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Pile ou Face

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Du fauteuil où je suis assis, par-dessus la couverture de mon livre – un pavé de quelques mille pages relatant les exploits d’un héros dans la fulgurance d’une guerre impitoyable, elles le sont toutes – je la regarde. D’un œil discret, distrait. Elle me fait l’effet d’un océan de fraicheur au milieu du carnage dans lequel mon imagination se perd à mesure des pages qui défilent.

Elle donne l’impression de s’ennuyer dans sa peau sage. Quelques gouttes se promènent sur le froissé de son déshabillé. L’eau chaude vient de couler sur son corps à l’abandon sous le jet, le savon vient d’épouser chaque centimètre de son être. Et j’ai préféré rester perché sur mon toit du monde aux allure d’apocalypse plutôt que de voyager avec elle.

Elle délaisse son déshabillé. Il échoue par terre, il s’étale. J’aperçois son grain satin, sa cambrure fragile avant qu’elle ne traverse la pièce, sans un regard vers moi. On dirait qu’elle le fait exprès. Elle enfile une de mes chemises et c’est comme si je m’enroulais autour d’elle, telle un serpent fou de désir. Je trace d’hypothétiques fantasmes sur l’écran de ses pensées. Elle n’attend qu’une chose, que je pose l’ouvrage, enfin. Que je délaisse ma guerre pour conquérir son territoire. Mais je reste là, à contempler la vie qui la traverse, enfermé dans mon silence de mort.

Elle prend place dans le fauteuil en face de moi, cheveux lâchés, pouls calme, visage dégagé, jambes délicatement croisées. Ses yeux sont deux billes de Sodalite qui me fixent et ne me laissent aucune chance de m’échapper. Elle se penche pour attraper une revue sur la table basse et la vision de sa poitrine, ronde, joliment dessinée, me rattrape. Le livre pèse lourd dans mes mains, je tente de revenir à ma lecture, mais les lignes s’entrechoquent.
Tout en elle respire la vie, l’envie, de moi, de nous, de ces ondulations réciproques qui nous promettent des acensions vertigineuses.

***

Je sors tout juste de la douche et avance vers le salon, nue, quelques gouttes perlent au bout de ma chevelure. Et s’échouent sur ma peau brulante. Je le trouve assis au même endroit que toute à l’heure, sur son fauteuil vieilli, les yeux rivés sur le manuscrit qu’il doit finir de lire pour demain, une histoire sordide – la guerre l’est toujours. Il lève les yeux vers moi, j’y décèle un fragment de peut-être, une hésitation, un brin de prudence.

Ma peau se languit de lui. La texture de mon déshabillé apaise légèrement la fièvre qui pointe. En guise de réponse à ma proposition pour la douche, il a esquissé un geste de la main. Il savait qu’en m’accompagnant il pouvait dire adieu à son roman jusqu’à une heure avancée de la journée.

J’enfile une de ses chemises, à défaut de pouvoir avoir ses bras dans lesquels me lover. Un magazine pour patienter, un regard indifférent, un soupir inoffensif, un croisement furtif, un déplacement subtil. Combien de manœuvres pour qu’il cède? Dans combien de temps délaissera t-il son bouquin pour venir s’enivrer avec moi des parfums de l’aventure?

La mort ne l’intéresse pas, il lui préfère la gourmandise de la vie. Je perçois son combat intérieur à sa façon de tourner les pages, à ses sourcils interrogateurs, à son regard horizontal, ses pieds qui bougent au rythme d’une musique pétrie d’impatience. Il n’accroche plus avec les lignes, il a perdu le fil de sa lecture. Il résiste pourtant à l’envie de poser l’ouvrage et de me rejoindre.

C’en est presque jouissif de le voir autant hésiter.

Texte original de 2019 – revisité

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Pour toi

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Je ne sais pas toujours te dire. Je me cache souvent derrière mes peines, mes angoisses. Je déteste les silences et pourtant je les laisse parler pour moi. Je me dis que tu comprendras et si tu ne le fais pas, tu partiras. Et alors j’aurai eu tort de croire que l’amour a tous les pouvoirs. Ca viendra ouvrir la blessure une nouvelle fois, celle qui depuis le début joue avec moi, celle de la cour d’école, celle des bruits des vacances, celle des rires en cascade dans la classe, celle de la salade de tomate, celle des clins d’oeil en douce, celle des mots qui cognent et des murs qui cachent, celle qui menace de révéler au monde ce que je suis et ce que je ne suis pas.

Je ne m’excuse pas, ou peut-être que si, d’être comme je suis avec ma quantité de points d’interrogation, mon besoin d’être rassurée, de me sentir en sécurité, avec mes chocs et mes bleus à l’âme qui se font moins troublants mais qui restent comme autant de lames prêtes à danser sur ma peau nue, quand ma bulle se fendille, quand tes pas se font lointains.

Mes blessures ne disparaitront pas, j’ai cru à tort que je pouvais, par le seul pouvoir de ma pensée les reléguer dans un coin éloigné du temps. J’ai perdu de précieuses années à tenter de les étouffer. Je dois juste accepter qu’elles font partie de moi. Un peu comme la peur ou la nostalgie. Lutter contre ne fait que leur donner plus de force.

Je voudrais ne te dire que l’amour, ce qu’il creuse en moi, ce qu’il desserre de nœuds, ce qu’il insuffle de vie, ce qu’il m’offre de confiance, de joie. Je n’y arrive pas tout le temps. Alors je me replie comme pour étouffer mes maux. Je redeviens une enfant fragile qui dans le sommeil tente de se cacher, pour fuir la folie qui fait son lit dans le creux des jours.

J’écris, j’écris pour venir à bout de ce qui me retient, pour oublier les destins liés et le coeur trouble. J’écris pour me souvenir de la douceur de tes mains et la chaleur de ton sourire, pour ne pas oublier que c’est ce qui dans la balance pèse plus lourd que ce qui m’oppresse. J’écris pour comprendre pourquoi cette liesse puis pourquoi ce vide soudain.

J’écris pour les mots que je ne sais plus dire, pour ce qui reste un mystère, pour graver quelque part le bonheur, pour ne pas le laisser partir. J’écris pour garder de la substance quand tout s’évanouit. Et qu’il ne reste plus que des yeux humides pour dire les émotions, ma main qui cherche la tienne pour m’assurer que tout cela est bien réel.

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Balade poétique

A l’heure où le jour baisse ou se lève, je suis à ma table, crayon en main, carnet ouvert sur une page lignée. Un rituel d’il y a longtemps. Que ce soit pour noter les rêves de la nuit, pour mettre de l’ordre dans mes pensées ou juste mettre en forme ce qui me passe par la tête.

J’ai renoué avec la poésie, pas celle du coin de table, entre deux émotions. J’ai renoué avec celle des débuts, celle des premières rimes, celle né du déclin du jour sur un air de Van Morrison, dans une petite chambre d’un quartier Dublinois. La poésie aux accents anglais, la virevoltante dans l’air frais, la poésie de la pluie et des saisons.

J’ai retrouvé l’envie, celle d’écrire et de décrire le monde devant moi avec les vers d’autrefois. Ne plus seulement dire ce qui est mais le faire danser sous mes doigts et me joindre au ballet des mots.

J’ai décoré la couverture de mon carnet. Un écrin pour poser là tout ce qui passe. Un peu moins de chaos et un peu plus de paix. Tout ou presque de ce qui m’émeut et en plein cœur me touche. Un brin de nostalgie à l’écoute d’une chanson, les feuilles des arbres qui se transforment, les nuages en mouvement, un thé fumant.

Et si j’y arrive un jour, le sourire qui se dessine quand je le regarde vivre, rire surtout, oui rire aux éclats, inventer des monde à partir de trois fois rien. Et si je le peux, peut-être, la force élégante de ses mains, ce quelque chose d’insaisissable que je ressens quand mon regard se pose sur la contracture, le tracé des veines, la peau voyageuse.

J’explore des territoires jusqu’alors inconnus, je me laisse porter par ce qui vient, cet air transparent, le tumulte, le silence profond, la grâce de cette nouvelle saison. Et les mots s’offrent à moi comme si ils attendaient depuis longtemps que je retrouve le chemin des poèmes d’antan…

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Couple: Attention Danger!

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Ecrire sur le sujet, j’avais donné. Je m’étais même dit que je pouvais tourner la page, de toute façon si les expériences des uns servaient aux autres, ça se saurait et le monde serait plus beau et moins cruel que ce qu’il est. Toutefois je ne peux pas oublier que l’expérience d’une femme est ce qui m’a en partie sauver la vie. Alors, que faire?

En en discutant avec ma sophrologue lors de notre dernière séance, je me suis rendue compte que de toute manière, que je le veuille ou non, cette expérience (comme les autres d’ailleurs) faisait partie intégrante de ma vie, que je pouvais la reléguer au fond d’un placard si je le souhaitais en me disant que je l’avais dépassée, qu’elle resterait ce qu’elle est et qu’elle pourrait potentiellement se rappeler à moi de temps en temps.

Alors, voilà, j’écrirai encore, de temps en temps, sur le sujet. Parce qu’il est d’actualité, parce que j’en ai marre de voir qu’on ne parle que de violence physique, alors que la violence revêt plein d’autres formes, parce que quand j’écoute les gens parler, il arrive que beaucoup de feux rouges s’allument et que si tout le monde se tait, la violence continuera à faire des victimes.

En écrivant mes états d’esprit ce matin, je me suis demandé à quoi ils auraient ressemblé si je les avais écris il y a 10 ans. Et bien, à peu près à ceux d’aujourd’hui ou de la semaine dernière. Parce qu’à l’époque quand je parlais de ma vie de couple, j’occultais complètement le moche. C’était une manière de me protéger. Si j’avais ouvert les vannes j’aurai perdu pied. J’avais besoin d’afficher un bonheur sans nuage pour survivre à mon quotidien. Mais attention, tout n’était pas noir et c’est bien pour cette raison que j’arrivais à me persuader que ce qui n’allait pas ne faisait pas le poids avec ce qui allait! Un bon dîner et j’oubliais les heures d’angoisse, un café pris en terrasse et j’occultais le silence glaçant des 7 derniers jours, un restaurant et je mettais sous le tapis les humiliations régulières.

Et puis je lui trouvais des excuses, une enfance difficile, une intégration compliquée, l’éloignement de sa famille, de sa culture. Parce qu’il en avait chié, il avait le droit de me pourrir la vie. La solution de facilité! Sauf que rien, absolument rien, ne légitime la violence, qu’elle soit dans les mots, les gestes, les menaces, la domination. Arrêtons un instant d’essayer de comprendre les bourreaux et intéressons nous pour de vrai aux victimes.

Alors mes états d’esprit auraient été plutôt positifs, ils auraient été le reflet d’une réalité rêvée, pour ne pas tomber, d’une réalité maquillée, pour que personne ne sache. Si quelqu’un avait su, quels auraient été mes choix? Partir, je n’en avais pas le courage. Pas encore. Alors qui aurait compris? Qui aurait compris que je reste dans une relation destructrice qui me bouffait mon énergie et ma santé psychique? Qui aurait permis que cette mascarade continue? Qui serait resté à mes côtés?

Tout le monde ou presque avait des doutes, mais je donnais si bien le change que c’était difficile de voir au delà de la façade tranquille et souriante que j’affichais en toute circonstance à l’extérieur. Les larmes, les cris, ce n’était que chez moi, la porte fermée à clé, quand je savais qu’il n’était pas là. Je n’ai jamais parlé de lui en négatif. Il faut dire qu’au début c’était presque un dieu pour moi. A cette époque, je ne voyais pas le toxique, je pensais que ses sautes d’humeur, ses mots blessants, ses attitudes déplaisantes étaient liées à une très grande sensibilité. La belle affaire! A cette époque, j’étais dans la remise en question permanente. Je me disais que c’était à moi de changer, que c’était moi qui voyait le mal partout, qu’il fallait juste le comprendre, que la vie à deux c’était des hauts et des bas et que tout allait bien, donc. Je ne voulais pas voir que j’avais changé (et pas en bien), je ne voulais pas voir que j’étais malheureuse. J’étais dans le déni total. Je dérivais sans m’en apercevoir.

Alors bien sûr aujourd’hui c’est plus facile pour moi de voir les signaux d’alarme. Ce qui ne veut pas dire que je puisse faire quoi que ce soit ou que je sois à l’abri. Par contre je peux écrire, je peux dire et je peux alerter. Après, chacun son histoire, chacun son chemin et sa façon de le mener.

J’ai appris de cette expérience que le couple n’est pas tyran, il n’est pas toxique, il n’est pas là pour nous challenger sans cesse, il n’est pas conflit permanent. Il n’a pas vocation à nous montrer nos ombres, nos failles 365 jours par an. Le couple n’est pas la domination d’une personne sur une autre ni la soumission d’une personne a une autre. Le couple est complémentaire et si il nous apporte plus de larmes, de peur que de rires et de confiance, alors la question “à quoi bon vraiment le vivre” se pose?

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L’empreinte d’août

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Les mois ont leurs empreintes. Echos multiples riches de souvenirs. Les mois se parent des couleurs de nos émotions. Ils sont fragiles à bien des égards et savoureux aussi. Les mois filent au gré des évènements qui construisent nos vies.

Août a le goût de toi. Le goût des premiers pas hors d’une zone protégée, armure portée pour ne pas flancher. Un regard pour effacer des hypothèses. Août a ce parfum féérique d’un temps qui se met en pause et d’une pause qui dure sous un soleil éclatant. Août a ce goût de liberté, surprise au creux des mains que je ne cesse de contempler. Même au milieu des doutes, c’est août qui revient, sa lumière, ce sentiment d’appartenir à un autre univers, un cocon dans lequel il n’y aurait rien d’autre à faire, qu’être.

Août c’est toi, que le soleil soit de la partie ou pas. Il n’y aura jamais assez de mots parce que les mots ne peuvent tout dire. Et c’est peut-être aussi bien comme ça.

Août a une saveur particulière chaque année, une année de plus sur le calendrier, une année qui se déploie avec majesté. Avec toi. Dans un coeur à coeur qui me laisse sans voix.

J’ai accueilli août dans un frisson. Celui de ta main qui se pose sur ma peau. Me voilà rendue à la vie, fragile. En équilibre je reste, comme au dessus du vide. Il y a cette évidence, mais il y en a eu d’autres alors j’esquisse un pas vers toi, retenue par mille fils invisibles. Toi, tu sembles voir au-delà et c’est au contact de ton audace que la mienne doucement se dévoile.

Août, à quelques jours de la rentrée, comme une bulle dans laquelle je peux me poser, profiter de toi, retrouver la sensation exquise d’un partage, la douceur de ta peau, la tendresse de ton regard, le manque qui s’éclipse, cette force que tu me transmets juste en étant là.

Août comme un départ léger, un temps sans questionnement. Se souvenir et puis se taire. Pour apprécier ce qu’il est donné de vivre.

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L’éternité à portée de regard

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Certains mots ne peuvent décrire l’intensité de ce qui se vit. Ils planent entre l’instant et sa traduction sur le papier. Si je les mets bout à bout, ils pourraient bien faire fuir ceux qui voudraient me lire. Je passerai pour une illuminée. Je serai détentrice d’un mystère que nul ne souhaite approcher.

Et pourtant…

Dans l’éclosion du désir, dans l’élan qui pousse mon corps contre son corps, quelque chose s’éteint en moi, une nouvelle flamme s’allume. Je ne suis plus dans le « devoir », je n’évolue plus dans un souci d’être ce qu’on pourrait attendre de moi, ce que je considère comme « bien » ou « mal ». Je ne porte plus d’étiquettes, celles que je me mets seule d’ailleurs. Je ne réponds plus à de quelconques injonctions.

Si je me laisse couler dans cette fusion, si je lâche prise, mes peurs, mes doutes s’éloignent, mes responsabilités ne me paraissent plus si lourdes à porter.

L’étreinte est saturée de sentiments qui s’expriment sans verbiage. Elle sera soit douce, violente, enveloppante, intense, en fonction de ce dont mon corps a besoin. Je me poserai dans un espace sans contrainte autre que celles auxquelles j’adhérerai.

Si je ferme les yeux, le ressenti sera différent. D’autres sens prendront le relais. Je me livrerai peut-être plus effrontément, sans mon regard posé sur un quelconque « trop » ou « pas assez ». Si je cale ma respiration sur la sienne, alors je me fonds dans son univers. Nos désirs s’ajustent. Nos êtres créent une dimension qui n’existe que dans cette bulle-là – celle d’ébats qui nous relient à un cycle fait de dépossession de soi et d’éternité à apprivoiser.

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Je te…

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L’espace entre
Pores à la limite du corps
Effleurer le manque
La fièvre entre les interstices
Funambule en quête de risque
Attente impétueuse
Frissons fous à la base du cou

Je te
Voeu entier
Offert
Voeu chasseur de possibles
À la surface des cils

Je t’attends
Dans un temps impatient
Entre les fibres
Des voiles sur mes jambes nues
En pleine rue

Je te
Désir intense
Cruel
De ne pouvoir
Devoir de patience

Quand tout de toi m’appelle
À la célébration des sens

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Créer demain

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Egrener les souvenirs
Pépites de vie se glissant dans la mer
Gisements de terre
Or, argent, pierres

Temps d’avant gardé
Comme un trésor sacré
Nos voix mêlées

La marée est passée
Vagues, à l’âme secouée
Sable par l’écume ensorcelé

Egrener les souvenirs
Pour faire revivre l’histoire
A la lumière des nuits d’ivoire
Moments d’intense espoir

Dessiner demain
Sans laisser nos mains
Se perdre aux confins
D’une histoire ancienne

Hier fut aux couleurs de l’été
Saison sans faille avérée
Cœurs scellés
Pour le meilleur

La vague a chahuté
Nos corps séparés
Tels des chiens enragés
Lâchées les peurs

Nouveau matin
Perles de pluie sur le chemin
Complicité aux creux des reins
Infatigables créateurs de notre destin

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Fidèle

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Hier, j’étais belle. Magicienne, fée aux multiples pouvoirs. J’apaisais les cœurs esquintés. Souveraine de mes pensées les plus indiscrètes. Je savais donner, donner, donner. Si bien donner que j’y ai perdu ma sève.

Hier, j’étais amante. Etoile filante dans le ciel de tes nuits. Un morceau d’atmosphère en tenue de bal. Je m’enroulais sensuelle dans les plis de draps imaginaires. Tu épousais d’un regard les courbes de mon corps, blessé, aux cicatrices invisibles.

Hier, j’étais gardienne d’un secret, de ceux qui serrent un peu le cœur et font danser l’âme, qui se fiche bien du bien et du mal, qui a raison ou qui a tort.

J’ai existé. Dans le toucher de ta peau. Dans l’énergie de ton souffle. Dans la passion de ton étreinte. J’ai existé. Dans le vertige de tant de “il ne faut pas”. Dans la confiance de tout ce qui ne se dit pas.

Hier, j’étais femme aux milles voiles et fantaisies. De soie et de saphir. De lianes et d’or. J’étais le désir incarné, qui se consume en silence, par crainte de l’exubérance, à la limite de la folie. Tu m’as libérée de ce fardeau porté comme un sanctuaire à ne pas offenser.

J’ai existé. Dans tout ce qui a été donné. Généreusement. Et pourtant je me suis oubliée. J’ai oublié que j’avais ce pouvoir moi aussi de me ramener à la vie. Je n’ai jamais voulu que tu sois le pilier, le garant de ma sécurité intérieure, le gardien de mes rêves. Je ne veux pas que tu sois mon réconfort ou mon rempart. Comme une bouillotte les soirs de cafard.

J’ai oublié ma voix dans le tumulte des autres, dans tous ces yeux interrogateurs qui se demandaient pourquoi. Dans toutes ces vies bien mises qui ne comprennent pas. Moi, je veux vivre jusqu’à l’épuisement. Je ne veux plus entendre que je le mérite ou pas. Je veux retrouver le contact chaud de ta peau et la complicité, je veux me foutre du temps qui passe, amarrée à la saveur fou d’un instant avec toi. Le reste, ce sera pour une prochaine vie!

Nous ne pourrions pas vivre ensemble, nous le savons depuis le commencement. C’est sûrement pour cette raison que nos chemins se sont croisés, que nous avons fait ce choix, même inconsciemment. Parfois, je voudrai avoir les mêmes envies que les autres, pour ne plus me sentir si différente. Si souvent.

Reconquérir mon identité, ma place, dans cette vie. Une priorité. Celle que j’ai choisi d’honorer. Tout amour est une prise de risque. Peut-être que demain nous aurons pris d’autres chemins. Je ne veux pas que ce soit par défaut. Par dépit, parce que quelque part j’aurai, une fois de plus, laissé à d’autres, le pouvoir sur ma vie.

Oui je me suis manquée de respect bien souvent. Même avec toi. Pour quelques minutes, parce que je ne savais pas. Ou plus. Parce que j’avais peur. Parce que j’avais froid, j’avais perdu la conscience de qui j’étais.

Retrouver ma voix dans le chaos du quotidien, dans le manque fulgurant, dans l’inconfort. Laisser la peur filer. Reprendre ma plume pour exorciser les démons et faire vibrer la force de ce qui est. Ca ne durera peut-être pas. Je ne veux pas de liens, de ceux qui attachent. Je veux la liberté, tout en sachant qu’elle est parfois souffrance et chagrin, pour un cœur si peu habitué. L’avenir est à ciel ouvert, rien n’est écrit. L’avenir même en CDI a une part d’incertitude. Aucun engagement ne fait le poids.

Si j’en fais un, c’est celui de rester fidèle à moi même. Désormais.

Posted in O bonheur des sens, Tout un poème

Se retrouver

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Froissé de soi
Le rouge aux joues
D’or et de bronze
La peau parée

Souplesse des dentelles
Lignes accordées
Sur les épaules
Fragiles d’oser

Mon corps entier
Chante les louanges
Baiser chaste
Sur la peau des hanches

J’oublie le temps
Amarrée aux étoiles
Transparence des sentiments
Dans le murmure des voix

Vol au vent
Photographies d’un souvenir
Retrouver le plaisir
De se désirer autrement

Se dévêtir des habitudes
Croisements serrés
Besoin viscéral
De se posséder

Faire renaître des cendres
Comme un Phénix amoureux
La magie d’un premier rendez-vous
La tendresse d’une audace

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Challenge Ecriture #18

Qu’est-ce que cela ferait des projets ?

Projets de cœur, débattus au creux de la nuit, au dessin de l’aube.
Aube nouvelle, vierge de connaissance, de savoir.
Savoir que l’on se lèvera, un jour prochain, dans quelque habitude.
Habitude chérie, non de celle de la routine bien huilée, mais plutôt un temps comme un repère.
Repère, un phare, une lueur, une histoire.

Histoire de dire, histoire d’écrire une fin qui ressemblerait au début.
Débuts prometteurs, dans lesquels on oublie ce qui a le pouvoir de nous faire épouser une réalité que l’on tait, un secret.
Secret du cœur, corps en liesse, silence sur ce qui laisse des traces comme des éclats.

Eclats de vie qui doucement s’évaporent au gré d’un temps qui ne nous appartient pas.
Pas à pas, faire la lumière sur ce qui n’est pas, sur ce qui est juste.
Juste de quoi s’interroger sur les raisons d’une vie choisie, sans avenir, sans projet…

Retrouvez les autres participations ici: Chez Marie, Chez Mébul, Chez Josée

***

Pour la semaine prochaine (#19), je vous invite à faire une liste de 20 titres de chansons que vous aimez ou connaissez. Puis d’écrire un texte en intégrant ces titres! Bonne fête de la musique!

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En Vie de Toi

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Cette envie physique fulgurante, vivifiante, impulsive. Cette étreinte qui va chercher plus loin que tout ce qui se lit. Ce corps à corps intense, à la limite de l’indécence, ce jeu qui nous propulse dans un univers d’insatiable plaisirs à décliner à l’infini. Cet impact qui n’en finit pas de m’éblouir.

Cette envie de toi, plus que ton corps, ton être. Au coeur, au corps de soi. Ce que tu dégages, qui tu es, ce que tu me fais ressentir, la manière dont je suis quand je suis avec toi.
Respirer l’air que tu respires dans un espace partagé, dans un temps qui n’est que le nôtre sans obligations à honorer, sans que le tic tac des secondes ne viennent perturber l’instant de félicité que nous vivons au maximum.

Il y a eu, la peur, le manque, l’insécurité, les reflets du passé. Il y a eu les doutes au milieu de ces mois entre deux, dans lesquels nous étions l’un à l’autre, si longtemps l’un sans l’autre. Je ne vais pas dire que ça a été facile ni que parfois je ne me suis pas demandée comment nous allions nous retrouver.

Il y a encore et toujours la joie, la complicité, ce contact de nos peaux et le dialogue de nos coeurs, ces sourires sur nos visages qui en disent plus longs que les plus jolis mots du Monde.

Je n’ai jamais douté de nos sentiments, j’ai juste crains cette fuite du temps. Que l’habitude de l’absence l’emporte sur l’émouvante tendresse de la présence. J’ai saisi la main du trouble au creux des déceptions des autres, des fins douloureuses, des adieux déroutants. J’ai redonné du pouvoir aux blessures d’hier, avant de comprendre que ma sécurité intérieure était de ma responsabilité, que le choix de la joie n’était pas un leurre mais bien un droit naturel.

Si il y avait un regret ce serait celui de ne pas m’être assez écoutée, d’avoir laissé les cicatrices brûler un peu plus longtemps comme si le bonheur c’était pour les autres et que je ne pouvais pas tout avoir. Juste quelques miettes, tout au plus. Quand tout de nous m’appelait à la vie, quand chacun de tes gestes m’invitait à plus d’audace, le plaisir simple de goûter à l’instant. Quand tous nos rendez-vous me donnaient ce sentiment d’être invincible, d’être plus que toutes mes limitations.

Ce temps là est passé et un nouveau chapitre s’ouvre à chaque respiration, chaque intégration. Les regrets filent comme le vent et alors il reste tant à écrire. Toujours. Le beau, le juste, le meilleur, ce qui a le goût d’éternité, quand nos mains s’effleurent et font trembler les parois fines de nos émotions.

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Quête d’absolu

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A l’heure où je pose
Posais
Ces mots sur les lignes du cahier
Choisi pour recueillir les fragments de mes pensées
Tes pieds goutaient à la fraicheur de l’eau

L’amour est liberté
Ou ce n’est pas de l’amour
Ou l’amour est empêché
Dans un engagement
Une promesse
Qui le contrôle, le modèle
Rassurant sûrement
Rassurant de penser que nous pouvons
Le tenir entre nos mains
Qu’il est bien là
Bien au chaud
Qu’il ne s’envolera pas
Si on y fait bien attention
Rassurant et pesant
Cet amour comme lié
L’absolu entravé dans son épanouissement

Loin, l’amour prend son envol
Paré d’ailes qui l’emmènent
Plus haut que les gratte-ciels
Plus haut que les limites de la terre

L’amour n’est pas d’ici
Il est des profondeurs
Il est le mystère incarné
Celui qui nous plonge
Dans d’autres réalités
Insoupçonnées
Il est du ciel et des étoiles
Morceaux d’atmosphère vagabonds
Il est le cœur de vérité
Un cœur sans souffrance
Et sans attente
Cœur ouvert aux possibles
Aux accents extra-terrestres

Nous pouvons l’approcher
Le respirer
Mais nous ne pouvons pas parler de l’amour
Tant que de sa définition nous sommes prisonniers
Attachés comme des esclaves
A ce qu’il peut prendre et donner
Avides de preuves, de promesses
Démembrés quand l’amour file
Qu’il réclame ce qui lui appartient

L’amour
Le nôtre
Libre et vivifiant
Quand j’ose le laisser être
Douloureux et contradictoire
Quand le doute s’immisce
Quand l’amour se tait face à ce qui le dépasse

Je suis alors là où l’esprit erre

En quête de réponse
Savoir dire pourquoi je choisis toujours
L’ombre plutôt que la lumière
Les voies sans issue
Les chemins sans balise

on là où l’amour embrase le monde
De son incandescente clarté lunaire

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Challenge Ecriture 11

Je me trouve là, dans cet endroit désert, le silence tout autour, tout juste troublé par le bruit de la nature, sourd. Je l’attends.

Mai 2007

Elise et moi adorons cet endroit, reculé, loin du monde, ses interdits, ses murs hauts et son histoire à inventer. Une vieille maison bourgeoise que certains disent hantée. Ses fantômes doivent nous aimer pour toujours nous accueillir avec le sourire. Nous sommes riches d’une histoire aussi douce qu’un fleuve tranquille. Cinq ans, cinq ans d’un bonheur sans nuage qui fait dire à certains que ça ne durera pas, qu’il y a quelque chose qui ne tourne pas comme il faudrait. Elise et moi nous nous aimons comme au premier jour.

Mai 2014

Elise et moi, nous pensions que tout irait toujours. Pourtant c’est à cet endroit précis qu’elle m’a posé une question, à laquelle je ne m’attendais pas du tout, “Toi et moi, on va où?” En tournant les yeux pour échapper à la réponse, je me suis retrouvé devant un mur, un grand mur couvert de tâches rouges. Était-ce l’œuvre d’un peinture fou, plein de rage? Ou bien le sang de quelque squatteur passé à tabac? Je ne me suis pas approché. Le mur et sa réponse étaient terrifiants. Elise est repartie sans un mot et cet endroit chéri est devenu maudit.

Mai 2007

Elise et moi nous aimons mal. Comme beaucoup. Nous ne le savons pas, comme beaucoup. Nous ignorons les signes, les petits grains de sable, nous avons pris des habitudes de vieux couple même sans vivre sous le même toit. Nous faisons moins attention. Elise entretient une relation ambiguë avec son ex. Et moi avec mon boulot. Mais tout est beau sinon. Tout est lisse. Tout est envie et plaisir. Pas de belles promesses ni de projets d’avenir. D’ailleurs pourquoi il faudrait des projets? Pourquoi il faudrait s’engager? Elise et moi sommes sur la même longueur d’onde, nous marchons côte à côte sans but. Ca nous convient.

Mai 2014

Elise voulait autre chose et je ne l’avais pas vu. J’avais compris trop tard. Je lui en avais voulu, bien sûr, et puis je lui avais reconnu le courage d’avoir mis fin à cette histoire, non dénuée de sentiments, mais vouée à un “à peu près” qui n’était juste pour personne. Si bien que quand j’ai rencontré Sarah, je savais que ce serait différent, que ce serait plus fluide. Sarah et moi, c’était les montagnes russes, au moins là, personne n’y trouvait à redire. Sarah tenait à son indépendance et cela m’allait bien, un peu désabusée par ses précédentes expériences, elle ne souhaitait pas tirer de plans sur une potentielle comète. Sarah adorait les balades improvisées dans des lieux reculés. Ca nous faisait un point commun!

C’est elle qui m’avait donné rendez-vous là, dans cet endroit. J’avais ressenti comme des frissons à l’idée de revenir sur la scène d’un drame. Le mur était désormais blanc. Des couches pas très uniformes, qui donnait au lieu un cachet médical. C’était peut-être ici que les autopsies de mes amours étaient vouées à se tenir. J’avais peur, peur que Sarah me pose la même question, peur de me prendre le mur une fois de plus. Non, c’était impossible, Sarah et moi, c’était du solide, une histoire qui tenait la route. Je n’avais pas fait les mêmes erreurs qu’avec Elise. Je commençais à faire un petit tour d’horizon des derniers mois, histoire de me rassurer. A Sarah, j’avais même proposé de vivre ensemble, faisant fi de mes angoisses. A Sarah, je disais les choses, même celles qui me paraissaient ridicules. A Sarah, j’offrais des voyages. Nous étions plein d’idées nouvelles tous les deux!

Dans cet espace comme mort, tout juste maintenu en vie par la faune, la flore. La nature pousse et repousse les frontières du mystère. Je l’attends.

Retrouvez les participations ici: Chez Mébul, Chez Sweet Things, Chez Josée, Chez Justine

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Pour la dernière semaine sur le thème de la musique, je vous propose de la musique classique, la 9e symphonie de Beethoven – 3e mouvement. Les règles sont les suivantes: écrire un texte (pas de poésie) à la première personne du singulier. Le texte ne devra pas parler de la musique en elle-même mais de ce qu’elle évoque pour vous, ce qu’elle fait naître comme image(s) et émotion(s).