Quelques grammes de dentelle

Il n’est qu’une anecdote sur sa liste d’envies.

Un songe éveillé qu’elle s’autorise à agrémenter au gré de ses pensées. Celles-ci se gardent bien au chaud. Elles s’épanouissent dans la sécurité de sa studette, sous les combles. Elle a, bien entendu, mené son enquête. Pour être certaine que ce serait lui et pas un autre. Qu’il serait enclin à la suivre, qu’il s’attablerait sans discuter au buffet gourmand qu’elle prépare avec enthousiasme depuis des semaines. Et n’aurait aucun scrupule non plus à participer à son petit jeu.

Elle s’est rendue au spa pour avoir la peau douce, les ongles impeccables. Parée de légèreté, quelques grammes de dentelle seulement, elle attend son arrivée. Il ne saurait tarder. Elle repasse dans sa tête tous les scénarios élaborés. Ce sera l’un d’eux ou aucun. Elle avisera, en fonction de ce qu’il sera prêt à donner.

Ce texte participe à l’atelier d’écriture proposé par Olivia. La récolte de mots était: spa – s’attabler – pensées – enquête – légèreté – scrupule – anecdote

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Tant qu’on est vivant

Il fallait le voir marcher. Rien que ça, c’était un vrai show. Il en avait de l’allure avec son costume de matelot, chapardé un jour de spectacle, sur la place du marché – un théâtre ambulant, qui de village en village, se déplaçait, au gré de la saison estivale. Il accentuait le trait avec une casquette, celle de son grand-père, un brin défraichie. Un mégot au coin des lèvres pour achever le portrait. Ivres de rire, nous le suivions volontiers dans ses folies.

Les gros travaux, très peu pour lui. Pourtant il avait la carrure pour porter des briques, monter des parpaings, déplacer la caillasse. Mais non, lui, ce qu’il aimait c’était amuser la galerie. Et quand il ne nous distrayait pas, on pouvait le retrouver dans sa bicoque près de la jetée, à décortiquer son esprit mal fagoté.

Il riait Fantoche. Parce qu’il savait.

Qu’on ne meurt pas tant qu’on est vivant.

Ce texte a été écrit dans le cadre de l’atelier d’écriture proposé par Olivia. Les mots imposés étaient: ivre – travaux – fantoche – matelot – esprit – théâtre – bicoque – allure

L’ultime au revoir

Le cahot soudain de la voiture sur la route de campagne la réveilla. Elle se frotta les yeux, pencha son nez sur son doudou « phlegmon », respira son odeur sucrée.  Puis rassurée par la présence de visages familiers, sombra de nouveau dans le sommeil, un sourire angélique au bord des lèvres.

A l’heure où les brins de muguet – excellent cru d’après les spécialistes – fleurissaient un peu partout, dispersant leurs vœux de bonheur aux quatre vents, l’atmosphère dans l’habitacle exigu était au recueillement. Chacun sentait son cœur, malaxé comme de l’argile, se tordre au moindre souvenir d’elle. La mère. L’enfant. L’épouse.

L’amie aussi.  

L’élan de solidarité dont tous avaient fait preuve avait quelque peu apaisé cet ultime rendez-vous. Tous avaient bravé les bouchons d’un weekend férié pour un dernier hommage, plein de larmes et d’amour.

L’enfant dans les bras de son père ne comprenait pas. Les fleurs, le cercueil, la musique, les images, les yeux humides, les visages graves. Sa grâce et son enthousiasme, comme autant d’espérance non contenue, venaient défier l’évidence de ce qui était et ne serait plus.

Ce texte est ma participation au rendez-vous d’Olivia. Les mots imposés étaient: excellent – férié – présence – solidarité – argile – muguet – cahot – espérance – phlegmon – évidence.

Duel

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La flamme de la bougie vacillait dans l’obscurité de la chambre sommairement meublée. Le combat était sur le point de commencer. Les corps se faisaient face, contemplant le mystère de toute éternité qui vibrait comme les cordes de l’arc, bandé à l’extrême.
L’atmosphère tendue ne laissait place à aucune improvisation. Il fallait viser juste. Ou l’élan serait brisé, les fragilités exposées aux rapaces. Qui les decortiqueraient jusqu’à ce qu’il ne reste que des lambeaux de chaire meurtrie sur le lit aux draps blancs.

L’heure n’était plus à la contemplation de ces forces sourdes. Point de générosité dans ce duel à mains nues. Se souvenir de l’essentiel et se jeter confiant dans l’arène, certain de remporter la victoire. Forcer les barrages. Faire face aux soubresauts violents. Défier les ténèbres.

Il en allait de la vie de l’enfant…

Ce texte est ma participation à l’atelier d’écriture d’Olivia. Les mots imposés étaient: flamme – briser – fragilité – contempler – combat – essentiel – générosité

Par amour pour toi

Je serai parti en croisade pour toi. J’aurai gravi les monts d’ici et d’ailleurs. J’aurai mendié aux cieux, aux étoiles et à tous les poissons de la mer quelque recette magique pour que tu daignes poser les yeux sur moi. Je serai allé voir ce savant fou qui vit dans les Montagnes du Nord et de son Almanach j’aurai tiré le savoir, celui de l’amour au premier regard. J’aurai suivi le rythme des lunes et des saisons avec l’intime conviction  de pouvoir un jour te prendre par la main pour, ensemble, admirer le soleil couchant embrasser les flots moqueurs. Je me serai fier à mon instinct pour débusquer la cachette secrète de tes rêves accidentés. Et je les aurai fait revivre avec pour seule arme, la palette variée de mes sentiments inavoués.

Je te vois, tu prends des notes au loin, là-bas, dans une réalité qui ne m’appartient pas. La mienne est pleine de toi. La tienne est vide de moi.

Ce texte est ma participation à l’atelier d’Olivia. Les mots récoltés étaient: croisade – instinct – almanach – réalité – rythme – poisson – (note) – convictions

Comme autrefois

Il regarde devant lui, en contrebas les maisons, petits points de poussière colorés, se détachent sur l’horizon. Il apprécie le silence de cet endroit, repère de bergers qui jadis venaient faire paître leurs troupeaux – en reste-t-il de ces hommes-là, alertes et aptes à travailler de longues heures, gestes précis et corps plongé dans une contemplation quasi monastique ?

Il savoure la quiétude de ce lieu comme oublié du temps, les yeux vissés sur l’ubac*. Son cœur bat la chamade, cette mélodie cruelle qui lui rappelle pourquoi il se trouve là, aujourd’hui, pourquoi il a parcouru tant de kilomètres en une nuit. Nuit d’orage et routes glissantes. Le fracas de la ville puis le froid de la campagne déserte. Au petit matin, un feu l’attendait dans la salle commune de la maison. Comme autrefois.

Le chien avait aboyé. Hurlé à la mort plutôt, réveillant le village, alertant les alentours. Un départ sans retour. Aussi simple que cela. La mort, on en fait tout un plat. Et puis elle débarque, c’est l’heure d’éteindre les lumières, d’égrener les regrets, de regarder la vie s’esquiver sans un mot, sans même un aurevoir.

Le téléphone avait sonné. Hurlé la fin dans le grand appartement du 5e étage. Instant gravé dans le marbre des dalles du hall d’entrée. Il avait décroché, inquiet, impatient. La nouvelle telle une onde s’était faufilée entre les interstices de ses pensées et c’est avec une fluidité quasi surnaturelle qu’il s’était habillé, puis dirigé vers sa voiture.

Pas le temps de réfléchir. L’urgence. La gérer. Et puis après aviser.

Il se tient toujours là, à flanc de montagne, incertain des maux qui le travaillent. Il ne sait rien de la fin de ceux que l’on aime. Alors il se tait et respire la chaleur de la terre. Sa terre.

Ce texte est ma participation à l’atelier d’écriture d’Olivia. Les mots à insérer dans le texte étaient les suivants: ubac – fluidité – aboyer – berger – geste – feu – poussière – onde – retour – éteindre – chamade.

* Aucune certitude sur la bonne utilisation du mot “ubac”…