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Neuf ans de nous

Le regard sur l’horizon, je reviens en arrière de quelques années, en ce jour si particulier où je suis devenue ta maman. Dans l’ombre de mes larmes, tu es né. Un rayon de soleil au milieu d’un orage. Un grain de magie au creux d’un hiver qui semblait ne pas avoir de fin. Là, dans cet écrin de désespoir, tu as déposé près de 4 kilos d’espérance.

Voilà neuf ans de toi, de nous, neuf ans comme une ascension. Je venais de loin et tu empoignais tout avec une rage féroce. Notre envie de vivre fut plus forte que tout, plus forte que les cris, que les coups de poing dans les murs, plus forte que les “non” à répétition, plus forte que les pleurs et la douleur.

Notre histoire s’écrit avec des lettres de toutes les couleurs. Nous savons les jours gris très gris et les jours qui pétillent, les apostrophes dans l’atmosphère et les points de suspension dans l’air. En neuf ans, j’ai tant appris. En neuf ans, tu as tant grandi.

Je te regarde regarder le monde, rire, prendre confiance, oser te confronter, oser aimer ce qu’il y a à aimer, jouer surtout, rire beaucoup. Avoir peur de ce qui te dépasse, tenter de camoufler tes émotions, parfois réussir à parler quand ton cœur se sent prêt à exploser.

Je ne suis pas toujours juste, tu n’es pas toujours juste. Nous nous faisons face parfois, comme deux lutteurs dans un bras de fer sans fin. Personne ne se sent prêt à céder alors, moi engoncée dans des souvenirs du passé et toi pris par cette envie de gagner. Et puis tout passe et le soleil revient. Et soudain, il n’y a plus rien que tes deux yeux qui rient et les miens qui s’émerveillent.

A l’ombre de ce qui fut et de ce qui sera, je me tiens, silhouette maternelle, heureuse et fragile, offerte pleinement au temps de ta vie.

Ce texte a été écrit – le jour s’y prête bien (évidemment!) – pour l’atelier Bric a Book 419

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Persévérer ou Lâcher?

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C’est une question que je me pose assez régulièrement, à chaque fois que je reçois un courrier de refus, un retour négatif sur un texte, un manuscrit envoyé. Mon écriture est-elle si médiocre? C’est possible. J’ai conscience de mes limites…

Je sais, vous allez me dire qu’on ne peut pas plaire à tout le monde. Vous aurez raison. Mais alors, à quoi bon continuer dans une voie, dans un chemin qui ne semble pas être le bon? Pourquoi continuer à se prendre des claques quand d’autres semblent trouver chaussure à leur pied?

Persévérer n’est pas toujours la meilleure option. Peut-être qu’il est temps de raccrocher, de lâcher les rêves, de laisser les mots dessiner des histoires pour le simple plaisir que cet acte procure, sans chercher plus loin.

Et si lâcher était la sagesse? Et si finalement on laissait le rêve au monde de l’enfance, il est beau là dans son joli cocon, avec ses pétales de rose et ses lumières.

J’ai persévéré, j’ai encaissé les mots durs, les retours, les silences, les “non” à répétition. L’investissement est tel que j’avais quelques espérances, bien entendu, qui n’en a pas! J’ai aussi été portée par vos mots, vos retours, vos encouragements. Je me demande quand même parfois – sans vous offenser – si ils ne manquent pas quelque part d’objectivité! Un tout petit peu…

Je ne sais pas si persévérer, ce n’est pas au final quelque chose qui m’appauvrit, si ce n’est pas une manière de me bercer d’illusions. Alors je pense de plus en plus à laisser mon rêve s’envoler. Après tout, il a eu le mérite d’exister. Et de revenir aux mots sans attente, juste pour la joie, juste pour exprimer ce que le cœur contient, juste pour la magie de la poésie et la beauté du partage.

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Vague à l’âme

Il y a parfois, en moi, en chacun de nous, ces petits vagues à l’âme, cette mélancolie douce qu’on colle dans la case “tristesse”, comme pour se dire qu’on sait ce que c’est et que ce n’est pas nous. Surtout pas. Comme si il fallait être d’une façon, sans y déroger, toujours au contrôle alors que la vie prend des allures de course de vitesse et que nous ne sommes pas forcément prêts à tenir sur la distance.

Comme si il fallait pouvoir dire “moi je suis ça” alors même qu’on est plus, qu’on est tout et son contraire, qu’on ne sait pas toujours d’ailleurs qui l’on est à chaque instant. Se nommer sans cesse pour éviter le vide. Il faut dire qu’il n’est guère facile d’accès, qu’il laisse un petit goût amer en bouche, qu’on ne sait trop comment apprécier.

La tristesse n’est pas ce fléau, cette faille qu’il faudrait pouvoir colmater à tout prix. Elle peut être ce qui nous relie aux autres. Elle peut aller avec la joie. Elle peut être amie des jours heureux. Aussi. Mais on la traite comme si, comme si elle s’échappait du monde, comme si il ne fallait pas, surtout pas, la laisser entrer.

Alors on la classe et on dit des autres qu’ils ne sont pas, qu’ils n’appartiennent pas, qu’ils ne doivent pas, qu’ils devraient faire, être. Enfin qu’ils ne sont pas de ceux qui eux embrassent le monde. Alors même que les gens mélancoliques sont peut-être ceux qui sont pleinement à la vie, dans tout ce qu’elle a de beau et de chaotique.

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Se rassurer en chemin

Ca évolue en toile de fond. Je lui dis que ce n’est qu’un point noir, un tout petit point, petit pois. Je lui dis pour le rassurer, essayer au moins, pour me rassurer aussi. De tout ce que j’ai vécu, c’est peut-être cette étape là la plus difficile, entendre sa souffrance, sa colère, écouter ses peurs et ne rien pouvoir y faire. Juste être là et accueillir. Juste être là et tenter à ma manière de l’apaiser. Savoir que je ne peux rien panser ni réparer.

Un petit point, de loin, pendant 6 ans. Et qui revient, qui réclame son dû, ses droits, enfin ce qu’il pense être à lui. Les années passent vite mais elles restent nombreuses, je les compte presque pour me rassurer encore un peu – je ne fais que ça, comme une amie bienveillante, une épaule qui pourrait porter mon fardeau sur une partie du chemin. Je ne fais que respirer au présent pour chasser le “et si” qui s’insinue.

Si il faut repartir au combat, j’irai bien sûr, je serai la première à défendre ses intérêts, dans les tribunaux et les cabinets d’avocat, je lâcherai la vérité sans état d’âme. Je serai celle qui ne néglige rien et qui résiste à toutes ces belles paroles qui se distillent comme un venin. Je serai dans le franc et le sans fard.

Je tente de ne pas y penser, de laisser le temps faire et défaire les pensées qui bloquent parfois encore ma respiration, je tente d’être dans le présent, ce temps là nous appartient pleinement. Et dans ce temps il n’est pas, juste un point noir quelque part. Un point comme ce qu’il est, une particule de rien.

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Sur la déchirure…

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Sur la déchirure – cette faille sismique qui me dit que tout ce qui est aujourd’hui ne sera peut-être pas demain, que rien sur terre ne nous appartient, que ceux qui sont là ne font que passer, qu’un jour il faudra les laisser partir vers des horizons que je n’ose imaginer – sur la déchirure, j’écris le nom des rêves et sur le lit des jours, je passe et trace du bout des doigts nos histoires.

Sur la déchirure, je dessine l’amour, ses rires et l’incertain. Je l’ai su dès que son petit corps a été posé contre le mien, dès que son cri a percé le silence de la nuit, dès que son souffle s’est détaché du mien. Il n’était déjà plus de moi, je l’offrais au Monde et je le regardais partir, le cœur bouleversé.

Je brode des cœurs à l’infini, comme un défi au temps qui passe. Je m’enivre de la chaleur de sa présence, là, maintenant. Ensemble, nous n’avons pas d’âge et il n’y a pas de demain. Contre lui, j’oublie la fissure ou je la transforme, je laisse la lumière passer entre les interstices des points de suspension. J’ai retrouvé son cœur au bord du précipice, là où seule j’avais laissé le malaise me torturer. Comme si ce qui adviendra s’était déjà produit, comme si la mort l’avait déjà pris.

De confidences en aveux, nous construisons un espace sacré de liberté. Les mots se disent et les maux se taisent. Rien ne nous gardera vivants, alors savourons intensément.

Sur la déchirure, la flamme ouvre une brèche, celle dans laquelle je me glisse, pour vivre aux cotés de ceux qui, jour après jour, me rappellent la beauté et la force de l’amour. Alors je sais que ma présence est requise, présence attentive pour honorer et sublimer la vie.

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Le un, le rien, le tout

Credit Photo @mariekleber37

Là où il y a la tristesse, là où d’autres ne voient pas, il y a aussi la possibilité d’une guérison, transformation. Les chemins des uns ne sont pas ceux des autres. Les verres que nous portons, consciemment ou non, filtrent la lumière et les ombres. De vérité, il n’y en a aucune, sinon la mienne. Ou la tienne. Celle de chacun et celle de personne.

Là où il y a la tristesse, il y a aussi la joie, celle des jours de liesses et des plaisirs tous simples. Et pour qui ne connait pas les larmes, alors comment nommer les éclats de rire?

On ne s’échappe pas de la vie, on choisit parfois de prendre une porte dérobée, en pensant que par là, on évitera les creux, les ronces et tout ce qui pourrait ralentir notre marche. Mais alors on évite aussi les fleurs et les bosquets, les aurores aux allures de début du monde.

Là où il y a le chagrin, ce petit vague à l’âme qui transporte avec lui son lot de deuils et de doutes, il y a aussi le possible, le phare qui illumine la nuit, la chaleur d’un souffle ami, le tremblement de nos lèvres assoupies.

Vivons alors le tout, ce grand chaos en mouvement, cet équilibre précaire relié à l’éphémère de toute chose et même de l’être. Pour s’enivrer d’une main qui se pose et d’un regard qui nous frôle, il faut pouvoir accueillir ce qui nous déstabilise et ce qui nous euphorise. Un monde de l’un sans un monde de l’autre est un monde sans définition, un monde neutre où les plus belles émotions se retrouvent étiquetées.

Vivons ce qui vient et ce qui passe, dans un rythme qui nous glace ou nous soutient. Laissons l’instant être ce qu’il est pour puiser dans son étreinte l’essence de ce qui nous rend humains!

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Les Etats d’Esprit du Vendredi 14.01.2022

Cela fait près d’un mois que je n’ai pas pensé aux états d’esprits, je reprends du service en apportant quelques aménagements, avec en passant une pensée chaleureuse aux deux fondateurs de ce rendez-vous incontournable et fédérateur (Zenopia et The Postman).

Niveau Fatigue, je fais de longues nuits donc je me remets bien. Une petite carence en fer mais rien de bien méchant!
Mon humeur est excellente, après cette fin d’année très mouvementée émotionnellement, j’ai retrouvé mon centre. Si vous avez vu mon dernier article vous comprenez que les émotions chez moi c’est très déstabilisant en général!
Mon estomac aime manger des choses de saison. J’essaie de varier les menus et Loulou est content et c’est bien le principal!
Esprit, es-tu là? Oui toujours et apaisé en ce moment. J’en profite.

Niveau condition physique et bien-être, j’ai repris le yoga at la sophrologie. La danse, ça sera la semaine prochaine!

Mon grand projet en ce début d’année se résume ainsi: cartes de voeux! J’adore les faire et les écrire.
Etant donner que la culture c’est comme la confiture, je ne vais pas trop m’étaler. En même temps, c’est assez orienté astrologie et tarot en ce moment.
Penser à COMMUNIQUER. On a beau tous le savoir, on l’oublie tous très souvent.
Et pourtant sans cela on passe à côté des jolis moments! Entre autres, cette semaine, déjeuners en amoureux, papoter entre amies, jouer en famille, inventer des histoires, donner et recevoir des cadeaux.
Mes messages personnels tiennent dans une mot MERCI. Merci pour nos longues conversations, enrichissantes et spontanées. Merci pour ton temps, ton écoute – Loulou m’a dit “tu sais, je crois qu’il t’aime bien!”. Merci pour tout ce que tu comprends, entre les lignes très souvent.

Monsieur Loulou va bien, il a retrouvé ses copains et l’école avec plaisir, il est toujours un peu triste le soir, je me dis que ça doit être son caractère, il se marre souvent mais parfois il dit des choses qui me font froid dans le dos. On va dire que c’est l’enfance et ses tourments.

Du côté des amies, de grandes discussions sur des sujets forts intéressants, une belle écoute aussi qui m’a permis d’y voir plus clair, par cartes et par mails également.
Et de l’amour, des mots mis sur des maux, des besoins partagés et la confirmation que nous avons envie des mêmes choses. Il fallait juste en parler…

Niveau sorties, on ne fait rien d’extraordinaire, mais ça nous repose, on prend le temps de vivre. Demain pour la visite du mois que personne n’aime trop mais ça sera fait! Une balade à notre libraire chouchou et marché dimanche.
L’essentiel est et reste que ceux qui comptent soient en bonne santé (corps, coeur et esprit) et que nous puissions passer du temps ensemble
Pour les courses, ça sera marché et librairie. Il faudrait que je trouve le temps aussi d’aller m’acheter une paire de chaussure, ça urge!
Mon envie, là, maintenant, c’est d’écrire encore et toujours. On ne se refait pas!

Photo: Balade hivernale

Zic: Robert Plant & Alison Krauss

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Avec le coeur

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“Avec le cœur, tu ne peux pas te tromper!” Les enfants, ces grands sages. Il a dit les mots que j’avais besoin d’entendre finalement. Le cœur ne connait pas de dilemme, il sait. L’esprit extrapole, il invente des scénarios, il voudrait des certitudes, il attend des mots pour compenser les silences, du bruit pour défier l’absence.

Le temps court pour tout un chacun et si nous n’en prenons pas soin, le temps s’égare. Avec nous ou sans nous. Si nous ne faisons plus attention à ce qui compte, alors ce qui compte se dissipe dans l’aurore d’un nouveau jour. J’ai toujours voulu vivre, avant toute chose, vivre à me brûler les ailes parfois. Et à côtoyer les sommets aussi. Vivre avec passion et avec l’expérience, un soupçon de raison. J’ai tenté de retenir le bonheur et il s’en allé plus d’une fois. Il n’y avait peut-être pas assez de cœur dans mes choix, trop de manque, pas assez de “je t’aime” partagés pour pouvoir tenir la route face aux vents contraires.

Peut-être que tout n’est qu’une question de cœur, de ce qui le serre et ce qui le touche, de ce qui le fait trembler aux premières lueurs de l’aube et l’enveloppe d’une chaleur que nul ne peut deviner. Avec le cœur, les masques tombent et alors on s’avoue, à fleur de peau. C’est fragile comme du cristal et ça peut se briser à tout moment. Mais si ça tient c’est que quelque part quelque chose vibre plus fort.

Ses mots je les prends, je les fais miens. C’est comme s’il savait par delà ce que je tais, ce que mon cœur retient comme pour me protéger d’un éventuel chagrin. Il me prend la main et me dis: “tu sais, maman tout ira bien!”

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Pour 2022, je vous souhaite…

Une nouvelle année s’accompagne toujours de nouveaux souhaits. Parfois c’est un peu mécanique, ce “bonne année!” , comme le “ça va?” dans les couloirs du bureau. Mais ici c’est différent, ici vous qui me lisez, vous comptez pour moi. Vous avez une place de choix dans mon coeur. Je sais la chance que j’ai de vous avoir dans ma vie. Alors je prends le temps de poser ces mots.

Pour cette nouvelle année:

Je vous souhaite d’aimer, avant tout, de vous aimer vous aussi, dans toutes vos contradictions, dans vos conflits intérieurs, dans vos instants de joie et vos moments de doute, d’aimer l’autre, quel qu’il soit dans une ouverture saine d’esprit et de cœur.

Je vous souhaite des relations sereines, de ne pas tirer de conclusions hâtives, de partager de bons moments avec ceux qui comptent, de vous écouter intérieurement, mutuellement, de poser vos limites quand c’est nécessaire, de ne surtout pas attendre que la vie passe et que les autres fassent des choix à votre place, de dire les choses même les pas faciles, de vous confier, d’oser la vulnérabilité car c’est le seul chemin vers des relations justes.

Je vous souhaite des rêves à dessiner sur un horizon prometteur, des projets à faire grandir, des envies de décrocher les étoiles, des réalisations à célébrer, de la curiosité et de ne pas vous arrêter au premier échec, d’avoir de l’audace pour un pas de plus vers ce qui fait sens pour vous, même et surtout si ce n’est pas confortable!

Je vous souhaite de vous sentir bien dans votre esprit, dans votre corps, de ne pas prendre votre santé et votre énergie pour acquises mais de prendre soin de vous dans toutes les dimensions de votre être, en sachant ralentir, vous écouter, en acceptant les choses moins plaisantes, les douleurs un peu mesquines.

J’aimerai ne vous souhaiter que du meilleur bien entendu, mais nous savons tous que la vie est cycle, un équilibre toujours à réinventer, des hauts, des bas, des peurs, des larmes, des naissances et des départs, alors je vous souhaite de la force pour faire face à l’adversité, tous ces instants où vous vous sentirez dériver, de la foi pour les jours gris, du courage pour les deuils qui se trouveront immanquablement sur votre route, de l’amitié, une main qui se tend pour vous ramener à la surface et continuer.

Je vous souhaite d’aimer la vie, d’embrasser tout ce qu’elle a à vous offrir, de croire en vous, en tous ces trésors qui sommeillent à l’intérieur, d’aller à la rencontre de vos ombres et d’en faire jaillir la lumière.

Je vous souhaite d’être à l’écoute de votre propre musique, de danser au rythme de votre propre voix, peu importe que le monde aime ou pas. Je vous souhaite de ne pas vous comparer, jamais, d’être inspiré toujours et de vous souvenir que vous n’êtes pas seuls!

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Les derniers jours de 2021…

2021 touche à sa fin, vraiment. Ces derniers jours ont été quelque peu chahutés avec ce fichu virus qui s’est invité à la maison et nous a mis bien KO. Pour ma part, je m’en remets tout juste, je peux enfin faire deux pas sans avoir l’impression d’avoir couru un marathon. Et à part une nuit où j’ai cru ma dernière heure arrivée, j’enchaine 10 heures de sommeil sans la moindre coupure. Et puis comme on ne fait jamais les choses à moitié chez nous, sinon c’est pas drôle, le virus s’est pointé avec un tsunami d’émotions variées, certaines que j’ai pu nommer et d’autres qui sont parties dans les limbes des maux posés sur le papier.

Le cocktail “mental et hypersensibilité” ne brille pas par sa saveur irrésistible. On se saoule vite! Ces jours avec moi-même m’ont toutefois permis de faire une pause, pour regarder dans le rétroviseur, revenir sur les 12 mois de cette année, apprivoiser ma solitude, prendre soin de moi, aller à mon rythme, sans m’imposer quoi que ce soit. Encore moins d’être performante dans quoi que ce soit.

2021, une année variée, faite comme toutes les années de hauts et de bas, une année de points d’interrogation, de limitations mise en lumière, d’acceptation de moi dans toutes mes contradictions. Beaucoup de larmes pour venir à bout de ce qui me retenait et beaucoup de retours en arrière pour aller creuser là où le mal avait fait son lit depuis si longtemps. Retrouver l’enfant et l’apaiser pour pouvoir prendre ma place de maman, surtout.

Devenir maman a pris tout son sens en 2021, oser dire “non”, aimer en posant des limites, trouver un nouveau rythme ensemble. Ce chemin est plein de pierres et de fleurs. C’est une route qui se trace au jour le jour, sur laquelle je nous sais complices souvent et en opposition tout autant, sévèrement parfois. Nous avons appris à nous dire les choses, celles qui fâchent et celles qui font du bien. En cette fin d’année j’ai choisi de dire la vérité, que ce n’est pas simple de cheminer seule, de devoir faire avec cette troisième place vide, de ne pouvoir compter que sur moi-même et de me sentir bien impuissante à certains moments. Ca n’enlève rien aux jours de joie et à la chance d’être la maman d’un petit garçon au coeur si tendre!

Une année sous le signe de l’amitié, revoir les personnes qui comptent, rencontrer de nouvelles amies, découvrir ensemble, grandir, s’écouter, se motiver, s’émouvoir. Et sous le signe de la famille aussi, après des années d’errances, de non-dits, de blessures qui avaient mal cicatrisées. Retrouver le lien, loin d’un passé révolu.

Ce passé qui est venu jouer avec mes fondations, dans lequel j’ai cru me perdre à nouveau et face auquel je me suis choisie finalement. Me protéger avant toute chose. Et cracher ma colère, lâcher tout ce que j’avais retenu parce que ça ne se fait pas de détester quelqu’un. Ouvrir les vannes pour revenir à la vie, une fois de plus. Et accepter aussi que cette histoire (moche) fait partie de mon histoire.

2021 où l’année de la créativité, avec le Cercle des Muses, la reprise de la danse, la découverte du Yoga et de sa philosophie, le Tarot, l’Astrologie, et la poésie, qui a fait son grand retour dans ma vie. De la couleur, encore de la couleur.

Cette année aura aussi été marquée par une prise de poste, de nouveaux collègues et une confiance renouvelée. Ne plus passer des jours entiers à me demander à quoi je sers m’a libérée d’un poids. Je n’ai pas pour autant abandonner mes envies d’ailleurs mais je sais aujourd’hui que mon choix de sécurité est le plus juste pour nous deux.

Je pense que 2021 aura été l’année la plus “montagnes russes” au niveau sentimental. J’ai conscience que je ne me suis peut-être pas assez investie, que je me suis laissée happer par mes résistances, que j’ai préféré la fuite plutôt que d’affronter mes démons, qu’entre coeur et raison, ça a pas mal balancé! J’ai pris le parti de la patience, il y a eu de beaux moments, de l’écoute, du partage. Juste pas assez. Un jour viendra où il faudra sérieusement se pencher sur ma relation à l’amour, à l’engagement, au couple. Ce moment n’est pas encore venu – gardons en pour la suite!!

Avant de partir, merci à chacun et chacune d’entre vous, pour votre présence si touchante, si vivante, pour chacun de vos mots déposés ici. Vous lire c’est de la pure magie à chaque fois. Merci de m’écouter, de me comprendre entre les lignes, de me motiver à aller plus loin, toujours. Je vous souhaite une très belle fin d’année 2021 et je vous dis à très vite.

Sinon vous, votre bilan, ça donne quoi?

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Entre-Deux

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Il se passe quelque chose, quelque chose qui n’est pas visible à l’oeil nu. Quelque chose qui couve depuis des mois et que je ne sais nommer. Et si j’essaie, alors je sens que quelque chose se brise.

Peut-être qu’il faut que les choses se cassent pour pouvoir les reconstruire, qu’elles deviennent des miettes, qu’elles partent avec les larmes. Comme un deuil.

Il se passe, la vie avec son lot d’émotions, celles que nous ne pouvons pas coller dans des cases, qui n’appartiennent à aucun système qui déraille et que nous pourrions remettre en marche avec un plan bien conçu, une solution bien travaillée.

Il se passe ce qui dormait et ce qui a été réveillé, ce qui couvait dans un lieu secret. Depuis toujours. Mais que les sentiments avaient jusqu’alors tenu à distance. Un petit caillou, même pas de quoi trébucher, juste une gêne, devenue quelque chose de plus grand, qui prend la place et menace l’équilibre.

Si je le nomme, je le garde près de moi. Comme pour me protéger de ce que le monde ignore. Je l’écris dans toutes les dimensions, dans ce que j’en sais et ce que j’ignore encore. Dans des mots qu’il faudra poser ailleurs que sur un carnet. Pour se donner la chance d’un nouveau départ, quel qu’il soit.

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Tout ce qu’elle est

Derrière ses révoltes, ses éclats, ses failles. Derrière le voile de ses pensées, de son passé. Derrière l’épouse, l’amie, la mère, il y a cet être à part. Je le vois dans son regard, dans ce qu’elle transpire quand en résonnance avec le monde, elle respire.

Quand elle pose son regard plein de points en suspension sur l’univers en contrebas, qui se contredit sans cesse. Et dans son souffle de fée un peu malmenée par la vie, quelque chose nait comme une prière dans un langage que seule, elle, connait.

Un langage qui la relie au vivant, à l’espace entre la nuit et la jour, au silence.

C’est une fille du silence, oui, celui des gorges et des profondeurs de la terre, des déesses qui à mains nues remuent les tourments pour que germent les plantes guérisseuses. Et dont le sang devient noir lorsque la lune éclabousse le ciel de sa clarté fantasmagorique.

C’est une fille des mots, dont la confiance se tait devant les assauts du vent. Et dont les maux tremblent d’incompréhension. Existe t-il quelque part un sens, une raison?

C’est une fille des mystères, ceux qui attendent patiemment d’être approchés, percés. Et ceux qui dans le calme de l’ennui se taisent pour ne pas froisser ses ailes d’ange affamé de vérité.

Si seulement elle savait tout ce qu’elle est…

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Une invitation à la méditation

Je regarde les bulles se perdre, monter et descendre, en cadence, se cogner et s’éloigner, se faire la cour en douce, se chercher, se frôler, se trouver, s’ignorer puis s’embrasser. Elles collent leur museau contre la membrane qui les sépare du reste du monde, histoire de voir ce qui se passe ailleurs, sans pouvoir s’échapper, prisonnières de leur étui de verre.

Parfois elles sautillent, légères, pétillantes, mais si éphémères. Elles luttent pour gagner la première place, puis quand la bouche s’approche, elles se rétractent, imprévisibles, espérant sauver encore quelques secondes avant de s’évanouir pour toujours.
Je les étudie, séduite, nostalgique. Et si le verre se brisait, qu’adviendrait-il de ces bulles si fragiles ? S’envoleraient-elles dans l’air ou s’écraseraient-elles, solitaires, sur le bitume ? Seraient-elles complètement perdues en dehors de leur cocon ?
Je tourne les yeux vers toi, apaisé entre mes bras, avalant avec bonheur ton biberon, dont les bulles qui glissent dans un frisson, sont une invitation à la méditation.

Ce texte court fait partie de mon recueil Chuchotis et Ricochets disponible sur The Book Edition

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Un point d’interrogation

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Tu restes le mystère, l’énigmatique personnalité qui m’aura fait le plus grandir“.

Quand les mots se sont posés sur moi, j’ai pris une claque, celle de la vérité. Nous ne nous étions pas parlées depuis des mois, nous échangions quelques lettres qui ne disaient que le bleu du ciel, le soleil frileux de l’été. Nous esquivions les maux comme deux combattants fragiles. Nous tentions de maintenir à distance les tremblements, les turbulences. Nous ne nous étions pas vues non plus. Pour ne pas nous blesser davantage. Je voulais la distance pour éviter les questions. Je marchais à reculons sur un chemin dangereux et je savais que son regard verrait au delà de l’assurance que j’affichais. Je savais qu’elle poserait les yeux sur la peur et que cela me ferait vaciller encore un peu.

Ma mère ne m’a jamais cachée qu’elle avait du mal à me comprendre, mes réflexions comme mes comportements ni qu’elle s’était sentie perdue bien des fois devant mes choix, mes pensées, mes cheminements intellectuels, mes émotions vives. Mon père reste lui, en retrait, bousculé par une façon d’être qui le perturbe. Ni l’un ni l’autre n’ont pourtant jamais manqué une occasion d’exprimer leurs sentiments.

Je me rends compte seulement aujourd’hui combien cela a dû être déstabilisant pour eux. J’ai passé plus de temps à me rebeller contre l’incompréhension qu’ils affichaient plutôt que d’essayer de comprendre ce qui pouvait à ce point les mettre mal à l’aise. Peut-être bien que ma personnalité me met moi-même mal à l’aise, peu de gens me comprennent, je passe plus de temps à justifier mes failles, mes goûts, mes émotions à fleur de peau, mes peurs. Si je me suis éteinte si longtemps c’était moins pour faire comme tout le monde que pour avoir la sensation de ne pas me sentir si seule sur le chemin. Avoir la sensation, même illusoire, d’appartenir à une entité, un tout, c’est extrêmement rassurant. Pour beaucoup.

Quand ses mots se sont posés, quelque chose a explosé. Finalement peut-être que tout cela n’est pas vain, que je ne suis pas un point d’interrogation pour rien…

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Les amoureux du RER B

Là, sur la plateforme du RER B, j’observe du regard les deux amoureux enlacés à mes côtés. Il est huit heures du matin. Au bout de la ligne, mon bureau m’attend. Les dossiers qui s’entassent ne font que meubler l’espace. Je m’ennuie considérablement. Travailler pour faire un métier qui te plaira, mes parents m’ont bien eu. Ou bien, ils y ont cru. Pourtant, j’ai pris plaisir à étudier, à passer des heures dans des amphithéâtres surchargés, à lire et relire des cours donnés, tantôt par des professeurs passionnés, passionnants, tantôt par des survoltés, complètement barjos.

Pour passer le temps, je déambule entre les étages, m’arrête chez une collègue pour papoter, échanger quelques anecdotes qui feront le tour des services en un rien de temps. Je reviens à mon poste, sans grande conviction et tente de m’atteler à une tâche compliquée. Je me dis parfois que je pourrais reprendre des études, demander un congé formation ou partir à l’étranger pour parfaire mes langues, puisque rien ne me retient à Paris.

Je vois d’ici la routine de ma journée à venir. Le téléphone sonne. Horreur. Je déteste la musique assassine de l’appareil. Elle perturbe mon rythme. Elle vient interrompre ma maigre concentration. Elle me force à arrêter mon travail. Elle stoppe ma pensée en action. Le téléphone continue de sonner. Le mien ou celui d’un autre. Dans mon bureau ouvert sur le monde, on dirait que je n’entends que le staccato qu’il produit, à longueur de temps. J’attends. Je compte les secondes entre chaque sonnerie. Je me fige. La musique continue. Je tente de me concentrer sur autre chose, sans vraiment y arriver. Rien ne m’intéresse. Le téléphone s’arrête enfin. Je reprends mon souffle. J’écoute le silence. Je m’en délecte. J’en abuse. Jusqu’à la prochaine sonnerie. Il faudra que je décroche cette fois pour régler un énième conflit administratif.

Au loin, j’aperçois le signal qui indique qu’il y a un problème sur une des lignes du réseau. Encore un. Toujours à l’heure de pointe. Souvent le matin. Je suis contente de ne pas être coincée dans un métro à l’arrêt, entourée de personnes, qui au fur et à mesure du retard pris, se crispent, s’énervent, se mettent à chercher frénétiquement un autre moyen d’être dans les temps à destination, sans y parvenir. Sans compter l’odeur des corps en chaleur qui devient vite insupportable.

Regarder les couples se retrouver, se quitter, se dire au revoir pour quelques heures, peut-être plus, se dire adieu des fois, c’est mon péché mignon. C’est très cliché une plateforme ou un quai de gare, mais je les envie parfois, moi à l’étroit dans ma vie de célibataire, trop souvent confrontée à moi-même, à mes doutes de fille seule.

Je me prête alors à mon jeu favori : imaginer leur vie, deviner leurs pensées. Je les décortique, les scrute, les assomme de mots silencieux, d’adjectifs subjectifs, à l’abri derrière mon livre. Je les dessine ailleurs, au bureau, dans leur quotidien, avec leurs familles, leurs amis, leur patron. Je me demande bien ce qu’ils font dans la vie, ce qu’ils ont comme envie, à quoi ils rêvent, la tête sur l’oreiller, la nuit, les plans qu’ils tirent pour les années à venir.

Ce matin, les deux pieds sur la plateforme, je ne sens pas le sol. Je plane quelque part entre mon espace et leurs deux corps en fusion. Ils se serrent, se boivent, parlent peu. Leurs regards se croisent, se perdent. Leurs yeux s’habituent mal à la lumière froide des néons. Leurs mains se frôlent quand elles ne se fondent pas l’une dans l’autre. Leurs bouches s’entrouvrent légèrement pour laisser passer l’air. Juste un peu d’air, le minimum vital pour ne pas perdre l’équilibre Ils ne guettent même pas les minutes qu’il leur reste. A cet instant, nimbé de lumière, leur univers est en suspens. Le RER approche et je sais que, d’ici peu, cette image aura disparu de la surface de la terre, se sera perdue. Leurs mains dessinent des formes qui viennent mourir sur les murs gris de la station. En l’espace d’une seconde, ils ne sont plus un corps mais deux êtres qui s’éloignent du présent.

Je voudrais détourner mon regard mais je n’y parviens pas. Elle referme son manteau sur sa fragile personne, s’apprête à monter dans le RER, puis s’élance à son cou, un baiser fougueux au bord du cœur. Il la saisit au vol et je me plais à m’imaginer dans les bras de cet anonyme. Juste pour ressentir à nouveau cette passion d’autrefois, ce bouillonnant vertige et me dire que je peux encore faire tomber les hommes, avoir des amants, pour à nouveau avoir le corps fiévreux, me sentir belle dans le regard d’un autre miroir, plus délicat que le mien. Quand il s’agit de faire mal, je suis la première à me porter le coup de grâce. Dommage.

Le RER s’éloigne, son visage collé contre la vitre, son corps épouse la porte à la propreté douteuse. Elle s’en moque. Il ne la quitte pas des yeux, sa main tremble. Il regarde autour de lui, la plateforme est presque vide. Il saisit sa valise, hésite, marche en direction de la sortie, ose un coup d’œil en arrière, comme pour s’assurer qu’elle est bien partie. Son visage se ferme, dans ses yeux une larme s’invite. Trop tard, il la balaye d’un coup de manche, c’est vrai qu’on oublie souvent qu’un homme ça ne pleure pas. Dire qu’il y a encore des personnes pour croire à ces inepties-là !


Je le regarde s’engouffrer dans les couloirs sans fin de la gare, c’est alors que je me rends compte que je viens de manquer le deuxième RER B de la matinée. L’écran s’allume et annonce un prochain train dans vingt minutes. Il est neuf heures, en retard comme d’habitude, il va falloir trouver un nouvel alibi : regarder les amoureux se quitter, ça devient louche !

Nouvelle extraite de mon recueil La Vraie Vie disponible sur le site The Book Edition