Avec toute mon amitié…

Crédit Pïxabay

Pour cet article, je suis allée fureter dans mes archives. Les extraits de textes qui suivent ont été écrits entre 2003 et 2007. Je voulais les partager pour une amie chère qui me lit chaque soir, pour lui dire qu’il n’y a pas de recette miracle pour vivre une séparation. Pour certains, ça prendra trois semaines, pour d’autres quelques années. Certains aimeront en diagonale, d’autres passionnément. Certains auront droit à un au revoir quand d’autres devront faire face au silence. Il n’y a pas de règle non plus. Nous aimons tous si différemment. Écrire m’a toujours libérée. J’espère qu’il en sera de même pour toi P. Avec toute mon amitié…

“Plus le choix de rejeter en bloc ce qui revient comme un boomerang torturer mon paisible quotidien, à chaque fois qu’un regard se pose sur ma faiblesse, décortique les miettes bien cachées de mes incertitudes. Il me faut tout reprendre depuis le début, m’immerger dans ce long et sombre escalier pour comprendre où tout a commencé, pourquoi tout a pris si peu de temps. Que pourrais-je dire de moi après toi que tu ne devines pas? De la peine, de l’incompréhension et ce mur qui s’élève un peu plus chaque jour entre le monde et moi. La douleur comme un fardeau désespérant, l’envie de crier, de déchirer les fragments de nos souvenirs, d’abattre la muraille d’indifférence qui annonce nos prochaines tranches de vie. Mes yeux rougis par les larmes et les nuits sans sommeil, peuplées de rêves inquiétants, offrant à notre séparation une interprétation qui ne me convient guère. Des images qui reviennent sans cesse comme un film qui se déroulerait à l’infini, mais qui n’expliquent jamais rien. “

“Le premier matin. A quoi cela sert-il ? Le premier du tout et du rien. Tout à effacer. Tout à reconstruire. Mais comment reconstruire sur des fondements brisés, sur des pierres abîmées? Comment être sûre que rien ne va s’effondrer et réduire à néant nos efforts? Je suis rentrée découragée à l’idée de devoir affronter les visages du quotidien, les prochains matins sans toi. J’ai caché mon désarroi derrière mon sourire de tous les jours. Je leur ai dit plus tard, que je ne te reverrai plus. Quand j’ai eu assimilé, quand mes messages sont restés sans réponse plus d’une semaine.”

“Tu es partout, dans mes rêves, mes pensées, mes idées, mes doutes. Tout me rappelle à toi comme une obsession. Tout est toi. Dans chaque instant de ma vie, tu vis avec moi. Tout ce que je fais en pensant à toi, peut-être le fais tu en pensant à moi ? C’est sûrement l’unique idée qui me permet d’envisager le reste de ma vie sans toi.”

“Qu’aurais-je donné pour m’accoutumer à ton absence, pour apprendre à marcher sans ta main. Je ne peux qu’être cruelle en écrivant cela, mais j’aurai préféré te voir mort que d’avoir à continuer la vie, en sachant que toi aussi tu avançais sur ce chemin quelque part, ailleurs, si loin  de moi. J’aurai eu des égards. On aurait compris ma souffrance. On m’aurait offert du temps pour effacer, reprendre mes marques, pour repartir. On ne m’aurait pas jugé.”

“Comment puis-je vivre ainsi dans l’ombre qu’a laissé ton sillage dans mon existence ? Je dois être folle pour m’accrocher de la sorte à notre passé, pour me laisser broyer par cet odieux souvenir. Je suis folle, je le crois vraiment. Je vais finir par tomber puisque aucun lien ne semble me retenir. Mais ne suis-je pas la seule à m’imposer ce vertige, à m’obliger à ressentir encore quelque chose pour toi ? Si je ne ressens plus rien, j’aurai l’impression que notre relation ne représente plus rien. Comment puis-je rayer cela de la carte existentielle ? Je demeure pourtant la seule à pouvoir détruire ce processus qui m’enchaîne à ton souvenir. Quelle est cette autre vie que je me refuse de connaître, ces autres yeux que je me condamne de croiser ? “

“J’ai appris récemment que tu venais de refaire ta vie. Je ne m’y attendais pas. Tout ce qu’on m’a dit m’a fait terriblement mal. La page se tourne. Quatre ans de joies, de peurs échangées, de projets, de rêves, de déceptions, de vie tout simplement, quatre ans rayés de la carte du monde comme si nous nous étions endormis quelque temps. Il n’y a donc plus aucun espoir. Il faut que je t’oublie définitivement. Au fond, à bien y réfléchir, c’est la chance de ma vie. Cette rencontre, c’est la rupture du lien qui nous unit, la possibilité d’envisager quelque chose après toi.”

“J’ai vécu ces  dernières années avec ton fantôme collé à ma peau. Dans toutes ces soirées où j’ai cru pouvoir l’abandonner sur un fauteuil, près d’une déesse aux cheveux d’or, il n’a cessé de me rappeler à chaque regard croisé, chaque corps un peu trop serré, chaque sourire un peu trop facile, chaque danse un peu trop sensuelle, qu’il ne fallait pas replonger. Quand mon cœur disait oui, ma raison peut-être, sa voix me murmurait non. Et c’était son conseil que je suivais. Comme si je n’existais plus moi-même, au point de me retrancher derrière l’image de ton absence. Je lui ai laissé l’amplitude de contrôler ma vie, de bloquer les vaisseaux irriguant mon cœur. Je l’ai laissé détruire ce qu’il me restait d’espérance, broyer les maigres efforts que je m’imposais pour refaire surface.”

“le temps est venu de ne plus m’encombrer l’esprit, de me gâcher l’existence avec cet adieu sordide que fut la fin de notre histoire. Je ne remets rien en cause. Je n’accuse personne. Je tente juste de comprendre ce que le silence  nous a volé. Elle revient sans cesse depuis ce matin de janvier cette même interrogation. Que nous est-il arrivé que je n’ai su discerner avant qu’il ne soit trop tard ? Quelle étape avons nous manqué ? Je n’ai toujours pas la réponse. Tout est flou et ce qui me trouble encore plus, c’est sûrement le fait de savoir que je n’aurai jamais aucune explication. “

“Je suis enfin revenue de cette longue agonie. Ta voix s’est perdue, les musiques que tu aimais tant s’élèvent comme autant de petites lumières dans mon ciel chargé de rayons lunaires, tes yeux ne remplacent plus ceux que je croise et qui me troublent, tes mains ne laissent plus de caresses décevantes sur mon corps prisonnier de ton ombre. Si la vie nous a séparés, c’est sûrement pour le meilleur.”

 

Advertisements

Les États d’esprit du Vendredi 21.09.2018

C’est l’automne et l’heure tant attendue du rendez-vous de The Posman  et Zenopia.  On copie le formulaire, on le remplit, on glisse un petit mot doux sur leurs blogs respectifs avec le lien de notre article et c’est parti :

Début [22h00]

Fatigue : un léger mal de tête qui me murmure de filer au lit sans tarder
Humeur : très beau fixe
Estomac: salade de restes, yaourt, tisane
Esprit: libre
Cond. phys. : un peu de marche, une séance de yoga
Boulot : quand ton patron refile ton boulot à d’autres sans te mettre dans la boucle, tu as des envies d’ailleurs ou d’autres choses…
Culture: L’éternité n’est pas de trop de François Cheng
Penser à : terminer mon micro-roman
Avis perso 1 : les groupes Whats’app c’est bien mais quand tu reçois 25 notifications par jour pour dire des banalités, c’est beaucoup moins cool.
Avis perso 2: il faut toujours faire confiance à la vie parce qu’un jour tout ce en quoi tu as cru se réalise…
Avis perso 3: ne jamais dire jamais…
Message perso: (1) le moral remonte doucement (2) c’est inspirant toutes ces idées passionnantes! Merci de les partager (3) si je ne t’avais pas rencontré, tu aurais manqué à ma vie
Loulou: veut faire du skate, ramasse des dizaines de marrons par jour, mange comme 4
Amitiés : cartes en cours…
Love : partage ses idées, me fait découvrir des choses, m’épate chaque jour, me fait rire
Sorties : piscine, quelques courses
Essentiel: partager, faire confiance, se faire confiance, s’aimer (et se le dire)
Courses: nourriture, vêtements de sport pour loulou
Envie de: cuisiner de nouveaux plats, une soirée au musée, vous présenter mon recueil de poèmes, tester les massages
Photo: Sur les murs de Paris…

Zic: Pomme – Sans toi (jolie découverte et une pensée particulière…)

Fin [22h50]

Bon et beau et doux weekend à tous! Profitez en bien!

 

“On pourra partager ça aussi !”

Partager ?

Quel est ce mot barbare ?

Moi, on ne m’a jamais proposé de partager. Alors du coup, je suis émue. Et quand je suis émue je dis plein de choses sans intérêt, histoire de meubler l’espace pour que mon cœur puisse retrouver son rythme normal.

J’ai 38 ans dans quelques semaines et j’ai l’impression de découvrir la vie, les relations humaines. Avant « partager » c’était puéril (qu’est-ce que j’ai pu l’entendre ce mot !) et puis partager quoi ?

Nos gouts. Ah oui, mais tu sais moi lire, écrire, ce n’est pas trop mon truc. Et puis t’écris quoi ? Enfin je te pose la question comme ça. Je ne te lirai pas. T’écris sur ça, si on veut, c’est loin d’être passionnant quand même…

Nos idées. Pour quoi faire ? A mon avis on n’a pas les mêmes. Enrichissant ? Je ne crois pas. Moi je sais que mes idées elles tiennent la route et que ce sont les meilleures.

Nos envies. Tu sais de quoi j’ai envie là, de mâter un bon film à la télé. Ça te tente ?

Et puis on pourrait aller se balader, faire des voyages,  visiter des expos, se faire un weekend au bord de la mer, aller à un concert. On pourrait partager autre chose qu’un repas, un ciné, un énième navet à la télé. Qu’est-ce que t’en dit ?

Je trouve qu’on partage déjà plein de choses ?

Ah oui !

C’est toi, t’es jamais contente de rien.

C’est juste que j’aimerai faire autre chose que regarder Albator le weekend ou visionner pour la cinquième fois Rocky. En plus il fait super beau dehors !

Trop chaud !

Sinon tu pourrais venir me voir à une répétition de danse. Ou on pourrait essayer un truc un peu loufoque, genre une nuit dans une roulotte.

C’est ça tes idées ! Déjà la danse j’aime pas. La roulotte, t’as piqué ça où? C’est grotesque!

On pourrait aller courir ensemble alors. Courir ça te plait ?

On n’ira plus courir ensemble…T’aura fait trois tours, je terminerai le premier complètement essoufflée. On se sera vus sur 300m et encore je suis gentille. En plus tu m’auras dit un truc genre je ne fais pas d’effort, je ne suis pas très rapide. Enfin on aura essayé…

On se rendra à l’évidence que partager, comme on l’entend, c’est pour les autres. Nous on se limitera à partager une literie, une douche, une cuisine et de temps en temps une table au restaurant ou deux fauteuils dans une salle obscure. Pour le reste, il faudra faire preuve de compréhension. Et intégrer qu’un petit plaisir doit se faire rare pour être délicieux.

Donc partager je ne sais pas vraiment ce que c’est. Je me suis même longtemps demandé qui pourrait s’intéresser à moi, puisque mes idées, mes goûts, mes envies semblaient sans intérêt.

Alors ça me touche. Et du coup je me dis que je suis un tant soit peu intéressante au final. Ça me touche vraiment et je vais mettre encore un peu de temps à oser…

Tout ce temps perdu

Crédit Pixabay

 

On ne se sera rien promis. Ou alors juste comme les autres, rien de plus, rien de moins. On se sera connu en s’appréhendant du bout des doigts. On se connaîtra dans un souffle, on se reconnaîtra dans une voix. Et après. On ne sera plus que deux étrangers. On reprendra la route là où on l’a laissée. On se questionnera. On regrettera tout. On voudra réécrire l’histoire.

Peut- être que si. Peut-être que ça peut fonctionner. Peut-être qu’on peut essayer. Peut-être que ce n’était qu’une erreur de parcours, qu’on n’a pas su, qu’on n’a pas pu. On se pardonnera nos errances.

On resservira les plats, plein d’espoir, inconscients des ruines de l’histoire. On s’acharnera sur ce qui reste, sur ce qu’il nous reste. Un lien soit disant indéfectible que le temps aura endommagé. Bien sûr que non. Nous, ce sera différent. Cette fois ci on ne gardera que le bon, on se gardera de voir le verre à moitié-vide. On se satisfera d’un peu, de petits gestes, de bonheurs fugaces. On s’enverra des fleurs en se disant qu’on ne s’en sort pas si mal.

On ne parlera pas d’amour au risque de le voir se faire la malle. On se contentera du quotidien. Puisqu’on est ensemble tout va bien. On oubliera qu’on se ment dans la valse cruelle des sentiments, qui ne sont plus. On ne s’avouera jamais qu’on s’est perdu.

On ne se dira plus, on ne partagera plus. Peut-être qu’on aura l’envie de mettre un terme à la mascarade. Ou bien on restera, pour tout un tas de raisons partagées. On fera semblant de s’aimer. Ou on se s’aimera plus. On regrettera tout ce qu’on n’a pas vécu.

Le retour du héros

© Tama66

Je ne pouvais que m’en douter. Comment un type qui m’avait prouvé par A + B être né dans les choux – je t’assure la légende n’a rien à voir avec tout ça, mais oui bien sûr – pouvait terminer ses jours ailleurs que dans ce terrain vague, devant ce colosse de pierre et ses turbines infernales ?

Putain Romain, tu aurais pu me prévenir au moins. Le retour du héros. Tu parles ! Un héros de pacotille. Les vrais héros, ça se bat. Quoique peut-être que tu t’étais battu là-dedans. Personne n’en saurait jamais rien. Était-ce un pari insensé ? Ou juste une de tes folies passagères ? Que souhaitais-tu prouver au monde ?

Tu aurais quand même pu trouver autre chose. Quoi ? La mer par exemple, celle des golfes clairs, la mer qui danse avec ses reflets d’argent. Je sais tu n’aimais pas Trénet mais quand même. Ici, c’est glauque, tu ne trouves pas? Cet endroit me fiche la trouille. Tu le savais en plus. Je ne suis pas venue pour cette raison, à cause des fantômes qui grouillent sous cette terre, des souvenirs qui par vagues viennent hanter les nuits de nos mères. Qu’est-ce que va dire la tienne ?

Ne me dis pas qu’il faudra que je vienne devant ces pierres pour te voir, causer avec toi, te raconter nos vies sans toi ? Et quand le vent viendra, le bruit sera sidérant. Tu y as pensé ? Il faudra que je crie pour que tu m’entendes. Déjà que tu trouves que je parle fort.

Bien entendu, tu n’as pensé à rien de tout ça. Tu te fous de tout Romain. Bon allez je te laisse, je vais aller verser mes larmes ailleurs, loin de ce lieu maudit. Et je vais revenir pour te dire la seule chose que je retiens depuis le début. Tu veux savoir ? Hier, je t’aimais Romain. Aujourd’hui, je te déteste, je te déteste, je te déteste…

Ce texte a été écrit dans le cadre de l’atelier d’écriture 310 de Bric a Book.

Les États d’Esprit du Vendredi 14.09.2018

Une semaine entre fraicheur, pluie et soleil, en gardant le meilleur pour la fin, le rendez-vous de The Posman  et Zenopia.  On copie le formulaire, on le remplit, on glisse un petit mot doux sur leurs blogs respectifs avec le lien de notre article et c’est parti :

Début [22h00]

Fatigue : légère (de fin de semaine)
Humeur : excellente
Estomac: cake salé, framboises, tisane
Esprit: léger
Cond. phys. : marche (il faut que je me mette sérieusement à faire des abdos!)
Boulot : grand calme et beaucoup de temps pour écrire
Culture: enfin j’ai réussi à lire – Nos Séparations de David Foenkinos et L’homme qui voulait être heureux de Laurent Gounelle
Penser à : profiter de chaque instant
Avis perso : on apprécie toujours une situation en fonction de son vécu et ce n’est pas forcément la meilleure façon de faire
Message perso: (1) Tiens bon! (2) welcome back! (3) j’aime tes idées (4) j’assume de les aimer
Loulou: est en pleine forme, mange comme quatre, adore notre rituel du soir
Amitiés : cartes envoyées, cartes en cours
Love : touchant, séduisant, tactile, passionnant
Sorties : piscine demain et journées du patrimoine dimanche
Essentiel: le temps présent
Courses: nourriture, chaussures
Envie de: plein de choses que je ne dévoilerai pas ici
Photo: passion laverie…

Zic: en souvenir du temps où j’écoutais Eminem!

Fin [22h25]

Très bonne soirée et excellent weekend à tous!

Instant de vie

Crédit Pixabay

L’enfant regarde, attentif. Le camion s’est arrêté, il charge les poubelles au couvercle jaune. L’enfant s’intéresse. Les homes attendent. Obnubilé par le spectacle qui se joue devant lui, chaque jour, il cherche à comprendre la marche des choses, du monde. Un des hommes lui sourit. La fascination de l’enfant est  belle à voir. L’instant est simple et pourtant magique. Les hommes dont le métier est souvent négligé, considéré sans grand intérêt, deviennent une pièce du puzzle. Ils prennent leur place dans le grand bain de la vie.

La mère s’intéresse aux regards, aux sourires. Elle se dit que tout est simple, consciente que le bonheur n’est pas cette quête sans fin dont tout le monde parle sans cesse, mais bien présent dans son quotidien, pour peu qu’elle regarde l’enfant, regarde les gens interagir, pour peu qu’elle lâche toutes les croyances qui font parfois tourner le monde bizarrement.

L’homme se réveille. Elle imagine sa peau. Elle se laisse aller à toucher son corps juste par le pouvoir de sa pensée. Elle ressent l’étreinte, la douceur l’envelopper. Elle sait ce qui se trame.  Son cœur parle à son cœur dans la clarté du matin.

L’enfant lui prend la main et ils avancent ensemble vers le jour riche de promesses…

Tactile

Crédit Pixabay

Il l’a vu au premier coup d’œil.

Et pourtant autour de moi, beaucoup vous diront que je ne le suis pas. Et pour cause, c’est quelque que chose que je n’ai pas assumé pendant longtemps.

Pourquoi me direz-vous ?

Déjà parce que chez moi on ne l’était pas. Les effusions de tendresse, très peu pour nous. Certains diront qu’un enfant ne s’adapte pas à son environnement. Je me suis sur-adaptée au mien.

J’ai besoin de toucher, de sentir. J’ai besoin de poser mes mains. Ce contact avec l’autre, les choses, les éléments est très important pour moi. Je suis par exemple une grande amatrice de câlins, de caresses, de chatouilles. Il suffit de sa main qui m’effleure, passe délicatement dans mon dos pour que tout mon corps réagisse. C’est aussi subtil que ça. Aussi subtil que le vent ou le soleil sur mes bras, recevoir un massage, le sable qui coule entre mes doigts, marcher pieds nus, sentir le contact de l’eau sur ma peau. J’ai un rapport prononcé à la sensualité, que j’ai beaucoup appréhendé à travers la danse et que je développe avec l’écriture aujourd’hui. Comme les enfants, j’apprécie aussi de manger avec les doigts – en société je me tiens, ne vous en faites pas !

Beaucoup d’hommes qui ont partagé ma vie, pour ne pas dire tous, ne l’étaient pas du tout et trouvaient d’ailleurs ce besoin assez puéril.

Beaucoup de mes amies y sont plutôt réfractaires. Dans ma famille, on se prend rarement dans les bras les uns des autres. Quand ça arrive on se sentirait presque gênés.

J’ai caché cette vérité sur moi pendant des années. Je pensais même que c’était « mal ». J’avais des idées un peu particulières sur le « bien » et le « mal ».  Si j’avais été un peu trop proche d’une amie, on aurait pu croire…Si j’avais dit que j’aimais bien laisser mes mains gambader sur ma peau  (sans y voir une connotation sexuelle), on aurait dit que…

L’Irlande a été le premier déclencheur. C’est un pays où les gens, pour le coup, sont très chaleureux, très « grandes embrassades ». Je pouvais donc être moi sans être mal vue. Niveau câlin, j’ai rattrapé mon retard. J’ai aussi rencontré des personnes tactiles pour la première fois de ma vie (ou du moins je les ai reconnues comme telles avec ma nouvelle ouverture d’esprit) et je me suis finalement dit que d’être ainsi n’était ni une malédiction, ni une tare. Par exemple j’ai une amie qui adore les chatouilles/caresses sur le corps. Étant donné que c’est quelque chose que j’aime faire, dès qu’on se voit, on se planifie une séance. Ça fait rire Loulou, qui  est un grand amateur également ! Ce sont souvent les autres qui sont gênés, jamais nous.

Le toucher est un vecteur incroyable de sensations, également pour moi un moyen d’exprimer ce que je ressens. Même si je considère que les mots sont importants, que les regards en disent long sur les sentiments, le toucher est ma manière à moi d’être au monde. On sous-estime souvent l’impact d’un câlin. Son pouvoir est immense pourtant!

Le deuxième déclencheur a été bien entendu de rencontrer un homme tactile. Dans cette relation, je n’ai plus rien à cacher. Je peux même exploiter tout un panel d’expériences que je m’interdisais jusqu’alors. La honte, la peur ont au fil du temps disparu pour laisser place à l’épanouissement, un épanouissement auquel il a largement contribué (il a insuffler un nouveau souffle à ma vie, il m’a rendu à moi-même et pour moi c’est une des plus belles preuves d’amour – toutes mes excuses pour la digression!). Mes notions de « bien » et « mal » ont évolué, on peut même dire qu’elles sont sur le point de ne plus avoir de valeur. La seule que je revendique désormais est la liberté d’être soi ! Même si dans la vie de tous les jours je m’adapte un tant soit peu à mon environnement…

Et vous, tactile, un peu, beaucoup, pas du tout ? Comment entrez-vous en contact avec les autres ? Qu’est-ce que vous inspirent les personnes tactiles ?

Et un jour, devenir maman

Crédit Pixabay

Je le regarde rire aux éclats. J’entends mon rire qui fait écho au sien. La soirée a été calme, douce, drôle, apaisée. Nous avons pris notre temps, ce temps qui nous file trop souvent entre les doigts, ce temps que nous tentons de garder pour nous deux. Temps propice aux confidences, à l’évocation de souvenirs, temps de lecture, de câlins et de contes qui changent perpétuellement de fin.

Quand il a été couché, qu’il s’est endormi sans bronché, que je suis allée voir si tout allait bien, je me suis souvenue…

De nos débuts. Je l’ai déjà écrit ici. Certaines mères se sentent mères tout de suite, dès le petit “plus” sur le test, dès la naissance. Je ne fais pas partie de ces femmes. Je ne saurai dire aujourd’hui si notre enfant était un souhait commun, s’il découlait d’un projet de vie. Je l’ai désiré. Mais dans quelle mesure? Était-ce un désir inconscient de sauver une embarcation qui prenait l’eau de toute part? Je ne saurai le dire. Ma seule certitude c’est que mon enfant m’a sauvé la vie. J’ai conscience d’avoir eu cette chance de partir avant qu’une vie de famille ne se crée. Si j’étais restée, aurai-je eu le courage de partir? Ou aurai-je choisi le sacrifice que font beaucoup, d’une vie dépourvue d’essence, de sens, une vie de larmes et de drames? Les enfants restent encore et toujours notre meilleure excuse face à de tels choix.

A la maternité, oui j’ai ressenti quelque chose, quelque chose de fort. Je me suis sentie invincible le temps de le tenir contre moi. Puis au matin les fantômes ont ressurgi, les peurs se sont matérialisées, l’envie que tout ce scénario ne soit qu’un atroce cauchemar. Face à ma réalité, j’ai pris une claque magistrale.

J’ai tout mis en œuvre pour ne pas m’attacher à mon enfant. Aussi scandaleux que cela puisse paraitre, je ne me sentais pas d’attaque à être sa mère. Je ne voulais pas dépendre de lui pour m’en sortir. Je ne voulais pas qu’il porte ma peine, mon chagrin. Qui plus est je vivais dans la crainte omniprésente qu’on me le prenne – la justice pas si juste – son père. Et tous ces bien pensants qui me rappelaient l’épée de Damoclès au de ma tête, la menace de l’enlèvement.

Quand je suis arrivée à Paris, je l’ai laissé, soulagée, aux bons soins de mes parents. Je savais qu’avec eux il avait la sécurité affective nécessaire à son épanouissement. Je me suis longtemps dit que si je disparaissais, il serait aimé, protégé – le principal pour moi. Et j’ai souvent eu envie de disparaître. Puis nous avons vécu ensemble, avec un florilège de peurs qui ne cessait de prendre de l’ampleur:  peur d’être seule avec lui, peur de ne pas lui donner assez d’amour, peur de ne pas trouver ma place, peur de mal faire, de ne pas être à la hauteur. J’avais l’impression que loin de moi il grandissait mieux.

Les premières années ont été dures. A tout points de vue. J’avais l’impression de mourir un peu chaque jour, tout en essayant de me sortir de tout ce chaos oppressant. Si bien que je n’ai jamais eu de mal, ni de le laisser à la crèche ou à l’école. J’avais plus confiance dans les autres que dans mes capacités à moi. J’avais besoin que ma vie soit réglée comme du papier à musique pour pouvoir poser un pas après l’autre. Je vivais le cœur lourd gangréné par une colère sourde que je laissais éclater une fois la porte fermée, face à lui qui n’avait rien demandé. Je m’effondrais en larmes le soir. J’étais une mère en équilibre, désorientée, une mère qui n’en pouvait plus, ne savait plus quelle direction prendre, pleine de points d’interrogation.

Je tentais toutefois, à chaque instant, un travail en profondeur, pour faire taire les démons, m’affranchir du passé, pardonner. Pour moi. Comme pour lui. Car entre temps, l’amour s’était frayé un passage. Je le lui disais d’ailleurs souvent. Je lui disais que je l’aimais et que je n’y arrivais pas tout le temps. Je lui disais mes forces et mes failles. Je me répétais que j’allais y arriver, que nous allions être heureux. Parce que c’est le choix que j’avais fait, le choix primaire du départ. J’avais choisi la vie.

Et contre toute attente les heures sont devenues plus légères. J’ai accepté de lâcher prise, de ne plus tout contrôler. J’ai accepté de le regarder pour ce qu’il était, un être unique, qui ne serait jamais moi, que j’allais juste guider sur le chemin de la vie pour qu’un jour il vole de ses propres ailes. Un jour j’ai accepté la tâche confiée, même si elle me parait rude par moments, j’ai pris conscience de mes responsabilités et le parti de me faire davantage confiance. Je me suis pardonnée me choix, mes errances, mes angoisses. J’ai accepté qu’il y en aurait d’autres. Notre relation a pris une autre dimension, plus juste, plus sereine, plus joyeuse. Il fallait en passer par là. Il fallait que nous apprenions l’un de l’autre, l’un avec l’autre. Ce cheminement aura été douloureux et salvateur.

Je suis devenue mère avec le temps, maman avec lui.

Et vous la maternité (ou la paternité), vous l’avez appréhendée comment?

Combien de…?

“Ce sont souvent des possibles « imaginaires » que naissent  les impossibles qui blessent”

Crédit Pixabay

Combien de routes avons-nous pris, sans savoir qu’il s’agissait d’impasses ?

Combien d’espoirs avons-nous nourri, retournements de situation envisageables, qui ne nous auraient apporté qu’un apaisement fugace ?

Combien d’heures avons-nous gâché à élaborer des scénarios, faits de « si les choses avaient été différentes » ?

Combien de peurs avons-nous bravé pour être là où nous en sommes ?

Combien de blessures avons-nous surmonté, combien de chagrins avons-nous dépassé, en pensant que c’était les derniers, que le prochain nous anéantirait totalement?

Combien de pas avons-nous fait vers l’inconnu ?

Combien de marches avons-nous gravi pour un idéal, un projet, un rêve, inconscients de nos ressources ?

Combien de trahisons, de déceptions avons-nous encaissé?

Combien de mots avons-nous gardé pour nous, de crainte qu’ils ne soient à l’origine de la fin de quelque chose qui avait pourtant bon goût ?

Combien de personnes avons-nous rencontré, qui nous ont élevé, avec lesquelles nous avons construits du beau, du durable, du vrai ?

Combien de temps avons-nous pris pour apprendre à nous aimer, à nous regarder, à nous accepter, à ne pas nous juger, à nous accueillir parfaits et imparfaits ?

Combien de regrets nous ont assailli en pleine nuit, d’insomnies nous ont tenu éveillé pour tenter de recoller les morceaux d’un hypothétique final, différent?

Combien d’histoires ont attendu d’éclore, alors même que nous avancions tête baissée, incapables de discerner le jour de la nuit ?

Combien de fois avons-nous dit « jamais plus », le cœur au bord d’un vide que personne ne semblait pouvoir atteindre ?

Combien de fois nous sommes nous sentis seuls et perdus, et pourtant, enclins à nous livrer pour être entendus, épaulés ?

Combien de fois avons-nous cru ne jamais en revenir ?

Et combien de fois avons-nous repris vie, au milieu du chaos, de la peine, de la haine, de la colère, de tous ces instants froissés, de tous ces sentiments effacés, de ces évènements fracassants, ces départs prématurés qui ne nous ont jamais brisés ?