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Quand la santé gynécologique des femmes devient humaine

“La Matrice”, fractale réalisée par Joël Bentzinger

Si vous êtes une femme et que vous avez eu un / des enfants, vous avez sûrement eu droit à des séances de kiné pour rééduquer votre périnée, pas mal malmené par la grossesse, l’accouchement, l’épisiotomie (qui y échappe de nos jours?)

Mais vous a t-on réellement parlé du périnée, vous a t-on expliqué en quoi cette rééducation consistait? Ou vous a t-on laissé seule avec votre sonde (hyper glamour!) et votre appareil pendant trente minutes à regarder la courbe de vos contractions en espérant qu’elles atteignent des sommets?

Il y a six ans et quelques mois, j’étais cette femme, avec sa sonde. Tellement impersonnel. Mais quand on vient d’avoir un bébé, qu’on a passé le stade de l’accouchement, qu’on a laissé sa pudeur aux vestiaires et qu’on enchaine les nuits de quatre heures, on ne se pose pas la question. Le premier kiné sera le bon. Et dix séances plus tard, on repart avec sa sonde et ses résultats (pas toujours glorieux!)

Six ans plus tard, je pousse à nouveau la porte d’un cabinet pour une nouvelle rééducation. Et là, enfin, je trouve écoute et attention. La jeune femme m’explique les bases, ce qu’est exactement le périnée, où il se trouve, ce qu’elle attend de moi, comment elle va m’accompagner. Faire les choses sans comprendre revient à faire peu de choses. Mais dès qu’on comprend, c’est beaucoup plus simple de mettre en pratique.

Elle m’annonce d’emblée que la rééducation sera manuelle. Deuxième bonne nouvelle. Sincèrement je ne me voyais pas recommencer avec ma sonde. Là, c’est beaucoup plus humain. Il y a un vrai échange. Je ressors de ce premier rendez-vous le sourire aux lèvres.

Je ne suis pas la seule à trouver que le monde hospitalier autour des femmes, qu’elles soient mères ou non, n’est pas toujours à la hauteur. La parole s’est libérée il y a peu sur les violences subies et le manque d’humanisme, de bienveillance de certains professionnels. Un accueil, une écoute sont la base d’un service de qualité. Les femmes ont besoin d’être rassurées, surtout sur des actes qui touchent à des parties aussi intimes de leur corps.

Dites-moi comment cela s’est passé pour vous? Avez-vous trouvé les bonnes personnes? Ou bien vous sentez-vous à chaque fois vulnérable quand il est question de votre santé gynécologique?

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Être femme aujourd’hui

Crédit Pixabay

La frontière est mince. Entre ce que l’on dit, montre, entre ce que l’on veut garder pour soi, entre nos envies et nos limites, au milieu de cet incessant mouvement qui nous dit que nous ne sommes pas (et ne serons peut-être jamais) à la hauteur des hommes, entre nos combats et nos victoires, nos fragilités et nos forces, entre l’enfant et la femme, entre les fantasmes (en général) des autres et leurs attentes…

Chaque pas évolue comme sur un fil tendu au dessus du vide. Nous sommes tentées de raccrocher. Fin de l’aventure. On aura cru que c’était possible. On aura échoué. Puis quelques minutes plus tard, prêtes à ne pas nous avouer vaincues. Nous nous relevons, fières. Nous avons déjà bravé des obstacles, fait face.

Il s’agit plus d’une affirmation de soi que d’un combat. Mais s’affirmer demande de lâcher la peur, de ne plus nous placer en tant que petites filles mais bien de prendre en compte toutes les dimensions de notre être, d’oser tout en restant fidèles à nos valeurs et nos sentiments.

La frontière est mince. Entre ce qui nous attire et ce qui nous blesse, entre les modèles que l’on suit et l’intérieur de nous-même (la différence est souvent de taille). Notre émancipation ne joue pas toujours en faveur de toutes les femmes. Nous prenons les rênes d’un jeu qui nous place parfois dans une relation biaisée aux hommes. Et nous oublions fréquemment qu’ils ne sont pas tous des prédateurs!

Il n’y a pas de route tracée. Pas une pour nous toutes. Différentes et semblables, nous évoluons dans des univers qui parfois mettent notre identité à rude épreuve.

Le parcours sera semé de jolies choses et de moins belles. Le monde n’est pas toujours comme nous voudrions qu’il soit. Mais cela veut-il dire qu’il faille baisser les bras?

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Le cauchemar des règles abondantes

On peut même en rire!

Aujourd’hui, on va parler d’un sujet qui sort doucement de l’ombre. Et tant mieux. Âmes sensibles au surplus d’hémoglobine, s’abstenir.

J’étais partie, pour tout vous dire, sur un article un peu différent, qui faisait état à l’heure actuelle des protections périodiques proposées et du fait que la plupart ne me convenaient pas. Sur les réseaux sociaux ou les blogs, on lit souvent des témoignages super positifs, dans lesquels on ne se retrouve pas toujours. Du coup, c’est déjà pas simple à gérer et c’est frustrant par dessus le marché!

Il faut savoir que j’ai tout essayé (cup – serviettes lavables – culotte menstruelle – tampons). Sauf le flux instinctif libre. Non parce que là, sincèrement, ça fonctionne peut-être très bien pour certaines femmes mais…si c’est votre cas, n’hésitez pas à en parler en commentaires.

Suite au scandale sur les tampons – problème écologique de grande envergure et produit nuisible pour la santé – j’ai cherché, comme beaucoup de femmes, des alternatives. Force est de constater que ces alternatives concernent plutôt les femmes qui ont un flux dit “normal” ou “moyen”. Toutefois, moi, avant, je pensais que j’avais un flux dit “normal”. Encore une fois ce n’est pas le sujet évoqué au détour d’un café, j’assumais donc que toutes les femmes vivaient la même chose que moi et si elles géraient, pourquoi pas moi!

Dans les faits…

Mes règles durent au minimum 7 jours. C’est quand même une semaine entière. Dans un mois, l’impact n’est pas négligeable. Les deux premiers jours, le flux est léger. Les deux derniers jours aussi. Les trois jours du milieu, c’est digne d’un film d’horreur. Par abondance, j’entends qu’un tampon (+++) dure 1h30 maximum, qu’une serviette hygiénique lavable rend les armes au bout de 2h30 heures (je vous passe les odeurs), que la cup offre un répit de 3h30, que les culottes menstruelles ne passent pas la nuit. J’ai beau être très à l’aise avec mes cycles en général, souffrir de moins en moins de maux avant et pendant mes règles, je dois dire que ces trois jours m’épuisent à tous les niveaux.

D’abord, parce que les fuites sont fréquentes, mes nuits compliquées – dans ces moments-là partager mon lit avec quelqu’un est une hantise. Parce que je crains toujours de me retrouver dans une situation embarrassante. Encore l’hiver il y a plusieurs épaisseurs pour absorber (même si ce n’est pas du tout agréable de passer une journée entière avec du sang partout), l’été c’est beaucoup plus compliqué. Parce que quand je voyage, que je vais dormir chez des amis, c’est toute une organisation. Quand je fais plus d’une heure de sport aussi ou quand je me retrouve avec du sang partout dans la salle de bain, avec un loulou qui a une envie pressante (depuis le temps il est incollable sur ce phénomène mensuel qui me met dans tous mes états!) Parce que c’est difficile d’en parler, même avec des personnes qui n’ont aucun tabou. Parce que ça me fatigue aussi beaucoup et que si j’en discute avec des professionnels, je sais que la seule chose qu’ils vont me proposer, ce sera un traitement hormonal.

Alors, j’apprends à vivre avec tout simplement, à m’écouter, à lâcher prise – après tout je ne suis pas la seule femme concernée. J’apprends à en parler aussi, plus librement, à ne pas avoir peur. C’est quelque chose de très naturel et j’ai l’impression, que comme beaucoup de choses naturelles, on a tendance à en faire un tabou. Un de plus. Ce qui à mon humble avis n’apporte que plus de problèmes, plus de craintes et ne fait que renforcer les sentiments d’exclusion, de culpabilité et de honte.

Et vous, vos flux, ils ressemblent à quoi? Vous en parlez? Vous n’osez pas? Vous êtes à l’aise avec vos cycles, votre sang? Ou bien c’est un sujet très sensible que vous n’abordez qu’avec votre gynécologue (si tant est que vous en ayez un de compétent) ?

 

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Talons Hauts

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Crédit Pixabay

Qu’est-ce que j’allais faire avec des talons ?

J’étais bien assez grande. Tout le monde le disait. Le plat pour une fille comme moi, rien de plus parfait.

En douce, je regardais les femmes en talons, leur démarche chaloupée, la ligne de leurs jambes qui semblaient s’étendre jusqu’au ciel. Je les voyais marcher, pleines d’assurance. Je les trouvais jolies, sensuelles, confiantes, féminines, sexy. Je voulais leur ressembler.

Je fantasmais sur des talons, qui certes me feraient gagner des centimètres superflus, mais m’ouvriraient les portes d’un autre monde, celui de l’élégance, du style.

J’essayais. Puis je revenais inlassablement à mes mocassins, mes ballerines, le summum du classicisme. Je ne pouvais occulter ce côté terre à terre très pratique. Je ressentais toutefois l’envie de m’envoler.

Personne ne me prenait au sérieux. Un plaisir devenait un écart. Tiens, superflu encore une fois. A quelques centimètres du sol, je gagnais en confiance. Je me sentais prête à conquérir le monde. Je devenais audacieuse.

Quand les lumières s’éteignent, imagine-moi, impatiente, t’attendre au coin de la rue. Admire le mouvement fluide de ma jupe qui suit celui de mon bassin. Regarde mon corps, à l’aise, qui oscille entre fièvre et chaos. Je ne suis plus cette petite chose, cette petite fille à qui l’on a toujours répété que les talons il fallait oublier, à qui on a dit dans un sens plus large, ce qu’il fallait faire et être, et qui a toujours obtempéré. Je ne suis plus une femme qui fantasme en se disant que ça lui est interdit. Je suis une femme qui choisit.