Ce pari un peu fou

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J’entends souvent “tu le connais mieux que quiconque”
Je ne connais pas mon enfant
Je ne le comprends pas toujours non plus

Qui peut prétendre le connaître véritablement?
Même lui, comme moi, comme nous tous, mettra peut-être des années à se trouver, à se définir, se re-définir

J’ai pensé naïvement ne rien projeter sur lui
Et puis…
J’ai fait l’erreur aussi
De le vouloir comme ci, comme ça
De vouloir le voir aimer des choses qui me parlent
De le voir suivre mes pas

On met beaucoup de pressions sur les parents
D’ailleurs en tant que parents on a souvent l’impression que notre enfant est la représentation de toutes nos réussites et de tous nos manques
Notre CV émotionnel, psychologique, affectif, relationnel
Notre carte d’identité pour être vu comme un “bon” parent
Notre empreinte dans ce monde
La trace de notre passage

Notre enfant n’a rien à voir avec nous
Il n’est pas notre prolongement
Il n’est pas nous, il n’est pas à nous
Il EST

Et je trouve que ce n’est pas toujours facile de l’accueillir dans ce qu’il EST justement
Dans ce qu’il est et que nous ne sommes pas
Dans sa différence
Dans son mystère
Dans son individualité
Dans ce qu’il a de plus beau, de plus fragile, de plus difficile à capter, de magique, de déstabilisant, de complexe, d’intimidant, de sacré

Je trouve que ce n’est pas évident d’être là
Sans attente
Sans porter de jugement
Sans condition

La parentalité c’est une rencontre inattendue
Une plongée en eaux troubles
Un lien qui teste nos résistances, nos limites
Une rencontre sans garantie que ça fonctionne
Que la complicité soit au rendez-vous
Une histoire
Faite de renoncements, d’acceptation
De chemins mal pavés
De routes parcourues main dans la main
Et parfois à contre-courant

Un pari un peu fou
Que nous tentons malgré tout!

A la surface de l’eau

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Ses doigts à la surface de l’eau, qui se floute et tremble. La piscine est comme prise de frissons. Et sur son corps s’échouent quelques gouttes translucides. Elle se souvient du film visionné hier soir, du regard perçant de Jeremy Irons et de la tension érotique qui s’en dégageait. De l’autre côté de la piscine, des yeux la fixent, c’en est troublant. La même audace, comme une révélation.

Elle revient au clapotis familier de l’eau. Et glissent ses doigts sur les dessins qui se forment et déforment la réalité. Ici et là des points qui reliés les uns aux autres racontent une histoire. Le vert se brouille encore davantage au contact de deux autres mains qui s’accordent au ballet des siennes. Elle sent ses doigts suivre un autre rythme. Sa respiration se fait dense. L’illusion impose sa cadence. Puis plus rien. Comme si tout venait d’un imaginaire fécond et indomptable.

L’eau a retrouvé sa légèreté. Quand tout son corps n’est que tension. Le génie dans sa lampe sort et entre selon son bon vouloir. Les images dans sa tête se mélangent. Elle se lasse de l’eau qu’elle ne fait que frôler. Elle ferme les yeux et voilà que le visage revient, que des mains la surprennent, que ses hanches se fondent dans l’atmosphère suave.

Elle se laisse faire, ses sens absorbés par l’impact étranger. Une autre caresse pour redonner vie à son ennui. Sous le regard discret de l’eau dans laquelle se reflète un corps à corps dont elle ne saurait dire où il commence, ni où il se termine.

Qui a vrai confiance en soi!

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Quand j’entends “je n’ai pas confiance en moi”, j’ai envie de répondre “qui a vraiment confiance en soi?”
Il y a peut-être des domaines, des moments, peut-être des situations dans lesquelles nous nous sentons plus à l’aise que dans d’autres. Si nous avions tous pleinement confiance en nous, il n’y aurait ni tract, ni peur, ni doute. Tout serait fluide.

Encore une fois l’image est belle et dans une monde de “sages” elle fait l’unanimité mais la réalité est autre. Je vois la confiance en soi comme une nouvelle injonction à la mode, comme si nous n’en avions pas assez!

Mais c’est aussi un masque, quelque chose qui nous empêcherait de…
Combien de personnes se réfugient derrière le manque de confiance pour ne pas passer à l’action? Combien attendent sur le bord de la route en pensant que la confiance va se matérialiser d’un coup, comme un cadeau tombé du ciel?

On parle aussi beaucoup de travailler sa confiance, d’apprendre à se faire confiance. Je crois que la confiance vient avec l’expérience. Plus on ose, plus on prend confiance. Plus on se met en mouvement, plus on s’engage, plus on fait d’expériences, plus la confiance grandit, souvent à notre insu. 

Si on attend la confiance on peut attendre longtemps, vous ne pensez pas? Quant à l’idée que les autres ont plus confiance que nous, c’est une bonne excuse supplémentaire! Et je l’ai utilisée un nombre incalculable de fois celle là! Se cacher derrière le manque de confiance c’est aussi lâcher son pouvoir personnel. Et ne pas s’autoriser à être. 

Imaginez le tout petit qui commence à marcher, vous pensez sincèrement qu’il a confiance en ses pas hésitants sur le sol? Et pourtant il se lance, il trébuche et il se remet debout. Il se met en route. Il fait peut-être inconsciemment confiance à quelque chose de plus grand, de plus fort que tout, la pulsion de vie. Elle est en nous aussi. Sommes nous prêts à la laisser à nouveau s’exprimer? 

D’aussi loin que je me souvienne, le mot confiance n’a jamais fait partie de mon vocabulaire. Dans ma famille la confiance fait défaut à tout le monde ou presque. A l’école, rares étaient les professeurs encourageants et motivants. Certains sont même allés très loin dans la dévalorisation et l’humiliation.

Le regard extérieur joue à plus ou moins grande échelle sur notre jauge de confiance. On peut vouloir s’en départir, nous restons des humains, liés les uns aux autres. Comme dans tout, il est essentiel de trouver le juste milieu, notre équilibre. L’autre peut aussi nous encourager à exprimer le meilleur de nous-mêmes. Et alors là, la confiance grandit. Il ne faut juste pas être dans l’attente excessive de quelque chose et savoir conquérir cette confiance par soi-même.

Chaque jour, pas à pas. Chaque jour, s’autoriser à vivre, accueillir ce qui est.

Challenge Ecriture #33- 06.10.2020

Peins moi le monde
Rêves d’azur
Sur le gris des murs

Peins moi le monde
Ses grands espaces
Et le macadam pétri d’audace

Peins moi le monde
Sors les couleurs
De l’intérieur

Peins moi le monde
Ses idées folles
En farandole

Peins moi le monde
La terre féconde
Sous l’asphalte qui gronde

Merci à Josée qui reste fidèle à ce rendez-vous. Vous trouverez sa participation ICI

***

Pour la semaine prochaine (#challenge 34) j’ai bien envie de tester un exercice d’écriture spontanée ou intuitive – peu importe le mot qu’on utilise. Le principe est très simple: vous prenez une grande respiration et vous vous lancez. Vous écrivez des mots, des phrases, tout ce qui vous vient, sans réfléchir, ni à la cohérence, ni à la syntaxe. Ça doit vraiment être quelque chose de fluide ! Ne cherchez pas non plus à ce que ça fasse sens. Allez y au feeling! Ça vous tente? 

Hâte de vous lire…

Loin du monde

Photo by Simon Migaj on Pexels.com

Je reste loin des informations, des réseaux souvent aussi. Je me tiens loin du bruit de toutes ces voix qui se révoltent, de tous ceux qui ajoutent leur chaos au chaos ambiant.

Je reste loin des mots qui viennent faire chavirer la barque de l’équilibre. Je ne suis pas de celles qui brandissent des étendards, qui luttent et sans cesse médisent sur le pouvoir. J’ai mes idées, elles n’engagent que moi.

Je me tiens loin de toutes ces vérités qu’on scande à longueur de journée, de tous ces mots qui viennent raviver la flamme de la haine. J’essaie de faire fi des nouvelles injonctions pour soi-disant un monde plus beau.

Il y en a qui pensent qu’il faut la guerre. La guerre, je crois, elle est déjà là à l’intérieur de nous. Elle est dans l’affrontement de notre ombre et de notre lumière. Et si il y a un combat à mener, il est pour moi intérieur pour commencer.

Si nous réussissons alors cet exploit d’assumer nos zones d’ombres et d’embrasser notre lumière, nous pourrons peut-être regarder le monde sous un nouveau jour, les yeux rivés sur les richesses à déterrer plutôt que sur la pourriture à enterrer.

Quel est votre regard? Etes vous de ceux qui luttent en dehors ou en dedans? Dans quoi dépensez-vous votre énergie inutilement?

Un vœu hors du temps

@Marie Kléber

S’adapter. Une qualité remarquable. Une force sans pareil.
S’adapter, oui. Ce qui ne nous empêche pas d’avoir des envies. Même si là à l’instant T, elles ne sont pas réalisables. Même si aujourd’hui, on ne peut ni changer le cours des choses, ni tout envoyer valser sous prétexte qu’une envie se glisse dans l’ordinaire du quotidien.

Si on me donne un vœu. Juste pour aujourd’hui. Si je peux choisir j’opte pour plus de temps.

Ensemble. Juste toi et moi. Sans le boulot et ses problématiques parfois invraisemblables, sans tous ces maux qui nous fragilisent et contre lesquels on ne peut rien.

Plus de temps, pas pour rattraper toutes ces semaines loin, juste pour vivre, là, maintenant, retrouver la grâce d’un temps plus long que quelques minutes volées au cours des jours qui passent, des cycles réguliers.

Un temps pour revenir à des sujets plus légers. Un temps pour lâcher tout le reste, ne pas se dire que chaque seconde est comptée ou presque. Un temps sans “il faut” surtout.

Un temps de déconnexion, de reconnexion. Sans autre moyen de communication que nos corps, que nos voix. Temps de draps froissés et de plaisir consommé jusqu’à tituber de bonheur, les yeux rivés sur autre chose que les aiguilles qui disent “vite, le temps s’agite et file, bientôt il faudra partir.”

Il y aura toujours un au revoir. Il faudra toujours revenir à la réalité. Mais la bulle dans laquelle nous aurons danser nous aura assez nourris pour nous permettre de reprendre le cours de nos vies respectives sans points de suspension.

Je n’aspire qu’à l’union de nos polarités. Dans un espace vide d’effervescence et riche de silences à conquérir. Il faudra juste que je pense à te demander si toi aussi tu y aspires!

Challenge Ecriture #32- 29.09.2020

Il fallait agir aujourd’hui. Luc le savait. Pas de retour en arrière possible, pas maintenant. Il avait eu tout le loisir d’étudier les habitudes de la maison et savait à la seconde près quel était le meilleur moment pour agir.

Il avait mis son mental sur off, après des semaines de réflexion et de planification. Le temps de penser était derrière lui et il savait que la moindre épine dans son raisonnement pouvait mettre à mal toute l’opération.

Le matin même il avait été acheter une brouette, une pioche et une pelle. “Tout le matériel nécessaire pour un beau cadavre!”, c’est ce que sa voisine lui avait dit à son retour. Ils s’entendaient assez bien pour qu’elle se permette ce genre d’humour.

Il ne restait plus qu’à attendre la nuit, assez noire sans être obscure. Et les dernières lumières en espérant qu’il ne prendrait l’envie à personne de prolonger la lecture d’un bon bouquin.

Il n’en était plus à quelques heures près. Il alla chercher le sac et se glissa dans le jardin, par la porte du fond. Célia lui avait donné la clé, sans hésiter. Son air angélique avait le pouvoir d’endormir même les plus sceptiques.

L’opération en elle-même était rapide, la terre, il maîtrisait.  C’était de nettoyer ensuite qui demandait application et précision. Il devait laisser place nette pour que personne ne se doute de rien.

Quand Célia ouvrirait les yeux au petit matin, elle croirait d’abord à un rêve. Et puis son sourire viendrait illuminer son beau visage. Elle n’aurait plus qu’à dire “oui”!

Retrouvez les participations ici: Chez Josée

***

Pour la semaine prochaine, je vous propose d’écrire un texte optimiste à partir de cette photo de street art (Copyright Seth).

Je sais…

Credit Kaboompics

Je ne dis pas la vie comme un fouillis, je l’écris juste pour ce quel est, ce grand manège des émotions, des instants, des ressentis, des sentiments. Je sais savourer tout ce qu’elle a de magique. Si et seulement si je prends le temps d’être connectée à ce qui fait sens pour moi. Ce “pour moi” n’appartient à personne d’autre. Il est ma marque de fabrique.

Je sais ma chance d’être merveilleusement entourée, aimée, accompagnée. Je ressens à plein volume cette allégresse des jours heureux quand je suis en paix avec moi-même, quand je lâche les masques dont je parlais hier.

J’ai compris récemment que c’est dans la spontanéité que je suis la plus authentique. A trop me poser de questions, j’en oublie ce qui compte pour moi. Et pourtant je suis seule aux commandes du navire.

Je sais le beau dans l’ordinaire, la chaleur d’une présence dans les jours d’absence, l’amour que l’on ne contient pas et qui vient faire céder les digues, le merveilleux d’un sourire, la légèreté d’une caresse, la force d’un “merci” . Je sais où je suis bien et où je dois encore œuvrer pour que cesse ce sentiment de valoir moins, de ne pas être assez.

Ma vie d’aujourd’hui a des couleurs extraordinaires et les jours gris ne les rendent pas moins éclatantes. J’apprends à vivre avec qui je suis et à m’aimer dans mes forces comme dans mes failles, à accepter ma vulnérabilité comme une chance d’entrer en contact avec le monde.

Je sais surtout qu’au fond de moi, comme au fond de vous, se cache une richesse qui lentement se dévoile. Pour peu qu’on se laisse le temps de tracer son chemin.

Pensées automnales

Crédit Kaboompics

L’automne est arrivé au milieu de jours ensoleillées. Une saison que j’apprécie et pourtant chaque année il y a comme un vent de mélancolie qui vient me titiller. Tout est trop d’un coup. Trop de choses à penser. Trop de projets. Trop de besoins. Et des doutes encore. Que j’essaie de tenir à distance pour qu’ils ne viennent pas gâcher les jolies heures.

Un mouvement, qui sans cesse me bouscule et m’apaise. Des vagues émotionnelles que j’accueille de mieux en mieux. Certains promettent ici et là la clé pour en venir à bout. Je reste sceptique. Je n’en suis pas à ma première tentative!

Je cherche encore et toujours, à grandir, à évoluer, à déterrer les démons qui sans cesse me poussent sur le côté. J’avance, c’est certain, parfois vite et parfois pas. Parfois j’ai cette impression de revenir au point de départ. Comme si tout ce que j’avais essayé avait échoué. Et alors je me sens perdue, avant de retrouver l’énergie de repartir. Peut-être plus lentement cette fois, en m’écoutant davantage aussi. Il y en a qui se vantent d’avoir la solution à mes plus profondes incompréhensions.

Quand je les écoute, je perds le fil et la raison. Revenir à soi n’est pas toujours aisé dans un monde qui favorise, sans le vouloir sûrement, la culpabilité.

Le meilleur de moi ne se révèle que dans l’intimité. Ailleurs, je me cache, je me voile la face, je donne le change, j’essaie d’exister, j’attends – je le sais – une certaine reconnaissance. Je tire souvent un trait sur ma singularité. Au travail j’ai perdu l’entrain. Je suis un pantin qui suit le mouvement. A la maison, je me surprends encore à me justifier, à lâcher une colère sur laquelle les mots glissent. On dit que derrière la colère il y a une tristesse refoulée. Je ne l’identifie toujours pas.

C’est en écrivant que je suis authentique. Je crois que ma vérité, elle est dans ce que je pose et dépose, ici et là. Le reste, c’est du bricolage, pour que tout tienne debout. Peut-être un peu moins avec le temps. Il faut lui reconnaître l’avantage de nous faire parfois avancer à notre insu. Ce qu’on croyait, alors, impossible, devient envisageable. Il se pourrait que demain, nous devenions plus sages…