Pendant 4 ans, j’ai simulé…

C’est monnaie courante, beaucoup de femmes en sont réduites à ça, détailler le papier peint de la chambre à coucher pendant que l’autre s’active à la tâche, avec un objectif unique: son plaisir. C’est bien là que la bât blesse. Quand on parle du plaisir de l’autre, il y a ceux que ça indiffère, ceux qui n’y pensent même pas, les égoïstes purs et durs, ceux qui te balancent des histoires à la con de soumission, de religion et plein d’autres…Et puis il y a ceux pour qui ça compte. Heureusement!

Entre nous, tout avait mal commencé. Il ne fallait pas être devin pour imaginer que sexuellement ce serait un fiasco. Pourtant on pouvait espérer. Ça ne fait de mal à personne, encore que!

C’est dans une petite chambre, humide et moche que j’ai pris conscience, non sans m’être forcée à voir le côté positif des choses, que le Nirvana ce n’était pas une partie gagnée. De bon matin, après une soirée où j’avais tenu bon sur mes positions – avec préservatif ou rien – je me suis réveillée seule dans le lit froid aux draps à la propreté douteuse. Il était sorti, pour quoi faire? M’acheter des croissants sûrement. Il avait un corps de rêve et il était délicat. Si ça se trouve c’était un Dieu au lit. Je rêvais déjà. Quand il a passé la porte, le regard pétillant, en tenant à la main une boite de préservatifs, j’ai déchanté. Pas de croissants. J’allais passé à la casserole sans préambule. Sans préliminaire non plus – pourquoi faire long quand on peut faire court!

Au départ, je me disais que c’était peut-être à moi de lui montrer le chemin. Sauf qu’entre lui et moi il y avait tout le vacarme de la religion et son inaptitude à penser à quelqu’un d’autre qu’à lui-même. A chaque fois que nous nous retrouvions dans un lit, j’avais ni plus ni moins l’impression d’être une pute – l’argent en moins sur la table de nuit. Au départ, je mettais un peu d’ardeur à la tâche quand même, histoire de dire qu’on était deux à  vivre l’expérience.

Au fil du temps, j’ai appris. A faire semblant. C’est pas si compliqué, croyez moi. Et ça passe inaperçu puisque l’autre n’en a strictement rien à ciré. J’ai eu le temps en quatre ans d’étudier dans les moindres détails les murs, le plafond, la moquette, le carrelage de la salle de bains, un coin de ciel bleu, la couleur de la pluie, les vitres, les tâches, la peinture qui s’écaille, la qualité du coton des housses de couette, de refaire dans ma tête la décoration de l’appartement, d’établir la liste des courses, les recettes à tester absolument, les cartes à envoyer. Je me suis parfois demandé pourquoi ça prenait tant de temps, alors que certains jours, c’était emballé en moins de deux et qu’il filait sous la douche, avant même que j’ai mis un pied hors du lit. Je me suis souvent parlé à moi-même, me demandant quand il allait me demander de changer de position, si ça allait être mieux ou pire. Entre deux, je le regardais le sourire aux lèvres, histoire de lui faire croire qu’il était le meilleur amant de la terre – je crois qu’il n’a jamais douté. J’ai joué la comédie le matin, le soir, à midi, en pleine nuit, en plein jour, volés tirés, portes closes. J’ai crié, pleuré, espéré surtout que le déclic arrive, que je sente quelque chose, un début de quelque chose. Rien, le calme plat, un vide abyssal. La seule chose que je retiens c’est cette brulure au fond de moi qui n’a fait qu’enfler à mesure du temps qui passe. C’était nul et en plus ça faisait mal. Que du bonheur!

Puis je me suis avouée vaincue. Il fallait se rendre à l’évidence, le sexe avec lui c’était une perte de temps et d’énergie. Je devenais fade, je me dégoutais aussi, j’avais l’impression d’être un corps à disposition. Moi ou une autre, je crois que ça n’aurait pas fait grande différence.

Si au début l’envie l’emportait sur le reste – je me disais que ça viendrait, patience, patience – au bout d’un certain temps l’envie s’est évaporée, je m’offrais à lui dans l’espoir d’un ressenti quelconque qui aurait pu me redonner vie et surtout nous aurait permis de rétablir une communication chaotique, abolir un silence destructeur. Puis vers la fin, je désertais le lit conjugal le plus souvent possible. Sentir son corps contre le mien me donnait la nausée. Je ne pouvais plus voir mon corps offert en pâture à un animal en manque.

Quatre ans sans un vertige, sans une once de plaisir, sans une once de tact aussi, sans même avoir touché du bout des doigts un hypothétique orgasme, aucune sensation agréable. Quatre ans sans partage, sans respect. Quatre ans d’un jeu que j’ai joué jusqu’à l’épuisement, jusqu’à m’avouer que nous n’avions fait que nous croiser. Du sexe pour du sexe, sans émotion. Pour l’épanouissement, tu repasseras!

Alors pour ceux qui se disent que nous aurions dû en discuter, que ça aurait peut-être changer le cours des évènements, et bien je réponds que j’ai essayé, une fois, deux fois. A la troisième tentative, il m’a presque supplié de ne pas lui parler de ça, que ça lui faisait trop mal. Déjà je n’étais plus vierge, il ne fallait pas trop lui en demander!

Et pour ceux qui se demandent comment on reconnait une femme qui simule. Et bien là non plus ce n’est pas compliqué, il suffit juste de la regarder être, vivre, vibrer, de la respecter, de communiquer. Une femme qui simule n’est ni heureuse, ni épanouie. Ou alors ce soir, elle n’avait juste pas envie – ça arrive!

 

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Neuf ans plus tard…

Je viens tout juste de commencer le livre de Cristina – une carte postale du bonheur et forcément ça résonne fortement en moi. Mais aussi quelle idée de le commencer un 13 mars! Jusqu’à ce matin, je n’avais pas fait le rapprochement.

Le 14 mars je m’en souviens facilement c’est l’anniversaire de mon père. Le 14 mars il y a 9 ans, à cette heure ci, mon amie Camille et moi nous préparions à sortir danser. Le 14 mars, avant que les douze coups de minuit sonnent, j’avais rencontré celui qui allait faire vaciller ma vie, que j’allais vouloir sauver, à qui j’allais m’offrir en sacrifice, pour lequel j’allais me battre envers et contre tous. Pour du vent.

En lisant les lignes de Cristina, je me rends compte à quel point je me suis menti à moi-même, dès le départ, dès les premières heures, dès le début de cette relation biaisée, basée sur des émotions erronées. Les dés n’étaient pas seulement pipés, je n’étais pas heureuse. J’ai essayé de l’être, j’ai réussi à me prouver que je l’étais. C’est peut-être ça le pire, les mensonges dans lesquels nous berçons nos propres illusions. J’ai rêvé mon bonheur. Je l’ai rêvé lui aussi. Je l’ai vu différent de ce qu’il était – il ne m’a pas aidé non plus à le voir tel qu’il était, je crois qu’il n’avait aucune idée de qui il était d’ailleurs.

Puis les choses que nous connaissons ont eu lieu. Loulou est arrivé dans ma vie. Sa présence, sa joie de vivre, son sourire ont effacé les blessures. Petit à petit. Je me souviens de lui, bébé, et des heures passées à le regarder, à me faire à l’idée de ce miracle, qui m’avait sauvée à temps d’un futur tragique, dans lequel je me serais encore plus renfermée, j’aurais perdu tout contact avec moi-même. Ce que je pouvais envisager pour moi, je ne pouvais pas le faire vivre à mon enfant. Il a été celui qui m’a fait prendre la décision de mettre un terme à cette relation dévastatrice.

Quand l’Amour est revenu dans ma vie, j’ai eu terriblement peur. Bien sûr j’avais les clés en mains pour ne pas revivre ce que j’avais vécu. Mais comment le savoir? Comment être sûre? Comment ne pas passer au crible de l’expérience chaque acte, chaque geste, chaque mot? Un pari incertain. Sans compter les souvenirs douloureux avec lesquels il fallait composer, les peurs, les blocages. Sans compter les images, cette angoisse du corps, le mien, celui de l’autre. Puis tout s’est fait naturellement, si naturellement que c’en était troublant…

Aujourd’hui, je me surprends encore parfois à m’excuser pour un rien, à craindre qu’un mot soit pris de travers. Puis je me raisonne. C’est une autre histoire.

Neuf ans plus tard, je suis si différente de la jeune femme que j’étais. J’ai l’impression d’avoir vécu plusieurs vies dans ce cycle là, d’avoir été tantôt perdue, tantôt soumise, tantôt guerrière, tantôt frondeuse, tantôt humiliée, tantôt victime, tantôt victorieuse, tantôt fragile. Maternelle jusqu’au bout des ongles. Avant de redevenir souple, femme, sensuelle.

Les premières “dates anniversaires” m’ont laissé un goût amer. J’étais dans le combat, contre moi, contre lui, pour la vie, contre tout ce que j’avais encaissé sans broncher, contre tout ce qui m’attirait vers le bas, contre le chagrin, les mensonges, les fausses promesses.

Neuf ans plus tard, quand je jette un bref coup d’œil en arrière, je suis juste fière du chemin parcouru. Sur cette route je me suis découverte, je me suis crée, j’ai donné la vie, réalisé des rêves et choisi cette fois ci, envers et contre tout, d’accueillir l’amour, le bonheur, au présent simple! Et d’y croire aussi!

Et vous, quelles décisions, quelles expériences ont radicalement changé vos vies?

Pauvre(s) Petit(s) Chou(x) ou quand la société débloque…

Merci de noter que cet article est à prendre au second degré…

En ce moment, à part vivre dans une grotte au fin fond des Cévennes, et encore, on ne peut pas passer à côté de tous les drames qui touchent les femmes de ce monde, et de notre belle France en particulier.

Et les hommes aussi.

Ceux qui résistent bien entendu, qui se sentent complètement démoralisés face à cette vague infernale de violence et qui malheureusement sont catalogués illico presto comme des machos, manipulateurs, fous, pervers, violents. Il ne fait pas bon être un homme en 2018 !

Et ceux qui sont les victimes de la folie des femmes, du monde, des autres hommes (qui ne sont pas solidaires pour deux sous). Entendez les mecs qui violent, tuent, harcèlent, menacent, battent, insultent…pleurent sur leur triste sort.

C’est bien connu les femmes sont des affabulatrices tyranniques. Elles attirent les hommes dans leurs filets pour mieux les détruire. Elles inventent des histoires complètement insensées pour les faire trébucher et tomber. Ce sont des bourreaux au cœur de pierre, des hystériques, d’irréductibles menteuses.

Et la société gobe ça. La société inverse les rôles. Elle donne du crédit aux dires de ceux qui impunément violent les lois les plus élémentaires du code pénal, et quand elle ne leur en donne pas, elle minimise le vécu des celles qui vivent l’enfer. Le monde marche donc sur la tête. Peut-être que nous devrions tous aller nous réfugier dans les Cévennes. Au moins là-bas nous pourrions peut-être retrouver le sens des choses…

Parlons expérience, avant d’aller nous enterrer pour respirer l’air pur de la nature. Un petit coup d’œil en arrière, et je retrouver Roger, en larmes. Et oui chers lecteurs, Roger m’aimait (pour les non-initiés, Roger, c’est mon ex). Il était même prêt à se tuer pour moi. Pourquoi la séparation, pourquoi la rupture, nous étions heureux après tout. Oui à partir du moment où je fermais ma gueule, nous étions heureux. En surface. Qui aurait eu l’idée d’aller creuser un peu. Chaque couple est différent, il ne faut pas juger et bla bla bla…

Il ne voulait que mon bonheur c’est pour ça qu’il faisait la gueule pendant des jours, qu’il me bousculait de temps en temps, pour me remettre dans le droit chemin. Parfois il me parlait mal, mais c’est toujours moi qui avais commencé. Œil pour œil, dent pour dent. Parfois il pleurait parce que c’est moi qui étais injuste, je faisais des choses qui le mettaient mal à l’aise, je ne le respectais pas assez. Quel sacerdoce pour lui ! Moi je me demande sincèrement pourquoi il voulait à tous prix me garder. Les menaces. Quelles menaces ? Jamais il n’aurait faut ça, j’étais comme sa chaire. Les cris. Quels cris ? Oui il avait peut-être parlé un peu fort, ça va, faut pas exagérer. Le harcèlement. Quel harcèlement ? Tout de suite les grands mots.

Il ne fallait pas trop lui en vouloir, il était malheureux. La chute était rude pour lui. Pauvre petit chou ! Pour le reste, voilà, chaque couple trouve son équilibre. Il y a plus grave. Et puis vous étiez d’accord, consentante. Ok il en a un peu profité. Il n’y a pas mort d’homme, ni de femme. Allez soyez indulgente, comprenez le…

Voilà où nous en sommes rendus. A devoir comprendre l’inacceptable.

Les vraies victimes ne seraient donc pas celles que l’on croit. Les femmes aux vies démantelées, brisées, bien amochées (je ne parle même pas des enfants) ne seraient pas tant à plaindre que ça au final. Allez, les filles, demain ça ira mieux ! Buvez une bonne dose de positivisme, ajoutez-y quelques gouttes de gratitude, parsemez votre boisson de pépites de « nos pensées créent notre réalité » et vous aurez le cocktail de choc pour vous en sortir, comme des grandes, sans l’aide de personne !

Et puis oubliez bien vite ces vilaines mésaventures. Le reste de la terre est déjà passé à autre chose.

Plus jamais

 

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Âmes sensibles s’abstenir…

Il rentre. Tard. Tôt. Les heures ne comptent plus. Elle entend la clé dans la serrure. Elle se prépare mentalement. A le sentir. A respirer son haleine rance. L’odeur de la cigarette mêlée à l’humidité ambiante lui donne la nausée. Elle attend, inquiète, non, terrifiée. Qu’il se pointe, se déshabille. Elle entend le bruit des boutons de son jean qui sautent l’un après l’autre, son caleçon glisser le long de ses jambes, son t-shirt s’échouer sur la moquette. Juste quelques secondes de sursis avant qu’il ne se glisse nu dans le lit. Son corps chaud contre sa peau froide. Un électrochoc.

Ils ne feront pas l’amour. Ils ne savent pas. Il ne sait pas. Ni don ni partage. Ni orgasme ni jouissance. C’est mécanique. La mécanique du quotidien. Les mêmes gestes, la même cadence, la même pulsion animale. Un scénario bien huilé dont il maîtrise l’exécution à la perfection. C’est lui qui mène la danse. Il n’y a pas soumission non plus, aucun accord tacite entre eux.
On se place dans un autre registre. La possession. La prise de pouvoir sur l’autre. Un seul plaisir prime. Le sien. C’est un acte unilatéral auquel l’autre doit se plier au risque de…

Il occupe d’un coup l’espace. Elle est cette petite chose apeurée quand il est là. Elle a toujours peur de dire, faire quelque chose qui va déclencher la guerre. Froide. Il y a une violence sourde en lui, qui plane sur le vide qu’est devenue sa vie.

Coincée entre le bord du lit et son corps, elle n’a aucun moyen de se soustraire à ce qui va suivre. Il essaye d’être tendre, elle perd le fil.

Et si?

Et si cette fois c’était différent? Et si ça ressemblait à quelque chose? Et si ils pouvaient se réconcilier là, entre ces draps ?

Il est maintenant contre elle. Elle fait semblant de dormir. C’est tellement moche tout ça. Lui. Eux. Elle. Il est 2h10, 3h25 ou 4h45. Les jours se suivent. Les heures ne se ressemblent pas. Au fil des nuits elle n’est plus qu’un corps qui se livre, qui adhère à une mise à mort. La sienne. Avec cet espoir insensé qu’il daigne à nouveau la regarder, lui adresser la parole.

Ils ne s’embrasseront pas. Ils ne se regarderont pas. Le silence qui les entoure est glacial. Elle donne du sien. Elle se force un peu, espère pouvoir créer un lien. Elle crie un peu, histoire de…

Il finit par s’effondrer sur elle. Un poids mort sur son corps à l’agonie. Il se lève sans un mot, sans un regard. C’est mieux comme ça. Son regard chargé de mépris ne ferait que l’enfoncer davantage. Parfois elle a le courage de marcher jusqu’à la salle de bains. Parfois pas. Elle se recroqueville sur elle-même, prie pour qu’il végète jusqu’au matin devant la télévision. Pas deux fois la même nuit.

Ça dure 1 jour, 2 jours, 4 jours. Puis ça passe. La lune de miel efface en surface les blessures. La plaie pourrit à l’intérieur. Elle refuse juste de voir. Trop dur. Ce sont les seuls moments partagés alors elle s’y attache. Maigre espoir vital. Elle ne peut pas s’effondrer, autour il n’y a plus personne, la solitude se fait plus intense, l’angoisse monte d’un cran à chaque coup de gueule trop imposant. Alors elle sourit et elle continue à faire semblant d’être heureuse.

C’est une prise d’otage. Sans témoin. Sans coup. Sans traces. C’est ce que ça ne sera jamais plus.

Je dédie ce texte à toutes les femmes victimes de violence conjugale. A toutes celles qui sont parties. A toutes celles qui luttent.

Le harcèlement : arrêtons de dire tout et n’importe quoi

 

Se taire n’est sûrement pas la solution – dixit mon article d’hier. C’est une des raisons pour lesquelles je m’exprime sur le sujet du harcèlement aujourd’hui. Pour écrire sur un tel sujet, il vaut mieux avoir quelques billes en poche. Ça tombe bien, le harcèlement je l’ai vécu à l’école, j’en ai été témoin au travail et je l’ai vécu en couple. Je ne dirais pas que je maitrise le sujet, j’en ai juste une bonne connaissance. Autant que mon expérience serve à quelque chose.

En ce moment, je trouve qu’on parle de harcèlement à tout va, sans véritablement savoir de quoi il en retourne.

Le harcèlement c’est une violence répétée qui peut être verbale, physique, psychologique ou sexuelle. Les caractéristiques sont claires :

  • La violence, qui inclut donc un rapport de force et/ou de domination d’un individu par rapport à un autre.
  • La répétition, qui implique des agressions ponctuelles qui reviennent de manière régulières durant une période donnée.
  • L’isolement de la personne victime.

Ce n’est pas parce que ce n’est pas du harcèlement que ce n’est pas grave, bien entendu, mais arrêtons de nous poser en victimes de harcèlement dès que nous nous sentons agressés par un mot, un geste, un acte.

  • Un patron qui dit deux fois de suite dans la même semaine à son employé qu’il est en retard, c’est un état de fait, point à la ligne.
  • Une main aux fesses, c’est une agression ponctuelle.
  • Un conjoint qui dit « tu n’es qu’une gourde », c’est un con.
  • Une moquerie sur les performances sportives d’un élève, c’est la méchanceté des enfants entre eux. Malheureusement.

Je le redis, c’est la répétition qui qualifie l’agression de harcèlement. Et d’ailleurs ces agressions montent souvent en puissance, à mesure que la victime perd de sa capacité à réagir face aux attaques. Une fois la victime sous emprise, tout devient permis, le ou les harceleurs s’en donnent à cœur joie.

On peut souvent mettre fin à une agression ponctuelle.

On peut difficilement réagir face au harcèlement. Le harcèlement est insidieux. Ce qui est normal un jour devient anormal au bout de plusieurs semaines. Le mal est fait, la vie devient un enfer.

  • Un patron qui humilie quotidiennement, remet en cause le travail irréprochable de son employé, lui envoie des SMS à toute heure du jour et de la nuit pour lui demander de faire telle ou telle chose, le met à l’écart, c’est du harcèlement.
  • Une main aux fesses, suivie de demandes insistantes à connotation sexuelles, de gestes déplacés, c’est du harcèlement.
  • Un conjoint qui dénigre constamment son ou sa partenaire, lui demande tout et son contraire, utilise les menaces pour arriver à ses fins, c’est du harcèlement.
  • Un élève qui devient la tête de turc de sa classe, de son école, qui subit chaque jour les remarques, moqueries, brimades des autres, qu’on exclut de tout, qu’on insulte à tout va, sur lequel on fait courir des rumeurs, c’est du harcèlement.

On rentre dans une toute autre sphère. D’où l’importance d’utiliser les mots à bon escient. Par respect au moins pour toutes les victimes qui luttent chaque jour pour refaire surface. Arrêtons de faire des amalgames qui n’ont aucun sens et qui empêchent la justice de faire son travail correctement. Donnons de l’importance à ce qui en a. Et n’oublions pas non plus que personne n’est à l’abri, que le harcèlement touche les enfants, les femmes et les hommes. Je trouve qu’on les oublie souvent…pourtant l’égalité que nous revendiquons à corps et à cris réside dans cette reconnaissance là aussi.

Les stigmates de la violence conjugale

Ils sont différents en fonction du type de violence subie : physique, psychologique, sexuelle, économique, religieuse et j’en passe. La violence conjugale a plusieurs visages, c’est ce qui en fait une arme dangereuse dont on prend conscience de l’existence tardivement dans une relation.

Alors même que nous sommes sorti(e)s de notre état de “victime” – je sais que beaucoup ont du mal avec ce terme pourtant il s’agit bel et bien de ça, la violence conjugale est une véritable prise d’otage qui s’inscrit dans la durée – nous n’en restons pas moins vulnérables. Un mot, un évènement, une idée que beaucoup considéreront comme normaux réveillera en nous quelque chose : gêne, colère, chagrin, douleur, honte. On aura beau avoir fait le deuil, s’être pardonné, avoir pardonné parfois aussi, quoi que le monde nous dise, quoi qu’il se passe, l’oubli est impossible. Il nous faut apprendre à vivre avec ça, sans toutefois laisser de prise au passé, avec ces moments où la peur reprend le dessus, avec notre incapacité à comprendre, entendre certaines choses, avec ce besoin d’être rassuré(e) – tout va bien, avec les images aussi qui reviennent et nous font perdre temporairement nos repères.

Il faut du temps pour s’affranchir d’une manière de faire, d’agir, d’être, que nous avons mis en place pour nous protéger contre l’agresseur. Vivre avec la peur, dans la peur, pendant des mois, des années implique la mise en place de processus rodés. Notre énergie reste focalisée sur le meilleur moyen de gérer l’urgence, nous sommes constamment en alerte. Il en va de notre survie.

La violence laisse des marques indélébiles à l’intérieur. Comme ce sont celles qu’on ne voit pas, les autres peuvent difficilement les intégrer. C’est pour cette raison qu’il est important d’en parler. Pas à n’importe qui mais aux personnes qui comptent. Cela leur permettra de comprendre certains de nos comportements.

Au début d’une nouvelle relation, tout est scruté par notre esprit dans les moindres détails.  L’autre doit donc faire preuve de patience, d’attention, de respect et d’écoute afin qu’en confiance nous laissions petit à petit tomber nos barrières. Le temps fait bien les choses et nous devons en faire notre allié, ne rien précipiter. Il nous faut réapprendre la vie, l’amour, les relations saines et respectueuses. Il nous faut réapprendre en nous détachant de la souffrance et en acceptant nos fragilités. Si la reconstruction est une étape essentielle, elle ne se fait pas en un clin d’œil.  Il peut arriver que même des années plus tard, certaines situations nous mettent mal à l’aise. Osons alors sortir les maux pour nous en libérer…encore et toujours.

Quelles situations vous “traumatisent” encore?  Pensez-vous que nous pouvons totalement nous libérer de ce passé? Quels sont les stigmates avec lesquels vous vivez?

Une femme qui dit “non”

Depuis quelques semaines les langues se délient, les femmes parlent, osent dire l’inadmissible, l’indicible, lâchent les vannes, partagent le pire.

Je ne suis pas rentrée dans l’arène, je ne me sentais pas légitime. J’ai attendu que ça passe. Mais ça ne passe pas. Fort heureusement.

J’attendais la chute. Je voulais voir ce qui se passerait après les hashtags, après la libération de la parole, après la prise en compte de ce que vivent les femmes au quotidien, dans un pays comme la France, qui se vante d’être un pays de Droits.

De quels droits parle-t-on ?

Je ne voulais pas me souvenir.

Des humiliations dans la cour d’école – ce ne sont que des gosses – Et si tout commençait là ?

De l’exhibitionniste du métro et de l’incapacité à sortir un son dans une rame bondée.

Du surveillant de cantine qui parle de films X à des gamins de 8 ans – mais il a parlé de quoi exactement, tu es sûre que tu n’as pas interprété, tes copains de classe ont une version différente  – De choses qu’une enfant de 8 ans n’imagine même pas parce qu’à 8 ans on joue encore à la poupée.

Des mots du quotidien, sexisme qualifié d’ordinaire qui me donnent la nausée, des gestes déplacés.

De cet homme qui ne te lâche pas du regard, descend à la même station que toi, te suit dans les couloirs du métro, te parle et continue même devant ton refus d’engager la conversation, monte dans le même bus, te colle aux basques, te demande d’être gentille et finit par te traiter de « salope » au moment où tu lui claques la porte d’entrée de ton immeuble au nez, tremblante.

De ce flic à qui tu confies « mon mari a menacé de me tuer » et qui te rit au nez en te lançant «vous voulez quoi, une garde rapprochée, on n’est pas aux States Madame ! »

De celui à qui tu dis « non » et qui fait semblant de ne pas entendre, de ne pas y croire, qui te répond « une fille qui dit non, elle pense oui », qui te dit « vas-y je sais que tu en as envie. »

Et bien non, arrêtons de deviser pendant des heures sur ces inepties. Une fille /femme qui dit « non » elle pense « non ». Une fille / femme qui dit « non » elle ne veut pas, elle n’a pas envie. Point à la ligne. C’est sûr que si on la force, elle finira par dire « oui », mais ce ne sera ni un «oui » sincère, ni un « oui » consenti. Forcer une femme c’est la violer.

Un(e) enfant qui ne dit rien, c’est parce qu’il(elle) n’y comprend rien, parce qu’il(elle) ne sait pas, parce que la situation, l’évènement est au-delà de son champ de compréhension. Au pénal on parle de discernement pour condamner un mineur à une peine. Étrangement l’équilibre est loin d’exister entre victime et coupable. Encore une fois.

Quand est-ce qu’on jugera qu’un viol est un crime – c’est inscrit dans la loi et pourtant les violeurs s’en sortent encore trop souvent ?

Quand est-ce que les victimes seront écoutées, soutenues, aidées ? Et non plus jugées en fonction de la tenue qu’elles portaient, de l’attitude qu’elles avaient au moment où… ?

Quand est-ce qu’on commencera à réfléchir à la meilleure manière de faire évoluer les mentalités ?

Quand est-ce qu’on apprendra le respect des femmes  aux garçons ?

Quand est-ce que les hommes intégreront que la parole des femmes a autant de valeur que la leur, que les femmes ne sont pas des sous-produits de la société ?

Quand est-ce que le gouvernement prendra la mesure de ce mal qui tue (physiquement et psychologiquement) chaque année tant de femmes ?

Je suis révoltée moi aussi de constater que dans un pays comme la France nous en soyons encore là sur un sujet aussi brûlant. Mais j’ai l’espoir que les choses bougent, que nous faisions chacun à notre niveau bouger les choses. Il est temps. Il le faut…

Viol ou violence conjugale?

Entre viol et violence la frontière est mince. Il ne m’a jamais forcée mais il a plus d’une fois forcé les choses…

Quand je disais non et qu’il insistait, se faisait plus pressant.
Quand il  refusait de mettre un préservatif à propos d’une histoire de confiance à la gomme.
Quand il débarquait chez moi en plein milieu de la nuit et attendait que je sois fraîche et disposée pour lui.
Quand il collait son corps contre le mien alors qu’il ne m’adressait pas la parole depuis plusieurs jours, m’ignorait quand j’étais dans la même pièce que lui, me menaçait de me quitter.
Quand il me disait que je n’y mettais pas du mien, que je n’étais pas assez sexy pour lui, alors qu’avec les autres je m’habillais de manière provocante (une simple jupe ou un t-shirt à manches courtes, c’était provocant).
Quand je lui disais ne pas aimer telle ou telle position, qu’il n’essayait pas de comprendre et disait “mais si tu verras ça va être bien” ou pire “si tu m’aimais…”
Quand il avait des envies pressantes et qu’il se taillait la zone juste après pour aller refaire le monde avec ses copains.
Quand il répondait au téléphone en abandonnant lâchement mon corps entre les draps.
Quand il ne prenait pas le temps – que tout était fait dans l’urgence.
Quand il me répétait, au début de notre relation que j’étais une fille facile, un corps sale et à disposition (dont il usait sans états d’âme)

Même mariée c’est ce que j’étais…

Je me suis offerte à chaque heure du jour et de la nuit avec l’espoir qu’il me regarde vraiment. Avec l’espoir, au réveil, d’être autre chose qu’un lit d’appoint, une colocataire, plus tard une épouse modèle. Avec l’espoir d’une réconciliation sur l’oreiller et celui encore plus fou d’un partage, d’une communion.

Il a, par ses actes et ses mots, fait de la sexualité,  de ma sexualité un sujet tabou, de mon corps un simple instrument de plaisir pour son plaisir uniquement. Moi je devais contrôler mes désirs, ne pas avoir trop envie ou alors le montrer en lieu sûr, ne pas exprimer trop fort mon plaisir, ne pas être trop tactile, fermer ma gueule et aimer ça. J’ai fini par faire comme tout le monde – simuler. Avoir la paix – enfin.

Mais à chaque passage de son corps sur le mien, c’est mon corps que je détruisais….

Alors non, il ne m’a jamais forcée, j’étais consentante. Ce n’est pas du viol. C’est une violence qui s’inscrit dans la durée et qui fait de terribles dégâts à l’intérieur de soi, sans qu’on s’en rende compte. C’est aussi grave qu’un viol.

Article à lire sur le sujet chez Rozie

Une pensée particulière

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Pour toi, Magda

Tu vis quelque part et je sais que je ne te reverrai pas. Parce que la vie ne nous donnera pas cette chance, parce que te donner des nouvelles de moi, c’est te donner en pâture à des hommes, sans foi ni loi.

Tu t’es mariée avant moi, avec cet homme qui était le meilleur ami de celui qui a par la suite partagé ma vie. Tu t’es mariée sans certitudes et contre l’avis de ceux qui t’aimaient le plus. Tu as dit “oui”, à un homme, qui a fini par t’avouer, qu’il s’agissait d’un mariage de convenance, un mariage pour des papiers.

Sa liberté contre la tienne. Tu payes le prix fort. Sa liberté contre ton asservissement. Et pourtant c’est sa religion qui dit que l’on doit le respect à la mère de ses enfants. Çà ne lui fait pas peur de te maltraiter, mais il ne manquera jamais une prière à la Mosquée.

Bien des fois tu m’as mise en garde et je ne t’ai pas écoutée. Bien des fois tu as partagé avec moi tes doutes et tes regrets, tes désillusions sur cette vie que tu n’as pas vraiment choisie.

Je te revois, tes cheveux blonds flottants dans le vent froid d’un matin d’Avril. Il te trompait et ce n’était pas la première fois. Il a eu beau nous dire que ce n’était pas vrai, nous ne l’avons pas cru. Mais tes larmes se sont tues.

M., toi si optimiste et pleine de vie, il a réussi à tout briser en toi, cet homme que je n’aime pas. Il a utilisé son fils comme monnaie d’échange pour te forcer à revenir, alors même que tu avais eu le courage de fuir ton enfer. Et moi, je n’ai rien voulu voir. C’était déjà trop tard.

Tu es partie avec lui dans son pays, ils n’ont eu de cesse de te critiquer, d’anéantir tes forces, de te ridiculiser. Et alors que la pluie de Novembre balaye les rues désertes, tu regardes par la fenêtre et tu te demandes bien pourquoi et comment tu as pu accepter tout ça.

Entre lui et toi, un petit garçon, plein de cris et de rage. Je le revois encore, si tendre et si coquin. Mais dès que son père passait la porte, ce n’était que colère et chagrin. Et toi, tu continuais à te battre contre du vent, pour une étincelle dans ses yeux d’enfant.

Entre lui et toi, un enfant mort-né et une promesse qu’il n’a pas respectée. Mais pourquoi ça m’étonne encore ces choses-là. Tu es sa chose. Il ne t’aime pas. Il veut nous faire croire le contraire, lui l’homme fort, le mari, le père, celui qu’on respecte et qui ne respecte rien.

Entre lui et toi, une culture et un pays qui vont t’engloutir si tu pars. Et chaque jour qui passe, je pense à toi, à cette tragédie que j’ai fui et au fond de laquelle tu te noies. C’est bien toi qui me disais, on survit comme on peut. Mais la vie ce n’est pas que cette souffrance distillée. La vie c’est plus que ça, alors pourquoi tu penses que tu ne le mérites pas.

M., j’espère juste que tu auras ta revanche, que tu sortiras vivante de ce mariage qui t’oppresse et t’enterre vivante, quelque part, loin de moi.

M., nous ne pensions pas que ce gouter d’anniversaire serait notre dernière fois. Cela me fait de la peine, même si bien souvent j’ai baissé les bras devant ton désespoir. Aujourd’hui il ne me reste que des prières et chaque jour, j’ai pour toi, une pensée particulière.

Ce texte date de quelques années. Mais ce matin je me suis réveillée en pensant à elle et j’ai eu envie de le partager à nouveau. Demain je suis en vacances pour 3 semaines sans connexion internet. Je vous retrouverais à la rentrée dans un tout nouvel espace qui se fait une beauté! En attendant prenez bien soin de vous…

Une autre histoire

Raconter la même histoire. Différemment. Avec le juste recul du temps.

Raconter l’histoire qui m’a ramenée à moi-même.

Raconter la chute mais surtout la renaissance.

Raconter, lâcher la barre, réussir à en rire aussi.

Dédramatiser l’opportunité qui m’a permis de donner le meilleur de moi-même, de m’accomplir, de choisir ma destinée.