Tag: Des mots Une histoire

Chacun son ailleurs

La photo faisait la Une de tous les journaux. Les kiosques ne désemplissaient pas. Tout le monde se ruait sur l’horreur, pour avoir la primeur des images les plus folles. Pascal, bien à l’abri derrière ses volets roulants, regardait la scène avec émotion. Il ne comprenait pas l’engouement matinal des gens pour ce genre de fait divers, gens qui à cette heure, la plupart du temps, ronflaient comme des bienheureux dans leur lit, tressant dans leur sommeil des rêves artificiels.

Il sentit une révolte sourde le gagner, celle qui arrivait sans y être invitée. L’humain lui semblait parfois insensé. Il savait déjà qu’il n’allumerait pas sa télévision aujourd’hui, qu’il resterait peut-être même bien au chaud chez lui, pour ne pas avoir à entendre au coin des rues les conversations sur la tragédie de la nuit.

Il quitta sa fenêtre et se dirigea vers sa chaine stéréo, prit un CD au hasard, choisit le mode “aléatoire“, s’offrant ainsi le luxe de la surprise. Les premières notes de la 9e symphonie de Beethoven résonnèrent dans le petit appartement. Et il s’envola…

Ce texte a été écrit dans le cadre de l’atelier d’écriture d’Olivia. Les mots imposés étaient: kiosque – matinal – révolte – tresser – émotion – aléatoire

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L’épreuve de force

La rentrée, l’épreuve de force, depuis ton départ.

L’avenue est peuplée de rires d’enfants, qui circulent avec leurs cartables trop grands pour eux. Les parents, dans leurs pensées, semblent explorer les recoins d’un vieux rêve, celui de l’été, de la plage désormais abandonnée aux retraités. Les yeux des petits sont encore pleins d’aventures, de campagne, de crèmes glacées au chocolat, de “pirouette cacahouète”, de chants d’oiseaux au réveil.

J’ai croisé les voisins en descendant. Ils savent qu’il ne faut rien dire. Pas aujourd’hui. Odette m’a prise dans ses bras. J’ai trouvé un peu de chaleur dans son étreinte. Il n’y a qu’elle qui est capable de ça.

Depuis cinq ans, je survis. Comme une noisette abandonnée sur le bord de la route, un reste de saison. Au mieux, on m’ignore. Au pire, on me pose des questions. On me dit résignée. Je les laisse parler.

Qui peut comprendre? Qui peut savoir tout ce désespoir? Ta main dans la mienne dans cette clinique, place de la République. Ton petit corps supplicié. Ton visage écarlate. Les tuyaux partout. Et l’inéluctable au bout d’une aiguille.

Je ne cesserai jamais de t’aimer. Tu ne cesseras jamais de me manquer.

Ce texte est ma participation à l’atelier d’écriture d’Olivia. Les mots imposés étaient: noisette – avenue – voisins – république – rentrée – aimer – résignation – explorer – aventure

Rayon de soleil

Je ne voulais pas m’attacher. Surtout pas.

Et le matin m’a cueillie dans une sorte d’allégresse que je ne m’explique pas. Je ne voulais pas contrarier le destin, alors j’ai fait comme si ce n’était rien, comme si l’amour pouvait revenir et envoyer valser toutes mes idées toutes faites sur tout ce qui avait trait aux sentiments.

Il parait que le bonheur est souvent à porter de main. Puis un départ le bouscule. Une rupture le bousille. Il ne reste que des lambeaux d’espoir sur le parvis de l’église. Dans l’attente d’une éclaircie.

Je ne voulais pas m’attacher.Mon cœur bien amoché, plein de reprises sur les côtés s’est pourtant laissé séduire. Il y avait un rayon de soleil sur la place de l’église.

Ce texte a été écrit pour l’atelier d’écriture de Olivia “Des mots une Histoire”. Les mots imposés sont : matin – bonheur – départ – reprise – éclaircie – contrariers’attacher

Son Oxygène

De la fenêtre de la cuisine, Élise regarde la rue en contrebas. Il y a l’échalas du 8e avec son clébard, sale comme un pou. Ils font la paire tous les deux. Et puis Suzie aussi, la grelotteuse du 5e, avec ses boucles brunes et son sac à dos mal ficelé – pas étonnant qu’elle perde tout. L’expert du rez-de-chaussée, d’habitude ce sont les quartiers des commères en chef, scrute chaque détail de la carrosserie de sa voiture, comme tous les matins, en quête de la moindre petite trace inhabituelle sur le rouge cristallin de son bolide.

De la fenêtre de la cuisine, Élise respire l’air saturé de canicule. Pas le moindre souffle de vent pour apaiser ses tourments. Il est parti, son prince de conte de fées. Avant les premières pluies. Il a fui comme un voleur. Trop beau, tout le monde le lui avait dit. Mais elle, avec ses kilos de naïveté, elle avait plongé. Comment ne pas s’émouvoir devant ses déclarations enflammées ?

De la fenêtre de la cuisine, Élise fait le plein de vie, celle du dehors pour compenser le grand vide de la sienne. Son oxygène.

Voici ma participation un peu tardive au rendez-vous d’Olivia “des mots une histoire”. Les mots étaient: canicule – expert – clébard – cuisine – conte – émouvoir