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Un instant sur la ligne du temps

Je ne saurais jamais, je ne pourrais jamais remonter jusqu’à cette date, si profondément ancrée, si loin dans la conjoncture des années. Cet épisode est à tout jamais enfermé dans les méandres de ma mémoire. Un instant, un battement. Dans mon berceau, chaque seconde compte. Avant les sirènes hurlantes qui traversent la ville, des échos de souvenirs, ceux des autres, ceux pour qui d’un coup le temps semble s’être mis sur pause, une pause aux allures de cauchemar.

Je ne saurais jamais ce qu’est j’ai pu ressentir dans ces heures de flottement, ces minutes suspendues pendant lesquelles aucun médecin ne souhaite se prononcer. Qui de la vie ou de la mort va l’emporter? Est-ce un choix à cet instant précis?

Un petit corps dans une petite bulle, dans une grande chambre. Et des tuyaux un peu partout, des machines qui attendent elles aussi, un sursaut, que rien ne vienne troubler leur rythme, que le noir ne s’invite pas sur le blanc des murs de l’hôpital, saturé de cris de nouveaux nés.

Il n’y a que les récits et les dates, inscrites à l’encre noire sur un carnet de santé. Comme beaucoup de souvenirs dont le corps seul se rappelle, qu’un évènement ramène à la surface, il faut accepter que certains éléments de notre histoire nous échappent. Parfois nous pouvons reconstituer certaines choses, faire des liens.

Leur histoire n’est pas la mienne. Eux ont encore accès à la folie de cet instant, à cette peur viscérale de perdre leur premier enfant, alors que la voiture file à toute allure dans le froid glacé de novembre. La peur, la vraie, ne disparait pas vraiment, elle reste la preuve vivante du danger menaçant l’ordre établi.

Il y aura quelque part toujours cette cicatrice là, ce petit point sur la ligne du temps, et tous les autres qui font et défont nos existences. Il y aura toujours un petit quelque chose prêt à faire vaciller l’équilibre sur lequel on se tient. La fulgurance d’une alerte, le regard perdu dans le vide, à prier, crier, créer, aimer. Il y aura tous ces cataclysmes qui ont fait bouger nos trajectoires, ces épisodes pas perdus, juste remisés, classés dans de tiroirs, ceux qui nous maintenons fermés, par besoin de se protéger, et ceux que nous choisissons parfois d’ouvrir, pour aller plus loin, pour être au plus près de qui nous retient encore, un peu, un peu trop.

Au fond, il faut un certain courage pour affronter ses démons. Et beaucoup aussi, pour les accueillir et les laisser partir.

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Tu en as de la chance!

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Peut-être.
Souvent ces mots sonnent un peu comme une accusation. Je l’ai souvent vécu de cette façon. Comme si tout avait été simple entre nous!

Je ne parlerais pas de chance, plutôt de courage, de générosité, de résilience, d’œuvre commune. J’opterais pour opportunités, celles créées à partir de presque rien, de beaucoup de non-dits, de peurs, de silence, de mots qui blessent.
Je parlerais d’engagement, de remise en question, d’un chemin fait, chacun à son rythme, avec ses propres moyens.

Si j’ai de la chance, alors je l’ai créée. Nous l’avons créée. Tous ensemble. Pas en même temps.
Ca a été compliqué, douloureux, on a eu envie d’arrêter, de tout lâcher, de partir, de tracer notre route les uns sans les autres.
Couper les ponts n’est pas toujours la solution. Parfois c’est vital. Parfois, il y a autre chose, quelque chose de plus pur, de plus fort, quelque chose qui vient pas à pas faire bouger les lignes, même celles de ceux qui ne voulaient rien céder.

Si nous avons de la chance, alors elle n’est pas le fruit du hasard, elle est née d’un pari, celui qui veut que rien n’est définitif, celui qui dit qu’après l’orage…
Nous l’avons méritée, à la peine des jours gris, au chagrin des incompréhensions, à l’impression fade de ne pas y arriver, de ne pas réussir à avancer les uns vers les autres, les uns avec les autres.

Alors oui, peut-être que c’est de la chance, mais cette chance là, elle est alors à la portée de tous. Nous pouvons tous être créateurs.
Nous pouvons tous, non seulement la toucher du doigt, mais aussi la prendre à pleines mains.
Il ne tient qu’à nous de rendre les choses possibles. Pas d’un coup de baguette magique. Avec de l’investissement, la conscience que tout arrive en son temps, que les graines plantées finissent par produire des fruits, des fleurs, en acceptant les cycles, les débuts, les fins, les sensations inconfortables, les pas en arrière, les murs, les recommencements. Toujours.

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Challenge Ecriture Semaine #2

Une photo qui dise quelque chose, porte un message, une photo avec une mission en quelque sorte. Voilà ce que je cherchais, non pas par choix, mais par loyauté. Loyauté familiale, désir d’appartenance, quête de reconnaissance. Une photo, qui dirait tout, une photo avec une âme, comme une inspiration qui viendrait d’en haut et qui me ferait prendre du galon dans la généalogie familiale.

Mon grand-père parlait fort, il aimait l’engagement, il ne jurait que par l’intelligence, il militait pour des causes qu’il croyait justes. Et répétait à qui voulait bien l’entendre que son petit-fils marcherait un jour dans les pas des plus grands photographes, reporters. Il me voyait remportant des trophées, des prix jusqu’alors décernés aux meilleurs.

Cette photo je la traquais, nuit et jour, je cherchais celle qui allait me hisser sur le podium de tête, qui me donnerait accès aux louanges de celui que je considérais comme un héros et qui n’avait jamais eu ma chance.

Je me demandais bien parfois, souvent même, si on pouvait qualifier cet état d’être de chance. Je me posais la question de cette vie que je menais et qui ne me menait nulle part. J’interrogeais mes motivations et je questionnais mes prédispositions. Puis je culpabilisais de ces pensées de “riches”, moi qui disposait de tout ce dont j’avais besoin.

Un jour en passant dans une rue, j’avais croisé le regard de gamins, comme moi, qui jouaient, riaient. Je les avais longtemps regardés, comme hypnotisé par un spectacle somme toute ordinaire mais qui pour moi avait des allures d’ovni. Etaient-ils eux aussi liés par un quelconque pacte? Se sentaient ils eux aussi prisonniers d’un idéal impossible à atteindre? Ou bien vivaient-ils ce qu’il y avait à vivre, sans courir après cette insatiable envie d’exister pour quelque chose, de plus grand, de plus vrai?

J’avais immortalisé la scène. Une photo toute simple, qui ne se donnait pas des allures de grande dame. Un instant de vie volé à la grande course contre la montre à laquelle on m’avait inscrit sans mon accord tacite, bien avant même que je vois le jour. Un instant comme pour me rappeler que j’avais l’âge de ces gamins et que je vivais le rêve d’un homme sur le point de mourir.

Retrouvez les participations de cette semaine ici: Chez Plume d’étoiles, Photo sensible chez l’encre nomade, 1971 chez Josée, le bitume au vestiaire chez Mébul, chez Sweet Things

***

Pour la semaine #3, je vous invite, à partir de cette photo, à écrire un texte sur l’arrière plan, le moins visible, le flou, le mur…Votre texte devra être écrit à la troisième personne (singulier ou pluriel). A vos plumes et claviers!

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Brèves de Confinement #6

Ici, les semaines se suivent mais ne se ressemblent pas. Celle qui vient de s’achever a été pour le moins chaotique. Je pense que nous avons tous les deux besoin de souffler, de voir autre chose, de faire autre chose.

Cette semaine nous avons accueilli la petite voisine pour les devoirs. La motivation des premières minutes a vite laissé place à un grand bazar. Difficile de gérer deux niveaux, deux rythmes, deux degrés de concentration. J’ai beau avoir lâcher prise sur beaucoup de choses, il n’en reste pas moins que je dois pendre énormément sur moi pour rester calme et patiente. Je ne suis pas particulièrement à l’aise avec les enfants. Je ne l’ai jamais été. Je me sens encore plus dans l’obligation d’être à la hauteur. Ce n’est juste pas mon truc mais pour faire plaisir à mon fils, je fais des efforts. J’accueille, je trouve des idées, je crée, je fais le clown. Son sourire, sa joie et ses instants d’insouciance me disent que j’ai raison. Mais je m’oublie beaucoup, beaucoup trop sûrement, je ne sais pas faire autrement.

On a quand même construit une cabane, rigolé, fait quelques passes dans la cour, dessiné un peu, lu et cuisiné. Mais notre complicité s’est faite la malle au profit de disputes rocambolesques d’enfants pour un “oui” ou pour un “non”. Et si j’ai pris les choses avec recul en début de semaine, je n’avais plus de ressources personnelles à la fin pour faire face.

J’ai continué l’aquarelle, un passe-temps qui me fait du bien et me permet de me détendre. Même si c’est le soir, dans le chaos de l’endormissement de mon fils, même si je dois me lever plusieurs fois pour apaiser ses angoisses, même si c’est loin d’être toujours joli ou facile. Je m’accroche. Et je décroche des contraintes, des obligations de la journée, passée, à venir.

L’épuisement m’est tombé dessus d’un coup. Sans que je l’anticipe une fois de plus. Sans que je comprenne pourquoi dans un premier temps. Et puis la réalité. Franche et saisissante. Je ne sais pas dire “stop”, je ne sais pas poser mes limites. Pour faire plaisir, je passe après. La colère a gagné du terrain, ce ressenti encore une fois de n’être là que quand on a besoin de moi ou envie, de n’être qu’en attente du bien vouloir, de la disponibilité de l’autre. C’est un thème récurrent chez moi. Et encore une fois je sais que je suis la seule à pouvoir changer les choses…

Je ne sais pas (comme beaucoup) comment va se passer le déconfinement. Pour le moment nous avons une date aléatoire de retour à l’école. Quand certains rêvent de pouvoir sortir, de retrouver leurs proches, leurs amis, je ne désire qu’une chose, passer du temps seule à ne rien faire, me mettre sur pause. J’ai besoin de silence. J’ai besoin de déconnecter. J’ai besoin de ralenti. Riche de tout ce que ce confinement nous aura tout de même offert, en tant qu’individus, en tant que famille.

Et vous cette semaine, vous l’avez vécu comment? Vous avez ressenti quoi? 

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Brèves de Confinement #4

Voilà 15 jours de passés depuis nos dernières nouvelles. Depuis nous avons appris que le confinement allait être prolongé jusqu’au 11 mai. Je m’y étais préparée donc cette nouvelle est passée presque inaperçue.

La première semaine de cette quinzaine a été plutôt émotionnellement délicate. Je me suis sentie loin de tout, de tous, un peu perdue, tiraillée. Je me suis sentie très seule aussi. Pas forcément triste. Ou bien j’ai réussi à accueillir tous ces débordements sans me braquer. J’ai ouvert les yeux sur des vérités, pas forcément faciles. Je me suis retrouvée face à des questions fondamentales sur ma place dans mes relations à l’autre. J’ai été davantage dans le constat que dans la quête de solution. Le jour où mon fils m’a dit que j’avais beaucoup de colère en moi, ça a réveillé des failles. C’est vrai que j’ai beaucoup de colère et j’ai choisi cette fois de lui dire que cela n’avait rien à voir avec lui, tout avec moi, que quand je craquais je ne remettais pas en cause sa manière d’être, je crachais juste le trop plein ou le trop peu. C’est le problème quand on se donne au final peu d’importance. Ça a été la conclusion de cette semaine d’introspection et le weekend a été placé sous le signe du lâcher prise total: créativité, cuisine en famille et construction d’une tente dans le salon, sous laquelle loulou a dormi le samedi soir et sous laquelle nous avons pu faire notre repas de Pâques!

La deuxième semaine a débuté avec des maux de ventre atroces. Heureusement je lui avais promis Harry Potter, du coup j’ai eu deux heures quarante de pause. Après nous avons défait la tente, puis fait quelques constructions colorées de Lego. Cette deuxième semaine a été créative. Au programme: aquarelle, peinture, pâte FIMO, pancakes à la betterave, cookies, riz coloré, expériences, massages. Nous avons aussi essayé de méditer un peu. Nous avons ri et dansé, fait les fous – loulou est le premier partant!  J’ai également eu une visio avec ma promo de formation et cela a apaisé mes doutes – il faut dire que depuis 5 semaines, je n’ai pas ouvert une seule fois mes cours – les examens seront décalés et il y aura une solution pour chacun en fonction de sa situation.

J’ai pris du temps pour me retrouver. J’ai compris que je donnais souvent un peu trop de pouvoir aux autres, en oubliant que je suis seule responsable de la manière dont je gère ma vie et fais mes choix. Et que je suis capable surtout, qu’il n’y a pas une bonne manière de faire, et que ce que je choisis à un instant T peut être revisité à chaque fois que cela me parait nécessaire.

Et vous ces 15 jours, cette semaine? Comment vous sentez-vous? Comment allez-vous?

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Mes questionnements de maman

Crédit MK

J’en ai souvent parlé ici, la maternité est loin d’être un chemin inné pour moi. J’apprends mon fils, son identité, sa personnalité et je m’apprends moi, en tant que mère et en temps que personne aussi. C’est un processus tantôt joyeux, tantôt douloureux.

Depuis près d’un mois, nous sommes tous les deux, rien que tous les deux. J’ai abordé le confinement avec anxiété. Me retrouver seule avec lui m’a remplie d’incertitudes. Je me suis demandée comment j’allais pouvoir gérer d’un côté mon travail, le sien, d’un autre le temps à deux, le temps pour soi, comment tout allait pouvoir s’organiser sans que je m’épuise rapidement.

Mes questionnements sont toujours plus ou moins les mêmes. Je trouve qu’on parle beaucoup de parentalité mais que personne ne dit vraiment le quotidien. Et c’est ce quotidien qui, moi, me fait m’interroger. Comment concilier les différentes facettes de mon identité? Comment être pleinement mère sans n’être que cela? Comment être pleinement présente sans être complètement dévouée?

Je ne sais pas. Poser des limites, surtout quand il s’agit de moi. Je ne sais pas. Alors je laisse mes besoins en suspens et ça tient, avant que ça ne tienne plus, alors la colère revient et j’explose. Contre moi-même. Mais c’est lui qui est le spectateur de ce cri du cœur, de ce ras le bol, de cet éclat de rage qui d’un coup me consume.

Du réveil au coucher de mon fils, je suis là. J’ai eu un peu de temps avant, un peu de temps pour respirer, écrire, coller, dessiner, méditer. Dès qu’il est debout, je suis disponible et disposée. Nous faisons beaucoup de choses ensemble. C’est génial. C’est plein de découvertes et de rires, de légèreté. Et parfois c’est trop. Parfois je ne peux plus. Parfois j’aimerai le voir prendre un livre, jouer seul, le voir moins dépendant de moi. Parfois je me dis: “comment c’est chez les autres? Comment vivent-ils cela? “

J’ai fait le deuil de la famille que je rêvais d’avoir. Pas de papa. Pas de fratrie. Il n’y a que moi. Et lui. Alors je compense certainement. Sans m’en rendre compte. Je ne veux pas passer à côté de lui, de nous. Du coup je donne tout. Et je m’oublie aussi.

Cet équilibre n’est pas évident pour moi à trouver, ce temps partagé, temps pour mes projets, temps pour prendre soin de moi. Je ne sais pas faire. Je ne me pose pas quand il est là. Il m’arrive parfois de me dire que je suis esclave de mon fils. Et que peut-être mon comportement ne l’aide pas vraiment à grandir. Pourtant il s’épanouit sans moi, d’habitude, à l’école, avec ses amis, ses grands-parents, dans ses loisirs.

Cette période de confinement aura été quelque peu délicate, pour trouver ma place surtout, savoir ce que je peux me permettre ou pas, savoir où je me situe dans cette famille que nous construisons ensemble jour après jour. Nous aurons changé, grandi. Ça se voit déjà chez lui! Nous aurons appris à être, être ensemble, complices et parfois pires ennemis quand les “non” fusent et que les cris ne s’éteignent qu’à l’approche de la nuit.

Mes questions demeurent. Peut-être que les réponses sont mouvantes, en fonction de l’âge, du caractère de l’enfant, de ses besoins, de son histoire, de ses peurs, de ce qui le rend heureux, en fonction de mes souhaits, de mon niveau d’énergie, de mon degré d’épanouissement personnel.

Je me sens parfois prise entre deux histoires, deux injonctions, celle de la société (qui voudrait qu’une femme qui a des enfants s’épanouisse aussi dans son activité professionnelle, ses loisirs, son couple, qu’elle ne prenne pas son/ ses enfants comme une excuse pour ne pas être, ne pas faire) et celle de ma famille (qui veut qu’une mère fasse passer ses enfants avant tout le reste, et si il lui reste quelques miettes c’est un luxe – dont beaucoup se passent!).

Et vous comment vivez-vous ce confinement en famille, avec vos enfants? Ce fameux “temps pour soi” ça vous parle? 

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Un mois d’émotions…

Depuis plus d’un mois il y a eu des jours avec et des jours sans, des jours heureux, plein de fous rires, d’inattendu, des jours de doutes et de peines. Il y a eu des larmes et des cris, des sourires et des promesses, des matins calmes et des soirées folles. Il y a eu des chansons et des temps calmes, des crayons, de la peinture, des lignes d’écriture, des livres, des films, du temps à deux, des cabanes et des nuits, comme en camping. Il y a eu des repas de fête et des pique-nique improvisés.

Il y a eu des ras le bol qui ont pris toute la place, des angoisses qui ont refait surface, des vérités bien cachées qui sont revenues peupler les nuit, gâcher les jours. Il y a eu nos humeurs de saltimbanques du bonheur, nos états d’âme d’apothicaires, des expériences farfelus. Il y a eu du réussi, du raté, l’impression de ne pas savoir faire, de ne pas savoir être, de ne plus savoir où, quand, comment, pourquoi.

Il y a eu du silence et des maux. Et du silence sans maux. Du silence des profondeurs qui vient rappeler que tout est en ordre, que tout va bien, qu’il n’y a rien à faire de plus. Il y a eu du chahut, des chutes, des montagnes de questions, du temps, un temps infini, tantôt délicat, tantôt euphorique, un temps de nous deux, plus complices.

Il y a eu des “je n’aurais pas dû” et des réflexions en duo, un nouvel équilibre à sans cesse redéfinir. Il y a eu quelques projets, peu de temps pour soi, des prises de conscience, des envies d’autre chose. Il y a eu du partage, des moments auxquels les mots ne peuvent rendre justice. Il y a eu des émotions, des découvertes, des impressions d’être seule au monde, seule avec ses joies, seule avec ses détresses.

Il y a eu du chaos, des heures sombres, des minutes en équilibre. Il y a eu la brulure et la renaissance, le feu qui s’éteint et celui qui redonne vie

Il y a eu les jours et les nuits. Sans toi. Pas vraiment loin. Mais pas là. Il y a eu la routine, le déni, la peur et le manque, toujours, la douleur presque parfois de ces jours sans toi. Sans la chaleur de ton regard, sans le grain de ta peau, sans tout ce qui en toi apaise le moindre de mes sanglots. Il y a eu les jours où ton image même me fuyait, les nuits qui disaient “c’est fini”. Il y a eu les craintes qu’au final ce soit vrai, que tu ai choisi un autre chemin, une autre vérité, que ce temps près des tiens t’ai précipité dans une autre réalité.

Il y a eu cette angoisse de nos pas qui s’éloignent quand nos mains ne se touchent plus, que nos yeux se perdent de vue quand nos obligations nous lient à d’autres vies. Cette impression que peut-être tout pourrait s’arrêter là, dans cet espace sans filet de sécurité, dans cet entre-deux dépourvu de certitude. Il y a eu la peur de ne valoir que 4 minutes au compteur d’une journée qui n’en finit pas, de n’être qu’une parenthèse dans un quotidien bien rempli, une porte de sortie face à des responsabilités écrasantes, un passe-temps agréable sur le calendrier du temps qui passe.

Il y a eu les souvenirs et l’espérance, toujours, la certitude de l’amour et quelque chose de plus fort, de plus grand, le manque comme un trou noir et un tremplin pour retrouver l’essence même de ce qui nous tient, même loin, encore debout, toujours vivants.

 

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Brèves de Confinement #2

Ce petit état des lieux hebdomadaire me donne l’occasion de revenir quelques instants sur mon blog pour échanger avec vous. Je dois dire que je vis ce confinement un peu hors du temps et que parfois j’ai même du mal à me souvenir que dehors les drames s’enchainent…

Lundi 23  mars

Mon ras le bol de la semaine dernière et l’expression de mes ressentis auront été bénéfiques. Loulou prend de nouvelles marques, se réveille seul, s’habille seul, ouvre ses volets, prend des initiatives. La matinée en télétravail se passe bien, loulou papote avec sa petite copine en bas, lui apprend les bases du foot. Nous profitons de la petite cour de l’immeuble pour faire quelques passes entre midi et deux et au gouter. Ma collègue me prévient que les choses vont changer et que le chômage partiel nous attend au tournant…

Mardi 24 mars

Je persévère dans ma pratique quotidienne de yoga et de méditation. C’est parfait pour commencer la journée du bon pied. Aujourd’hui on nous annonce la mise en place du chômage partiel. Il nous faut aussi liquider RTT et congés. Les semaines à venir vont être light! En même temps je ne me plains pas, j’ai plein de projets en attente. Loulou a de plus en plus de mal à se mettre au travail, je perds vite, très vite patience. Du coup, on essaie de trouver des activités plus ludiques. Ce jour là il s’attaque à un tableau de Picasso. Il fait aussi quelques exercices sur une plateforme en ligne mise en place par la maitresse. Je me sens beaucoup plus détendue, même si je n’ai pas une minute pour souffler. J’évite au maximum les réseaux et les informations.

Mercredi 25 mars

C’est la journée des enfants, donc pas ou peu de travail pour Loulou. Je tiens tout de même à ce qu’il lise tous les jours. On fait des expériences le matin, toutes ratées. On se marre bien. Puis il va papoter avec sa copine et je bosse, enfin j’essaie! Le soir, on se défoule sur Jean Jacques Goldman – j’avoue Jean Ferrat, je saturais. Une fois loulou au lit, j’arrive même à ouvrir un nouveau livre, le premier en 10 jours! C’est la fête!

Jeudi 26 mars

Jour de congés. On en profite pour reprendre le chemin des expériences et cette fois nous les réussissons. Il y a plein de couleurs dans notre cuisine. Il est plus que l’heure de se mettre au travail, nous commençons par les mathématiques, la matière de prédilection de loulou. Je réponds à quelques mail en attente. Le soleil brille alors nous faisons durer la pause sport. Puis place au français et là ça part direct en cacahuète. La salle de bain est mon nouveau terrain anti-stress, c’est la seule pièce qui a un verrou! Purée, je n’ai vraiment aucune patience. On s’y remet avec plus d’enthousiasme et je redouble d’efforts pour rester zen. Loulou termine son dessin sur les planètes puis je le laisse regarder une niaiserie, le temps pour moi de m’attaquer à du tri et du ménage. On dit toujours que le matériel c’est accessoire. Peut-être mais prendre soin de son chez soi c’est aussi prendre soin de soi!

Vendredi 27 mars

En plus du yoga et de la méditation, j’arrive à écrire un peu dans mon journal. C’est bien le seul endroit dans lequel les mots ne s’échappent pas en ce moment. On se met au travail de bonne heure et loulou n’est pas plus motivé que ça encore une fois. On y arrive tant bien que mal. C’est étrange mais, à l’heure où tout le monde parle du manque de contact, je ressens tout le contraire. J’apprécie de ne pas avoir à faire ceci ou cela, ne pas me sentir obligée de sortir, d’aller au parc ou ailleurs. Je me sens bien, chez moi, avec loulou – cette période nous aura vraiment rapprochés et nous aura aussi obligés à être plus indépendants, nous aura appris à laisser l’autre respirer un peu plus!

Samedi 28 mars

Troisième jour de weekend et qui dit weekend pour tous les deux, dit détente. On traine. On fait des pancakes, d’autres expériences, deux heures de foot (en short!) et autres entrainements, des mandalas avec des bouchons en plastique, un peu de dessin et de coloriage. On danse, loulou fait le zouave, on rigole. Je lâche un peu plus mon téléphone, je m’y suis engagée! Une journée bien chargée qui se termine par une soirée devant Tom & Jerry. Le soir, je continue de lui lire Harry Potter. Moi je suis claquée, bien entendue, mais heureuse aussi de tous les instants partagés. Je me détache pas à pas du superflu. Je ne m’oblige à rien et ça me fait du bien.

Dimanche 29 mars

Matin patouille et nettoyage du frigo. Après-midi sport, il y a quelques rayons agréables. Un peu de lecture et un petit DVD qui me laisse le temps de venir écrire ici.

Allez dites moi tout, comment s’est passée votre semaine? Comment allez-vous? Comment gérez-vous? 

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Vivre chaque jour à sa valeur

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Vivre. Chaque jour. A sa valeur.
Vivre tous les deux. Juste nous. Apprendre, s’apprendre.
Et rire.
Prendre doucement les choses avec détachement.
S’énerver un peu.
Reprendre le dessus.
Apprendre l’effort.

Vivre. Chaque jour.
Et trouver qu’autour il y a un peu trop de mots.
Encore un peu trop de bruit, de sollicitations.
De “il faut”.
Ou “il faudrait”.
Un peu trop d’injonctions à profiter de cette période pour…
Un peu trop de “il y a pire”.

Vivre. Vivre chaque jour.
Peu de pauses.
Beaucoup de temps plein.
De mouvements.
Beaucoup de vie.

Vivre. Instant après instant.
Savourer.
Lâcher prise.
S’essayer à la patience.
Rater. Plein de choses. Et s’en moquer.

Vivre. Le manque.
Appréhender la solitude.
Accueillir le silence.
Apprécier les quelques minutes d’échanges journaliers.
Couper le reste.
Ce qui ne nous nourrit pas.

Vivre. Déconnecter.
Retrouver sa voix.
A l’intérieur.
Se ressourcer en soi.
Loin des informations anxiogènes
Loin du trafic des réseaux

Vivre. Avoir envie…
D’un bain bon…
De mettre les pieds sous la table…
De pouvoir déléguer…
De passe le relais pour quelques heures…

Vivre différemment.
Vivre chaque jour. A sa valeur.

Et vous, elle ressemble à quoi votre vie en ce moment? 

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Brèves de Confinement #1

Pour garder une trace…De ce temps, ce passage, de l’extérieur à l’intérieur. Temps de peur, de doute et temps de projets aussi. Ils se multiplient. Temps d’attente et temps de renouveau, le printemps est là comme un signe.

Lundi 16 mars:
Au réveil, nous ne savons pas encore vraiment ce qui nous attend. Hier, nous étions au marché, nous devisions avec les copains sur nos doutes à pouvoir gérer nos loulous, le télétravail, potentiellement nos conjoints, sans même pouvoir aller au restaurant ou au parc.
Le matin, je suis en congés, c’est quartier libre à la maison, nous jouons 2h à la pâte à modeler. Puis le bureau appelle, pour venir chercher ses dossiers, c’est aujourd’hui, à partir de mardi tout le monde en télétravail à 100%.
Je fais le trajet à pied, mon père vient garder loulou. Les rues sont désertes. La fatigue bien présente.
Nous nous couchons comme d’habitude, je tiens à ce que nous maintenions notre rythme, demain il faudra se mettre au travail donné par la maitresse!

Mardi 17 mars:
Premier jour de confinement
Pleine de bonnes résolutions,je me fais une séance yoga avant le réveil de loulou et un peu d’exercices de respiration. Je teste, toujours pas de chauffage. Je relance l’agence.
On aménage la table du salon, coin “télétravail” et un coin “classe à la maison”. Pas facile de s’improviser instit, surtout quand on a un réservoir de patience à la limite de la carence. Ni de gérer les urgences du bureau tout en jouant à la vendeuse de sandwichs en pâte à modeler.
Mais grosso modo la première journée se passe plutôt bien. On termine par une séance peinture.

Mercredi 18 mars:
On continue le travail qu’on n’a pas fait la veille, puis loulou joue pendant que je m’escrime à comprendre des tableaux excel. Je suis obligée de mettre mes lunettes, l’écran me flingue les yeux.
Toujours pas de chauffage, heureusement il fait beau. On ouvre grand les fenêtres pour profiter du soleil.
Loulou veut sortir jouer avec la petite voisine. Je me tâte, demande à la maman. Alors que je suis en call avec l’équipe, il revient à la charge toutes les deux minutes. C’est usant. J’ai beau lui dire que cet appel est important, que j’ai besoin de me concentrer, il continue son cirque.
Je le laisse filer, incertaine.
Les enfants jouent au ballon dans la cour, j’entends leurs rires, ça fait du bien.
La soirée est festive, on écoute de la musique en écossant les petits pois.

Jeudi 19 mars:
Mes bonnes résolutions sont tombées à l’eau, c’est tout juste si je prends le temps de respirer 5 minutes. Il faut dire que j’ai un bon mal de gorge et mes règles qui n’en finissent pas. J’accuse le coup.
Comme chaque matin depuis une semaine, on prend un vrai petit déjeuner, ensemble. C’est un moment qui me fait du bien.
Puis la petite voisine vient faire son travail à la maison. Les enfants rigolent et j’essaie de garder mon calme. Le matin, c’est maths et l’après-midi français. Puis jeu de ballon dehors. Je me pose de plus en plus de questions quant à ce temps qu’ils passent ensemble. En ces temps, je me demande quand même si c’est une bonne chose, pas seulement pour nous, mais pour eux, pour les autres. Les règles sont claires: chacun chez soi, mais je fais un blocage. Et l’angoisse monte, le grand trou noir. Je vacille, le sang coule abondamment. Je prends aussi conscience que j’ai besoin de me retrouver. Je suis heureuse que les amis de mon fils se sentent bien chez moi, mais j’ai l’impression depuis quelques mois de ne plus être chez moi justement, de ne plus avoir de temps calme, de continuellement gérer des broutilles de gamins, des cris, des conflits. Je suis à bout.

Je ne suis pas seule. Le son de sa voix au téléphone me fait du bien. Cela ne fait que quelques jours que nous sommes séparés et pourtant j’ai l’impression que cela fait très longtemps. Les jours n’ont pas la même densité quand on reste chez soi, qu’on ne sort pas. J’essaie de ne pas trop penser.

Vendredi 20 mars:
Jour de RTT obligatoire.
Je me remets doucement de ma nuit. Les cauchemars sont légions cette semaine. Pas étonnant!
Le matin c’est ravitaillement. Je laisse loulou à la maison devant un épisode de Thalassa. Il adore regarder les reportages sur la vie des marins pêcheurs! Il est bien le fils de son père!
Ensuite les enfants filent jouer. Et l’angoisse monte. Je décide de ne surtout pas appeler mes parents aujourd’hui. Leurs infos sont hyper anxiogènes. J’ai besoin de beau.
J’ai beau chercher autour tout est vide. Je perds pied. Je crie sur loulou. Je pleure. Je lui demande pardon. Je lui dis que je n’ai pas toutes les clés.
Je plonge. Je suis incapable de me raisonner.
Cette semaine j’ai enchainé les machines, j’ai passé un temps fou à faire la vaisselle, balayer, aspirer, désinfecter. Rassurer aussi. J’ai l’impression que la charge est trop lourde pour moi, une fois de plus. Je me sens tomber. Je me demande combien il me reste de Dafalgan dans ma boite. C’est pas assez. Puis je pense à loulou, je ne peux pas lui faire ça.
Allez je vais repasser. Les enfants jouent toute la journée. On verra le travail demain. Je n’en ai pas le courage de toute façon.
Le soir on regarde un film drôle. Demain est un autre jour!

Samedi 21 mars:
Je me lève encore un peu vasouillarde mais prête à donner un nouvel élan à ce confinement. Je ne vais pas me laisser abattre.
Loulou fait une petite grasse matinée. J’en profite pour écrire un peu. Je lâche les maux.
On met à plat nos idées pour que semaines et weekend se passent le mieux possible, chacun s’engageant à faire des efforts.
On bricole, on fait des expériences, on prépare à manger.
J’ai pris ma décision, loulou n’ira plus jouer avec sa copine. J’ai interrogé plusieurs personnes de mon entourage. Même si ce n’est pas dangereux pour nous, ça peut l’être pour d’autres. On s’organise autrement.
L’après-midi, je prends un peu de temps pour moi pendant que loulou termine son travail de la semaine.
Je mets de nouveaux histoires sur sa boite Lunii (les parents de jeunes enfants savent de quoi je parle). Soirée plateau-télé. A 20h on applaudit, on dit bonjour aux voisins. Et on file au lit.

Dimanche 22 mars:
Loulou se réveille avant moi.
Il fait gris. Les enfants se tapent la causette, elle en bas, lui à la maison. Au moins comme ça il ne se disputent pas!
On traine un peu en pyjama. On fait de nouvelles expériences.
On lit ensemble (enfin je lis et il écoute) le deuxième chapitre d’Harry Potter à l’école des sorciers. Puis il regarde la fin de la grande vadrouille pendant que j’envoie ma newsletter pour le blog.
On cuisine ensemble puis on profite que la cour soit libre pour aller se dégourdir les jambes.
Le weekend touche à sa fin, je vais mieux malgré un mal de crâne terrible. Je regarde Walk the Line. Ce mal de crâne me rappelle mon zona. L’intensité est extrême mais j’arrive à m’endormir. Je fais de drôles de rêves.

PS: et le carême continue, et ça devient de plus en plus difficile de résister à la tentation!!!

Bonne semaine à tous et à toutes! Prenez-soin de vous à tous les niveaux!

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J’en ai déjà marre…

Crédit Pixabay

Ca y est, tout le monde reprend le chemin de son blog…

Tout le monde nous invite à vivre le confinement comme une aventure extraordinaire, qui nous offre la chance de revenir à l’essentiel, à ce qui compte. Tout le monde nous exhorte de ne pas céder à la panique à l’idée de passer plus de 15h par jour avec nos conjoints, enfants. Tout le monde vante les mérites de cette pause imposée, de ce temps pour se reconnecter à soi, lire, créer, imaginer, rêver, apprendre, reprendre le contrôle de sa vie…

Je vais être franche, je suis déjà saoulée. D’abord parce que pour beaucoup cette pause ressemble davantage a un parcours du combattant qu’à un long fleuve tranquille, que beaucoup de personnes sont isolées, sans contact, que dans les familles où la violence règne, le confinement amplifie les risques. Parce que beaucoup vivent dans de petits, voir de très petits espaces, vont de logement en logement, n’ont pas d’eau chaude ou de chauffage, d’endroit décent pour vivre. Parce que beaucoup n’ont plus de travail ou doivent arrêter le leur pour s’occuper de leur famille.

J’en ai déjà marre de ceux qui se plaignent parce qu’il fait beau dehors et qu’on ne peut pas en profiter (oui quel grand malheur!), ceux qui aimeraient bien déroger aux règles (il parait que grâce à cette crise on sera moins individualiste, j’attends de voir…), ceux qui nous font la morale sur la peur, etc…

Ceux qui nous parlent de solidarité (je n’en ai pas vue la queue d’une cerise pour le moment!), ceux qui ne comprennent pas les enjeux et font comme si ce n’était rien, ceux qui pensent que toutes les familles sont sur un même pied d’égalité.

Tous ces discours (qui partent certainement d’un bon sentiment) m’exaspèrent, ils ne prennent en compte qu’une réalité. Il y en a tant. Ils sont comme des injonctions, encore, à être, faire comme. On a beau dire qu’on veut sortir de ce schéma, on n’y revient sans cesse.

Et dans ce tant, combien sont ceux qui pourront vraiment le mettre à profit, combien sont ceux qui s’en sortiront sans bleus à l’âme, sans parler de bleus au corps, combien sont ceux qui en sortiront plus “vivants” qu’avant, plus disponibles pour les autres?

Seul l’avenir nous le dira. En attendant j’ai une pensée particulière pour toutes celles et ceux qui ne rentrent pas dans toutes ces cases bien jolies et qui chaque jour gèrent leur quotidien du mieux possible (dans les rires et parfois les crises aussi!)

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L’empire du Schtroumpf Grognon!

“C’est moche”, “j’aime pas”, “t’es nulle”, “j’en ai marre!”, “c’est toujours la même chose avec toi”…

Du matin au soir et du soir au matin, la charmante ritournelle de l’enfant. Les mots magiques passent souvent à l’attrape ou bien se glissent entre un bisou et un “t’es géniale, je t’adore”, quand enfin, de guerre lasse, on dit “oui”, à bout de souffle pour une pause télé. Qui s’éternisera c’est certain, alors même que nous nous étions dit la veille qu’on ne nous y reprendrait plus!

Le réveil se fait dans les cris, non de joie, loin de là. On a beau tout essayer, la douceur, l’humour, l’indifférence, un peu de fermeté, rien n’y fait, on est toujours la méchante de l’histoire. Pas grave, ça passera.

Entre les dizaines de choses qu’il faut répéter au minimum dix fois pour qu’elles s’impriment dans le cerveau du loulou, entre les “je vais le faire” et les “mais j’y arrive pas” avec la voix plaintive de l’enfant à l’agonie, qui ne veut surtout pas faire quelque chose qu’on lui demande de faire. Esprit libre, bonjour! Non, vous ne me mettrez pas au pas, jamais!

La porte claque. Vous êtes dans la rue. Presque le sourire aux lèvres, avant le prochain mot de travers que vous prononcerez face à votre progéniture qui se sent incomprise, à la limite maltraitée par une mère qui ne comprend rien à rien.

Le soir, point d’accueil chaleureux en vue, il faudra composer avec un “je t’ai dit que j’aimais pas les haricots verts” ou “tu m’avais promis des pâtes, t’es une menteuse, tu mens tout le temps”, “je te déteste”. Rester calme, prendre les choses avec détachement, ne surtout pas perdre sa bonne humeur, tout en rappelant les règles sans que le volume sonore n’atteigne des décibels qui pourraient bousiller nos tympans, déjà bien fragilisés!

Après trois “oui” ou l’art de savoir lâcher prise et deux “non” ou l’art de recréer des tensions à partir de rien – en même temps à 21h15 on ne peut clairement pas dire “oui” à une partie de foot dans 15m2, on peut enfin profiter d’un temps de semi-calme avec l’histoire du soir, qui sera tout de même, au choix, toujours trop courte ou vraiment pas assez longue.

La chanson du “non”, “j’ai pas envie” reprendra de plus belle…
Chaque soir et chaque matin
Chaque fois qu’on proposera une sortie
Chaque fois qu’il faudra marcher plus de 5 minutes pour aller quelque part
Chaque fois qu’il faudra aller quelque part
Chaque fois qu’on aura une idée nouvelle
Chaque fois qu’on proposera une activité originale (qu’on se serra cassé la tête à trouver sur tous les sites de mamans qui semblent réussir à mobiliser leur progéniture pour des activités créatives)
Chaque fois qu’on devra faire le ménage, la vaisselle, mettre une machine…
Chaque fois qu’on ne ramènera pas LE diner de rêve à la maison

Il n’y a que deux choses que l’enfant accueillera avec bonheur, un dessin animé ou trois heures dans un parc d’activité, dans lequel il saura vous amadouer pour que vous fassiez toutes les activités avec lui – trimballant votre 1m80 entre la piscine à boules et le château gonflable – vous avez beau être “nulle, moche, bête”, vous êtes la seule à faire le zouave, pour enfin gouter à un semblant de complicité et de paix, qui s’évanouira au moment où vous direz à votre enfant “il est l’heure de partir”.

Ps: Merci à l’école qui apprend à nos enfants que les parents n’ont pas le droit de “crier”, d’être en colère, d’en avoir ras la casquette, de les effleurer ne serait-ce que du bout des doigts quand décidément trop c’est trop. Vous ne savez pas à quel point je vous déteste dans ces moments de faiblesse où j’ai juste l’impression de tout, mais vraiment tout faire de travers! 

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Quel sale caractère!

« Quel fichu caractère ! »

Et voilà, c’est reparti ! Tout ça pour un petit « non », tout riquiqui, une petite prise de position sans importance. Quelle plaie, ma mère !

Je ne la comprends pas. Toujours à plat, jamais capable de lâcher prise. Pourtant je donne de moi, je fais tout mon possible mais au lieu de me remercier, elle hausse le ton et me répète quinze fois les mêmes choses. Je me demande parfois si elle ne me prend pas pour une pauvre cloche, sourdingue par-dessus le marché.

M’enguirlander c’est encore ce qu’elle fait de mieux.  Le sapin, à côté, souffre de jalousie. Il me toise, l’air de rien, mais je sais qu’il m’en veut. C’est vrai que cette année il fait un peu pitié, ma mère n’avait sûrement plus de jus pour le décorer dans les règles de l’art. Le pauvre !

A force de faire gaffe à tout, je me demande si elle ne va pas nous faire un burnout, on sera bien avancé. C’est son histoire de « flou » qui m’a mis la puce à l’oreille. Elle dit qu’elle y voit plus rien, qu’elle se sent perdue, qu’elle n’a pas les clés. Tant qu’elle ne perd pas celle de la maison, je me dis qu’on s’en sort pas trop mal.

Je suis d’accord, le portrait est pas top. Mais bon quand je suis en colère, je lui lance tout ce que j’ai sous la main. Je la déteste et je rêve d’une autre maison avec une maman qui arrête de me dire ce que je dois faire et comment me comporter, comme si je savais pas, comme si il fallait m’éduquer. Non mais, elle croit quoi ? Qu’elle sait mieux que moi ?

Quand la colère retombe, enfin, je dois reconnaître que sa tendresse m’entraine sur des chemins, qui d’un coup, me font redevenir l’enfant que j’étais il y a quelques minutes à peine. Entre ses bras, là, dans cet instant, je suis bien.

Ce texte a été écrit dans le cadre de l’atelier d’écriture d’Olivia. Les mots étaient: flou – caractère – tendresse – burn out – lâcher – cloche – enguirlander

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Nous deux

Crédit Pixabay

Pousse la porte et rejoins moi. Au pays de nos souvenirs. Ceux qui nous tiennent chaud et ceux un peu froids, avec lesquels on tente de guérir.
On a tellement entendu le pire qu’on s’est dit que nous c’était le paradis. On n’a pas su voir que notre enfance aussi était pleine de blessures et de non dits.

Je ne savais pas, entre ta place et la mienne. Moi, la première l’adorée. Toi, la deuxième, celle qui n’existe que dans le sillage de l’autre, celle qu’on voit à peine, celle qui ne trouve pas sa place.

Nous n’étions pas proches, enfants. Nous étions deux produits façonnés pour répondre aux besoins de sécurité d’une mère qui en manquait terriblement. Pour contrer le mal il fallait le mieux. Nous n’étions pas à l’aise dans nos vêtements toujours impeccables, dans nos caractères presque parfaits.
Nous nous sommes protégées, chacune à notre façon, pour avancer.

Puis nous nous sommes retrouvées. Quelque part. Cela a pris du temps, le temps des maux, le temps de trouver notre tempo, le temps de reprendre contact avec la vie.
Le temps de pouvoir dire nos souvenirs, commun. Le temps de ceux qui ont joué avec nos vies comme si nous n’étions que des poupées, sans émotion, sans ressenti.

Un temps de constat pour prendre la mesure, d’où l’on vient. Où l’on va. Comprendre que notre bonheur ne sera jamais assez, toujours accompagné des pires scénarios face à l’avenir. Alors mieux vaut le préserver.

Avant nous étions seules avec nos valises, bien lourdes parfois à porter. On se sentait bien seules avec toutes ces images atroces, dites et redites, sans cesse répétées.
Aujourd’hui, nous avons pu parler. Nous sommes deux. Deux face à ce qui nous dépassera toujours. Deux face à l’inexorable poids d’un passé qui ne nous appartient pas. Deux pour pouvoir dire quand ça ne va pas, quand tout casse et qu’on se sent perdu, au bord du vide. Deux pour faire revivre la joie, qui est bien là, quelque part, qui vient ponctuer le chaos, cette joie qui rend à l’enfance ses lettres de noblesse. Il y en avait avant, c’est peut-être pour ça qu’on n’a pas compris…

Nous sortirons grandies de ce tour de force, lâchant au passage tout ce qui ne nous sert pas, tout ce qui n’est pas nous mais que nous avons gardé pour répondre aux attentes, pour être aimées, tout ce que nous ne voulons pas pour aujourd’hui, dans nos vies de femmes, de mères. Pour que l’avenir soit plus radieux. Loin des traumatismes maternels, que nous ne pourrons jamais apaiser. On a beau le savoir, ce n’est pas toujours aisé de vivre avec.

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Regards d’enfance

@ Robert Doisneau

Papa disait toujours que maman ne savait pas choisir, qu’il ne fallait surtout pas la laisser seule dans un magasin, sous peine de voir le compte en banque s’affoler. Et maman disait que dans le vie choisir c’est compliqué.

D’ailleurs, elle ne savait pas faire. Ni pour les bagages ni pour nous. Elle emmenait toujours la maison en vacances, les pulls d’hiver même en plein été. Papa avait beau lui dire que ça ne servait à rien et que ça ne rentrerait pas dans le coffre de la voiture, elle faisait comme bon lui semblait. C’est à dire n’importe quoi. Et nous suivions, dociles petits soldats.
Lisa était trop petite. Albert et moi bien assez grands pour saisir certaines réalités

Maman ne nous avait pas choisi. Pas plus qu’elle avait choisi sa vie avec papa. Elle ne prononçait pas son prénom, jamais. Elle faisait tout, maman, sans rien demander, si ce n’est le silence. Elle disait qu’elle ne savait pas comment faire avec nous, avec les pleurs de Lisa et nos bêtises farfelues. Elle souriait, voilà et ça passait.
Maman nous aimait, à sa façon, avec ses deux mains gauches et son cœur pas très causant. Sa beauté faisait le reste.
Les autres mamans, ça vous enveloppait de câlins, ça vous bavait des bisous sur les joues devant l’école, ça vous garnissait votre cartable de mots doux, de biscuits “fait maison”.
La nôtre, elle nous disait au revoir sur le trottoir d’en face. On ne savait pas trop ce qu’elle faisait maman de ses journées. Le soir venu, le diner reposait sur la table du salon, on mangeait bien, sauf Lisa qui n’aimait rien et ça gâchait le sourire de maman. Et ça embêtait bien papa. Quand ils avaient le dos tourné, Albert était de tournée de restes, histoire de sauver la soirée. Lisa pleurait quand même. On n’y comprenait rien.

Maman s’est envolée un soir d’été, à la veille des grandes vacances. On avait déjà mis les valises dans le coffre. Toujours trop petit. Elle a dit “pas de bisou ce soir, vous êtes grands maintenant”. On avait pas l’impression de l’être mais bon, c’était maman, alors on a pris chacun la main de Lisa et on la lui a tenu jusqu’à ce qu’elle s’endorme. Maman a du partir à ce moment là. On entendait la pluie dans la cour, comme si le ciel pleurait pour nous.
La maman qu’on n’avait pas eu. Ou celle qui était passée comme une étoile filante, sans jamais savoir où se poser. On a laissé sa valise au pied de l’escalier et avec papa on a filé vers la mer, vers le sud, vers la vie sans choix compliqué.