Posted in Emprise et Renaissance, Tout un poème

Dans le corps d’une autre

Photo by Anete Lusina on Pexels.com

Quand le sang coule
La période se veut chaste
La femme attend la pause
Qu’elle accueille comme un cadeau
Reprendre le contrôle de son corps
Apaiser le chaos de son cœur

Elle n’envisage pas le creux
Celui dans lequel pourtant on se glisse
Sans ménagement
Jambes écartées pour recueillir
Le plaisir tabou
Qu’on ne se donne pas seul
Au risque de frôler le néant vengeur

Temps de femme
Qu’on ne respecte pas
Un va et vient sans âme
Qui va plus loin
Toujours un peu plus
Comme si c’était autorisé

Temps rouge sang
Sur le drap blanc immaculé
A l’intérieur le corps se serre
L’invitation est imposée
Les cuisses rougies par
Le silence d’une masturbation orchestrée
Pour éviter le châtiment d’un Dieu manipulé

La femme est, sans être
Là, pour le plaisir d’un autre
Assommée par la demande insistante
Les cuisses enduites d’huile
Pour apaiser la brûlure
Qui de jour en jour s’étend
Qui de jour en jour ploie face au néant

Osera-t-on aller au-delà
Violer la porte du sanctuaire
Celui qu’elle protège d’intrusions saccadées
En ce temps privilégié ?

Osera-t-on s’immiscer
Dans les méandres de l’intime
Plus profondément encore
Que ces caresses égoïstes ?

La femme disparait
Laisse l’autre faire ce qu’il a à faire
Elle abandonne la partie
Vole, son esprit au-delà
La scène en bas est jouée par une autre
Qui de peur, dans l’incompréhension, se noie.

Ce texte est extrait de mon prochain recueil de poésie “2010”, qui sera partagé ici en PDF (sur don libre) et en Papier (si quelques personnes sont intéressées)

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Une autre femme…

Kaboompics

Depuis quelques jours, quelque chose est là. Bien entendu, ça va de soi. Quelque chose comme cette présence qui revient dans notre vie. Tentée une fois de plus de dire “pour mon fils, je vais…”. Non. Je n’aime pas cette idée et je ne l’ai jamais aimée. On ne fait pas pour l’autre, au risque de lui faire porter un poids qui n’est pas le sien. Ni juste, ni productif.

Je me suis interrogée sur ce malaise qui grandissait. Les souvenirs? Les blessures? Non, c’était autre chose. Ce n’était pas comme ces vagues émotionnelles qui parfois me submergent.

Je me suis interrogée sur ce que ça venait toucher en moi. A coup de nuits bancales et de rêves chaotiques. D’un côté, l’opportunité pour mon fils. De l’autre, son père, sa voix, son visage. Un monde.

Mais surtout l’angoisse. Oui c’est ça l’angoisse. La femme que j’ai été. La douleur qu’il a fallut dépasser pour faire face. Le poids des mots/maux. L’emprise. Le femme, fragile, fragilisée, inquiète, inquiétée. La vie menacée, la menace.

C’est ce qui est venu jouer avec moi ces derniers jours. Cette espèce de terreur glaçante. Ce sentiment de devoir surjouer une partition imprévisible.

C’était là. Et puis, poser le regard dessus et réaliser que je n’étais plus cette femme, femme-objet, femme que l’on peut bousculer, chahuter, faire chuter d’un regard froid, d’un sourire mielleux. Je n’étais plus la sauveuse non plus que j’avais cherché à être pour donner un sens à ma vie.

J’ai regardé la jeune femme face à l’horreur, au vide, j’ai vu son regard meurtri, son visage perdu. J’ai entendu les soubresauts de son cœur tiraillé, abîmé. J’ai vu au delà de ce que cette histoire avait voulu faire d’elle. Un pantin, une chose, une possession. J’ai vu ce qu’elle était au delà de tous les masques qu’elle avait porté, qu’elle portait encore parfois. J’ai vu ses yeux briller et son corps se détendre. J’ai accompagné ses larmes. J’ai entendu sa voix, une voix posée, une voix claire. J’ai embrassé l’abîme dans lequel elle était tombée par manque d’air, par trop de violence sourde, celle qui ne se voit pas, celle qui ne marque que l’intérieur.

Je l’ai regardé en face et j’ai su qu’elle avait repris son pouvoir, qu’elle était au-delà du passé, qu’elle était revenue là où elle avait toujours été: libre et en paix.

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Corps à corps

© Tyler Dozier

Dans le corps à corps qui me lie à la terre, je suis la mère

Dans le corps à corps qui me lie à l’arbre de vie, je suis la femme épanouie

Le vert, l’espoir, toujours au creux du cœur, je me laisse aller, porter par les saisons dont la mélodie me fait frissonner

Les destins ancrés en moi sont ceux de tant de passions prêtes à éclore

Et dansent les aiguilles sur mon corps comme le souvenir de toutes ces petites morts

Qui me portent vers la vie!

Ce texte a été écrit dans le cadre de l’atelier d’écriture 315 de Bric A Book.

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Fantaisie(s) ou comment se rêver plus audacieuse

Dans la catégorie fantaisies,

Il y a les fantasmes. Nous en avons tous, nous les assumons ou pas. Ils participent à notre éveil, notre sensualité, notre épanouissement personnel. Nous les gardons pour nous ou nous les partageons. Nous en créons ensemble. Je considère pour ma part que tous les fantasmes ne sont pas réalisables ou du moins ne  sont pas exprimés dans le but ultime de devenir réalité. Ils existent en tant que tels, agissent sur nous. Ils s’inscrivent dans une démarche érotique qui laisse libre cours à un imaginaire dans lequel il n’y a pas de codes, pas de limites. Ils sont simples, variés. On les satisfait si le cœur nous en dit ou on les garde bien au chaud pour nos séances de plaisir seul(e) ou à deux .

Puis il y a tous les scénarios qui prennent forme dans notre esprit, dans lesquels on se sent capable de tout. Je vous l’ai répété, j’ai une imagination débordante, et ce n’est pas toujours négatif – il parait que rêver éveillé est très bon pour la santé – l’ordonnance n’est pas à prendre à la légère !

Mes nuits sont loin d’être parsemées de rêves exquis. Je nage plutôt entre le loufoque, limite glauque et le cauchemar. Du coup, quand j’ouvre les yeux, je me réveille en douceur. Et quoi de mieux, qu’une scène idyllique pour bien commencer la journée. Qui plus est quand on a la maison à soi. Ça peut carrément valoir le coup de sortir le grand jeu – mettre une musique qu’on aime et danser nue dans son salon (c’est juste une idée – n’allez pas croire que c’est ce que je fais !).

Mais il faut savoir que tous mes scénarios bien huilés, dans lesquels je me sens confiante, sûre de moi, à l’écoute de mes envies, fondent comme neige au soleil dès qu’il est question de passer à l’action. Dans l’action, je me laisse porter par le courant. Et généralement il dévie beaucoup de l’idée de départ.

Bien entendu je ne passe pas ma vie à me faire des films – j’ai d’autres envies aussi comme manger de la glace avec les doigts par exemple – mais quand je me laisse aller, je peux devenir tout ce que je voudrais être, le temps de quelques minutes, je suis une femme qui ose. Qui sait, peut-être qu’un jour mes rêves deviendront réalité!

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Dans le Paris des années 20

Elle porte des souliers vernis, sur un collant ocre, à talons fins. Elle monte les marches du métro avec sa vilaine valise à roulette. Elle traîne sa peine dans les rues de Paris, telle une égérie des années 20. On dirait qu’elle s’est perdue dans la course folle du temps. Elle s’est trompée de saison. Elle regarde autour d’elle, mi- émerveillée, mi- apeurée. Elle ne sait pas où elle se trouve, ni où elle va.

Elle semble attendre quelqu’un. Je la regarde de loin. J’étudie ses gestes et la souplesse de sa jupe, une jupe marron aux reflets bruns. J’aime la forme mais la couleur me déplait, trop sombre à mon goût. J’admire la facilité avec laquelle elle attend sans broncher, le regard perdu dans le vide, la main sur son sac, les jambes droites. Elle jette un coup d’œil à sa montre. Je souris. L’étranger qu’elle attend n’est toujours pas là. Elle fixe maintenant un point au loin.

La nuit tombe et le froid s’engouffre sous son manteau. Elle referme les pans sur ses doutes. Je voudrai la saisir par le bras et l’emmener loin de cette place qui se vide, l’entraîner dans une course folle vers les rues animées de Montmartre, coin de Paris dans lequel elle se plairait bien.

Dans quelques instants il me faudra partir, m’engouffrer dans le bus et la laisser derrière moi, ombre surnaturelle dans un univers en papier glacé. Le ciel se teinte de nuages sombres. Je ne voudrai pas que la pluie la surprenne. Si j’avais été peintre, j’aurai dessiné cette belle étrangère aux joues creuses et au regard d’ange, avant de m’éclipser sur la pointe des pieds. Mais je n’ai que mes yeux pour retenir son image de beauté éphémère.

Elle regarde à nouveau sa montre.

Clap.

Son visage change d’expression, elle retire ses talons. Elle se déleste de son sac en cuir, qu’elle pose avec nonchalance sur le bitume mouillé. Elle allume une cigarette.

Clap.

La scène est terminée. Chacun rentre chez soi. Le nez collé à la fenêtre du bus, je cherche désespérément des yeux l’image de la femme admirée quelques minutes auparavant. Elle n’est plus. Les années 20 appartiennent bel et bien au passé.

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Sur un fil

Elle pose son linge sur le balcon. Elle ajuste son foulard sur sa tête. Les enfants jouent déjà dans la rue en contrebas. Leurs cris la rassurent, même si parfois son cœur se serre à l’idée que la route leur arrache leur joie de vivre.

Elle suspend son linge sur un fil. Des robes de couleurs et des pyjamas. Elle regarde au loin le fleuve qui navigue et embarque avec lui quelques pêcheurs solitaires. La chaleur arrive. Elle attend un peu, juste quelques secondes encore.

Elle profite du jour. Dans quelques heures il fera trop chaud pour sortir.

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Filles de la nuit

Fille du soir

Sur le trottoir

Ses déboires

En bandoulière

Et l’espoir

Dans ses veines

Devient traces

Sur sa peau blême

Cicatrices que l’on se traine

Dans la nuit

Verre brisé

Regard perdu

Le folie glisse

Ses doigts

Sous sa jupe noire

Elle dérape

Le silence la rattrape

Elle oublie

Les mains moites

Ferme les yeux

Face à la nuit

L’âme se nourrit

De rêves inventés

Douceurs sucrées

Couvrir son corps

Et s’endormir

Au fond du cœur

Le sang transit oublie

L’atroce réalité

Du destin des filles de la nuit.

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Au coeur des femmes du Monde #6

De ta chambre donnant sur la cour, tu vois défiler des ombres, des femmes enveloppées de noir, presque des fantômes.  Tu pourras crier de toutes tes forces, rien ne changera. Ce soir tu te maries, l’homme tu ne le connais pas. Ni couteau, ni corde pour mettre fin au calvaire que te promets cette nouvelle vie. Le drap  taché de sang te protège. Les vieilles sont venues dans la chambre à coucher avec leurs gris-gris – Tu auras un garçon, tu vivras vielle.

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Au coeur des femmes du Monde #5

Geste machinal. Elle ne vomit plus comme avant. Elle est habituée. Combien de vies a-t-elle arrachées aux corps trop jeunes d’adolescentes pétrifiées ? Elle leur parle, essaye d’apaiser leur chagrin, de leur dire qu’un jour elles pourront à nouveau donner la vie. Quelques fois elle ne comprend pas pourquoi – A leur âge, elle jouait encore à la poupée!

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Au coeur des femmes du Monde #4

Il n’y pas eu de cri. Elle a poussé, fort et tout s’est agité autour d’elle. Les lumières de la salle d’opération sont devenues plus blanches. Allongée sur son lit, elle se demande pourquoi. Un ange passe et dépose un baiser sur son front. Un frisson. La terre tourne mal. Une raison à sa peine, une réponse à sa  douleur – qui peut savoir ?

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Au coeur des femmes du Monde #3

Sous la douche. Tu ne comptes pas les heures. Tu frottes encore et encore. Sale jusqu’au bout des ongles, celui qui a fait ça devait savoir que tu ne valais rien. Tu frottes encore et encore. Ta peau est rouge. Un peu de sang qui coule sur le carreau blanc. Et toutes ces larmes qui ne servent à rien, toutes ces nuits qui ne changent rien.

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Au coeur des femmes du Monde #2

Un autre matin, une autre raison. Tout ce que tu fais n’est jamais assez bien, la table n’est jamais assez belle, le pain jamais assez cuit, ta jupe jamais assez longue, tes mains jamais assez douces, tes amis toujours trop présents. Et pourtant tu t’excuses sans relâche, tu essayes de changer, les coups pleuvent sur toi et tu attends. Demain il te dira qu’il t’aime, il te demandera pardon. Demain tout peut changer. Ou pas

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Au coeur des femmes du Monde #1

Des cris, des rêves. Les volutes de fumée noire brisent ses chances d’un avenir meilleur. Derrière le mur de pierre, une femme s’éloigne. Elle sait désormais que d’elle tout dépend. Elle ira vendre ses charmes à un joueur de cartes, elle ira mendier quelques pièces pour nourrir les siens. Rien ne sera comme avant. Jamais.

“La femme est l’amour. Et l’amour est la plus belle tuile qui puisse tomber sur quelqu’un.

Avant l’amour, il n’y a pas grand-chose.

Après l’amour, il ne reste plus rien.”

Yasmina Khadra – L’Olympe des Infortunes

La femme et l’amour

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Les filles des villes

Les filles des villes portent des bas

Des jupes courtes qui dévoilent

Leurs jambes fines, nues

Sous le voile fin de leurs incertitudes

Les filles de villes se maquillent

Entre deux bus,

Leurs longs doigts blancs

Dessinent des idéaux fragiles

Les filles des villes sont charmantes

Parfois un peu bruyantes

Elles se chamaillent sous les yeux avides

De leurs amants puérils

Les filles de villes apprennent la vie

Sous couvert du silence de la nuit

Leurs rêves de petites filles

Bien accrochés à leurs cœurs transis

Les filles des villes s’ennuient

Se délectent de fantaisies

Bonbons sucrés

Musique saccadée

Les filles des villes

S’accrochent, décrochent

S’enivrent, désirent

Et aiment à la folie

Marie Kléber

c20298fbafdc0e73bc8618bafa117432_resizedJ’ai écrit ce poème d’une traite en pensant peut-être à l’adolescente que j’ai été, à cet entre-deux mondes, entre l’enfance et l’âge adulte, au cours duquel on perd quelques plumes et on se demande souvent ce qu’on fait là, qui l’on est et même où l’on va…