Chaque matin de lui

Copyright Marie Kléber

Chaque matin, au réveil, je le regarde, se réveiller.

Comme un cadeau. Un cadeau que je redécouvre chaque matin. Un peu différent de la veille.

Je pose mes yeux sur lui. Je prends ce temps, avant que tout ne tourne trop vite.

Un jour de plus. Voilà ce qu’il gagne.

Et chaque jour compte à le regarder grandir.

Être au monde. Petit être que je tenais il y a six ans à peine contre mon cœur cabossé.

Ses mimiques et la façon dont il a de dire « je comprends rien » avec le sourire.

Ses chansons phares, ses rythmes fous.

Ses prises de position. Bien senties.

Même si parfois je sors de mes gonds, je n’arrive pas à gérer mes frustrations, même si parfois je perds le contrôle, si j’aimerai qu’il soit plus ci ou ça, comme ci ou comme ça, parce que ce serait plus simple…

J’admire cette capacité qu’il a à s’affirmer.

Et je ne peux que lui souhaiter de ne jamais être, juste pour me faire plaisir.

De suivre sa voie, celle qui le fera vibrer, celle qu’il aura choisie.

Je ne suis là que pour l’accompagner, le guider.

Je suis ses racines, jusqu’à ce qu’il ai des ailes pour s’envoler.

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Le premier flocon

© Aaron Wilson

Il n’y aurait donc que la peine qui mériterait d’être contée, la tristesse, la colère, les démons qui mériteraient d’être peints, le cafard, les idées noires qui mériteraient de prendre vie sous le crayon de l’écrivain, le trouble, le doute, la peur qui mériteraient d’être captés par l’objectif du photographe.

Face à cette photo, dans cette galerie, elle se pose des questions. Que penseraient les autres de ce cliché ? Tous ces flocons et ce brouillard, n’est-ce pas un peu trop ?  Elle entend déjà les voix qui cloueraient au pilori cette œuvre qu’ils regarderaient comme une énième guimauve, sans saveur.

Les écouterait-elle ? Se rallierait-elle à leur façon de penser, qui veut que si ça ne saigne pas, c’est sans intérêt ?

Elle se souvient alors. Des circonstances. Du jour, de l’heure. Du premier flocon qui fend l’air, qui dégringole du ciel et vient s’écraser sur le bitume froid. Puis de ceux qui suivent, enveloppant la ville d’un manteau blanc, soyeux. Du silence et des pas qui crépitent. De l’enthousiasme des enfants, de leurs yeux éblouis. Du ciel gris perle. Et de ce papier sur lequel dansaient les lettres « rejoins moi près du pont ». De l’excitation, des frissons. Du chemin. Et de ce pont. Un paysage de carte postale, juste là sous ses yeux. Juste le jour où…

Face à cette photo, dans cette galerie, elle sut que le bonheur aussi pouvait être peint, capturé, conté, écrit.

Ce texte est ma participation à l’atelier d’écriture 318 de Bric A Book

Ces silences plein de maux

J’entendais des maux dans le silence. Des envies tues. Des hypothèses. Et surtout un fil rompu, un dialogue unilatéral. Entre celui qui attend, celle qui espère. Autre chose.

J’entendais le choc des non-dits. Et cela m’a rendu triste. Triste constat du dialogue qui manque, de ces mots qui ne sortent pas, de ces sourires qui masquent l’essentiel.

J’entendais ces petites piques, qui paraissent insignifiantes, piqures innocentes et qui pourtant s’incrustent au fond du cœur. Sans le savoir, les mots et les soupirs écrivent une histoire dont nul ne saisit l’ampleur. Sauf peut-être celui qui regarde de l’extérieur.

Ce silence a réveillé la peur, cette peur sourde et cruelle de la non-communication entre les êtres. Chacun cloitré dans l’attente d’un miracle qui viendrait raviver la flamme, guérir les blessures, sans que quiconque ne fasse le premier pas, celui là même qui pourrait enclencher le changement, sans déclencher les hostilités.

C’est ce que je vivais en les regardant, un combat muet, de celui qui tiendra le plus longtemps, qui énoncera le plus de failles, celui qui reniera son implication dans ce chaos des émotions.

Qu’est-ce qui poussait chacun à ne pas se confier, à ne pas se parler, s’avouer? Qu’est-ce qui poussait chacun à attendre que l’autre devine? Qu’est-ce qui poussait chacun à refuser d’admettre ses torts? Au moins essayer de se dire…

Tous ces silences sont trop pour moi. Ils sonnent comme une lutte sans fin dont personne ne sort gagnant. Est-ce que le dialogue est encore possible? Est-ce qu’ils vont prendre conscience de ce qui se délite au fur et à mesure, sans faire de bruit? Laisseront-ils le temps détruire ce qui fut, ce qui est, leurs sentiments, ce qui les unis? Tout ça parce que chacun sera resté dans la certitude de détenir la vérité.

Ou continueront-ils jusqu’à ce qu’il n’y ai plus rien à partager, que le quotidien? Feront-ils comme tant d’autres, sauveront-ils les apparences, en étant de bons parents – chacun faisant de son mieux avec les cartes qu’il a entre les mains?

Dis-moi qu’on ne se cachera jamais rien. Même si cela a potentiellement le pouvoir de nous blesser, même si ça fait mal à entendre, même si ça vient remettre en question nos idéaux et certitudes. Dis-moi qu’on se dira les choses avant que les choses ne nous échappent…

Le grand pari…

On ne se dira jamais assez et on ne se dira jamais tout.

Certains mots sonneront justes, d’autres nous feront croire dans la présence hypothétique d’un faible espoir au bout d’un silence que nous n’osons briser.

Certains gestes diront plus que des mots et certains mots se diront dans le calme rassurant d’une étreinte que le reste du monde trouverait insignifiante.

On se bercera de promesses quand tout ira de travers. On sera aveugle dans la joie et alors ça n’aura pas d’importance. Ou on cherchera la faille dans un amour heureux, certains que le bonheur n’est pas pour nous. On mentira par crainte de souffrir. On souffrira par crainte d’oser. Ou alors on enverra tout valser, qu’importe l’avenir, ce qui se joue là sous nos yeux n’a pas de prix, on choisira de s’enivrer d’amour. Puisque la source est dite intarissable, on se saoulera de chaque instant de vie.

On pourra vouloir tout dire, tout écrire. Les émotions. Les sensations. Le ressenti. Et puis ce vide incommensurable dans lequel le plaisir nous emmène et duquel nous revenons certains d’avoir touché du bout des doigts une partie de nous-mêmes que nous ne connaissions pas.

On voudra savoir, comprendre. On voudra percer le mystère de l’autre, entier, si proche et si lointain à la fois. On tentera à force de questions d’imaginer l’intérieur, ce qui se trame dans le fond des tripes, au creux du plus intime des secrets de l’être.

Et puis on se souviendra que le cœur a ses raisons que la raison ignore. On ne saura jamais tout. Un jour il faudra choisir en conscience, incertains de l’issue, faire le grand saut ou renoncer. Se jeter à l’eau ou passer son chemin. Nul ne sait ce que sera demain. Et pourtant, contre toute attente, des milliers d’êtres humains font le pari chaque jour de lâcher prise, d’y croire et d’aimer, peu importe leur âge, leur sexe, leur religion ou leur passé.