Le choix de Lucie

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Le bateau prenait l’eau. De toutes parts. Il naviguait à vu sur une mer houleuse. Les haubans tanguaient même sans les assauts du vent. A quai? il ne faisait pas meilleure impression qu’au large de côtes étrangères. Lucie le savait, elle regardait le bateau s’enfoncer dans les eaux troubles. Pourtant elle refusait de voir, elle posait sur l’évidence un regard noir. Les mises en garde de Sibylle n’y changeaient rien. Elle ne pouvait pas comprendre de toute façon. Personne ne le pouvait.

L’histoire s’écrivait en vase clos, dans l’intimité de leur relation. Certaine que sa présence, son amour, pouvaient tout, même resserrer les liens les plus distendus, Lucie s’appliquait à être la plus parfaite possible. Elle excellait dans ses études, décrochait les meilleurs stages, passait ses vacances à la maison. Toutes ses vacances. Chaque jour de congé. Ses copines, surtout Sibylle, tentaient de la raisonner. Rien n’y faisait. Elle ne laisserait pas le bateau sombrer, pas complètement. Elle le maintenait à flot, à sa façon. Tout le monde donnait le change et chaque fois qu’elle voyait son père avoir un geste tendre envers sa mère, cela la confortait dans ses choix.

Sibylle tentait de la raisonner. Tantôt en douceur, pour ne pas la brusquer. Tantôt en la bousculant justement, en la chahutant comme un cocotier, pour qu’elle réagisse enfin, qu’elle enlève les peaux de banane qu’elle prenait un malin plaisir à repositionner sur ses yeux chaque fois que ses illusions prenaient une claque. Rien à faire. Sibylle s’éloignait, en regardant Lucie se perdre, pour un combat qui n’était pas le sien.

Comment peut-on vraiment accepter que deux personnes qui se sont aimées ne s’aiment plus? Comment peut-on valider cet éloignement, regarder en face ce naufrage, se dire que nous n’y pouvons rien, que tout notre amour ne sert à rien?

Lucie laissait ces questions tourner en boucle dans sa tête. Fuir, prendre ses distances, ce serait presque un délit, sanctionné par le code pénal. Lucie ne pouvait pas. Il ne restait qu’elle, la dernière force, la preuve de l’amour passé, le souvenir de ce qui fut et se disperse aux quatre vents. Depuis combien de temps d’ailleurs? A t-elle été désirée? Ou n’est-elle, comme tant d’autres, que ce maillon fragile censé solidifier un couple à la dérive?

Lucie refuse ce chaos là. Elle préfère rester et croire que l’amour les sauvera. Peut-être qu’elle a raison. Sibylle n’y croit pas.

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Avec et sans toi

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J’ai connu le gris des larmes et le vert des prairies en fleurs. Sur la plage, l’empreinte de mes pas. Et dans mon cœur, le souvenir de toi.

Je t’évoquerais toujours le cœur battant, quelque part entre ici et là-bas. Tu seras toujours là. Sans y être. Tu seras toujours la pièce manquante à l’équation subtile de mon bonheur.

J’aurais donné le monde pour que tu ne partes pas, pas si vite, pas sans moi. Pas si loin.

Au lieu de ça, j’ai appris que l’amour n’a rien à voir avec ni la vie, ni la mort. L’amour ne disparait par comme le corps. Alors le mien, le tien, restent ce lien qui nous lie au delà de toutes les apparences.

Parfois je sens un souffle. C’est toi. Tu vois les sourires de ma vie et tu souris avec moi. Je donnerais tant encore aujourd’hui pour que tu sois parmi nous, pour que ton rire vienne éclabousser les murs du présent, que ta bienveillance soit mon baume apaisant les soirs d’orage, pour qu’il puisse prendre ta main et que tu tiennes la sienne au chaud. Tu lui aurais raconter des histoires, celle de la petite voleuse de boudoir. Ou était-ce de choux à la crème?

Pour lui, tu ne seras à jamais qu’une bougie dans une église, une dalle sur un coin de terre, près d’un prunier dont il engloutit les fruits sans même y penser. Il dit “papy” sans savoir. Dans sa bouche, pourtant, je retrouve le goût particulier de mon enfance à tes côtés.

Une histoire de famille ou quand ma patience est mise à rude épreuve

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Allez, on ne va pas se mentir, au milieu du bonheur il y a aussi les heures merdiques à souhait, les heures où tu rêves de boucler ton sac à dos et de partir à l’autre bout du monde, avec pour seul compagnon un pavé de 500 pages. Ça c’est dans le meilleur des cas. Dans l’autre, tu as juste envie d’envoyer chier tout le monde…

Si il y a des personnes sur cette terre qui testent ma dose de patience et ma capacité d’endurance ce sont bien mes parents (mon fils aussi mais c’est normal pour son âge – ce qui n’enlève rien au faut que ça me tape sur le système!)

Au quotidien, j’ai le droit à ça:

  • Pense à lui mettre son écharpe!
  • Tu as de quoi lui faire à manger ce soir?
  • Il a besoin de nouvelles chaussettes!
  • Tu as vu, on a lavé tes rideaux.
  • Mets lui son manteau il va prendre froid!
  • Enlève lui son pull il a trop chaud!
  • Il doit au moins manger un yaourt!
  • Il faut vider ta bouilloire tous les jours!
  • J’ai lavé ton linge à 60°. 30° c’est trop juste.
  • La maitresse a dit…
  • Je t’ai fait tout ton ménage!
  • Son lapin mérite un bon lavage tout de même!
  • Arrêtes de le reprendre devant les autres!
  • Encore une de tes lubies!
  • Tu sais que tu es en charge de famille, tu ne peux pas tout te permettre…

Au quotidien, les chaussettes ont été rangées au mauvais endroit, la machine tourne encore à 22h30 du soir, je cherche frénétiquement un pull qui a été dérobé, la décoration a été refaite, la cuisine empeste le vinaigre blanc…

Alors il y a des jours où je prends ça avec le sourire. Et des jours où j’ai l’impression de ne plus être chez moi. Il y a des jours où je m’affirme et d’autres où je me tais. Il y a des jours où je dis stop et des jours où je hurle en silence. Parce que trop c’est trop, j’étouffe. Parce que je considère que tous ces actes, mots posés, même si l’intention est bonne, ne sont là que pour apaiser leurs peurs, qu’ils ne me respectent pas.

Et quand mon fils s’en mêle, qu’il prend exemple, comme si ce que je disais ne valait rien, ce que je faisais ne méritait que du mépris, ma patience et mon endurance en prennent un sacré coup dans les mirettes!

Et vous, vous avez réussi à vous affranchir des commentaires de vos parents sur la façon dont vous gérez votre vie? Vous préférez l’évitement au conflit? Vous savez vous affirmer?

Il était une fois: un souhait…

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Il est là, posé sur le monde, sur un fil invisible entre ciel et terre. Il est là, solitaire, avant d’être rejoint par un, puis deux, puis dix, puis mille autres. Il attend le souffle du vent ou celui d’un baiser. Dans sa bulle d’or, il contient tout ce que le cœur sait.

Il est un souhait.

Le premier souhait.

Il est un souhait de paix, celle qui fait tant défaut au Monde.

Il est un souhait d’amour, d’étreintes rassurantes ou passionnées, de tendresse, de force, de sentiments – intenses, d’émotions, de vibrations, de sensations.

Il est un souhait de confiance, d’estime, de pardon, de résilience et d’abandon, de renaissance.

Il est un souhait du corps, le corps visible et invisible, le corps sain et épanoui.

Il est un souhait d’audace, celle qui nous emmène sur des routes moins fréquentées, des collines verdoyantes ardues à gravir et en haut desquelles la vue est époustouflante.

Il est un souhait de joie, de sourires, de câlins qui chatouillent, de baisers mouillés, de retrouvailles, de fous rires, de découvertes, de lâcher prise, de temps partagé, de longues balades dans la nature, de regards échangés, de complicité, de mains qui se serrent, d’embrassades qui s’éternisent, de fêtes improvisées.

Il est un souhait de bienveillance et d’urgence de vivre l’instant, de ralentir, de regarder autour de soi, de s’enivrer de l’éphémère, des joies simples et singulières.

Il est un souhait de mots, écris, lus, à lire, de créations, d’essais, d’histoires à raconter, de destins croisés.

Il est un souhait de liberté, de prospérité, pour toujours enthousiaste.

Il est un souhait enrobé de dentelles, contenu dans un nuage de douceur, traversé par un arc en ciel, un souhait pétillant et vivifiant, un souhait qui se balance dans l’air frais de janvier, un souhait tout en chaleur humaine.

Il est un souhait de moi à toi, à chacun d’entre vous.

Un souhait qui comme une bulle de savon viendrait s’échouer entre vos bras pour que 2019 soit une année lumineuse et riche de tout ce que vous souhaitez voir se réaliser!

 

Foutez-moi la paix!

Je ne voudrai pas anticiper d’éventuels commentaires ou réactions, toutefois sachez que ces mots ont déjà été dits aux concernés, dans les formes de l’art bien sûr, mais j’ai l’impression que personne ne veut les entendre.

Je sais que tout cela, le ménage, le rangement, les avis de déco, les heures de repassage, les carreaux, les rideaux, la vaisselle, le linge, et j’en passe, ça part d’un très bon sentiment.

Mais moi ça me saoule qu’on gère ma vie à ma place. On croit m’aider et au final ça ne fait que créer de la colère en moi, celle qui scande “je suis chez moi, laissez-moi vivre ma vie comme je l’entends”. Et par ça j’entends laissez mes tasses là où elles sont,même si elles sont sales, ne lavez pas mes dessous avec le linge commun, n’apportez pas votre touche personnelle à mon environnement de vie, laissez-moi porter des t-shirts non repassés si ça me chante, arrêtez de me vanter l’intérêt d’avoir des rideaux (je déteste ça), laissez ma poussière tranquille, arrêtez de ranger les choses (ça me met en rogne de chercher le gilet de loulou dans toute la maison au moment de partir à l’école) – en gros si j’ai besoin d’un coup de main, d’un conseil, laissez-moi vous le demander. Je sais que je peux compter sur vous. Mais par pitié arrêtez de vous faire plaisir, à mon détriment. Si vous voulez aider, il y a plein  d’âmes en peine qui n’attendent que cela.

Et par la même occasion, acceptez que je ne veuille pas de cadeaux à Noël. C’est pas bien compliqué pourtant! Acceptez qu’un soir je n’ai pas envie de parler ou que j’ai un coup de blues. Arrêtez de penser que tout ça m’indiffère parce que je ferme ma gueule souvent. Et arrêtez de penser que si je vous demande ce respect là c’est parce que je ne veux pas de vous dans ma vie. Ça n’a strictement aucun rapport.

Arrêtez aussi de reprendre loulou à chaque fois qu’il fait quelque chose qui ne vous convient pas ou par crainte de la réaction des autres. Primo je gère. Secundo, le regard des autres est la cadet de mes soucis.

Vous me répétez assez souvent que je gère comme une pro. Désormais, laissez-moi l’espace de le faire, de déployer mes ailes, de m’émanciper. Laissez-moi faire des erreurs, me planter, faire des choix que vous ne trouvez pas judicieux. Laissez-moi respirer! Laissez-moi vivre comme je l’entends, même si c’est à des années lumières de votre conception des choses! Parce que c’est bien de cela dont il  s’agit, de MA VIE.

Je n’irai plus seule chez toi…

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Chère grand-mère,

Je l’avais dit une fois. C’est fini, je ne viendrai plus seule chez toi. Et puis, la vie, la bonne conscience, ma gentillesse légendaire, savoir que maman pouvait compter sur moi, j’ai mis de côté mes bonnes résolutions et je suis revenue.

J’ai voulu croire que t’avoir vomi suffirait. Oui il y a quoi, à peine un an, c’est ce que j’ai fait, j’ai vomi 37 ans de relation biaisée avec toi. Je n’avais pas fière allure, place de la Concorde, à vomir tripes et boyaux près de la station de métro. Je suis restée deux jours au lit. Et j’ai compris à quoi j’avais servi. S’en est suivi un travail de deuil…

Alors bien sûr les jours heureux s’inscrivent au compteur. Il ne faut pas les oublier. Ils sont notre histoire aussi. Même si tout me semble un gros nœud de mensonges, auquel j’ai adhéré avec ma naïveté légendaire. Sinon ça n’aurait pas été drôle.

Pourquoi je ne veux plus venir seule ?

Parce que je n’en peux plus de ces trucs faits en douce, de ces choses « entre toi et moi », de ces secrets sans intérêt, ces mots qu’il faut dire ou pas, on ne sait jamais.

Je n’en peux plus de t’entendre parler de grand-père comme si il avait été un mari et un père formidable. Il avait des qualités c’est vrai, il était généreux, il n’aurait jamais laissé quelqu’un dans la merde. Il t’a quitté en assurant tous les frais, en mettant de côté pour toi, pour que, s’il partait en premier, tu ne manques de rien. Oui, il a été un grand-père attentif pour moi. Ça s’arrête là. Si toi tu veux garder sous silence le mal qu’il t’a fait, qu’il a fait à maman, fait-le, mais ne m’associe pas à cela.

Parce que les vacheries sur les autres je ne veux plus les entendre. Parce que je ne veux pas prendre parti, je ne veux pas que mes mots, qui seront répétés, soient déformés. Et qu’ils alimentent d’autres discussions sans fin, d’autres déchirures, d’autres plaies qui mettent un temps fou à cicatriser.

Le passé me sert de boussole. Diviser pour mieux régner. En te faisant sans cesse passer pour ce que tu n’es pas. C’est toujours difficile d’admettre qu’on a été manipulé, toujours problématique de se sortir d’une relation qui nous a nié. Je n’encaisserai plus ni les sous-entendus, ni les paroles blessantes à propos des autres, ni les jugements à l’emporte-pièce, ni cet élan d’amour qui n’est là que pour atteindre ceux qui me sont chers.

Aujourd’hui je fais un choix, celui de garder le meilleur et de me protéger du pire.

Nos chères vacances 2018!

Les vacances ont débuté sous une pluie battante à la gare de Bercy. La chaleur des semaines de juillet cédaient sous le poids de l’orage menaçant et vif. A l’intérieur du car qui traçait vers le sud, chaussures mouillées et serviettes de plage entonnaient les premières notes de mes trois semaines de congés d’été annuels!

Après une virée éclair sur Toulon, je reprenais la route du bord de mer, un peu plus au Nord. L’Atlantique m’attendait et mon Loulou aussi, qui comptait depuis une semaine déjà les dodos qui nous séparaient.

Ces vacances tant attendues furent – comment dire – très différentes des années précédentes. Et pour cause, cette année, nous n’étions plus quatre (mes parents, loulou et moi) mais six, puis sept. La fratrie au complet. Les cousins ensemble. Cohabiter sereinement en famille est un rêve, qui quand il se matérialise, laisse planer quelques doutes sur la capacité de chacun à accepter l’autre tel qu’il est et à laisser critiques et jugements de côté pour profiter du plaisir d’être réunis.

Entre les manies de l’un qui agacent, les idées de l’autre sur l’éducation des enfants, les envies divergentes, les habitudes de vie, j’ai pris le parti de ne prendre celui de personne. Et quand j’ai senti qu’il suffirait d’un rien pour que les choses se délitent et que le conflit éclate, j’ai pris la poudre d’escampette avec Loulou.

Avec de bien belles aventures au programme:  plage et baignade, journées entre cousines et amis, des rires, la cueillette des mûres pour faire de bons crumbles ou les déguster à peine cueillies le nez dans les ronces, des balades à poney, à vélo aussi – maintenant que Loulou n’a plus de petites roulettes, vive la liberté, des pique-niques sur la plage et de beaux couchers de soleil à admirer, une nuit d’étoiles filantes, déguster des glaces faites avec du bon lait de la ferme et de la menthe fraiche, regarder Loulou de plus en plus à l’aise dans ses activités, des sourires, des batailles d’eau dans le jardin, des cakes et des babines pleines de chocolat, des parties de foot endiablées, deux journées à Nantes…

Se serait mentir de dire qu’il n’y a pas eu d’heures creuses. Elles m’ont un peu chamboulée d’ailleurs. J’ai été énervée parfois, je me suis retenue, j’ai beaucoup pris sur moi aussi, tout en essayant de me dire que chacun faisait de son mieux. Il a fallut rappeler quelques bases et les heures pleines vinrent vite chasser les quelques grammes de blues.

Je me suis octroyée quelques plages en solo, pendant que Loulou s’amusait au poney, puis offert deux balades à cheval, trois footing à l’heure où les vacanciers émergent tout juste de leur précieux sommeil. J’ai retrouvé la mer et le plaisir de la regarder, tantôt calme, tantôt agitée. Je me suis promis que l’année prochaine je me remettrais à la voile, que j’irais me confronter au vent et à cette sensation suprême de liberté quand la coque d’un dériveur fend les flots moqueurs.

Puis il y a eu la dernière journée, celle qui tente de retenir le temps au maximum. C’est déjà finit. Les bagages sont prêts. On passe pour les “au revoir, à l’année prochaine”, on fait durer le plaisir jusqu’à la dernière minute. On se repasse les photos qui marquent les souvenirs. Voilà, il faut repartir. Au bout de la ligne de train, le bureau et Paris désert. Ça ne durera pas. Pour la première fois depuis six ans, quelqu’un m’attend. Le retour est plus doux, les retrouvailles intenses et émouvantes.

Trois semaines c’est long et court en même temps. Que c’est bon de profiter du temps sans impératif, sans montre, sans horaire à respecter. Que c’est bon de marcher nus pieds, de faire des châteaux de sable, de passer du temps en pleine nature, ensemble. Que c’est bon de retrouver ceux que l’on aime et que l’on ne voit qu’une fois par an, pour ce temps béni de nos chères vacances!

Et vous vos vacances, quel gout ont-elles eu?

 

 

 

 

 

 

La perfection de l’imparfait

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Nous sommes humains, imparfaits, la somme de forces et de faiblesses, mélange de zones franches et de chaos, d’intangible espérance ou d’espoirs vains, de fragilités, de doutes, d’envies, de paradoxes variés.

Nous sommes uniques, parfaits tels que nous sommes, de corps et de cœur. Et si nous aspirons au meilleur, ce n’est pas en quête de perfection mais plutôt de perfectionnement de soi, d’épanouissement, de développement.

Quand l’autre est parfait pour soi et que nous sommes parfaits pour l’autre, ce n’est pas dans un aveuglement complet, qui voudrait que nous placions l’autre sur un piédestal, refusant de voir qu’il est après tout humain, mettant ainsi à l’amour des conditions qui n’ont pas lieu d’être, mais dans une dimension différente, celle d’un amour partagé qui fait des défauts et des qualités des bases fondatrices de la relation (quelle qu’elle soit).

L’unicité de chacun ne nous rend pas forcément attiré par tous. La relation nait d’une idée de l’autre puis grandit avec sa vérité. A nous le choix d’accueillir cette vérité ou de passer notre chemin.

La perfection de l’être existe dans l’imperfection de l’humain. A tous moments faillibles, à tous moments perfectibles. A tous moments en évolution.

A la quête d’un impossible, privilégions celle de l’authentique qui fait de nous des individus de l’instant. Qui n’avons rien à prouver, rien à devoir devenir pour être aimé.

Et un jour, se respecter

Le jour de ma naissance je ne suis pas seulement devenue la fille de mes parents, je suis devenue la petite-fille de mes grands-parents. Rien de plus normal.

Pourtant sans le savoir un mécanisme s’était mis en place, dont je ne dénouerais les fils que 37 ans plus tard, vomissant tout ce que cette relation biaisée avait été.

L’amour démesuré de mes grands-parents pour moi a pesé lourd dans ma construction. Avec mon grand-père j’ai réussi à déconstruire les schémas. Il est parti en paix. Je l’ai laissé partir en paix. Je crois que nous nous comprenions, au-delà des mots. Même si l’excellence était la seule voie possible. J’étais celle qui devait réussir, rétablir l’ordre dans le désordre qu’avait été sa vie.

Cela n’a rien à voir à côté de l’emprise de ma grand-mère. C’est à partir de là qu’on comprend mieux certains évènements. J’ai servi sans le savoir une cause qui avait pour unique but de détruire la personne qui comptait le plus, celle qui m’avait mise au monde, ma mère.

Fut un temps, j’adorais ma grand-mère. Elle était ma confidente, mon soutien. Elle était mon phare dans la tempête. Pendant des années, je suis rentrée dans le moule bien fait de la vraie petite fille modèle. On avait l’impression que j’étais le deuxième enfant attendu, jamais eu. Mes quelques débordements étaient recadrés par un « elle est complètement folle ». Puis tout rentrait dans l’ordre. Je suis devenue la gardienne de la mémoire familiale, le prolongement d’elle-même. Je suis devenue celle qui arrondissait les angles, en toutes occasions. Je faisais en sorte que tout se passe bien, j’apaisais les esprits.

Ma sœur à côté, n’a jamais compté. Elle en a souffert. Et pourtant ce désintérêt l’a épargnée.

Quand je me suis rendue compte du manège, le mal était fait, la proie ferrée, la marche arrière impossible. J’ai essayé de briser l’image. J’ai posé des actes qui allaient à l’encontre de ses valeurs. J’ai choisi des chemins avec l’espoir de descendre de ce piédestal sur lequel elle m’avait placée. A chaque phase de rébellion contre l’ordre établi, ma grand-mère prenait ma défense. Quelles que pouvaient être ses idées, elle s’opposait à mes parents. Diviser pour mieux régner. Toujours.

Je me suis souvent sentie tiraillée : protéger ma mère – faire plaisir à ma grand-mère (qui savait parfaitement faire basculer la balance en sa faveur, en jouant les femmes éplorées et sensibles malmenée par le monde. Ça marche à tous les coups, à l’extérieur surtout)

J’ai fini par adhérer inconsciemment à ma propre mise à mort. Devenir quelqu’un que je n’étais pas. A tous les niveaux. Fermer ma gueule et rentrer dans le rang. Et ça a fonctionné. Puisque j’ai toujours cru que mes choix, mes sentiments m’appartenaient. Alors qu’une autre tirait les ficelles.

Jusqu’au jour où, à force de mots violents à l’égard de mes parents, à force de vouloir me faire porter le poids d’une histoire qui ne m’appartient pas, je suis rentrée chez moi et j’ai liquidé tout ce qui avait un lien avec elle. Un jour, j’ai choisi de me respecter avant tout.

Je ne pourrais jamais comprendre tout ça, les mensonges, ce désir de nuire, cette méchanceté gratuite, cette violence psychologique. Mais comme dirait quelqu’un qui compte beaucoup pour moi c’est une réalité, ça existe. Je peux me révolter, refuser les faits, ça n’y changera rien. J’ai plus de chances de me faire davantage de mal qu’autre chose. J’ai décidé d’accepter et d’avancer, en prenant mes distances, beaucoup de distances.

Je ne lui dois rien. Je me dois tout.

Cette pression (inutile) que je m’impose

Ce matin, avant le réveil de Loulou, je me félicitais d’avoir assez bien géré mes émotions depuis quelques semaines. Ne jamais crier victoire trop vite!

Ce matin, tout est parti en vrille, moi la première. Je suis montée dans les aigus (pour un rien, une histoire de SMS et de pantalon qui ne plaisait pas), Loulou a suivi. Envolées toutes les belles théories. Dans ces cas-là, s’isoler est recommandé, dans  40m2 c’est compliqué. Sur le moment, il y a une petite voix qui me dit de me calmer (la voix de la raison). Je ne l’écoute pas, je continue dans mon délire.

Au final, un câlin a apaisé les esprits, séché les larmes. Mais pas réglé le problème.  Et sur le chemin du travail, je me suis quand même posé la question. Rien de telle qu’une petite balade à l’air libre pour mettre ses idées au clair

Qu’est-ce qui déclenche ses moments de ras le bol, de colère, d’impuissance, dans lesquels j’ai le besoin irrésistible de crier, de sortir tout ce que j’ai sur le cœur ?  Généralement, je précise toujours à Loulou que ce n’est pas contre lui, que maman a juste trop de choses à gérer et que parfois à l’intérieur de sa tête tout ne se connecte pas normalement. Quand j’entends les gens dire « sois sage avec maman pour qu’elle ne se mette pas en colère ou qu’est-ce que tu as fait pour que maman crie comme ça ? », ça me reste en travers de la gorge. Ce n’est quand même pas à l’enfant de s’adapter à l’adulte, c’est plutôt à l’adulte d’arriver à gérer ses émotions, se maîtriser dans des situations « délicates » – chose que je n’arrive bien entendu pas toujours à faire. Pourquoi ?

Parce que je me mets énormément de pression. De pression par rapport à quoi / qui, vous allez me dire ?

Par rapport au regard des autres. C’est l’éternel recommencement. Et pour moi l’éternelle recherche d’équilibre entre affirmation de soi et lâcher prise.

En effet, chaque jour (sauf le weekend) il y a un de mes parents chez moi pour garder Loulou en rentrant de l’école. C’est une chance pour lui comme pour moi. Le problème et il vient de moi, je le sais depuis longtemps et je me cogne dedans à toutes les occasions , c’est leur regard (qui selon eux est dénué de tout jugement – juste pour vous dire que le problème vient bien de moi) sur ma gestion quotidienne de ma maison (et de ma vie de manière générale). Les matins où on court, je pourrais laisser la table du petit déjeuner en place, juste mettre les assiettes et tasses à tremper, laisser les Lego sur le canapé, en me disant « on gérera ce soir ». Toutefois chaque jour, même les jours de course, je mets un point d’honneur à ce que ma maison soit nickel (cette notion est très relative en fonction des personnes), que tout soit rangé, les tasses lavées, la table nette, les jouets à leur place…

Qu’est-ce que ça changerait si je laissais tout en plan ?

Le soir, à mon retour, tout serait en ordre. L’un ou l’autre aurait débarrassé la table, nettoyé les bols, fait le repassage, nettoyé l’évier, passé le balais…Cela part d’un bon sentiment, mais à tous les coups vous pouvez être sûrs que ça me touche à un endroit bien précis, ça m’agace parfois, j’ai l’impression de ne pas être à la hauteur.

A la hauteur de quoi ?

Quand je vous disais que je me pose beaucoup de questions, je ne blaguais pas ! Celles-ci me permettent d’avancer, c’est toujours intéressant.

On est bien d’accord que la hauteur c’est une question assez personnelle. Chacun sa manière de gérer sa vie, son travail, ses priorités, sa maison, ses relations, à partir du moment où cela se fait dans le respect. Ce qui est essentiel pour les uns ne le sera pas pour les autres. Pour ma part, ce qui est essentiel, c’est que je sois bien dans ma vie et que Loulou soit bien dans la sienne. Le matériel, c’est secondaire. Quant à la façon dont je gère l’entretien de mon appartement, j’ai envie de dire que j’apprécie que ce soit propre mais tu ne me verras jamais tous les soirs de la semaine avec mon balai et mon chiffon, ou ma table à repasser sortie (il parait que c’est meilleur pour la planète de toute façon !)

Donc, il est clair que je me mets une pression inutile qui me pèse, m’empêche de m’épanouir pleinement, met à mal ma vie de maman et me demande sans cesse de rentrer dans des cases qui ne me conviennent pas (et si toi aussi tu as déjà essayé de faire rentrer un rond dans un carré, tu sais que c’est peine perdue. Et si jamais tu y arrives, c’est que ton rond n’en est plus un depuis longtemps).

Comment sortir de ce schéma ?

C’est ce sur quoi je travaille depuis…

Depuis belle lurette ! Je ne désespère pas d’y arriver un jour.