Posted in Carnets de route

Brèves de Confinement #3

Alors que nous attaquons notre quatrième semaine de confinement (oh joie!), laissez moi revenir quelques instants sur celle qui vient de s’écouler.

Lundi 30 mars

Après un weekend de 4 jours, je reprends le télétravail. Oui, j’ai une dérogation pour travailler deux jours par semaine. J’en profite! Difficile de s’y remettre, autant pour loulou que pour moi. Cette journée ne restera pas dans les annales, c’est un fait et c’est ok. La soirée se passe mieux et on oublie vite nos accrochages.

Mardi 31 mars

Je profite toujours du matin, loulou dort encore, pour faire du yoga, cela réveille mon corps et me permet de commencer la journée dans les meilleures conditions. C’est jour de courses, je pars après le petit déjeuner. Il n’y a personne mais comme ça chaque fois que je sors, je trouve cela très anxiogène. Le temps s’étire, les courses me paraissent énormes et pourtant j’ai juste de quoi tenir une semaine. Je rentre sur les rotules et nous jouons à la caisse enregistreuse, avant de poursuivre avec les maths. Loulou s’y met relativement bien. Ouf! On file faire du sport dans la cour de l’immeuble, ça nous fait du bien, puis en remontant on se met au Français et là c’est déjà beaucoup plus compliqué et une fois n’est pas coutume, je perds vite mon calme. Je ne comprends pas qu’on puisse passer autant de temps sur des choses si simples. La soirée est festive mais loulou met un temps insensé à s’endormir et je me demande si c’est si bon que ça de faire les fous avant le coucher. Mais bon, je n’ai pas toujours le courage de dire “non”!

Mercredi 1er avril

J’écris un peu, je fais du yoga et je me mets au travail. Loulou sait que c’est mercredi donc difficile de le motiver pour travailler. Bon gré, mal gré on avance. Il sort son circuit, bien emballé et posé tout en haut du placard, le construit avec un peu d’aide. Et retrouve le plaisir – parfois contrarié – des tours de voiture. La journée se passe plutôt bien. J’ai de quoi m’occuper. On essaie de faire quelques exercices de maths, c’est la matière qui le motive le plus! Le soir, encore une fois, c’est compliqué pour s’endormir! Décidément! J’en profite pour terminer mon livre.

Jeudi 2 avril

Ce matin loulou se met au travail sans rechigner et c’est beaucoup plus plaisant. J’en profite pour lui préparer son travail de l’après-midi, comme ça je pourrais peut-être / enfin faire autre chose. Après le déjeuner, on se lance dans 120 tours de cour. Je vous rassure, elle n’est pas bien grande, c’est la cour des poubelles et des vélos! Mais au moins on prend l’air. Nous nous attelons, routine oblige, au Français et une maman propose que les enfants se voient, via Zoom. Bonne idée! Je constate avec “horreur” que certaines mamans sont toujours aussi bien apprêtées alors que je ressemble à un véritable zombie! J’ai tout juste le temps de me laver et de me mettre de la crème! Juste après il y a une séance de Zumba proposée par un papa de l’école. Loulous est partant, pour une fois, alors on s’y met. Nous terminons la journée en apprenant des choses sur l’eau, puis loulou dessine et colorie un poisson. On est clairement en retard et on l’assume! La soirée est moins festive car il faut se coucher tôt. Je me sens beaucoup moins fatiguée, il faut dire que la journée a été fluide et sans heurts. Tout négocier et se fâcher finit par être épuisant! Je me pose devant un film et ça fait du bien.

Vendredi 3 avril

Je profite du calme du matin pour méditer et écrire un peu. J’aime le silence du matin et l’air frais. On fait un peu de circuit, le temps passe vite, on fait un puzzle sur l’espace puis on se met aux maths. Il est dans son élément. Puis après avoir entendu une histoire sur la confection de marionnettes en papier mâché, il me demande si on peut créer un bonhomme. Je ne me sens pas du tout à l’aise avec l’idée mais bon je m’y colle (c’est le cas de le dire!). Et là, ça devient du grand n’importe quoi. Pour rire, on rit mais pas de bonhomme à la clé et beaucoup de déchets! On file se dégourdir les jambes dehors, puis Loulou fait quelques exercices sur sa plateforme en ligne pendant que j’écris les messages de mes rêves dans un carnet (un projet qui avance enfin…). Ce soir c’est plateau télé.

Samedi 4 avril

Loulou fait la grasse matinée, hourra, je vais pouvoir souffler un peu. Souffler, se poser, je ne sais pas faire quand il est réveillé. Je ne sais pas m’occuper de moi quand il faut aussi s’occuper de lui. Je ne sais pas m’arrêter. Alors je profite au maximum de ce temps du matin. Au programme: yoga, art-journal, compote, lecture formation et des muffins multicolores (la recette est à revoir!). La journée s’annonce cool. Nous prenons notre petit-déjeuner à 11h puis c’est atelier Pâte à Sel. Ensuite, confection de savons surprise. Après le déjeuner, le soleil nous pousse dehors. Nous jouons un peu, avant de remonter pour le goûter. Loulou écrit quelques lignes d’une histoire, puis c’est plateau télé devant Cars 3 cette fois. Puis c’est l’heure du dodo, avec une longue histoire à la clé!

Dimanche 5 avril

C’est la fin d’un weekend de 4 jours, chômage partiel oblige! Et je suis sur les rotules. Le matin pourtant je profite d’un temps pour moi pour regarder une vidéo sur l’art-journal, je dessine, j’écris. Ensuite, on fait un peu circuit, on peut noter que je m’améliore, je fais enfin un tour complet! Il n’y a pas de petites victoires!! Puis on prépare ensemble un Fish and Chips. C’est un peu galère mais apprécié, c’est tout ce qui compte. L’après-midi, il fait chaud et Loulou décide de ranger et nettoyer sa chambre. L’idée est bonne mais le résultat c’est qu’au bout de 20 minutes, il passe le relais. C’est un peu la goutte d’eau et quand la goutte d’eau déborde, ça part dans tous les sens, je pars dans tous les sens et loulou se croit tout permis. Je comprends que ça ne soit pas évident pour lui, mais ça ne l’est clairement pas pour moi non plus. On arrive tout de même à terminer la journée avec le sourire.

Une nouvelle semaine commence et je rentre dans un nouveau cycle, plus la pleine lune dans quelques jours, je sens que ça va être compliqué, mais pas infaisable! On y arrivera si chacun y met du sien. C’est un challenge pour nous deux. Mais un que nous pouvons remporter, j’en suis certaine.

Et vous, cette semaine? Comment s’est-elle passée? Qu’avez-vous ressenti? Qu’est-ce que vous avez aimé? Qu’est-ce qui vous a manqué? 

Au plaisir de vous lire et le plus important, prenez-soin de vous.

Posted in Atelier écriture

L’épreuve de force #4

Nous devenions, au gré de nos folles inspirations, tantôt musiciens, maniant le ukulélé à la perfection, tantôt auteurs fantasques. Les gens qui passaient devant la porte de ta chambre devaient nous prendre pour des hurluberlus. On s’en moquait. C’était si bon de te voir rire. Un rayon de soleil grandiose qui disait “merde” au bourbier dans lequel on s’enlisait à mesure des jours et de la logorrhée incompréhensible des médecins qui veillaient sur toi.

Tous les semaines, je t’amenais un panier rempli de douceurs, que du fait-maison, avec plein d’amour dedans, celui qui sauve de tout parait-il. J’oubliais de m’épiler, je ressemblais à un vieux singe sous mes vêtements, personne ne le voyait. L’important c’était toi. Je m’oubliais, on me le disait. Qui ne se serait pas oublié dans cette course contre la montre?

J’allais te perdre, je le savais et mon amour n’y changerait rien. Je te regardais dévorer ta purée, avec un plaisir non dissimulé . Puis tu t’arrêtais et tu me lançais un “dis maman, ça veut dire quoi “pastiche“? J’étais toujours surprise par tes questions et je marquais une pause avant de te répondre. Tu me tirais de ma rêverie. Je serais bien restée là encore un peu à t’étudier sous tous les angles, à faire le plein de toi, à contempler l’étendue de mon bonheur prêt à se faire la malle.

Ce texte est ma participation à l’atelier d’Olivia. Les mots imposés étaient: Hurluberlu -pastiche- s’enliser- épiler-logorrhée- fantasque-purée-soleil-ukulélé- panier

Posted in Carnets de route

Brèves de Confinement #2

Ce petit état des lieux hebdomadaire me donne l’occasion de revenir quelques instants sur mon blog pour échanger avec vous. Je dois dire que je vis ce confinement un peu hors du temps et que parfois j’ai même du mal à me souvenir que dehors les drames s’enchainent…

Lundi 23  mars

Mon ras le bol de la semaine dernière et l’expression de mes ressentis auront été bénéfiques. Loulou prend de nouvelles marques, se réveille seul, s’habille seul, ouvre ses volets, prend des initiatives. La matinée en télétravail se passe bien, loulou papote avec sa petite copine en bas, lui apprend les bases du foot. Nous profitons de la petite cour de l’immeuble pour faire quelques passes entre midi et deux et au gouter. Ma collègue me prévient que les choses vont changer et que le chômage partiel nous attend au tournant…

Mardi 24 mars

Je persévère dans ma pratique quotidienne de yoga et de méditation. C’est parfait pour commencer la journée du bon pied. Aujourd’hui on nous annonce la mise en place du chômage partiel. Il nous faut aussi liquider RTT et congés. Les semaines à venir vont être light! En même temps je ne me plains pas, j’ai plein de projets en attente. Loulou a de plus en plus de mal à se mettre au travail, je perds vite, très vite patience. Du coup, on essaie de trouver des activités plus ludiques. Ce jour là il s’attaque à un tableau de Picasso. Il fait aussi quelques exercices sur une plateforme en ligne mise en place par la maitresse. Je me sens beaucoup plus détendue, même si je n’ai pas une minute pour souffler. J’évite au maximum les réseaux et les informations.

Mercredi 25 mars

C’est la journée des enfants, donc pas ou peu de travail pour Loulou. Je tiens tout de même à ce qu’il lise tous les jours. On fait des expériences le matin, toutes ratées. On se marre bien. Puis il va papoter avec sa copine et je bosse, enfin j’essaie! Le soir, on se défoule sur Jean Jacques Goldman – j’avoue Jean Ferrat, je saturais. Une fois loulou au lit, j’arrive même à ouvrir un nouveau livre, le premier en 10 jours! C’est la fête!

Jeudi 26 mars

Jour de congés. On en profite pour reprendre le chemin des expériences et cette fois nous les réussissons. Il y a plein de couleurs dans notre cuisine. Il est plus que l’heure de se mettre au travail, nous commençons par les mathématiques, la matière de prédilection de loulou. Je réponds à quelques mail en attente. Le soleil brille alors nous faisons durer la pause sport. Puis place au français et là ça part direct en cacahuète. La salle de bain est mon nouveau terrain anti-stress, c’est la seule pièce qui a un verrou! Purée, je n’ai vraiment aucune patience. On s’y remet avec plus d’enthousiasme et je redouble d’efforts pour rester zen. Loulou termine son dessin sur les planètes puis je le laisse regarder une niaiserie, le temps pour moi de m’attaquer à du tri et du ménage. On dit toujours que le matériel c’est accessoire. Peut-être mais prendre soin de son chez soi c’est aussi prendre soin de soi!

Vendredi 27 mars

En plus du yoga et de la méditation, j’arrive à écrire un peu dans mon journal. C’est bien le seul endroit dans lequel les mots ne s’échappent pas en ce moment. On se met au travail de bonne heure et loulou n’est pas plus motivé que ça encore une fois. On y arrive tant bien que mal. C’est étrange mais, à l’heure où tout le monde parle du manque de contact, je ressens tout le contraire. J’apprécie de ne pas avoir à faire ceci ou cela, ne pas me sentir obligée de sortir, d’aller au parc ou ailleurs. Je me sens bien, chez moi, avec loulou – cette période nous aura vraiment rapprochés et nous aura aussi obligés à être plus indépendants, nous aura appris à laisser l’autre respirer un peu plus!

Samedi 28 mars

Troisième jour de weekend et qui dit weekend pour tous les deux, dit détente. On traine. On fait des pancakes, d’autres expériences, deux heures de foot (en short!) et autres entrainements, des mandalas avec des bouchons en plastique, un peu de dessin et de coloriage. On danse, loulou fait le zouave, on rigole. Je lâche un peu plus mon téléphone, je m’y suis engagée! Une journée bien chargée qui se termine par une soirée devant Tom & Jerry. Le soir, je continue de lui lire Harry Potter. Moi je suis claquée, bien entendue, mais heureuse aussi de tous les instants partagés. Je me détache pas à pas du superflu. Je ne m’oblige à rien et ça me fait du bien.

Dimanche 29 mars

Matin patouille et nettoyage du frigo. Après-midi sport, il y a quelques rayons agréables. Un peu de lecture et un petit DVD qui me laisse le temps de venir écrire ici.

Allez dites moi tout, comment s’est passée votre semaine? Comment allez-vous? Comment gérez-vous? 

Posted in Carnets de route, Vie de Blogueuse

Ce coin de bord de mer

@mk

Je me suis toujours dit, si un jour il ne reste rien, si je perds tout, il restera ici. Ici, la-bas, ce coin de terre au bord de la mer, cet endroit dans lequel tout est, dans son plus simple appareil. Ma nature a moi, mon oxygène, ce qui m’a tenu lieu de passerelle, ce qui m’a maintenu debout. La mer et l’horizon. Pas une mer bleue qui fait rêver, une mer qui sans cesse se retire, charrie la boue et se creuse, sans cesse revient sur la rive.

Il y aura toujours mes pas et ceux des autres avant, ceux qui ne sont plus et quelque part toujours habitent ces lieux. Il y aura toujours ce souffle qui réveille et le vent sur les marais.

Il y aura les yeux de mon grand-père et ses histoires farfelues, les bottereaux de ma grand-mère dégustés au petit matin avec un bol de Banania, le bain du soir dans une grande bassine verte, la chambre aux dessus-de-lits recouverts de scènes de chasse. Il y aura le rire de mon cousin, un rire chantant qui nous emmenait loin. Il y aura toujours la maison et les placards remplis de biscuits dégoulinants de bons sentiments, boudoirs, pingouins, petits beurres. Il y aura les courses le matin et le rideau multicolore du poissonnier, nos têtes dégoutées devant les abats du boucher, le petit chemin que nous empruntions pour nous y rendre, qui le temps de quelques minutes nous offrait la liberté de courir sans nous préoccuper du monde. Il y aura toujours ces souvenirs d’enfance, heureux, les compotes de pommes et les confitures de pèche, les chevreaux nourris au biberon, derrière la porte, au fond du jardin. Même si depuis, mon grand-père est mort, la maison a été vendue, les terrains transformés, si aucune rire ne résonne, ils appartiennent tous au passé. Les images restent comme autant de richesses à partager.

Ce texte est ma participation au rendez-vous proposé par Julie autour de nos souvenirs d’enfance.

Posted in Carnets de route

L’empire du Schtroumpf Grognon!

“C’est moche”, “j’aime pas”, “t’es nulle”, “j’en ai marre!”, “c’est toujours la même chose avec toi”…

Du matin au soir et du soir au matin, la charmante ritournelle de l’enfant. Les mots magiques passent souvent à l’attrape ou bien se glissent entre un bisou et un “t’es géniale, je t’adore”, quand enfin, de guerre lasse, on dit “oui”, à bout de souffle pour une pause télé. Qui s’éternisera c’est certain, alors même que nous nous étions dit la veille qu’on ne nous y reprendrait plus!

Le réveil se fait dans les cris, non de joie, loin de là. On a beau tout essayer, la douceur, l’humour, l’indifférence, un peu de fermeté, rien n’y fait, on est toujours la méchante de l’histoire. Pas grave, ça passera.

Entre les dizaines de choses qu’il faut répéter au minimum dix fois pour qu’elles s’impriment dans le cerveau du loulou, entre les “je vais le faire” et les “mais j’y arrive pas” avec la voix plaintive de l’enfant à l’agonie, qui ne veut surtout pas faire quelque chose qu’on lui demande de faire. Esprit libre, bonjour! Non, vous ne me mettrez pas au pas, jamais!

La porte claque. Vous êtes dans la rue. Presque le sourire aux lèvres, avant le prochain mot de travers que vous prononcerez face à votre progéniture qui se sent incomprise, à la limite maltraitée par une mère qui ne comprend rien à rien.

Le soir, point d’accueil chaleureux en vue, il faudra composer avec un “je t’ai dit que j’aimais pas les haricots verts” ou “tu m’avais promis des pâtes, t’es une menteuse, tu mens tout le temps”, “je te déteste”. Rester calme, prendre les choses avec détachement, ne surtout pas perdre sa bonne humeur, tout en rappelant les règles sans que le volume sonore n’atteigne des décibels qui pourraient bousiller nos tympans, déjà bien fragilisés!

Après trois “oui” ou l’art de savoir lâcher prise et deux “non” ou l’art de recréer des tensions à partir de rien – en même temps à 21h15 on ne peut clairement pas dire “oui” à une partie de foot dans 15m2, on peut enfin profiter d’un temps de semi-calme avec l’histoire du soir, qui sera tout de même, au choix, toujours trop courte ou vraiment pas assez longue.

La chanson du “non”, “j’ai pas envie” reprendra de plus belle…
Chaque soir et chaque matin
Chaque fois qu’on proposera une sortie
Chaque fois qu’il faudra marcher plus de 5 minutes pour aller quelque part
Chaque fois qu’il faudra aller quelque part
Chaque fois qu’on aura une idée nouvelle
Chaque fois qu’on proposera une activité originale (qu’on se serra cassé la tête à trouver sur tous les sites de mamans qui semblent réussir à mobiliser leur progéniture pour des activités créatives)
Chaque fois qu’on devra faire le ménage, la vaisselle, mettre une machine…
Chaque fois qu’on ne ramènera pas LE diner de rêve à la maison

Il n’y a que deux choses que l’enfant accueillera avec bonheur, un dessin animé ou trois heures dans un parc d’activité, dans lequel il saura vous amadouer pour que vous fassiez toutes les activités avec lui – trimballant votre 1m80 entre la piscine à boules et le château gonflable – vous avez beau être “nulle, moche, bête”, vous êtes la seule à faire le zouave, pour enfin gouter à un semblant de complicité et de paix, qui s’évanouira au moment où vous direz à votre enfant “il est l’heure de partir”.

Ps: Merci à l’école qui apprend à nos enfants que les parents n’ont pas le droit de “crier”, d’être en colère, d’en avoir ras la casquette, de les effleurer ne serait-ce que du bout des doigts quand décidément trop c’est trop. Vous ne savez pas à quel point je vous déteste dans ces moments de faiblesse où j’ai juste l’impression de tout, mais vraiment tout faire de travers! 

Posted in Atelier écriture

Quel sale caractère!

« Quel fichu caractère ! »

Et voilà, c’est reparti ! Tout ça pour un petit « non », tout riquiqui, une petite prise de position sans importance. Quelle plaie, ma mère !

Je ne la comprends pas. Toujours à plat, jamais capable de lâcher prise. Pourtant je donne de moi, je fais tout mon possible mais au lieu de me remercier, elle hausse le ton et me répète quinze fois les mêmes choses. Je me demande parfois si elle ne me prend pas pour une pauvre cloche, sourdingue par-dessus le marché.

M’enguirlander c’est encore ce qu’elle fait de mieux.  Le sapin, à côté, souffre de jalousie. Il me toise, l’air de rien, mais je sais qu’il m’en veut. C’est vrai que cette année il fait un peu pitié, ma mère n’avait sûrement plus de jus pour le décorer dans les règles de l’art. Le pauvre !

A force de faire gaffe à tout, je me demande si elle ne va pas nous faire un burnout, on sera bien avancé. C’est son histoire de « flou » qui m’a mis la puce à l’oreille. Elle dit qu’elle y voit plus rien, qu’elle se sent perdue, qu’elle n’a pas les clés. Tant qu’elle ne perd pas celle de la maison, je me dis qu’on s’en sort pas trop mal.

Je suis d’accord, le portrait est pas top. Mais bon quand je suis en colère, je lui lance tout ce que j’ai sous la main. Je la déteste et je rêve d’une autre maison avec une maman qui arrête de me dire ce que je dois faire et comment me comporter, comme si je savais pas, comme si il fallait m’éduquer. Non mais, elle croit quoi ? Qu’elle sait mieux que moi ?

Quand la colère retombe, enfin, je dois reconnaître que sa tendresse m’entraine sur des chemins, qui d’un coup, me font redevenir l’enfant que j’étais il y a quelques minutes à peine. Entre ses bras, là, dans cet instant, je suis bien.

Ce texte a été écrit dans le cadre de l’atelier d’écriture d’Olivia. Les mots étaient: flou – caractère – tendresse – burn out – lâcher – cloche – enguirlander

Posted in Carnets de route

Nous deux

Crédit Pixabay

Pousse la porte et rejoins moi. Au pays de nos souvenirs. Ceux qui nous tiennent chaud et ceux un peu froids, avec lesquels on tente de guérir.
On a tellement entendu le pire qu’on s’est dit que nous c’était le paradis. On n’a pas su voir que notre enfance aussi était pleine de blessures et de non dits.

Je ne savais pas, entre ta place et la mienne. Moi, la première l’adorée. Toi, la deuxième, celle qui n’existe que dans le sillage de l’autre, celle qu’on voit à peine, celle qui ne trouve pas sa place.

Nous n’étions pas proches, enfants. Nous étions deux produits façonnés pour répondre aux besoins de sécurité d’une mère qui en manquait terriblement. Pour contrer le mal il fallait le mieux. Nous n’étions pas à l’aise dans nos vêtements toujours impeccables, dans nos caractères presque parfaits.
Nous nous sommes protégées, chacune à notre façon, pour avancer.

Puis nous nous sommes retrouvées. Quelque part. Cela a pris du temps, le temps des maux, le temps de trouver notre tempo, le temps de reprendre contact avec la vie.
Le temps de pouvoir dire nos souvenirs, commun. Le temps de ceux qui ont joué avec nos vies comme si nous n’étions que des poupées, sans émotion, sans ressenti.

Un temps de constat pour prendre la mesure, d’où l’on vient. Où l’on va. Comprendre que notre bonheur ne sera jamais assez, toujours accompagné des pires scénarios face à l’avenir. Alors mieux vaut le préserver.

Avant nous étions seules avec nos valises, bien lourdes parfois à porter. On se sentait bien seules avec toutes ces images atroces, dites et redites, sans cesse répétées.
Aujourd’hui, nous avons pu parler. Nous sommes deux. Deux face à ce qui nous dépassera toujours. Deux face à l’inexorable poids d’un passé qui ne nous appartient pas. Deux pour pouvoir dire quand ça ne va pas, quand tout casse et qu’on se sent perdu, au bord du vide. Deux pour faire revivre la joie, qui est bien là, quelque part, qui vient ponctuer le chaos, cette joie qui rend à l’enfance ses lettres de noblesse. Il y en avait avant, c’est peut-être pour ça qu’on n’a pas compris…

Nous sortirons grandies de ce tour de force, lâchant au passage tout ce qui ne nous sert pas, tout ce qui n’est pas nous mais que nous avons gardé pour répondre aux attentes, pour être aimées, tout ce que nous ne voulons pas pour aujourd’hui, dans nos vies de femmes, de mères. Pour que l’avenir soit plus radieux. Loin des traumatismes maternels, que nous ne pourrons jamais apaiser. On a beau le savoir, ce n’est pas toujours aisé de vivre avec.

Posted in Atelier écriture

Je ne t’ai pas vu grandir

Je ne t’ai pas vu grandir.

Notre aventure a débuté au milieu de l’indicible, un entrelacs de maux dont le souvenir s’estompe peu à peu pour laisser place à la vie. Mais nous nous construisons sur notre passé, ce temps d’avant qui fut un temps de loin, où nous nous retrouvions entre deux trains pour des rendez-vous réguliers qui avaient des goûts de trop peu. Mon cœur débordait quand je te laissais, si petit, dans ton berceau, si plein de vie alors que tout en moi semblait mort. Nous nous sommes apprivoisés dans les larmes, le chaos, dans les méandres d’une histoire qui n’avait d’amour que l’illusion. Nous nous sommes rapprochés dans un soupir, si fragile, un instant en déséquilibre constant, moi avec mes failles et mes sentiments ambivalents, de ne pas savoir, de ne pas pouvoir.

Tu as sept ans bientôt et je prends conscience que je te couve encore comme un petit. L’interprétation de ce conflit intérieur, entre te laisser grandir et te garder encore un peu dans un état qui nécessite mon intervention permanente, me ramène à ce que nous n’avons pas vécu, à ce que je n’ai pas connu, à ce que l’on m’a pris sans penser à mal, à ce que je n’ai pas su réclamer tant qu’il était encore temps, aux limites que je n’ai pas su poser. A ce vide de toi.

Je te regarde, je te découvrirais presque alors que l’on vit ensemble, mon cœur t’écoute zézayer et essayer de trouver ta place. Je n’ai pas d’impossibles projets pour toi mais je sais, aujourd’hui, que je dois doucement te laisser lâcher ma main, te laisser être, t’épanouir et vivre. Mes blessures ne t’appartiennent pas, elles aussi je vais les guérir, à mon rythme.

Ce texte est ma participation à l’atelier d’Olivia. les mots imposés étaient: régulier – interprétation – indicible – méandres – souvenir – aventure – projet – zézayer – soupir 

Posted in Carnets de route

Pourquoi je n’arrive pas encore à faire la paix avec mon éducation

Helena@ Pixabay

Je me pose pas mal de questions en matière d’éducation en ce moment et voilà que ce matin, au réveil, j’ai réalisé que j’étais toujours en phase de guérison par rapport à mon enfance.

Et pourtant j’ai eu une enfance de rêve! J’ai eu des câlins, des “je t’aime”. On m’a consacré du temps, on m’a donné de l’attention. J’ai été désirée, aimée, choyée. Même adorée, par mes grands parents maternels.
J’ai été l’enfant parfaite – calme, sage, qui dormait bien, mangeait bien – pour mes parents.Je garde des souvenirs merveilleux de ma petite enfance.

Ma sœur est arrivée et on peut dire qu’elle a mis les pieds dans le plat direct. Nous n’avons pas vécu les choses de la même manière.
Elle a fait sa crise d’adolescence à trois ans!
Moi, j’ai pris la douleur de l’enfance maltraitée de ma mère en pleine figure. Elle ne me l’a pas demandé mais avec ma sensibilité et mon niveau d’empathie, je me suis sentie pleinement impliquée dans cette quête. Inconsciemment, elle a répondu à mes attentes en nous demandant d’être des petites filles modèles, de ne pas faire de vague. Tout ce qui était hors du cadre était comme un coup de poignard, qui venait mettre à mal les efforts qu’elle faisait pour sortir la tête de l’eau.

Je crois que mes parents n’ont jamais saisi que nos éventuelles crises, nos mécontentements, nos erreurs, nos errements n’étaient pas des actes contre eux, mais juste notre manière d’être, d’appréhender le monde à notre façon.
Plus tard mes choix amoureux, mes envies d’ailleurs furent considérés comme un rejet et non comme des expériences de vie.
Et puis mon mariage, ma séparation, les heures noires furent des grandes déceptions pour eux et une occasion supplémentaire pour ma mère de culpabiliser davantage, de ne pas avoir été à la hauteur de sa tâche, de ne pas avoir su faire, avec moi surtout. Alors même que personne n’est vraiment responsable. C’est arrivé. Et c’est passé.

Nous avons vécu en tant que famille et jamais en tant qu’individus. Nous avons vécu comme les membres d’un seul corps. Nous n’avons jamais vraiment expérimenté la plénitude parce qu’il y avait toujours quelqu’un qui souffrait dans ce quatuor, parfois très oppressant.

Quand mes parents me voient, ils voient l’erreur, l’échec, le combat, le mien, le leur. Ils me regardent avec mon fils et cela leur fait mal. Une fois de plus ce n’est pas mon histoire ni mes sentiments. Oui mais, c’est ma famille…
Et au quotidien, ils sont là, prennent soin de mon fils, prennent part à sa vie. Ils sont présents, aidants, attentifs.

Trop sûrement et c’est ce qui me gêne pour faire la paix. Parce que je les retrouve avec lui comme ils étaient avec moi. Ils me voient comme une chose fragile à protéger et lui en veulent parfois de m’énerver, de ne pas prendre soin de moi. Ce n’est pas son rôle. Et puis je n’ai pas besoin d’être protégée. Je me sens bien dans mes baskets et j’ai l’impression qu’ils mettent un voile sur mon bonheur, comme si ça n’existait pas, comme si je n’existais pas en tant que co-créatrice de ma vie, de ma famille, de ma paix.

J’ai conscience aujourd’hui qu’ils ont fait leur maximum eux aussi, avec les données qu’ils avaient dans les mains. Ils m’ont donnée énormément.J’ai juste fais le tri entre ce que je voulais garder et ce que je laissais derrière. Je ne suis responsable ni de leur bonheur ni de leur détresse. Je ne suis pas responsable de la manière dont ils me voient, dont ils envisagent ma vie.

Je crains juste parfois qu’ils rendent mon enfant responsable de ces maux qui les agitent, responsable de moi, de mes coups de blues passagers. Mon fils est un individu avec son caractère propre, un être qui ne fait pas les choses contre moi mais qui, comme nous tous, se construit au fil des jours. Il n’est pas parfait et je n’attends pas qu’il le soit. Je souhaite juste l’accompagner sur le chemin pour faire de lui un adulte à l’aise et heureux.
Je n’aimerai pas qu’il soit atteint par cette manière de penser, qu’il mette autant de temps que moi à guérir, qu’il devienne quelqu’un d’autre pour faire plaisir, qu’il signe des accords qui ne le regardent absolument pas.

Posted in Carnets de route

Ma vision de MA maternité

Crédit Pixabay

Je suis devenue maman sans me poser de questions. A l’époque c’était dans l’ordre des choses telles que je les concevais.
Je n’ai pas fait de plan, ni ne me suis dit que j’aurais un enfant, deux, trois ou plus.

Je suis devenue maman au creux d’une année compliquée sur laquelle les bonnes fées ont toutefois dû se pencher puisque j’ai pris mon courage à deux mains pour quitter une relation toxique et ai mené ma grossesse à terme.

Le jour où j’ai appris que j’attendais un enfant, je me suis sentie à la fois forte et vulnérable. Je pense que j’ai réellement pris conscience à ce moment là de la tâche qui m’incombait, de ma responsabilité et de mon engagement.

L’accouchement a été pour moi un moment particulier. La vie et la mort dans un tout petit espace. La naissance comme une bénédiction et une déchirure. La fin et le début. On me le confiait et en même temps on me l’arrachait. Il venait de moi et il était de mon devoir de le conduire vers le monde.

Je n’ai jamais considéré mon fils comme un prolongement de moi-même, ni comme une garantie pour la vie. Si je réfléchis aujourd’hui à la maternité, au delà du désir prégnant de porter la vie en soi, au delà du phénomène naturel de la perpétuation du genre humain, je ne saurai dire pourquoi nous faisons des enfants. Il faudrait demander aux autres. A des autres sûrement moins “torturés”.

Je ne tire pas de plans sur la comète pour lui. Je le veux simplement heureux, que ce soit au coin de la rue ou à des milliers de kilomètres de moi, dans une vie qui lui ressemble.

Je ne suis pas toujours une maman sereine. Je suis bien loin de celle que je pensais être un jour. Je ne sais pas si je peux dire que je suis une maman épanouie non plus. Même si je suis heureuse. Mon fils me met chaque jour au défi de mes limites et limitations, de mes peurs et de mes manques. Il me met en face des choix à faire, des décisions à prendre. Il me pousse dans mes retranchements. C’est souvent compliqué, parfois douloureux. Doucement et grâce à lui, je me rapproche de moi.

Il n’est pas ma plus grande victoire mais certainement ma plus grande richesse. Il n’est pas ma passion mais bien souvent la raison qui me ramène sur le chemin. Il est mon plus féroce engagement pour la vie.

Il n’est pas mon unique source de joie, ni mon tout, ni mon ultime essentiel. Parce que lui faire porter ce poids serait criminel. Il a cependant, il est vrai, une place particulière dans mon cœur, qui je l’espère saura toujours voir le meilleur pour que jamais ne se brise le lien qui nous lie.

Posted in Atelier écriture

Voler vers soi-même

Tout devenir. Tout conquérir. Le nord, le sud, la lune et les étoiles. Et les planètes dans la vaste galaxie, pépites solitaires aveuglées par la lumière. Il rêvait, allongé sur son lit, inventait des histoires à partir des bribes du tout et du rien, de jour comme de nuit, créait des mondes dans l’espace du sien, qui s’étalait du lit au mur de la salle de bain.

Il aimait le football et les feuilles de novembre qui tombent, égayant de leurs couleurs les rues sombres de la ville. Il mettait de la passion dans ses courses folles, dans ses interprétations de chansons. Il faisait de chaque instant un jeu, devenait mélancolique quand le temps tournait à l’orage et que le soleil se perdait derrière les nuages.

Il avait été un poupon sage et câlin, aux yeux rieurs, au sourire serein. Il était un enfant plein de vie et de douce folie. Tant d’insouciance et de curiosité que nous, adultes, avions du mal à canaliser. Rentrer dans des cases c’était beaucoup moins compliqué à gérer.

Il faisait preuve de complaisance, de plus en plus, pour plaire, ne pas déranger, ne pas se faire gronder. Il devenait une définition de dictionnaire, un enfant sur papier glacé. Avec des perspectives d’avenir toutes tracées.

De l’extérieur ça faisait peur ce modelage, cette adaptation à une norme, une manière de voir. On ne l’accompagnait pas, on faisait à sa place. On ne le laissait pas être, on lui imposait une manière de se comporter, de s’exprimer. Doucement on faisait de lui ce qu’il n’avait jamais été.

Par peur sûrement. Nos peurs si bien ancrées. Nos limites si bien installées.

Il était grand temps de casser les schémas pour lui permettre d’ouvrir ses ailes et de voler vers lui-même.

Ce texte a été écrit dans le cadre de l’atelier d’écriture d’Olivia. Les mots imposés étaient: étoile – complaisance – football – perspective – novembre – passion – poupon

Posted in Carnets de route

Entre l’enfant que j’étais et l’enfant qu’il est

Crédit Marie Kléber

Je suis une enfant sage, qui ne fait pas de vague. Je n’exprimerai mes émotions que tard, plus tard. Et mal, très mal. Je ne sais pas dire.
Je vis dans une bulle, celle qui me protège d’un monde que je ne comprends pas. Je parle seule et dans la cour je ne suis qu’avec ceux qu’on met de côté – déjà.

Je suis une enfant sage. Des crises qui se comptent sur les doigts d’une seule main. Je me mets à l’écart. Je suis de la famille, tout en étant d’ailleurs.
J’ai frôlé la mort et peut-être que c’est pour ça que mes parents me protègent tant, qu’ils ne me comprennent pas. Pourtant ils sont là, bien présents, ils m’aiment et je le sens. Ils font face aux regards et aux jugements. Ils me défendent à tout instant.

Je suis une enfant sage. Je vis dans un monde que personne ne connait. Je m’invente des voyages, des amis. Ça ne fait pas de mal. Ça inquiète un peu les grands.
J’ai à peine 4 ans, à l’école, je ne parle pas mais je dors beaucoup. Les psychologues disent que tout va bien. Plus tard ils diront que je fuyais la réalité. Que c’était ma manière à moi de me protéger.

Je suis une enfant sage. Je ne bronche pas. Je ne pleure pas. Je ne conteste rien. Je ne crie pas. Je joue dans ma tête. C’est très bien comme ça.
Le monde autour tourne et je l’oublie. A l’intérieur de moi, c’est le chaos, de plus en plus. La mer est seule à m’apaiser. J’ai la nostalgie du temps passé.

Je suis une enfant révoltée. Personne ne le sait. Personne ne s’en doute. Jusqu’au jour où…

***

Il est un bébé sage. Il sourit. Il illumine ma vie quand tout en moi n’est que mort. Il est le rayon de soleil qui vient redonner vie à la fleur flétrie.
Il est un bébé joyeux. Il me donne envie de me battre. Il est la douceur après l’horreur. Le regarder apaise mes peurs, ma colère, mon impuissance à lui offrir plus.

Il est un enfant rêveur, riche d’idéaux. Il aime la vie. Il aime le monde. Il aime ces atmosphères qui font battre le cœur un peu plus vite. Il fait battre le mien entre deux crises. Il me fait chavirer de bonheur avant de me plonger dans un océan de culpabilité.

Il est un enfant qui s’affirme. Il crie. Il teste les limites. Il négocie tout et c’est épuisant. Il est aussi très câlin et une phrase de lui a le pouvoir de me remettre sur les rails.

Il est un enfant que j’ai du mal à apaiser. Il est un concentré d’émotions vives. Il se fâche vite et puis oublie aussi vite. Ange et démon en quelques secondes top chrono. Il cherche en moi la sécurité. Que je ne peux pas toujours lui offrir. A être rassuré sur le fait que je ne vais pas partir.

Il questionne tout ou presque. Il m’offre de me remettre en question régulièrement, de tester de nouvelles idées, de prendre les choses avec plus de légèreté. Il est à un souffle de moi. Un souffle bien fragile parfois.

Il est si différent de l’enfant que j’étais…

Posted in Atelier écriture

La vie devant nous

Ils parlaient tous de l’été indien, cet été qui n’en finit pas. Cet été sans grisaille qui repoussait les frontières de l’automne. On se retrouvait derrière l’école, le soir après les cours, le cœur et les mains liées à un potentiel futur. Sur le trajet du retour, nous explorions la nature, regardions le monde émerger d’une folie que nous trouvions tendre et que nous pensions éphémère. Mes cheveux en cascade et tes t-shirt originaux – celui avec l’éléphant dans l’arrosoir était à mourir de rire – s’harmonisaient bien. On se sentait forts, invulnérables. On s’imaginait des vies jusque tard, jusqu’à ce que le ciel se teinte d’orange, que la nuit s’installe. Et alors il nous fallait rentrer chez nous, retrouver le confort du foyer familial, les dîners sans originalité et les disputes presque prévisibles. Puis le soir, quand nous étions loin, que nos bras s’étreignaient sur une ligne imaginaire, dans un horizon saturé d’avions long-courriers, nous nous plaisions à retracer les contour de l’ancre qui maintenaient nos rêves à flot. Un jour, nous traverserions les océans du monde et nous gouterions aux joies des voyages interminables. Nous avions la vie devant nous.

Ce texte a été écrit dans le cadre de l’atelier d’écriture d’Olivia. Les mots imposés étaient: (arrosoir) – automne – trajet – ancre – retrouver – indien – cascade – orange – grisaille

Posted in Variations Littéraires

Ces sourires qui cachent des maux

Credit Pixabay

Elle respire. Partout.
Ses mots. Vite. Beaucoup. Comme pour cacher quelque chose.
Elle s’endort avec le “non” des verbes. Ceux qui voilent les ténèbres.
Rien n’y fait. La blessure est. Qu’on ouvre les yeux ou qu’on les ferme.

Elle dit, au loin, dans un sourire, la survie et le bruit de l’enfance. Sans âme. La tête qui se balance. Dans le vide. Une éternité à se demander ce que signifie le verbe “vivre”. Le silence telle une arme qui nie les faits. Le silence comme un couperet.
La sévérité du père.
Le déni de la mère.
Elle se dit. Dans l’amour, le partage.
Un besoin. Viscéral.
Une reconnaissance. Vitale.

Les murmures ne sont jamais loin. Une main qui glisse. Et l’enfance qui s’abîme.
Ne rien dire.
S’habituer aux vagues, au déséquilibre.
Retenir son souffle devant la main.
Un vertige.
Prier quelque saint, quelque part entre hier et demain.

La souffrance comme un virus attaque l’intérieur. Sans trace visible.
Elle pose les bases du sacrifice.
Ses yeux noirs dessinent des rêves. Un idéal. Un monde sans dédain, ni bataille. Une terre sans manque, sans vérité uniforme. Un chemin pour chacun. La bienveillance, une norme. L’élégance, un parfum.

Elle respire. Partout.
Elle se perd. Dans la stratosphère des non-dits.
L’implacable vérité reste une trahison.
Elle espère la nuit, pour tuer l’agonie.
Ses angoisses, sous l’édredon, comme un tapis.

Derrière son sourire, tant de questions.
Tant de don.
Tant de cœur et si peu de raison.
Elle danse le monde.
Pour oublier.
La main qui glisse sur l’enfance.
Et piétine la confiance.
A vie…

Posted in Carnets de route

L’absent

Crédit Pixabay

On a coutume de dire que les absents ont toujours tort. L’enfant les pare pourtant de talents cachés, de caractéristiques incroyables. Les absents sont ces demi-dieux, ces aventuriers extraordinaires, ces super-héros aux pouvoirs magiques.

L’été fut plein de lui. Celui qui est, quelque part. Pas ici. Le père dont on égraine le nom au fil des coups de blues. Son absence place l’enfant dans un manque, qu’il tente de comprendre. Mes réponses n’apaisent pas. Elles font naître d’autres questions. Mises bout à bout, elles racontent une histoire que l’enfant a du mal à comprendre.

Elle parle d’amour. Mais d’un amour qui s’éteint. Alors que vaut l’amour qu’on dit infini, inconditionnel? Est-il un autre mensonge? Puisque l’amour entre deux adultes peut mener l’enfant à vivre sans une  de ses racines. Est-ce que l’autre aussi peut se défiler? Que resterait-il à l’enfant?

Une image. Un album. Quelques souvenirs épars. L’absent est un vide et l’enfant voudrait être comme tous les autres. Il ne sait pas tout. Il ne comprend pas tout. Il voudrait son sourire sur ses jours et ses mains, qu’il imagine réconfortantes, bien calées dans les siennes.

Il ne sait pas ce que disait l’histoire d’avant. La peur, les cris. La vie à sauver. La fuite. On essaye avec des mots appropriés de défaire les nœuds. On tente de trouver l’angle, celui qui apaisera les blessures incrustées, qui soulagera le cœur. Un peu.

L’enfant se confie. Il brode une histoire avec ses mots à lui. Son cœur se serre sur le quai, au départ du train. Et si maman ne revenait pas…

Toujours un manque. Et la peur. Toujours la vie quand même. Même après le vide. Puis l’enfant passe à autre chose. Il joue. Il rit. Les questions reviendront. Dans peu de temps. Et on tentera encore de détricoter une histoire un peu bizarre. Une histoire qu’on apprend doucement à faire sienne, dont on apprend doucement à ne garder que l’essentiel.