle de vie
Un amour qui ne tenait pas droit
Une envie maladroite

Je t’ai rêvé
Comme un baume apaisant
Qui viendrait compléter
L’image rassurante
De la famille modèle

Je t’ai rêvé
Pour faire taire
Les démons solitaires
Pour calmer l’angoisse
De l’unipare

Un rêve
Un idéal alambiqué
Sans le poids des responsabilités
Un rêve
Pour ressembler aux autres
Pour faire comme tout le monde

Mon rêve s’en est allé
Comme le souvenir de ce qui n’a pas été

Et entre mes mains
Un adieu dérisoire
Que le vent porte loin
Là où n’existent que nos chimères construites
Pour échapper au vide

Posted in Atelier écriture

Mon Petit Valentin!

Il y a 7 ans…
Je n’en menais pas large sur mon lit qui aurait pu faire office de méridienne, si nous n’avions pas été à la clinique en cette nuit particulière.
La douleur me tenait éveillée depuis près de dix-huit heures, quand j’avais finalement demandé qu’on me pose la péridurale. L’anesthésiste tournait sur trois établissements et avait été appelé d’urgence pour une césarienne. Je pouvais attendre.
Pendant que Cécile me tapait la causette, histoire de faire passer le temps plus vite et d’adoucir l’attente, tu fignolais les derniers détails de ton arrivée.
J’avais laissé les tourments à la porte de la salle somme toute spartiate, lâché les larmes pour pouvoir t’accueillir, il serait toujours temps de reprendre les bagages après, de regagner l’arène. Pour l’heure j’étais tout au plaisir de t’ouvrir grand mes bras et mon cœur.

Ceci est mon texte pour l’atelier d’Olivia – Les mots imposés étaient : méridienne – césarienne – douleur – fignoler – causette – spartiate – plaisir

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La prière de Lisa

Karl Fredrickson

L’eau sur son front pour conjurer le sort, offrir le paradis, si…

Le cri de Manon dans son berceau ne ressemble pas à celui de tous les nouveaux nés. La panique saisit Lisa.
Lisa prie, en pleine lumière, Lisa prie le jour, la nuit. Lisa prie pour comprendre. Lisa prie, le regard tourné vers les vitraux colorées. Un peu de répit.
Puis Lisa repart, le cœur remplit d’une dose d’espoir.
Manon est quelque part entre ici et ailleurs. Reviendra t’elle? Lisa veut y croire. Lisa veut plus de certitudes, moins de couloirs.
Manon se bat sûrement. Dans sa bulle, reliée à l’impensable, elle enchaine les heures. Dans un silence monastique.
Alors Lisa prie encore et encore, scande des prières face aux lumières. Sa foi comme un bouclier l’empêche de sombrer.
Manon s’en va. Doucement. Sans faire de bruit.
Un morceau d’histoire qui n’accroche pas. Seule Lisa se bat.

L’huile sur son front pour contrer le destin, elle est trop petite pour ça…

Manon ne reviendra pas. Elle repose sous un petit carré blanc dans la terre.
Quelques jours pour que la vie se taise à jamais.
Lisa prie. Par habitude. L’église est si jolie. Elle s’y sent à l’abri.

Ce texte est ma participation à l’atelier d’écriture de Bric A Book

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La maternité, ma plus belle claque!

Crédit Pixabay

Je vous passerai les détails de ma grossesse sordide (vous l’avez déjà lu et si vous ne l’avez pas lu, ce n’est pas un problème pour la suite), le retour en France, les tremblements, les larmes, la peur attachée à chaque millimètre de ma peau.

Je me demande souvent si j’ai choisi d’avoir un enfant ou si cela s’est juste imposé à moi. Ça coulait de source je crois. Nous n’en avions pas parlé – pourquoi nous aurions parlé de cela puisque nous ne parlions de rien?

Le jour de l’accouchement, j’ai réellement pris conscience qu’il n’y avait plus de retour en arrière possible. J’ai pensé aussi que je tenais dans mes bras la vie et la mort et ça m’a fichu un coup. Encore très fragile, mais en sécurité, j’ai doucement pris la mesure de mon nouveau statut de maman. Nos débuts difficiles ont laissé place à des heures plus légères, puis des jours plus doux.

J’ai longtemps gardé beaucoup de colère en moi et elle explosait toujours avec une vivacité qui me laissait désemparée, seule, en larmes, face à mon enfant, que j’aimais pourtant et à qui je voulais donner le meilleur. C’était terrifiant. Je me sentais terriblement coupable.

C’est une des rares personnes qui me met si souvent face à mes limites, qui m’oblige à regarder mes peurs et à les dépasser. Mon fils me renvoie une image pas toujours agréable de moi-même. Si je me regarde dans le miroir, je saisis parfois un reflet bien amoché. Je sens alors qu’il est grand temps de rétablir l’équilibre de notre embarcation. Mon fils m’aide à grandir, à creuser encore et encore pour déterrer le beau et laisser filer le reste. Ce n’est pas une cure de jouvence, il y a des jours où je me sens en dessous de tout. Et puis, comme c’est dans ma nature, je reprends espoir, je me fais confiance pour aller de l’avant, lâcher la culpabilité et donner le meilleur de moi-même pour la suite.

Je ne changerai rien à rien, même si parfois la charge me parait lourde à porter seule, même si parfois je me sens démunie devant mes tentatives avortées, de ne plus crier, de ne plus être agacée pour un rien, même si parfois je me voudrais plus maîtresse de moi-même, plus capable de faire attention à mes besoins aussi.

J’ai longtemps pensé que je devais être irréprochable. Aujourd’hui, j’apprends à accepter mes erreurs, je les partage avec lui, je suis honnête quant à mes manquements et mes peurs. Se dire les choses, je crois que c’est essentiel. Le bon, comme le moins bon. Et puis construire à partir de là. A partir de ce qu’on est et de ce qu’on tend à devenir. Pas à pas.

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Six ans de toi!

Voilà…

6 ans de toi
6 ans de joies et de doutes
6 ans d’une mélodie que nous écrivons dans un quotidien en quête d’équilibre
Apprendre. Désapprendre. Chercher des solutions. Se fier à son intuition.

Résoudre des équations comme des ingénieurs du cœur, de l’âme
Petites mains artificielles créant un univers à nul autre pareil : le nôtre

Et puis…

Tes doigts, libres, avides de découvertes, de créations
Tes yeux pétillants
Tes idées loufoques
Tes certitudes
Tes prises de position affirmées

L’écho de ton enfance est un chant enchanteur qui m’invite à ralentir, respirer, me libérer, passer des caps, grandir…

Nous nous sommes rencontrés dans d’étranges circonstances. Nos premiers mois loin l’un de l’autre. Construire un lien sur 2 jours par semaine. Puis le chaos des 7 jours. Et le reste.

Quand est-ce que cette complicité est née ? Quand ai-je commencé à être assez rassurante pour que tu oses un pas vers moi, pour que j’ose un pas vers toi ? Quand est-ce que quelques grammes de paix sont venus remplacés les kilos de colère et de culpabilité ? A partir de quand la vie est devenue douce ?

En ce jour de tes 6 ans, sache que…

Il n’y a pas d’obstacles que je n’affronterais pas, pas de pays que je ne traverserais pas, pas de remises en question que j’abandonnerais au lendemain. Pour toi.

Il n’y a pas de combats que je ne mènerais pas, pas de décisions injustes contre lesquelles je ne me rebellerais pas. Pour toi.

Il n’y a pas de rêves que tu ne pourras réaliser, pas de projets pour lesquels tu n’auras pas mon soutien plein et entier.

Il n’y a pas une heure, dans cette vie là, pendant laquelle tu n’auras pas la première place dans mon cœur.

Il n’y aura pas de haine dont mon amour pour toi ne pourra venir à bout.

Cet amour là ne connait ni frontière, ni limite. Il est le lien puissant qui nous unit. Il est la lumière quand la mort rôde. Il est plein de bonheur et de larmes.

Il est le commencement et l’éternité.

Il est dans ton sourire et dans le mien, dans ce que nous sommes seuls à savoir, un trésor bien gardé que personne ne peut voler.

Bon anniversaire mon Petit Coeur!

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Mais d’où vient cette colère ?

 

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Cette indépendance je l’attendais avec une impatience difficilement gérable. Et voilà que j’y suis, je l’ai ! Et voilà que tout semble tourner de travers. Les doutes refont surface. La peur de mal faire. L’envie de tout gérer de main de maître me colle des angoisses et j’ai du mal à gérer ma fatigue. Et ma colère. Je crie. Je pleure. Je tente vainement de me remettre à flot, je tiens un journal. Je flanche. Je crée de la panique chez l’escargot. Et je culpabilise.

Comment apprendre à mon enfant à gérer ses frustrations si je n’arrive pas à le faire moi même?

Tout commence par soi – Ca n’a jamais été aussi vrai…

On entend souvent les parents évoquer le stress du retour de la maternité – j’ai l’impression de vivre la même chose, à la différence près que mon enfant a 4 ans et qu’il n’est plus un bébé.

Et si je n’étais pas à la hauteur ?

Ce n’est pas ça. Je ne suis pas à la hauteur. Je ne prends pas assez soin de moi. Je me néglige au profit de ma maison, mon repassage, mon ménage. Je me dis que je me poserais une fois tout en ordre. Et puis je ne me pose pas. Parce que rien n’est jamais assez parfait. Je crie pour un rien. Je cours sans cesse.

Et puis il y a cette colère que je ne comprenais pas encore hier. Aujourd’hui je la vois se dessiner un peu mieux. La vérité est là, sous mes yeux. Je suis une maman seule. Je ne m’en rendais pas compte avant, parce que j’avais du soutien au quotidien, même si ce soutien était parfois pesant. Maintenant, il n’y a que moi. Et lui. J’aimerais tant lui assurer une enfance heureuse et épanouie. Au lieu de ça, je me mets une pression et des objectifs impossibles à tenir. Mais je n’arrive pas à les laisser de côté ni à définir les bons.

Et si c’était vrai ? Et si je n’y arrivais pas ? Et si j’allais me noyer au milieu de toutes ces obligations ?

La colère est contre lui, l’autre, l’étranger. Et contre moi, notre histoire, le passé. Et contre la terre entière parfois (oui ça ne sert à rien je sais mais sur le coup ça fait un peu de bien…)

Et à côté de ça il faudrait avoir une vie d’adulte, sortir, rencontrer du monde. Le soir je n’ai même pas le courage de regarder un film en entier à la télévision.

Je sais que ce n’est qu’un passage à vide, que je vais remonter la pente. Mais pour un début d’année, c’est assez perturbant je trouve. Je m’en veux terriblement de ne pas réussir à être cette maman apaisée et pleine d’énergie, donnant l’exemple et exerçant son autorité avec mesure.

Posted in Carnets de route

Toi & Moi

Tes premières minutes

Mes yeux sur toi

Et nos battements de cœur

A l’unisson

Ton premier souffle

Tout contre moi

Et nos peaux qui se touchent

Pour la première fois

Tes premiers cris

Me tirent du lit

Je te contemple

Interdite

Même épuisée

Je te regarde t’agiter

Puis t’apaiser

Au son de ma voix

Je te prends dans mes bras

Ces premières heures

Rien que toi

Et moi.

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Crédit – Nouvelles Images

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Faire le deuil d’une grossesse pas comme les autres

J’ai le ventre rond. Rond de douleurs anodines. Je me tiens comme les femmes enceintes, une main sur les hanches, au creux du dos. Je bombe un peu le torse, sans m’en rendre compte. Et l’autre main caresse mon ventre, comme si le seul contact de ma paume pouvait apaiser ce qui se trame à l’intérieur de mon corps.

J’ai voulu comprendre. J’ai voulu mettre des mots sur ces maux justement, ces maux qui m’inquiètent et me soulagent. J’ai cherché une explication à tout ça.

J’ai cru trouver. Je n’aurai pas d’autres enfants. J’accepte cette fatalité, sans trop y penser. Si j’en avais un autre, j’aurai l’impression de trahir le premier. Et puis non, c’est juste l’amour qui me manque, l’homme qui n’est plus là. Et si un autre venait, je ne suis pas certaine de vouloir réellement créer une famille, une autre famille, ni mélanger les deux. Je ne suis pas certaine de vouloir vivre avec un homme à la maison. Je ne suis pas certaine de vouloir autre chose, sauf peut-être partager des morceaux de quotidien, vivre le bon sans le mauvais. Il y en a qui y arrivent. Je ne suis pas certaine que ce soit pour moi, cette vie-là. Pourtant ils sont nombreux à me demander si je compte refaire ma vie. Laissez-moi le temps de souffler s’il vous plaît, de me retrouver, de reprendre contact avec moi.

J’ai cru que ce ventre rond, c’était ma manière de faire le deuil de cette vie que je ne porterai plus jamais en moi. Ca me fait de la peine autant que ça me rassure. C’est étrange tout ça.

Et puis, j’ai reposé encore une fois mes mains sur mon ventre rond, sans âme à l’intérieur. J’ai compris que ce n’était pas ces enfants qui n’existeront jamais, qui me fait mal. Ce qui me fait mal, c’est cette grossesse volée.

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Je dois faire le deuil de cette grossesse idéalisée, de cette grossesse remplie de souffrance et de peur, de larmes et de danger. Ce sont ces heures et ces semaines volées qui refont surface, alors même que mes cicatrices guérissent. Quand je portais mon petit homme, je posais souvent mes deux mains en bas de mon ventre pour le sentir bouger. J’aimais cette sensation. Puis les cris sont venus remplacer la joie de l’attendre. J’ai tellement pleuré. Je me souviens du jour où mes parents ont monté sa chambre de bébé. Ils faisaient tout leur possible pour rendre les choses plus simples, mais je n’y arrivais pas. J’avais mal. J’avais envie de me cogner la tête contre les murs, de liquider la vie à l’intérieur de moi, pour ne jamais avoir à regarder ce nouveau-né dans les yeux, sans lui faire porter le poids de tout ce gâchis.

Et puis la vie a repris ses droits, comme toujours, comme souvent quand on pose un nouveau-né dans les bras de sa maman, pour la première fois.

Aujourd’hui, il me reste juste à faire le deuil de ces neuf mois que j’avais rêvés et qui ont des allures de cauchemar. Il faut désormais que je me libère de tout ce que je n’ai pas eu pour profiter enfin pleinement de ce que j’ai.

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