Nouveau corps

J’avais oublié

Le corps qui donne et qui reçoit

Le corps qui partage et respecte

Le corps qui laisse la place d’être

J’avais en mémoire

Le corps qui prend sans donner

Le corps qui ne partage rien

Le corps qui ne respecte rien

Le corps qui nie l’existence de l’autre

Il me reste

Des images

Qui s’évaporent

Au contact d’un autre corps

Des souvenirs

Qui se désagrègent

A la faveur d’un plaisir

Qui prend ses aises

Au creux de bras

Qui me protègent

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Cliché d’été

Texte (fiction) présenté pour le concours Au Féminin – Année 2016

Je me souviens de toi, visage tendu vers l’objectif, de ton bras gauche posé sur mes épaules. De mon visage souriant, sur le balcon, face à la mer. De ta main droite à mi-chemin entre mon torse et mon bas-ventre, partie en quête de sensations enivrantes. Le soleil du sud faisait trembler nos corps et dispersait sur nos peaux laiteuses de fines gouttes de sueur. La chaleur tropicale de cet été rendait nos nuits tumultueuses. Impossible de récupérer.

En avions-nous vraiment envie d’ailleurs ?

Non, nous n’avions qu’une idée en tête, nous aimer passionnément, sans perdre une seconde de ce temps sacré que nous savions éphémère. Nous ne pensions qu’à nous retrouver au milieu des draps, à nous étreindre sous la douche, à nous toucher du bout des doigts, à nous embrasser fougueusement derrière les persiennes ou au milieu de la foule compacte et bruyante des vacanciers en quête d’ombre et de fraicheur.

Le manque de sommeil se lisait dans nos yeux, mi-clos au réveil, notre regard vagabond, nos pupilles dilatées, comme si nous avions passé notre nuit à fumer des joints, le corps plongé dans un paradis artificiel. L’amour est un peu comme une drogue parfois. Il nous consume, nous retire toute faculté de penser. La passion prend toute la place. Rien d’autre n’existe que nous, sans passé, sans avenir. Juste deux êtres épris l’un de l’autre, sans jugement, sans doute.

Nous avions décidé d’un voyage improvisé, peu avant la date fatidique de la fin de ton contrat de travail et de mes examens de dernière année. Un luxe que nous ne pouvions pas nous offrir. Qu’importe, nous aurions tout le reste de notre vie pour être raisonnables. Notre jeunesse et notre insouciance comme seuls bagages, nous nous apprêtions à prendre un virage à 180°C.

Nous passions nos journées à l’intérieur, désertant musées, jardins publics, expositions. Le guide du routard posé sur la table de nuit ne nous servait guère. Il nous emmenait parfois en dehors de la ville pour un dîner magique face à l’océan brillant de mille feux. Qu’il était difficile, je me souviens, de rester sobre, alors que nous n’avions qu’une envie, nous rapprocher, nous serrer l’un contre l’autre. Le désir montait en nous graduellement dès lors que tu posais une de tes paumes sur ma peau moite ou que je plongeais mes yeux bleus dans le vert d’eau des tiens. Nous partions sans échanger un mot. Et retrouvions nos esprits une fois nos corps en fusion enlacés, la lune pour seul témoin. Nous tirions des plans sur la comète, souvent épuisés mais heureux.

La nostalgie s’empare de moi face à cette image de nous, de toi, posée sur la desserte de l’entrée. Dans ces moments-là, je ressens le besoin de m’isoler, le temps d’un court voyage au pays des souvenirs. Face à ce cliché parfait, retrouver mon insouciance. Et ta jeunesse éternelle.

Risquer le meilleur!

Le jour se lève sur la ville et dans l’air flotte le doux parfum de ta peau effleurée par chaque centimètre de la mienne. Un croissant m’attend sur la table du salon. La tête dans les étoiles, je glisse ma silhouette fragile entre les nuages. En équilibre sur le toit du monde, je contemple l’étendue de mon bonheur.

On en revient donc. Le corps s’adapte, retrouve de l’éclat au contact d’un regard posé, d’une caresse déposée . La vie reprend ses droits. Les cicatrices s’exhibent telles des victoires sur la toile de nos envies partagées.

On en revient. On retrouve la confiance. En soi. En l’autre. On se redécouvre, humain, vivant. On s’écrit à nouveau au féminin.

On oublie le goût âpre du chagrin. On se regarde. On s’attire. Nos univers explosent quand nos lèvres se posent sur nos fragilités. Le passé n’a plus de prise.

On en revient donc. Le corps réapprend le plaisir. Sans dégoût ni honte. Là où d’autres folies avaient piétiné nos rêves. Tout devient possible, sans entrave, sans ce regard qui juge. Celui qui contemple l’étendue de notre être en extrait l’essence. Et nos sens prennent le relais. On s’embrase en un clin d’œil.

On en revient donc. Et la force du présent nous fait oublier la peur. On s’offre conscient de la prise de risque. Prêt à risquer le meilleur!

Nouvel accord

Je ressens

Le manque

A la faveur

De mes doigts

Qui dessinent des baisers

Sur mes lèvres closes

Le manque

A l’orée

Des courbes

Sur lesquelles dansent

Tes mains

Au rythme du va et vient

De mon corps

Qui s’expose

A l’accord que tu proposes

Le manque

Au creux de mon cou

Le vide n’a pas de goût

Mon corps

Se souvient de tout

Un peu de silence…

Je ne pourrais dire pourquoi j’ai soudain besoin de ce vide, de cet espace pour respirer loin de ces mots qui chahutent et font plus de bruit que les voix autour de moi.

Je ne pourrais dire ce qui se passe dans mon corps, lourd, fatigué, qui réclame une pause, un peu plus que quelques heures de sommeil perturbées par des rêves déstabilisants.

Je ne pourrais dire mais je note tout ce qui passe en moi, ressentis, envies, désirs, histoire d’y voir clair.

Je me laisse le temps de revenir à mon équilibre, de retrouver mes marques. J’oublie souvent, prise dans le tumulte du quotidien, que j’ai besoin de silence, de calme, de paix, de temps pour me ressourcer, loin du Monde. Ma façon d’être et d’exister. Mon identité.

 

Filles de la nuit

Fille du soir

Sur le trottoir

Ses déboires

En bandoulière

Et l’espoir

Dans ses veines

Devient traces

Sur sa peau blême

Cicatrices que l’on se traine

Dans la nuit

Verre brisé

Regard perdu

Le folie glisse

Ses doigts

Sous sa jupe noire

Elle dérape

Le silence la rattrape

Elle oublie

Les mains moites

Ferme les yeux

Face à la nuit

L’âme se nourrit

De rêves inventés

Douceurs sucrées

Couvrir son corps

Et s’endormir

Au fond du cœur

Le sang transit oublie

L’atroce réalité

Du destin des filles de la nuit.

Moment de solitude

La foule. Un regard circulaire. Posé. Tenter de repérer une couleur, un sourire, une coupe de cheveux. Rien. Refaire le chemin en arrière. Toujours de loin. Doucement la panique s’installe. Les secondes prennent des allures d’éternité. Une douleur sourde monte, grignote doucement l’intérieur de nos entrailles. Les pulsations de notre cœur s’accélèrent. La peur gagne chaque parcelle de notre être. Rester calme, maître de soi quand tout tourne autour comme un manège sans frein. Nos yeux ne voient plus. Ou réalisent. L’enfant n’est pas là. Pas dans la foule compacte. Il n’est plus là. Le pire se bouscule à la porte de nos émotions. Tenter de maintenir le cap, de ne pas faillir. Puis au milieu de la foule, comme une lumière jaillie de nulle part, l’enfant tenu par d’autres mains se fraye un chemin. On s’entend bafouiller un « merci » qui dit pourtant toute la reconnaissance qu’on ressent face à la personne qui nous tend le fruit de nos entrailles, le visage baigné de larmes. On se serre fort. On ne dit rien. On remercie le ciel pour ce dénouement heureux, ces minutes suspendues face à un drame impensable. Et puis on prend sur soi. Ne pas laisser l’enfant prisonnier de nos craintes. Le rendre à la foule qui l’attire, à l’enfance insouciante.

En équilibre sur le toit du monde

Elle se tient, belle et sereine, en équilibre sur le toit du monde. Elle sait les creux de vague et les pics des montagnes. Elle apprend à se libérer du passé, à accepter  l’autre, ses faiblesses, ses erreurs de parcours. Elle apprend de son humanité et de tous les possibles qu’elle voyait comme inaccessibles. Elle se pose, sur le toit du monde. Elle regarde l’horizon. Le monde bouge en bas mais ses yeux restent braqués sur le ciel bleu, sur son corps en apesanteur, sur la vie qui bat dans son cœur, sur les rythmes qui la font danser. Elle trouve sa place, à son rythme.