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Brèves de Confinement #1

Pour garder une trace…De ce temps, ce passage, de l’extérieur à l’intérieur. Temps de peur, de doute et temps de projets aussi. Ils se multiplient. Temps d’attente et temps de renouveau, le printemps est là comme un signe.

Lundi 16 mars:
Au réveil, nous ne savons pas encore vraiment ce qui nous attend. Hier, nous étions au marché, nous devisions avec les copains sur nos doutes à pouvoir gérer nos loulous, le télétravail, potentiellement nos conjoints, sans même pouvoir aller au restaurant ou au parc.
Le matin, je suis en congés, c’est quartier libre à la maison, nous jouons 2h à la pâte à modeler. Puis le bureau appelle, pour venir chercher ses dossiers, c’est aujourd’hui, à partir de mardi tout le monde en télétravail à 100%.
Je fais le trajet à pied, mon père vient garder loulou. Les rues sont désertes. La fatigue bien présente.
Nous nous couchons comme d’habitude, je tiens à ce que nous maintenions notre rythme, demain il faudra se mettre au travail donné par la maitresse!

Mardi 17 mars:
Premier jour de confinement
Pleine de bonnes résolutions,je me fais une séance yoga avant le réveil de loulou et un peu d’exercices de respiration. Je teste, toujours pas de chauffage. Je relance l’agence.
On aménage la table du salon, coin “télétravail” et un coin “classe à la maison”. Pas facile de s’improviser instit, surtout quand on a un réservoir de patience à la limite de la carence. Ni de gérer les urgences du bureau tout en jouant à la vendeuse de sandwichs en pâte à modeler.
Mais grosso modo la première journée se passe plutôt bien. On termine par une séance peinture.

Mercredi 18 mars:
On continue le travail qu’on n’a pas fait la veille, puis loulou joue pendant que je m’escrime à comprendre des tableaux excel. Je suis obligée de mettre mes lunettes, l’écran me flingue les yeux.
Toujours pas de chauffage, heureusement il fait beau. On ouvre grand les fenêtres pour profiter du soleil.
Loulou veut sortir jouer avec la petite voisine. Je me tâte, demande à la maman. Alors que je suis en call avec l’équipe, il revient à la charge toutes les deux minutes. C’est usant. J’ai beau lui dire que cet appel est important, que j’ai besoin de me concentrer, il continue son cirque.
Je le laisse filer, incertaine.
Les enfants jouent au ballon dans la cour, j’entends leurs rires, ça fait du bien.
La soirée est festive, on écoute de la musique en écossant les petits pois.

Jeudi 19 mars:
Mes bonnes résolutions sont tombées à l’eau, c’est tout juste si je prends le temps de respirer 5 minutes. Il faut dire que j’ai un bon mal de gorge et mes règles qui n’en finissent pas. J’accuse le coup.
Comme chaque matin depuis une semaine, on prend un vrai petit déjeuner, ensemble. C’est un moment qui me fait du bien.
Puis la petite voisine vient faire son travail à la maison. Les enfants rigolent et j’essaie de garder mon calme. Le matin, c’est maths et l’après-midi français. Puis jeu de ballon dehors. Je me pose de plus en plus de questions quant à ce temps qu’ils passent ensemble. En ces temps, je me demande quand même si c’est une bonne chose, pas seulement pour nous, mais pour eux, pour les autres. Les règles sont claires: chacun chez soi, mais je fais un blocage. Et l’angoisse monte, le grand trou noir. Je vacille, le sang coule abondamment. Je prends aussi conscience que j’ai besoin de me retrouver. Je suis heureuse que les amis de mon fils se sentent bien chez moi, mais j’ai l’impression depuis quelques mois de ne plus être chez moi justement, de ne plus avoir de temps calme, de continuellement gérer des broutilles de gamins, des cris, des conflits. Je suis à bout.

Je ne suis pas seule. Le son de sa voix au téléphone me fait du bien. Cela ne fait que quelques jours que nous sommes séparés et pourtant j’ai l’impression que cela fait très longtemps. Les jours n’ont pas la même densité quand on reste chez soi, qu’on ne sort pas. J’essaie de ne pas trop penser.

Vendredi 20 mars:
Jour de RTT obligatoire.
Je me remets doucement de ma nuit. Les cauchemars sont légions cette semaine. Pas étonnant!
Le matin c’est ravitaillement. Je laisse loulou à la maison devant un épisode de Thalassa. Il adore regarder les reportages sur la vie des marins pêcheurs! Il est bien le fils de son père!
Ensuite les enfants filent jouer. Et l’angoisse monte. Je décide de ne surtout pas appeler mes parents aujourd’hui. Leurs infos sont hyper anxiogènes. J’ai besoin de beau.
J’ai beau chercher autour tout est vide. Je perds pied. Je crie sur loulou. Je pleure. Je lui demande pardon. Je lui dis que je n’ai pas toutes les clés.
Je plonge. Je suis incapable de me raisonner.
Cette semaine j’ai enchainé les machines, j’ai passé un temps fou à faire la vaisselle, balayer, aspirer, désinfecter. Rassurer aussi. J’ai l’impression que la charge est trop lourde pour moi, une fois de plus. Je me sens tomber. Je me demande combien il me reste de Dafalgan dans ma boite. C’est pas assez. Puis je pense à loulou, je ne peux pas lui faire ça.
Allez je vais repasser. Les enfants jouent toute la journée. On verra le travail demain. Je n’en ai pas le courage de toute façon.
Le soir on regarde un film drôle. Demain est un autre jour!

Samedi 21 mars:
Je me lève encore un peu vasouillarde mais prête à donner un nouvel élan à ce confinement. Je ne vais pas me laisser abattre.
Loulou fait une petite grasse matinée. J’en profite pour écrire un peu. Je lâche les maux.
On met à plat nos idées pour que semaines et weekend se passent le mieux possible, chacun s’engageant à faire des efforts.
On bricole, on fait des expériences, on prépare à manger.
J’ai pris ma décision, loulou n’ira plus jouer avec sa copine. J’ai interrogé plusieurs personnes de mon entourage. Même si ce n’est pas dangereux pour nous, ça peut l’être pour d’autres. On s’organise autrement.
L’après-midi, je prends un peu de temps pour moi pendant que loulou termine son travail de la semaine.
Je mets de nouveaux histoires sur sa boite Lunii (les parents de jeunes enfants savent de quoi je parle). Soirée plateau-télé. A 20h on applaudit, on dit bonjour aux voisins. Et on file au lit.

Dimanche 22 mars:
Loulou se réveille avant moi.
Il fait gris. Les enfants se tapent la causette, elle en bas, lui à la maison. Au moins comme ça il ne se disputent pas!
On traine un peu en pyjama. On fait de nouvelles expériences.
On lit ensemble (enfin je lis et il écoute) le deuxième chapitre d’Harry Potter à l’école des sorciers. Puis il regarde la fin de la grande vadrouille pendant que j’envoie ma newsletter pour le blog.
On cuisine ensemble puis on profite que la cour soit libre pour aller se dégourdir les jambes.
Le weekend touche à sa fin, je vais mieux malgré un mal de crâne terrible. Je regarde Walk the Line. Ce mal de crâne me rappelle mon zona. L’intensité est extrême mais j’arrive à m’endormir. Je fais de drôles de rêves.

PS: et le carême continue, et ça devient de plus en plus difficile de résister à la tentation!!!

Bonne semaine à tous et à toutes! Prenez-soin de vous à tous les niveaux!

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J’en ai déjà marre…

Crédit Pixabay

Ca y est, tout le monde reprend le chemin de son blog…

Tout le monde nous invite à vivre le confinement comme une aventure extraordinaire, qui nous offre la chance de revenir à l’essentiel, à ce qui compte. Tout le monde nous exhorte de ne pas céder à la panique à l’idée de passer plus de 15h par jour avec nos conjoints, enfants. Tout le monde vante les mérites de cette pause imposée, de ce temps pour se reconnecter à soi, lire, créer, imaginer, rêver, apprendre, reprendre le contrôle de sa vie…

Je vais être franche, je suis déjà saoulée. D’abord parce que pour beaucoup cette pause ressemble davantage a un parcours du combattant qu’à un long fleuve tranquille, que beaucoup de personnes sont isolées, sans contact, que dans les familles où la violence règne, le confinement amplifie les risques. Parce que beaucoup vivent dans de petits, voir de très petits espaces, vont de logement en logement, n’ont pas d’eau chaude ou de chauffage, d’endroit décent pour vivre. Parce que beaucoup n’ont plus de travail ou doivent arrêter le leur pour s’occuper de leur famille.

J’en ai déjà marre de ceux qui se plaignent parce qu’il fait beau dehors et qu’on ne peut pas en profiter (oui quel grand malheur!), ceux qui aimeraient bien déroger aux règles (il parait que grâce à cette crise on sera moins individualiste, j’attends de voir…), ceux qui nous font la morale sur la peur, etc…

Ceux qui nous parlent de solidarité (je n’en ai pas vue la queue d’une cerise pour le moment!), ceux qui ne comprennent pas les enjeux et font comme si ce n’était rien, ceux qui pensent que toutes les familles sont sur un même pied d’égalité.

Tous ces discours (qui partent certainement d’un bon sentiment) m’exaspèrent, ils ne prennent en compte qu’une réalité. Il y en a tant. Ils sont comme des injonctions, encore, à être, faire comme. On a beau dire qu’on veut sortir de ce schéma, on n’y revient sans cesse.

Et dans ce tant, combien sont ceux qui pourront vraiment le mettre à profit, combien sont ceux qui s’en sortiront sans bleus à l’âme, sans parler de bleus au corps, combien sont ceux qui en sortiront plus “vivants” qu’avant, plus disponibles pour les autres?

Seul l’avenir nous le dira. En attendant j’ai une pensée particulière pour toutes celles et ceux qui ne rentrent pas dans toutes ces cases bien jolies et qui chaque jour gèrent leur quotidien du mieux possible (dans les rires et parfois les crises aussi!)

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L’empire du Schtroumpf Grognon!

“C’est moche”, “j’aime pas”, “t’es nulle”, “j’en ai marre!”, “c’est toujours la même chose avec toi”…

Du matin au soir et du soir au matin, la charmante ritournelle de l’enfant. Les mots magiques passent souvent à l’attrape ou bien se glissent entre un bisou et un “t’es géniale, je t’adore”, quand enfin, de guerre lasse, on dit “oui”, à bout de souffle pour une pause télé. Qui s’éternisera c’est certain, alors même que nous nous étions dit la veille qu’on ne nous y reprendrait plus!

Le réveil se fait dans les cris, non de joie, loin de là. On a beau tout essayer, la douceur, l’humour, l’indifférence, un peu de fermeté, rien n’y fait, on est toujours la méchante de l’histoire. Pas grave, ça passera.

Entre les dizaines de choses qu’il faut répéter au minimum dix fois pour qu’elles s’impriment dans le cerveau du loulou, entre les “je vais le faire” et les “mais j’y arrive pas” avec la voix plaintive de l’enfant à l’agonie, qui ne veut surtout pas faire quelque chose qu’on lui demande de faire. Esprit libre, bonjour! Non, vous ne me mettrez pas au pas, jamais!

La porte claque. Vous êtes dans la rue. Presque le sourire aux lèvres, avant le prochain mot de travers que vous prononcerez face à votre progéniture qui se sent incomprise, à la limite maltraitée par une mère qui ne comprend rien à rien.

Le soir, point d’accueil chaleureux en vue, il faudra composer avec un “je t’ai dit que j’aimais pas les haricots verts” ou “tu m’avais promis des pâtes, t’es une menteuse, tu mens tout le temps”, “je te déteste”. Rester calme, prendre les choses avec détachement, ne surtout pas perdre sa bonne humeur, tout en rappelant les règles sans que le volume sonore n’atteigne des décibels qui pourraient bousiller nos tympans, déjà bien fragilisés!

Après trois “oui” ou l’art de savoir lâcher prise et deux “non” ou l’art de recréer des tensions à partir de rien – en même temps à 21h15 on ne peut clairement pas dire “oui” à une partie de foot dans 15m2, on peut enfin profiter d’un temps de semi-calme avec l’histoire du soir, qui sera tout de même, au choix, toujours trop courte ou vraiment pas assez longue.

La chanson du “non”, “j’ai pas envie” reprendra de plus belle…
Chaque soir et chaque matin
Chaque fois qu’on proposera une sortie
Chaque fois qu’il faudra marcher plus de 5 minutes pour aller quelque part
Chaque fois qu’il faudra aller quelque part
Chaque fois qu’on aura une idée nouvelle
Chaque fois qu’on proposera une activité originale (qu’on se serra cassé la tête à trouver sur tous les sites de mamans qui semblent réussir à mobiliser leur progéniture pour des activités créatives)
Chaque fois qu’on devra faire le ménage, la vaisselle, mettre une machine…
Chaque fois qu’on ne ramènera pas LE diner de rêve à la maison

Il n’y a que deux choses que l’enfant accueillera avec bonheur, un dessin animé ou trois heures dans un parc d’activité, dans lequel il saura vous amadouer pour que vous fassiez toutes les activités avec lui – trimballant votre 1m80 entre la piscine à boules et le château gonflable – vous avez beau être “nulle, moche, bête”, vous êtes la seule à faire le zouave, pour enfin gouter à un semblant de complicité et de paix, qui s’évanouira au moment où vous direz à votre enfant “il est l’heure de partir”.

Ps: Merci à l’école qui apprend à nos enfants que les parents n’ont pas le droit de “crier”, d’être en colère, d’en avoir ras la casquette, de les effleurer ne serait-ce que du bout des doigts quand décidément trop c’est trop. Vous ne savez pas à quel point je vous déteste dans ces moments de faiblesse où j’ai juste l’impression de tout, mais vraiment tout faire de travers! 

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Quel sale caractère!

« Quel fichu caractère ! »

Et voilà, c’est reparti ! Tout ça pour un petit « non », tout riquiqui, une petite prise de position sans importance. Quelle plaie, ma mère !

Je ne la comprends pas. Toujours à plat, jamais capable de lâcher prise. Pourtant je donne de moi, je fais tout mon possible mais au lieu de me remercier, elle hausse le ton et me répète quinze fois les mêmes choses. Je me demande parfois si elle ne me prend pas pour une pauvre cloche, sourdingue par-dessus le marché.

M’enguirlander c’est encore ce qu’elle fait de mieux.  Le sapin, à côté, souffre de jalousie. Il me toise, l’air de rien, mais je sais qu’il m’en veut. C’est vrai que cette année il fait un peu pitié, ma mère n’avait sûrement plus de jus pour le décorer dans les règles de l’art. Le pauvre !

A force de faire gaffe à tout, je me demande si elle ne va pas nous faire un burnout, on sera bien avancé. C’est son histoire de « flou » qui m’a mis la puce à l’oreille. Elle dit qu’elle y voit plus rien, qu’elle se sent perdue, qu’elle n’a pas les clés. Tant qu’elle ne perd pas celle de la maison, je me dis qu’on s’en sort pas trop mal.

Je suis d’accord, le portrait est pas top. Mais bon quand je suis en colère, je lui lance tout ce que j’ai sous la main. Je la déteste et je rêve d’une autre maison avec une maman qui arrête de me dire ce que je dois faire et comment me comporter, comme si je savais pas, comme si il fallait m’éduquer. Non mais, elle croit quoi ? Qu’elle sait mieux que moi ?

Quand la colère retombe, enfin, je dois reconnaître que sa tendresse m’entraine sur des chemins, qui d’un coup, me font redevenir l’enfant que j’étais il y a quelques minutes à peine. Entre ses bras, là, dans cet instant, je suis bien.

Ce texte a été écrit dans le cadre de l’atelier d’écriture d’Olivia. Les mots étaient: flou – caractère – tendresse – burn out – lâcher – cloche – enguirlander

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Nous deux

Crédit Pixabay

Pousse la porte et rejoins moi. Au pays de nos souvenirs. Ceux qui nous tiennent chaud et ceux un peu froids, avec lesquels on tente de guérir.
On a tellement entendu le pire qu’on s’est dit que nous c’était le paradis. On n’a pas su voir que notre enfance aussi était pleine de blessures et de non dits.

Je ne savais pas, entre ta place et la mienne. Moi, la première l’adorée. Toi, la deuxième, celle qui n’existe que dans le sillage de l’autre, celle qu’on voit à peine, celle qui ne trouve pas sa place.

Nous n’étions pas proches, enfants. Nous étions deux produits façonnés pour répondre aux besoins de sécurité d’une mère qui en manquait terriblement. Pour contrer le mal il fallait le mieux. Nous n’étions pas à l’aise dans nos vêtements toujours impeccables, dans nos caractères presque parfaits.
Nous nous sommes protégées, chacune à notre façon, pour avancer.

Puis nous nous sommes retrouvées. Quelque part. Cela a pris du temps, le temps des maux, le temps de trouver notre tempo, le temps de reprendre contact avec la vie.
Le temps de pouvoir dire nos souvenirs, commun. Le temps de ceux qui ont joué avec nos vies comme si nous n’étions que des poupées, sans émotion, sans ressenti.

Un temps de constat pour prendre la mesure, d’où l’on vient. Où l’on va. Comprendre que notre bonheur ne sera jamais assez, toujours accompagné des pires scénarios face à l’avenir. Alors mieux vaut le préserver.

Avant nous étions seules avec nos valises, bien lourdes parfois à porter. On se sentait bien seules avec toutes ces images atroces, dites et redites, sans cesse répétées.
Aujourd’hui, nous avons pu parler. Nous sommes deux. Deux face à ce qui nous dépassera toujours. Deux face à l’inexorable poids d’un passé qui ne nous appartient pas. Deux pour pouvoir dire quand ça ne va pas, quand tout casse et qu’on se sent perdu, au bord du vide. Deux pour faire revivre la joie, qui est bien là, quelque part, qui vient ponctuer le chaos, cette joie qui rend à l’enfance ses lettres de noblesse. Il y en avait avant, c’est peut-être pour ça qu’on n’a pas compris…

Nous sortirons grandies de ce tour de force, lâchant au passage tout ce qui ne nous sert pas, tout ce qui n’est pas nous mais que nous avons gardé pour répondre aux attentes, pour être aimées, tout ce que nous ne voulons pas pour aujourd’hui, dans nos vies de femmes, de mères. Pour que l’avenir soit plus radieux. Loin des traumatismes maternels, que nous ne pourrons jamais apaiser. On a beau le savoir, ce n’est pas toujours aisé de vivre avec.

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Regards d’enfance

@ Robert Doisneau

Papa disait toujours que maman ne savait pas choisir, qu’il ne fallait surtout pas la laisser seule dans un magasin, sous peine de voir le compte en banque s’affoler. Et maman disait que dans le vie choisir c’est compliqué.

D’ailleurs, elle ne savait pas faire. Ni pour les bagages ni pour nous. Elle emmenait toujours la maison en vacances, les pulls d’hiver même en plein été. Papa avait beau lui dire que ça ne servait à rien et que ça ne rentrerait pas dans le coffre de la voiture, elle faisait comme bon lui semblait. C’est à dire n’importe quoi. Et nous suivions, dociles petits soldats.
Lisa était trop petite. Albert et moi bien assez grands pour saisir certaines réalités

Maman ne nous avait pas choisi. Pas plus qu’elle avait choisi sa vie avec papa. Elle ne prononçait pas son prénom, jamais. Elle faisait tout, maman, sans rien demander, si ce n’est le silence. Elle disait qu’elle ne savait pas comment faire avec nous, avec les pleurs de Lisa et nos bêtises farfelues. Elle souriait, voilà et ça passait.
Maman nous aimait, à sa façon, avec ses deux mains gauches et son cœur pas très causant. Sa beauté faisait le reste.
Les autres mamans, ça vous enveloppait de câlins, ça vous bavait des bisous sur les joues devant l’école, ça vous garnissait votre cartable de mots doux, de biscuits “fait maison”.
La nôtre, elle nous disait au revoir sur le trottoir d’en face. On ne savait pas trop ce qu’elle faisait maman de ses journées. Le soir venu, le diner reposait sur la table du salon, on mangeait bien, sauf Lisa qui n’aimait rien et ça gâchait le sourire de maman. Et ça embêtait bien papa. Quand ils avaient le dos tourné, Albert était de tournée de restes, histoire de sauver la soirée. Lisa pleurait quand même. On n’y comprenait rien.

Maman s’est envolée un soir d’été, à la veille des grandes vacances. On avait déjà mis les valises dans le coffre. Toujours trop petit. Elle a dit “pas de bisou ce soir, vous êtes grands maintenant”. On avait pas l’impression de l’être mais bon, c’était maman, alors on a pris chacun la main de Lisa et on la lui a tenu jusqu’à ce qu’elle s’endorme. Maman a du partir à ce moment là. On entendait la pluie dans la cour, comme si le ciel pleurait pour nous.
La maman qu’on n’avait pas eu. Ou celle qui était passée comme une étoile filante, sans jamais savoir où se poser. On a laissé sa valise au pied de l’escalier et avec papa on a filé vers la mer, vers le sud, vers la vie sans choix compliqué.

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Pourquoi je n’arrive pas encore à faire la paix avec mon éducation

Helena@ Pixabay

Je me pose pas mal de questions en matière d’éducation en ce moment et voilà que ce matin, au réveil, j’ai réalisé que j’étais toujours en phase de guérison par rapport à mon enfance.

Et pourtant j’ai eu une enfance de rêve! J’ai eu des câlins, des “je t’aime”. On m’a consacré du temps, on m’a donné de l’attention. J’ai été désirée, aimée, choyée. Même adorée, par mes grands parents maternels.
J’ai été l’enfant parfaite – calme, sage, qui dormait bien, mangeait bien – pour mes parents.Je garde des souvenirs merveilleux de ma petite enfance.

Ma sœur est arrivée et on peut dire qu’elle a mis les pieds dans le plat direct. Nous n’avons pas vécu les choses de la même manière.
Elle a fait sa crise d’adolescence à trois ans!
Moi, j’ai pris la douleur de l’enfance maltraitée de ma mère en pleine figure. Elle ne me l’a pas demandé mais avec ma sensibilité et mon niveau d’empathie, je me suis sentie pleinement impliquée dans cette quête. Inconsciemment, elle a répondu à mes attentes en nous demandant d’être des petites filles modèles, de ne pas faire de vague. Tout ce qui était hors du cadre était comme un coup de poignard, qui venait mettre à mal les efforts qu’elle faisait pour sortir la tête de l’eau.

Je crois que mes parents n’ont jamais saisi que nos éventuelles crises, nos mécontentements, nos erreurs, nos errements n’étaient pas des actes contre eux, mais juste notre manière d’être, d’appréhender le monde à notre façon.
Plus tard mes choix amoureux, mes envies d’ailleurs furent considérés comme un rejet et non comme des expériences de vie.
Et puis mon mariage, ma séparation, les heures noires furent des grandes déceptions pour eux et une occasion supplémentaire pour ma mère de culpabiliser davantage, de ne pas avoir été à la hauteur de sa tâche, de ne pas avoir su faire, avec moi surtout. Alors même que personne n’est vraiment responsable. C’est arrivé. Et c’est passé.

Nous avons vécu en tant que famille et jamais en tant qu’individus. Nous avons vécu comme les membres d’un seul corps. Nous n’avons jamais vraiment expérimenté la plénitude parce qu’il y avait toujours quelqu’un qui souffrait dans ce quatuor, parfois très oppressant.

Quand mes parents me voient, ils voient l’erreur, l’échec, le combat, le mien, le leur. Ils me regardent avec mon fils et cela leur fait mal. Une fois de plus ce n’est pas mon histoire ni mes sentiments. Oui mais, c’est ma famille…
Et au quotidien, ils sont là, prennent soin de mon fils, prennent part à sa vie. Ils sont présents, aidants, attentifs.

Trop sûrement et c’est ce qui me gêne pour faire la paix. Parce que je les retrouve avec lui comme ils étaient avec moi. Ils me voient comme une chose fragile à protéger et lui en veulent parfois de m’énerver, de ne pas prendre soin de moi. Ce n’est pas son rôle. Et puis je n’ai pas besoin d’être protégée. Je me sens bien dans mes baskets et j’ai l’impression qu’ils mettent un voile sur mon bonheur, comme si ça n’existait pas, comme si je n’existais pas en tant que co-créatrice de ma vie, de ma famille, de ma paix.

J’ai conscience aujourd’hui qu’ils ont fait leur maximum eux aussi, avec les données qu’ils avaient dans les mains. Ils m’ont donnée énormément.J’ai juste fais le tri entre ce que je voulais garder et ce que je laissais derrière. Je ne suis responsable ni de leur bonheur ni de leur détresse. Je ne suis pas responsable de la manière dont ils me voient, dont ils envisagent ma vie.

Je crains juste parfois qu’ils rendent mon enfant responsable de ces maux qui les agitent, responsable de moi, de mes coups de blues passagers. Mon fils est un individu avec son caractère propre, un être qui ne fait pas les choses contre moi mais qui, comme nous tous, se construit au fil des jours. Il n’est pas parfait et je n’attends pas qu’il le soit. Je souhaite juste l’accompagner sur le chemin pour faire de lui un adulte à l’aise et heureux.
Je n’aimerai pas qu’il soit atteint par cette manière de penser, qu’il mette autant de temps que moi à guérir, qu’il devienne quelqu’un d’autre pour faire plaisir, qu’il signe des accords qui ne le regardent absolument pas.

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Mon héritage

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Je viens d’une lignée de femmes avec comme empreinte génétique le gout du malheur.

Du moche on parle beaucoup.
Du beau on se garde. Chez nous le beau est tabou, la joie est montrée du doigt. Elle cessera. C’est peut-être la seule certitude que l’on a. La vie n’est vécue que dans la contrainte et la souffrance.

Chez nous les hommes sont des lâches, ils sont faibles et sans tact. Ils répondent à notre besoin de “trop peu” mais ça on l’ignore ou on le cache.
Il faut être sage ou un peu marabout pour se faire une place chez nous. Il faut être un peu fou pour croire que notre bonheur redonnera quelques couleurs à la grisaille dans laquelle on se complait.

Chez nous, on dissèque tout avec une frénésie malsaine. On mène des expériences. On déterre des secrets, des silences. On brandit des absences comme une énième preuve de notre statut de “victime” dans la marche implacable du temps.

On ne jure que par le triste, par les mariages qui ne fonctionnent pas, par les maladies, les pires maux de l’espèce humaine. Le chagrin est notre moteur, notre bouée de secours quand tout va un peu trop bien, quand il n’y a guère d’ombre à portée de regard – où se cache t’elle donc alors? – notre raison de vivre, notre insolente satisfaction.

Un coup de blues est presque synonyme de célébration. On va pouvoir aller creuser là où ça fait mal. On va pouvoir se vautrer dans le luxe de ce qu’on ferait à la place de. On va pouvoir s’empiffrer de nauséabond, de tristesse, de plaies à vif. Comme des camés en manque. Ça nous tue de l’intérieur, ça nous étouffe, ça bouffe toute notre énergie. Mais on est vivant. On survit. On a des raisons de se lever chaque matin. On a un but, une vision à long terme. On se sent utile, enfin.

Le bonheur c’est un peu trop plat pour nous. Pas assez d’épices. Pas assez de saveur. Ça ne blesse pas le bonheur. C’est un peu vide aussi. On le dit, et après?
C’est une illusion, qui ne dure qu’un temps. Un mensonge qui nous fait croire que, et puis la chute, fatale. Forcément.
Il nous faut un fil sur lequel tirer, un morceau de peau à triturer. Il nous faut des blessures à panser. La vie c’est sale et compliqué. Alors quand c’est léger et doux, c’est forcément voué à l’échec.

Mon héritage est un bateau qui prend l’eau, un navire pillé de ses plus belles parures. Soit on coule avec lui. Nos repères en la matière sont faussés. Alors on préfère parfois aller vers ce qu’on connait le mieux, même si ça nous brise. Soit on s’en détache. Difficilement. Parce que la lignée tient à nous. On est la pérennité de son système de pensée. Sans nous, elle vacille. Notre adhésion lui donne encore du pouvoir. Alors on arrache doucement le pansement. Ça tire, ça tiraille. Mais à mesure qu’on arrache, à mesure que les verrous sautent, à mesure que les voiles se lèvent, on se sent mieux, plus serein, plus en phase avec sa vie.

J’ai longtemps souhaité me soustraire à cette pression, à l’amertume, à la violence de cette vision de la vie. J’ai lutté et j’ai plongé aussi. J’ai pris la tasse. J’ai pensé que j’étais voué à souffrir pour exister. Fut un temps plus je souffrais, plus j’existais. J’étais devenue le pure modèle de ce que je fuyais. Mais je voulais être digne de ma lignée, ne pas décevoir. J’avais besoin de leur aval pour avancer.

J’ai encore en moi quelques mémoires incrustées qui refusent de céder la place. Je ne rejette pas ce modèle, loin de là. Je ne me rebelle plus contre cet ordre établi. J’ai intégré que je n’ai pas vocation à le changer. Les femmes de ma lignée se sont construites sur ces identités. Elles ont fait du mieux qu’elles ont pu. Elles sont ma source, pas ma destination. Elles sont mon lieu, pas l’unique. Elles sont l’origine mais ne déterminent pas mon avenir.

Je tremble encore quand je le perds dans la foule opaque d’un grand magasin, quand je crie son prénom et que seul le vide me retient.
Je tremble encore quand on se sépare, pour quelques heures, quelques jours, les vacances. Quand je lui dis au revoir et que j’aimerai être magicienne pour retenir les secondes, quand j’aimerai qu’il n’ai pas à partir tout en étant en phase avec mes choix.
Je tremble à l’annonce d’une naissance. J’ai fait le deuil de cet autre enfant que je n’aurai pas. Comme une grande, un jour après l’autre. De cette famille qui se résume à nous deux. Et l’infini…
Je tremble à l’annonce de la mort qui emporte ceux que j’aime. Et pourtant je sais que la nuit, dans chaque étoile, me les ramène.

Je tremble mais je ne cède plus à la tentation des pires scénarios.
A toutes ces pensées tourmentées.
A tout ce chaos qui, entretenu, s’incruste dans le quotidien et vient jouer avec nos failles.
C’est un combat encore délicat. Je sais aujourd’hui que toutes ces blessures que je porte ne m’appartiennent pas. Je les rends à qui de droit.

Je suis née pour le beau.

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Ce mal de vivre dont elle ne guérit pas

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Ce billet est très personnel. Merci pour votre lecture et votre bienveillance.

Nait-on avec? Ou bien il vient, part et revient au fil des évènements plus ou moins délicats de la vie? Est-il lié à un caractère? Est-il une faille dans le système?

Jean Ferrat chantait “nul ne guérit de son enfance”. La sienne est accrochée à chaque millimètre de sa peau de femme. Elle est son seul point de repère, son unique blessure. Elle est sa croix, elle danse devant ses yeux à chaque regard d’enfant blessé, croisé. Elle est sa peine et son sacerdoce.

Son passé a été le refrain de la nôtre. Il s’est invité aux dîners de famille, aux soirées festives comme un rappel. Celui de l’horreur. Il a créé des images dangereuses dans nos vies de mômes heureuses. Il s’est imposé, comme un troisième enfant, celui qu’elle avait tant espéré et qui n’est jamais venu.

Elle a été mère, vraiment, sachant apprécier chaque instant, angoissée souvent, se remettant en question aussi, dans le don total en espérant peut-être que cela apaiserait le mal, que notre enfance tirerait un trait sur la sienne, abusée, maltraitée, violentée. Mais l’amour n’a rien changé à la donne. Il a amélioré le quotidien. Il a fait naitre l’espérance. Il l’a porté, tenu au cœur des crises, au gré des vents mauvais. Il lui a offert quelques sourires. Mais le mal était fait, le mal était là, il attendait son heure et quand il a frappé, elle en a oublié le bonheur.

Il se tient là depuis le début, ce mal de vivre, cette envie de la fin. Mais tenir parce qu’il y a du beau quand même, même les jours de chagrin. Du beau qui ne fait pas le poids. Un beau qui ne s’ancre pas. Superficiel. Aléatoire. Un beau du dimanche qui s’évapore. Et il ne reste alors que les boulets qui la tiennent prisonnière d’une histoire pleine de points d’interrogation.

Nous ne faisons pas le poids. Nos grands-parents prennent toute la place. Ils s’insinuent dans notre paysage. Nous avons appris le pardon ou nous ne pardonnerons pas. Nous marchons sur des chemins en pensant que peut-être un jour, peut-être…sans certitude. Elle ne fait pas de promesses. Elle répète sans cesse qu’elle souffre d’un mal qu’on ne peut saisir, un mal qui la ronge, le mal du pire, celui d’une enfance trahie – les dés étaient pipés avant même que tout ai commencé.

Ni la dépression ni la maladie n’ont été l’électrochoc souhaité pour enfin s’affranchir des démons démodés. Elle aurait préféré y rester. Couler.

Nous nous tenons là, impuissantes, sur le bord de la rive, incertaines des actes à poser, des mots à dire. Nous nous tenons là, pour la première fois peut-être, enfin, main dans la main. Moins seules qu’avant. Si perdues pourtant, tentant de construire notre vie, de mener à bien nos projets, de croire en nos rêves, d’aimer (peut-être mal et peut-être trop). En se demandant pourquoi on dit que l’amour sauve de tout. Le nôtre n’aura pas suffit. C’est peut-être cela que nous avons tant de mal à accepter. Et pourtant il le faut pour avancer…

 

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La famille, cette entité à part!

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J’ai pesé le pour, le contre. Et puis je me suis dit que j’allais tout de même écrire sur le sujet.

La famille, ma famille, est ma plus grande joie et ma plus grande épine dans le pied.

Je m’explique. Pour moi, la famille, c’est la base, la structure, c’est l’essence, l’ancrage. C’est du temps passé ensemble, des souvenirs, des partages, se construire, notre premier lien au monde.

Mais aussi l’ensemble qui formate, qui limite, duquel nous tentons (avec beaucoup de difficultés pour moi) de nous affranchir pour voler de nos propres ailes.

Je le dis souvent – mes parents ont fait du mieux qu’ils pouvaient avec ce qu’ils avaient. Je ne suis plus dans une phase de rejet du modèle ou de colère. J’accueille ce qu’ils m’ont donné et je tente de lâcher ce qui ne me convient pas. Sans trop de jugement.

A l’heure actuelle, j’entretiens des rapports ambivalents avec les miens. Je m’affirme davantage, mais je continue à marcher sur des œufs, pour ne pas brusquer, offenser. Je me plie à des volontés. Je me sens encore dépendante, comme une petite fille qui ferait ses premiers pas dans un monde de grands – et donc plein de dangers. Que mes proches tentent par tous moyens de m’éviter (jusqu’à faire l’impasse sur mes envies, besoins).

Bien sûr, leur soutien est inestimable, leur présence, un réconfort. Ils sont une richesse pour mon enfant. Toutefois je dois rester maitresse de mes choix, de la manière dont j’élève mon fils, de la façon dont je tiens ma maison, de la manière dont j’envisage les autres, le monde, de la façon dont je gère ma vie de femme, mon emploi, mes loisirs.

Les conseils avisés des uns et des autres sont toujours les bienvenus. Mais au quotidien pas si évidents à mettre en pratique. Toute tentative d’affirmation risque d’être considérée par les miens comme un rejet. Un mot de travers et c’est l’escalade. Une idée originale et c’est de l’inconscience.

Il est certain que ma situation personnelle et familiale me dessert énormément dans cette configuration. Dans d’autres circonstances, ils se permettraient moins de choses. Et moi, dans tout ça? Et bien, comme toujours, je me sens redevable. Un peu moins qu’avant. Mais un peu encore. Et je tente de composer, parfois facilement, quand des évènements extérieurs viennent me rappeler l’essentiel, parfois difficilement, quand trop c’est trop et que respirer devient un luxe!

Bien sûr, tout part d’un bon sentiment. L’acte est humain. Le père, la mère restent protecteurs. Ils sont parents jusqu’à la fin. Mais il m’arrive encore de me sentir étouffée par leur présence, perdue face à tous les pas en avant que je tente de faire et des retours à la case départ fréquents, comme si tout le travail fait n’avait servi à rien. Je m’écrase encore. Je me tais. Je fulmine dans mon coin et je me dis que ça aussi, ça passera. Tout passe…

 

 

 

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Il est l’heure de pardonner…

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A chaque respiration, elle s’en va. Elle sent la fin arriver. Elle compte les pas avant le dernier saut. Elle respire mal d’ailleurs. Elle sent son sang manquer de vie. Elle s’achemine vers la fin de la sienne. Seule.

C’est bien ça, elle est seule. Le vide s’est fait autour d’elle. Au fil des années. Au fil des mots blessants qu’elle a  prononcé. Au gré de ses départs sans retour en arrière possible. Au volant de ses idées incompatibles avec la notion même d’amitié.

Elle part. Elle est triste puis elle est dure. Elle laisse planer le doute. Elle fait mal. Elle brise à l’intérieur. Et donne le change à l’extérieur. Elle méprise et supplie presque. Elle largue des bombes à intervalles irréguliers. Elle s’intéresse si le conflit est sous-jacent. Sinon elle laisse couler. Pas assez intéressant.

Elle nous voyait puis elle nous voit moins. Elle ne se pose pas de questions. Nous passons forcément pour la jeunesse sans reconnaissance. Qui ne retient rien. Quand on la voit, elle s’énerve vite. Tout ne va pas au juste rythme. Les enfants crient et font du bruit. Nous aussi. Un peu trop. C’est usant.

Elle nous tient à l’écart. Puis elle veut nous voir, craignant que ça ne soit la dernière fois. Comment voit-elle la mort? Quelle allure a t-elle? Celle d’un linceul noir ou bien d’un ange blanc? Comment vit-elle ces heures qui la rapprochent de l’éternité?

***

Elle ne sait plus. Elle voudrait que tant de choses soient différentes. Elle aurait voulu une vraie mère qu’on accompagne dans ses dernières heures douloureuses. Elle aurait voulu de la tendresse. Pouvoir prendre soin d’elle.

Elle ne fait que son devoir de fille. Elle s’occupe de l’intendance, les visites médicales, les courses. Puis s’enfuit. Trop de mépris. Trop de maux qu’elle trimballe. Toute une vie. Du gâchis.

Elle voudrait pouvoir faire plus. Mais face à la méchanceté, son amour ne fait pas le poids. Elle pleure ce qui n’a jamais été. Elle pleure l’enfance blessée. Elle pleure le rien, tout ce qu’elle n’aura pas eu, tout ce qu’elle n’aura pas connu.

Elle espère. Peut-être. Elle sait que non. Mais elle espère. Un regard en arrière. Un pardon. Des regrets. Pouvoir dire aurevoir. Juste ça. Elle attend un “je t’aime” qui ne viendra pas.

***

Je suis actrice et spectatrice. Je suis l’enfant et la petite fille. Je suis d’un côté, forcément. Celui de l’amour. Bien évidemment. J’écoute. Ma mère. Je sais le poids de tout, du présent et du passé. De l’avenir. J’imagine.

Je ne saurai jamais qui elle était, pourquoi elle a tant détesté ma mère, pourquoi elle m’a tant utilisée sous couvert d’un amour débordant, pourquoi elle n’a jamais regardé ma sœur, pourquoi elle n’a jamais aimé mon père, pourquoi elle a toujours cherché à nous diviser.

Je me dis qu’aujourd’hui, pour moi, il est temps de pardonner. Pour que ma grand-mère parte en paix. Pour que je reste en paix. Les questions n’ont pas de réponse. Le mystère reste entier.

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Le choix de Lucie

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Le bateau prenait l’eau. De toutes parts. Il naviguait à vu sur une mer houleuse. Les haubans tanguaient même sans les assauts du vent. A quai? il ne faisait pas meilleure impression qu’au large de côtes étrangères. Lucie le savait, elle regardait le bateau s’enfoncer dans les eaux troubles. Pourtant elle refusait de voir, elle posait sur l’évidence un regard noir. Les mises en garde de Sibylle n’y changeaient rien. Elle ne pouvait pas comprendre de toute façon. Personne ne le pouvait.

L’histoire s’écrivait en vase clos, dans l’intimité de leur relation. Certaine que sa présence, son amour, pouvaient tout, même resserrer les liens les plus distendus, Lucie s’appliquait à être la plus parfaite possible. Elle excellait dans ses études, décrochait les meilleurs stages, passait ses vacances à la maison. Toutes ses vacances. Chaque jour de congé. Ses copines, surtout Sibylle, tentaient de la raisonner. Rien n’y faisait. Elle ne laisserait pas le bateau sombrer, pas complètement. Elle le maintenait à flot, à sa façon. Tout le monde donnait le change et chaque fois qu’elle voyait son père avoir un geste tendre envers sa mère, cela la confortait dans ses choix.

Sibylle tentait de la raisonner. Tantôt en douceur, pour ne pas la brusquer. Tantôt en la bousculant justement, en la chahutant comme un cocotier, pour qu’elle réagisse enfin, qu’elle enlève les peaux de banane qu’elle prenait un malin plaisir à repositionner sur ses yeux chaque fois que ses illusions prenaient une claque. Rien à faire. Sibylle s’éloignait, en regardant Lucie se perdre, pour un combat qui n’était pas le sien.

Comment peut-on vraiment accepter que deux personnes qui se sont aimées ne s’aiment plus? Comment peut-on valider cet éloignement, regarder en face ce naufrage, se dire que nous n’y pouvons rien, que tout notre amour ne sert à rien?

Lucie laissait ces questions tourner en boucle dans sa tête. Fuir, prendre ses distances, ce serait presque un délit, sanctionné par le code pénal. Lucie ne pouvait pas. Il ne restait qu’elle, la dernière force, la preuve de l’amour passé, le souvenir de ce qui fut et se disperse aux quatre vents. Depuis combien de temps d’ailleurs? A t-elle été désirée? Ou n’est-elle, comme tant d’autres, que ce maillon fragile censé solidifier un couple à la dérive?

Lucie refuse ce chaos là. Elle préfère rester et croire que l’amour les sauvera. Peut-être qu’elle a raison. Sibylle n’y croit pas.

Si vous êtes intéressés par d’autres nouvelles, découvrez mon recueil La Vraie Vie.

 

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Avec et sans toi

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J’ai connu le gris des larmes et le vert des prairies en fleurs. Sur la plage, l’empreinte de mes pas. Et dans mon cœur, le souvenir de toi.

Je t’évoquerais toujours le cœur battant, quelque part entre ici et là-bas. Tu seras toujours là. Sans y être. Tu seras toujours la pièce manquante à l’équation subtile de mon bonheur.

J’aurais donné le monde pour que tu ne partes pas, pas si vite, pas sans moi. Pas si loin.

Au lieu de ça, j’ai appris que l’amour n’a rien à voir avec ni la vie, ni la mort. L’amour ne disparait par comme le corps. Alors le mien, le tien, restent ce lien qui nous lie au delà de toutes les apparences.

Parfois je sens un souffle. C’est toi. Tu vois les sourires de ma vie et tu souris avec moi. Je donnerais tant encore aujourd’hui pour que tu sois parmi nous, pour que ton rire vienne éclabousser les murs du présent, que ta bienveillance soit mon baume apaisant les soirs d’orage, pour qu’il puisse prendre ta main et que tu tiennes la sienne au chaud. Tu lui aurais raconter des histoires, celle de la petite voleuse de boudoir. Ou était-ce de choux à la crème?

Pour lui, tu ne seras à jamais qu’une bougie dans une église, une dalle sur un coin de terre, près d’un prunier dont il engloutit les fruits sans même y penser. Il dit “papy” sans savoir. Dans sa bouche, pourtant, je retrouve le goût particulier de mon enfance à tes côtés.

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Une histoire de famille ou quand ma patience est mise à rude épreuve

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Allez, on ne va pas se mentir, au milieu du bonheur il y a aussi les heures merdiques à souhait, les heures où tu rêves de boucler ton sac à dos et de partir à l’autre bout du monde, avec pour seul compagnon un pavé de 500 pages. Ça c’est dans le meilleur des cas. Dans l’autre, tu as juste envie d’envoyer chier tout le monde…

Si il y a des personnes sur cette terre qui testent ma dose de patience et ma capacité d’endurance ce sont bien mes parents (mon fils aussi mais c’est normal pour son âge – ce qui n’enlève rien au faut que ça me tape sur le système!)

Au quotidien, j’ai le droit à ça:

  • Pense à lui mettre son écharpe!
  • Tu as de quoi lui faire à manger ce soir?
  • Il a besoin de nouvelles chaussettes!
  • Tu as vu, on a lavé tes rideaux.
  • Mets lui son manteau il va prendre froid!
  • Enlève lui son pull il a trop chaud!
  • Il doit au moins manger un yaourt!
  • Il faut vider ta bouilloire tous les jours!
  • J’ai lavé ton linge à 60°. 30° c’est trop juste.
  • La maitresse a dit…
  • Je t’ai fait tout ton ménage!
  • Son lapin mérite un bon lavage tout de même!
  • Arrêtes de le reprendre devant les autres!
  • Encore une de tes lubies!
  • Tu sais que tu es en charge de famille, tu ne peux pas tout te permettre…

Au quotidien, les chaussettes ont été rangées au mauvais endroit, la machine tourne encore à 22h30 du soir, je cherche frénétiquement un pull qui a été dérobé, la décoration a été refaite, la cuisine empeste le vinaigre blanc…

Alors il y a des jours où je prends ça avec le sourire. Et des jours où j’ai l’impression de ne plus être chez moi. Il y a des jours où je m’affirme et d’autres où je me tais. Il y a des jours où je dis stop et des jours où je hurle en silence. Parce que trop c’est trop, j’étouffe. Parce que je considère que tous ces actes, mots posés, même si l’intention est bonne, ne sont là que pour apaiser leurs peurs, qu’ils ne me respectent pas.

Et quand mon fils s’en mêle, qu’il prend exemple, comme si ce que je disais ne valait rien, ce que je faisais ne méritait que du mépris, ma patience et mon endurance en prennent un sacré coup dans les mirettes!

Et vous, vous avez réussi à vous affranchir des commentaires de vos parents sur la façon dont vous gérez votre vie? Vous préférez l’évitement au conflit? Vous savez vous affirmer?

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Il était une fois: un souhait…

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Il est là, posé sur le monde, sur un fil invisible entre ciel et terre. Il est là, solitaire, avant d’être rejoint par un, puis deux, puis dix, puis mille autres. Il attend le souffle du vent ou celui d’un baiser. Dans sa bulle d’or, il contient tout ce que le cœur sait.

Il est un souhait.

Le premier souhait.

Il est un souhait de paix, celle qui fait tant défaut au Monde.

Il est un souhait d’amour, d’étreintes rassurantes ou passionnées, de tendresse, de force, de sentiments – intenses, d’émotions, de vibrations, de sensations.

Il est un souhait de confiance, d’estime, de pardon, de résilience et d’abandon, de renaissance.

Il est un souhait du corps, le corps visible et invisible, le corps sain et épanoui.

Il est un souhait d’audace, celle qui nous emmène sur des routes moins fréquentées, des collines verdoyantes ardues à gravir et en haut desquelles la vue est époustouflante.

Il est un souhait de joie, de sourires, de câlins qui chatouillent, de baisers mouillés, de retrouvailles, de fous rires, de découvertes, de lâcher prise, de temps partagé, de longues balades dans la nature, de regards échangés, de complicité, de mains qui se serrent, d’embrassades qui s’éternisent, de fêtes improvisées.

Il est un souhait de bienveillance et d’urgence de vivre l’instant, de ralentir, de regarder autour de soi, de s’enivrer de l’éphémère, des joies simples et singulières.

Il est un souhait de mots, écris, lus, à lire, de créations, d’essais, d’histoires à raconter, de destins croisés.

Il est un souhait de liberté, de prospérité, pour toujours enthousiaste.

Il est un souhait enrobé de dentelles, contenu dans un nuage de douceur, traversé par un arc en ciel, un souhait pétillant et vivifiant, un souhait qui se balance dans l’air frais de janvier, un souhait tout en chaleur humaine.

Il est un souhait de moi à toi, à chacun d’entre vous.

Un souhait qui comme une bulle de savon viendrait s’échouer entre vos bras pour que 2019 soit une année lumineuse et riche de tout ce que vous souhaitez voir se réaliser!