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Dire Non à l’autre – Dire Oui à Soi!

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Est-ce que j’ai dit « oui » ?
Non
Est-ce que j’ai dit « non » ?
Non
Est-ce que j’ai dit quelque chose ?
Est-ce qu’il fallait le dire
?

***

« Tu as le droit de dire NON ». Ma mère me l’avait dit, répété. Mon père me l’avait dit, répété.
Toujours. « Si tu n’as pas envie, si ça ne te plait pas, tu as le droit de dire NON ».

Alors ça ne vient pas de là. Pas de l’éducation que j’ai eu.
Ça vient d’où alors ?

Est-ce que c’est quelque chose d’ancré en nous, en tant que fille, en tant que femme ? Un passage obligé en quelque sorte.
Si obligé qu’on finit par ne plus se rendre compte des violences quotidiennes, des mots qui font mal, qui viennent jouer avec nos valeurs, nos idéaux, des gestes obscurs ?

Est-ce que ça a commencé dans la cour d’école par les humiliations, les vêtements déchirés, les rires insultants?
Est-ce que ça a commencé dans un métro bondé, sur une banquette, sous un imperméable kaki ?
Est-ce que ça a commencé avec le premier « toi t’es chaude » ou « t’as une bouche à tailler des pipes ! » ?

Est-ce que ça a commencé après la première danse un tant soit peu lascive, le premier flirt, le premier pas un peu plus audacieux que les autres ?
Est-ce que ça a commencé sur la banquette arrière d’une voiture, avec les premiers vertiges d’une main qui se faufile et vient éveiller nos sens ?
Est-ce que ça a commencé après la première rupture, parce qu’après deux rendez-vous je n’étais pas prête ?
Est-ce que ça a commencé quand, passé un certain âge, ne pas vouloir le premier soir, c’est presque un affront insensé ?

Est-ce que ça a commencé entre les draps d’un hôtel miteux près de la gare ?
Est-ce que ça a commencé quand il a fallu se justifier?
Est-ce que ça a commencé quand, chaque jour le silence, le mépris et chaque nuit, faire semblant, espérer un dénouement plus clément ?
Est-ce que ça a commencé par le « t’es qu’une pute » parce que je ne voulais pas me marier ?
Est-ce que ça a commencé par un « t’aime ça ! » de trop ?

Est-ce que ça a commencé par l’indifférence à mon plaisir ?
Est-ce que ça a commencé quand j’ai voulu tout faire, céder à tout pour être aimée ?
Est-ce que ça a commencé quand je n’avais plus la force, quand mon reflet dans le miroir me donnait envie de hurler ?
Est-ce que ça a commencé quand je me sentais sale, si sale, que j’essayais à tous prix d’effacer à l’eau brûlante les tâches sur ma peau écœurée ?
Est-ce que ça a commencé dans la soumission à une envie, considérée comme plus grande, plus importante, plus essentielle, quasi vitale ?

Est-ce que ça a commencé quand j’ai accepté d’être un « à côté » agréable ?
Est-ce que ça a commencé il y a bien longtemps, avant que je naisse, avant que je sois fille et femme ?
Est-ce que ça a commencé quand j’ai abdiqué mon pouvoir pour quelques graines, quelques minutes, instants volés pour oublier ?
Est-ce que ça a commencé quand j’ai dit « oui » pour faire plaisir, pour ne pas déranger, pour ne faire de la peine, par souci d’être gentille, pas trop demandeuse ?

Est-ce que ça a commencé par un départ, une nuit pour voir, un matin sans espoir, une main glissée dans la faille insensée de la dignité piétinée ?

Est-ce que ce ne sont pas tous ces moments qui, pris dans leur individualité ne sont finalement que des gouttes dans l’océan de la violence invisible, ont entaché la confiance, ont rendu impossible la prononciation affirmée d’un « non » qui n’admettait ni contestation, ni explication.

Quand est-ce que j’ai commencé à ne pas me respecter ? A me dire que ce n’était pas grave toutes ces incursions déplacées dans le périmètre protégé – pas si bien que ça – de mon intimité ?
Quand est-ce que c’est devenu « normal » de dire oui à défaut de pouvoir dire « non » ?

Autant de questions pour quelque chose de si petit, trois lettres d’un mot que l’on apprend à deux ans, marque de fabrique de l’affirmation de soi. Peut-être que je n’avais pas dit alors, moi, la petite fille si sage, si parfaite, l’enfant modèle qui dans sa bulle refaisait le monde à sa manière.

Autant de questions comme autant de « non » jamais entendus, dilapidés, même les plus petits. Des « non » qui se sont perdus dans l’immensité.
Autant de « non » suicidés, « non » balayés d’un revers de main, d’un « tu verras ce sera bien », d’un « allez moi j’ai envie » ou pire d’un « si tu le fais pas… » Sous la menace, la trace de ce qu’on cède par peur.

Je pourrais creuser encore et encore pour chercher les origines de ce presque suicide. Mais peut-être qu’il faut juste s’accorder à dire que ça a existé et qu’aujourd’hui cela peut changer, que mon « non » n’est pas négociable, comme le tien, le vôtre, qu’il a le poids d’un affranchissement avec le passé et que s’il n’est pas entendu, à tout instant je peux quitter la piste, que je n’ai rien à perdre et tout à y gagner. Un “non” pour aujourd’hui et la postérité.

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Ce petit rien

Copyright @Ornella Petit

Je le saisis parfois
Une conscience que je ne garde pas longtemps
Ça vient et ça file
C’est suspendu dans le vide
La conscience que tout n’est rien
Que ce rien non palpable est tout
Ça paraît tordu pourtant c’est simple
Si simple
Que ça en est déroutant
Alors l’esprit reprend les commandes
Et tout retrouve sa place
Tout redevient comme avant
Avant la conscience
De n’avoir rien à prouver
Rien à gagner
Rien d’autre à être que ce que l’on est
Mais le sait on?
Qui l’on est

Quand je les vois cherchant ici et là
Reconnaissance, gloire, regards admiratifs
Quand j’entends leurs peurs intérieures
Quand je saisis leur vulnérabilité derrière la façade de certitudes qu’ils affichent pour faire face au monde
La conscience revient me rappeler que nous finirons tous de la même manière
Poussière…
Poussière de terre ou d’étoile

Alors que restera t-il de nous?
Des hommes – des femmes qui avons réussi
Qui avons été les premiers
Qui avons voulu gagner
Mais gagner quoi?
Il ne restera rien des prix – des économies – des possessions
Même les souvenirs qui nous auront tenu chaud ne seront plus
Il restera un peu de nous pour les autres. Puis cela aussi disparaîtra
Nous disparaitrons…

Alors je tremble de ne pouvoir garder cette conscience plus longtemps
La vie me rattrape
Je respire mal
Je ne sais plus
Je me sens coupée du monde
Et pourtant j’entends le monde qui m’appelle
Alors je reviens au connu
A tout ce que je ne saisis pas toujours
Je reviens aux rires, aux larmes
A la peine, à la joie, à l’incertitude
A l’espérance, à moi, à l’autre
A l’équilibre à préserver
Entre ce que je sais et ce que je ne sais pas encore

J’essaie de prendre davantage la mesure du temps
Avant que le temps ne vient toucher ma bulle d’argent
Et la faire éclater

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Les heures exquises

Crédit Pixabay

La voiture file sur la route, presque déserte. Elle voit les kilomètres défiler et saisit le temps qu’il leur reste. Si peu. Les minutes se dispersent dans l’air, bulles en équilibre, et d’ici quelques instants, le temps se sera enfuit. Il faudra repartir, chacun de son côté. Fin de la parenthèse acidulée. Lui, retrouver sa famille, elle la sienne. Heureux, certains et pourtant elle ne peut s’empêcher de vouloir retenir ces nanoparticules d’heures exquises à être avec lui, fredonner les chansons qu’il aime, poser ses yeux sur ses mains, les contempler encore, dans les moindres détails, les apprivoiser du coin de ses cils en émoi.

Hier, cet hier d’il y a quelques mois, ils ne connaissaient rien l’un de l’autre. Le destin se doutait-il qu’ils allaient se croiser, s’aimer, qu’il deviendrait sa terre, son hémisphère, sa première pensée du matin, sa dernière du soir ?

Elle se remémore…

La brume sur les reliefs, la campagne qui se réveille. Et eux, dans les bras l’un de l’autre, leurs corps alanguis chargés d’électricité, celle qui les pousse à s’étreindre, à fusionner. Il suffira d’un frisson pour les faire basculer dans un dédale de gourmandises, seulement interrompues par de tendres baisers. Dehors, le soleil émerge timidement d’un sommeil paisible. Ses rayons se posent sur la vitre et déposent des pépites d’or sur les murs de la chambre. Ils attrapent au vol des murmures. Le silence les enveloppe de cette quiétude qui manque tant au cœur du chaos de la ville.

Des souvenirs comme des perles de pluie. Et puis…

Un souffle. De la buée sur les carreaux. A l’intérieur, l’incendie de leurs peaux exposées. L’envie qui se respire. Le goût salé de son épiderme et la fièvre de ses mots. Il se fait poète, tout en sensualité. Son être la déshabille de tout ce qui l’empêche et l’habille d’audace, celle dans laquelle elle lui transfère tout pouvoir sur son plaisir à venir.

La nature prend ses aises, les feuilles des arbres tourbillonnent à leurs pieds, emportées par le vent frais de novembre. Ils tremblent de bonheur.

Quel jour sommes-nous déjà ? Quand faudra-t-il prendre la route ? Ces questions, chacun les chasse d’un revers de manche. Pas encore. Seul le présent compte. Plus tard ils retraceront ces heures, seuls, les soirs de blues, à deux, du bout de la langue, antidote précieux. Le ciel, bleu. Puis la pluie, fine, qui tambourine sur les carreaux. Le thé fumant partagé, la fatigue accumulée, les notes du piano. Ce sourire. La symphonie qu’ils composent, une qui colle aux tripes et se moque des conventions. Ils regardent droit devant eux. La ligne d’horizon, les collines, les champs à perte de vue, les vignobles à gauche et la liberté de l’autre côté.

Les kilomètres ne sont plus. Il ne reste que des mètres. ll faudrait pouvoir les savourer. Elle ne le peut pas. Ensemble et séparés déjà. Il va falloir se dire au revoir. Pas encore. Si seulement, pas cette fois. Ils s’embrassent, la porte claque, la voiture démarre et entre eux, le vide prend ses aises. Ils ne se quittent pas. Il part vers une autre vie dans laquelle elle n’est pas. Son cœur, dès lors, en manque, lâche sur le papier tous ces grains de sable dans lesquels sont gravés, pour toujours : en souvenir de nous.

Ce texte a été écrit (et légèrement modifié) dans le cadre du concours Edilivre 2018.

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Mon nouveau livre ou l’appel des sens – Y céderez-vous?

A un moment donné il faut se lancer, alors je me lance !

Je vous ai toujours parlé de mes livres, depuis le premier, dont vous avez suivi l’évolution au fil des mois.

Celui que je vous présente aujourd’hui est né un peu à l’improviste. C’est-à-dire qu’au départ il ne s’agissait que de poèmes écrits au fil de l’eau, sans but précis. Des poèmes selon l’inspiration de moments, fragments de l’existence. En les relisant un matin, force fut de constater qu’ils avaient de nombreux points communs. Alors je les ai regroupés. Quand ma mère m’a dit « ce recueil pourrait s’appeler renaître femme », cela a fait mouche. Je me suis lancée dans l’écriture d’un recueil.

Un recueil qui toucherait à l’essence même de ce qui m’avait tant fait défaut pendant de nombreuses années et qu’un regard avait saisi. Je renaissais. Mon corps reprenait vie. Ma vie reprenait des couleurs. Et des mains, des yeux, une peau, des envies me donnaient de quoi faire vibrer les cordes d’un arc délaissé depuis longtemps.

Un recueil assez intime au fond – comme beaucoup de mes écrits – qui pouvait résonner avec d’autres femmes, d’autres désirs tus, d’autres fantasmes cachés, d’autres envies égarées. Puisqu’il pouvait parler à d’autres, je n’allais pas m’en priver !

Les poèmes de ce recueil parlent d’amour, de communion, de chaos, de passion. Ils se déclinent en regards, courbes, caresses, tracés, voyages, dentelles. Ils ouvrent la porte à la sensualité, à l’érotisme. Ils subliment l’embrasement des corps. Ils sont parfois un peu fous. Ils sont le fruit d’un imaginaire fécond et d’une réalité qui ne cesse de m’éblouir. Ils disent ce qui ne se dit pas toujours. Et qui pourtant est source d’épanouissement et de liberté.

Cela fait des mois qu’il murit, des mois que je me pose des questions, des mois que je me demande “si oui” et “quand”, des mois que je retravaille mes textes. Une gestation longue durée et en même temps, octobre est le mois parfait pour vous le proposer, un mois de renaissance chaque année, un mois qui parle si bien de moi dans toutes mes forces et mes fragilités.

Si ces quelques lignes vous parlent et que vous avez envie d’ouvrir la porte, c’est par ici. Vous trouverez mon recueil sur le site The Book Edition. Vous pouvez aussi le commander par mail en utilisant la page contact et je me ferai un plaisir de vous envoyer un exemplaire dédicacé. Encore merci pour tout, votre soutien, votre enthousiasme et votre fidélité quotidienne!

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Et un jour, devenir maman

Crédit Pixabay

Je le regarde rire aux éclats. J’entends mon rire qui fait écho au sien. La soirée a été calme, douce, drôle, apaisée. Nous avons pris notre temps, ce temps qui nous file trop souvent entre les doigts, ce temps que nous tentons de garder pour nous deux. Temps propice aux confidences, à l’évocation de souvenirs, temps de lecture, de câlins et de contes qui changent perpétuellement de fin.

Quand il a été couché, qu’il s’est endormi sans bronché, que je suis allée voir si tout allait bien, je me suis souvenue…

De nos débuts. Je l’ai déjà écrit ici. Certaines mères se sentent mères tout de suite, dès le petit “plus” sur le test, dès la naissance. Je ne fais pas partie de ces femmes. Je ne saurai dire aujourd’hui si notre enfant était un souhait commun, s’il découlait d’un projet de vie. Je l’ai désiré. Mais dans quelle mesure? Était-ce un désir inconscient de sauver une embarcation qui prenait l’eau de toute part? Je ne saurai le dire. Ma seule certitude c’est que mon enfant m’a sauvé la vie. J’ai conscience d’avoir eu cette chance de partir avant qu’une vie de famille ne se crée. Si j’étais restée, aurai-je eu le courage de partir? Ou aurai-je choisi le sacrifice que font beaucoup, d’une vie dépourvue d’essence, de sens, une vie de larmes et de drames? Les enfants restent encore et toujours notre meilleure excuse face à de tels choix.

A la maternité, oui j’ai ressenti quelque chose, quelque chose de fort. Je me suis sentie invincible le temps de le tenir contre moi. Puis au matin les fantômes ont ressurgi, les peurs se sont matérialisées, l’envie que tout ce scénario ne soit qu’un atroce cauchemar. Face à ma réalité, j’ai pris une claque magistrale.

J’ai tout mis en œuvre pour ne pas m’attacher à mon enfant. Aussi scandaleux que cela puisse paraitre, je ne me sentais pas d’attaque à être sa mère. Je ne voulais pas dépendre de lui pour m’en sortir. Je ne voulais pas qu’il porte ma peine, mon chagrin. Qui plus est je vivais dans la crainte omniprésente qu’on me le prenne – la justice pas si juste – son père. Et tous ces bien pensants qui me rappelaient l’épée de Damoclès au de ma tête, la menace de l’enlèvement.

Quand je suis arrivée à Paris, je l’ai laissé, soulagée, aux bons soins de mes parents. Je savais qu’avec eux il avait la sécurité affective nécessaire à son épanouissement. Je me suis longtemps dit que si je disparaissais, il serait aimé, protégé – le principal pour moi. Et j’ai souvent eu envie de disparaître. Puis nous avons vécu ensemble, avec un florilège de peurs qui ne cessait de prendre de l’ampleur:  peur d’être seule avec lui, peur de ne pas lui donner assez d’amour, peur de ne pas trouver ma place, peur de mal faire, de ne pas être à la hauteur. J’avais l’impression que loin de moi il grandissait mieux.

Les premières années ont été dures. A tout points de vue. J’avais l’impression de mourir un peu chaque jour, tout en essayant de me sortir de tout ce chaos oppressant. Si bien que je n’ai jamais eu de mal, ni de le laisser à la crèche ou à l’école. J’avais plus confiance dans les autres que dans mes capacités à moi. J’avais besoin que ma vie soit réglée comme du papier à musique pour pouvoir poser un pas après l’autre. Je vivais le cœur lourd gangréné par une colère sourde que je laissais éclater une fois la porte fermée, face à lui qui n’avait rien demandé. Je m’effondrais en larmes le soir. J’étais une mère en équilibre, désorientée, une mère qui n’en pouvait plus, ne savait plus quelle direction prendre, pleine de points d’interrogation.

Je tentais toutefois, à chaque instant, un travail en profondeur, pour faire taire les démons, m’affranchir du passé, pardonner. Pour moi. Comme pour lui. Car entre temps, l’amour s’était frayé un passage. Je le lui disais d’ailleurs souvent. Je lui disais que je l’aimais et que je n’y arrivais pas tout le temps. Je lui disais mes forces et mes failles. Je me répétais que j’allais y arriver, que nous allions être heureux. Parce que c’est le choix que j’avais fait, le choix primaire du départ. J’avais choisi la vie.

Et contre toute attente les heures sont devenues plus légères. J’ai accepté de lâcher prise, de ne plus tout contrôler. J’ai accepté de le regarder pour ce qu’il était, un être unique, qui ne serait jamais moi, que j’allais juste guider sur le chemin de la vie pour qu’un jour il vole de ses propres ailes. Un jour j’ai accepté la tâche confiée, même si elle me parait rude par moments, j’ai pris conscience de mes responsabilités et le parti de me faire davantage confiance. Je me suis pardonnée me choix, mes errances, mes angoisses. J’ai accepté qu’il y en aurait d’autres. Notre relation a pris une autre dimension, plus juste, plus sereine, plus joyeuse. Il fallait en passer par là. Il fallait que nous apprenions l’un de l’autre, l’un avec l’autre. Ce cheminement aura été douloureux et salvateur.

Je suis devenue mère avec le temps, maman avec lui.

Et vous la maternité (ou la paternité), vous l’avez appréhendée comment?

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Au commencement est le désir

Copyright Marie Kléber

Pour qui ne connait pas il s’agit d’un monde à part, d’une sensation extrême, qui ne s’invente pas, qui se vit plus qu’elle ne s’explique. Ce n’est ni une fin en soi, ni une victoire, juste un partage qui s’achève sur une communion parfaite, un corps à corps intense, une fusion totale des sens, une envolée singulière.. Vu de l’extérieur, ça peut paraitre violent et ça l’est, une violence rare et lumineuse, une éruption volcanique, la mer qui frappe les rochers avec férocité, une vague qui renverse tous les préjugés, un vide délicieux.

Au commencement est le désir. Brut, brûlant, insaisissable. Il s’invite à l’improviste, ravages les sens, se fait désirer, se dit ou se montre. Avant de rencontrer le désir de l’autre. Les deux désirs se toisent, s’approchent, s’accrochent, s’aspirent, se noient l’un dans l’autre.

Le tempo est donné et la danse, sensuelle, lascive peut commencer, une danse dont personne ne connait les codes, et si un seul devait être mis en avant ce serait celui du respect – de soi et de l’autre. Chacun pourra donner le meilleur de lui-même, ce n’est pas une course contre la montre qui s’est engagée, mais bien un dialogue au sein duquel tout peut se dire, chacun peut se dire, sans apriori ni jugement, chacun pourra oser un pas vers un territoire inconnu, qui n’aspire qu’à être découvert, entièrement, apprivoisé avec tendresse ou fermeté – chacun ses goûts. On ne saura pas d’emblée ce qui plait, ce qui a le pouvoir d’initier le plaisir, ce qui fait trembler ou ce qui fait peur. On tâtonnera, on sera à l’écoute de soi, de l’autre. Ce qui a fait son effet une fois d’une manière ne sera peut-être pas accueilli une seconde fois avec le même enthousiasme. On s’ajustera alors. On sera attentif au corps, aux signaux qu’il émet, à la manière dont il réagit aux initiatives.

Dans cet accord composé, rien ne se fera sans un abandon choisi, sans un lâcher prise consenti et total. A trop vouloir rester près des rives, on prend le risque de ne jamais voir autre chose que les paysages habituels. Le raz de marée tant espéré restera un rêve bien amarré.

Le final est souvent explosif. Quand deux désirs à leur paroxysme se rencontrent, la chute vertigineuse maintient les corps en extase pendant des secondes qui ont des goûts d’éternité. On saisit alors de parcelles de soi dont on ignorait l’existence. La pression descend d’un cran, les corps s’étreignent, se serrent, regagnent le port, heureux, confiants. La férocité des ébats laisse place à une tendresse particulière sur laquelle se dessine l’essentiel des sentiments qui unissent les amants.

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L’intimité du cœur et l’intimité des corps

Nous sommes intimes. On s’aime. Et dans cet élan-là, nos cœurs s’accordent autant que nos corps.

Dans nos cœurs, les sentiments gonflent et se gorgent de la sensation d’amour. On n’a pas su quand ni comment tout a commencé. C’est juste une évidence, un bonheur qui grandit au fil des rendez-vous que nous partageons, tous ces moments dans lesquels nous nous sentons bien l’un avec l’autre.

Dans nos corps, c’est l’effervescence. On se cherche, on se désire, on se veut entièrement, sans artifice. Tout le temps. On se livre, insatiables, on s’abandonne au désir de l’autre, on se laisse emporter par l’extase, on jouit la peau en sueur et un sourire au bord des lèvres, qui résume tout ce qu’on ressent, à cet instant.

L’intimité du cœur n’appartient qu’à nous.

L’intimité du corps peut se livrer à d’autres intimités, cela ne changera rien. Ce qui changera c’est qu’on partagera différemment, on s’offrira dans un ballet qui mettra tous nos sens en éveil, on se donnera aux regards, aux mains, aux bouches des autres en se regardant dans les yeux. On prêtera nos regards, nos mains, nos bouches à d’autres corps. On goutera au plaisir de n’appartenir à personne qu’à nous-mêmes et dans cette liberté on s’offrira sans interdit, ni barrière. On se sentira libéré des peurs, des amalgames. On se découvrira dans un rapport à l’autre fait de gestes qui font du bien, sans jugement. On découvrira l’autre dans un désir plus fougueux. On renversera tous les « on dits », toutes nos fausses croyances, on fera fi des tabous et autres insécurités. Puis dans la confiance, face à d’autres désirs, différents, identiques on se livrera, au délice des corps qui célèbrent la jouissance, le plaisir, la vie.

On se trouvera au réveil, émus, plus complices. Et l’intimité du cœur n’en sera que renforcée.

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Si je n’écrivais plus sur lui…

Copyright Marie Kléber

Est-ce que j’arriverai à ne plus parler de lui? A ne plus écrire sur lui surtout?

Est-ce que je pourrai vivre sans retranscrire mes ressentis, mes émotions, les sensations qui traversent mon corps, les pulsations qui font battre mon cœur, l’intensité de nos rendez-vous?

Est-ce que je pourrai arrêter de faire danser les mots qui décrivent si bien la courbe de nos envies, la sensualité de ses mains, la saveur de sa sueur après l’amour, l’enivrante chaleur de son sourire?

Est-ce que je devrai garder tout ça pour moi, dans un carnet secret que personne ne voit? Je le fais déjà…

Est-ce que je pourrai cesser de dire qu’il a chamboulé ma vie, qu’il est de ces rencontres rares qui jalonnent nos destins, sans que cela soit vu comme un aveuglement de ma part, un besoin de retenir le bonheur avant la fin?

Est-ce que je pourrai vraiment faire l’impasse sur cette partie de ma vie, ne vous livrer que le reste, quelques bribes du quotidien, dénué de l’essence même de ce qui bat à l’intérieur des entrailles, de ce qui fait vibrer la vie?

Parce que si je ne parlais plus de lui, je ne parlerai plus non plus du petit bout de chou de cinq ans et demi qui pose des centaines de questions pour comprendre la marche du monde, dont les rires peuplent mes jours, embellissent mes nuits et dont les “non” me font grandir. Je ne parlerai que du banal, de l’accessoire. Je laisserai au placard la beauté, les rêves. Je me laisserai aller à fermer les yeux devant la magie, les sourires, la clarté du jour qui se lève. Je me fondrai dans la masse de ceux qui ont choisi l’ombre pour que rien ne vienne les bousculer dans leurs habitudes. Je n’écrirai plus non plus. Je n’aurai plus de voix.

Je préfère envoyer valser la pudeur et cette fausse morale qui voudrait qu’on garde l’intime pour soi. Je n’ai pas besoin de la nuit pour aimer, ni de l’enfer pour créer. Même si la nuit m’inspire et l’enfer me délivre. Je préfère saisir dans chaque mot ce qui me caractérise: l’urgence de vivre!

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Je ne dors pas, je rêve de toi

Et quand je ne rêve pas de toi, j’ai ton prénom sur le bord des lèvres. Ta silhouette se détache dans mon hémisphère. Mon corps frémit des possibles que ta présence fait naître.

Je t’imagine là quand tu n’y es pas. Ton cœur offert est un présent qui chaque jour me prend pour me transporter ailleurs.

Je mords la vie à pleines dents, pleine de toi, de ton énergie, de ta force, de tes douces folies réjouissantes. J’en veux encore.

Je ne sais plus quand ça a commencé, quand je me suis sentie emportée, quand est-ce que ce sourire béat qui embrasse le monde entier est né, quand est-ce que j’ai cessé de douter pour ne retenir que l’essentiel, les moments passés à se découvrir, à s’apprivoiser, s’aimer.

C’est un tremblement de terre, la sensation que mon cœur va lâcher. C’est l’envie omniprésente de toi qui me fait vaciller.

De tes mains autant que de ta peau. De ton contact et de ton sourire. De tes rêves et de ta raison. De toutes ces idées qui traversent ton esprit à la vitesse d’un supersonique. De ton regard pénétrant et doux en même temps. De ton corps tout entier. De la manière dont tu t’appliques à me donner du plaisir. De la manière dont tu réagis au plaisir.

Avec toi tout prend une autre saveur. La confiance fait reculer la peur.

Quand je suis là contre toi, quand je te respire le nez collé dans la chaleur de ton cou, quand tes bras m’enlacent, ton corps pénètre le mien, ton énergie se diffuse comme un feu sacré, je lâche tout, je me sens prête à tout. Tout dépasser. Tout oser.

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Ne plus se cacher ou Oser s’affirmer

Je débute cet article avec l’envie du point final, ou plutôt d’arriver au point final, sans me laisser submerger par des « et si » sans fondement qui viendraient remettre en question ma décision.

Si vous vous souvenez bien, mon mot de l’année était « oser ». Dans ce « oser » pour moi il y avait surtout du oser être soi, oser s’affirmer, oser essayer de nouvelles choses, oser sortir de sa zone de confort, oser dire oui, oser dire non. Donc un travail personnel, qui je dois l’avouer n’est pas toujours de tout repos.

Suite à beaucoup de discussions, certaines que j’ai prises très à cœur et qui m’ont fait réfléchir, tout en m’ayant profondément marquée, à la lecture d’articles arrivés un peu comme par magie pour apaiser certaines interrogations et suite à la découverte de la plume de Françoise Rey, j’ai créé il y a peu, dans l’anonymat le plus total, un blog dans lequel j’ai choisi de laisser libre court à une plume plus libérée – « uncensored » comme diraient les anglais.

Je vous avais fait part il y a quelque temps d’une envie un peu soudaine de m’essayer à la littérature dite « érotique » – vous le savez, les étiquettes et moi, nous ne sommes pas vraiment amies. Je n’ai jamais souhaité me couler dans un style particulier, mes écrits sont plutôt variés et me permettent de m’exprimer plus ou moins librement sur ce qui me touche. Toutefois de là à exposer au grand jour une écriture crue, sans fard, pétrie d’incertitudes, de là à me livrer corps et âme si l’on peut dire, à faire fi de tous les tabous liés à une littérature assez mal perçue et souvent considéré comme bas de gamme, il y avait bien plus qu’un pas à faire. Il s’agissait d’un vrai plongeon. Dans l’inconnu, l’inconnu des mots, l’inconnu des situations, l’inconnu des fantasmes, l’inconnu du regard de l’autre, l’inconnu de ce que l’on ose ou que l’on retient, l’inconnu de ses propres zones d’ombre qu’on camoufle si bien (même si certains ne sont pas dupes).

Je pouvais très bien continuer dans mon coin à écrire, sans faire de vague, ça je maitrise après tout. Et puis je me suis dit qu’à 37 ans, bientôt 38, c’était un peu dommage de me cacher comme une enfant ou une criminelle et triste de ne pas assumer cette part de moi, même si elle contraste avec celle que je montre la plupart du temps, et que certains d’entre vous connaissent, soit dans la vie de tous les jours, soit à travers mes textes.

Le but de cette démarche est profondément personnel avant tout. Ne me demandez pas comment je vais gérer un autre blog – le but n’étant ni de choquer ni d’imposer mon choix, partager mes textes et réflexions à part me parait plus correct et respectueux de mon lectorat. Parce qu’autant être franche jusqu’au bout, ma plume plus libérée ne fait pas dans la dentelle (quoi que) et je ne compte pas me censurer non plus. Pour ça aussi j’ai donné.

Sentez-vous libre d’approuver ou pas, de lire ou de ne pas lire mes textes. Sachez que je respecterais votre choix comme je sais que vous respecterez le mien.

Je tenais juste à partager ce cheminement avec vous. Je me souviens qu’à la suite de la sortie de mon premier recueil de poésie, j’avais reçu de jolis « merci » pour avoir passé le cap de l’édition et ainsi encouragé d’autres à le faire. D’autres l’ont fait. D’autres ont été inspiré par mon histoire. Et au-delà de tous les efforts, doutes, remises en question sur le chemin, je peux dire que c’est mon plus beau cadeau.

Un jour peut-être, vous aurez vous aussi l’envie de partager anonymement ou pas vos textes « érotiques », vos photos, réflexions. Si c’est le cas faites-moi signe, je serais très heureuse de vous laisser la parole, dans un espace libre de tout jugement et d’à-priori (qui sont beaucoup moins inoffensifs qu’on peut le penser).

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L’euphorie du retour

Copyright Marie Kléber

La tempête a fait rage et la mer s’est chargée d’une écume dense, palpable, ses remous emportant au loin les navires qui ont osé s’aventurer par-delà le phare, les balises du port. A l’effervescence du départ, on oppose désormais la crainte d’un retour compliqué si ce n’est impossible. La mer tangue et les navires heurtent les rochers, se brisent par endroits, se maintiennent à flot dans un chaos oppressant. L’obscurité gagne du terrain, la vie se contracte, sur les quais on maintient l’espoir à coups de souvenirs, on déconstruit le pire. Les sentiments se toisent, les cœurs s’affrontent. On ne sait plus qui, quoi, comment, dans ces heures tourmentées. On égrène des pourquoi à longueur d’échanges qui n’apportent rien, si ce n’est un semblant de courage pour faire face.

Au lever du jour, la tempête s’est calmée. On aperçoit quelques trouées bleues dans le ciel. Les ténèbres cèdent et la mer se fait huile, douce, parfumée, luisante d’une sérénité reconquise. Les navires rescapés s’avancent, non pas fiers, juste gorgés de cette vie ressuscitée, prête à être offerte. Les rives s’écartent, frétillantes d’impatience, affranchies des tensions, pétries de grâce. Elles s’enivrent de la puissance de ce retour triomphant, applaudissent la vivacité des navires revenus des eaux troubles. L’ancre se jette avec fougue dans la mer enivrée des clameurs de la foule. Les bateaux investissent l’espace sacré, se réjouissent de la liberté retrouvée, qui inonde désormais les berges, berce de joie les cœurs, fait corps avec les corps, sanctifie l’abandon euphorique. Les sentiments se confondent dans un face à face extatique, jubilatoire, qui ne se lasse pas de contempler l’étendue d’un bonheur sans nuage.

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Les promesses de sa peau

Crédit – Pixabay

Je fais courir mes doigts sur les promesses de sa peau. J’imprime sur l’écran de mes jours le dessin de ses contours, de mes nuits le dessein de ses envies.

Je fais courir mes doigts sur l’enchevêtrement des veines de l’écorce chaude. Son histoire personnelle demeure ce flou que je ne saurais toucher que du bout du cœur.

Je fais courir mes doigts sur l’intangible des sentiments, la pureté de l’instant, l’enthousiasme des retrouvailles, la richesse de ce bonheur que je garde comme un précieux enchantement.

Je fais courir mes doigts sur l’effleurement des impossibles, tenus à distance par la confiance constante, osée, libérée de la souffrance du manque.

Je fais courir mes doigts sur ce qui se dit, sur les silences qui comme l’or se gorgent d’essentiel.

Je fais courir mes doigts sur l’énergie de nos corps, composés, étreints, métamorphosés dans un accord que nous sommes seuls à créer.

Je fais courir mes doigts sur ce qu’il est, donne, transmets. Et mes doigts se souviennent. A quel point je l’aime.

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De la découverte des corps

Crédit Pixabay

On avait vu le corps. En cours de physique-chimie. Les ressorts de la procréation. Les phénomènes du col du l’utérus, les tissus, les trompes de Fallope, la fécondation. Même l’accouchement. Moi j’avais tourné de l’œil. Le corps en schéma. Le corps extérieur, corps procréateur. Le corps intérieur aussi, les organes de vie. Savoir. Connaître. Comprendre le fonctionnement. Le corps, une machine parfaite, digne des plus grands maîtres d’art.

Découvrir. Non. Ou si peu. Écarter les cuisses, ce sera pour plus tard. Chez le gynéco. Ou pour l’autre. Pour soi, on n’en parle pas. Ça ne se fait pas. Cette intimité, c’est un pouvoir qu’on ne dérange pas.

Ressentir. Encore moins. Corps et plaisir ne se conjuguent pas. Ou alors en secret, dans le silence des nuits solitaires.

“Maman” disait qu’un jour on devient femme et que cette intimité il faut la préserver. Est-ce qu’on peut la regarder ? Est-ce qu’on peut la toucher ? Est-ce qu’on peut s’aventurer plus loin ? Est-ce qu’on peut marcher nue dehors et sentir le vent prendre d’assauts nos sens ?  Est-ce qu’on peut être fière du plaisir qui nait à la portée de nos mains ?

Le corps s’exhibe et le corps dérange. Les sens se perdent dans un dédale d’interdits érigés pour préserver la « morale » alambiquée de la société. Quitte à faire du corps un territoire ennemi – le naturel se plie aux injonctions erronées. Ou se révolte et se livre sans limite, objet plus que sujet, violent dans sa recherche d’identité.

“Maman” disait que le corps de la femme est la beauté par excellence, le corps de l’homme, peu flatteur. Alors on regardera en douce, on essayera de glisser un œil sur un poignet, le creux du cou. On basculera pour un sourire, un regard. On figera l’instant sur des mains que l’on espérera fermes et tendres en même temps. On érotisera les zones visibles tant en craignant la nudité. Peu flatteur, dit-elle, mais alors comment pourra t’on se rencontrer ? Quel lien pourra se créer entre moi qui ne connais pas mon corps et son corps à lui sur lequel mon regard ne doit pas s’appesantir ?

Alors il faudra aller chercher plus loin, creuser un sillon sur un corps inconnu, aller chercher ce qu’on ne nous dit pas au creux des draps qui voilent mais ne dissimulent pas. Il faudra oser la découverte pour se rendre compte de la beauté du corps des hommes.

Du corps on n’a pas fini d’en parler, ni de le découvrir, seul(e), à deux, à  quatre, six, huit mains. A le vivre dans le plaisir, un plaisir assumé, accepté. On n’a pas fini de l’écrire, sous toutes les coutures, le décrire sous tous les angles, de le regarder vibrer, s’exhiber, s’affirmer, frissonner. De l’érotiser, au soleil, sur le sable, pieds nus sur l’herbe fraiche, au contact du froid, du chaud, de l’eau, de la terre, du feu, de l’air, de la peau. De l’intégrer surtout comme une chance et non un fardeau.

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Je n’assume pas pleinement ma sexualité

Cet article je l’ai écrit maintes et maintes fois dans ma tête, je me suis demandé si j’allais le publier, si j’allais oser surtout. Tout le monde me dira que c’est mon blog et que j’écris bien ce que je veux dessus. Oui mais…Parfois certains sujets sont plus faciles à traiter que d’autres, d’autres sont plus intimes à partager que certains. Et pourtant ici je me suis souvent livrée sur des choses pas toujours évidentes. J’avais juste l’impression d’avoir une légitimité à le faire, puisque je l’avais vécu.

Comme je n’assume pas entièrement ma position d’auteur, même si j’essaie d’en parler davantage, de me mettre un peu en avant, un peu plus qu’avant en tout cas, je n’assume pas pleinement ma sexualité.

Maintenant que les choses sont dites, vous pouvez décider de lire ou de passer votre chemin. Je ne vous en tiendrais pas rigueur. La semaine dernière vous en avez été témoin, j’ai connu un petit creux de vague. Ça arrive, l’essentiel étant de rebondir ! Un avis partagé sur une de mes nouvelles a pointé du doigt une faille. Au-delà de la peur – elle se dompte – je contrôle beaucoup de choses parce que je n’assume pas pleinement qui je suis et en poussant le vice un peu plus loin, on peut même dire que parfois j’ai honte de mes pensées, de mes envies (ne parlons même pas de mes fantasmes!). A 37 ans j’en suis encore là ! A ne pas pouvoir aligner deux mots sur le sujet sans me sentir gênée. Et comme pour tout blocage il y a une origine, je cherche d’où cela peut venir, pour pouvoir travailler dessus. En vain.

J’ai été intéressée par la sexualité très jeune. A 7 ans je dévorais « la sexualité expliquée aux enfants ». A 10 ans je n’avais pas encore mes règles et je découvrais déjà les plaisirs solitaires. A 13 ans, je jouais encore à la poupée et j’écrivais des histoires d’amour d’une intensité qui me laisse encore perplexe aujourd’hui.  J’étais une petite fille très sage et déjà je me disais qu’il y avait quelque chose de pas « normal » chez moi (vous allez me dire qu’est-ce que la normalité?)

La sexualité n’était pas taboue à la maison. Je n’ai pas vécu de traumatisme sexuel. Comme beaucoup, j’ai eu une éducation catholique, c’est certain que ça n’aide pas quand on vous serine à longueur d’homélie que le sexe ce n’est que pour faire des bébés et que vous pouvez pêcher même en pensée. J’étais bien avancée. A l’adolescence, je ne savais plus à quel saint me vouer, alors pour temporiser mes « pulsions » (les catholiques appellent ça des pulsions perverses – merci du cadeau), je me suis tournée vers la religion. Pas juste un peu. Je m’y suis donnée presque corps et âme. J’ai plongée dans un grand bain d’eau bénite. J’ai même eu l’envie de rentrer dans les ordres et c’était loin d’être une passade, puisque 10 ans plus tard, j’ai bien failli passer le cap. Pour le coup c’était le meilleur moyen de dompter ce que je considérais comme « un penchant suspect ». Mes parents m’en ont dissuadée. Je me demande s’ils n’auraient pas préféré me voir courir les garçons…

J’étais réservée, introvertie, silencieuse, calme, posée, timide. A l’intérieur de moi, ça bouillonnait mais je savais faire taire tout ça. Je renvoyais une très belle image au reste du monde. Les gens enviaient mes parents. Et le soir quand les lumières s’éteignaient je me battais avec mes démons. Un combat solitaire et éreintant. Je n’en ai jamais parlé à personne et j’ai enfoui tout ça au plus profond de moi, en pensant que ça ne referait jamais surface. Poser un voile sur les maux, ça a toujours été mon moyen de contourner les problèmes. Les expériences de la vie m’ont montré que ça ne servait à rien, à part envenimer les choses. Mais bon, on ne se refait pas en claquant des doigts !

Puis j’ai commencé à avoir une vie sexuelle active. J’avais 19 ans et toutes mes copines m’enviaient. J’ai vécu ce que j’avais à vivre, sans trop me poser de questions. On ne va pas dire que le sujet était récurrent mais nous en parlions facilement. Je partais du principe que chacun était libre de faire ce qu’il voulait de son corps, seul ou en couple, à partir du moment où il y  avait respect et confiance. Il était clair que moi je resterais dans une voie très classique, histoire de ne pas être tentée par des choses qui ne collaient pas du tout avec mon image de jeune fille “bien” – quoi qu’on en dise de nos jours encore la sexualité féminine est riche de nombreux clichés en tous genres. Certaines arrivent à s’en affranchir et elles ont toute mon admiration – c’est tellement beau une femme libre!

Je n’ai pas franchi beaucoup de caps en 18 ans, même si j’ai été tentée parfois par des chemins différents. A chaque fois que je me suis confiée pour le coup, je m’en suis mordue les doigts par la suite. Les gens de mon entourage n’avaient clairement pas les mêmes besoins ni les mêmes envies que moi – j’avais donc un “problème” (les raccourcis sont vite faits dans ces cas-là). 

On va passer brièvement sur mon mariage, où là pour le coup, le sujet était carrément à éviter. Non guérie de mes vieux démons, à chaque fois que nous nous retrouvions dans l’intimité, j’avais vraiment l’impression d’être une trainée. Je pense que si j’avais assumé ma sexualité, les choses se seraient passées autrement, je me serais davantage respectée et je n’aurais pas accepté d’être traitée et utilisée comme un objet.

Est-ce que ça été le coup de grâce ? Est-ce que cinq ans de célibat sans un contact physique ont mis à mal mes dernières résistances ?

Tout cela refait surface aujourd’hui, parce que la donne a changé,  parce que je suis dans une relation épanouissante et épanouie avec une personne qui n’a aucun apriori sur le sujet, qui en parle sans jugement, très librement et qui me prend comme je suis – c’est assez nouveau. C’est vrai que je me dis qu’il est fou parfois, mais surtout que j’ai beaucoup de chance. Peut-être que c’est le moment idéal pour déterrer tout ça, accepter, assumer, me libérer une fois pour toutes. Dans le respect, la confiance et le partage, tout deviendrait presque possible, dans la limite des limites de chacun bien entendu. Sans compter que l’échange est constructeur pour soi autant que pour le couple. Et que ce serait tellement plus agréable si je n’étais pas si souvent sur la défensive, comme si j’étais prise en train de faire une grosse bêtise !

J’ai parfois l’impression de vivre avec des secrets lourds (ne vous inquiétez pas, mon âme est tourmentée, c’est un état de fait et je vis très bien avec), comme si je devais expier des fautes. C’est un combat perpétuel en moi et pas forcément entre mon corps et mon esprit, entre deux forces invisibles qui ne tombent jamais d’accord (si j’ai perdu quelqu’un en cours de route, j’en suis désolée, moi aussi j’ai du mal à me comprendre parfois !).

Quelque chose me retient toujours. Certaines portes sont verrouillées à double tour. Peut-être que c’est la crainte de mes zones d’ombre qui me retient ou bien celle de ternir l’image de la petite fille sage, un brin rebelle – une rébellion contenue – qui ne fait pas trop de vague, qui rentre dans le rang, qui ne veut pas causer de tort autour d’elle, qui fait comme si. Pourtant je ne suis plus une petite fille depuis longtemps…

Si vous avez lu de A à Z cette confession, je vous tire mon chapeau. Et je vous dis merci aussi pour votre lecture et votre bienveillance. Qui sait peut-être que je ne suis pas la seule à assumer pleinement! 

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Entre le corps et l’esprit: histoire d’un combat sans merci

Entre le corps et l’esprit, autant qu’entre le cœur et la raison, il y a un monde. Un monde qui vibre au rythme de nos limitations, de la confiance que nous accordons, que nous nous accordons, de la liberté dont nous souhaitons jouir, du lâcher prise, de principes et valeurs héritées, de nos limites (évolutives, plus ou moins protectrices), du dépassement de soi. L’échantillon est vaste.

L’esprit résonne. Le corps ressent. Les deux ne s’accordent pas toujours. On peut dire que dans mon cas, c’est tout l’un ou tout l’autre. Entre mon corps et moi, je pourrais tout autant dire entre la sexualité et moi, c’est une histoire compliquée.

D’abord il y a eu la découverte du plaisir. Qui s’est cognée contre toutes les idées arrêtées de la morale religieuse – la lutte infinie entre le bien et le mal. Puis la rencontre avec l’autre et la crainte d’être utilisée. Puis la peur de ne pas être “dans la norme”, d’avoir des envies inavouables,  des pensées malsaines et tout le florilège d’un univers dont on parle peu finalement, ce qui laisse la place, surtout quand on a une imagination débordante, à tout type de manifestations erronées.

Si pour certains la sexualité est une donnée inhérente au couple sans être essentielle, il est évident que pour moi c’est une des bases fondatrices. Une sexualité épanouie est une force pour le couple et dans la vie.

L’absence de confiance, de respect m’a fait tomber dans la dépendance. J’ai laissé mon corps être abusé, je n’ai saisi aucun message d’alerte. Je pensais qu’en me pliant aux injections quelque chose allait naître, quelque chose qui me remplirait. Mais rien de bon ne nait quand le consentement est forcé, quand l’acte sexuel répond à une menace.

On pouvait donc penser – enfin je pensais – que dans une relation saine, le passé serait évincé au profit de ce nouvel état des choses, que le corps reprendrait sa place, ses droits. Mais mon corps je l’avais tellement délaissé (détesté aussi) que mon esprit à profité de cette faiblesse et repris les commandes.

Affronter ma part d’ombre, partager le plus intime, me laisser aller à des confidences jusqu’alors gardées secrètes par peur sûrement du regard de l’autre sur des envies que je n’assumais pas, mon corps le réclamait et ma tête m’intimait l’ordre de ne pas prendre de risque: pourquoi vouloir tenter le diable quand les basiques tiennent la route. Se perdre, j’en avais testé le goût, il ne restait que l’amertume.

C’est là qu’un nouveau combat à commencé – si auparavant dans mes relations amoureuses c’était plutôt cœur contre raison, là la question ne s’est même pas posée – une lutte sans merci qui m’a poussée dans mes retranchements, m’a tourmentée au delà du raisonnable. Et le pire c’est que je me suis imposée tout cela toute seule.
La peur de l’inconnu s’est muée en ombre folle. Mon corps s’est révolté mais il ne faisait pas le poids. Les voyants de l’esprit indiquaient “attention danger” en lettres capitales. A bien y réfléchir le danger n’était qu’une vue de l’esprit. Où il y avait confiance, écoute, respect, communication, transparence, tous les ingrédients pour que mon corps enfin se laisse aller, prenne le plaisir qui lui revient de plein droit, j’ai posé un voile pour ne surtout pas envisager ce qui arriverait si je lui laissais le champ libre. Il est pourtant depuis quelques années mon meilleur conseiller.

L’esprit a sa place malgré tout. Il pose les limites. Il dit stop quand le corps serait prêt à plus sans encore savoir que ça pourrait lui être dommageable. Le corps à besoin d’expérimenter pour savoir, l’esprit analyse davantage et connaît aussi nos failles. Il a les données pour savoir jusqu’où il nous est possible d’aller. Il sert de régulateur à nos pulsions – envies. L’écouter n’est pas négligeable. De là à ne jurer que par lui il y a de la marge. Je me suis rendue compte qu’il avait surtout un train de retard. Le danger était présent il y a 9 ans. Aujourd’hui il est un leurre auquel je m’attache parce que le danger s’est déjà matérialisé une fois et que la peur à pris la place. C’est ce que je ne pardonne pas, ce qu’il a fait de mon corps, de ma sexualité – une offense –  ce qu’il m’a volé, ce qu’il a détruit à coups de menaces et de silences qui me font encore craindre qu’un geste, un mot, une idée  déclenchent une avalanche de souvenirs, fassent ressurgir des traumatismes – ceux sur lesquels je travaille au quotidien pour reconstruire mon identité de femme – peut-on un jour pardonner cette violence là?

Pourtant la configuration est différente, les sentiments, la personne, le cadre, la complicité, la connexion des corps – enfin tout. Il n’y a même pas de comparaison possible. J’ai même envie de dire que la relation actuelle épanouie et épanouissante est le terrain favorable pour tester, expérimenter, avancer à deux en confiance sur les chemins moins fréquentés. Le voile posé n’a pas été suffisant. J’ai eu maintes fois envie de le lever, jamais le cran. Et pourtant dans cette histoire j’ai une personne  qui veut bien le lever avec moi.

Est-ce que j’arriverais seulement à l’avouer, me l’avouer un jour? Est-ce que j’arriverais à trouver l’équilibre parfait pour moi?