Sisters

Projet 366 jours

Elle marche près de sa sœur, le bras passé sous son bras, la tête penchée vers celle de sa sœur. Une belle image que rien ne peut troubler. Elles se racontent sûrement des histoires de petites filles. Elles sautillent par moments, prises d’un fou rire hors du commun. Elles s’agrippent l’une à l’autre, froissant leurs robes en liberty. Qu’importe. Elles tournent parfois la tête pour voir si leur nounou les suit bien. Et quand elles saisissent son clin d’œil, elles retournent à leur petite vie bien faite.

Elles dessinent leurs rêves sur le sable de la plage, se jurant fidélité pour toute la vie. La vie les a bringuebalées, les a séparées, puis les a réunies. La vie leur a fait faux bond, les a couvertes de tendresse et a fait couler leurs jolis yeux bleus. La vie semble les avoir épargnées, les avoir protégées des chagrins les plus atroces, ceux qui résistent au temps. La vie les a opposées, les a arrachées à leurs certitudes. La vie les a contraintes à trouver de nouveaux repères, à partir sur de nouveaux chemins, à tenter des expériences, à vivre de splendides victoires et des échecs qui les ont laissées un peu perdues. C’est très long et parfois si court une vie.

Les albums ont perdu de leur éclat. Les photos reflètent un temps qui ne sera plus. Il ne reste que des souvenirs de ces années passées, de ces époques un peu oubliées. Il y a bien encore quelque jouets qui se disputent l’espace, quelques poupées qui se lanceraient bien dans une mise en scène de théâtre pour sortir de leur léthargie. Il y a bien quelques peluches emballées soigneusement qui attendent qu’un enfant les trouve et les adopte. Il y a bien des bibelots qui auraient quelque chose à raconter, des secrets à dévoiler. Il y a bien quelques livres posés sur une étagère, annotés. Et des cartes postales dans une grande boîte, signées de personnes que l’on ne connait plus.

Le temps passe et gagne du terrain, comme la tempête qui emporte tout sur son passage. S’il n’y a qu’une chose qui tient, c’est la main de sa sœur dans la sienne, épaule contre épaule. Elles font presque la même taille aujourd’hui. Elles regardent dans la même direction la vie qui s’en va. Elles repensent à hier, avec une pointe de nostalgie. Elles voudraient le temps d’une promenade retrouver leur innocence. Elles se contentent de savourer l’instant présent et d’éclater de rire, comme avant.

Noor – mon fils

Projet 366 jours

“On éduque nos enfants et nos enfants nous élèvent” Sandra James

Je confirme. Je grandis à tes côtés. Même quand je n’en peux plus, même quand je crie, même quand tout semble perdu, que je n’ai plus d’énergie. Même quand j’ai l’impression de couler.

Tu m’aides. Un “c’est pas grave” peut devenir le plus apaisant des remèdes.

Et plus je te regarde vivre, plus j’ai envie de te suivre, de redécouvrir le monde à ton rythme.

Tu me mets en face de mes limites, de mes blessures, tu m’invites à dépasser tout ce qui m’attache encore au passé, un passé qui n’est plus moi.

Tu me pousses à bout parfois mais n’est-ce pas la meilleure occasion pour moi de faire face, sereinement, d’apprendre aussi à gérer mes émotions autrement.

Tu m’invites à m’affranchir du regard des autres et à m’affirmer, à devenir une maman et une femme épanouie et heureuse.

On dit qu’un enfant choisit ses parents. Je ne sais pas. Ce que je sais c’est que tu portes merveilleusement le surnom que je t’ai donné depuis le début de notre aventure: Noor!

Mona

Projet 366 jours

Se lever. Te servir. Baisser les yeux. Fermer ma gueule. Obtempérer. Avec le sourire en prime. Et la nuit, l’entendre se lever quand tu rentres tard, l’entendre remuer les casseroles dans la cuisine, la surprendre les yeux mi-clos au-dessus du réchaud, lui dire de venir se coucher. Tu es un grand garçon, tu pourras te servir tout seul. Elle résiste. Je la laisse, silhouette courbée et fatiguée, attendant la porte qui claque, tes pas lourds dans l’escalier. Elle a dressé la table, a disposé une assiette, des couverts, a pris soin de poser ton verre à gauche avec une bouteille d’eau toute neuve. Tu vas la croiser, esquisser un sourire. Elle va se retirer discrètement. Sans faire de bruit, elle. Elle va tirer la porte et retrouver son lit. Je vais attendre un peu, le temps d’entendre sa respiration plonger dans le sommeil. Et quand elle aura rejoint les bras de Morphée, je vais te maudire une fois de plus d’exister.

Au réveil, à l’heure où la nuit quitte doucement la place, elle sortira au grand air, retrouvera ton assiette et tes couverts négligemment posés dans l’évier. Elle les passera à l’eau, au savon. Elle n’attendra pas que je sois réveillée, dans dix minutes tout au plus. Elle ne veut pas que je dise du mal de toi. Elle te protège à chaque fois, dis que tu as cru bien faire en ne faisant pas – faire couler l’eau au beau milieu de nuit, c’est manquer de réveiller les autres. C’est un manque de respect dans son langage à elle. Je ne comprends pas pourquoi elle fait ça. Déjà avec papa, j’avais du mal. Mais avec toi, je ne peux plus le supporter. Je ne peux plus te supporter. Tes manières me donnent envie de vomir, de cracher ma haine de toi, ma haine de ton orgueil, ma haine de ta violence sournoise. Tu es mon frère et je n’ai pour toi que du dégoût. Je sais que si je le lui dis, elle ne me comprendrait pas, elle m’en voudrait même d’être si virulente à ton égard.

On trinque!

Carnets de route

Bon anniversaire!

On le dit, on le redit, sur tous les tons, en douce, en chantant, à chaque occasion qui se présente.

On souhaite le meilleur, des bonnes choses, du bonheur. On souhaite une nouvelle année pleine d’heureuses surprises, de moments partagés, d’amitié échangée.

On oublie le trop peu, le trop plein dans ces vœux qui doivent apporter sourire sur les lèvres de celle ou celui qui prend un an de plus. On sait qu’il y aura des jours de doute, de chagrin, des cris, des larmes sur les 365 prochains jours à venir. Alors on choisit le beau pour ce jour particulier – jour de naissance et jour de fête.

On trinque à la vie, fragile et lumineuse.

A toi!

Porte ouverte

Projet 366 jours

La porte s’ouvre sur un visage. Angèle reste bouche bée. Elle n’a pas changé. Si, ses traits sont plus marqués peut-être. Son visage porte les stigmates de la vie, heures sombres, matins douloureux, nuits agitées. Angèle la regarde, ne pense pas à l’inviter à entrer. Elle reste là, immobile, dans l’entrebâillement de la porte. Vingt ans les séparent quand elles sont à quelques centimètres à peine l’une de l’autre. Elles s’étudient du bout des cils. Angèle voudrait pouvoir dire quelque chose, oser un pas. Elle n’y arrive pas. Ni à fermer la porte d’ailleurs. Elle reste là les bras ballants à se demander pourquoi elle l’a invitée, comment procéder maintenant. Pas besoin de présentations. Elles se connaissent, portent le même nom. Mais restent incapable de faire un geste pour combler le vide de vingt ans de silence.

Remède miracle

Projet 366 jours

Il m’accueille le soir avec le sourire, un sourire grand comme – grand comme la terre entière – puis vient coller son nez dans le creux de mon cou. Il m’enlace de ses deux petits bras et alors tous les doutes, le chaos de mes jours, le silence de mes nuits s’effondrent devant cet amour qui n’en finit pas.

Il me fait rire, me fait danser. Il me fait lâcher prise, m’aide à ne pas trop penser. Il me rappelle que vivre est une chance, qu’être ensemble est un bonheur, que nous composons chaque jour une douce mélodie à conjuguer à tous les temps.

Il est mon remède anti-coup de blues, mon miracle du quotidien. Son sourire coquin semble me murmurer des vérités. Il me dit d’aimer la vie et de donner, d’offrir l’amour qui est en moi, sans limite, sans chercher toujours à savoir “pourquoi ci – pourquoi ça”.

Nous nous aidons mutuellement à grandir.