De l’amour

L’épreuve de force #4

Nous devenions, au gré de nos folles inspirations, tantôt musiciens, maniant le ukulélé à la perfection, tantôt auteurs fantasques. Les gens qui passaient devant la porte de ta chambre devaient nous prendre pour des hurluberlus. On s’en moquait. C’était si bon de te voir rire. Un rayon de soleil grandiose qui disait “merde” au bourbier dans lequel on s’enlisait à mesure des jours et de la logorrhée incompréhensible des médecins qui veillaient sur toi.

Tous les semaines, je t’amenais un panier rempli de douceurs, que du fait-maison, avec plein d’amour dedans, celui qui sauve de tout parait-il. J’oubliais de m’épiler, je ressemblais à un vieux singe sous mes vêtements, personne ne le voyait. L’important c’était toi. Je m’oubliais, on me le disait. Qui ne se serait pas oublié dans cette course contre la montre?

J’allais te perdre, je le savais et mon amour n’y changerait rien. Je te regardais dévorer ta purée, avec un plaisir non dissimulé . Puis tu t’arrêtais et tu me lançais un “dis maman, ça veut dire quoi “pastiche“? J’étais toujours surprise par tes questions et je marquais une pause avant de te répondre. Tu me tirais de ma rêverie. Je serais bien restée là encore un peu à t’étudier sous tous les angles, à faire le plein de toi, à contempler l’étendue de mon bonheur prêt à se faire la malle.

Ce texte est ma participation à l’atelier d’Olivia. Les mots imposés étaient: Hurluberlu -pastiche- s’enliser- épiler-logorrhée- fantasque-purée-soleil-ukulélé- panier

L’épreuve de force #3

Il y avait toujours l’autre casse-couille, le régulateur des entrées et sorties, qui venait nous rappeler à l’ordre. Il avait une case en moins je pense. Je l’ai vu un soir ranger tout un tas de candélabres dans son coffre, à la fin de son service.

On regardait le printemps se donner des airs de grand! Tu adorais ça, la lumière du début du jour qui perçait à travers les vitres opaques, la légèreté avec laquelle la vie reprenait des couleurs. Je te ramenais des biscuits chocolatés qu’on mangeait en douce, en rigolant. Parfois, quand l’infirmière l’autorisait, on marchait jusqu’au banc, on s’asseyait le temps d’un bain de soleil, le temps de se dire que tout ça n’était qu’un mauvais rêve. Il m’arrivait de me perdre dans la contemplation de toi. Je n’en ai pas assez profité.

J’aurais dévalisé le monde entier, je me serais fait des antisèches pour passer tous les contrôles, comme les mauvais élèves, si j’avais su que ça pouvait te sauver. L’instinct maternel me disait que de ta prison tu ne sortirais pas. J’ai alors tenté par tous moyens de rendre tes derniers mois les plus heureux possibles. En me plantant sûrement. En en faisant trop c’est certain. En te faisant croire que nous étions invincibles.

Ce texte est ma participation à l’atelier d’Olivia. Les mots imposés étaient: printemps – légèreté – maternel – manger – candélabre – lumière – casse-couilles – banc – antisèche – dévaliser – contemplation 

Quelques mots d’amour

L’amour se tient, comme une bague dans un écrin. Qu’il pleuve qu’il vente, l’amour est là. Il rit les jours de soleil et soutient les jours de chagrin. Et ceux qui n’y croient pas n’y connaissent rien.

Il y en a toujours pour…
Dire que l’amour est un leurre
Une promesse faite à quatre heures puis oubliée dans la course du soir pour rentrer diner
Mettre les pieds sous la table
Et ne surtout rien demander.

Il y en a toujours pour…
Dire qu’y croire c’est être fou
Qu’on en revient toujours, le coeur plein de dégoût
Et qu’il vaut mieux oublier, laisser tomber
Plutôt que de se vautrer dans une mer d’illusions

Il y en aura toujours…
Des inadaptés de l’amour
Ceux qui le fuient surtout
Ceux qui le tiennent à distance
Ceux qui s’en foutent
Et les jaloux
Ceux qui le piétinent d’avance
A trop vouloir le garder prisonnier
A trop vouloir jouer l’apprenti sorcier
En lui prêtant de drôles d’idées

Puis il y aura ceux qui…
Se moquent d’être regardés comme des naïfs au cœur tendre
Des illuminés la bouche remplie de mots doux
Des optimistes du bonheur en pochette surprise

Au milieu il y aura toujours l’amour, libre, qui inonde les pavés, les cours carrées, les terrasses de café et les jardins publics. Il y aura toujours l’amour et sa main tendue, vers nos cœurs maintes fois recousus. L’amour qui danse entre deux rêves, qui ne s’arrête ni aux kilomètres, ni aux océans. L’amour vivant qui ne cesse d’espérer que la ronde s’agrandisse. L’amour sans patrie ni nom, sans hiérarchie, l’amour comme un second souffle, une nouvelle vie, une peau toute neuve, une page qu’on tourne, un tsunami d’émotions, une vague de sensations. L’amour comme un cadeau attendant dans son écrin que nos yeux s’ouvrent à sa lumière.

L’arme la plus puissante…

Crédit Pixabay

Elle disait toujours “tu peux l’emmener, elle ne ressent rien”.
Elle ne verra pas les ombres et elle n’entendra pas les soupirs. Elle ne verra pas la mort dans les murs ni les vertiges entre les parois de verre. Elle ne saisira pas le trouble au moment de poser son pied sur le seuil. Elle ne devinera pas les maux derrière le béton ravagé.
Elle ne se sentira pas défaillir au contact du passé. Elle ne fondra pas en larmes devant cet espace désertique. Elle ne verra pas devant ses yeux les images de ceux qui ne sont plus, de ces enfants au ventre vide, aux corps abîmés, aux visages ravagés. Elle ne tombera pas en lambeaux devant toi.
Alors que toi tu prendras la bourrasque de plein fouet, une vague de souvenirs comme une claque magistrale. Et tu te sentiras faillir. Elle sera là.

Elle dirait plus tard “tu peux l’emmener, elle ressent tout mais elle sait se protéger”
Elle sait les ombres qui dansent dans le chaos des murs abandonnés. Et les soupirs de ceux qui furent martyrisés. Elle sait la mort entre les feuilles mortes et le silence qui pèse sur les maux.
Elle sait les détails du passé, l’odeur du mal, le gout de sang dans les entrailles de la terre.
Elle sait les enfants qu’on enferme, qu’on abandonne, qu’on assassine.
Elle sait le vent qui réveille les blessures que tu tais.
Elle te verra trembler puis faillir, elle repoussera les démons du passé d’un regard déterminé. Elle sera là.

Elle dira. Un jour
La seule force pour repousser les ténèbres.
C’est l’amour.