Ce mal de vivre dont elle ne guérit pas

Crédit Pixabay

Ce billet est très personnel. Merci pour votre lecture et votre bienveillance.

Nait-on avec? Ou bien il vient, part et revient au fil des évènements plus ou moins délicats de la vie? Est-il lié à un caractère? Est-il une faille dans le système?

Jean Ferrat chantait “nul ne guérit de son enfance”. La sienne est accrochée à chaque millimètre de sa peau de femme. Elle est son seul point de repère, son unique blessure. Elle est sa croix, elle danse devant ses yeux à chaque regard d’enfant blessé, croisé. Elle est sa peine et son sacerdoce.

Son passé a été le refrain de la nôtre. Il s’est invité aux dîners de famille, aux soirées festives comme un rappel. Celui de l’horreur. Il a créé des images dangereuses dans nos vies de mômes heureuses. Il s’est imposé, comme un troisième enfant, celui qu’elle avait tant espéré et qui n’est jamais venu.

Elle a été mère, vraiment, sachant apprécier chaque instant, angoissée souvent, se remettant en question aussi, dans le don total en espérant peut-être que cela apaiserait le mal, que notre enfance tirerait un trait sur la sienne, abusée, maltraitée, violentée. Mais l’amour n’a rien changé à la donne. Il a amélioré le quotidien. Il a fait naitre l’espérance. Il l’a porté, tenu au cœur des crises, au gré des vents mauvais. Il lui a offert quelques sourires. Mais le mal était fait, le mal était là, il attendait son heure et quand il a frappé, elle en a oublié le bonheur.

Il se tient là depuis le début, ce mal de vivre, cette envie de la fin. Mais tenir parce qu’il y a du beau quand même, même les jours de chagrin. Du beau qui ne fait pas le poids. Un beau qui ne s’ancre pas. Superficiel. Aléatoire. Un beau du dimanche qui s’évapore. Et il ne reste alors que les boulets qui la tiennent prisonnière d’une histoire pleine de points d’interrogation.

Nous ne faisons pas le poids. Nos grands-parents prennent toute la place. Ils s’insinuent dans notre paysage. Nous avons appris le pardon ou nous ne pardonnerons pas. Nous marchons sur des chemins en pensant que peut-être un jour, peut-être…sans certitude. Elle ne fait pas de promesses. Elle répète sans cesse qu’elle souffre d’un mal qu’on ne peut saisir, un mal qui la ronge, le mal du pire, celui d’une enfance trahie – les dés étaient pipés avant même que tout ai commencé.

Ni la dépression ni la maladie n’ont été l’électrochoc souhaité pour enfin s’affranchir des démons démodés. Elle aurait préféré y rester. Couler.

Nous nous tenons là, impuissantes, sur le bord de la rive, incertaines des actes à poser, des mots à dire. Nous nous tenons là, pour la première fois peut-être, enfin, main dans la main. Moins seules qu’avant. Si perdues pourtant, tentant de construire notre vie, de mener à bien nos projets, de croire en nos rêves, d’aimer (peut-être mal et peut-être trop). En se demandant pourquoi on dit que l’amour sauve de tout. Le nôtre n’aura pas suffit. C’est peut-être cela que nous avons tant de mal à accepter. Et pourtant il le faut pour avancer…

 

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Son monde à lui

Copyright Marie Kléber

Quand je le regarde vivre, je le regarde grandir. Je le regarder être et jouer. Inventer des histoires, rire des prénoms fantaisistes qu’il donne à ses playmobils. Je le regarde enregistrer les mots des chansons, qu’il finit par connaitre parfois mieux que moi. Je le regarde créer un monde à partir de bribes du sien.

Je l’écoute me dire ce qu’il fera plus tard. Il n’y a pas de doute dans son discours. Pas de peur. Il ne se demande pas si ce sera possible. Il ne se met pas de limite. Il saute loin. Il court vite. Il a trouvé comment allumer les semelles de ses sandales. Il se cache dans les buissons, s’écorche. Puis repart à la chasse au chat.

Je le regarde s’habiller, mélanger les couleurs, mettre ses sandales avec ses chaussettes. L’esthétisme, quelle drôle d’idée! Je préfère le laisser tenter des choses plutôt que d’imposer – surtout dans des domaines dénués de tout risque latent.

Quand je le regarde vivre et grandir, je tente de laisser mes angoisses sur le bas côté. Je toise mes démons et leur dit d’aller s’égarer ailleurs quelques temps. Je reste vigilante bien évidemment en élargissant progressivement son champ d’action.

Je regarde ses colères, en tentant de ne pas y ajouter les miennes (quand j’y arrive). Le résultat est surprenant. Le calme revient plus vite.

Je fais des erreurs c’est certain. Parfois j’en ai conscience alors je redresse la barre. Parfois elles passent à l’as. Tant pis. Ce n’est que le début. J’apprends moi aussi. Il n’y a pas de manuel, il revient à chacun de trouver ses repères. Les miens vont et viennent. Ils s’adaptent.

A lui, lui qui grandit. Lui qui apprend. Lui qui sait, soi-disant! Lui qui appréhende le monde avec l’insouciance si chère à l’enfance. Lui qui me surprend. Lui et ses “pourquoi” qui s’accumulent. Lui et ses jeux dans lesquels parfois des mots de grands se glissent. Lui et toutes ses vies.

Je voudrais être toujours là, l’accompagner, le soutenir, lui faire confiance même dans des choix qui me causeront peut-être des nuits blanches, ne pas remettre en question ses idées, ses envies, le laisser expérimenter surtout – n’est-ce pas l’intérêt de la vie!

Les États d’Esprit du Vendredi 17.05.2019

Crédit Marie Kléber

Je fais mes états d’esprits le vendredi cette semaine! Encore et toujours, une pensée particulière pour The Posman et Zenopia .

Début [21h51]

Photo: Jeux d’enfants et ombres…
Fatigue : vu l’état de ma semaine je dirais que je m’en sors pas mal
Humeur : beau fixe
Estomac: quiche sans pâtes, framboises, tisane
Esprit: léger
Cond. phys. : quelques planches et de la marche, un peu de danse aussi
Boulot: confiance quand tu nous tiens!!
Culture:  Bas les Voiles & La muette – Chahdortt Djavann (une plume que j’aime beaucoup) – le tout dernier été de Anne Bert (un livre sur la fin de vie très émouvant et fort)
Penser à : avancer sur mes projets
Avis perso (1): certaines personnes manquent de tact mais au moins l’essentiel est dit
Avis perso (2): pourquoi la pluie rend les gens si moroses?
Avis perso (3): que deviendront tous les écrits que nous n’aurons pas partagé (avec ceux que nous aimons)?
Message perso: (1) je ne te connaissais pas ce côté “engagé” (2) merci pour ton écoute (3) mes pensées pour toi, ce genre de nouvelles déstabilise vraiment (4) il faut parler de tout cet “intime”, tant de femmes sont touchées
Loulou: très exigeant,trop, adore les devinettes et le mot “pourquoi?”
Amitiés :  un weekend entre filles, c’est un bonheur sans pareil!
Love : sportif, présent, aime partager ses expériences, arrive en quelques phrases à apaiser mes angoisses
Sorties : en famille, en amoureux
Essentiel: vivre
Courses: une tenue de mariage pour loulou et moi…encore
Envie de: retrouver mon équilibre
Zic: chanson du moment de loulou

Fin [22h11]

Bon weekend à vous! Profitez en bien!

N’attendons jamais qu’il soit trop tard…

L’annonce a fait trembler les murs. Les fondations que l’on croyait solides se sont effondrées. Parfois la vie dure plus de quatre-vingt-dix années. Parfois elle s’achève à la manière d’un éclair, d’une ampoule qui éclate. Le cœur arrête de battre.

Certains ont besoin de temps pour poser les mots. Ce sont les mots qui me délivrent du risque de me briser. Si je les laisse filer, alors la nuit s’installe, le chaos menace.

Au bout du fil, le chagrin est palpable, il coule sur l’enfance. Les souvenirs égrainent des images, d’une petite fille aux cheveux longs, un sourire espiègle, des épisodes de vie, nos rires. Et puis le tumulte des larmes qui cognent contre les parois du jour naissant. L’enfance s’est évanouit, son cœur s’est rompu. La jeune femme dort, paisible, dans un présent où elle n’est plus.

Au bout du fil, le néant, le vide incommensurable de ceux qui perdent un enfant. Une sœur, une femme, une maman. Une amie. D’aujourd’hui ou d’hier. Tant de questions, tant d’incompréhension. Le silence face au pire, à la fin abrupte d’une vie. Sans retour en arrière possible. Tout ce qui n’aura pas été fait, tout ce qui n’aura pas été dit. Tous ces mots d’amour en suspend dans un ciel aux allures d’apocalypse. Trop tard.

N’attendez jamais qu’il soit trop tard. Dites, dites vous tout. Écrivez les mots. Dansez les, chantez les si c’est plus facile pour vous. Pardonnez et ne remettez pas à plus tard. Oubliez ce qui n’a pas d’importance. Entourez vous de ceux qui comptent, respirez-les. Posez des actes, exprimez vos sentiments. N’attendez plus qu’il soit trop tard…