Ne plus se cacher ou Oser s’affirmer

Je débute cet article avec l’envie du point final, ou plutôt d’arriver au point final, sans me laisser submerger par des « et si » sans fondement qui viendraient remettre en question ma décision.

Si vous vous souvenez bien, mon mot de l’année était « oser ». Dans ce « oser » pour moi il y avait surtout du oser être soi, oser s’affirmer, oser essayer de nouvelles choses, oser sortir de sa zone de confort, oser dire oui, oser dire non. Donc un travail personnel, qui je dois l’avouer n’est pas toujours de tout repos.

Suite à beaucoup de discussions, certaines que j’ai prises très à cœur et qui m’ont fait réfléchir, tout en m’ayant profondément marquée, à la lecture d’articles arrivés un peu comme par magie pour apaiser certaines interrogations et suite à la découverte de la plume de Françoise Rey, j’ai créé il y a peu, dans l’anonymat le plus total, un blog dans lequel j’ai choisi de laisser libre court à une plume plus libérée – « uncensored » comme diraient les anglais.

Je vous avais fait part il y a quelque temps d’une envie un peu soudaine de m’essayer à la littérature dite « érotique » – vous le savez, les étiquettes et moi, nous ne sommes pas vraiment amies. Je n’ai jamais souhaité me couler dans un style particulier, mes écrits sont plutôt variés et me permettent de m’exprimer plus ou moins librement sur ce qui me touche. Toutefois de là à exposer au grand jour une écriture crue, sans fard, pétrie d’incertitudes, de là à me livrer corps et âme si l’on peut dire, à faire fi de tous les tabous liés à une littérature assez mal perçue et souvent considéré comme bas de gamme, il y avait bien plus qu’un pas à faire. Il s’agissait d’un vrai plongeon. Dans l’inconnu, l’inconnu des mots, l’inconnu des situations, l’inconnu des fantasmes, l’inconnu du regard de l’autre, l’inconnu de ce que l’on ose ou que l’on retient, l’inconnu de ses propres zones d’ombre qu’on camoufle si bien (même si certains ne sont pas dupes).

Je pouvais très bien continuer dans mon coin à écrire, sans faire de vague, ça je maitrise après tout. Et puis je me suis dit qu’à 37 ans, bientôt 38, c’était un peu dommage de me cacher comme une enfant ou une criminelle et triste de ne pas assumer cette part de moi, même si elle contraste avec celle que je montre la plupart du temps, et que certains d’entre vous connaissent, soit dans la vie de tous les jours, soit à travers mes textes.

Le but de cette démarche est profondément personnel avant tout. Ne me demandez pas comment je vais gérer un autre blog – le but n’étant ni de choquer ni d’imposer mon choix, partager mes textes et réflexions à part me parait plus correct et respectueux de mon lectorat. Parce qu’autant être franche jusqu’au bout, ma plume plus libérée ne fait pas dans la dentelle (quoi que) et je ne compte pas me censurer non plus. Pour ça aussi j’ai donné.

Sentez-vous libre d’approuver ou pas, de lire ou de ne pas lire mes textes. Sachez que je respecterais votre choix comme je sais que vous respecterez le mien.

Je tenais juste à partager ce cheminement avec vous. Je me souviens qu’à la suite de la sortie de mon premier recueil de poésie, j’avais reçu de jolis « merci » pour avoir passé le cap de l’édition et ainsi encouragé d’autres à le faire. D’autres l’ont fait. D’autres ont été inspiré par mon histoire. Et au-delà de tous les efforts, doutes, remises en question sur le chemin, je peux dire que c’est mon plus beau cadeau.

Un jour peut-être, vous aurez vous aussi l’envie de partager anonymement ou pas vos textes « érotiques », vos photos, réflexions. Si c’est le cas faites-moi signe, je serais très heureuse de vous laisser la parole, dans un espace libre de tout jugement et d’à-priori (qui sont beaucoup moins inoffensifs qu’on peut le penser).

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La perfection de l’imparfait

Crédit Pixabay

Nous sommes humains, imparfaits, la somme de forces et de faiblesses, mélange de zones franches et de chaos, d’intangible espérance ou d’espoirs vains, de fragilités, de doutes, d’envies, de paradoxes variés.

Nous sommes uniques, parfaits tels que nous sommes, de corps et de cœur. Et si nous aspirons au meilleur, ce n’est pas en quête de perfection mais plutôt de perfectionnement de soi, d’épanouissement, de développement.

Quand l’autre est parfait pour soi et que nous sommes parfaits pour l’autre, ce n’est pas dans un aveuglement complet, qui voudrait que nous placions l’autre sur un piédestal, refusant de voir qu’il est après tout humain, mettant ainsi à l’amour des conditions qui n’ont pas lieu d’être, mais dans une dimension différente, celle d’un amour partagé qui fait des défauts et des qualités des bases fondatrices de la relation (quelle qu’elle soit).

L’unicité de chacun ne nous rend pas forcément attiré par tous. La relation nait d’une idée de l’autre puis grandit avec sa vérité. A nous le choix d’accueillir cette vérité ou de passer notre chemin.

La perfection de l’être existe dans l’imperfection de l’humain. A tous moments faillibles, à tous moments perfectibles. A tous moments en évolution.

A la quête d’un impossible, privilégions celle de l’authentique qui fait de nous des individus de l’instant. Qui n’avons rien à prouver, rien à devoir devenir pour être aimé.

Mon vice à moi

Je ne bois pas, je ne fume pas, je ne suis pas tatouée, je n’ai pas de piercing, je ne suis obsédée ni par le chocolat, ni par les bonbons, ni par le travail, ni par le pouvoir, ni par l’argent, je ne suis pas une acheteuse compulsive ni une croqueuse d’hommes.

Soit, il y a quelque chose qui cloche chez moi.

Soit, j’ai un vice caché, bien caché, si bien caché qu’il demeure insoupçonné.

Ma collègue dirait « méfiez-vous de l’eau qui dort »…

Aurait-elle raison ou tort ?

Je crois que j’aime bien rester une énigme pour certains. Ils sont nombreux à chercher, à me poser des questions. Une fille bien sous tous rapports a forcément quelque chose à cacher! Tout le monde à un vice, allez dis-nous, c’est quoi le tien ?

Ou un péché mignon. Oui mais un péché mignon, c’est un peu trop joli pour attirer l’attention.

Un vice, c’est plein d’interdits, c’est aller contre l’ordre établi. C’est quand même plus excitant, plus passionnant.

J’ai tellement été prise pour une cruche, qu’aujourd’hui, j’aime bien jouer avec ça. J’en ai pris mon parti, je souris à la question, qui revient régulièrement dès que quelqu’un a bu un verre ou deux,  l’air de dire cherchez,  cherchez, donnez-vous en à cœur joie. Supposez ! Surprenez-moi ! Vous n’avez aucune chance de trouver. Et si vous trouvez…

Mon vice à moi, c’est…

Mon jardin secret !

Est-ce qu’en étant en couple, on perd son identité?

Crédit Pixabay

J’ai lu ces mots sur un commentaire récemment et je me suis demandée dans quelle mesure cela pouvait être vrai. Ou pas.

Quand on est en couple, après une période de célibat, on entend souvent la fameuse phrase “depuis que tu le/ la connais, tu as changé”. Et pour cause. La vie s’organise différemment à deux. On s’apprend, on apprend dans une autre dimension.

Est-ce que changer, évoluer, c’est perdre son identité?

Je crois que tout dépend la manière dont on aborde la relation à l’autre. Si on se travestit dès le début pour plaire, si on se conforme à tout un tas d’étiquettes qu’on juge adaptées à la situation, si les idées de l’autre deviennent les nôtres, si dire “non” nous est impossible, si l’autre n’est là que pour combler un manque, alors oui on perd son identité. Qu’il s’agisse d’un acte conscient ou non, la relation est déséquilibrée dès le départ. Et la fin presque évidente. On ne peut pas faire semblant toute sa vie, ni jouer le rôle de quelqu’un que nous ne sommes pas sur le long terme.

C’est comme dans une relation toxique. On change, pas pour soi, mais pour l’autre. On change parce que ça devient une question de survie à un moment donné. On s’en rend compte parfois tout comme on se rend compte que faire marche arrière est impossible. Et comme chacun le sait, les conséquences sont souvent désastreuses.

Je pense qu’une relation équilibrée nous révèle à nous mêmes, nous aide à nous regarder différemment, nous donne les clés pour nous connaître davantage. Dans ce type de relation, nous ne cherchons pas à plaire à toux prix. Ce qui n’enlève rien à la séduction. Nous nous présentons face à l’autre avec nos forces et nos faiblesses, à lui ou elle de faire son choix. Quand on aime une personne, on l’aime pour ce qu’elle est et non pour ce qu’elle pourrait être si. D’ailleurs, je pense que dans une relation équilibrée on n’a pas envie de changer l’autre, ça ne nous traverse pas l’esprit. Chacun vient avec son identité, son histoire, en sachant qu’il y aura des désaccords, des compromis à faire. Comme on ne recherche pas à “sauver” l’autre (quel que soit ce qu’on met derrière cette idée là).

Et alors, est-ce qu’accepter les compromis, c’est perdre son identité?

Peut-être que quand on sent qu’on se perd ou quand les autres nous le répètent à tout bout de champ, il est essentiel de se poser des question. Est-ce de l’amour? Est-ce que je change pour l’autre? Est-ce que telle chose, telle idée est “mon choix”? Est-ce que je me sens bien, en harmonie dans cette relation ou bien est-ce qu’elle me perturbe, me fait dévier de mon chemin?  Est-ce que je me sens libre ou emprisonné?

J’ai perdu mon identité un bon nombre de fois. Je me suis investie dans beaucoup d’histoires (d’amour comme d’amitié) en bradant qui j’étais. Je crois que j’avais une vision faussée de la relation à l’autre. J’ai copié ce que j’avais appris, avec pour objectif principal, ne pas faire de vague, être “conforme” à ce qu’on pouvait attendre de moi. Et j’ai bien entendu rencontrer des personnes pour qui je n’étais “pas assez ceci” ou “trop cela”. Et au lieu de me faire confiance et de m’affirmer, je me suis pliée aux exigences des uns et des autres. Je suis tombée dans la dépendance affective, je me suis effacée, j’ai souffert, je suis tombée.

Cela m’a demandé du temps et beaucoup de travail sur moi pour accepter de voir la réalité en face, accepter de regarder les yeux dans les yeux ce que j’avais accepté, ce que mes relations avaient fait de moi. Pour pouvoir changer la donne. Ce travail a été douloureux, difficile, dangereux parfois, mais pour ce que je vis aujourd’hui, je peux sans hésiter dire que ça en valait la peine. Je ne regrette rien du passé, j’embrasse pleinement le présent.

Et vous, perdre son identité ça vous dit quelque chose? Ou bien vous considérez comme moi que la relation à l’autre vous ouvre les portes d’une découverte plus poussée de vous mêmes? 

 

De la découverte des corps

Crédit Pixabay

On avait vu le corps. En cours de physique-chimie. Les ressorts de la procréation. Les phénomènes du col du l’utérus, les tissus, les trompes de Fallope, la fécondation. Même l’accouchement. Moi j’avais tourné de l’œil. Le corps en schéma. Le corps extérieur, corps procréateur. Le corps intérieur aussi, les organes de vie. Savoir. Connaître. Comprendre le fonctionnement. Le corps, une machine parfaite, digne des plus grands maîtres d’art.

Découvrir. Non. Ou si peu. Écarter les cuisses, ce sera pour plus tard. Chez le gynéco. Ou pour l’autre. Pour soi, on n’en parle pas. Ça ne se fait pas. Cette intimité, c’est un pouvoir qu’on ne dérange pas.

Ressentir. Encore moins. Corps et plaisir ne se conjuguent pas. Ou alors en secret, dans le silence des nuits solitaires.

“Maman” disait qu’un jour on devient femme et que cette intimité il faut la préserver. Est-ce qu’on peut la regarder ? Est-ce qu’on peut la toucher ? Est-ce qu’on peut s’aventurer plus loin ? Est-ce qu’on peut marcher nue dehors et sentir le vent prendre d’assauts nos sens ?  Est-ce qu’on peut être fière du plaisir qui nait à la portée de nos mains ?

Le corps s’exhibe et le corps dérange. Les sens se perdent dans un dédale d’interdits érigés pour préserver la « morale » alambiquée de la société. Quitte à faire du corps un territoire ennemi – le naturel se plie aux injonctions erronées. Ou se révolte et se livre sans limite, objet plus que sujet, violent dans sa recherche d’identité.

“Maman” disait que le corps de la femme est la beauté par excellence, le corps de l’homme, peu flatteur. Alors on regardera en douce, on essayera de glisser un œil sur un poignet, le creux du cou. On basculera pour un sourire, un regard. On figera l’instant sur des mains que l’on espérera fermes et tendres en même temps. On érotisera les zones visibles tant en craignant la nudité. Peu flatteur, dit-elle, mais alors comment pourra t’on se rencontrer ? Quel lien pourra se créer entre moi qui ne connais pas mon corps et son corps à lui sur lequel mon regard ne doit pas s’appesantir ?

Alors il faudra aller chercher plus loin, creuser un sillon sur un corps inconnu, aller chercher ce qu’on ne nous dit pas au creux des draps qui voilent mais ne dissimulent pas. Il faudra oser la découverte pour se rendre compte de la beauté du corps des hommes.

Du corps on n’a pas fini d’en parler, ni de le découvrir, seul(e), à deux, à  quatre, six, huit mains. A le vivre dans le plaisir, un plaisir assumé, accepté. On n’a pas fini de l’écrire, sous toutes les coutures, le décrire sous tous les angles, de le regarder vibrer, s’exhiber, s’affirmer, frissonner. De l’érotiser, au soleil, sur le sable, pieds nus sur l’herbe fraiche, au contact du froid, du chaud, de l’eau, de la terre, du feu, de l’air, de la peau. De l’intégrer surtout comme une chance et non un fardeau.

Mise à nu

Copyright Marie Kléber

Tu sembles tout savoir. Ou voir à l’intérieur de moi.

C’est étrange, pour moi qui tente de garder cette part d’insaisissable, insondable, qui me retranche derrière des hypothèses, de savoir que toi, tu vois au-delà.

Devant toi, je me sens nue, dépourvue des artifices qui me protègent. C’est impressionnant, exaltant et terrifiant par moments aussi. Ces moments où j’aimerais que tu ne devines rien des tourments qui m’habitent, des pensées qui traversent mon esprit, des envies qui bousculent mes certitudes.

Cette transparence peut m’indisposer. Elle me met mal à l’aise parfois. Elle m’amuse de temps en temps, quand je me sens prête à risquer un pas dans un dédale de confidences intimes, créant une complicité plus intense que celle de la chaire ou des sentiments.

Tu sais qu’il faudra, non pas m’imposer, juste doucement, en te montrant rassurant, me mettre devant le fait accompli, pour que je lâche prise sur tout ce que je refuse encore d’assumer, d’affirmer comme étant une partie de moi. La confiance fera la différence.

Accepter ses zones d’ombre, c’est toujours délicat. Et pourtant intensément constructif.

Si les mots le savent, les actes peinent à l’exprimer. Nous avons tout notre temps pour oser…

Je n’assume pas pleinement ma sexualité

Cet article je l’ai écrit maintes et maintes fois dans ma tête, je me suis demandé si j’allais le publier, si j’allais oser surtout. Tout le monde me dira que c’est mon blog et que j’écris bien ce que je veux dessus. Oui mais…Parfois certains sujets sont plus faciles à traiter que d’autres, d’autres sont plus intimes à partager que certains. Et pourtant ici je me suis souvent livrée sur des choses pas toujours évidentes. J’avais juste l’impression d’avoir une légitimité à le faire, puisque je l’avais vécu.

Comme je n’assume pas entièrement ma position d’auteur, même si j’essaie d’en parler davantage, de me mettre un peu en avant, un peu plus qu’avant en tout cas, je n’assume pas pleinement ma sexualité.

Maintenant que les choses sont dites, vous pouvez décider de lire ou de passer votre chemin. Je ne vous en tiendrais pas rigueur. La semaine dernière vous en avez été témoin, j’ai connu un petit creux de vague. Ça arrive, l’essentiel étant de rebondir ! Un avis partagé sur une de mes nouvelles a pointé du doigt une faille. Au-delà de la peur – elle se dompte – je contrôle beaucoup de choses parce que je n’assume pas pleinement qui je suis et en poussant le vice un peu plus loin, on peut même dire que parfois j’ai honte de mes pensées, de mes envies (ne parlons même pas de mes fantasmes!). A 37 ans j’en suis encore là ! A ne pas pouvoir aligner deux mots sur le sujet sans me sentir gênée. Et comme pour tout blocage il y a une origine, je cherche d’où cela peut venir, pour pouvoir travailler dessus. En vain.

J’ai été intéressée par la sexualité très jeune. A 7 ans je dévorais « la sexualité expliquée aux enfants ». A 10 ans je n’avais pas encore mes règles et je découvrais déjà les plaisirs solitaires. A 13 ans, je jouais encore à la poupée et j’écrivais des histoires d’amour d’une intensité qui me laisse encore perplexe aujourd’hui.  J’étais une petite fille très sage et déjà je me disais qu’il y avait quelque chose de pas « normal » chez moi (vous allez me dire qu’est-ce que la normalité?)

La sexualité n’était pas taboue à la maison. Je n’ai pas vécu de traumatisme sexuel. Comme beaucoup, j’ai eu une éducation catholique, c’est certain que ça n’aide pas quand on vous serine à longueur d’homélie que le sexe ce n’est que pour faire des bébés et que vous pouvez pêcher même en pensée. J’étais bien avancée. A l’adolescence, je ne savais plus à quel saint me vouer, alors pour temporiser mes « pulsions » (les catholiques appellent ça des pulsions perverses – merci du cadeau), je me suis tournée vers la religion. Pas juste un peu. Je m’y suis donnée presque corps et âme. J’ai plongée dans un grand bain d’eau bénite. J’ai même eu l’envie de rentrer dans les ordres et c’était loin d’être une passade, puisque 10 ans plus tard, j’ai bien failli passer le cap. Pour le coup c’était le meilleur moyen de dompter ce que je considérais comme « un penchant suspect ». Mes parents m’en ont dissuadée. Je me demande s’ils n’auraient pas préféré me voir courir les garçons…

J’étais réservée, introvertie, silencieuse, calme, posée, timide. A l’intérieur de moi, ça bouillonnait mais je savais faire taire tout ça. Je renvoyais une très belle image au reste du monde. Les gens enviaient mes parents. Et le soir quand les lumières s’éteignaient je me battais avec mes démons. Un combat solitaire et éreintant. Je n’en ai jamais parlé à personne et j’ai enfoui tout ça au plus profond de moi, en pensant que ça ne referait jamais surface. Poser un voile sur les maux, ça a toujours été mon moyen de contourner les problèmes. Les expériences de la vie m’ont montré que ça ne servait à rien, à part envenimer les choses. Mais bon, on ne se refait pas en claquant des doigts !

Puis j’ai commencé à avoir une vie sexuelle active. J’avais 19 ans et toutes mes copines m’enviaient. J’ai vécu ce que j’avais à vivre, sans trop me poser de questions. On ne va pas dire que le sujet était récurrent mais nous en parlions facilement. Je partais du principe que chacun était libre de faire ce qu’il voulait de son corps, seul ou en couple, à partir du moment où il y  avait respect et confiance. Il était clair que moi je resterais dans une voie très classique, histoire de ne pas être tentée par des choses qui ne collaient pas du tout avec mon image de jeune fille “bien” – quoi qu’on en dise de nos jours encore la sexualité féminine est riche de nombreux clichés en tous genres. Certaines arrivent à s’en affranchir et elles ont toute mon admiration – c’est tellement beau une femme libre!

Je n’ai pas franchi beaucoup de caps en 18 ans, même si j’ai été tentée parfois par des chemins différents. A chaque fois que je me suis confiée pour le coup, je m’en suis mordue les doigts par la suite. Les gens de mon entourage n’avaient clairement pas les mêmes besoins ni les mêmes envies que moi – j’avais donc un “problème” (les raccourcis sont vite faits dans ces cas-là). 

On va passer brièvement sur mon mariage, où là pour le coup, le sujet était carrément à éviter. Non guérie de mes vieux démons, à chaque fois que nous nous retrouvions dans l’intimité, j’avais vraiment l’impression d’être une trainée. Je pense que si j’avais assumé ma sexualité, les choses se seraient passées autrement, je me serais davantage respectée et je n’aurais pas accepté d’être traitée et utilisée comme un objet.

Est-ce que ça été le coup de grâce ? Est-ce que cinq ans de célibat sans un contact physique ont mis à mal mes dernières résistances ?

Tout cela refait surface aujourd’hui, parce que la donne a changé,  parce que je suis dans une relation épanouissante et épanouie avec une personne qui n’a aucun apriori sur le sujet, qui en parle sans jugement, très librement et qui me prend comme je suis – c’est assez nouveau. C’est vrai que je me dis qu’il est fou parfois, mais surtout que j’ai beaucoup de chance. Peut-être que c’est le moment idéal pour déterrer tout ça, accepter, assumer, me libérer une fois pour toutes. Dans le respect, la confiance et le partage, tout deviendrait presque possible, dans la limite des limites de chacun bien entendu. Sans compter que l’échange est constructeur pour soi autant que pour le couple. Et que ce serait tellement plus agréable si je n’étais pas si souvent sur la défensive, comme si j’étais prise en train de faire une grosse bêtise !

J’ai parfois l’impression de vivre avec des secrets lourds (ne vous inquiétez pas, mon âme est tourmentée, c’est un état de fait et je vis très bien avec), comme si je devais expier des fautes. C’est un combat perpétuel en moi et pas forcément entre mon corps et mon esprit, entre deux forces invisibles qui ne tombent jamais d’accord (si j’ai perdu quelqu’un en cours de route, j’en suis désolée, moi aussi j’ai du mal à me comprendre parfois !).

Quelque chose me retient toujours. Certaines portes sont verrouillées à double tour. Peut-être que c’est la crainte de mes zones d’ombre qui me retient ou bien celle de ternir l’image de la petite fille sage, un brin rebelle – une rébellion contenue – qui ne fait pas trop de vague, qui rentre dans le rang, qui ne veut pas causer de tort autour d’elle, qui fait comme si. Pourtant je ne suis plus une petite fille depuis longtemps…

Si vous avez lu de A à Z cette confession, je vous tire mon chapeau. Et je vous dis merci aussi pour votre lecture et votre bienveillance. Qui sait peut-être que je ne suis pas la seule à assumer pleinement! 

Feel the beat !

Crédit Pixabay

Du plus loin que je me souvienne, Lucie avait toujours aimé danser. Elle sautait sur chaque occasion, mariage, 14 juillet, fête de fin d’année pour s’adonner à sa passion. Même seule le soir, dans sa chambre. Parfois même en pleine rue, dès qu’une musique sonnait juste, on pouvait la voir esquisser quelques pas.

Pour moi qui n’en alignais pas deux correctement, Lucie m’impressionnait.

« Feel the beat ! »

Ces trois mots disaient tout ce qu’il fallait savoir. Sentir la musique, se laisser porter, faire fi du monde autour, des regards, s’immerger dans les sons, faire sien le rythme, suivre les pulsations, battements et laisser son corps s’exprimer.

Tous les jours au bureau, Lucie portait un masque, celui d’une jeune femme classique, très discrète. Elle prenait plaisir à accentuer les traits du portrait presque parfait qu’elle offrait au reste du monde. Toujours tirée à quatre épingles, on ne lui connaissait aucun penchant suspect. Elle parlait peu de sa vie privée, encore moins de sa vie sentimentale. Elle dégageait une sérénité et un certain mystère qui laissaient les gens croisés remplis de certitudes erronées à son sujet.

Une fois par semaine, dans une fébrilité sans cesse renouvelée, elle lâchait ses tailleurs stricts, ses chemisiers cintrés, ses ballerines, enfilait une robe qui mettait sa féminité en valeur, chaussait ses escarpins à talons et partait à la conquête du monde.

Il fallait la voir se déhancher sur une piste de danse. Il fallait la regarder mouvoir son corps comme si ses mouvements étaient naturels. Il fallait voir les hommes la désirer, s’approcher, s’accrocher, leurs mains écrire une symphonie dont personne ne connaissait la partition. Ils la créaient ensemble à l’instinct. Quand la musique s’arrêtait, chacun reprenait sa place, la magie durait le temps de ce contact éphémère.

Quand Lucie dansait, elle laissait exprimer sa sensibilité, sa féminité, sa sensualité. Elle ne jouait plus le rôle de la petite fille sage et c’était beau à voir. Elle exprimait l’intérieur d’elle-même, se mettait à nu, posait ses vulnérabilités sur la table, envoyait valser les codes, les cadres.

Les femmes la désiraient aussi et au lieu de la troubler, cela lui donnait encore plus envie de lâcher prise. Quand une s’approchait, elle la laissait investir son espace. A elles deux, elle  composait une chorégraphie différente. Elles se cherchaient du regard avant que leurs corps n’ondulent à la même fréquence. Elles fusionnaient ou bien se séparaient. Pour Lucie, la danse comme l’amour relevait d’une alchimie particulière.

J’aimais la voir danser seule aussi, quand elle fermait les yeux, caressait son corps, balançait ses bras, faisait basculer ses hanches, se contorsionnait. Elle semblait ailleurs. Les autres le remarquaient et la laissaient à sa félicité. Elle n’appartenait plus au monde. Elle appartenait à sa liberté d’être.

Lucie devenait une œuvre d’art quand elle dansait.

Texte écrit à partir de l’image ci-dessus

Au bord de l’abîme…

C’est décousu et je m’en excuse d’avance. J’avais juste besoin de poser les mots – maux.

Qui suis-je?

Comment?

Quand est-ce que je suis vraiment moi? Avec qui?

Voilà ce qui arrive quand je perds le contrôle, je suis un vertige. Je me sens vide, vidée. Tout pourrait s’arrêter là.

Qui suis-je quand je suis moi?

Si je ne suis pas libre quand j’écris. Si je n’ose pas, à quoi cela sert-il? A quoi mes mots me servent si je ne les laisse pas vivre, si je me retiens?

Je ne fais que remplir l’espace. Je ne fais que suivre la foule. Et mon histoire reste en moi, inachevée.

Voilà ce que je ne veux pas montrer – le fond de moi en équilibre au bord du vide, la nuit noire. Je ne veux pas que les gens voient à quel point je ne suis rien. Juste du vent.

Quand est-ce que je suis vraie? Qui a le privilège de me connaître vraiment?

Je ne suis qu’un tissu de peurs. J’ai peur de tout.

Pourquoi je n’arrive pas à avancer? Pourquoi je bute toujours sur les mêmes choses? Pourquoi je me sens encore comme cette petite fille fragile? Qu’est-ce qui a fait de moi cette personne qu’un rien peut briser?

Il y a quelques jours encore le bonheur s’imprimait sur chaque pore de ma peau, je me réveillais avec cette sensation de plénitude, difficile à décrire, d’être là où je devais être, d’être bien, de ne rien attendre d’autre que d’être, vivre, aimer, sourire, célébrer la vie. Que s’est-il passé?

Le bonheur est là. Il se tait juste. Il sait mes creux de vague, les heures de feu qui annihilent mes sens, me poussent au bord de l’abîme, cet endroit duquel je reviens toujours, au prix d’un amour incommensurable pour la vie.

Comment peut-on savoir que tout n’est qu’à un battement d’ailes de papillons, que tout peut s’évaporer, disparaître, que le cœur peut s’arrêter de battre et continuer à faire comme si de rien n’était?

Quelle est cette partie de moi que je refuse de voir?

Quelle est cette vérité que je tiens éloignée de moi?

Qu’est-ce qui me retient?

Qui suis-je sous toutes les couches posées pour me protéger, sous l’armure de plomb que je porte pour ne pas me regarder en face?

Qui suis-je quand je suis moi?

Qui suis-je (au-delà de ce contrôle que je m’impose)?

Crédit – Pixabay

Hier, lors de mon atelier d’écriture mensuel, en discutant de mes textes et personnages, sur deux écrits dans la même soirée, les mêmes mots sont sortis de la bouche des autres participants et ça m’a filé une de ces claques.

Le contrôle (tout comme l’équilibre), c’est l’histoire de ma vie en quelque sorte. J’essaye de m’en affranchir depuis de nombreuses années mais force est de constater que ça ne fonctionne pas,  car même les « héros » de mes histoires y ont droit.

Tout dans ma vie est sous contrôle. C’est rassurant et éreintant aussi. Le contrôle me protège, de moi-même et du monde. Le lâcher prise j’y aspire, j’y arrive parfois. Cela ne dure jamais longtemps. Et pourtant je m’accroche…

Depuis que je suis petite, chaque débordement aussi minime soit il a été recadré. Les seuls endroits où le contrôle n’était pas de mise : ma tête et une piste de danse. Petite je parlais seule, mon sas de décompression, cette impression qu’enfin je pouvais lâcher du lest, être vraie à l’intérieur de moi (même si ça gênait beaucoup de monde, une petite fille qui parle seule c’est dérangeant). Sur une piste de danse, c’est la musique et le ressenti qui priment.

Dans la vie de tous les jours, je contrôle mes mots, mes gestes, je planifie à l’excès, je rentre dans le moule, je m’affirme (en culpabilisant beaucoup).  Je contrôle mes émotions aussi. Je me sais à fleur de peau souvent. Tout est extrême en moi, le bon comme le mauvais. J’aime passionnément la vie et j’ai flirté avec la mort. Je me sais capable du meilleur comme du pire. J’ai marché dans les ténèbres et dans la lumière. Je connais l’odeur de la peur, du néant, des tripes mises à nu. Comme je veux rester maîtresse de moi en toutes circonstances, de peur que l’autre en face voit mes fragilités, s’aventure au-delà de l’apparence, je contrôle. C’est presque un réflexe. Parfois l’autre voit à l’intérieur de moi, je le sais, il ne dit rien, il est attentif, présent, il sait, il attend que je sois prête à m’offrir sans fard, dépourvue de toutes ces couches de peau qui ne sont pas moi – peu de gens me connaissent de cette manière là. J’apprends à me découvrir davantage avec ces personnes là, ce n’est pas toujours facile et je ne me trouve pas toujours juste non plus vis à vis d’elles (enfin c’est une autre histoire).

C’est même devenu un trait de caractère. L’année dernière, en écrivant le texte « En eaux troubles », quelque chose s’est produit, le lâcher prise à eu lieu, l’histoire s’est dessinée dans un espace du moi libéré. Et si les retours ont été positifs, beaucoup de personnes qui me connaissent m’ont dit « ce n’est pas toi ». Et pourtant si, c’était cette partie de moi enfouie sous des années de contrôle.

Depuis quelques années, il y a une personne qui touche là où ça fait mal : mon fils. Il est comme un miroir face auquel mes limites se cognent. Avec un enfant, impossible de tout contrôler. Il y a ces moments où je m’y accroche pourtant, où un débordement aussi minime soit il vient chambouler croyances et principes, je me sens perdue, complètement larguée, incapable de réagir comme un adulte devrait pouvoir le faire. Je redeviens cette petite fille en colère contre le monde entier. Puis il y a d’autres moments où le contrôle se tait, l’intuition prend la main, où je m’adapte facilement, principes et croyances s’effondrant au profit de la meilleure manière de gérer une situation compliquée.

Le contrôle est parfois nécessaire, parfois superficiel. J’aimerais réussir à ne plus le laisser diriger ma vie. J’aimerais plus de liberté, moins de culpabilité. J’aimerais que mes émotions ne soient plus un frein, que mon cœur débordant d’amour puisse se dire sans crainte. J’aimerais que mes mots exultent eux aussi. J’aimerais être et que ma manière de m’exprimer ne soit plus vue comme un « débordement », juste comme ma façon à moi d’exister.

Et vous le contrôle, ça vous parle? Vous arrivez à vous en détacher? Si oui, comment?