Ne plus se cacher ou Oser s’affirmer

Je débute cet article avec l’envie du point final, ou plutôt d’arriver au point final, sans me laisser submerger par des « et si » sans fondement qui viendraient remettre en question ma décision.

Si vous vous souvenez bien, mon mot de l’année était « oser ». Dans ce « oser » pour moi il y avait surtout du oser être soi, oser s’affirmer, oser essayer de nouvelles choses, oser sortir de sa zone de confort, oser dire oui, oser dire non. Donc un travail personnel, qui je dois l’avouer n’est pas toujours de tout repos.

Suite à beaucoup de discussions, certaines que j’ai prises très à cœur et qui m’ont fait réfléchir, tout en m’ayant profondément marquée, à la lecture d’articles arrivés un peu comme par magie pour apaiser certaines interrogations et suite à la découverte de la plume de Françoise Rey, j’ai créé il y a peu, dans l’anonymat le plus total, un blog dans lequel j’ai choisi de laisser libre court à une plume plus libérée – « uncensored » comme diraient les anglais.

Je vous avais fait part il y a quelque temps d’une envie un peu soudaine de m’essayer à la littérature dite « érotique » – vous le savez, les étiquettes et moi, nous ne sommes pas vraiment amies. Je n’ai jamais souhaité me couler dans un style particulier, mes écrits sont plutôt variés et me permettent de m’exprimer plus ou moins librement sur ce qui me touche. Toutefois de là à exposer au grand jour une écriture crue, sans fard, pétrie d’incertitudes, de là à me livrer corps et âme si l’on peut dire, à faire fi de tous les tabous liés à une littérature assez mal perçue et souvent considéré comme bas de gamme, il y avait bien plus qu’un pas à faire. Il s’agissait d’un vrai plongeon. Dans l’inconnu, l’inconnu des mots, l’inconnu des situations, l’inconnu des fantasmes, l’inconnu du regard de l’autre, l’inconnu de ce que l’on ose ou que l’on retient, l’inconnu de ses propres zones d’ombre qu’on camoufle si bien (même si certains ne sont pas dupes).

Je pouvais très bien continuer dans mon coin à écrire, sans faire de vague, ça je maitrise après tout. Et puis je me suis dit qu’à 37 ans, bientôt 38, c’était un peu dommage de me cacher comme une enfant ou une criminelle et triste de ne pas assumer cette part de moi, même si elle contraste avec celle que je montre la plupart du temps, et que certains d’entre vous connaissent, soit dans la vie de tous les jours, soit à travers mes textes.

Le but de cette démarche est profondément personnel avant tout. Ne me demandez pas comment je vais gérer un autre blog – le but n’étant ni de choquer ni d’imposer mon choix, partager mes textes et réflexions à part me parait plus correct et respectueux de mon lectorat. Parce qu’autant être franche jusqu’au bout, ma plume plus libérée ne fait pas dans la dentelle (quoi que) et je ne compte pas me censurer non plus. Pour ça aussi j’ai donné.

Sentez-vous libre d’approuver ou pas, de lire ou de ne pas lire mes textes. Sachez que je respecterais votre choix comme je sais que vous respecterez le mien.

Je tenais juste à partager ce cheminement avec vous. Je me souviens qu’à la suite de la sortie de mon premier recueil de poésie, j’avais reçu de jolis « merci » pour avoir passé le cap de l’édition et ainsi encouragé d’autres à le faire. D’autres l’ont fait. D’autres ont été inspiré par mon histoire. Et au-delà de tous les efforts, doutes, remises en question sur le chemin, je peux dire que c’est mon plus beau cadeau.

Un jour peut-être, vous aurez vous aussi l’envie de partager anonymement ou pas vos textes « érotiques », vos photos, réflexions. Si c’est le cas faites-moi signe, je serais très heureuse de vous laisser la parole, dans un espace libre de tout jugement et d’à-priori (qui sont beaucoup moins inoffensifs qu’on peut le penser).

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L’euphorie du retour

Copyright Marie Kléber

La tempête a fait rage et la mer s’est chargée d’une écume dense, palpable, ses remous emportant au loin les navires qui ont osé s’aventurer par-delà le phare, les balises du port. A l’effervescence du départ, on oppose désormais la crainte d’un retour compliqué si ce n’est impossible. La mer tangue et les navires heurtent les rochers, se brisent par endroits, se maintiennent à flot dans un chaos oppressant. L’obscurité gagne du terrain, la vie se contracte, sur les quais on maintient l’espoir à coups de souvenirs, on déconstruit le pire. Les sentiments se toisent, les cœurs s’affrontent. On ne sait plus qui, quoi, comment, dans ces heures tourmentées. On égrène des pourquoi à longueur d’échanges qui n’apportent rien, si ce n’est un semblant de courage pour faire face.

Au lever du jour, la tempête s’est calmée. On aperçoit quelques trouées bleues dans le ciel. Les ténèbres cèdent et la mer se fait huile, douce, parfumée, luisante d’une sérénité reconquise. Les navires rescapés s’avancent, non pas fiers, juste gorgés de cette vie ressuscitée, prête à être offerte. Les rives s’écartent, frétillantes d’impatience, affranchies des tensions, pétries de grâce. Elles s’enivrent de la puissance de ce retour triomphant, applaudissent la vivacité des navires revenus des eaux troubles. L’ancre se jette avec fougue dans la mer enivrée des clameurs de la foule. Les bateaux investissent l’espace sacré, se réjouissent de la liberté retrouvée, qui inonde désormais les berges, berce de joie les cœurs, fait corps avec les corps, sanctifie l’abandon euphorique. Les sentiments se confondent dans un face à face extatique, jubilatoire, qui ne se lasse pas de contempler l’étendue d’un bonheur sans nuage.

Les promesses de sa peau

Crédit – Pixabay

Je fais courir mes doigts sur les promesses de sa peau. J’imprime sur l’écran de mes jours le dessin de ses contours, de mes nuits le dessein de ses envies.

Je fais courir mes doigts sur l’enchevêtrement des veines de l’écorce chaude. Son histoire personnelle demeure ce flou que je ne saurais toucher que du bout du cœur.

Je fais courir mes doigts sur l’intangible des sentiments, la pureté de l’instant, l’enthousiasme des retrouvailles, la richesse de ce bonheur que je garde comme un précieux enchantement.

Je fais courir mes doigts sur l’effleurement des impossibles, tenus à distance par la confiance constante, osée, libérée de la souffrance du manque.

Je fais courir mes doigts sur ce qui se dit, sur les silences qui comme l’or se gorgent d’essentiel.

Je fais courir mes doigts sur l’énergie de nos corps, composés, étreints, métamorphosés dans un accord que nous sommes seuls à créer.

Je fais courir mes doigts sur ce qu’il est, donne, transmets. Et mes doigts se souviennent. A quel point je l’aime.

De la découverte des corps

Crédit Pixabay

On avait vu le corps. En cours de physique-chimie. Les ressorts de la procréation. Les phénomènes du col du l’utérus, les tissus, les trompes de Fallope, la fécondation. Même l’accouchement. Moi j’avais tourné de l’œil. Le corps en schéma. Le corps extérieur, corps procréateur. Le corps intérieur aussi, les organes de vie. Savoir. Connaître. Comprendre le fonctionnement. Le corps, une machine parfaite, digne des plus grands maîtres d’art.

Découvrir. Non. Ou si peu. Écarter les cuisses, ce sera pour plus tard. Chez le gynéco. Ou pour l’autre. Pour soi, on n’en parle pas. Ça ne se fait pas. Cette intimité, c’est un pouvoir qu’on ne dérange pas.

Ressentir. Encore moins. Corps et plaisir ne se conjuguent pas. Ou alors en secret, dans le silence des nuits solitaires.

“Maman” disait qu’un jour on devient femme et que cette intimité il faut la préserver. Est-ce qu’on peut la regarder ? Est-ce qu’on peut la toucher ? Est-ce qu’on peut s’aventurer plus loin ? Est-ce qu’on peut marcher nue dehors et sentir le vent prendre d’assauts nos sens ?  Est-ce qu’on peut être fière du plaisir qui nait à la portée de nos mains ?

Le corps s’exhibe et le corps dérange. Les sens se perdent dans un dédale d’interdits érigés pour préserver la « morale » alambiquée de la société. Quitte à faire du corps un territoire ennemi – le naturel se plie aux injonctions erronées. Ou se révolte et se livre sans limite, objet plus que sujet, violent dans sa recherche d’identité.

“Maman” disait que le corps de la femme est la beauté par excellence, le corps de l’homme, peu flatteur. Alors on regardera en douce, on essayera de glisser un œil sur un poignet, le creux du cou. On basculera pour un sourire, un regard. On figera l’instant sur des mains que l’on espérera fermes et tendres en même temps. On érotisera les zones visibles tant en craignant la nudité. Peu flatteur, dit-elle, mais alors comment pourra t’on se rencontrer ? Quel lien pourra se créer entre moi qui ne connais pas mon corps et son corps à lui sur lequel mon regard ne doit pas s’appesantir ?

Alors il faudra aller chercher plus loin, creuser un sillon sur un corps inconnu, aller chercher ce qu’on ne nous dit pas au creux des draps qui voilent mais ne dissimulent pas. Il faudra oser la découverte pour se rendre compte de la beauté du corps des hommes.

Du corps on n’a pas fini d’en parler, ni de le découvrir, seul(e), à deux, à  quatre, six, huit mains. A le vivre dans le plaisir, un plaisir assumé, accepté. On n’a pas fini de l’écrire, sous toutes les coutures, le décrire sous tous les angles, de le regarder vibrer, s’exhiber, s’affirmer, frissonner. De l’érotiser, au soleil, sur le sable, pieds nus sur l’herbe fraiche, au contact du froid, du chaud, de l’eau, de la terre, du feu, de l’air, de la peau. De l’intégrer surtout comme une chance et non un fardeau.

Je n’assume pas pleinement ma sexualité

Cet article je l’ai écrit maintes et maintes fois dans ma tête, je me suis demandé si j’allais le publier, si j’allais oser surtout. Tout le monde me dira que c’est mon blog et que j’écris bien ce que je veux dessus. Oui mais…Parfois certains sujets sont plus faciles à traiter que d’autres, d’autres sont plus intimes à partager que certains. Et pourtant ici je me suis souvent livrée sur des choses pas toujours évidentes. J’avais juste l’impression d’avoir une légitimité à le faire, puisque je l’avais vécu.

Comme je n’assume pas entièrement ma position d’auteur, même si j’essaie d’en parler davantage, de me mettre un peu en avant, un peu plus qu’avant en tout cas, je n’assume pas pleinement ma sexualité.

Maintenant que les choses sont dites, vous pouvez décider de lire ou de passer votre chemin. Je ne vous en tiendrais pas rigueur. La semaine dernière vous en avez été témoin, j’ai connu un petit creux de vague. Ça arrive, l’essentiel étant de rebondir ! Un avis partagé sur une de mes nouvelles a pointé du doigt une faille. Au-delà de la peur – elle se dompte – je contrôle beaucoup de choses parce que je n’assume pas pleinement qui je suis et en poussant le vice un peu plus loin, on peut même dire que parfois j’ai honte de mes pensées, de mes envies (ne parlons même pas de mes fantasmes!). A 37 ans j’en suis encore là ! A ne pas pouvoir aligner deux mots sur le sujet sans me sentir gênée. Et comme pour tout blocage il y a une origine, je cherche d’où cela peut venir, pour pouvoir travailler dessus. En vain.

J’ai été intéressée par la sexualité très jeune. A 7 ans je dévorais « la sexualité expliquée aux enfants ». A 10 ans je n’avais pas encore mes règles et je découvrais déjà les plaisirs solitaires. A 13 ans, je jouais encore à la poupée et j’écrivais des histoires d’amour d’une intensité qui me laisse encore perplexe aujourd’hui.  J’étais une petite fille très sage et déjà je me disais qu’il y avait quelque chose de pas « normal » chez moi (vous allez me dire qu’est-ce que la normalité?)

La sexualité n’était pas taboue à la maison. Je n’ai pas vécu de traumatisme sexuel. Comme beaucoup, j’ai eu une éducation catholique, c’est certain que ça n’aide pas quand on vous serine à longueur d’homélie que le sexe ce n’est que pour faire des bébés et que vous pouvez pêcher même en pensée. J’étais bien avancée. A l’adolescence, je ne savais plus à quel saint me vouer, alors pour temporiser mes « pulsions » (les catholiques appellent ça des pulsions perverses – merci du cadeau), je me suis tournée vers la religion. Pas juste un peu. Je m’y suis donnée presque corps et âme. J’ai plongée dans un grand bain d’eau bénite. J’ai même eu l’envie de rentrer dans les ordres et c’était loin d’être une passade, puisque 10 ans plus tard, j’ai bien failli passer le cap. Pour le coup c’était le meilleur moyen de dompter ce que je considérais comme « un penchant suspect ». Mes parents m’en ont dissuadée. Je me demande s’ils n’auraient pas préféré me voir courir les garçons…

J’étais réservée, introvertie, silencieuse, calme, posée, timide. A l’intérieur de moi, ça bouillonnait mais je savais faire taire tout ça. Je renvoyais une très belle image au reste du monde. Les gens enviaient mes parents. Et le soir quand les lumières s’éteignaient je me battais avec mes démons. Un combat solitaire et éreintant. Je n’en ai jamais parlé à personne et j’ai enfoui tout ça au plus profond de moi, en pensant que ça ne referait jamais surface. Poser un voile sur les maux, ça a toujours été mon moyen de contourner les problèmes. Les expériences de la vie m’ont montré que ça ne servait à rien, à part envenimer les choses. Mais bon, on ne se refait pas en claquant des doigts !

Puis j’ai commencé à avoir une vie sexuelle active. J’avais 19 ans et toutes mes copines m’enviaient. J’ai vécu ce que j’avais à vivre, sans trop me poser de questions. On ne va pas dire que le sujet était récurrent mais nous en parlions facilement. Je partais du principe que chacun était libre de faire ce qu’il voulait de son corps, seul ou en couple, à partir du moment où il y  avait respect et confiance. Il était clair que moi je resterais dans une voie très classique, histoire de ne pas être tentée par des choses qui ne collaient pas du tout avec mon image de jeune fille “bien” – quoi qu’on en dise de nos jours encore la sexualité féminine est riche de nombreux clichés en tous genres. Certaines arrivent à s’en affranchir et elles ont toute mon admiration – c’est tellement beau une femme libre!

Je n’ai pas franchi beaucoup de caps en 18 ans, même si j’ai été tentée parfois par des chemins différents. A chaque fois que je me suis confiée pour le coup, je m’en suis mordue les doigts par la suite. Les gens de mon entourage n’avaient clairement pas les mêmes besoins ni les mêmes envies que moi – j’avais donc un “problème” (les raccourcis sont vite faits dans ces cas-là). 

On va passer brièvement sur mon mariage, où là pour le coup, le sujet était carrément à éviter. Non guérie de mes vieux démons, à chaque fois que nous nous retrouvions dans l’intimité, j’avais vraiment l’impression d’être une trainée. Je pense que si j’avais assumé ma sexualité, les choses se seraient passées autrement, je me serais davantage respectée et je n’aurais pas accepté d’être traitée et utilisée comme un objet.

Est-ce que ça été le coup de grâce ? Est-ce que cinq ans de célibat sans un contact physique ont mis à mal mes dernières résistances ?

Tout cela refait surface aujourd’hui, parce que la donne a changé,  parce que je suis dans une relation épanouissante et épanouie avec une personne qui n’a aucun apriori sur le sujet, qui en parle sans jugement, très librement et qui me prend comme je suis – c’est assez nouveau. C’est vrai que je me dis qu’il est fou parfois, mais surtout que j’ai beaucoup de chance. Peut-être que c’est le moment idéal pour déterrer tout ça, accepter, assumer, me libérer une fois pour toutes. Dans le respect, la confiance et le partage, tout deviendrait presque possible, dans la limite des limites de chacun bien entendu. Sans compter que l’échange est constructeur pour soi autant que pour le couple. Et que ce serait tellement plus agréable si je n’étais pas si souvent sur la défensive, comme si j’étais prise en train de faire une grosse bêtise !

J’ai parfois l’impression de vivre avec des secrets lourds (ne vous inquiétez pas, mon âme est tourmentée, c’est un état de fait et je vis très bien avec), comme si je devais expier des fautes. C’est un combat perpétuel en moi et pas forcément entre mon corps et mon esprit, entre deux forces invisibles qui ne tombent jamais d’accord (si j’ai perdu quelqu’un en cours de route, j’en suis désolée, moi aussi j’ai du mal à me comprendre parfois !).

Quelque chose me retient toujours. Certaines portes sont verrouillées à double tour. Peut-être que c’est la crainte de mes zones d’ombre qui me retient ou bien celle de ternir l’image de la petite fille sage, un brin rebelle – une rébellion contenue – qui ne fait pas trop de vague, qui rentre dans le rang, qui ne veut pas causer de tort autour d’elle, qui fait comme si. Pourtant je ne suis plus une petite fille depuis longtemps…

Si vous avez lu de A à Z cette confession, je vous tire mon chapeau. Et je vous dis merci aussi pour votre lecture et votre bienveillance. Qui sait peut-être que je ne suis pas la seule à assumer pleinement! 

Entre le corps et l’esprit: histoire d’un combat sans merci

Entre le corps et l’esprit, autant qu’entre le cœur et la raison, il y a un monde. Un monde qui vibre au rythme de nos limitations, de la confiance que nous accordons, que nous nous accordons, de la liberté dont nous souhaitons jouir, du lâcher prise, de principes et valeurs héritées, de nos limites (évolutives, plus ou moins protectrices), du dépassement de soi. L’échantillon est vaste.

L’esprit résonne. Le corps ressent. Les deux ne s’accordent pas toujours. On peut dire que dans mon cas, c’est tout l’un ou tout l’autre. Entre mon corps et moi, je pourrais tout autant dire entre la sexualité et moi, c’est une histoire compliquée.

D’abord il y a eu la découverte du plaisir. Qui s’est cognée contre toutes les idées arrêtées de la morale religieuse – la lutte infinie entre le bien et le mal. Puis la rencontre avec l’autre et la crainte d’être utilisée. Puis la peur de ne pas être “dans la norme”, d’avoir des envies inavouables,  des pensées malsaines et tout le florilège d’un univers dont on parle peu finalement, ce qui laisse la place, surtout quand on a une imagination débordante, à tout type de manifestations erronées.

Si pour certains la sexualité est une donnée inhérente au couple sans être essentielle, il est évident que pour moi c’est une des bases fondatrices. Une sexualité épanouie est une force pour le couple et dans la vie.

L’absence de confiance, de respect m’a fait tomber dans la dépendance. J’ai laissé mon corps être abusé, je n’ai saisi aucun message d’alerte. Je pensais qu’en me pliant aux injections quelque chose allait naître, quelque chose qui me remplirait. Mais rien de bon ne nait quand le consentement est forcé, quand l’acte sexuel répond à une menace.

On pouvait donc penser – enfin je pensais – que dans une relation saine, le passé serait évincé au profit de ce nouvel état des choses, que le corps reprendrait sa place, ses droits. Mais mon corps je l’avais tellement délaissé (détesté aussi) que mon esprit à profité de cette faiblesse et repris les commandes.

Affronter ma part d’ombre, partager le plus intime, me laisser aller à des confidences jusqu’alors gardées secrètes par peur sûrement du regard de l’autre sur des envies que je n’assumais pas, mon corps le réclamait et ma tête m’intimait l’ordre de ne pas prendre de risque: pourquoi vouloir tenter le diable quand les basiques tiennent la route. Se perdre, j’en avais testé le goût, il ne restait que l’amertume.

C’est là qu’un nouveau combat à commencé – si auparavant dans mes relations amoureuses c’était plutôt cœur contre raison, là la question ne s’est même pas posée – une lutte sans merci qui m’a poussée dans mes retranchements, m’a tourmentée au delà du raisonnable. Et le pire c’est que je me suis imposée tout cela toute seule.
La peur de l’inconnu s’est muée en ombre folle. Mon corps s’est révolté mais il ne faisait pas le poids. Les voyants de l’esprit indiquaient “attention danger” en lettres capitales. A bien y réfléchir le danger n’était qu’une vue de l’esprit. Où il y avait confiance, écoute, respect, communication, transparence, tous les ingrédients pour que mon corps enfin se laisse aller, prenne le plaisir qui lui revient de plein droit, j’ai posé un voile pour ne surtout pas envisager ce qui arriverait si je lui laissais le champ libre. Il est pourtant depuis quelques années mon meilleur conseiller.

L’esprit a sa place malgré tout. Il pose les limites. Il dit stop quand le corps serait prêt à plus sans encore savoir que ça pourrait lui être dommageable. Le corps à besoin d’expérimenter pour savoir, l’esprit analyse davantage et connaît aussi nos failles. Il a les données pour savoir jusqu’où il nous est possible d’aller. Il sert de régulateur à nos pulsions – envies. L’écouter n’est pas négligeable. De là à ne jurer que par lui il y a de la marge. Je me suis rendue compte qu’il avait surtout un train de retard. Le danger était présent il y a 9 ans. Aujourd’hui il est un leurre auquel je m’attache parce que le danger s’est déjà matérialisé une fois et que la peur à pris la place. C’est ce que je ne pardonne pas, ce qu’il a fait de mon corps, de ma sexualité – une offense –  ce qu’il m’a volé, ce qu’il a détruit à coups de menaces et de silences qui me font encore craindre qu’un geste, un mot, une idée  déclenchent une avalanche de souvenirs, fassent ressurgir des traumatismes – ceux sur lesquels je travaille au quotidien pour reconstruire mon identité de femme – peut-on un jour pardonner cette violence là?

Pourtant la configuration est différente, les sentiments, la personne, le cadre, la complicité, la connexion des corps – enfin tout. Il n’y a même pas de comparaison possible. J’ai même envie de dire que la relation actuelle épanouie et épanouissante est le terrain favorable pour tester, expérimenter, avancer à deux en confiance sur les chemins moins fréquentés. Le voile posé n’a pas été suffisant. J’ai eu maintes fois envie de le lever, jamais le cran. Et pourtant dans cette histoire j’ai une personne  qui veut bien le lever avec moi.

Est-ce que j’arriverais seulement à l’avouer, me l’avouer un jour? Est-ce que j’arriverais à trouver l’équilibre parfait pour moi? 

Celui qui…(ou ma brève expérience des sites de rencontre)

Samedi, en me rendant à l’anniversaire surprise d’une amie, je suis passée place du Palais-Royal. J’aime cet endroit, chargé de souvenirs. J’ai toujours une émotion particulière quand je m’arrête, je glane un sourire et je souris en retour, le cœur heureux et conquis.

En continuant mon chemin, en longeant le ministère de la culture, d’autres images ont surgi. On dit toujours que chaque rencontre nous apporte quelque chose. Et je dois avouer, avec le recul, que c’est bel et bien vrai (même si sur le coup la pilule passe un peu difficilement).

Juillet 2017, je me lance. Je ne sais pas trop où ça va me mener mais qui ne tente rien n’a rien. Cela fait 5 ans que je suis partie, 5 ans que je suis célibataire, choix pleinement assumé. Et à tous ceux qui me demandent comment je fais, sexuellement parlant, j’ai envie de reprendre les propos de Mathilde Seigner dans Tout Pour Plaire “moins je pratique, moins j’en ai envie, quand ça me démange, je me caresse, c’est bien fait et je n’ai pas à gérer le premier crétin venu qui confond mon clitoris avec une game-boy” (MERCI MATHILDE, tu as tout dit).

Donc en juillet 2017, je me suis inscrite sur un site de rencontres. Attention, pour moi c’était pire qu’un saut à l’élastique. Je m’étais jurée que jamais ça ne m’arriverait (oui je sais les « jamais » et moi !). Et puis, il a fallu se rendre à l’évidence, les hommes ne tombent pas du ciel donc entre le boulot, la maison, l’école et le parc de jeux, mes chances étaient faibles. Le but premier était surtout de reprendre ma place de femme que j’avais laissé sur le bas-côté depuis belle lurette et de tester mon potentiel pouvoir de séduction. Je n’avais aucune velléité de rencontrer la perle rare ni de me taper le premier mec venu, comme me l’avaient suggéré mes amies à plusieurs reprises me vantant les mérites d’un « one night stand ». Je n’étais pas convaincue.

Le site de rencontre, c’est un peu comme chercher une aiguille dans une motte de foin. Tu passes un temps fou à creuser pour trouver un éventuel spécimen sortant du lot. Entre temps, tu discutes (le terme est mal choisi parce que le style du dialogue est très télégraphique, tu te demandes si les mecs en face savent écrire en fait), tu échanges des bribes d’informations sur ta vie passionnante (ou pas), tu réalises encore une fois que beaucoup d’hommes ont vraiment un problème avec le « non », tu te rends compte au bout de quatre phrases que tu n’as déjà plus rien à partager ou que certains s’arrêtent à ta photo sans regarder ton profil, quand tu leur dis que tu as un enfant, ils t’accusent limite d’être la pire menteuse du siècle et de leur avoir fait perdre leur temps – précieux forcément, ou pire d’avoir trahi leur confiance (on ne s’emballe pas, ça fait juste deux jours qu’on se parle!)

Au milieu de ce joyeux bordel, il y en a quelques-uns avec qui le dialogue ressemble à autre chose qu’une suite de questions-réponses, sans autre but que passer le temps. Après quelques échanges, il y a la rencontre. Et là, c’est une autre histoire. Parfois, c’est sympa. Parfois, c’est juste catastrophique, dès les premières secondes tu es prête à trouver n’importe quelle excuse pour te barrer en courant. Parfois c’est glauque. Parfois c’est déjà très compliqué (quand c’est compliqué au démarrage c’est rarement simple à l’atterrissage – courage fuyons). C’est comme pour tout, parfois la mayonnaise prend et parfois pas.

A ce moment du récit, vous vous demandez sûrement le lien avec le ministère de la culture. Attendez, j’y arrive.

Mi-aout 2017, je reviens de trois semaines de vacances, je rencontre Y. J’aurais dû me douter qu’un homme qui se moque de mes goûts musicaux n’était clairement pas fait pour moi. Il faut dix fois mieux un homme qui sourit parce que tu confonds ta droite et ta gauche ! Ça c’est vraiment drôle. Tourner JJG en ridicule, non (chacun ses priorités).

Vous me lisez depuis assez de temps pour savoir que ma plus grande hantise ce n’était pas tant de renouer le contact avec les hommes que d’avoir à gérer l’intimité. Tout le monde avait beau m’encourager, l’amour c’est comme le vélo, j’avais du mal à me projeter. L’idée de mon corps nu et d’un autre corps, étranger, j’évitais d’y penser. Et puis tout s’est bousculé, au bout du deuxième rendez-vous, je savais que c’était l’occasion, presque inespérée, d’enclencher la vitesse supérieure. J’avais posé carte sur table dès le départ. C’était important qu’il sache les grandes lignes de ce par quoi j’étais passée. Il n’y avait clairement des choses pour lesquelles je n’étais pas prête. Il manquait clairement de tact à plein d’égards, mais il est certain qu’il m’a permis de franchir un cap important. A l’issue de la soirée, je suis rentrée chez moi débarrassée d’une gêne que j’avais longtemps portée comme un fardeau. Je ne l’ai jamais revu.

Mais quand je passe devant le ministère de la culture, je me souviens que grâce à lui, j’ai repris contact avec mon corps, ses envies, ses besoins, son plaisir (même si on est très loin de ce que je vis aujourd’hui) j’ai pu dire « non » sans crainte et m’engager dans une autre histoire, libérée de certains tourments.

Dans le bonheur des retrouvailles il y a…

Ce qui ne se dit qu’en gestes, dans un souffle, un murmure ou un regard arrêté sur le temps suspendu entre ciel et terre.

Les liens tissés de souvenirs, gorgés de sourires et de manque que ni les cauchemars ni les nuits morcelées ne peuvent distendre.

L’abandon, les corps plongés dans une euphorie dense, qui se découvrent en silence et dont la chaleur se fait plus dense à mesure que les corps ôtent les fibres qui les éloignent de ce peau contre peau attendu, espéré.

Les barrages qui éclatent, les prisons dont les portes de verre se brisent, les chaines qui cèdent sous le poids de l’envie de liberté, d’authenticité, sous le joug du plaisir, qui se déverse jusqu’à ce que les corps s’épousent, se complètent, jouissent.

Le feu, la passion, la tendresse, la magie, la douceur, la férocité, l’amour, la vie.

L’indéfinissable…

Ps: je n’ai pu résister!

Fantaisie(s) ou comment se rêver plus audacieuse

Dans la catégorie fantaisies,

Il y a les fantasmes. Nous en avons tous, nous les assumons ou pas. Ils participent à notre éveil, notre sensualité, notre épanouissement personnel. Nous les gardons pour nous ou nous les partageons. Nous en créons ensemble. Je considère pour ma part que tous les fantasmes ne sont pas réalisables ou du moins ne  sont pas exprimés dans le but ultime de devenir réalité. Ils existent en tant que tels, agissent sur nous. Ils s’inscrivent dans une démarche érotique qui laisse libre cours à un imaginaire dans lequel il n’y a pas de codes, pas de limites. Ils sont simples, variés. On les satisfait si le cœur nous en dit ou on les garde bien au chaud pour nos séances de plaisir seul(e) ou à deux .

Puis il y a tous les scénarios qui prennent forme dans notre esprit, dans lesquels on se sent capable de tout. Je vous l’ai répété, j’ai une imagination débordante, et ce n’est pas toujours négatif – il parait que rêver éveillé est très bon pour la santé – l’ordonnance n’est pas à prendre à la légère !

Mes nuits sont loin d’être parsemées de rêves exquis. Je nage plutôt entre le loufoque, limite glauque et le cauchemar. Du coup, quand j’ouvre les yeux, je me réveille en douceur. Et quoi de mieux, qu’une scène idyllique pour bien commencer la journée. Qui plus est quand on a la maison à soi. Ça peut carrément valoir le coup de sortir le grand jeu – mettre une musique qu’on aime et danser nue dans son salon (c’est juste une idée – n’allez pas croire que c’est ce que je fais !).

Mais il faut savoir que tous mes scénarios bien huilés, dans lesquels je me sens confiante, sûre de moi, à l’écoute de mes envies, fondent comme neige au soleil dès qu’il est question de passer à l’action. Dans l’action, je me laisse porter par le courant. Et généralement il dévie beaucoup de l’idée de départ.

Bien entendu je ne passe pas ma vie à me faire des films – j’ai d’autres envies aussi comme manger de la glace avec les doigts par exemple – mais quand je me laisse aller, je peux devenir tout ce que je voudrais être, le temps de quelques minutes, je suis une femme qui ose. Qui sait, peut-être qu’un jour mes rêves deviendront réalité!