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L’épreuve de force #5

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L’oniromancie nous prédisait pourtant un avenir lumineux. Le rêve était magique, ton prénom d’or, nos destinées sacrées. Des foutaises mais qui m’ont maintenue en vie, tant que toi tu respirais encore. Ce n’était qu’un passage à vide, un de plus sur la longue liste des jours creux.

Rien ne sert de se s’épuiser en palabres. Rien ne sert à rien de toute manière. Puisque tu es parti. Un matin de juin, sans moi. Un matin ensoleillé, j’avais opté pour un peu de marche, histoire de profiter du calme de la ville. Un matin ordinaire dans une vie qui ne l’était plus depuis longtemps. J’avais croisé la misère, en descendant les marches qui menaient à l’hôpital et j’avais hâte de retrouver ton sourire, dans tes yeux. Tu ne parlais plus beaucoup. Fini les grandes conversations sur la vie, la mort, sur ce qu’il reste quand tout a été écrit, dit, chanté. Fini le temps où tu pouvais encore te lever pour esquisser avec moi quelques pas de danse sur le lino blanc, avant une séance de chimiothérapie qui allait t’esquinter. Tout ça n’aura servi qu’à t’abîmer un peu plus chaque jour. Si j’avais su, j’aurai fait tomber le mur froid et professionnel de tous ces soit-disant savants, qui ont pu mené à bien leurs tests et essais, sans se soucier de nous.

Je suis triste alors je dis n’importe quoi. Sans eux, nous n’aurions jamais espéré, j’aurai coulé depuis longtemps, je n’aurais pas pu te tenir la main, jusqu’au bout. J’ai choisi, en mon âme et conscience, ce rêve chimérique, pour ne pas voir la réalité en face. Elle était trop cruelle. Elle ne cessera jamais de l’être…

Ce texte est ma participations à l’atelier d’Olivia. Les mots étaient: liste, palabres, misère, mur, oniromancie, danse, chimérique

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L’épreuve de force #2

Nul repos possible. Les années passent et ton absence pèse toujours aussi lourd. Ils sont nombreux à me dire de tourner la page. Je les laisse parler, je laisse leurs beaux discours, qui se veulent amicaux, couler. La rivière de mes larmes les engloutit. Ce n’était pas qu’un sale virus cette putain de maladie, pas un truc qu’on dégage avec des berlingots de Javel. Oui je suis grossière, tu n’aimais pas, je ne disais plus ces mots là. Aucun effort n’était de trop pour toi.

On se prépare à perdre ses parents, jamais son enfant. Même si les brillants chercheurs des instituts, les pontes de la chirurgie, les meilleurs professeurs ne se montraient pas confiants, je gardais l’espoir, d’un miracle sûrement, que quelqu’un m’entendrait, que quelqu’un viendrait nous sortir de là. Les urgences divines devaient être bien engorgées. Personne n’est venu.

Nous n’étions que tous les deux, toi et ton corps à la pâleur marmoréenne, ta peau, ses aspérités, moi et mes frusques bohèmes, histoire de redonner des couleurs aux murs blancs cassés de l’hôpital. Je chantais des chansons ridicules pour te voir sourire, je faisais le clown, je donnais tout pour que la mort se tienne à distance.

Je quittais toujours ta chambre, la peur au ventre, terrifiée à l’idée de te voir pour la dernière fois. Je traversais le jardin, me laissais charmer par la douceur vernale. Il y aurait d’autres matins. Je n’ai jamais cessé d’y croire.

Ce texte a été écrit dans le cadre de l’atelier d’écriture d’Olivia. Les mots imposés étaient: berlingot-repos-engorger-rivière-virus-bohème-marmoréen-aspérité-vernal. Vous retrouverez le premier texte ici

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Quelques grammes de magie

De l’arbre là-haut, au sommet de la colline, on peut voir les cigognes migrer. C’est toujours un spectacle réjouissant pour Ella.

Enfant, elle courrait dans la forêt, parlait aux oiseaux, dessinait ses rêves sur l’écorce des chênes. Libre, elle s’esquintait les mains sur les copeaux de bois de ses bâtons magiques. L’appel de la nature, un envoûtement de chaque instant, la tenait éloignée des codes de la bonne société, si chère à sa mère qui tentait, en vain, de la faire entrer dans le rang.

A chaque instant, elle se laissait guider par sa musique intérieure, son intuition sacrée.  Elle ne se pliait pas si facilement aux exigences et sans hésitation, sautait à pieds joints dans l’inconnu.

Elle se souvient de ce temps béni de l’innocence à l’aube de la quarantaine, moment où sonne en elle l’envie de renouer avec son pouvoir et d’en faire profiter le monde autour.

Ce texte est ma participation à l’atelier d’Olivia. Les mots imposés étaient: musique – hésitation – sonner – arbre – quarantaine – envoûtement – copeaux – cigogne

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Mon Petit Valentin!

Il y a 7 ans…
Je n’en menais pas large sur mon lit qui aurait pu faire office de méridienne, si nous n’avions pas été à la clinique en cette nuit particulière.
La douleur me tenait éveillée depuis près de dix-huit heures, quand j’avais finalement demandé qu’on me pose la péridurale. L’anesthésiste tournait sur trois établissements et avait été appelé d’urgence pour une césarienne. Je pouvais attendre.
Pendant que Cécile me tapait la causette, histoire de faire passer le temps plus vite et d’adoucir l’attente, tu fignolais les derniers détails de ton arrivée.
J’avais laissé les tourments à la porte de la salle somme toute spartiate, lâché les larmes pour pouvoir t’accueillir, il serait toujours temps de reprendre les bagages après, de regagner l’arène. Pour l’heure j’étais tout au plaisir de t’ouvrir grand mes bras et mon cœur.

Ceci est mon texte pour l’atelier d’Olivia – Les mots imposés étaient : méridienne – césarienne – douleur – fignoler – causette – spartiate – plaisir

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Sans lien particulier

On disait du vieux, qu’il débordait de gentillesse.

C’était pourtant pas un truc de chez nous, ça. Chez nous, fallait bouffer qu’elle disait la mère, pas le choix. Un maroufle lui avait promis la lune, jadis, un poète vagabond  au regard grand bleu, aussi profond que l’océan, qui lui déclamait à longueur de journée sa prose créative. Elle était pas la plus belle fille du village mais elle avait sa préférence. Et deux tours de valses plus tard, un joli petit bidon. Fin de citation.

Le vieux il parlait plus beaucoup, les pages de sa vie s’emmêlaient les pinceaux. Il avait le geste lent aussi du type qui ne sait plus très bien où il en est, sauf quand la mère lui versait son kir. Là, il se l’avalait d’une traite et même qui souriait le gars. Aux anges. Sur la route du cimetière, tous les matins il cheminait, en causant tout seul. Et la mère le récupérait à genoux dans la boue, devant la tombe d’un inconnu, toujours le même.

On a eu beau chercher un potentiel lien, d’amitié, de parenté, que dalle. Juste la terre, friable et le gris quelconque d’une pierre tombale.

Ce texte est ma participation à l’atelier d’écriture d’Olivia. Les mots imposés étaient: créative – tour – promettre – geste – cheminer – citation – gentillesse – choix – pinceau – page – maroufle – préférence

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Voler vers soi-même

Tout devenir. Tout conquérir. Le nord, le sud, la lune et les étoiles. Et les planètes dans la vaste galaxie, pépites solitaires aveuglées par la lumière. Il rêvait, allongé sur son lit, inventait des histoires à partir des bribes du tout et du rien, de jour comme de nuit, créait des mondes dans l’espace du sien, qui s’étalait du lit au mur de la salle de bain.

Il aimait le football et les feuilles de novembre qui tombent, égayant de leurs couleurs les rues sombres de la ville. Il mettait de la passion dans ses courses folles, dans ses interprétations de chansons. Il faisait de chaque instant un jeu, devenait mélancolique quand le temps tournait à l’orage et que le soleil se perdait derrière les nuages.

Il avait été un poupon sage et câlin, aux yeux rieurs, au sourire serein. Il était un enfant plein de vie et de douce folie. Tant d’insouciance et de curiosité que nous, adultes, avions du mal à canaliser. Rentrer dans des cases c’était beaucoup moins compliqué à gérer.

Il faisait preuve de complaisance, de plus en plus, pour plaire, ne pas déranger, ne pas se faire gronder. Il devenait une définition de dictionnaire, un enfant sur papier glacé. Avec des perspectives d’avenir toutes tracées.

De l’extérieur ça faisait peur ce modelage, cette adaptation à une norme, une manière de voir. On ne l’accompagnait pas, on faisait à sa place. On ne le laissait pas être, on lui imposait une manière de se comporter, de s’exprimer. Doucement on faisait de lui ce qu’il n’avait jamais été.

Par peur sûrement. Nos peurs si bien ancrées. Nos limites si bien installées.

Il était grand temps de casser les schémas pour lui permettre d’ouvrir ses ailes et de voler vers lui-même.

Ce texte a été écrit dans le cadre de l’atelier d’écriture d’Olivia. Les mots imposés étaient: étoile – complaisance – football – perspective – novembre – passion – poupon

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Oser la nuit

Une camionnette sur un parking. Un homme qui en descend et une fille à l’intérieur. Ça commence comme n’importe quelle histoire sans avenir. Sans compter qu’on est le matin et que les araignées, à cette heure c’est bien connu, apportent le chagrin.

Une bouteille sur le trottoir. Le type assis à côté avec son air patibulaire fait peur à voir. Une énième nuit dehors dessine sur son corps une montagne de jugements, les regards imposants de ceux qui passent sans le voir vraiment.

Un tapis sur le sol. Une famille serrée autour d’un idéal qui s’est fait la malle. Juste des miettes dans un bocal, quelques pièces éparpillées et le cœur égratigné. Le souvenir d’un port qui a tout emporté.

Il faut oser la nuit pour se prendre en pleine figure la claque, une avalanche de drames humains, l’humanité piétinée. Il faut oser la nuit pour voir le monde à l’agonie. Il faut le choc pour sortir de sa bulle, ouvrir les yeux. Surtout quand notre préférence serait de les garder fermés.

Ce texte a été écrit dans le cadre de latelier d’écriture d’Olivia. Les mots étaient:  tapis – parking – araignée – avalanche – port – bouteille – bulle – préférence

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Vivante!

Elle se tenait debout, les bras le long du corps, poitrine en avant, pieds nus sur le sable mouillé, les yeux braqués sur l’immensité devant elle. La mer telle une furie, déchainée depuis les premières gouttes de jour, offrait un spectacle de fin du monde. Les gens qui passaient, capuche sur la tête, pressés de rentrer chez eux, la regardait d’un air soupçonneux. Ils se demandaient bien ce que faisait cette fille, là, par ce temps froid, ce qu’elle pouvait bien voir au milieu de ce brouillard oppressant. Eux, ils n’aspiraient qu’à un chocolat chaud, bien installés dans leur canapé, à l’abri des secousses du temps, leur gazette favorite ouverte sur leurs genoux recouverts d’une couverture en laine. Leur bulle de douceur.

Elle venait souvent là, quand le déséquilibre menaçait l’ordre fragile de son monde. Quand elle ne se sentait que faille et que la complicité d’une étreinte lui manquait pour refaire surface. Elle restait le temps qu’il fallait.
Ils n’étaient pas nombreux à comprendre ce lien particulier qui l’unissait à cet endroit. Peu nombreux à saisir pourquoi, cette fille au cœur plein d’espoir, se sentait parfois si vide, qu’elle partait loin, seule, se confronter de la sorte aux éléments.
Elle voulait juste se sentir vivante!

Ce texte a été écrit dans le cadre de l’atelier d’écriture d’Olivia. Les mots imposés étaient: souvent – ordre – soupçonneux – gazette – espoir – bulle – particulier – faille

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De la beauté et du chaos

Le monde autour, un véritable capharnaüm, du bruit partout, dans la rue, dans l’air, dans notre sac à main, des sonneries et des touches qu’on frappe frénétiquement. Le téléphone toujours à portée de main.

Autour du monde, on procrastine. Les bonnes résolutions seront pour demain. On a déjà assez de drapeaux d’alertes pour toutes les choses, en liste, à faire. Bien assez de rendez-vous à assurer, de photos à traiter, de fils d’actualité à dérouler, de discussions à suivre?

Est-on seulement capable de débrancher ? Pour quelques minutes ou quelques heures ? Est-on seulement capable de voir la beauté, les couleurs magiques des ailes d’un ara, le dessin soigné des boites de la boutique de thé dans la rue d’en bas ?

Est-on seulement capable de regarder un coucher de soleil, juste pour soi, taquiner le brochet, sans exposer au monde sa proie ?

Ou bien vivre séparément ces évènements, c’est comme être coupé de la source qui nous tient en vie ?

Ce texte a été écrit dans le cadre de l’atelier d’écriture d’Olivia. Les mots imposés étaient: procrastiner – drapeau – Ara – boîte – séparément – capharnaüm – taquiner

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La vie devant nous

Ils parlaient tous de l’été indien, cet été qui n’en finit pas. Cet été sans grisaille qui repoussait les frontières de l’automne. On se retrouvait derrière l’école, le soir après les cours, le cœur et les mains liées à un potentiel futur. Sur le trajet du retour, nous explorions la nature, regardions le monde émerger d’une folie que nous trouvions tendre et que nous pensions éphémère. Mes cheveux en cascade et tes t-shirt originaux – celui avec l’éléphant dans l’arrosoir était à mourir de rire – s’harmonisaient bien. On se sentait forts, invulnérables. On s’imaginait des vies jusque tard, jusqu’à ce que le ciel se teinte d’orange, que la nuit s’installe. Et alors il nous fallait rentrer chez nous, retrouver le confort du foyer familial, les dîners sans originalité et les disputes presque prévisibles. Puis le soir, quand nous étions loin, que nos bras s’étreignaient sur une ligne imaginaire, dans un horizon saturé d’avions long-courriers, nous nous plaisions à retracer les contour de l’ancre qui maintenaient nos rêves à flot. Un jour, nous traverserions les océans du monde et nous gouterions aux joies des voyages interminables. Nous avions la vie devant nous.

Ce texte a été écrit dans le cadre de l’atelier d’écriture d’Olivia. Les mots imposés étaient: (arrosoir) – automne – trajet – ancre – retrouver – indien – cascade – orange – grisaille

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Chacun son ailleurs

La photo faisait la Une de tous les journaux. Les kiosques ne désemplissaient pas. Tout le monde se ruait sur l’horreur, pour avoir la primeur des images les plus folles. Pascal, bien à l’abri derrière ses volets roulants, regardait la scène avec émotion. Il ne comprenait pas l’engouement matinal des gens pour ce genre de fait divers, gens qui à cette heure, la plupart du temps, ronflaient comme des bienheureux dans leur lit, tressant dans leur sommeil des rêves artificiels.

Il sentit une révolte sourde le gagner, celle qui arrivait sans y être invitée. L’humain lui semblait parfois insensé. Il savait déjà qu’il n’allumerait pas sa télévision aujourd’hui, qu’il resterait peut-être même bien au chaud chez lui, pour ne pas avoir à entendre au coin des rues les conversations sur la tragédie de la nuit.

Il quitta sa fenêtre et se dirigea vers sa chaine stéréo, prit un CD au hasard, choisit le mode “aléatoire“, s’offrant ainsi le luxe de la surprise. Les premières notes de la 9e symphonie de Beethoven résonnèrent dans le petit appartement. Et il s’envola…

Ce texte a été écrit dans le cadre de l’atelier d’écriture d’Olivia. Les mots imposés étaient: kiosque – matinal – révolte – tresser – émotion – aléatoire

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L’épreuve de force

La rentrée, l’épreuve de force, depuis ton départ.

L’avenue est peuplée de rires d’enfants, qui circulent avec leurs cartables trop grands pour eux. Les parents, dans leurs pensées, semblent explorer les recoins d’un vieux rêve, celui de l’été, de la plage désormais abandonnée aux retraités. Les yeux des petits sont encore pleins d’aventures, de campagne, de crèmes glacées au chocolat, de “pirouette cacahouète”, de chants d’oiseaux au réveil.

J’ai croisé les voisins en descendant. Ils savent qu’il ne faut rien dire. Pas aujourd’hui. Odette m’a prise dans ses bras. J’ai trouvé un peu de chaleur dans son étreinte. Il n’y a qu’elle qui est capable de ça.

Depuis cinq ans, je survis. Comme une noisette abandonnée sur le bord de la route, un reste de saison. Au mieux, on m’ignore. Au pire, on me pose des questions. On me dit résignée. Je les laisse parler.

Qui peut comprendre? Qui peut savoir tout ce désespoir? Ta main dans la mienne dans cette clinique, place de la République. Ton petit corps supplicié. Ton visage écarlate. Les tuyaux partout. Et l’inéluctable au bout d’une aiguille.

Je ne cesserai jamais de t’aimer. Tu ne cesseras jamais de me manquer.

Ce texte est ma participation à l’atelier d’écriture d’Olivia. Les mots imposés étaient: noisette – avenue – voisins – république – rentrée – aimer – résignation – explorer – aventure

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Rayon de soleil

Je ne voulais pas m’attacher. Surtout pas.

Et le matin m’a cueillie dans une sorte d’allégresse que je ne m’explique pas. Je ne voulais pas contrarier le destin, alors j’ai fait comme si ce n’était rien, comme si l’amour pouvait revenir et envoyer valser toutes mes idées toutes faites sur tout ce qui avait trait aux sentiments.

Il parait que le bonheur est souvent à porter de main. Puis un départ le bouscule. Une rupture le bousille. Il ne reste que des lambeaux d’espoir sur le parvis de l’église. Dans l’attente d’une éclaircie.

Je ne voulais pas m’attacher.Mon cœur bien amoché, plein de reprises sur les côtés s’est pourtant laissé séduire. Il y avait un rayon de soleil sur la place de l’église.

Ce texte a été écrit pour l’atelier d’écriture de Olivia “Des mots une Histoire”. Les mots imposés sont : matin – bonheur – départ – reprise – éclaircie – contrariers’attacher

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Son Oxygène

De la fenêtre de la cuisine, Élise regarde la rue en contrebas. Il y a l’échalas du 8e avec son clébard, sale comme un pou. Ils font la paire tous les deux. Et puis Suzie aussi, la grelotteuse du 5e, avec ses boucles brunes et son sac à dos mal ficelé – pas étonnant qu’elle perde tout. L’expert du rez-de-chaussée, d’habitude ce sont les quartiers des commères en chef, scrute chaque détail de la carrosserie de sa voiture, comme tous les matins, en quête de la moindre petite trace inhabituelle sur le rouge cristallin de son bolide.

De la fenêtre de la cuisine, Élise respire l’air saturé de canicule. Pas le moindre souffle de vent pour apaiser ses tourments. Il est parti, son prince de conte de fées. Avant les premières pluies. Il a fui comme un voleur. Trop beau, tout le monde le lui avait dit. Mais elle, avec ses kilos de naïveté, elle avait plongé. Comment ne pas s’émouvoir devant ses déclarations enflammées ?

De la fenêtre de la cuisine, Élise fait le plein de vie, celle du dehors pour compenser le grand vide de la sienne. Son oxygène.

Voici ma participation un peu tardive au rendez-vous d’Olivia “des mots une histoire”. Les mots étaient: canicule – expert – clébard – cuisine – conte – émouvoir

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Quelques grammes de dentelle

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Il n’est qu’une anecdote sur sa liste d’envies.

Un songe éveillé qu’elle s’autorise à agrémenter au gré de ses pensées. Celles-ci se gardent bien au chaud. Elles s’épanouissent dans la sécurité de sa studette, sous les combles. Elle a, bien entendu, mené son enquête. Pour être certaine que ce serait lui et pas un autre. Qu’il serait enclin à la suivre, qu’il s’attablerait sans discuter au buffet gourmand qu’elle prépare avec enthousiasme depuis des semaines. Et n’aurait aucun scrupule non plus à participer à son petit jeu.

Elle s’est rendue au spa pour avoir la peau douce, les ongles impeccables. Parée de légèreté, quelques grammes de dentelle seulement, elle attend son arrivée. Il ne saurait tarder. Elle repasse dans sa tête tous les scénarios élaborés. Ce sera l’un d’eux ou aucun. Elle avisera, en fonction de ce qu’il sera prêt à donner.

Ce texte participe à l’atelier d’écriture proposé par Olivia. La récolte de mots était: spa – s’attabler – pensées – enquête – légèreté – scrupule – anecdote