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Je ne t’ai pas vu grandir

Je ne t’ai pas vu grandir.

Notre aventure a débuté au milieu de l’indicible, un entrelacs de maux dont le souvenir s’estompe peu à peu pour laisser place à la vie. Mais nous nous construisons sur notre passé, ce temps d’avant qui fut un temps de loin, où nous nous retrouvions entre deux trains pour des rendez-vous réguliers qui avaient des goûts de trop peu. Mon cœur débordait quand je te laissais, si petit, dans ton berceau, si plein de vie alors que tout en moi semblait mort. Nous nous sommes apprivoisés dans les larmes, le chaos, dans les méandres d’une histoire qui n’avait d’amour que l’illusion. Nous nous sommes rapprochés dans un soupir, si fragile, un instant en déséquilibre constant, moi avec mes failles et mes sentiments ambivalents, de ne pas savoir, de ne pas pouvoir.

Tu as sept ans bientôt et je prends conscience que je te couve encore comme un petit. L’interprétation de ce conflit intérieur, entre te laisser grandir et te garder encore un peu dans un état qui nécessite mon intervention permanente, me ramène à ce que nous n’avons pas vécu, à ce que je n’ai pas connu, à ce que l’on m’a pris sans penser à mal, à ce que je n’ai pas su réclamer tant qu’il était encore temps, aux limites que je n’ai pas su poser. A ce vide de toi.

Je te regarde, je te découvrirais presque alors que l’on vit ensemble, mon cœur t’écoute zézayer et essayer de trouver ta place. Je n’ai pas d’impossibles projets pour toi mais je sais, aujourd’hui, que je dois doucement te laisser lâcher ma main, te laisser être, t’épanouir et vivre. Mes blessures ne t’appartiennent pas, elles aussi je vais les guérir, à mon rythme.

Ce texte est ma participation à l’atelier d’Olivia. les mots imposés étaient: régulier – interprétation – indicible – méandres – souvenir – aventure – projet – zézayer – soupir 

Pourquoi je n’arrive pas encore à faire la paix avec mon éducation

Helena@ Pixabay

Je me pose pas mal de questions en matière d’éducation en ce moment et voilà que ce matin, au réveil, j’ai réalisé que j’étais toujours en phase de guérison par rapport à mon enfance.

Et pourtant j’ai eu une enfance de rêve! J’ai eu des câlins, des “je t’aime”. On m’a consacré du temps, on m’a donné de l’attention. J’ai été désirée, aimée, choyée. Même adorée, par mes grands parents maternels.
J’ai été l’enfant parfaite – calme, sage, qui dormait bien, mangeait bien – pour mes parents.Je garde des souvenirs merveilleux de ma petite enfance.

Ma sœur est arrivée et on peut dire qu’elle a mis les pieds dans le plat direct. Nous n’avons pas vécu les choses de la même manière.
Elle a fait sa crise d’adolescence à trois ans!
Moi, j’ai pris la douleur de l’enfance maltraitée de ma mère en pleine figure. Elle ne me l’a pas demandé mais avec ma sensibilité et mon niveau d’empathie, je me suis sentie pleinement impliquée dans cette quête. Inconsciemment, elle a répondu à mes attentes en nous demandant d’être des petites filles modèles, de ne pas faire de vague. Tout ce qui était hors du cadre était comme un coup de poignard, qui venait mettre à mal les efforts qu’elle faisait pour sortir la tête de l’eau.

Je crois que mes parents n’ont jamais saisi que nos éventuelles crises, nos mécontentements, nos erreurs, nos errements n’étaient pas des actes contre eux, mais juste notre manière d’être, d’appréhender le monde à notre façon.
Plus tard mes choix amoureux, mes envies d’ailleurs furent considérés comme un rejet et non comme des expériences de vie.
Et puis mon mariage, ma séparation, les heures noires furent des grandes déceptions pour eux et une occasion supplémentaire pour ma mère de culpabiliser davantage, de ne pas avoir été à la hauteur de sa tâche, de ne pas avoir su faire, avec moi surtout. Alors même que personne n’est vraiment responsable. C’est arrivé. Et c’est passé.

Nous avons vécu en tant que famille et jamais en tant qu’individus. Nous avons vécu comme les membres d’un seul corps. Nous n’avons jamais vraiment expérimenté la plénitude parce qu’il y avait toujours quelqu’un qui souffrait dans ce quatuor, parfois très oppressant.

Quand mes parents me voient, ils voient l’erreur, l’échec, le combat, le mien, le leur. Ils me regardent avec mon fils et cela leur fait mal. Une fois de plus ce n’est pas mon histoire ni mes sentiments. Oui mais, c’est ma famille…
Et au quotidien, ils sont là, prennent soin de mon fils, prennent part à sa vie. Ils sont présents, aidants, attentifs.

Trop sûrement et c’est ce qui me gêne pour faire la paix. Parce que je les retrouve avec lui comme ils étaient avec moi. Ils me voient comme une chose fragile à protéger et lui en veulent parfois de m’énerver, de ne pas prendre soin de moi. Ce n’est pas son rôle. Et puis je n’ai pas besoin d’être protégée. Je me sens bien dans mes baskets et j’ai l’impression qu’ils mettent un voile sur mon bonheur, comme si ça n’existait pas, comme si je n’existais pas en tant que co-créatrice de ma vie, de ma famille, de ma paix.

J’ai conscience aujourd’hui qu’ils ont fait leur maximum eux aussi, avec les données qu’ils avaient dans les mains. Ils m’ont donnée énormément.J’ai juste fais le tri entre ce que je voulais garder et ce que je laissais derrière. Je ne suis responsable ni de leur bonheur ni de leur détresse. Je ne suis pas responsable de la manière dont ils me voient, dont ils envisagent ma vie.

Je crains juste parfois qu’ils rendent mon enfant responsable de ces maux qui les agitent, responsable de moi, de mes coups de blues passagers. Mon fils est un individu avec son caractère propre, un être qui ne fait pas les choses contre moi mais qui, comme nous tous, se construit au fil des jours. Il n’est pas parfait et je n’attends pas qu’il le soit. Je souhaite juste l’accompagner sur le chemin pour faire de lui un adulte à l’aise et heureux.
Je n’aimerai pas qu’il soit atteint par cette manière de penser, qu’il mette autant de temps que moi à guérir, qu’il devienne quelqu’un d’autre pour faire plaisir, qu’il signe des accords qui ne le regardent absolument pas.

Ma vision de MA maternité

Crédit Pixabay

Je suis devenue maman sans me poser de questions. A l’époque c’était dans l’ordre des choses telles que je les concevais.
Je n’ai pas fait de plan, ni ne me suis dit que j’aurais un enfant, deux, trois ou plus.

Je suis devenue maman au creux d’une année compliquée sur laquelle les bonnes fées ont toutefois dû se pencher puisque j’ai pris mon courage à deux mains pour quitter une relation toxique et ai mené ma grossesse à terme.

Le jour où j’ai appris que j’attendais un enfant, je me suis sentie à la fois forte et vulnérable. Je pense que j’ai réellement pris conscience à ce moment là de la tâche qui m’incombait, de ma responsabilité et de mon engagement.

L’accouchement a été pour moi un moment particulier. La vie et la mort dans un tout petit espace. La naissance comme une bénédiction et une déchirure. La fin et le début. On me le confiait et en même temps on me l’arrachait. Il venait de moi et il était de mon devoir de le conduire vers le monde.

Je n’ai jamais considéré mon fils comme un prolongement de moi-même, ni comme une garantie pour la vie. Si je réfléchis aujourd’hui à la maternité, au delà du désir prégnant de porter la vie en soi, au delà du phénomène naturel de la perpétuation du genre humain, je ne saurai dire pourquoi nous faisons des enfants. Il faudrait demander aux autres. A des autres sûrement moins “torturés”.

Je ne tire pas de plans sur la comète pour lui. Je le veux simplement heureux, que ce soit au coin de la rue ou à des milliers de kilomètres de moi, dans une vie qui lui ressemble.

Je ne suis pas toujours une maman sereine. Je suis bien loin de celle que je pensais être un jour. Je ne sais pas si je peux dire que je suis une maman épanouie non plus. Même si je suis heureuse. Mon fils me met chaque jour au défi de mes limites et limitations, de mes peurs et de mes manques. Il me met en face des choix à faire, des décisions à prendre. Il me pousse dans mes retranchements. C’est souvent compliqué, parfois douloureux. Doucement et grâce à lui, je me rapproche de moi.

Il n’est pas ma plus grande victoire mais certainement ma plus grande richesse. Il n’est pas ma passion mais bien souvent la raison qui me ramène sur le chemin. Il est mon plus féroce engagement pour la vie.

Il n’est pas mon unique source de joie, ni mon tout, ni mon ultime essentiel. Parce que lui faire porter ce poids serait criminel. Il a cependant, il est vrai, une place particulière dans mon cœur, qui je l’espère saura toujours voir le meilleur pour que jamais ne se brise le lien qui nous lie.

Voler vers soi-même

Tout devenir. Tout conquérir. Le nord, le sud, la lune et les étoiles. Et les planètes dans la vaste galaxie, pépites solitaires aveuglées par la lumière. Il rêvait, allongé sur son lit, inventait des histoires à partir des bribes du tout et du rien, de jour comme de nuit, créait des mondes dans l’espace du sien, qui s’étalait du lit au mur de la salle de bain.

Il aimait le football et les feuilles de novembre qui tombent, égayant de leurs couleurs les rues sombres de la ville. Il mettait de la passion dans ses courses folles, dans ses interprétations de chansons. Il faisait de chaque instant un jeu, devenait mélancolique quand le temps tournait à l’orage et que le soleil se perdait derrière les nuages.

Il avait été un poupon sage et câlin, aux yeux rieurs, au sourire serein. Il était un enfant plein de vie et de douce folie. Tant d’insouciance et de curiosité que nous, adultes, avions du mal à canaliser. Rentrer dans des cases c’était beaucoup moins compliqué à gérer.

Il faisait preuve de complaisance, de plus en plus, pour plaire, ne pas déranger, ne pas se faire gronder. Il devenait une définition de dictionnaire, un enfant sur papier glacé. Avec des perspectives d’avenir toutes tracées.

De l’extérieur ça faisait peur ce modelage, cette adaptation à une norme, une manière de voir. On ne l’accompagnait pas, on faisait à sa place. On ne le laissait pas être, on lui imposait une manière de se comporter, de s’exprimer. Doucement on faisait de lui ce qu’il n’avait jamais été.

Par peur sûrement. Nos peurs si bien ancrées. Nos limites si bien installées.

Il était grand temps de casser les schémas pour lui permettre d’ouvrir ses ailes et de voler vers lui-même.

Ce texte a été écrit dans le cadre de l’atelier d’écriture d’Olivia. Les mots imposés étaient: étoile – complaisance – football – perspective – novembre – passion – poupon