Merci pour le croissant !

Je l’ai savouré sur le chemin du bureau. Je ne mange jamais un croissant d’une traite, j’y vais en douceur. Je découpe des petits morceaux avec mes doigts. C’est ma manière de faire durer le plaisir. J’ai retrouvé avec délice le goût du beurre, la texture de la pâte, croustillante. J’ai respiré l’odeur de cette gourmandise matinale offerte – avec son sourire en prime.

Je n’ai pas résisté à l’envie d’écrire. Elle se fait toujours pressante. Je me dis souvent qu’il faudrait lever le pied. Toutefois les mots sont là, je ne peux les retenir. Et puis j’en ai mare des “il faudrait”.

En déposant Loulou à l’école, sa maitresse, pleine de bienveillance m’a parlé de ses premières impressions. Depuis l’année dernière, je redoute le corps enseignant, sa norme qu’il dispense à tout va dès qu’un enfant est un poil différent – ne le sont-ils pas tous à cet âge-là ? Je la trouve intéressée par les enfants, les parents. Elle prend le temps depuis cinq jours de dire “bonjour”.

On sous-estime trop souvent l’impact d’un sourire, d’un regard, d’une attention. Soyons plus attentifs aux bonheurs du quotidien. Et la vie prendra une autre saveur.

Advertisements

Quand je serai grand(e)…

Crédit Pixabay

Combien d’entre nous pensent que nous sommes trop « tellement de choses » pour ne pas pouvoir vivre une vie en accord avec nos aspirations, pour ne pas avoir le droit de rêver, d’aimer, d’être aimé. On s’est tous dit un jour ou l’autre « à tel âge je serais ici ou là, j’aurais réussi  ci ou ça, j’aurais telle ou telle chose ». Le constat n’est pas toujours à la hauteur de nos idéaux. Est-ce un mal ?

Nous ne voulons surtout pas rentrer dans des cases, en pensant que nous valons mieux, mais quand les cases ne veulent pas de nous, nous nous sentons frustrés, bons à rien, sans intérêt, inaptes au bonheur.

Tout le monde ne souhaite pas la même chose. Nos valeurs nous sont propres comme ce qui a de l’importance à nos yeux. Il n’existe pas de modèle à suivre, ni de guide pratique pour avoir la vie d’un tel, vie qu’on imagine le plus souvent mais dont nous ne connaissons rien. Derrière le masque, le sourire de façade, il y a tout ce que l’on cache si bien pour que les autres ne s’y attardent surtout pas.

On se dira parfois qu’une vie fait envie et puis en se rappelant qui nous sommes, nous comprendrons que ce chemin-là, pris par d’autres, ne nous conviendrait pas. Il n’existe pas de bons ou de mauvais choix, juste des expériences tentées, avortées ou réussies, des expériences qui nous forgent à chaque instant.

Comment vouloir avancer au même rythme quand on n’a pas la même histoire, ni la même donne de départ ? Comment vouloir dépasser ce qui nous empêche d’avancer sans y faire face une bonne fois pour toute ?

Tant de gens prennent tant de voies déjà conquises, balisées par peur. Tant de gens ne prennent la mesure de la vie qu’une fois au bord du précipice. Tant de gens fuient, s’excusent d’exister, vivent en marge, se lassent face à un combat qu’ils croient perdu d’avance. Parce qu’à tel âge, ils ne sont pas ici ou là, ils n’ont pas réussi ci ou ça, ils n’ont pas telle et telle chose ou telle ou telle personne à leurs côtés.

Notre parcours de vie n’appartient qu’à nous. Il est le fruit de nos errances et de nos chances, de nos espoirs et notre chaos, de nos histoires personnelles, de nos passés, de nos choix et de nos défaites, des sentiers pris, communs ou de traverse. Rien n’est linéaire. Rien n’est mieux qu’autre chose. Rien n’est parfait. Tout est à écrire chaque jour, selon ce qui nous semble juste pour nous, sans s’occuper de ce que le reste du monde pense ou juge « bon » ou pas.

Nous n’avons pas de date limite pour faire telle ou telle expérience. Nous pouvons tout nous permettre, tout essayer, tout oser, tout créer. Le tout est juste de ne pas baisser les bras. Même quand tout nous pousse à le faire. Le tout est d’y croire sans relâche et de se dire que ce dont nous rêvons, nous le méritons. Comme tout un chacun.

Le pouvoir entre nos mains

Comment dans notre pays de droits
En sommes-nous arrivés là ?
Laisser des Hommes pourrir sur des trottoirs
Des gens mourir de désespoir

Nous nous révoltons
Contre l’État – les Institutions
Qui laissent la misère s’installer

Que faisons-nous contre ?

Nous n’osons même plus un regard
Nous passons sans les voir
Ces mendiants de l’essentiel
Aux existences pestilentielles

Nous demandons de l’attention
A l’État – Aux Institutions
Qui laissent la violence s’insinuer

Que faisons-nous pour ?

Nous pourrions gratifier d’un sourire
D’un bonjour sincère
Les enfants dont les rires
Inondent les heures de galère

Nous pourrions au moins
Les regarder
L’humanité au creux de nos mains
Les accepter

Sans attendre que d’autres
L’État – Les Institutions
Abolissent ces exactions

Grandir avec lui

Copyright Marie Kléber

Le laisser être, petit homme (petite femme) en devenir, qui s’insurge contre un « non » qu’il considère inadapté à sa demande somme toute recevable, mais à laquelle du haut de nos idées de grands, nous refusons d’accéder.

Le laisser vivre et exprimer la joie, la colère, le chagrin, même si celui-ci nous parait vain. Qui sommes-nous pour juger de ce qu’il ressent, du haut de ses quelques printemps ?

Le laisser s’accorder au monde, sans lui imposer une manière d’être. En lui inculquant les règles du bien vivre ensemble et des valeurs qui nous sont chères. Sont-elles celles des autres ? Valent-elles plus ou moins ? Ou rien de tout cela. Tant qu’il est question d’être en accord avec soi.

Le laisser trouver sa place au sein d’un espace, d’un groupe. Ne pas le brusquer tout en l’invitant à dompter ses peurs. Ne pas lui refiler les nôtres. Essayer au moins.

Le laisser grandir, à son rythme, sans toujours vouloir qu’il soit en avance, qu’il saute une classe, qu’il soit plus intelligent, plus sûr, plus éveillé, plus manuel, plus créatif, plus aventurier, plus câlin, moins casse-cou que les autres.

Puis le regarder, poser les yeux même quand tout autour nous invite à courir. Lui donner l’essentiel. Ne pas le trahir. Lui donner des ailes pour qu’il puisse voyager dans ces nombreux pays que seuls les enfants savent imaginer. Attendre qu’il revienne pour sa dose d’amour quotidienne qui lui donnera les clés pour grandir serein.

L’écouter. Dans les rires du jour. Et le silence du soir. Dans ce qu’il dit et ce qu’il tait. Dans ses impressions et ses appréhensions. Dans ses victoires et ses échecs. Dans ses idéaux (en essayant de ne pas perdre les nôtres en chemin). Dans ses aspirations et ses craintes. Dans ses forces et ses faiblesses. Dans ce qu’il a de nous et ce qui n’est qu’à lui.

Lui laisser la place et prendre la nôtre. Dans un équilibre sans cesse renouvelable, un rythme modulable.

Faire de son mieux aussi et croire en soi surtout.

Tous ces raccourcis qui nous pourrissent la vie

Virginie l’écrivait ce matin, l’inspiration est partout. Aujourd’hui, elle est arrivée dans une conversation entre collègues. Souvent j’écoute et je ne dis rien. Là, je suis intervenue. Ils parlaient d’un collaborateur en ces termes « il marche à deux à l’heure, il est lent, à côté de Laurence, c’est le jour et la nuit !» Il s’avère que cette personne souffre d’une grave maladie qui la handicape physiquement. Je le sais mais j’ai envie de dire il n’y a pas besoin de le savoir pour voir, ouvrir les yeux, regarder l’autre être et vivre. Et surtout ne pas tirer de conclusions hâtives.

Les raccourcis, nous les connaissons tous, nous en avons fait les frais, nous y avons recours parfois. Nous nous reprenons. Ou nous continuons à déblatérer sur l’autre, comme s’il n’était pas un être humain mais plutôt un meuble, une chose sans importance.

Je me dis assez souvent que les gens doivent vraiment s’emmerder dans leur vie pour parler autant de celle des autres. Et pas souvent dans des termes très élogieux. On en entend tous les jours des raccourcis du genre. Prêtez l’oreille, je suis certaine qu’à la fin de la journée, vous aurez au moins une anecdote à partager.

Je trouve ça triste. Les raccourcis peuvent être inoffensifs comme traumatisants. Ils peuvent faire sourire parfois, en fonction de l’humeur du jour, ou bien être à l’origine de troubles plus graves. On pourrait se dire qu’un raccourci, ça va. Le problème c’est que ce raccourci est souvent partagé. Un raccourci devient une rumeur. Et la rumeur, tout le monde le sait, ça prend des proportions que nous maîtrisons rarement. Sauf qu’une fois que le mal est fait, il n’y a plus de retour en arrière possible.

Un jour, on parle avec un collègue en sortant du travail. Le lendemain, on a une liaison.

Un jour, on file une fessée à  son enfant, à bout de tout. Le lendemain, on le maltraite.

Un jour, on pose un arrêt maladie. Le lendemain, on est une tire au flan payée aux frais de la princesse.

Un jour, on fait un compliment à une collègue. Le lendemain, on est poursuivi pour harcèlement sexuel.

Un jour, on prend une photo de son enfant de quelques mois nu dans son bain. Le lendemain, on est un pervers de la pire espèce.

Un jour, on refuse un verre de vin. Le lendemain, on est une fille coincée, mal baisée.

Un jour, la vie est ce qu’elle est, avec son lot de hauts et des bas. Le lendemain, elle change parce qu’une personne, au lieu de s’occuper de son nombril, a jugé bon d’aller colporter tout un tas d’inepties à votre sujet.

Bien sûr personne n’est à l’abri de dire des conneries. Mais tout le monde peut faire amende honorable. Ce n’est pas compliqué. Il suffit de se mettre à la place de l’autre pendant quelques minutes, généralement c’est assez efficace !

Quand il est temps de lâcher la main au passé

S’attacher au passé, c’est une façon de refuser les cadeaux du présent.

Je crois que je m’y suis assez attachée. Quand on a souffert on connaît le goût du douloureux. Et pourtant l’abandonner c’est presque comme renier une histoire, des faits, des maux.

Le présent me comble. A beaucoup de niveaux. Et cette sérénité, ce bonheur, je ne souhaite pas les laisser filer.

Je me rends compte que mes blocages ne sont que des peurs que je refuse de lâcher. Au départ ces peurs me protégeaient, comme une alerte face à un potentiel danger. Mais surtout elles témoignaient d’un vécu qui me donnait une légitimité. Ça paraît fou. Et pourtant si on retourne 15 ans en arrière, ce combat je l’ai voulu, souhaité. J’étais de celles qui pensait que pour être reconnue, appréciée, il me fallait lutter pour ou contre quelque chose. Je ne savais pas comment les choses se manifesteraient mais cela était devenu une évidence. Mes pensées de l’époque ont créé ma réalité des années après. Et j’ai eu de quoi me battre. Au delà de mes espérances!

J’avais l’impression que mon existence n’en valait pas la peine. En tant que moi je n’étais rien. En tant que victime, je devenais quelqu’un. Je suis devenue ce que je rêvais d’être.

Puis j’ai choisi de m’en sortir.

Et de vivre.

Et d’être heureuse.

J’ai surtout appris qu’en tant que personne j’avais de la valeur.

Il est temps, je crois, de lâcher le passé, en le remerciant de ce qu’il m’a apporté, pour pouvoir pleinement savourer le présent! Et ses merveilles!

Dis moi, tu as envie de quoi?

En discutant récemment avec plusieurs personnes, je me suis rendue compte que j’étais incapable de répondre à la question “tu as envie de quoi?”.

Est-ce que je n’ai pas d’envies?

Si j’en ai, bien sûr. Des envies toutes simples, superficielles, qui si elles ne sont pas satisfaites, ne nuiront pas à mon bonheur. Si on me pose la question, là maintenant, je dirais que j’ai bien envie de rentrer chez moi un soir, mettre les pieds sous la table et ne pas avoir à faire la vaisselle en prime! Pas le summum de l’originalité!

Est-ce que je me suis déjà posé la question de mes envies?

Ou est-ce que je me suis trop occupé des envies des autres – par envie de plaire aux autres – en m’oubliant dans l’équation?

Est-ce que j’ai appris à répondre seule à cette question, à satisfaire seule mes envies? Et du coup je me trouve à court quand quelqu’un pose la question?

J’ai des envies communes à beaucoup de personnes: avoir davantage confiance en moi, aimer mon corps avec ses “défauts”, lâcher prise Et puis des envies qui s’accordent plutôt avec mes rêves, comme m’acheter un objectif, prendre des cours de photographie, écrire un nouveau livre, passer une nuit dans les arbres, m’acheter une jolie robe pour sortir…

Une unique envie sort du lot: passer du temps avec les gens que j’aime. Que ce soit se poser au soleil, se balader ou partager un repas sur une aire de pique-nique. Toutes les idées me vont – c’est peut-être pour ça que je ne suis pas force de proposition. Du temps de qualité, des échanges, du partage, je suis comblée. Je ne dirais pas que je me satisfais de peu, même si c’est ce à quoi j’ai été habituée, mais tout ou presque me plait tant que je suis en bonne compagnie!

Au final, les personnes qui s’intéressent vraiment à moi, me regardent être, vivre, finissent par savoir. A ma place. J’aimerais pouvoir les guider, mais je me sens assez désarmée face à cette question à laquelle je n’ai bien souvent aucune réponse sur le moment.

Est-ce que vous avez des envies? Est-ce que vous savez les exprimer? Ou est-ce qu’elles sont enfouies? Ou bien vous êtes comme moi, un peu perdu quand on vous le demande ?

Ses mains, lui et tout le reste

J’aime ses mains. Je pourrais passer des heures à les regarder. A apprécier leur texture, leur puissance. A dessiner leurs traits, tendus, tendres. Je les regarde vivre, être, tenir, porter, accrocher les miennes, glisser sur ma peau, entre les fibres de mes jupes. Elles s’appliquent au plaisir et disent presque tout, presque plus que les mots, quand elles s’enroulent autour des miennes.

J’écris tout, je saisis chaque instant, je le grave sur le papier des jours, des nuits, je note l’essentiel, puis tous les détails dans le secret d’un jardin particulier. Le quotidien se pare de couleurs que je regarde danser devant mes yeux, sensible à la chance partagée, consciente que ce qui est, l’est dans une vérité que je ne redoute plus (autant).

J’ai encore parfois cette impression de vivre un rêve éveillé. Puis la réalité s’impose, à l’image du rêve que j’ai maintes fois dessiné, filant et défilant le ruban des images créées par mes pensées.

J’aime son sourire et sa manière de me faire rire, ses mots fétiches, le timbre de sa voix et l’éclat de son regard, la pudeur de ses sentiments, ses idées, tellement d’idées, les sujets qu’il aborde en sachant combien c’est dur pour moi d’en parler mais combien c’est important de sortir ce qui me tourmente, son écoute et son absence de jugement, enfin tout ce qui fait de lui la personne épatante qu’il est à mes yeux.

J’aime quand il est doux et quand il m’entraîne sur des chemins jamais empruntés. A ses côtés je me sens prête à essayer, oser davantage. A défier mes “jamais”, non sans peur, juste confiante, à dépasser les limites fixées dans d’autres espaces, par crainte d’appréhender ce qui se cache derrière le voile de la pudeur.

J’aimerais que cet amour là ne se termine jamais. J’ai tiré trop de plans sur la comète avant lui et les échecs qui ont suivi m’ont profondément affectée. Alors quand je laisse mon regard trainer sur la ligne horizontale de l’avenir au loin, je n’y cherche plus de certitudes, ni qu’un quelconque signe me rassure pour demain. Je savoure juste l’instantané, le seul temps qui compte se conjuguant au présent.

On change

Crédit Pixabay

On change. Pas l’essence. Juste l’enveloppe.

On se construit en se protégeant au fil du temps, comme si la vie était faite pour nous malmener. On apprend à penser aux autres avant soi, à faire attention, à donner sa confiance au compte-goutte. On désapprend l’exubérance, la joie d’être, le présent. On désapprend la beauté dans un grain de sable. On se métamorphose pour s’insérer dans une société qui catalogue dès le plus jeune âge. Puis on se rebelle contre l’ordre établi. Un peu. Beaucoup.

On se perd. Puis on se cherche.

On s’apprend au fil du temps, des rencontres, des échanges. On ne sait plus trop où, quand, comment. On avance à tâtons. On cherche sa voie. On se voudrait différent. On a du mal avec nos failles, nos défauts. On se voudrait plus comme ci, moins comme ça.

On attend des autres, on s’éloigne de soi. On pense que pour eux tout est plus simple, évident. On voudrait se fondre dans la masse, ne plus rien ressentir. On s’enferme dans le cercle vicieux de la mésestime.

On se met des limites, on s’impose des choix. On se bloque de l’intérieur. On se verrouille parfois. A double tour. On se cache derrière une armure. On se protège. On espère que la roue va tourner sans s’en donner les moyens.

On tombe. On se demande à quoi ça sert tout ça. On ne retient que les erreurs, les faux pas, les échecs. On se construit sur des fondations approximatives. On espère que ça tiendra.

On se perd. Puis on se trouve. On s’écoute enfin. On pense un peu plus à soi. On se regarde avec davantage de bienveillance. On rencontre des personnes qui collent davantage à ce que nous sommes, ce que nous souhaitons devenir. On s’accepte. On se respecte. On prend conscience que le passé est un tremplin, l’avenir une page à écrire. Nul ne sait de quoi demain est fait. On vit au présent. On avance plus sereinement. On met en lumière ses victoires, ses progrès. On se sent plus léger quand on cesse de se convaincre qu’on a quoi que ce soit à prouver. A soi. Au monde.

On ne change pas vraiment. On évolue. On retrouve notre essence. On nous révèle. On se révèle. On ôte toutes les couches de ce qui n’est pas nous. On ose prendre notre place. En nous. Autour de nous.

Construire à deux

J’ai posé cartes sur table dès le commencement. Lui aussi.

Tous mes “jamais” l’ont fait sourire. J’ai mis mes peurs par écrit. J’ai délié le fil de mes plus intimes secrets (j’en ai certainement d’autres). Je me suis livrée, non sans état d’âme. J’avais confiance. J’ai pris le risque qu’il soit comme les autres, qu’il parte en courant. Ou qu’il soit différent (j’ai bien fait).

Si j’avais demandé des conseils, on m’aurait dit de rester discrète, de ne pas m’emballer, de distiller les informations au compte goutte, de faire attention. Je crois que chaque relation est différente, que nous sommes tous plus ou moins pudiques, plus ou moins sensibles à ce qui se dit ou ne se dit pas.

J’avais besoin de sortir ces choses, de laisser les blessures, les cicatrices s’exprimer, j’avais besoin de savoir que je pourrais dire « non » sans craindre un éventuel revirement de situation. Je savais qu’un « non » reconnu ouvrirait la porte à des « oui » assumés.

Quand par curiosité, je refais le film du premier échange, du premier contact, il est certain que mes sentiments existaient avant de l’avoir rencontré en chair et en os.

Je ne savais pas où cela nous mènerait, j’ai juste pris le pari d’y croire. Lui également. Malgré les déceptions, les séparations douloureuses, malgré le temps qui malmène les cœurs, malgré les doutes. Comme si il y avait une force plus forte, une envie plus intense de ne pas laisser le train partir sans nous.

J’étais fébrile à l’idée d’offrir mon cœur, de laisser mes sentiments s’exprimer. Et pourtant tout s’est fait naturellement, même si certains caps ont été plus difficiles que d’autres à passer, si les questions ont été nombreuses (et le sont parfois encore), le bonheur parfois difficile à accepter comme légitime (un comble !).

Je crois que ce qui a fait la différence c’est d’avoir misé sur l’honnêteté dès le départ. Puis l’investissement de chacun, le soutien, l’attention, le respect, son écoute, la sincérité, les sentiments bien entendu,  un juste équilibre, pour aller de l’avant et construire quelque chose de beau, libre et vivant. A deux.