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La voie du pardon est-elle toujours possible?

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En discutant autour du Pardon ce midi, je me suis interrogée, comme souvent après une conversation qui touche un point un peu sensible. On est tous d’accord pour dire que le Pardon c’est le Must, la Voie Sacrée! C’est surement aussi l’une des plus belles des preuves d’amour.

Justement, quand on aime, le pardon c’est presque naturel, par forcément là, maintenant, parce qu’il y a le deuil, un chemin à faire. Mais le pardon et l’amour, ça s’accorde bien et tant qu’il y a de l’amour, le pardon est possible.

J’en ai fait du chemin sur le pardon. Je n’y croyais pas beaucoup au début, ça paraissait un peu simpliste comme principe. Et puis au fil du temps, j’ai perçu les subtilités de l’approche, j’ai mieux compris ce qu’il était, ce qu’il impliquait. Le pardon, c’est toujours un choix, jamais une obligation. On n’impose pas le pardon et on ne se force pas non plus à pardonner. C’est un chemin très personnel qui ouvre sur quelque de plus grand et nous aide également à nous libérer, à guérir. Ce n’est au fond pas un acte aussi altruiste qu’il y parait!

Les actes de pardon que j’ai pu poser par le passé m’ont tous amenée à une ouverture plus grande, une compréhension différente de l’autre, un accueil, m’ont permis aussi de m’alléger d’un poids et parfois ont eu des impacts forts autour de moi. En y réfléchissant, ces “pardons” se sont imposés à moi, comme une intuition, une évidence. J’ai pris conscience que les actes, les mots, les silences, les non-dits, les mensonges, les ruptures, les séparations avaient touché quelque chose en moi, mais que ce quelque chose, même blessé, existait toujours et que pour ressusciter, en quelque sorte, le pardon était ma clé.

Je me suis donc demandée ce qu’il arrivait au pardon quand il n’y avait pas ou plus d’amour. Et plus particulièrement, par rapport à mon vécu personnel, dans des situations de violences conjugales, d’emprise psychologique. Je ne dis pas que ce n’est pas possible, je me demande juste dans quelle mesure ça l’est, comment ça s’articule face aux évènements marquants, traumatisants de nos existences.

En quatre ans de relation et trois de procédure de divorce, j’ai pardonné des dizaines de fois. J’ai compris, j’ai entendu, j’ai accueilli les maux, les failles. J’ai pardonné pour ma survie et parce qu’il y avait quelque part quelque chose de plus fort que le dégoût et la haine, plus fort que l’indifférence, quelque chose qui me permettait de tenir debout. J’ai pardonné par lâcheté. Puis je suis partie. Et là le pardon m’est apparu comme une chimère. Là, il n’avais plus sa place. Quelque chose était mort.

Je crois que ce qui m’a finalement libérée et permis de me reconstruire c’est d’avoir fais le choix de ME pardonner. C’est quelque chose qui pesait lourd, trop lourd. Je ne sais pas si j’y suis pleinement arrivée, si je me suis tout pardonné. On nous vend le pardon comme le remède miracle. Dans l’absolu, j’aime l’idée mais entre le quotidien et l’absolu, il y a la vie!

Selon moi, chaque choix est ce qu’il est, il nous appartient et il est juste pour nous. Pardonner ne fait pas de nous des “saints” et ne pas pardonner ne fait pas de nous de “mauvaises personnes”. Le pardon doit rester cet acte engagé de soi face à soi-même et non un acte contraint parce que c’est “bon”, parce que c’est “bien” ou encore dans l’air du temps. Le pardon n’est pas un but ou une fin en soi. On peut vivre sans pardonner et être heureux. On peut pardonner et ne jamais venir à bout de nos maux. Il y a autant de chemins qu’il y a d’existences et d’expériences de vie.

A l’heure qu’il est, je dis “merci” à cette histoire qui a existé et qui m’a permis de sortir d’un long sommeil dans lequel je m’étais perdue depuis de très nombreuses années. Pour le reste, je ne sais pas, dire que j’ai pardonné serait un mensonge je crois. J’y arriverai peut-être un jour, ou pas. Mais au final, cela ne regarde que moi!

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Il est l’heure de pardonner…

Crédit Pixabay

A chaque respiration, elle s’en va. Elle sent la fin arriver. Elle compte les pas avant le dernier saut. Elle respire mal d’ailleurs. Elle sent son sang manquer de vie. Elle s’achemine vers la fin de la sienne. Seule.

C’est bien ça, elle est seule. Le vide s’est fait autour d’elle. Au fil des années. Au fil des mots blessants qu’elle a  prononcé. Au gré de ses départs sans retour en arrière possible. Au volant de ses idées incompatibles avec la notion même d’amitié.

Elle part. Elle est triste puis elle est dure. Elle laisse planer le doute. Elle fait mal. Elle brise à l’intérieur. Et donne le change à l’extérieur. Elle méprise et supplie presque. Elle largue des bombes à intervalles irréguliers. Elle s’intéresse si le conflit est sous-jacent. Sinon elle laisse couler. Pas assez intéressant.

Elle nous voyait puis elle nous voit moins. Elle ne se pose pas de questions. Nous passons forcément pour la jeunesse sans reconnaissance. Qui ne retient rien. Quand on la voit, elle s’énerve vite. Tout ne va pas au juste rythme. Les enfants crient et font du bruit. Nous aussi. Un peu trop. C’est usant.

Elle nous tient à l’écart. Puis elle veut nous voir, craignant que ça ne soit la dernière fois. Comment voit-elle la mort? Quelle allure a t-elle? Celle d’un linceul noir ou bien d’un ange blanc? Comment vit-elle ces heures qui la rapprochent de l’éternité?

***

Elle ne sait plus. Elle voudrait que tant de choses soient différentes. Elle aurait voulu une vraie mère qu’on accompagne dans ses dernières heures douloureuses. Elle aurait voulu de la tendresse. Pouvoir prendre soin d’elle.

Elle ne fait que son devoir de fille. Elle s’occupe de l’intendance, les visites médicales, les courses. Puis s’enfuit. Trop de mépris. Trop de maux qu’elle trimballe. Toute une vie. Du gâchis.

Elle voudrait pouvoir faire plus. Mais face à la méchanceté, son amour ne fait pas le poids. Elle pleure ce qui n’a jamais été. Elle pleure l’enfance blessée. Elle pleure le rien, tout ce qu’elle n’aura pas eu, tout ce qu’elle n’aura pas connu.

Elle espère. Peut-être. Elle sait que non. Mais elle espère. Un regard en arrière. Un pardon. Des regrets. Pouvoir dire aurevoir. Juste ça. Elle attend un “je t’aime” qui ne viendra pas.

***

Je suis actrice et spectatrice. Je suis l’enfant et la petite fille. Je suis d’un côté, forcément. Celui de l’amour. Bien évidemment. J’écoute. Ma mère. Je sais le poids de tout, du présent et du passé. De l’avenir. J’imagine.

Je ne saurai jamais qui elle était, pourquoi elle a tant détesté ma mère, pourquoi elle m’a tant utilisée sous couvert d’un amour débordant, pourquoi elle n’a jamais regardé ma sœur, pourquoi elle n’a jamais aimé mon père, pourquoi elle a toujours cherché à nous diviser.

Je me dis qu’aujourd’hui, pour moi, il est temps de pardonner. Pour que ma grand-mère parte en paix. Pour que je reste en paix. Les questions n’ont pas de réponse. Le mystère reste entier.

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Du pardon et de la libération des âmes

Crédit – Pixabay

Certaines vérités se glissent dans les silences. Elles se taisent, se fondent dans l’espace. Elles sont ce qu’elles sont, marquent le temps, le tempo de nos vies. Mais ne se disent pas. Elles s’offrent le loisir de ne pas faire peur, ni de blesser inutilement.

Certains silences font mal. Ils disent tout sans le savoir. Ils sont riches de secrets qui un jour verront le jour, à moins que les langues ne se retiennent, que les cœurs en fassent le deuil. Avant l’heure.

Certains secrets tissent leur toile sur le fil du temps qui passe. Seront-ils compris ? Seront-ils jugés ? Que restera-t-il de leur vérité quand la mort viendra réclamer la vie de ceux qui les ont créés, involontairement, souvent ?

Certaines paroles brisent le silence. Elles frappent en plein cœur, détruisent l’honneur, asphyxient les entrailles. Et ne demeurent que des points d’interrogation en suspens dans l’air du temps.

Jusqu’à ce que le pardon panse les blessures des vérités tues, des silences lourds, des secrets libérés, des mots désœuvrés.  Et libère les âmes d’une histoire qui ne leur appartient plus.

Texte écrit suite à un atelier de constellations familiales.

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On s’écrit…

Je parlerais encore de toi. Avec moins d’animosité certainement avec le temps. J’arrive déjà à évoquer ton nom sans qu’une foule de souvenirs désagréables n’arrive par vague et ne me fasse flancher.

Je parlerais encore un peu avec toi. Pour lui. Le nécessaire. La vie de tous les jours, ses hauts plutôt que ses bas. Tu ne comprendrais pas ces derniers. Tu ne veux pas. Les bas c’est ton privilège. Puisque tout le monde est contre toi.

Je parlerais encore de toi. Au passé. Je ne dirais pas du mal. Je dirais juste la vérité. Et puis aussi que je ne t’en veux pas. Ou plus. Que j’ai compris et intégré que j’avais ma part de responsabilité dans cet échec – en est-ce vraiment un d’ailleurs ? N’est-ce pas plutôt une absence de réalité – ce « nous » comme on dit a-t-il un jour existé ?

Je parlerais encore un peu avec toi. De choses simples. Nous n’avons jamais eu de vraies conversations. Trop compliqué d’échanger. Surtout si l’un de nous doit absolument avoir raison.

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Je parlerais encore de toi. Pour les autres. Si. Il le faut.

Je l’écris. Notre histoire.

Et plus je l’écris, plus je comprends, plus j’apprends. Plus je réalise. Plus je m’écris, plus j’avance.

Plus je t’écris, plus je sais ce que je veux, plus je m’aime.

Je m’éloigne de toi. Je m’approche de moi.

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Sur le chemin du pardon…

Vous croyez que tout va mieux, que vous avez fait votre deuil, que vous avez pardonné, que vous vous êtes pardonné. Quelle libération !

Et quelqu’un arrive, vous parle et met le doigt sur un ressenti, un sentiment. Et voilà que vous vous trouvez confronté à vos vieux démons. Tout n’est pas réglé. Pourtant selon certains, c’est aussi simple que lâcher prise et voir la vie en couleurs. Vous vous le dites aussi. La réalité est tout autre.

La réalité c’est que vous avez encore beaucoup de colère en vous, beaucoup de culpabilité, de honte, de chagrin. La réalité c’est que quand on vous demande de vous regarder dans le miroir et de vous dire, les yeux dans les yeux « je te pardonne », vous vous retrouvez submergé par un flot d’images, de souvenirs, qui vous brassent. Un nœud se forme dans votre gorge, au creux de votre ventre. Et quelques larmes se glissent même.

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La tentation est grande de vous dire que vous êtes nul, que vous n’avez toujours pas dépassé des choses du passé justement, que vous avancez pour mieux reculer ensuite. Vous entrevoyez un bilan en demi-teintes. Ou vous vous reprenez en jetant un coup d’œil en arrière, histoire de voir d’où vous venez, où vous êtes et où vous souhaitez aller. D’accord, il reste encore pas mal de pages à écrire pour que vous puissiez parler de cet épisode de votre vie, sans émotion, sans regret, sans colère ni ressentiment, avec plein d’amour pour vous, pour l’autre. Vous vous regardez à nouveau et vous vous promettez de vous atteler à la tâche, de vous offrir à vous-mêmes ce beau cadeau : pardon, paix et liberté. Ca prendra le temps que ça prendra. Le changement est en marche.

Alors oui au creux de vos nuits, à l’évocation de certaines histoires, de certains chagrins, en regardant les autres vivre des évènements similaires au vôtre, vous vous sentez vulnérables, vous ressentez le besoin de parler, de pleurer, de vous isoler ou bien de vous épancher sur une épaule amie, de prendre davantage soin de vous, de reprendre contact avec le présent. Chaque chose en son temps. Vous avancez vers un mieux-être avec chaque respiration, chaque prise de conscience. Et toujours avec bienveillance…

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Pas à pas, avancer sur la route du pardon

Juste après mon départ précipité, j’ai vécu un bon bout de temps avec la culpabilité. Jour et nuit, elle me poursuivait, me faisant douter de mes choix, de mes motivations. Puis j’ai commencé à beaucoup me justifier, auprès de moi-même et des autres. Il y avait toujours un « parce que » à la fin de mes phrases. Je voulais me persuader que j’avais pris la seule bonne décision possible. Mais je voulais aussi persuader les autres que je n’avais pas eu d’autre choix.

Au fil du temps, j’ai réussi à me pardonner, à ne plus ressentir ni culpabilité ni rancœur envers moi-même. J’ai réussi à ne plus voir cette séparation comme un échec. Nous avions fait un pari, comme tout couple. Et puis ça n’avait pas fonctionné. Ca arrive, c’est tout.

Lui pardonner. C’est l’étape suivante. Mais c’est beaucoup plus compliqué. Pardonner sans oublier. Pardonner et ne plus ressentir ni colère, ni dégoût. J’avance à tâtons. Au début, c’était impensable pour moi de lui pardonner. Puis le temps a fait son œuvre. Et j’ai entrevu que c’était possible.

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Est-ce que c’est devenu possible parce que je ne ressens plus d’amour pour lui, parce que je sais au fond de moi que « nous deux » n’existe plus ?

Parfois, je me surprends à parler de lui, sans amertume. Je dis « il ressemble à son papa » sans que cela me froisse le cœur. Je me souviens des jours heureux, de son visage quand lui aussi paraissait heureux. L’angoisse du départ me poursuit toujours la nuit. Il a de multiples visages, tous aussi dangereux les uns que les autres. Mais en regardant chaque cauchemar de près, je sens que je m’éloigne de la peur, de la douleur aussi.

Le pardon ne se décide pas un jour. Et le lendemain tout est pardonné. C’est un processus, un cheminement personnel, qui me permet aussi de me placer au centre de cette vie, ma vie que j’ai longtemps négligée.

Je lui pardonne un peu plus chaque jour. A mon rythme. Et doucement je me sens revivre.