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Essayer encore et encore

credit @mariekleber37

J’ai beaucoup de choses pas très loin, des petites choses qui touchent, qui font que le tempo n’est pas toujours aussi juste qu’on le voudrait. Des petits riens qui se bousculent et qui parfois créent un tourbillon. Enfin, des choses un peu douloureuses quand même, quelques souvenirs qui viennent me chahuter et des voix aussi qui viennent jouer avec ce que j’ai de plus fragile – cette faculté que j’ai de presque m’excuser de vivre.

Je m’excuse de tout, depuis près de 42 ans, je m’excuse de peut-être déranger, de ne pas avoir les bons mots, la bonne attitude. Je m’excuse de rire, de pleurer, d’espérer. Je m’excuse d’être un peu, un peu trop. Je m’excuse sans cesse jusqu’à disparaitre, ne pas faire de vague surtout, reprendre ma place près de la fenêtre qui donne sur la cour, rêver à ma guise, imaginer ce que ça serait si…

Je m’excuse et je repars, je fais en sorte que tout aille. Je me tais quand ça bout à l’intérieur. Je fais en sorte que la colère se noie dans un “pas si grave.” Je ne dis rien qui pourrait créer une tempête et qui me laisserait KO. Je rumine un peu et puis ça passe. Mais ça laisse des traces. Et ce sont ces traces qui reviennent en ce moment, qui me font presque que dire que j’ai 9 ans. Ces traces de l’enfance, du tableau noir, des humiliations devant la classe, traces des notes que je dissimule, du mal-être que je maquille avec un joli sourire, traces de ce qui n’a plus d’âge.

Finalement ce “sans vague” qui me pèse parfois c’est aussi ma sécurité, ma sérénité. Je me suis affirmée et ça n’a rien changé. Alors je laisse passer, filer, je me laisse le temps d’avoir quelques égratignures, de lâcher prise, de me laisser être. Je retourne à ce que je suis qui ne fera jamais l’unanimité. Mais qu’importe. Il faut que j’accepte de ne pas toujours faire les bons gestes ou les bons choix, de ne pas être si adaptée, de rire trop fort, de pleurer dans mon coin. Il faut que j’accepte que mes mots ne portent pas, pas très loin, qu’ils soient mis de côté parce qu’ils gênent peut-être, même si en soi ils ne disent rien de mal, ils expriment juste ce que je pense, sens, ressens, estime juste.

Finalement je retourne irrémédiablement à ce que je respire. La vie. En essayant de ne pas emporter une culpabilité qui ne m’appartient pas. En essayant d’être de moins en moins ce que l’on attend de moi. C’est loin d’être évident, c’est même très délicat!

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Cinq temps de nous

Il y a eu le temps des jours comptés
Comme si ils allaient s’évanouir
Comme si toi ça ne pouvait pas exister
Entre tes fantômes et les miens
Et puis cette fusion si singulière
Est-ce que c’était seulement vrai ?

Il fallait que je te touche pour en être certaine
Il me fallait le frôlement de ta main sur ma peau
Cette impression d’être à nouveau
D’être ce corps en état de guérison
Corps de femme abandonné à ton corps

Puis le temps passion, passionné
Temps de sueur et de mots posés
Ici et ailleurs pour ancrer cette réalité
De nous deux dans un nouveau paysage
Temps d’insouciance, si léger
Qui me portait, m’emportait là
Où je n’avais jamais osé m’aventurer

Avant que le chaos nous prenne
Et que la distance nous freine
Ramène les blessures sur le quai
Surchargé jusqu’à la nausée
Jusqu’aux questions, aux doutes
Toutes ces peurs que j’avais cru enterrées
Pour toujours et qui venaient menacer
Mon équilibre, le nôtre, celui des instants
Partagés et d’un coup interdits

Rien n’avait changé, tu y croyais tellement
Que j’y ai cru aussi
Juste le temps de retrouver la chaleur de nos étreintes
Mais déjà on se disait moins
On s’écrivait moins
Est-ce qu’on s’aimait encore ?
La passion avait cédé la place à quelque chose d’incertain
Moi, je ne savais rien de ce temps là
L’amour n’avait jamais atteint le 3e été
Je ne savais que le déclin, le silence
Et je l’ai fait mien pour me protéger
Au cas où tu aurais eu l’idée, comme les autres
De t’évanouir dans un moment de lucidité

Les creux de vague me semblent loin
Pourtant j’ai cru y rester
Pourtant tu n’y étais pour rien
Juste la vie et tant de besoins puérils
Toutes ces émotions inavouées
Par crainte de me réveiller un matin, sans toi
Et puis, se remettre à se dire
Pour ne pas passer à côté
Décider d’une autre suite à notre histoire
Parce que quand je pense à toi
Un sourire se dessine
Mon corps entier en tremble
Et mon cœur secoue ma poitrine
Avec toi, j’avais oublié à quel point
Je suis pleinement moi

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Il m’arrive de…

Credit @mariekleber37

Il m’arrive encore de me sentir en marge de son monde. Comme un morceau de terre brinqueballé par ses propres vents contraires, un navire dont l’ancre se tient loin du port, pour ne pas effleurer les contours d’une solitude tantôt sereine, tantôt subie.

Il m’arrive de m’absenter pour me protéger, de m’en remettre à l’instant sans pensée de ce qu’il pourrait être ou faire, sans imaginaire. Et vient ce laps où le temps n’est plus la donnée d’aucune équation. Je ne suis que dans la liberté offerte par ce qui vient.

Il m’arrive de me demander ce que ça ferait si…

Et puis il est de nouveau entre deux mondes, presque à portée de voix, et mon cœur s’emballe, et mon esprit s’échauffe et mon corps entier se meut en pulsations frénétiques de désir. Je ne suis plus cette terre à moitié décrochée de la sienne. Le chaos des sentiments revient en force et il me faut retrouver le chemin, faire taire ce qui me fait encore trembler pour ne retenir que ce qui me fait toujours vibrer.

Il m’arrive de me demander comment tout cela est encore vivant, après la distance, les secousses, l’effondrement régulier de mes ressources, après les peurs et les secrets. Après les voix des autres, celles qui murmurent l’indécence et mes fêlures. Après ma propre voix/voie soumise à tant de paradoxes, qui se cherche toujours.

Il m’arrive de prier Chronos et son temps, lui demander de m’en laisser davantage, pour ne plus avoir à compter soigneusement l’attente, à soigner singulièrement la présence.

Il m’arrive de ne plus trop savoir où j’en suis ni à quoi j’aspire, de vouloir plus tout en sachant que ce n’est pas une solution viable. Mais alors je croise son regard, et je me dis que quoi qu’il m’en coute de doutes et de peurs, de remises en question, de sensation de faire tout ou presque de travers (pas comme les autres en tous cas), ‘nous’ deux ça à le mérite de m’offrir des instantanés de pure joie et de jouissance délicate.

Alors mes choix m’apparaissent soudain, non pas censés, mais justes et libérateurs.

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Rechercher le beau

Credit @mariekleber37

Le décès de ma grand-mère a fermé une page de vie, pas des moindres. Un départ prévu et prévisible, ce qui ne rend pas forcément les choses plus évidentes mais dans notre cas, nous nous étions déjà tout dit, soit à peu près rien!

Je ne peux pas écrire ces lignes sans me rappeler que fut un temps ma grand-mère était mon univers. Elle seule semblait me comprendre, savoir me conseiller, toujours m’écouter. Nous avons eu une relation très fusionnelle, si fusionnelle que pendant des années j’ai cru qu’elle ne partirait jamais, comme si elle avait été faite d’une autre étoffe que la nôtre.

C’était le cas, d’une certaine façon et je l’ai compris plus tard, quand nous nous sommes retrouvées l’une face à l’autre, et que son chagrin a envoyé valser le mien. Il y avait une hiérarchie des sentiments et ma peine n’avait pas sa place dans l’épreuve que nous vivions. Nous nous sommes alors dessoudées et la suite de cette aventure qui avait pourtant très bien commencée a été comme une chute lente et vertigineuse.

Vivre avec ses morts c’est une chose, ne chercher que le moche, faire de la souffrance son domaine de prédilection en est une autre. Le bonheur chez nous c’était tabou. D’ailleurs ce n’était pas pour nous. Quand tout allait bien, ça n’allait pas. Il lui fallait toujours insister sur la petite fissure, jouer avec les événements, les éléments, tirer le fil d’une confession sans importance. Se nourrir du malheur des autres pour créer le sien. Est-ce qu’on avait besoin de ça?

Rien, absolument rien, n’échappait à son contrôle permanent. Tout était sous projecteur déformant. Un mot pouvait générer un tsunami. Et tant qu’elle pouvait nous monter les uns contre les autres, elle jubilait, sous couvert d’une grande générosité. Excessive. Maladive.

Vouloir le beau, le voir, le respirer c’était une trahison, un coup d’éclat. Il ne fallait pas. Mais voilà, elle n’est plus là. Elle a tout emporté avec elle, ne me laissant que les jolies photographies d’une relation en points de suspension. Je les ai choisies, une par une. Je les ai triées pour en faire ressortir les couleurs, bien décidée désormais à cultiver ce qui m’a longtemps été interdit: le sublime de la vie!

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Un nouveau chemin…

Photo by Nout Gons on Pexels.com

“Les personnes hypersensibles ont cette faculté de ressentir tout intensément, parce que leur forte réactivité aux stimuli fait d’elles, des personnes bien plus sensibles que d’autres. Les moments de joie, de colère et de peur sont vécus avec une puissance extrême tandis que leur quotidien est rythmé par une appétence pour l’analyse et l’introspection, une certaine introversion et une forte intuitivité. Chez les hypersensibles, les relations interpersonnelles sont ainsi vécues dans toutes leurs nuances et leur complexité, alors que leur aisance à lire entre les lignes n’est pas toujours facile à vivre et à comprendre pour leur entourage.” La Clinique E-Santé

Tout est dit, tout est là. Quand on ne comprend pas mes hauts, mes bas, sachez que je n’y peux pas grand chose, c’est juste ma marque de fabrique comme celle d’1 personne sur 5 dans le monde. Etre à fleur de peau, c’est un quotidien dans lequel je me trouve autant que je me perds!

Accepter son hypersensibilité est le premier pas. Pas évident dans un monde qui ne met pas particulièrement la sensibilité en valeur. Entre les “trop” et les “pas assez”, l’équilibre est précaire. Comme je l’écrivais récemment, j’ai longtemps refusé mon hypersensibilité. Les vagues me fatiguaient, les vivre et en faire. Je voyais bien que mes proches ne comprenaient pas, mon mode de fonctionnement, ma façon d’être, mes remises en question permanentes, mon besoin de solitude, mes peurs XXL.

L’hypersensibilité est toutefois ce qui me permet de rentrer en contact avec le monde, d’écrire, de ressentir des choses incroyables. C’est ce qui m’a aussi détruit dans mes relations aux autres. L’hypersensible étant souvent très empathique, il attire très facilement les relations toxiques, celles qui lui bouffent toute son énergie et le vide du peu de confiance qu’il possède. La preuve en est pour moi: le harcèlement à l’école, la violence conjugale et familiale.

L’accepter et mettre de la conscience sur ce qui fait mal, ce qui empêche, ce qui blesse. Accueillir tout le bon aussi, tout ce qui permet de vivre les choses à 100%, de comprendre les autres, de lire entre les lignes, de ressentir, de vibrer, d’aimer.

Je me rends compte que c’est un nouveau chemin qui débute, je ne souhaite plus me mentir, me trouver d’autres excuses ou encore me cacher. Mais plutôt accepter toutes ces nuances de moi et tant pis si ça ne plait pas, tant pis si parfois c’est encore compliqué et que je ne me comprends pas toujours!

Pas à pas, je souhaite faire de cet aspect de ma personnalité une force et non plus quelque chose qui me tire vers le bas. C’est peut-être bien en acceptant ce que nous sommes que nous nous offrons toutes les chances de vivre ce qu’il y a à vivre.

Quel aspect de votre personnalité avez-vous du mal à accueillir, accepter? Est-ce un handicap ou arrivez-vous à en tirer le meilleur?

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Moi et mes blessures

Quelles failles reste t-il à éclaircir? Quels maux méritent encore une aide?

Des thérapies j’en ai fait, à des moments où la vie ne me laissait plus le choix. J’ai appris, grandis, compris. Mais j’ai la sensation de revenir sans cesse à la case départ, celle des blessures qui s’attachent.

Je sais que tout dépend de moi, mais est-ce seulement une question de volonté? Est-ce que je n’essaie pas assez? Est-ce que mes travers sont plus profonds que toutes mes tentatives de guérison? Est-ce qu’une fois de plus je me cache à moi-même la vérité?

Les mots m’agressent comme les moqueries à sept ans dans la cour de récréation, comme les menaces à trente ans. Quelque chose vient appuyer sur une plaie qui ne cicatrise pas. Et que je traine en pensant l’avoir apaisée.

A cet instant de ma vie où je voudrai tourner la page du passé, où le moche me donne la nausée, quelque chose me retient, quelque chose me défend de fermer la porte. Je redeviens enfant face aux critiques, aux moqueries (même gentilles), au verbe haut, aux mots faciles qui me rendent fragile. Je me désagrège au lieu de m’affirmer. Je perds mes moyens quand ailleurs je tente de tout contrôler. Pour me rassurer.

Que reste t-il à dégager des combles? Les mots seront-ils suffisants? Combien faut-il encore de temps, de voix pour que la vie devienne plus douce?

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Nos “paraître”

Des lignes comme des histoires
Qui racontent ce que l’on cache
Que l’on croit pouvoir
Dissimuler sans faire de tâche

Des sourires comme des masques
Portés à bras le corps, à coup de cœurs
Froissés par la pudeur
Qui recèlent des rides flasques

Des mots, pressés, pressants
Des actes moqueurs, manquants
Des gestes faux semblant

Des déhanchés comme des combats
Un port de tête, des ronds de jambes
Paraitre ce que l’on n’est pas
Qui se ressemble s’assemble

Et qui ne comprend pas reste là à regarder
Tous ces êtres sans substance
Qui cherchent à s’imposer
Tout en perdant de leur essence

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Intense

Tout ce que je vis est câblé sur un volume d’une intensité qu’il m’est, encore aujourd’hui, difficile de canaliser. Petite, je savais m’extraire du monde. J’ai perdu cette baguette magique ou bien on me l’a prise, en pensant qu’elle allait m’empêcher.

Tout vibre autour, en moi, tout me touche, me surprend, tout me tiraille, me suspend. Je vogue sans arrêt entre des émotions contradictoires, la mélancolie est ma patrie, la mort mon alibi. Et je n’y peux rien.

J’ai longtemps refusé d’être cataloguée hypersensible, pourtant tout est là, tout parle fort et vite, pourtant jour après jour, je me sens trahie par ma propre volonté, tout me chahute, la joie, la peur, la peine. Tout vient se coller à moi quand je ne peux plus le bruit, ni la lumière, quand tout m’agresse, quand un son m’oppresse, quand un changement d’agenda me laisse à bout de souffle.

Tout se bouscule dans ma tête, tous les mots s’offrent des voyages et je prends des virages pour aller d’un point A à un point B. Je donne si bien le change, je m’adapte si bien, c’est ce qu’on dit si facilement. Oui je passe si bien sous silence le manque de constance. Je souris et mon sourire envoie valser l’imprécis.

Je vis tout à fleur de peau, à fleur de trop, je suis dans un vague à l’âme permanent quand mon regard se pose sur une tristesse, sur un regard, sur tout ce qui ne se dit pas mais transpire dans les gestes. Je suis dans un émerveillement surdimensionné. Je suis dans un émotionnel qui n’a pas de bouton off.

Je vois tout, je sens tout, à travers une histoire, je sais sans savoir, mon corps mesure l’impact. On a beau se cacher derrière des couches et des couches de petites choses qui sont là pour maquiller ce qu’on ne veut pas laisser voir et puis un jour il faut composer avec toutes ces parts qui nous composent.

Alors j’apprends, petit à petit, comme un enfant face à ses premiers pas, j’apprends mon souffle qui se détend et mon souffle qui se fractionne, j’apprends le recul sans l’abandon, la distance sans l’éloignement, j’apprends à être avec les gens sans y perdre toute mon énergie.

J’apprends à accepter ce que je peux et ce que je ne peux pas, ce qui est ma plus grande faiblesse et ma plus belle force, ce qui me perd et ce qui me tient, pourtant, toujours debout.

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En corps composés

Credit Kaboompics

J’essaie d’attraper au vol tout ce que j’ai aimé avec toi, de toi, ce diffus des premières heures, cette impression du temps qui n’a pas de limite. Je ne sais pas bien l’amour. Je n’ai jamais été au-delà, j’ai connu les silences et beaucoup d’absence. Alors j’évolue en terrain inconnu et tout ce qui n’est pas stable me semble compromis. Je me sens en sursis.

Je réécris du bout de ma plume tous ces instants magiques, tout ce qui a fait pencher la balance en faveur d’un essai. Et les affinités ont envoyé valser tout ce qui nous éloignait. Même au cœur des tempêtes émotionnelles, il y a toujours eu cette flamme, cet appel vers toi, ce sentiment qui s’enflamme au toucher de ta voix.

Mais plus j’avance, plus je recule, plus j’ai peur, plus je me fonds dans le silence pour que chaque pas loin de toi ne me soit plus si pénible. Je reprends l’armure façonnée pour me protéger. J’efface les possibles, obnubilée par les impossibles. Je ne sais pas comment vivre comme ça.

Alors je m’aventure dans les souvenirs, ils me tiennent au chaud le temps que je saisisse où, quand, comment j’ai commencé à dériver, où, quand, comment c’est arrivé, cette distance entre nous, cet éloignement imposé par le quotidien, cette passion évanouie, ces petites attentions dispersées dans la nuit.

Peut-être que c’est juste la vie de couple, cette vie dont je n’ai aucune idée, qui me prend par surprise et me demande de m’abandonner. Mais comment je compose avec toutes ces insécurités? Je me décompose et j’aimerai que tu lises entre les lignes de mes contradictions.

J’erre sur le chemin à la recherche de ce qui nous tient encore debout, encore amants, en corps composés. Je cherche ta main dans ce que je ne sais pas nommer, ton regard sur un horizon désarticulé, quelques grammes d’un désir presque enfantin pour apaiser l’incertain.

L’été me rappelle la passion, délectation, cet état de vibrations. Peut-être que je veux trop de ce qui n’est plus une composante si présente de nous deux. Peut-être bien que c’est autre chose qui se dessine, quelque chose que je ne sais comment appréhender, qui me demande de lâcher ce qui me tient en sécurité…

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Ce que j’ai tu, ce que j’ai dit

J’ai tout dit au vent, aux arbres et aux roses, aux ailes dorées et au chant mélodieux de l’oiseau. Tout dit au ciel et à la terre, à la mer et ses vagues, aux morts et leurs âmes

J’ai tout dit au temps qui passe, envoyé valser les secrets qui lassent, toutes ces petites hontes que l’on se traine. Et qui finissent par fendre nos cœurs en minuscules particules de haine.

J’ai tout dit pas à pas. En laissant suspendues les sempiternelles questions des autres. Chacune avec son lot d’attente qui ne pouvait être comblé.

J’ai dit ce que j’ai tu pour me protéger. Et pour ne pas m’avouer surtout que ce silence contenait toutes mes insuffisances.

J’ai tout dit au vide, aux prières, au soleil, aux champs verts, à l’horizon embrumé.

Puis j’ai tout dit aux humains, à leurs points d’interrogation, à leur mutisme qui me donnait tort, à leurs valeurs qui chahutaient les miennes, à leurs regards qui trahissaient cette opinion, souvent si haute – trop haute, qu’ils avaient pu avoir de moi et qui d’un coup se fendait en deux ou en mille.

J’ai tout dit sans ciller pour ne pas prolonger le verdict. J’ai dit les failles du système de mes pensées, les peurs qui ne se montrent pas, les choix de vie désordonnés, les sentiments maladroits, tout ce qui a nourri cette sensation de n’être pas assez.

J’ai dit mes maladresses et mes tourments, au fil des aveux. Tous ces demi-vérités gardées comme des bombes, ces réalités maquillées pour que les yeux ne se chargent pas de buée, pour que ma place ne devienne pas nuée de poussières.

Il reste à lâcher, à oser, à faire danser, les mots, les maux et tous ces à peu près pour ne pas offenser, faire pencher la balance en ma défaveur. Il reste à dire ce qui saute aux yeux mais que je retiens pour que nul ne lâche ma main.

Il reste à me dire à moi tant de choses, celles qui feraient exploser tant de possibles, celles qui viendraient me mettre en position d’équilibre au bord de l’abîme, celles que je sais et que je maintiens dans l’obscurité pour qu’aucune ombre ne vienne davantage chahuter mes nuits ou obscurcir mes pensées.

Il reste à me dire tout ce que j’ai dit au vent il y a bien longtemps…

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Ce soir, ça ira mieux

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Ce soir, j’aurai épuisé tous les points qui me tiennent en déséquilibre, mes pensées se seront apaisées. Ce soir, je serai à nouveau pleine de courage et d’espérance, je prendrai sur moi sans décharger mon malaise et ma peine. Ce soir, je serai revenue des profondeurs dans lesquelles mes doutes prennent toute la place.

Ce soir, je referai peut-être ce rêve de l’ascenseur qui ne descend jamais, qui fait des circonvolutions à l’horizontal, qui tourne vite et me donne la nausée. Ce soir, il faudra que je pense à écrire mon rêve pour savoir de quoi il me parle.

Ce soir, je ferai fi des irritations, de la fatigue, je planquerai ma colère dans un coin et je tenterai de prendre tout (ou presque) à la rigolade. Ce soir, je tenterai d’écrire, de décrire ce qui me traverse pour faire la lumière sur le flou.

Ce soir, il y aura peut-être un sourire derrière la porte, et si il n’y en a pas, je tâcherai de ne pas le prendre personnellement. Je tâcherai à l’avenir, quand ça sera possible, de ne rien prendre personnellement.

Ce soir, ça ira mieux parce que je le veux. Et même si ça ne va pas, je garderai encore et encore les tensions à distance, je retiendrai les quelques minutes en suspend qui viendront gommer ces matins silencieux et ces samedis qui décrochent.

Ce soir je tâcherai de lâcher prise, de ne pas m’offusquer d’un mot parti trop vite, d’une énième négociation. Ce soir, j’écrirai sur tout ce qui me défait. Pour réussir à me refaire…

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Spontanéité et Adaptation

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Est-ce d’avoir grandi au milieu de “trop” et “pas assez” qui a mis un frein à cet élan spontané de l’enfance? Peut-être bien.

En société, j’ai appris très jeune à m’adapter, sans toutefois trouver ma place. Il aurait fallu rentrer dans tellement de moules bien façonnés que j’ai préféré l’évasion à la réalité. M’échapper a été mon salut à moi, ma porte de sortie privilégiée. Jusqu’au jour où la réalité m’a rattrapée.

Quelque part ces “trop” ou “pas assez” ont forgé mon identité. Si bien qu’il n’y a que quand je suis seule (ou avec un très petit nombre de privilégiés!) que je m’autorise à me laisser être. Avec les autres, je me fonds, me confonds, je n’ose pas tout, je me protège sûrement beaucoup (pour être acceptable, aimable) mais je crois qu’on s’en fout. On se protège tous!

Ils reviennent encore parfois me susurrer que certaines choses ne se font pas, comme de manger avec ses doigts ou de parler seule, comme d’esquisser quelques pas de danse dans la rue ou de parler fort, de faire de grands signes pour indiquer ma présence ou de sauter dans les flaques d’eau, comme de saluer des inconnus ou de dire tout haut ce que les autres pensent tout bas. Ils reviennent avec les souvenirs de “les gens vont te prendre pour…” ou “je ne te connais pas…”

Alors oui, j’assume parfois et parfois pas. Je planque ma spontanéité par peur de gêner, pour ne pas indisposer celles et ceux qui préfèrent la discrétion. Et par crainte aussi du regard des autres, ce regard qui m’a tant blessée, qui m’a si souvent intimé l’ordre d’être différente, qui a si souvent insisté sur mes faiblesses sans jamais mettre en avant mes forces, qui a fait de moi ce que je n’étais pas, qui m’a tant de fois abandonnée seule dans l’arène.

L’adaptation n’est pas un masque, elle est un choix, qui est devenu avec le temps très instinctif finalement. Si bien que dans beaucoup de situations, c’est elle qui prend le dessus. Elle est ce qui me permet de maintenir à flot mon équilibre, ma sécurité affective. Et parfois, quand le contexte s’y prête, quand je baisse un peu ma garde, quand quelque chose d’inattendu se produit, alors je me laisse moi même surprendre par ce que d’habitude je cache avec dextérité!

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Où que j’aille…

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Où que j’aille, je trimballe mes doutes, mes peines, ce sentiment qui, si je creuse, fait éclater les larmes sur les vitres. Mais je les garde à l’intérieur pour ne plus rien abîmer.

J’ai trop de coups, de gueule, de mots, de peurs dans les bagages. Je n’en veux pas d’autres. Je m’échappe pour l’équilibre, pour la paix. Je délaisse mon intimité, je ne sais pas si j’ai encore de la place pour elle dans le tourbillon des jours qui chamboulent. Et me laissent toujours plus seule face à ces questions, que d’autres balayent sans y prêter attention ou bien à coups d’avis qui ne s’appliquent pas.

Je n’ai plus envie d’entendre que je gère, que j’y arrive, que je suis une bonne mère. Je ne veux plus de ces phrases toutes faites qui ne savent pas la réalité. Je ne suis ni bonne ni mauvaise. Je suis plutôt jongleuse professionnelle. Je tente de maintenir ce que je crains de voir exploser. Il suffirait parfois d’une minuscule étincelle et alors tout partirait en fumée.

Je m’accroche et je laisse filer le cafard. Je ne me pose plus pour que les questions me laissent enfin tranquille. Je pense moins aussi. Je laisse le temps me prendre le main, me dire que je ne suis pas fragile.

A la surface je fais sensation. Derrière le rideau du cœur, je fonds comme une glace au soleil. Je ne me sens pas de taille face aux responsabilités qui m’incombent. Je m’engage avec détermination pourtant mais mes efforts me coutent, plus qu’il n’y parait. Je veux rester maitresse des choses quand tout me pousse à flanc de colline, face au vide.

Je surjoue, je m’adapte facilement. Je fais semblant à la perfection. J’avance dans le brouillard avec mes solutions qui dureront un déjeuner de soleil. Il faudrait inventer, réinventer sans cesse et je n’en ai pas toujours l’énergie. Alors je m’enfuis de la vie, j’invente une autre réalité, je creuse des souterrains pour me cacher. Et là, je peux laisser les larmes couler, sans les arrêter, là je n’ai plus de souffle, je peux me soustraire au quotidien, les autres n’en savent rien et c’est très bien comme ça. Parce que les émotions ça fait des blessures et ça incommode. Il n’y a pas de solution toute faite, pas de chemin balisé, pas d’explication.

Et moi, parfois, j’aimerai juste me déposer, ne plus essayer, ne plus me sentir prisonnière de tout ce qu’il faudrait faire et que je ne sais pas…

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La fin de la lignée

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Serai-je enfin tombée de mon piédestal, celui sur lequel on m’a posée bien avant ma naissance, sans raison aucune, juste parce que j’étais la première?

Portée aux nues par mes grands-parents, comme un trophée, j’allais et venais, toute incartade sanctionnée en douceur, toute rébellion passée sous silence. Mon grand-père a aimé ce qu’il n’a trouvé en personne d’autre, englué dans un mariage désastreux, dans une paternité dressée sur la violence. Ma grand-mère m’a aimée pour blesser ma mère, elle a fait de moi l’héritière de sa lignée chaotique et de son présent torturé.

Dans tout ce que j’ai entrepris, qui a fait flanché l’ordre préétabli, j’ai cru réussir à sortir de cet emprisonnement. En vain. Rien ne semblait pouvoir venir à bout de cet amour malsain, dont j’ai eu la primeur.

Au creux des vertiges qui m’ont tenue éloignée des miens, elle n’a eu de cesse que de prendre mon parti, créant des vagues gigantesques et semant le doute dans le cœur des uns et des autres. Quand tous me demandaient de freiner, elle m’encourageait à accélérer. Quand je pleurais, elle leur faisait porter le poids d’un hypothétique drame. Je l’ai cru sincère avant de la vomir par tous les pores de ma peau de chagrin – celui d’avoir adoré un mensonge et de m’être perdue dans les toiles de ses sempiternelles injonctions, dans le labyrinthe nauséabond de ce qu’elle ose nommer générosité. Alors qu’elle n’a eu de cesse que de blesser ceux qui pour elle avaient des sentiments honnêtes.

Il aura suffit d’une réponse maladroite, d’une opposition sur une question simple, pour que je regagne la terre ferme, le clan de ceux qui ne méritent pas un regard. Les mots ont fusé comme de la lave. Je sais qu’elle est désormais à deux doigts de ne plus vouloir me voir, pour un simple différent électoral. Mais à la fin de sa vie de misère orchestrée, a t-elle encore le choix?

Quarante et un ans pour redevenir ce que j’ai toujours été, avant qu’on ne décide de me manipuler comme une vulgaire poupée. Avec pour seul objectif: détruire.

Le jeu enfin s’arrête ici.

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Entre mémoire et oubli

C’est ici que je reprends des forces, dans les allées, entre les feuilles, les fleurs, la roche et le marbre. Ici, que je couche mes pensées, mes ombres et que je dépose les armes. C’est ici, dans ce temps suspendu, entre mémoire et oubli…

…que je glane des pépites de vie.

Il y en a tant entre ces rangées, tant d’histoires classées, tant de rêves qui se sont tus, tant de chemins tracés, perdus. Oui, c’est bien là, que je reprends des forces, que je me laisse emporter par toutes ces vies que je touche de loin…

…et que le stylo ou mes pensées font revivre au gré des souvenirs qui viennent, comme dans un tourbillon, qui déciment les frontières, abattent les préjugés. Dans la mort nous reprenons nos habits de lumière.

C’est ici que tout se mélange et que je retrouve comme qui dirait mes racines. Tout me parait alors possible. Les limites s’évanouissent et ne demeure que la vie comme un battement de coeur, comme la première aube du monde.

Photos Crédit@mariekleber37