La vérité

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Si j’avais à choisir, aujourd’hui, je ferai le choix de ne pas avoir d’enfant.
Je n’aime pas les regrets, je n’en ai pas. J’ai attendu un enfant, l’ordre des choses. J’ai grandi avec cette idée, la famille. Et l’égoïsme de ceux qui n’en avaient pas.
Ce n’est pas une question de fibre ou d’amour, c’est une question personnelle, une question d’identité, de responsabilité.

Je ne sais pas à qui je mens le mieux.

Rien n’est pur plaisir dans cette aventure. Tout est dépassement de soi. Tous les jours. Et l’addition des jours finit par peser lourd.
Les parents à l’unisson vont me répéter ces phrases magiques qu’on dit à tout chacun. Pour redonner des couleurs aux jours gris.
Ce sont toutes ces tentatives qui au fond me déçoivent. Au bout des jours pleins, il n’y a que le vide.

Il y a des jours où il m’est impossible d’aller vers mon fils, de jours où je me demande à quoi tout cela a servi au fond, toute cette souffrance, ces larmes, des jours où l’envie de m’éclipser de cette vie semble prendre le pas sur la foi.
Si je tiens, c’est par manque. Manque de courage. Ou bien envie de réussir quelque chose pour une fois.
Mais réussir quoi au juste ?

On m’avait promis qu’il était protégé, dans mon ventre, en sûreté. Pourtant sa blessure suinte chaque jour. Sa colère éclate pour un rien. Ses émotions à fleur de peau se cognent contre les miennes.
Nous sommes dans un cycle infernal qui nous éloignent.
Je ne trouve plus la grâce dans son sourire, ni l’entrain dans ses rires.
Je suis à côté, épuisée par la tâche, assommée par les crises à répétition.

La lumière s’éteint…
Aurais-je assez de ressources pour trouver le chemin de nos pas qui avancent ensemble sur le chemin ?

Il n’y aura pas de calendrier de l’avent, je n’en ai pas la force. Je vous souhaite un beau mois de décembre.

Qui es-tu pour me juger?

Tu as sous-entendu que je maltraitais mon enfant.

Tu as cru bon de me dire qu’il était trop gâté.

Tu dis que tout est de ma faute, que je vous pourris la vie.

Very angry hysterical woman

Mais qui es-tu, toi, ex-conjoint, père, anonyme pour me juger ?

N’es-tu pas là plutôt pour me soutenir, me soulager, dans mon rôle de mère à temps plein, qui ne peut rien déléguer, ni le bain, ni le coucher, ni les weekends qui s’éternisent, ni les crises, ni les colères ?

N’es-tu pas là pour me dire que tu comprends, que tu entends ma souffrance, que tu vas m’aider, quand je perds mes moyens, quand je suis à cran et que ni mes cris, ni ma patience ne servent à rien pour calmer mon enfant qui se croit tout-puissant ?

Qui es-tu pour me dire que je fais mal, que si mon enfant réagit comme ceci ou comme cela, c’est que quelque chose cloche chez moi ?

N’es-tu pas là pour m’offrir une heure par semaine pour respirer, pour exister en tant que personne ?

Qui es-tu pour me dire que je ne referais pas ma vie avec un enfant aussi terrible ou pour m’intimer l’ordre d’aller consulter un pédopsychiatre, tout ça parce qu’il a fait une crise à table pour ne pas manger (comme des tas d’enfants de son âge) ?

Oui, qui es-tu, toi, pour me dénigrer, m’imposer ta vision des choses, pour me condamner parce qu’à bout de souffle, la claque est partie, sans intention de la donner ?

N’es-tu pas là pour m’aider à l’élever cet enfant, à faire de lui un jeune homme respectueux et heureux ?

Crois-tu sincèrement qu’en me manquant de respect constamment, en m’accusant du pire, je vais y arriver ?

A moins que tu n’attendes qu’une chose, que je plonge, comme tant de mères autour de moi, au bout du rouleau…

Ce billet fait suite à un weekend particulièrement difficile à la maison avec un petit garçon qui a enchainé cris, coups, colères et une maman qui a craqué plus d’une fois (en se sentant la pire mère du monde) et qui n’aspire qu’à une chose, un peu de temps pour faire le vide et sécher ses larmes. (aucun commentaire porteur d’un quelconque jugement ne sera accepté sur cet article – merci)

Faire face à l’épuisement maternel

Des mères fatiguées, esquintées, épuisées.

Des mères affolées, abattues, tétanisées.

Des mères qui se demandent comment gérer, la prochaine lessive, la prochaine crise, le prochain repas, sans tout envoyer valser.

Des mères qui encaissent, qui déversent leur flot de larmes en silence, quand les enfants sont couchés, en se maudissant de craquer.

Des mères perdues, qui agonisent derrière leur brushing, leur maquillage, qui donnent le change.

J’en vois des dizaines par jour. Je lis leur récit, ici, sur la toile et ailleurs. Je les regarde tomber, sans ressource face à leur mal être.

Mother with child

J’en vois tant qui luttent pour finir le mois, pour avoir quelques minutes à elles dans une journée trop remplie, qui ne savent plus si demain elles arriveront à se laver, se lever, ni combien de temps elles tiendront.

J’en vois tant. Sans compter toutes les autres anonymes qui ne croisent pas ma route, qui errent à la recherche d’un soutien, qui peinent à trouver une oreille attentive pour les écouter, qui craquent, qui ont  l’impression de devenir folles.

J’en vois et j’ai envie de faire quelque chose pour elles, de leur tendre la main, de leur dire qu’elles ne sont pas seules, que de perdre pied est humain, que se faire aider demande parfois beaucoup de courage mais que c’est aussi important pour elles, que pour leurs proches, surtout leurs enfants, qu’elles sortiront de ce long tunnel, de ne pas culpabiliser et d’accepter la main tendue offerte, avec amour.

Elles sont des mères en crise, des mamans qui ont juste besoin qu’on leur dise qu’elles sont belles et inspirantes, qu’elles sont les meilleures mères pour leurs enfants.