Challenge Écriture 2020 – #11 (24.03.2020)

Oh n’utilisez pas ce mot
Laissez mon âme tranquille
Laissez moi rêver que je suis devenu oiseau
Que mes ailes m’emportent en toute liberté
Au dessus des plaies de ce monde
Dans les champs où les figues
Exhalent une odeur de paix

Et que sur la branche d’un arbre
Je puisse me poser pour admirer encore
Le ballet du printemps
Le chant sacré des rires d’enfants
Véritables conquérants par le pouvoir asphyxiés

Et que sur la pierre
Je laisse trace
De mon passage…

Retrouvez les autres participations ici: Chifoumi chez Mébul – My minds visitLa fin des angoisses chez Josée – La fée du Verger chez Sandra

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Pour la semaine prochaine, je vous invite à faire un inventaire humoristique. Le but, c’est bien entendu de se faire du bien et de faire rire vos lecteurs / lectrices. Bonne semaine et à mardi prochain!

Qui suis-je?

Crédit Pixabay

C’est souvent une question que je me pose.
Qui suis-je au delà de ce que je ne suis pas?

Si je ne suis pas une chose ou une autre, est-ce par peur ou juste parce que telle ou telle chose ne me parle pas, ne correspond pas à mon état d’esprit, ma façon de fonctionner?

Si je ne suis pas ambitieuse, compétitive, si je n’aspire pas à devenir propriétaire, si je ne désire pas traverser le monde, si les défis ne m’attirent pas plus que ça, est-ce que je me mens à moi-même? Suis-je moins que les autres, moins que ceux attirés par l’excellence, les grands horizons, moins que ceux qui s’engagent pour des causes, se lancent dans de grands projets?

Où est-ce que je me place dans la grande toile de l’humanité?

Je ressens l’envie d’être et de vivre, vivre à ciel découvert, profiter de chaque instant.

Oui, j’ai eu des grands rêves, j’ai tiré des plans sur la comète et puis un jour, j’ai tout quitté.
Je sais que rien ne nous appartient sur cette terre, que tout peut disparaître d’un instant à l’autre. Tout est si éphémère, l’argent, nos possessions, nos désirs, nos amours.

J’ai voulu laissé mon empreinte. Et puis je sais aujourd’hui que celle-ci disparaîtra aussi. Bien sûr certains noms demeurent, certains êtres qui ont marqué le monde par leur art, leur sagesse, leur voix, leurs mots, leur engagement.
Mais était-ce leur souhait premier, être reconnu comme, être connu? Ou bien cela s’est-il fait à leur insu?

Et si moi ce que je voulais, c’était tout simplement apprendre à me connaître, m’accueillir, m’aimer, apporter du bonheur, du bien-être, de la joie autour de moi?
Si mon seul souhait c’était d’être une observatrice sereine du monde, vivre sans juger, aimer sans attente, sans manque?
Et si mon unique défi, c’était justement d’arrêter de me comparer, de faire confiance à cette petite voix qui me dit que tout est là, maintenant, qu’il n’y a rien à chercher, tout à expérimenter. Sans attente de résultat, encore une fois!

Et vous, vous posez vous cette question?

Au temps du trop…

@MarieK

Trop
Trop d’idées
Trop de pensées
Trop d’information
Trop de mots
Trop de tout. Je m’y perds.

Comment font les autres dans ce trop plein constant? Comment entendent-ils leur voix? Comment font-ils leurs choix? Comment saisissent-ils leurs pensées? Comment savent-ils qu’elles leur appartiennent?

Trop de plein et pas assez de silence
Trop de sujets en boucle
Trop d’avis pour se faire le sien
Trop de bruit, partout, toujours
Trop d’instantané

Je veux retrouver le calme d’avant
Avant le flot incessant des choses à portée de clic
Retrouver le chemin des jours loin
Loin du chaos qui me remplit de tremblements

Plonger dans le vide
Réapprivoiser l’ennui
Ma saouler de temps qui dure
De temps que l’on prend
Sans urgence, sans violence

Comment les autres s’apprennent-ils dans ce chaos permanent? Comment se définissent-ils? Où trouvent-ils le temps pour l’introspection ou pour simplement profiter du présent? Comment identifient-ils leur ombre et leur lumière au milieu du vaste champ des opinions des uns et des autres, entre les différentes injonctions à portée de réseau?

Ce n’est que dans le moins que je retrouverais le chemin vers une vie plus harmonieuse, un quotidien plus serein, une identité plus vraie.
Un cheminement qui demande, non de se couper du monde, mais d’apprendre à vivre sans, sans cette permanente connexion au trop, sans cette communication omniprésente, sans ce surplus d’information, sans cette course à une quelconque reconnaissance, juste en me faisant confiance, en revenant au cœur, à ce qui fait sens pour moi, en m’accueillant dans ce que je suis, une et multiple à la fois.

Ce coin de bord de mer

@mk

Je me suis toujours dit, si un jour il ne reste rien, si je perds tout, il restera ici. Ici, la-bas, ce coin de terre au bord de la mer, cet endroit dans lequel tout est, dans son plus simple appareil. Ma nature a moi, mon oxygène, ce qui m’a tenu lieu de passerelle, ce qui m’a maintenu debout. La mer et l’horizon. Pas une mer bleue qui fait rêver, une mer qui sans cesse se retire, charrie la boue et se creuse, sans cesse revient sur la rive.

Il y aura toujours mes pas et ceux des autres avant, ceux qui ne sont plus et quelque part toujours habitent ces lieux. Il y aura toujours ce souffle qui réveille et le vent sur les marais.

Il y aura les yeux de mon grand-père et ses histoires farfelues, les bottereaux de ma grand-mère dégustés au petit matin avec un bol de Banania, le bain du soir dans une grande bassine verte, la chambre aux dessus-de-lits recouverts de scènes de chasse. Il y aura le rire de mon cousin, un rire chantant qui nous emmenait loin. Il y aura toujours la maison et les placards remplis de biscuits dégoulinants de bons sentiments, boudoirs, pingouins, petits beurres. Il y aura les courses le matin et le rideau multicolore du poissonnier, nos têtes dégoutées devant les abats du boucher, le petit chemin que nous empruntions pour nous y rendre, qui le temps de quelques minutes nous offrait la liberté de courir sans nous préoccuper du monde. Il y aura toujours ces souvenirs d’enfance, heureux, les compotes de pommes et les confitures de pèche, les chevreaux nourris au biberon, derrière la porte, au fond du jardin. Même si depuis, mon grand-père est mort, la maison a été vendue, les terrains transformés, si aucune rire ne résonne, ils appartiennent tous au passé. Les images restent comme autant de richesses à partager.

Ce texte est ma participation au rendez-vous proposé par Julie autour de nos souvenirs d’enfance.