Tag: Erotisme

Lise et les corps des femmes

Crédit Pixabay

Lise aimait les hommes. Rien à redire. Comme les autres en somme. Une existence dans la norme, rassurante.

Puis il y avait eu Eve. Et ce soir d’été. Un prénom presque prédestiné. L’été du sud, chaud. La chaleur étouffante des nuits. Portes ouvertes sur la nature. Et sur les draps, les corps tout juste recouverts d’un voile, qui laissaient voir à travers.

Lise avait senti quelque chose, comme un appel. A ses côtés, Eve, son amie. Et soudain son envie. Frissons en dehors et frayeurs à l’intérieur. Elle se sentait démunie face à cette soudaine impulsion. Faire courir son index sur l’inconnu.

Elle contemplait en toute discrétion les mouvements du corps d’Eve, sa respiration qui faisait monter et descendre sa poitrine dans une danse aux accents aphrodisiaques. Elle imaginait sa bouche envoyer de l’air et faire se dresser le duvet discret sur ses jambes et ses bras. Elle traçait des possibles en se demandant ce qui lui arrivait.

La nuit était passée. Dans le sommeil d’Eve, insensible aux émois de Lise. Et Lise, assoiffée d’une étreinte, même légère, même juste un chatouillement, une brise. Le jour levé, les corps aussi. Les voiles qui tombent et s’expose le nu. Comme la vie qui nait au monde.  Une ligne pas très droite et dévient les fantasmes. Lise avait préféré s’éclipser plutôt que de regarder l’objet de ses tourments. Sous le filet d’eau fraiche, la brûlure s’apaisait.

Eve n’avait jamais su. Préserver l’amitié surtout. Mais depuis Lise regardait le corps des femmes. Elle ne pouvait décrocher ses yeux de tous leurs vides et leurs pleins. Elle s’appréhendait à travers leurs silhouettes, leurs manques, leurs gestes et attitudes. Elle se découvrait pleine et coupable d’une richesse jusqu’alors invisible.

Le rideau se lève…

bdsm-1973280_960_720 

Le rideau se lève
Et le monde s’enflamme
Au contact d’Ève
Dont le corps se pâme

Entrelacs de dentelle noire
Sur les peaux laiteuses
Le mystère creuse son sillon
Entre alcôves et passion

Elle frissonne
Sa peau entière fredonne
Une mélodie comme une danse
Qui dans une transe, suave
Lui donne un air –  animal

Le rideau se lève
Sur des ombres amazones
Tenant en bouche la virilité
Nymphes en pâmoison
Absorbant le philtre enchanté

Entrelacs de jambes, de mains
De vallées, de courbes, de creux, de bassins
Éblouissement des sens
Sous l’indigo de la nuit dense

Rêverie estivale

Credit Pixabay

Sur la plage déserte, un bateau. Abandonné. Aux saisons de la vie. Témoin de tant de destins. Refuge des enfants, inventeurs épris de nouveauté. Elle entend encore l’écho des voix du passé. Le sien et d’autres. Histoires écrites du bout d’une plume d’oiseau.
On pourrait réécrire le monde à partir de là.

Et l’avenir? Peut-on, à défaut de le programmer, en créer un de toute pièce? Une scène, juste une. Pour qu’un reflet puisse se voir. Qu’un arrêt sur image puisse s’imprimer dans le bois brut. Laisser une trace…

Le vent souffle. Une voix au loin. Son prénom dans l’air. Il serait là. Sur la digue. Pas très loin. Elle ne l’entendrait pas vraiment. Elle imaginerait juste. Le sable étoufferait ses pas. Il avancerait sans bruit, surfant sur des hypothèses.
Elle resterait dans la pénombre, une main calée entre ses cuisses. Une caresse comme l’attente de sa silhouette. Caresse muette d’un corps en demande.
Elle sentirait sa présence dans le périmètre de sécurité. Et ses mains se presseraient davantage.

Il la regarderait faire avant de s’approcher. La voir jouer avec son corps lui plaisait. Il aimait la danse discrète de ses doigts. Et les bruits mesurés d’un plaisir qui se prend par petites touches.

Il viendrait par derrière. Enserrer sa taille. Ses mains sur ses hanches sentiraient bon la prise imminente de possession. Ses doigts  rejoindraient les siens. Ils creuseraient des chemins dans les profondeurs de son temple. Puis sortiraient pour s’attaquer à la fleur sauvage, jusqu’alors effleurée. Il prendrait le rythme qui est le sien.
Sa bouche se rapprocherait de la sienne dans un mouvement lent. Une fois ses lèvres à portée, il les croquerait dans un geste vif. Leurs langues mélangées. Leurs salives imprégnées d’envie de plus.
Ils se désireraient sans mot.

Il coulerait son corps contre le sien, lui offrirait son érection. A savourer. Du bout des cils. Avant que sa langue ne se faufile et vienne lécher la peau marbrée de veines apparentes. Le gland d’abord. Rondeur presque enfantine. Avant le grand voyage des sens, l’appropriation de l’espace. Sa bouche en maîtresse de cérémonie donnerait la marche à suivre.
Il se laisserait faire tout en cherchant frénétiquement un point d’attache pour un partage. L’ovale de ses seins, le pic de ses tétons dressés, les vagues de son ventre.

Elle relâcherait son étreinte, guidant son membre tendu vers l’ouverture. Prête. Il relâcherait la pression sur ses seins. Descendrait ses paumes dans le creux de son bassin mouvant.

Et il répondrait positivement à l’invitation. La pénétrant. Avec vigueur. Jusqu’à se sentir pleinement accueilli. Aspiré par son audace. Elle planterait ses ongles dans sa peau, l’attirant davantage en elle. Il la dévorerait du regard. Avant d’aller encore plus loin. Ils feraient de ce temps un voyage. Le plaisir du parcours. L’inconnu. Au milieu des herbes folles. Et leurs prénoms, dans une respiration.

Si vous avez aimé ce texte, passez faire un tour sur Short Édition pour soutenir ma nouvelle en compétition. Merci!

Scène de vi(d)e

Crédit Pixabay

Derrière ses rideaux, caché par la masse sombre du velours côtelé, héritage du passé, il regardait la scène. La même, chaque soir. Une scène de désamour. Et chaque soir, il espérait que les choses changent, que les corps se rejoignent, que les incidents se taisent et que résonnent par la fenêtre ouverte les voix, les râles, l’écho d’un plaisir sans faille.

Chaque soir, il se postait là, à bonne distance. Ses yeux passaient le vide et les carreaux, habitués à l’obscurité, ils trouvaient la lumière allumée et son corps à elle, prêt à se lover dans des draps qu’il imaginait froids, comme le sont ceux des maisons de vacances, fermées huit mois de l’année. Il distinguait tout juste le galbe de ses hanches, la forme de son visage, le reste n’était que pur fantasme. Un décolleté satiné, des yeux rieurs, un rictus coquin au coin des lèvres. Il la regardait se déshabiller,  comme si il fallait faire vite, comme si le temps était compté. Elle enfilait ensuite son uniforme de tristesse et se glissait dans le grand lit, toujours du même côté. Allongée, le regard rivé sur le plafond, il se demandait quels étaient ses rêves, si elle aussi elle pensait au moment où il passerait la porte, ce qu’il ferait ce soir, est-ce qu’il tenterait un pas vers elle, est-ce qu’il laisserait ses frustrations au placard et accrocherait ses souhaits à ses rives ? Ou bien il ferait ce qu’il fait chaque soir, même rituel désolant, auquel elle se pliait sans un mot ?

Il voulait le secouer, lui dire de regarder ce qu’il perdait, une fois qu’il s’allongeait près d’elle puis se tournait, de son côté du lit, loin d’elle. Elle se tournait aussi, loin de lui et le lit paraissait immense et si petit en même temps. Entre eux, un silence assourdissant prenait toute la place. Les souvenirs flottaient. Il les voyait de loin, des souvenirs d’étreintes passionnées, de frissons démesurés, de corps possédés, de folies répétées. Leurs souffles s’étaient brisés depuis…

Il voulait lui dire à elle, tant de choses. Que ses yeux se posaient sur elle et qu’il y voyait son désir, contenu, toujours sur ses gardes, un désir qui n’attendait qu’un murmure pour se livrer, sans livrer bataille. Il voyait ce qu’elle pouvait donner, ce qu’elle attendait, il voyait sa peau trembler d’une attente qui n’en finissait pas. Il voulait lui dire que chaque soir derrière les rideaux de velours, il la prenait dans ses bras, elle, si belle, si menue, si sensuelle, qu’il la faisait danser sous les étoiles, que leurs pieds nus se frôlaient et que ça créait en lui un cataclysme, qu’il s’endormait le corps brûlant de cette valse imaginée.

Derrière ses rideaux, caché par la masse sombre du velours côtelé, héritage du passé, il ne voit plus rien. La chambre est nue, sans âme. Ils sont partis, sûrement. Il ne reste que les effluves d’un inachevé dans l’air bruyant du soir. Les mouvements des draps ne sont que des mirages.

Si vous avez aimé ce texte n’hésitez pas à voter pour mon poème Nos Accords, en compétition pour le Prix Ô.