Instant de vie

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L’enfant regarde, attentif. Le camion s’est arrêté, il charge les poubelles au couvercle jaune. L’enfant s’intéresse. Les homes attendent. Obnubilé par le spectacle qui se joue devant lui, chaque jour, il cherche à comprendre la marche des choses, du monde. Un des hommes lui sourit. La fascination de l’enfant est  belle à voir. L’instant est simple et pourtant magique. Les hommes dont le métier est souvent négligé, considéré sans grand intérêt, deviennent une pièce du puzzle. Ils prennent leur place dans le grand bain de la vie.

La mère s’intéresse aux regards, aux sourires. Elle se dit que tout est simple, consciente que le bonheur n’est pas cette quête sans fin dont tout le monde parle sans cesse, mais bien présent dans son quotidien, pour peu qu’elle regarde l’enfant, regarde les gens interagir, pour peu qu’elle lâche toutes les croyances qui font parfois tourner le monde bizarrement.

L’homme se réveille. Elle imagine sa peau. Elle se laisse aller à toucher son corps juste par le pouvoir de sa pensée. Elle ressent l’étreinte, la douceur l’envelopper. Elle sait ce qui se trame.  Son cœur parle à son cœur dans la clarté du matin.

L’enfant lui prend la main et ils avancent ensemble vers le jour riche de promesses…

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On écrira nos rêves sur un morceau d’azur…

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On écrira nos rêves sur un morceau d’azur…

Ce sont les mots qui s’imposent quand je la vois. Juliette a grandi. En sortant l’autre jour, j’ai croisé son sourire de l’autre côté de la rue. Elle a grandi, si vite. La petite fille a disparu. Il reste dans ses yeux cette pointe de malice. Et puis ses mains. Elle a fait comme elle faisait avant, depuis ce jour de mars il y a trois ans, elle a pris ma main. J’ai souri.

Nos visages se sont reconnus. Ils se sont souvenus des matins gris éclairés de sa joie de vivre. Se sont imposés alors à nous tous les silences que nous ne percerons pas. Juliette ne parle pas. Juste quelques mots. Elle vit dans un monde dans lequel je passe, un monde qui n’appartient qu’à elle. Pour peu qu’on s’y intéresse, son monde nous est accessible le temps d’un trajet, le temps de la regarder être au monde, à la vie. Dans une simplicité déconcertante.

Et un jour, devenir maman

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Je le regarde rire aux éclats. J’entends mon rire qui fait écho au sien. La soirée a été calme, douce, drôle, apaisée. Nous avons pris notre temps, ce temps qui nous file trop souvent entre les doigts, ce temps que nous tentons de garder pour nous deux. Temps propice aux confidences, à l’évocation de souvenirs, temps de lecture, de câlins et de contes qui changent perpétuellement de fin.

Quand il a été couché, qu’il s’est endormi sans bronché, que je suis allée voir si tout allait bien, je me suis souvenue…

De nos débuts. Je l’ai déjà écrit ici. Certaines mères se sentent mères tout de suite, dès le petit “plus” sur le test, dès la naissance. Je ne fais pas partie de ces femmes. Je ne saurai dire aujourd’hui si notre enfant était un souhait commun, s’il découlait d’un projet de vie. Je l’ai désiré. Mais dans quelle mesure? Était-ce un désir inconscient de sauver une embarcation qui prenait l’eau de toute part? Je ne saurai le dire. Ma seule certitude c’est que mon enfant m’a sauvé la vie. J’ai conscience d’avoir eu cette chance de partir avant qu’une vie de famille ne se crée. Si j’étais restée, aurai-je eu le courage de partir? Ou aurai-je choisi le sacrifice que font beaucoup, d’une vie dépourvue d’essence, de sens, une vie de larmes et de drames? Les enfants restent encore et toujours notre meilleure excuse face à de tels choix.

A la maternité, oui j’ai ressenti quelque chose, quelque chose de fort. Je me suis sentie invincible le temps de le tenir contre moi. Puis au matin les fantômes ont ressurgi, les peurs se sont matérialisées, l’envie que tout ce scénario ne soit qu’un atroce cauchemar. Face à ma réalité, j’ai pris une claque magistrale.

J’ai tout mis en œuvre pour ne pas m’attacher à mon enfant. Aussi scandaleux que cela puisse paraitre, je ne me sentais pas d’attaque à être sa mère. Je ne voulais pas dépendre de lui pour m’en sortir. Je ne voulais pas qu’il porte ma peine, mon chagrin. Qui plus est je vivais dans la crainte omniprésente qu’on me le prenne – la justice pas si juste – son père. Et tous ces bien pensants qui me rappelaient l’épée de Damoclès au de ma tête, la menace de l’enlèvement.

Quand je suis arrivée à Paris, je l’ai laissé, soulagée, aux bons soins de mes parents. Je savais qu’avec eux il avait la sécurité affective nécessaire à son épanouissement. Je me suis longtemps dit que si je disparaissais, il serait aimé, protégé – le principal pour moi. Et j’ai souvent eu envie de disparaître. Puis nous avons vécu ensemble, avec un florilège de peurs qui ne cessait de prendre de l’ampleur:  peur d’être seule avec lui, peur de ne pas lui donner assez d’amour, peur de ne pas trouver ma place, peur de mal faire, de ne pas être à la hauteur. J’avais l’impression que loin de moi il grandissait mieux.

Les premières années ont été dures. A tout points de vue. J’avais l’impression de mourir un peu chaque jour, tout en essayant de me sortir de tout ce chaos oppressant. Si bien que je n’ai jamais eu de mal, ni de le laisser à la crèche ou à l’école. J’avais plus confiance dans les autres que dans mes capacités à moi. J’avais besoin que ma vie soit réglée comme du papier à musique pour pouvoir poser un pas après l’autre. Je vivais le cœur lourd gangréné par une colère sourde que je laissais éclater une fois la porte fermée, face à lui qui n’avait rien demandé. Je m’effondrais en larmes le soir. J’étais une mère en équilibre, désorientée, une mère qui n’en pouvait plus, ne savait plus quelle direction prendre, pleine de points d’interrogation.

Je tentais toutefois, à chaque instant, un travail en profondeur, pour faire taire les démons, m’affranchir du passé, pardonner. Pour moi. Comme pour lui. Car entre temps, l’amour s’était frayé un passage. Je le lui disais d’ailleurs souvent. Je lui disais que je l’aimais et que je n’y arrivais pas tout le temps. Je lui disais mes forces et mes failles. Je me répétais que j’allais y arriver, que nous allions être heureux. Parce que c’est le choix que j’avais fait, le choix primaire du départ. J’avais choisi la vie.

Et contre toute attente les heures sont devenues plus légères. J’ai accepté de lâcher prise, de ne plus tout contrôler. J’ai accepté de le regarder pour ce qu’il était, un être unique, qui ne serait jamais moi, que j’allais juste guider sur le chemin de la vie pour qu’un jour il vole de ses propres ailes. Un jour j’ai accepté la tâche confiée, même si elle me parait rude par moments, j’ai pris conscience de mes responsabilités et le parti de me faire davantage confiance. Je me suis pardonnée me choix, mes errances, mes angoisses. J’ai accepté qu’il y en aurait d’autres. Notre relation a pris une autre dimension, plus juste, plus sereine, plus joyeuse. Il fallait en passer par là. Il fallait que nous apprenions l’un de l’autre, l’un avec l’autre. Ce cheminement aura été douloureux et salvateur.

Je suis devenue mère avec le temps, maman avec lui.

Et vous la maternité (ou la paternité), vous l’avez appréhendée comment?

Cet amour sans fin

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La fin de l’été approchait. Il ne me restait plus que quelques jours pour aller pousser la lourde porte au bout de la rue. J’ai pris mon vélo un matin, seule, il fallait que je sois seule pour cette visite-là. La route se dessinait égale à elle-même, inchangée depuis des années. Ici et là apparaissaient des images, souvenirs. J’entendais nos rires d’enfant percer le silence du jour tout juste levé.

J’ai poussé la grille, posé mon vélo. Rien ne change si ce n’est l’espace qui se réduit d’année en année. D’autres noms, d’autres histoires posent leurs affaires sur ce carré de terre. Au milieu de cet alignement presque parfait, entre toutes, je la reconnais.

C’est un matin d’août que mon cœur a connu la première entaille, de taille, froide. Depuis ce jour, tu n’es plus là. Où es-tu ? Dans quel mystérieux univers vis-tu ?

Ton cœur à toi s’est arrêté de battre. Envolé l’espoir d’une rémission, d’un avenir dans lequel tu aurais pu continuer à me raconter des histoires, que j’aurai écouté, attentive, assise sur tes genoux. L’été s’est noyé dans un chagrin sans fin. Mes larmes ont remplacé les silences que nous aimions contempler, main dans la main, d’un bout à l’autre du jardin.

Je me suis assise entre les morts, j’ai changé les fleurs, nettoyé les restes de l’orage. J’ai laissé les mots sortir et les sanglots se déposer. Le souffle du vent comme un murmure de toi m’a apaisée. J’étais bien.

Quand je t’ai quitté, j’ai déambulé entre les allées. J’avais quelqu’un d’autre à aller voir. Je suis sortie de la tendre enfance pour aller me confronter aux premières heures de l’adolescence. Je l’aimais, je crois, il ne le savait pas ou il s’en fichait royalement. A 14 ans, on  se dit qu’on a la vie devant soi pour tant de choses. Et puis la vie nous fait faux bond. Je lui ai parlé comme on parle à un ami. Il passe parfois comme un fantôme dans un partage d’autrefois. Son image s’envole, il ne reste pas. Nous évitons d’en parler, nous faisons comme si et ça marche plutôt bien. Nous tentons de tenir à distance ce qui relève de l’incompréhensible. On réalise à peine qu’il n’est plus que poussière.

Face à la mort, je ressens encore plus pleinement la vie battre contre mes tempes, mon cœur se réveille, les morts ne sont jamais loin, ils vivent dans mon cœur comme un rappel certain que l’amour n’a pas de fin.

Si je n’écrivais plus sur lui…

Copyright Marie Kléber

Est-ce que j’arriverai à ne plus parler de lui? A ne plus écrire sur lui surtout?

Est-ce que je pourrai vivre sans retranscrire mes ressentis, mes émotions, les sensations qui traversent mon corps, les pulsations qui font battre mon cœur, l’intensité de nos rendez-vous?

Est-ce que je pourrai arrêter de faire danser les mots qui décrivent si bien la courbe de nos envies, la sensualité de ses mains, la saveur de sa sueur après l’amour, l’enivrante chaleur de son sourire?

Est-ce que je devrai garder tout ça pour moi, dans un carnet secret que personne ne voit? Je le fais déjà…

Est-ce que je pourrai cesser de dire qu’il a chamboulé ma vie, qu’il est de ces rencontres rares qui jalonnent nos destins, sans que cela soit vu comme un aveuglement de ma part, un besoin de retenir le bonheur avant la fin?

Est-ce que je pourrai vraiment faire l’impasse sur cette partie de ma vie, ne vous livrer que le reste, quelques bribes du quotidien, dénué de l’essence même de ce qui bat à l’intérieur des entrailles, de ce qui fait vibrer la vie?

Parce que si je ne parlais plus de lui, je ne parlerai plus non plus du petit bout de chou de cinq ans et demi qui pose des centaines de questions pour comprendre la marche du monde, dont les rires peuplent mes jours, embellissent mes nuits et dont les “non” me font grandir. Je ne parlerai que du banal, de l’accessoire. Je laisserai au placard la beauté, les rêves. Je me laisserai aller à fermer les yeux devant la magie, les sourires, la clarté du jour qui se lève. Je me fondrai dans la masse de ceux qui ont choisi l’ombre pour que rien ne vienne les bousculer dans leurs habitudes. Je n’écrirai plus non plus. Je n’aurai plus de voix.

Je préfère envoyer valser la pudeur et cette fausse morale qui voudrait qu’on garde l’intime pour soi. Je n’ai pas besoin de la nuit pour aimer, ni de l’enfer pour créer. Même si la nuit m’inspire et l’enfer me délivre. Je préfère saisir dans chaque mot ce qui me caractérise: l’urgence de vivre!

Nos chères vacances 2018!

Les vacances ont débuté sous une pluie battante à la gare de Bercy. La chaleur des semaines de juillet cédaient sous le poids de l’orage menaçant et vif. A l’intérieur du car qui traçait vers le sud, chaussures mouillées et serviettes de plage entonnaient les premières notes de mes trois semaines de congés d’été annuels!

Après une virée éclair sur Toulon, je reprenais la route du bord de mer, un peu plus au Nord. L’Atlantique m’attendait et mon Loulou aussi, qui comptait depuis une semaine déjà les dodos qui nous séparaient.

Ces vacances tant attendues furent – comment dire – très différentes des années précédentes. Et pour cause, cette année, nous n’étions plus quatre (mes parents, loulou et moi) mais six, puis sept. La fratrie au complet. Les cousins ensemble. Cohabiter sereinement en famille est un rêve, qui quand il se matérialise, laisse planer quelques doutes sur la capacité de chacun à accepter l’autre tel qu’il est et à laisser critiques et jugements de côté pour profiter du plaisir d’être réunis.

Entre les manies de l’un qui agacent, les idées de l’autre sur l’éducation des enfants, les envies divergentes, les habitudes de vie, j’ai pris le parti de ne prendre celui de personne. Et quand j’ai senti qu’il suffirait d’un rien pour que les choses se délitent et que le conflit éclate, j’ai pris la poudre d’escampette avec Loulou.

Avec de bien belles aventures au programme:  plage et baignade, journées entre cousines et amis, des rires, la cueillette des mûres pour faire de bons crumbles ou les déguster à peine cueillies le nez dans les ronces, des balades à poney, à vélo aussi – maintenant que Loulou n’a plus de petites roulettes, vive la liberté, des pique-niques sur la plage et de beaux couchers de soleil à admirer, une nuit d’étoiles filantes, déguster des glaces faites avec du bon lait de la ferme et de la menthe fraiche, regarder Loulou de plus en plus à l’aise dans ses activités, des sourires, des batailles d’eau dans le jardin, des cakes et des babines pleines de chocolat, des parties de foot endiablées, deux journées à Nantes…

Se serait mentir de dire qu’il n’y a pas eu d’heures creuses. Elles m’ont un peu chamboulée d’ailleurs. J’ai été énervée parfois, je me suis retenue, j’ai beaucoup pris sur moi aussi, tout en essayant de me dire que chacun faisait de son mieux. Il a fallut rappeler quelques bases et les heures pleines vinrent vite chasser les quelques grammes de blues.

Je me suis octroyée quelques plages en solo, pendant que Loulou s’amusait au poney, puis offert deux balades à cheval, trois footing à l’heure où les vacanciers émergent tout juste de leur précieux sommeil. J’ai retrouvé la mer et le plaisir de la regarder, tantôt calme, tantôt agitée. Je me suis promis que l’année prochaine je me remettrais à la voile, que j’irais me confronter au vent et à cette sensation suprême de liberté quand la coque d’un dériveur fend les flots moqueurs.

Puis il y a eu la dernière journée, celle qui tente de retenir le temps au maximum. C’est déjà finit. Les bagages sont prêts. On passe pour les “au revoir, à l’année prochaine”, on fait durer le plaisir jusqu’à la dernière minute. On se repasse les photos qui marquent les souvenirs. Voilà, il faut repartir. Au bout de la ligne de train, le bureau et Paris désert. Ça ne durera pas. Pour la première fois depuis six ans, quelqu’un m’attend. Le retour est plus doux, les retrouvailles intenses et émouvantes.

Trois semaines c’est long et court en même temps. Que c’est bon de profiter du temps sans impératif, sans montre, sans horaire à respecter. Que c’est bon de marcher nus pieds, de faire des châteaux de sable, de passer du temps en pleine nature, ensemble. Que c’est bon de retrouver ceux que l’on aime et que l’on ne voit qu’une fois par an, pour ce temps béni de nos chères vacances!

Et vous vos vacances, quel gout ont-elles eu?

 

 

 

 

 

 

Dans mes archives #5 – Cristalline

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Edwige regarde par la fenêtre. Une fois de plus les enfants ne pourront pas sortir aujourd’hui. Ils resteront confinés dans l’espace clos qui les coupe du reste du monde. Sur une natte posée par terre, Terri dort encore, les poings serrés. Agathe tient une peluche sale contre son cœur, qui bat trop vite pour elle. Lulu, ce petit garçon sans nom, qui ne voit que d’un œil, est allongé sur le ventre, les bras en croix, la couverture beige repliée sur le bas de ses longues jambes blanches.

Edwige se demande parfois ce qu’elle fait là. Elle essaye de se souvenir du jour où elle a posé ses valises, sur un coin de cette terre, alors inconnue. Elle poursuivait un rêve ou un amour fou, qui l’a laissé tomber. Sans billet retour, elle n’avait eu d’autre choix que de tenter sa chance dans un orphelinat. On l’avait prise de suite, pour ses qualités humaines ou pour ses compétences techniques, très basiques, mais si rares dans ces ruelles sombres.
Le soleil est un ennemi juré pour ces enfants-là. Il brûle leur peau. Derrière la grande porte du fond, il y a une enfant, encore plus sensible que les autres. Sarah est arrivée il y a deux mois, le corps translucide. On voyait ses os à travers sa peau brune. Le soleil l’avait presque tuée. Edwige y avait vu un signe du destin. Elle l’avait prise sous sa protection et chaque matin, en passant derrière la vitre opaque de la chambre de la fillette, elle entendait les mêmes mots sortir de sa bouche :
— La pluie est-elle arrivée ?
— Pas encore Sarah.
— Tu crois qu’elle viendra aujourd’hui ?
— J’en doute.
— Demain alors?
— Peut-être.
— On va prier, hein, pour qu’elle vienne bientôt.
— Oui on va prier Sarah. On n’a pas vraiment d’autre choix.

Chaque soir, elle prenait la main de la fillette et dans la chaleur du soir, leur prière s’envolait vers un Dieu, qui semblait presque avoir oublié ces enfants de papier.
Edwige scrutait sans cesse le ciel, le cœur chargé d’espoir. À la moindre goutte de rosée, elle se mettait à espérer, souvent en vain. Elle n’aurait jamais osé réveiller les enfants sans être sûre de l’arrivée imminente de la pluie. C’est pourquoi elle scrutait le ciel à la recherche d’épais nuages gris, assez denses pour cacher le soleil, assez lourds pour donner aux enfants la chance de sortir, bras nus et visage découvert.
Pour Sarah, c’était encore différent. Alors Edwige ne regardait pas seulement le ciel ou les nuages, elle vérifiait aussi l’étanchéité des sols, préparait les vêtements de sa protégée, huilait les joints des portes pour qu’elles s’ouvrent facilement. Sarah ne pouvait sortir qu’enveloppée d’un épais châle, un voile sur le visage. La moindre partie de son corps risquait de s’embraser à la moindre étincelle de soleil. Edwige le savait trop bien. Elle attendait les jours de pluie avec autant d’inquiétude que d’impatience.

La pluie est arrivée un mardi soir. Découvrez la suite sur Short Edition où mon œuvre est en sélection pour le Grand Prix du Court Automne 2018. Merci pour votre soutien.

Les minutes qui m’éloignent et me rapprochent

20180803_211048.jpgLes minutes qui m’éloignent de ses rires, du câlin matinal, des cris de joie, de l’excitation parfois compliquée à gérer. Qui m’éloignent de nos baignades, de la plage, des vagues, des couchers de soleil, de la cueillette des mûres, des retrouvailles familiales. Qui m’éloignent de lui et de ses jeux farfelus, de ses prises de position, de ses envies de tout comprendre, de ses pourquoi à répétition, de ses idées, de le voir grandir plus sûr de lui, moins réservé. Qui m’éloignent des chevauchées intermibables, de la simplicité retrouvée le temps d’évoquer les souvenirs. Qui m’éloignent de mes racines, de ces carrés de terre où reposent en paix des personnes que j’aime. Qui m’éloignent du temps béni des vacances, des balades à vélo, des chaises longues, des pieds nus sur le sol brûlant, du vent qui vient caresser mes bras. Les minutes qui m’éloignent des miens, de cette mélodie que nous composons un peu plus harmonieuse à chaque fois. Et qui gonfle nos coeurs de joie.

Les minutes me rapprochent de ses bras, de ce manque de lui perdu dans l’intensité de l’été, des heures riches de tant de choses. Me rapprochent de son regard, de sa voix, de la chaleur de son univers. Me rapprochent de l’envie de lui, de passer du temps à partager, se raconter, écrire la suite de l’histoire. Les minutes me rapprochent de son sourire, de la chance de sa présence dans ma vie, de tout ce qu’il est et qui me fait du bien.

 

Depuis toi

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Je danse le manque
Dans les heures d’effervescence
Les longues balades le nez au vent
Les vagues d’éclats de rire
Les fruits mûrs, juteux dévorés à pleine bouche
Les mûres cueillies sur le bord du chemin qui mène à l’amitie retrouvée
L’euphorie des rendez vous familiaux, le passé repassé, les anecdotes maintes fois partagées
Le galop sur la plage déserte, ce sentiment d’absolue liberté saisissant
Je trace le manque
Dans les embruns
Dans la mer gorgée d’eau salée
Dans le souffle du vent qui fait tanguer les haubans
Dans la fraîcheur du petit matin
Dans le temps suspendu aux souvenirs
Qui dévalent les pentes à toute vitesse
Dans l’instant qui défie les années écoulées
Dans la nouvelle histoire que nous écrivons
Au fil des étés que nous passons côte à côte
Coeur contre coeur
Le manque depuis toi a une autre saveur

Sous prétexte que la vie est sacrée

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L’autre jour j’ai parlé de toi. Nous dissertions sur la vie et sur la fin. Faut-il maintenir le corps quand le cerveau ne répond plus ?

Je n’ai pas un avis tranché sur le sujet, je n’aime plus les avis tranchés. Pourtant je trouve ça criminel toutes ces machines qui font semblant, tous ces légumes agonisants. Je trouve ça scandaleux cette fin imposée, ces hommes qui ne peuvent avoir le dernier mot, sous prétexte qu’une vie c’est sacré.

Mais quand la vie est une suite interminable de souffrances, à quoi s’accrocher ? Comment vivais-tu cela ? Est-ce que tu ressentais quelque chose ? Qu’il y avait-il à l’intérieur de toi ?

J’avoue, j’ai prié, souvent, avec ferveur, pour que ton calvaire cesse, pour que tu trouves la paix, ailleurs. Toutes ces hospitalisations n’ont fait que te fragiliser, elles n’ont rien changé à ton état. Tu es resté ce petit garçon dans ton monde, le corps fragile, le cœur au bord d’un abîme que l’amour ne pouvait atteindre. Tu es resté le corps infirme, la tête vide. Et tes cris sont devenus lourd, des cris de bête sauvage qui agonise. Nous avons accepté ça.

Par amour ?

Pour qui ? Pour quoi ?

Si la vie est sacrée, alors elle doit être protégée. Si la vie est sacrée, a-t-on le droit, quand on sait, d’imposer un tel calvaire à un être humain ?

On parlera d’épreuves, de beauté de la souffrance, quelque chose comme une croix à porter, une histoire de pardon, de rédemption.

Pourtant je les entends encore les rires des enfants, je vois encore leurs visages illuminés par une présence, je revis ces heures en suspens de temps partagé à s’apprivoiser. A quel prix ? Celui de la vie dont le chaos se fait tenace, dont l’espoir se réduit à mesure des jours qui passent.

Peut-être que c’est juste de l’égoïsme. Peut-être que c’est juste de la peur. Ou de la folie

Mais si je n’étais maintenue en vie que par artifice, je crois que j’aimerais qu’on me laisse partir. En paix.