Posted in Carnets de route

Dis, on s’ennuie?

Photo by KoolShooters on Pexels.com

Il s’ennuie, un peu, souvent, il le dit et je lui répète que c’est bon pour sa santé, pour son esprit, sa créativité, que l’ennui est cette formidable clé qui ouvre des espaces inconnus.

Ennuie toi, un peu, souvent, profites-en! Oui le silence, le vide, l’absence, autant de moments suspendus dans lesquels on se sent mal mais qui sont à même de nous offrir le meilleur. Je lui répète qu’il faut de l’ennui pour faire de grandes et belles choses, que l’omniprésence du bruit est un fléau qui empêche le corps, l’esprit, qui vient brider l’empire de nos pensées et ses possibles.

Un bon ennui est constructeur. Mais nous, adultes, ne sommes nous pas les premiers à refuser l’ennui, à le combler vite fait, bien fait? Ne sommes nous pas ceux qui dégainons notre portable dès qu’il faut patienter, dès qu’une seconde s’infiltre dans l’organisation quasi-millimétrée de notre journée?

Sommes-nous les mieux placés pour conseiller nos enfants, leur inculquer la valeur de ce que nous ne prenons plus le temps de faire, trop occupés à tenter de combler ce qui nous nous angoisse, le rien? Savons-nous seulement faire sans, sans nos réseaux, sans internet, sans sauter à la moindre occasion sur ce petit objet connecté qui nous relie à tout instant au reste du monde? Savons-nous être seul(s) et apprécier?

Suite à la remarque de mon fils sur mon utilisation, somme toute modérée, de mon téléphone, j’ai reconsidéré ma propre “vision” du temps de l’ennui. Et je me suis rendue compte que je n’en profitais pas assez, que j’avais tendance à moins buller, à chercher l’inspiration un peu partout, sans finalement la laisser venir à moi, à être dans un besoin d’information, permanent, qui me desservait.

Loin des écrans et des réseaux, loin de ce plein qui empêche d’apprécier le rien, loin du vacarme, je suis mes propres conseils sur la valeur inestimable de l’ennui, je redessine les contours du temps, je découvre leur élasticité, leur potentiel et je me laisse aller au plaisir de rêver à travers la fenêtre grande ouverte…

Quel est votre rapport à l’ennui? Vous vous laissez le temps de vous ennuyer? Ou vous pensez au contraire que l’ennui est une perte de temps?

Posted in Tout un poème

Hier Encore…

Photo by Kostiantyn Stupak on Pexels.com

Sur le chemin de l’école
Hier encore tu riais
Aux terrasses des cafés
Hier encore tu espérais

Puis ton monde s’est embrasé
Et la peur s’est insinuée
Le pire est arrivé

Aujourd’hui j’espère avec toi
Je prie dans le silence de la nuit
Quand les bombes frappent ton pays
Et te laissent plein d’effroi

Ton monde c’est le mien
Même si je te parle de très loin
Je rêve du jour prochain

Où dans ton pays résonneront
Les chants de paix
Les rires des enfants
Sur le chemin de l’école

Poème écrit dans le cadre de la proposition Hors Les Murs (pour l’Ukraine)

Posted in Atelier Ecriture L'Atmosphérique

Atelier d’écriture 2022 #4

Louis vient de se disputer avec Maxime et il attend, que la colère se calme, que son cœur cesse de battre comme un train lancé à toute vitesse. Maxime raconte vraiment n’importe quoi. Cette fille aux cheveux longs au bras de son père, que du pipeau. D’abord son père il n’aime pas les cheveux longs. Il trouve ça banal, il le répète à maman quand elle veut changer de coiffure, quand le carré l’ennuie. Il confie à Léa qu’elle est bien plus jolie avec ses cheveux courts qu’avec de longues mèches sans charme. Maxime dit tout ce qui lui passe par la tête de toute façon et maman dit qu’il ne faut pas trop lui en vouloir, que sa mère est fragile. Tu parles, c’est trop facile. Et puis c’est pas de sa faute à lui. Maxime est jaloux c’est tout. Alors il a imaginé cette histoire stupide, il lui a même dit qu’elle était jolie, la jeune fille, qu’elle souriait et qu’on aurait dit qu’elle avait des paillettes dans les yeux. Et que son papa il avait l’air heureux.

Louis se penche et regarde son reflet dans la flaque. Maxime a du confondre. Ca arrive à tout le monde. Il a peut-être voulu lui faire du mal, histoire de se dire qu’il n’était pas seul à souffrir. Pari raté. Louis se concentre sur le reflet net. Il veut oublier les mots de Maxime mais ce n’est pas si facile. Puis il se souvient que papa, maman, Léa et lui c’est pour la vie!

Retrouvez les participations ici: Chez Isabelle Marie, Chez Captaine Demoral, Chez Josée, Chez Sweet Things, Celui qui faisait des sauts chez Sandra et Le texte de Marie LC (ci-dessous envoyé par mail):

Pendant qu’il attendait patiemment le bus, le jeune Edouard contemplait ses chaussures aux lacets bien blancs, encore presque neuves.

Il les aimait bien ces chaussures quoique côté couleur il aurait préféré du bleu. Elles existaient en bleu et même en vert et en jaune mais en bleu il n’y avait plus sa pointure et il n’était pas emballé par le vert ou le jaune. Alors il avait choisi cette couleur Bordeau, dont les lacets clairs se voyaient comme le nez au milieu de la figure. Edouard aimait bien que les lacets soient de la même teinte que les chaussures en général mais il s’était dit qu’il pourrait toujours les changer une fois à la maison.

A son arrivée chez lui, son premier geste fut d’aller chercher la boîte aux réserves de semelles et lacets et malheureusement, il n’y vit aucun lacet de couleur Bordeau. Il y avait des noirs, des marrons et même des bleu marine mais c’est tout et il se voyait mal arborer des lacets de couleur noire, marron  ou marine sur ses chaussures Bordeau. Alors il se dit qu’il allait s’habituer.

Mais ça faisait à présent plusieurs semaines qu’il mettait ces chaussures et il ne se faisait pas à ces lacets blancs. Aussi se mit-il à tanner sa mère pour qu’elle l’emmène dans les magasins de chaussures voir s’il était possible de trouver des lacets Bordeau. Mais ils firent chou blanc, aucun lacet de cette couleur nulle part.

Alors, un soir que tout le monde dans la maison était occupé soit devant la télé, soit avec un bouquin, il décida de teindre lui-même ces fichus lacets. Il s’introduit discrètement dans la cuisine, y prit un bol et y versa un verre de vin rouge dont son père disait qu’il était fabuleux. Et emporta le tout dans sa chambre et y laissa tremper les lacets toute la nuit. Hélas, au matin, les lacets étaient vaguement rosés mais pas du tout Bordeau aussi, ce jour-là, il mit d’autres chaussures pour aller à l’école et laissa encore tremper les lacets dans le vin. Quand il rentra de l’école, aucun changement alors il prit son courage à deux mains et appela sa mère pour lui montrer le résultat de son travail.

Personne ne le gronda et durant quelques jours il mit d’autres chaussures pour laisser aux lacets le temps de sécher et à lui le temps de réfléchir au moyen de les teinter à son goût. Jamais il ne trouva de solution aussi opta t’il au final pour une paire de lacets noirs, plus discrets selon lui que ces blancs immaculés avant teinture improvisée.

« On n’obtient pas toujours ce qu’on veut lui dit sa mère et parfois il faut se contenter. ». Ce qui ne consola pas Edouard.

Marie LC, 24 février 2022

Et celui de MIJO ici:

Dès la sortie de l’école, le jeudi il ne traînait pas pour ranger ses affaires dans Son cartable. Une vieille sacoche de postier comme celle de « facteur cheval » – disait sa grand-mère. Dès le « au revoir » de la maîtresse nous nous faufilions rapidement entre les petits groupes de parents qui bavardaient, se racontant les progrès de leur enfant. Déjà grand pour ses huit ans, il détestait ces moments, surtout quand les mamili et les papili déposaient plus de bave sur vos joues qu’un bisou. Nous avions mieux à faire.
Nous arpentions vite sur le trottoir, sans nous laisser distraire par les odeurs de la boulangerie. Et pourtant les gourmandises ne manquaient pas dans la vitrine.
── Dis-donc Gaston où cours -tu ainsi ? Ce n’est pas le moment de flâner, la Berthe t’attend pour rentrer les vaches et couper l’herbe des lapins.

« Oh mince, je l’avais oublié ce filou d’Albert. Toujours là où il ne faut pas ! Ferait mieux d’s’occuper de distribuer le courrier. »
── Juste un petit détour, je n’en ai pas pour longtemps, m’ssieur Albert.
Nous ne stoppions pas notre déambulation entre les étals du fromager, du maraîcher et de la fleuriste. L’objectif était la boutique du coiffeur, juste après celle où nous aurions aimé faire une halte, le cordonnier.
─ Dis -donc parle pour toi Godillot gauche ! Moi je suis très bien comme je suis. Je ne cherche pas à tout pris à rajeunir. J’ai quelques éraflures, et alors, ce sont mes cicatrices de crapahutage ?
─ Moi je suis d’une lignée de noble cuir. Chez nous on aime le cirage à reluire. Notre fierté est d’avoir les coutures impeccables et les ferrets des lacets irréprochables. Talon et bout se doivent d’être ôtés de toute traces de boue ou de poussière.
─ Mais quelle vie aseptisée tu veux. Laisse donc place à l’aventure, aux incursions hors des sentiers battus. Chez nous les Godillots de droite, nous vivons notre vie
pleinement hors d’une boite à chaussures.
A cet instant, une impulsion de Gaston, nous ramena à ce qui nous préoccupait tous les jeudis. Encore une fois, il la mangeait du regard. Camouflé par le tronc d’un platane, il l’observait à la dérobée. C’est vrai qu’elle était belle. De longs cheveux auburn, des yeux azur, rehaussés de longs cils, et un maquillage toujours discret. Aujourd’hui il était heureux, le coiffeur lui remonta les cheveux en chignon, ce qui dégagea sa nuque, révélant son port de tête princier. C’est vrai qu’elle avait l’allure d’une reine, dans son tailleur en pied de poule de couleur rose pâle. Ses gants assortis, comme ses escarpins complétés sa tenue. Elle avait un mini sac noir. Si petit qu’on se demandât bien ce qu’elle pouvait avoir dedans de plus que son porte-monnaie. Nous attendions sans broncher, nous préparant à la salve de coups de pieds qui allait suivre. Chaque fois que cette reine sortait du salon, un monsieur élégant venait la chercher dans une automobile rutilante. Sur le siège arrière, un autre enfant, attendait en mangeant un cornet de pop-corn.
« Je le déteste. Pourquoi l’a -t-elle gardé lui et pas moi ? »
Dès que la voiture s’en allait, nous étions soumises à une course effrénée sur un chemin rocailleux, un raccourci, pour rattraper le retard et rentrer les vaches avant la nuit pour la traite du matin. Nous subissions les assauts non seulement des cailloux, mais également des souches de bois sur lesquelles il passait son chagrin à grands coups de pieds. Nous redoutions, le sentier derrière l’étable, car il traversait la voie de chemin de fer. Les rails nous sciaient la cuirasse, lorsqu’il s’acharnait à nous frapper contre cette ferraille. Impuissantes, nous assumions notre rôle de chaussures protectrice de pieds toute en faisant preuve d’une parfaite abnégation. Cet enfant avait tant besoin d’amour!

***

Pour la semaine prochaine, si ça vous dit, on repart sur une liste de mots – ils devront être utilisés dans votre texte dans l’ordre suivant: euphorie, menthe, cassette, plan, hydratation, secours, reprographie, filtration, fontaine, nuage. Au plaisir!!

Posted in Tout un poème

Admiration

Au gré des jours de peine
Les âmes s’emmêlent
Sur la nuit, les chaînes
Dérivent dans des rêves sans ailes

Les vagues viennent et passent
Le temps à la peur
Sur la rive chassent
Leurs plus profondes terreurs

Un flot continu
D’images torturées
L’enfance abusée
Dont le rire s’est tu

Avancer sans fondations
Assez solides pour les porter
Oubliée la raison
Un seul mot : sécurité

Dans leurs yeux, pour toujours
Une lueur trahie
Un mensonge, un non-dit
Et leurs cœurs un peu lourds

Je les regarde se construire
Déplacer des montagnes
Refouler toutes leurs larmes
Accepter de détruire

Les traumatismes qui les hantent
Se relever sans relâche
L’espoir qui supplante
Les heures un peu lâches

Et sourire au milieu du chaos
Oter le voile pas à pas
Passer outre les dégâts
Et porter loin leurs idéaux

Posted in Variations Littéraires

Neuf ans de nous

Le regard sur l’horizon, je reviens en arrière de quelques années, en ce jour si particulier où je suis devenue ta maman. Dans l’ombre de mes larmes, tu es né. Un rayon de soleil au milieu d’un orage. Un grain de magie au creux d’un hiver qui semblait ne pas avoir de fin. Là, dans cet écrin de désespoir, tu as déposé près de 4 kilos d’espérance.

Voilà neuf ans de toi, de nous, neuf ans comme une ascension. Je venais de loin et tu empoignais tout avec une rage féroce. Notre envie de vivre fut plus forte que tout, plus forte que les cris, que les coups de poing dans les murs, plus forte que les “non” à répétition, plus forte que les pleurs et la douleur.

Notre histoire s’écrit avec des lettres de toutes les couleurs. Nous savons les jours gris très gris et les jours qui pétillent, les apostrophes dans l’atmosphère et les points de suspension dans l’air. En neuf ans, j’ai tant appris. En neuf ans, tu as tant grandi.

Je te regarde regarder le monde, rire, prendre confiance, oser te confronter, oser aimer ce qu’il y a à aimer, jouer surtout, rire beaucoup. Avoir peur de ce qui te dépasse, tenter de camoufler tes émotions, parfois réussir à parler quand ton cœur se sent prêt à exploser.

Je ne suis pas toujours juste, tu n’es pas toujours juste. Nous nous faisons face parfois, comme deux lutteurs dans un bras de fer sans fin. Personne ne se sent prêt à céder alors, moi engoncée dans des souvenirs du passé et toi pris par cette envie de gagner. Et puis tout passe et le soleil revient. Et soudain, il n’y a plus rien que tes deux yeux qui rient et les miens qui s’émerveillent.

A l’ombre de ce qui fut et de ce qui sera, je me tiens, silhouette maternelle, heureuse et fragile, offerte pleinement au temps de ta vie.

Ce texte a été écrit – le jour s’y prête bien (évidemment!) – pour l’atelier Bric a Book 419

Posted in Carnets de route

Avec le coeur

Photo by Pixabay on Pexels.com

“Avec le cœur, tu ne peux pas te tromper!” Les enfants, ces grands sages. Il a dit les mots que j’avais besoin d’entendre finalement. Le cœur ne connait pas de dilemme, il sait. L’esprit extrapole, il invente des scénarios, il voudrait des certitudes, il attend des mots pour compenser les silences, du bruit pour défier l’absence.

Le temps court pour tout un chacun et si nous n’en prenons pas soin, le temps s’égare. Avec nous ou sans nous. Si nous ne faisons plus attention à ce qui compte, alors ce qui compte se dissipe dans l’aurore d’un nouveau jour. J’ai toujours voulu vivre, avant toute chose, vivre à me brûler les ailes parfois. Et à côtoyer les sommets aussi. Vivre avec passion et avec l’expérience, un soupçon de raison. J’ai tenté de retenir le bonheur et il s’en allé plus d’une fois. Il n’y avait peut-être pas assez de cœur dans mes choix, trop de manque, pas assez de “je t’aime” partagés pour pouvoir tenir la route face aux vents contraires.

Peut-être que tout n’est qu’une question de cœur, de ce qui le serre et ce qui le touche, de ce qui le fait trembler aux premières lueurs de l’aube et l’enveloppe d’une chaleur que nul ne peut deviner. Avec le cœur, les masques tombent et alors on s’avoue, à fleur de peau. C’est fragile comme du cristal et ça peut se briser à tout moment. Mais si ça tient c’est que quelque part quelque chose vibre plus fort.

Ses mots je les prends, je les fais miens. C’est comme s’il savait par delà ce que je tais, ce que mon cœur retient comme pour me protéger d’un éventuel chagrin. Il me prend la main et me dis: “tu sais, maman tout ira bien!”

Posted in Extraits Livres Publiés

Une invitation à la méditation

Je regarde les bulles se perdre, monter et descendre, en cadence, se cogner et s’éloigner, se faire la cour en douce, se chercher, se frôler, se trouver, s’ignorer puis s’embrasser. Elles collent leur museau contre la membrane qui les sépare du reste du monde, histoire de voir ce qui se passe ailleurs, sans pouvoir s’échapper, prisonnières de leur étui de verre.

Parfois elles sautillent, légères, pétillantes, mais si éphémères. Elles luttent pour gagner la première place, puis quand la bouche s’approche, elles se rétractent, imprévisibles, espérant sauver encore quelques secondes avant de s’évanouir pour toujours.
Je les étudie, séduite, nostalgique. Et si le verre se brisait, qu’adviendrait-il de ces bulles si fragiles ? S’envoleraient-elles dans l’air ou s’écraseraient-elles, solitaires, sur le bitume ? Seraient-elles complètement perdues en dehors de leur cocon ?
Je tourne les yeux vers toi, apaisé entre mes bras, avalant avec bonheur ton biberon, dont les bulles qui glissent dans un frisson, sont une invitation à la méditation.

Ce texte court fait partie de mon recueil Chuchotis et Ricochets disponible sur The Book Edition

Posted in Vie de Blogueuse

Rangement [projet 52-2021] semaine 47

Le rangement, un thème qui me plait! Trier, ranger, faire de l’espace, j’adore ça. J’aime faire de l’espace, aménager différemment, mettre de l’ordre dans les choses. Ca vide des espaces de mon esprit et ça m’apaise instantanément!

Pour illustrer ce thème j’ai choisi cette photo qui date de quelques années – à l’époque les chaussures de mon fils ne trainaient pas n’importe où dans la maison!!

Retrouvez les autres participations ICI. Excellente fin de weekend!

Posted in Atelier écriture

Ici, maintenant, tout va bien

@ random institute

Tout va bien, ici, maintenant.
Ici, maintenant, tout va bien.

Zhuai se répétait ces mots dans sa tête, tout en essayant de poser sa respiration.
Elle avait couru si vite qu’elle se demandait où elle se trouvait à présent.
En sécurité.
Dans un endroit où ILS ne pourraient pas la trouver.

Ils étaient montés dans le bus, comme tous les soirs. Comme tous les soirs, ils avaient ri.
Comme tous les soirs, Zhuai avait regardé ses chaussures en tenant de faire abstraction d’eux.
Ils avaient balancé des idioties, comme chaque soir quand ils la voyaient dans le bus.
Elle était descendue à son arrêt, eux aussi. Ils habitaient dans le même quartier. Gamins, ils allaient à l’école ensemble et déjà ils embêtaient Zhuai.
Elle s’était dirigée vers son immeuble et elle avait entendu leurs pas pressés derrière elle, pas comme les autres soirs.
Elle avait prié intérieurement pour que la serrure ne bloque pas, pour que la porte s’ouvre et se referme d’un coup sec.
Elle avait essayé de se rassurer.
Ils avaient été plus rapides, l’un avait bloqué la porte de son pied, l’autre s’était faufilé et l’avait coincée, le troisième s’était approché plus près, trop près.
Et ils l’avaient insultée, elle, Zhuai, parce qu’elle était timide, parce qu’elle était un peu gauche, par pure méchanceté.
Ils lui avaient dit, du haut de leur quatorze ans «tu fais moins la maligne maintenant ! Tu t’es regardée, t’es moche, ta mère t’a fait avec un chien ou quoi ! »
Et ils avaient éclaté de rire, un rire gros comme un bulldozer puis la porte de l’ascenseur s’était ouverte et elle avait profité de ce contre temps pour s’échapper.
Elle avait couru, couru. Droit devant.
Elle avait encore leurs insultes en bouche qui lui donnait la nausée.
Elle avait couru jusqu’à la station, s’était glissé dans le premier wagon, avait entendu le signal et avait commencé à respirer.

Son cœur battait vite, trop vite. Ses oreilles bourdonnaient. Son visage était rouge, sa vision brouillée.
Respirer. Juste respirer. Et se rappeler que tout allait bien.
Ici et maintenant.
Ici, maintenant, tout allait bien.

Ce texte est ma participation à l’atelier 145 de Bric a Book

Posted in Carnets de route

Dictée

Photo by Leah Kelley on Pexels.com

Nos soirées s’écoulent au rythme des mots à apprendre. Loulou ne manque pas d’imagination. Il réinvente, revisite avec délectation la langue française.

Les mots changent de forme et les verbes de terminaison. Les Majuscules manquent à l’appel et les minuscules font des courbettes. Les fautes se déguisent sous des couches bleu nuit.

Les phrases inventées ne veulent rien dire et nous font rire. Parfois on est tenté de pleurer quand “Avaique” s’écrit en lettres barbares. Les verbes en perdent leur latin, entre les “e” à répétition en guise de conjugaison.

Loulou invente des mots, est déjà tenté de faire de la poésie, comme sa maman. “Même (Maime)” s’écrit alors avec des mots d’amours et “Soleill” prend deux ailes pour nous réjouir encore davantage.

On s’invente des com-plexes et des con-textes en lieu et place de con-seils. On s’arme de patience pour venir à bout des exceptions à la règle, incompréhensibles, inexplicables.

On épelle les mots à la pelle, entre deux biscottes. On récite jour après jour les mots étranges quelque peu étrangers. On met du cœur à l’ouvrage pour que ça rentre sans ressortir.

On se tire les cheveux un peu et on s’amuse beaucoup!

Posted in Variations Littéraires

Où es-tu Lilia?

Elle est quelque part c’est certain mais où? Quelle mère – quel père – devrait un jour se poser cette question? Personne.

Au moins une certitude. Claire n’en a que peu. Voir même plus depuis ce jour, ce jour si lointain et si proche en même temps, ce jour du début, de la fin, ce jour qui scinde la vie entre espoir et folie.

Jamais de pourquoi dans ses larmes. Tout était là, depuis le début, depuis le premier regard. Tout était écrit, n’en déplaise à ceux qui voudraient que le monde soit autre, que les rituels et les coutumes, les habitudes, les religions ne soient que des ponts et pas des murs. N’en déplaise à ceux qui croyaient penser juste et qui se plantaient magistralement.

Où? Comment? Dans quelle vie? Dans quelle ville? Avec qui? Autant de questions comme autant de tourments, de nuits blanches à vouloir réécrire l’histoire, prendre un autre chemin, choisir une autre fin. Mais pourtant aussi au creux des maux baignés de larmes, une faible lueur dans le noir, un “peut-être” esquissé face à des lois contraires, un sentier qui lézarde.

Et c’est à ça que Claire s’accroche, c’est ce qui la retient de signer son dernier acte. C’est dans ce minuscule espace qu’elle s’engouffre, dans cette souche d’arbre abandonnée qu’elle se nourrit d’un possible. C’est là qu’elle guette le visage de son enfant en transformation.

Tenir pour un jour revoir son sourire, à nouveau entendre sa voix, un jour la tenir dans ses bras. Claire court à tout va, cherche des solutions, appelle, marche beaucoup, travaille surtout pour ne pas s’effondrer. Claire ne reste pas chez elle, par peur des fantômes. Elle bouscule le ciel, la terre, les ténèbres, la poussière. Elle ne sait plus la pause ni l’arrêt. Elle se veut utile. Elle veut du plein face au vide abyssal de l’absence.

Les autres ont fini par retourner leur veste. Quelque part elle l’a cherché. Quelque part c’était le prix du risque. Elle erre dans les couloirs de leurs insinuations blessantes. Elle ne retient pas, elle n’a pas assez de forces pour ce combat là. Elle les réserve pour la seule qui compte: Lilia.

Ce texte est une fiction – inspirée de faits réels

Posted in Extraits Livres Publiés, Variations Littéraires

Balade poétique

A l’heure où le jour baisse ou se lève, je suis à ma table, crayon en main, carnet ouvert sur une page lignée. Un rituel d’il y a longtemps. Que ce soit pour noter les rêves de la nuit, pour mettre de l’ordre dans mes pensées ou juste mettre en forme ce qui me passe par la tête.

J’ai renoué avec la poésie, pas celle du coin de table, entre deux émotions. J’ai renoué avec celle des débuts, celle des premières rimes, celle né du déclin du jour sur un air de Van Morrison, dans une petite chambre d’un quartier Dublinois. La poésie aux accents anglais, la virevoltante dans l’air frais, la poésie de la pluie et des saisons.

J’ai retrouvé l’envie, celle d’écrire et de décrire le monde devant moi avec les vers d’autrefois. Ne plus seulement dire ce qui est mais le faire danser sous mes doigts et me joindre au ballet des mots.

J’ai décoré la couverture de mon carnet. Un écrin pour poser là tout ce qui passe. Un peu moins de chaos et un peu plus de paix. Tout ou presque de ce qui m’émeut et en plein cœur me touche. Un brin de nostalgie à l’écoute d’une chanson, les feuilles des arbres qui se transforment, les nuages en mouvement, un thé fumant.

Et si j’y arrive un jour, le sourire qui se dessine quand je le regarde vivre, rire surtout, oui rire aux éclats, inventer des monde à partir de trois fois rien. Et si je le peux, peut-être, la force élégante de ses mains, ce quelque chose d’insaisissable que je ressens quand mon regard se pose sur la contracture, le tracé des veines, la peau voyageuse.

J’explore des territoires jusqu’alors inconnus, je me laisse porter par ce qui vient, cet air transparent, le tumulte, le silence profond, la grâce de cette nouvelle saison. Et les mots s’offrent à moi comme si ils attendaient depuis longtemps que je retrouve le chemin des poèmes d’antan…

Posted in Les Etats d'Esprit du Vendredi

Les Etats d’Esprit du Vendredi 01.10.2021

Loulou est chez un copain, j’ai une soirée solo pour partager mes états d’esprit de la semaine, avec en passant une pensée chaleureuse aux deux fondateurs de ce rendez-vous incontournable et fédérateur du vendredi (Zenopia et The Postman) ou autres jours!

Début [20:55]

Photo: Souvenirs d’été

Fatigue: de bonnes nuits encore (même si les rêves bousculent)
Humeur: au top
Estomac: crumble courgettes et tomates, tisane
Esprit: libre
Cond. phys / Bien être. : 1h de yoga et 1h30 de danse

Projet/Boulot: je ne me pose plus de questions et qu’est-ce que ça fait du bien!

Culture: LIVRES: Soie de Alessandro Baricco et dans Les Honneurs Perdus de Calixthe Beyala (Merci les Boites à Livres!) FILMS / DOCUMENTAIRES: Accross the Universe (revu avec plaisir)

Penser à: se mettre dans la paperasse administrative pour enfin avoir un livret de famille à jour!

Les jolis moments: déjeuners entre collègue, déjeuner à deux, le square avec les parents du quartier, la souplesse du temps à la maison, mon cours de danse, l’arrivée de l’automne.

Message perso: (1) Ca approche à grands grands pas! (2) Merci pour ton temps dans tes semaines ultra chargées (3) J’ai les yeux rivés sur ma boite aux lettres!

Loulou: a eu TB à sa récitation de poésie, travaille avec le sourire avec sa grand-mère, est fan d’Ariol, attend l’anniversaire de ses copains avec impatience

Amitiés : cartes et messages
Love : esprit focus sur l’évènement du weekend prochain, attentif, sait se rendre disponible, plein d’idées pour la retraite (il y a un âge où il faut commencer à y penser j’imagine!)

Sorties : chez le coiffeur demain, déjeuner entre collègues mardi
Essentiel: le présent
Courses: pour la semaine plus cadeaux d’anniversaire
Envie de: me faire un cadeau mais lequel??

Zic: Trois cafés gourmands…

Fin [21:17]

Posted in Atelier Ecriture L'Atmosphérique

Challenge Ecriture 21

Deux petits pieds. Petits pas. Vie en dedans.

Valentin le sait. C’est Rose. C’est facile. C’est chaud comme le chocolat du matin. C’est réconfortant les jours de pluie aussi.
Rose et ses ballerines de toutes les couleurs, ses pieds tous fins, ses boucles brunes, ses yeux comme des bulles tombés des marronniers de la cour de récréation.
Rose c’est joli aussi, ça sent le parfum des fleurs, c’est rouge, c’est blanc ou jaune en fonction des saisons.
Rose, ça roule, c’est doux. Comme un murmure dans les couloirs, un vent d’été qui vient se perdre devant la fenêtre ouverte, un souffle près de son oreiller.

Rose ne le sait pas. Elle le pressent peut-être.
Rose, elle danse sans se soucier des regards. Elle a de la musique dans le sang et le sang couleur des prés.
Elle rit avec Valentin le soir, quand ils rentrent de l’école. Elle rit de sa bouche trouée et de ses dents mal arrangées.
Et elle laisse parfois sa main se perdre dans l’espace qui la tient un peu loin de Valentin, dès qu’il tourne à l’angle de la rue.

Valentine ne lui dit pas. Il regarde Rose et puis c’est tout. Tout se dit dans ses billes vertes. Et puis les mots il ne les a pas. Il ne sait pas.
Papa ne lui dit jamais et maman n’est plus là.
Rose le dit d’une autre manière, Valentin, le roi de sa terre. Elle s’accroche à lui quand l’orage gronde sous le préau. Elle lui lance des bisous les jours de départ en vacances du haut de son toit. Sa maman fait ça parfois.

Quatre petits pieds. Petits pas. Vie en dehors.

Retrouvez les participations ici: Chez Josée

***

Après les personnages, attachons-nous au paysage, à l’endroit, au lieu, à l’espace, celui dans lequel évoluent nos personnages ou bien celui dans lequel nous souhaitons les faire se rencontrer. Je vous propose une autre photo pour vous aider.

A mardi prochain pour suivre l’évolution de votre histoire!

Posted in Carnets de route

Une nouvelle rentrée pleine de surprises!

Photo by olia danilevich on Pexels.com

Une nouvelle année scolaire débute avec son florilège de points d’interrogation. Premier cas positif et première quatorzaine pour nos jeunes écoliers, tout à leur bonheur de se retrouver!

Nous allons revêtir à nouveau pour 7 jours la casquette de télétravailleur, institutrice, organisatrice de programmes, jongleuse amateur (en phase de qualification). Il va falloir redoubler de patience et mettre de côté nos bonnes résolutions, histoire de garder une vie familiale harmonieuse. Nous nous rassurons, l’isolement n’est que provisoire, il y a la vie de la rue et le calme de la courette pour nous tenir compagnie les jours de grisaille!

Nos bambins sont adaptables parait-il. Ont-ils seulement le choix? Nous aussi, finalement. On commencera juste le travail un peu plus tôt, histoire d’être vraiment présent pour le petit déjeuner. On sortira entre midi et deux, pour se dégourdir les jambes et le cerveau. On fera le plein de repas rapides, faciles et efficaces, sans se casser la tête avec l’équilibre protides, lipides, glucides, fruits, légumes et tout le reste. On reportera la règle de “zéro TV” la semaine.

On gardera le sourire entre les exigences de l’enfant et celles du patron (tous deux se ressemblent étrangement sur ce point!). On se maintiendra à flot avec du yoga, du chocolat et les mots. Oui les mots surtout et avant tout.

Composer. En voilà un bien joli mot pour cette reprise! Voilà, on fait faire comme l’artiste, on va se donner le droit d’essayer plein de choses, sans certitude, on va s’essayer à faire rentrer plein de journées dans une, en gardant le sourire, sans toutefois se dire que c’est facile, sans planquer ses émotions sous l’oreiller. On va accepter qu’il y aura des cris, des temps creux et des rires aussi. On va même espérer un peu de pluie, histoire de se faire un après-midi ciné, sans culpabiliser!

Voilà, où nous en sommes à J+7. Et vous, ça s’est passé comment cette rentrée?