La perfection de l’imparfait

Crédit Pixabay

Nous sommes humains, imparfaits, la somme de forces et de faiblesses, mélange de zones franches et de chaos, d’intangible espérance ou d’espoirs vains, de fragilités, de doutes, d’envies, de paradoxes variés.

Nous sommes uniques, parfaits tels que nous sommes, de corps et de cœur. Et si nous aspirons au meilleur, ce n’est pas en quête de perfection mais plutôt de perfectionnement de soi, d’épanouissement, de développement.

Quand l’autre est parfait pour soi et que nous sommes parfaits pour l’autre, ce n’est pas dans un aveuglement complet, qui voudrait que nous placions l’autre sur un piédestal, refusant de voir qu’il est après tout humain, mettant ainsi à l’amour des conditions qui n’ont pas lieu d’être, mais dans une dimension différente, celle d’un amour partagé qui fait des défauts et des qualités des bases fondatrices de la relation (quelle qu’elle soit).

L’unicité de chacun ne nous rend pas forcément attiré par tous. La relation nait d’une idée de l’autre puis grandit avec sa vérité. A nous le choix d’accueillir cette vérité ou de passer notre chemin.

La perfection de l’être existe dans l’imperfection de l’humain. A tous moments faillibles, à tous moments perfectibles. A tous moments en évolution.

A la quête d’un impossible, privilégions celle de l’authentique qui fait de nous des individus de l’instant. Qui n’avons rien à prouver, rien à devoir devenir pour être aimé.

Advertisements

Et un jour, se respecter

Le jour de ma naissance je ne suis pas seulement devenue la fille de mes parents, je suis devenue la petite-fille de mes grands-parents. Rien de plus normal.

Pourtant sans le savoir un mécanisme s’était mis en place, dont je ne dénouerais les fils que 37 ans plus tard, vomissant tout ce que cette relation biaisée avait été.

L’amour démesuré de mes grands-parents pour moi a pesé lourd dans ma construction. Avec mon grand-père j’ai réussi à déconstruire les schémas. Il est parti en paix. Je l’ai laissé partir en paix. Je crois que nous nous comprenions, au-delà des mots. Même si l’excellence était la seule voie possible. J’étais celle qui devait réussir, rétablir l’ordre dans le désordre qu’avait été sa vie.

Cela n’a rien à voir à côté de l’emprise de ma grand-mère. C’est à partir de là qu’on comprend mieux certains évènements. J’ai servi sans le savoir une cause qui avait pour unique but de détruire la personne qui comptait le plus, celle qui m’avait mise au monde, ma mère.

Fut un temps, j’adorais ma grand-mère. Elle était ma confidente, mon soutien. Elle était mon phare dans la tempête. Pendant des années, je suis rentrée dans le moule bien fait de la vraie petite fille modèle. On avait l’impression que j’étais le deuxième enfant attendu, jamais eu. Mes quelques débordements étaient recadrés par un « elle est complètement folle ». Puis tout rentrait dans l’ordre. Je suis devenue la gardienne de la mémoire familiale, le prolongement d’elle-même. Je suis devenue celle qui arrondissait les angles, en toutes occasions. Je faisais en sorte que tout se passe bien, j’apaisais les esprits.

Ma sœur à côté, n’a jamais compté. Elle en a souffert. Et pourtant ce désintérêt l’a épargnée.

Quand je me suis rendue compte du manège, le mal était fait, la proie ferrée, la marche arrière impossible. J’ai essayé de briser l’image. J’ai posé des actes qui allaient à l’encontre de ses valeurs. J’ai choisi des chemins avec l’espoir de descendre de ce piédestal sur lequel elle m’avait placée. A chaque phase de rébellion contre l’ordre établi, ma grand-mère prenait ma défense. Quelles que pouvaient être ses idées, elle s’opposait à mes parents. Diviser pour mieux régner. Toujours.

Je me suis souvent sentie tiraillée : protéger ma mère – faire plaisir à ma grand-mère (qui savait parfaitement faire basculer la balance en sa faveur, en jouant les femmes éplorées et sensibles malmenée par le monde. Ça marche à tous les coups, à l’extérieur surtout)

J’ai fini par adhérer inconsciemment à ma propre mise à mort. Devenir quelqu’un que je n’étais pas. A tous les niveaux. Fermer ma gueule et rentrer dans le rang. Et ça a fonctionné. Puisque j’ai toujours cru que mes choix, mes sentiments m’appartenaient. Alors qu’une autre tirait les ficelles.

Jusqu’au jour où, à force de mots violents à l’égard de mes parents, à force de vouloir me faire porter le poids d’une histoire qui ne m’appartient pas, je suis rentrée chez moi et j’ai liquidé tout ce qui avait un lien avec elle. Un jour, j’ai choisi de me respecter avant tout.

Je ne pourrais jamais comprendre tout ça, les mensonges, ce désir de nuire, cette méchanceté gratuite, cette violence psychologique. Mais comme dirait quelqu’un qui compte beaucoup pour moi c’est une réalité, ça existe. Je peux me révolter, refuser les faits, ça n’y changera rien. J’ai plus de chances de me faire davantage de mal qu’autre chose. J’ai décidé d’accepter et d’avancer, en prenant mes distances, beaucoup de distances.

Je ne lui dois rien. Je me dois tout.

Cette pression (inutile) que je m’impose

Ce matin, avant le réveil de Loulou, je me félicitais d’avoir assez bien géré mes émotions depuis quelques semaines. Ne jamais crier victoire trop vite!

Ce matin, tout est parti en vrille, moi la première. Je suis montée dans les aigus (pour un rien, une histoire de SMS et de pantalon qui ne plaisait pas), Loulou a suivi. Envolées toutes les belles théories. Dans ces cas-là, s’isoler est recommandé, dans  40m2 c’est compliqué. Sur le moment, il y a une petite voix qui me dit de me calmer (la voix de la raison). Je ne l’écoute pas, je continue dans mon délire.

Au final, un câlin a apaisé les esprits, séché les larmes. Mais pas réglé le problème.  Et sur le chemin du travail, je me suis quand même posé la question. Rien de telle qu’une petite balade à l’air libre pour mettre ses idées au clair

Qu’est-ce qui déclenche ses moments de ras le bol, de colère, d’impuissance, dans lesquels j’ai le besoin irrésistible de crier, de sortir tout ce que j’ai sur le cœur ?  Généralement, je précise toujours à Loulou que ce n’est pas contre lui, que maman a juste trop de choses à gérer et que parfois à l’intérieur de sa tête tout ne se connecte pas normalement. Quand j’entends les gens dire « sois sage avec maman pour qu’elle ne se mette pas en colère ou qu’est-ce que tu as fait pour que maman crie comme ça ? », ça me reste en travers de la gorge. Ce n’est quand même pas à l’enfant de s’adapter à l’adulte, c’est plutôt à l’adulte d’arriver à gérer ses émotions, se maîtriser dans des situations « délicates » – chose que je n’arrive bien entendu pas toujours à faire. Pourquoi ?

Parce que je me mets énormément de pression. De pression par rapport à quoi / qui, vous allez me dire ?

Par rapport au regard des autres. C’est l’éternel recommencement. Et pour moi l’éternelle recherche d’équilibre entre affirmation de soi et lâcher prise.

En effet, chaque jour (sauf le weekend) il y a un de mes parents chez moi pour garder Loulou en rentrant de l’école. C’est une chance pour lui comme pour moi. Le problème et il vient de moi, je le sais depuis longtemps et je me cogne dedans à toutes les occasions , c’est leur regard (qui selon eux est dénué de tout jugement – juste pour vous dire que le problème vient bien de moi) sur ma gestion quotidienne de ma maison (et de ma vie de manière générale). Les matins où on court, je pourrais laisser la table du petit déjeuner en place, juste mettre les assiettes et tasses à tremper, laisser les Lego sur le canapé, en me disant « on gérera ce soir ». Toutefois chaque jour, même les jours de course, je mets un point d’honneur à ce que ma maison soit nickel (cette notion est très relative en fonction des personnes), que tout soit rangé, les tasses lavées, la table nette, les jouets à leur place…

Qu’est-ce que ça changerait si je laissais tout en plan ?

Le soir, à mon retour, tout serait en ordre. L’un ou l’autre aurait débarrassé la table, nettoyé les bols, fait le repassage, nettoyé l’évier, passé le balais…Cela part d’un bon sentiment, mais à tous les coups vous pouvez être sûrs que ça me touche à un endroit bien précis, ça m’agace parfois, j’ai l’impression de ne pas être à la hauteur.

A la hauteur de quoi ?

Quand je vous disais que je me pose beaucoup de questions, je ne blaguais pas ! Celles-ci me permettent d’avancer, c’est toujours intéressant.

On est bien d’accord que la hauteur c’est une question assez personnelle. Chacun sa manière de gérer sa vie, son travail, ses priorités, sa maison, ses relations, à partir du moment où cela se fait dans le respect. Ce qui est essentiel pour les uns ne le sera pas pour les autres. Pour ma part, ce qui est essentiel, c’est que je sois bien dans ma vie et que Loulou soit bien dans la sienne. Le matériel, c’est secondaire. Quant à la façon dont je gère l’entretien de mon appartement, j’ai envie de dire que j’apprécie que ce soit propre mais tu ne me verras jamais tous les soirs de la semaine avec mon balai et mon chiffon, ou ma table à repasser sortie (il parait que c’est meilleur pour la planète de toute façon !)

Donc, il est clair que je me mets une pression inutile qui me pèse, m’empêche de m’épanouir pleinement, met à mal ma vie de maman et me demande sans cesse de rentrer dans des cases qui ne me conviennent pas (et si toi aussi tu as déjà essayé de faire rentrer un rond dans un carré, tu sais que c’est peine perdue. Et si jamais tu y arrives, c’est que ton rond n’en est plus un depuis longtemps).

Comment sortir de ce schéma ?

C’est ce sur quoi je travaille depuis…

Depuis belle lurette ! Je ne désespère pas d’y arriver un jour.

Ouvrez les vannes!

[:fr]

glass-984457_640

Musique saccadée

Couverture idéale

Face aux cris glaçants

De la femme qui s’éteint

Sous les coups

De l’ennemi

Son propre conjoint

Violence singulière

Tue en son sein

La famille qui se terre

Sous les coups

Du destin

L’infâme musique

Légitime le sacrifice

Des humains

Qu’on assassine

Sous les yeux masqués

Bouches cousues

Portes closes

Intimité protégée

A coups de mots griffonnés

Procès-verbaux

Relégués au placard

Ne pas faire de vague

*

Familles condamnées

Sortez les maux

Tuez les ombres

Ouvrez les vannes !

A toutes les femmes, tous les hommes, tous les enfants victimes de la violence

[:]

Dans mes archives #1 – Mona

[:fr]

Se lever. Te servir. Baisser les yeux. Fermer ma gueule. Obtempérer. Avec le sourire en prime.

Et la nuit, l’entendre se lever quand tu rentres tard, l’entendre remuer les casseroles dans la cuisine, la surprendre les yeux mi-clos au-dessus du réchaud, lui dire de venir se coucher. Tu es un grand garçon, tu pourras te servir tout seul. Elle résiste. Je la laisse, silhouette courbée et fatiguée, attendant la porte qui claque, tes pas lourds dans l’escalier. Elle a dressé la table, a disposé une assiette, des couverts, a pris soin de poser ton verre à gauche avec une bouteille d’eau toute neuve. Tu vas la croiser, esquisser un sourire. Elle va se retirer discrètement. Sans faire de bruit, elle. Elle va tirer la porte et retrouver son lit. Je vais attendre un peu, le temps d’entendre sa respiration plonger dans le sommeil. Et quand elle aura rejoint les bras de Morphée, je vais te maudire une fois de plus d’exister.

Au réveil, à l’heure où la nuit quitte doucement la place, elle sortira au grand air, retrouvera ton assiette et tes couverts négligemment posés dans l’évier. Elle les passera à l’eau, au savon. Elle n’attendra pas que je sois réveillée, dans dix minutes tout au plus. Elle ne veut pas que je dise du mal de toi. Elle te protège à chaque fois, dis que tu as cru bien faire en ne faisant pas – faire couler l’eau au beau milieu de nuit, c’est manquer de réveiller les autres. C’est un manque de respect dans son langage à elle. Je ne comprends pas pourquoi elle fait ça. Déjà avec papa, j’avais du mal. Mais avec toi, je ne peux plus le supporter.

Je ne peux plus te supporter. Tes manières me donnent envie de vomir, de cracher ma haine de toi, ma haine de ton orgueil, ma haine de ta violence sournoise. Tu es mon frère et je n’ai pour toi que du dégoût. Je sais que si je le lui dis, elle ne me comprendrait pas, elle m’en voudrait même d’être si virulente à ton égard. C’est à n’y rien comprendre.

[:]

Imagine…

fruit-3139068_640
Crédit – Pixabay
  • Maman, c’est quoi une famille ?
  • C’est nous mon chéri. Nous deux et papi, mami, tati, tonton…
  • Non, une vraie famille ?
  • La famille idéale tu veux dire. Imagine mon chéri…

Imagine

Des rires, qui se cognent les uns contre les autres

Des batailles d’oreillers, des matins câlins à 3, 4 ou plus dans un grand lit

Imagine

Des déjeuners qui s’éternisent, des soirées au coin du feu

Des repas pendant lesquels personne ne peut en placer une

Tellement tout le monde a quelque chose à dire

Imagine

Une famille dans laquelle on peut tout se confier, absolument tout

Au sein de laquelle on peut tout espérer, croire que tout est possible

Vivre nos idéaux jusqu’au bout, sans que personne ne nous dise que c’est complètement insensé

Imagine

Des anniversaires surprises, des heures à refaire le monde dans la cuisine

Des jeux à n’en plus finir entre cousins et cousines

Des vacances tous ensemble dans une grande maison, les pieds dans l’eau

Imagine

Des coups de gueule sans importance qui s’évaporent

Et des coups de cœur partagés, des envies de décrocher la lune ensemble

Imagine mon chéri la famille de nos rêves.

  • Alors, elle te plait?
  • Tu n’as rien compris, maman. Je te parlais d’une famille normale. Avec une maman et un papa.

Quand les enfants ont le dernier mot, c’est parfois un peu douloureux…

Ceci est ma participation au projet de Leti d’Amicalement Vôtre. Pour ce premier exercice il fallait parler de sa famille idéale.

L’histoire dirait…

[:fr]

L’histoire dirait les vacances, les lumières, l’attente, le sapin décoré et paré de guirlandes qui donnent le ton des festivités.

L’histoire dirait les sourires, être ensemble, se retrouver, oublier pour certains les soucis du quotidien, savourer.

L’histoire dirait la joie des enfants, la patience, la table couverte de mets préparés avec amour, le temps qui se suspend, les différents qui disparaissent face au bonheur de ce temps partagé.

L’histoire dirait les trajets qui n’en finissent plus, les cartes postales dans la boite aux lettres, les cadeaux sous le sapin, les attentions des uns et des autres.

L’histoire dirait les éclats de rire, éclats de voix, l’impatience, les jeux qui se font et se défont à l’infini, les yeux remplis de sommeil, les envies de saisir le jour qui se lève.

L’histoire dirait la présence, le temps ensemble, l’absence, le temps séparé.

L’histoire dit que ce qui compte, c’est ce qui est…[:]

Arc-en-ciel de sourires

[:fr]

Après l’orage

Mon cœur engourdi par la peur

De ne pas être à la hauteur

De ma tâche

Un arc-en-ciel

Nos cœurs à l’unisson

Battent au rythme

De ton sourire

De tes éclats de rire

Le bonheur s’écrit

Sur le lit des vacances

Être ensemble

Laisser l’insouciance guider

Nos pas vers les découvertes

Que tes sens en éveil réclament

S’initier

Au lâcher-prise

Dans la tendresse

Après l’orage

La paix retrouvée…

[:]

Chacun son histoire

[:fr]

Les mots frappent

La table de la cuisine

Où assis face à face

Tu égraines tes souvenirs

Violents

J’ai cinq ans

ζ

Les souvenirs éclaboussent

La table du salon

Où assis face à face

Tu relates les pires instants

De toi, enfant

J’ai dix ans

ζ

Les instants se cognent

Contre la table basse

Où assis face à face

Tu revis ton cauchemar

La folie de tes parents

J’ai quinze ans

ζ

Le cauchemar traverse

Nos vies

Les souvenirs prennent leur aise

Ton chagrin, ta colère

Tapissent les murs

De ma chambre

Depuis le commencement

J’ai vingt ans

ζ

Je n’ai plus l’âge

De porter ta souffrance

Et pourtant

J’aurais tout donné

Pour t’éviter le pire

Maman

Ce texte m’a été inspiré par l’article Vivre pour soi.

[:]