En coulisse

En coulisse quelque chose se dessine, un nouveau départ. Ce temps loin d’ici me permet de reprendre vie, de m’épanouir plus sereinement. L’inspiration manque moins que le temps. J’écris en coulisse avant de vous livrer le fruit de cette hibernation estivale, avant de vous dévoiler le nouveau dessin de mes envies.

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The first step

She is standing there, on the edge, trying to figure out things. She knows what she wants but how to get there, how to face the heavy crowd, the traffic lights. She can look right and left, like her mum told her years ago, when holding her hand, she would show her how to cross the street on her own.

Her mum’s hand left her side. Her body is buried in a cemetery on the North side. She tried many time to go and visit her. She would have loved to be able to sit down beside her grave, talk to her, tell her about her life, about how Amber’s hair look great in that pony tail, about how Denis eyes try to catch her when she stop at the coffee shop, taking a latte on her way to work. She would have loved to be like the heroines of her best of movies. But she could not do it.

She could only wait at the crossroad and turn back, thinking she could make it next time. Maybe she was not ready yet. She was not happy with herself, thinking she was losing time and soon connection would not exist anymore. She felt she could lose her twice.

When looking at photos, she could sense a pain inside her heart, a long, deep pain. She was not sure that she could recover from this departure. She was still so young. How can anyone grow up without this soft hand, this hand ready to let go and always there to reassure, to hold her tight? She could not believe that she would never see her mum again.

She is standing there, on the edge, trying to figure out things. She put her right foot on the road, lights just turned green. It was now or never. She could feel it. Her body started shaking. Fear. Pain. Or just plain happiness for the step she was about to make.

Sous ses doigts

Sous ses doigts, le grain de ta peau. Il te touche doucement. Il laisse courir ses rêves sur les rides naissantes au creux de tes paupières, à la commissure de tes lèvres, soulignées d’un trait rose. Il regarde ton corps se soulever sous l’impulsion de ta respiration. Il ferme les yeux, pour s’imprégner de cette image, de cet instant volé aux années, qui s’égrènent à une vitesse vertigineuse.

Il ne sait plus pourquoi c’est lui que tu as choisi. Il se souvient d’un sourire, de trémolos dans la voix. Il se souvent de ta main posée sur la rambarde, de ta robe aux couleurs chaudes. Il se souvient du premier son, de ta première tentative échouée. Il se souvient de son rire à lui, de sa démarche de plaisantin. Il n’a plus la mémoire des chiffres. Il n’a plus la mémoire des noms. Il n’a que des visages qui se pressent dans sa tête et jouent avec sa mémoire de vieillard.

L’autre, il avait ton âge, il aimait les femmes. Il aimait sûrement trop les femmes pour te rendre heureuse.

Lui, il avait deux fois ton âge, il aimait les femmes. Il les aimait comme un père, un guérisseur. Il aimait leur grâce, quand l’autre ne jurait que par leurs courbes. Il aimait leur fragilité, quand l’autre ne regardait que la façon dont elles marchaient sur les pavés, dont elles se déhanchaient pour éviter les trous dans le bitume. Il appréciait leur courage quand l’autre ne rêvait que de leur corps nu sous les voiles.

L’autre, il t’a fait voyager avec des mots, il a pris possession de ton esprit, il t’a susurré des mots délicieux au creux de l’oreille. Mais tu ne l’as pas cru. Tu as tourné la tête sur le côté. Tes cheveux se sont emmêlés les pinceaux. Tu t’es levée dans un brouillard de cigarette. Tes pieds ont fait des ricochets sur les marches raides de Montmartre. Tu as dépassé la silhouette rigide, fière, moqueuse de l’autre. Tu t’es arrêtée en bas des marches et tu as ouvert grand tes bras pour accueillir son cœur à lui.

Dans le Paris des années 20

Elle porte des souliers vernis, sur un collant ocre, à talons fins. Elle monte les marches du métro avec sa vilaine valise à roulette. Elle traîne sa peine dans les rues de Paris, telle une égérie des années 20. On dirait qu’elle s’est perdue dans la course folle du temps. Elle s’est trompée de saison. Elle regarde autour d’elle, mi- émerveillée, mi- apeurée. Elle ne sait pas où elle se trouve, ni où elle va.

Elle semble attendre quelqu’un. Je la regarde de loin. J’étudie ses gestes et la souplesse de sa jupe, une jupe marron aux reflets bruns. J’aime la forme mais la couleur me déplait, trop sombre à mon goût. J’admire la facilité avec laquelle elle attend sans broncher, le regard perdu dans le vide, la main sur son sac, les jambes droites. Elle jette un coup d’œil à sa montre. Je souris. L’étranger qu’elle attend n’est toujours pas là. Elle fixe maintenant un point au loin.

La nuit tombe et le froid s’engouffre sous son manteau. Elle referme les pans sur ses doutes. Je voudrai la saisir par le bras et l’emmener loin de cette place qui se vide, l’entraîner dans une course folle vers les rues animées de Montmartre, coin de Paris dans lequel elle se plairait bien.

Dans quelques instants il me faudra partir, m’engouffrer dans le bus et la laisser derrière moi, ombre surnaturelle dans un univers en papier glacé. Le ciel se teinte de nuages sombres. Je ne voudrai pas que la pluie la surprenne. Si j’avais été peintre, j’aurai dessiné cette belle étrangère aux joues creuses et au regard d’ange, avant de m’éclipser sur la pointe des pieds. Mais je n’ai que mes yeux pour retenir son image de beauté éphémère.

Elle regarde à nouveau sa montre.

Clap.

Son visage change d’expression, elle retire ses talons. Elle se déleste de son sac en cuir, qu’elle pose avec nonchalance sur le bitume mouillé. Elle allume une cigarette.

Clap.

La scène est terminée. Chacun rentre chez soi. Le nez collé à la fenêtre du bus, je cherche désespérément des yeux l’image de la femme admirée quelques minutes auparavant. Elle n’est plus. Les années 20 appartiennent bel et bien au passé.

Sur un fil

Elle pose son linge sur le balcon. Elle ajuste son foulard sur sa tête. Les enfants jouent déjà dans la rue en contrebas. Leurs cris la rassurent, même si parfois son cœur se serre à l’idée que la route leur arrache leur joie de vivre.

Elle suspend son linge sur un fil. Des robes de couleurs et des pyjamas. Elle regarde au loin le fleuve qui navigue et embarque avec lui quelques pêcheurs solitaires. La chaleur arrive. Elle attend un peu, juste quelques secondes encore.

Elle profite du jour. Dans quelques heures il fera trop chaud pour sortir.

Donnons le temps au temps

Le passé ne compte plus, laisse le se taire, devenir inconnu.

Libère toi de tout, des mémoires qui te hantent, des projets avortés, des envies absentes, des désirs refoulés.

Hier n’est plus qu’à l’imparfait.

Le présent se prélasse au soleil. L’été se réveille d’un profond sommeil.

L’instant t’offre tout ce qu’il te faut pour avancer, te construire, t’émerveiller, approfondir.

Aujourd’hui s’écrit maintenant, ici.

Le futur s’interroge, dessine des mirages sur le ciel d’octobre.

Des projets verront le jour, tes désirs vibreront d’amour.

Demain attend son heure, rêveur.

 

Moment de solitude

La foule. Un regard circulaire. Posé. Tenter de repérer une couleur, un sourire, une coupe de cheveux. Rien. Refaire le chemin en arrière. Toujours de loin. Doucement la panique s’installe. Les secondes prennent des allures d’éternité. Une douleur sourde monte, grignote doucement l’intérieur de nos entrailles. Les pulsations de notre cœur s’accélèrent. La peur gagne chaque parcelle de notre être. Rester calme, maître de soi quand tout tourne autour comme un manège sans frein. Nos yeux ne voient plus. Ou réalisent. L’enfant n’est pas là. Pas dans la foule compacte. Il n’est plus là. Le pire se bouscule à la porte de nos émotions. Tenter de maintenir le cap, de ne pas faillir. Puis au milieu de la foule, comme une lumière jaillie de nulle part, l’enfant tenu par d’autres mains se fraye un chemin. On s’entend bafouiller un « merci » qui dit pourtant toute la reconnaissance qu’on ressent face à la personne qui nous tend le fruit de nos entrailles, le visage baigné de larmes. On se serre fort. On ne dit rien. On remercie le ciel pour ce dénouement heureux, ces minutes suspendues face à un drame impensable. Et puis on prend sur soi. Ne pas laisser l’enfant prisonnier de nos craintes. Le rendre à la foule qui l’attire, à l’enfance insouciante.

Tout va bien

Les mots se suivent, ne veulent rien dire. Il parle d’un crime. Ma respiration se bloque. Elle écoute. Il dit vouloir “l’étrangler”.  Sens propre ou figuré?

Et puis mécaniquement il reprend les lignes de la pièce qu’il répète. Je respire. Tout va bien.

En équilibre sur le toit du monde

Elle se tient, belle et sereine, en équilibre sur le toit du monde. Elle sait les creux de vague et les pics des montagnes. Elle apprend à se libérer du passé, à accepter  l’autre, ses faiblesses, ses erreurs de parcours. Elle apprend de son humanité et de tous les possibles qu’elle voyait comme inaccessibles. Elle se pose, sur le toit du monde. Elle regarde l’horizon. Le monde bouge en bas mais ses yeux restent braqués sur le ciel bleu, sur son corps en apesanteur, sur la vie qui bat dans son cœur, sur les rythmes qui la font danser. Elle trouve sa place, à son rythme.