Posted in Emprise et Renaissance

Je m’estime et je dis “stop”…

Je n’écoute plus. Je ne t’écoute plus.

Dans quelques minutes je vais raccrocher. Tu déverseras ton venin dans le vide. Je n’en veux plus.

Je sens que je rentre dans une nouvelle phase.

Il y a eu le premier cap, la petite musique dans ma tête qui tantôt disait « ne lui fais pas confiance », puis « donne lui une chance. »

Je faisais taire l’une, sans grande conviction, et croyait dur comme fer à l’autre.

Ne plus te faire confiance c’était comme accepter ma faiblesse d’avoir cru en toi et accepter que dorénavant nous n’avions plus aucune chance de garder le contact, en toute intelligence, pour notre enfant.

Un jour, j’ai compris. Ne plus te faire confiance, loin d’être un acte négatif, devenait un acte conscient, une manière de nous protéger, lui et moi, de ton emprise, de ton égoïsme, de ta manipulation.

Le deuxième cap est là, à portée  de main. Le jugement de divorce doit y être pour quelque chose. A moins que ce soit moi qui ai décidé qu’il était grand temps de dire stop.

Oui stop à tes mots qui vont trop loin. Stop à tes jugements sans fondement. Stop à ta manière de me hurler dessus quand ce que je fais ou dis ne te convient pas. Stop à tes menaces toutes aussi fausses les unes que les autres, énoncées dans le seul but de me foutre la trouille et de me faire plier. Stop à cette manière dont tu as de me parler, avec dégoût. Stop à ta mine de chien battu, qui veut me faire croire que tu es au fond du trou. Stop à ton mépris.

Je vaux mieux que ça. Je m’estime davantage pour ne plus penser que je mérite tout ça ou à défaut n’ai d’autre choix que celui d’encaisser sans broncher, sous peine de te mettre hors de toi.

Aujourd’hui je dis stop et je n’y pense plus.

Je vais te raccrocher au nez. C’est la seule chose que tu comprends. Tu vas certainement me maudire derrière ton écran de téléphone. Ca ne me fait ni chaud ni froid. Il y a quelque temps de ça, j’y aurais pensé pendant quelques heures, me remettant en cause, essayant de saisir le moment où tout avait basculé. Maintenant, j’oublie aussi vite. Tes sautes d’humeur ne me font plus d’effet.

C’est dans ces instants là que je me rends compte du chemin que j’ai parcouru et que je me félicite pour ces limites que j’arrive à poser, en toute sérénité…

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Posted in Emprise et Renaissance, Variations Littéraires

On s’écrit…

Je parlerais encore de toi. Avec moins d’animosité certainement avec le temps. J’arrive déjà à évoquer ton nom sans qu’une foule de souvenirs désagréables n’arrive par vague et ne me fasse flancher.

Je parlerais encore un peu avec toi. Pour lui. Le nécessaire. La vie de tous les jours, ses hauts plutôt que ses bas. Tu ne comprendrais pas ces derniers. Tu ne veux pas. Les bas c’est ton privilège. Puisque tout le monde est contre toi.

Je parlerais encore de toi. Au passé. Je ne dirais pas du mal. Je dirais juste la vérité. Et puis aussi que je ne t’en veux pas. Ou plus. Que j’ai compris et intégré que j’avais ma part de responsabilité dans cet échec – en est-ce vraiment un d’ailleurs ? N’est-ce pas plutôt une absence de réalité – ce « nous » comme on dit a-t-il un jour existé ?

Je parlerais encore un peu avec toi. De choses simples. Nous n’avons jamais eu de vraies conversations. Trop compliqué d’échanger. Surtout si l’un de nous doit absolument avoir raison.

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Je parlerais encore de toi. Pour les autres. Si. Il le faut.

Je l’écris. Notre histoire.

Et plus je l’écris, plus je comprends, plus j’apprends. Plus je réalise. Plus je m’écris, plus j’avance.

Plus je t’écris, plus je sais ce que je veux, plus je m’aime.

Je m’éloigne de toi. Je m’approche de moi.

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Enfin divorcée!

C’est officiel et c’est étrange.

J’ai attendu cet instant depuis plusieurs mois, un nombre incalculable de jours « avec » et de jours « sans ».

J’ai appris, contre mon gré, la patience.

J’ai eu peur, très peur. J’ai eu mal, très mal. Puis moins mal. Moins peur.

J’ai partagé mon histoire, mes souvenirs, sous tous les angles. J’ai tout lu, tout entendu. Je me suis justifiée. J’ai mis des mots sur les maux. Maux de la tête et maux du corps.

J’ai perdu pied. J’ai flanché. J’ai fait confiance.

J’ai arrêté de faire confiance. J’ai repris ma respiration bien des fois. J’ai tremblé. J’ai beaucoup pleuré aussi.

Le suite sur ENTRE NOUS

Réjouissez-vous avec moi!

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Lettre à Roger (3 & Fin)

J’arrive à la fin de cette lettre, parce que si je la continue mon roman ne servira plus à rien. Tant d’heures de travail, ce serait vraiment dommage. Et puis, elles sont nombreuses à l’attendre avec impatience. Je ne peux quand même pas les planter là !

Pour conclure, je souhaitais aborder avec toi un sujet assez intime, dont nous n’avons jamais discuté ensemble d’ailleurs, la négation complète de ma féminité. Chez toi, dans ton pays, la femme est un bien que l’on s’approprie par mariage, une chose dont on dispose au gré de ses envies. Dans mon pays, les femmes sont libres et indépendantes, libres de leur corps, de la manière dont elle l’habille, libres de travailler ou pas, libres d’avoir des relations sexuelles hors mariage. Tu détestais ça. Ma liberté t’incommodait. Tu n’as eu de cesse que de me brider, me faire rentrer dans le moule. Tu m’as catalogué dans la case « fille facile » mais tu n’as pas attendu que je sois prête pour enclencher la deuxième vitesse. Tu m’as intimé l’ordre de t’épouser par crainte de ce que les autres allaient dire de toi.

Mon corps s’est couvert au fil des mois. Il a fini par disparaître derrière des vêtements trop larges, inadaptés. Ne surtout pas tenter le regard de l’homme du dehors. Ne pas t’offenser. J’ai fini par en avoir honte de ce corps, par le maltraiter, par le laisser glisser entre tes mains inexpérimentées. Dehors, il fallait que je passe inaperçue. A l’intérieur, il fallait que je me dénude davantage. Trop d’interdits, de codes pour moi.

Entre nous, il s’agit d’une histoire de peau, de désir. Et faire face à l’absence de plaisir. Jamais assez bien, jamais assez entreprenante, jamais assez discrète. Mon corps est devenu mon pire ennemi. Doucement j’apprends à l’aimer à nouveau, à ne plus en avoir peur, à ne plus en avoir honte. La première fois que j’ai porté un t-shirt dans la rue, je me suis sentie à nouveau libre, en paix. J’y suis allée pas à pas. Une jupe au-dessus du genou, une robe, un haut décolleté, un peu de rouge à lèvres.

Je m’en suis longtemps voulu d’avoir accepté sans broncher, de t’avoir laissé disposer de moi selon tes envies. Et puis après tout, à quoi cela sert de ressasser le passé. Je ne suis plus celle que j’ai été avec toi. Ma névrose s’est évaporée. Elle avait sûrement trouvé en toi une alliée. En fin de compte nous ne nous sommes pas aimés. Nous nous sommes détruits pour avoir une chance d’exister. Puis nous nous sommes séparés…

Et la vie a repris ses droits.

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Lettre à Roger (2)

Je reprends le fil de mon récit. Comment continuer ?

J’aimerais d’abord te dire que si aujourd’hui tu me trouves froide et distante, c’est parce que j’ai compris et intégré une chose : je ne pourrais jamais te faire confiance.

Au début, avant sa naissance, je croyais à tant de choses. Je croyais dur comme fer que, dans un premier temps, tu allais t’excuser de t’être emporté, de m’avoir traitée de la sorte, d’avoir proféré autant d’insultes à mon égard, d’avoir menacée de me quitter, pire de me tuer.

Puis j’ai compris qu’il n’en serait rien. Peu importe. Je m’en tiens à ma version des faits, toi à la tienne. Rien de ce que nous pensons ou retenons n’a le pouvoir d’influencer le passé, alors restons en-là.

Ensuite, j’ai cru qu’à défaut d’être amants (mauvais, mais c’est une autre histoire) nous pourrions être parents. J’étais même prête à passer sous silence notre relation sordide, tout le chaos qui avait précédé mon départ, prête à passer l’éponge, pour assurer à notre enfant un début de vie serein. Je ne tenais pas à ce que l’on se l’échange sur un quai de gare ou entre deux portes pour quelques heures, quelques jours. Rien ne s’est passé comme je l’avais imaginé. Et à cet instant précis, je peux dire FORT HEUREUSEMENT ! Ton mauvais comportement a joué en ma faveur, pour une fois.

Les premiers temps tu cherchais ta place, entre menaces, mensonges et excès de gentillesse. Tu me faisais croire que tu ne pouvais pas vivre sans moi et dès que je n’allais pas dans ton sens tu m’accusais du pire. J’étais complètement paumée, incapable de discerner le vrai du faux, incapable de savoir si je pouvais te faire confiance ou s’il fallait que je reste sur mes gardes. Je tenais bon, pour le petit. Je crois qu’il m’a donné tous les courages, surtout celui d’affronter ta présence deux samedi par moi, pendant un an. Lors de tes fameuses visites en espace médiatisé. Tu nous en as mis plein la vue, en te tenant à deux allers-retours par mois pendant plus de dix mois. Incroyable ! D’ailleurs tout le monde est tombé dans le panneau et à finit par admettre que tu étais un type bien, dingue de ton fils et très certainement terriblement malheureux.

Quel sketch !

C’est durant ces visites que j’ai commencé à prendre mes distances, à comprendre qui tu étais vraiment. Un menteur et un manipulateur. Tu ne m’impressionnais pas. C’est pendant ces quelques minutes, en face à face, avant la visite, que j’ai fini par pouvoir te dire « non » sans me sentir coupable.

Aucun échange n’est possible avec toi. Tu pars du principe que toi, tu sais et que ce que toi, tu dis, les autres doivent le suivre à la lettre. Pas étonnant qu’avec toi, j’ai perdu toute faculté d’analyse, de prise de décision. Je voulais la Paix, alors j’ai dit « amen » à tout. Plus facile. Moins angoissant.

Aujourd’hui je ne dis « amen » à rien et « non » à tout. J’ai repris mon identité. Je le vois dans tes yeux, ça t’étonne. Et ça t’énerve aussi terriblement – qu’une femme ose te tenir tête, quel outrage ! Tu n’y comprends rien. Tu t’escrimes à tenter de me faire plier. Tu t’en donnes à cœur joie d’ailleurs. Mais la réponse reste la même de mon côté. Mon « non » nous protège, lui et moi. Mais mon « non » c’est aussi une manière de te dire que cette partie-là, c’est moi qui la gagne jour après jour !

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Lettre à Roger (1)

Cher Roger

Je ne sais pas très bien comment débuter cette lettre. Par le commencement. Ou par aujourd’hui. Par ce que j’étais, ce que je suis devenue. Par nous deux, par moi, par lui, par ce que tu as représenté ou ce que tu n’es plus.

Laisse-moi d’abord te dire que j’écris notre histoire. Pas la tienne, même si je sais que c’est ton rêve, qu’on parle de toi, de la personne formidable que tu es. Je parle de moi, de toi, de manipulation et de dépendance. Je ne suis pas certaine que les personnes qui liront mon livre (et j’espère qu’elles seront nombreuses) te trouvent aussi génial que ça. Parce que la réalité c’est que tu ne l’es pas !

Tu as raison, je ne t’ai pas aimé. C’est pire, je t’ai adoré. Je t’ai placé sur un piédestal. J’ai fait de toi un demi-dieu. J’avais tellement peu confiance en moi (tu vois je reconnais mes torts dans cette affaire)  que j’ai cru que tu étais tout et que je n’étais rien. Je t’ai affublé de super pouvoirs. Grâce à toi j’allais enfin devenir vraie. Tu es devenu mon héros. Pire, ma drogue. Sans toi, je ne pouvais plus, ni respirer, ni exister.

Une fois la dépendance installée, tu n’as eu de cesse que de me modeler à ton image, nier mon identité, mes idées et j’en passe. Toi, tu dis m’avoir aimée. Je rigole. Tu ne m’as pas adorée non plus. Tu as juste aimé l’image que tu avais de moi et tu n’as eu de cesse que de me façonner pour que je rentre impeccablement dans tes cases. Tu m’as considérée comme ta propriété, ta chose. Soit je rentrais dans le moule, soit je subissais tes sarcasmes, ton mépris, tes silences.

Rappelles toi quand tu me croisais dans l’escalier et que tu m’ignorais, parce que j’avais eu le malheur de rentrer avec 10 minutes de retard ou bien je n’étais pas d’accord avec toi ou que j’avais oublié de te dire d’acheter des tomates (l’épicier était au pied de l’immeuble). Je te disais bonjour (c’est la moindre des choses) et toi, grand seigneur tu ne daignais même pas tourner la tête. Tu partais, fier. Tu valais mieux que ça, mieux que moi. Il fallait que je rampe, que je m’excuse de « je ne sais quoi » pour que tu m’adresses à nouveau la parole. Et la vie reprenait, comme si de rien n’était !

C’est fou ce que j’ai comme choses à te dire. Je croyais tout avoir réglé. Et bien, non ! Ca résiste à l’intérieur. Pourtant j’en ai remporté des victoires depuis que je te connais : j’ai réussi à te quitter (ça c’est sûrement la plus belle), mes mots m’ont aidé à me détacher de toi, à ne plus céder à tes manigances, tes mensonges (je crois que tu détiens la palme du plus grand magouilleur de tous les temps, tu crois tellement à tes mensonges qu’il t’est bien impossible de les distinguer de la réalité – mais je peux te les dire, tu t’emmêles souvent les pinceaux et après tu te demandes pourquoi je n’ai pas envie de te croire !!), ils m’ont libérée, ils m’ont rendu à la vie. J’ai donné naissance à l’escargot (je l’ai gardé, un miracle !) et entre lui et moi une belle complicité s’est créée (c’était loin d’être gagné). J’ai réussi à te dire NON. Sans culpabiliser. J’ai réussi à me pardonner mon départ et une partie de notre histoire. Te pardonner, là, c’est une autre histoire. Ca viendrait quand j’en aurais finis de travailler sur moi. Certainement.

A suivre…

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Les traits de son visage

L’instant d’avant, les yeux rieurs, songeurs. Douceur et sérénité. Le chant des sirènes nous invite à la danse. Un visage aussi paisible qu’une mer d’huile. Le charme opère. Ses traits sont lisses et quelques fossettes s’infiltrent entre ses lèvres et ses paupières. On imagine sous nos mains sa peau satinée, onctueuse, crémeuse. On aurait presque envie d’y déposer un baiser sucré.

Un instant. Celui de la question, de l’interrogation. Ses traits se crispent. Son corps tout entier est sous tension. L’affaire devient sérieuse. Il se concentre, fixe un point. Droit devant. Pas de pitié pour les sentiments.

L’instant d’après, ses grands yeux noirs fixent l’abime. Anéantissement et déraison. La musique prend des allures de tragédie. Un visage d’acier, le masque tombe. Le séducteur s’effondre. Ses traits sont tirés par la haine. On imagine sous nos mains une peau écailleuse de serpent, striée de nerfs à cran, tendue des origines du cou jusqu’au sommet des tempes. Son corps tout entier est pris de palpitations incontrôlables.

Un instant. La réponse fuse et l’atteint en plein cœur. Ce n’est pas celle qu’il attendait. Il n’a pas le temps de préparer une contre-attaque, il se jette dans l’arène, prêt à foudroyer sa proie. Il se débat avec ses chaînes, glacé d’effroi.

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La phase d’avant. Une mascarade. Séduire tout en nuance. Se faufiler sans faire de vague. Revêtir le visage de l’ange pour mieux abattre ses cartes et empocher la victoire.

Un instant. Tout éclate. La proie idéale a vu au travers de l’habile jeu de jambes de l’ange macabre. Elle ne se laisse plus prendre par le miel insipide qui coule de la bouche du prédateur.

La phase d’après. De l’autre côté du miroir, la vérité se pare de la couleur des faux-semblants.

***

D’où vient ce vertige, cette mauvaise intuition, qui s’est insinuée dès le début dans notre relation ?

Je me posais récemment la question en reprenant le fil de mon récit. Elle vient de là, de ces quelques secondes pendant lesquelles l’irrésistible baratineur se transforme en démon exterminateur. Son visage se délabre. Les rides détrônent les fossettes joyeuses. Le poison dégouline à l’intérieur de son corps, presque mort. Il sent la haine et le mépris. Il me fait pitié autant qu’il me dégoutte.

Avant, je tombais dans le panneau, je m’écorchais vive.

Aujourd’hui, je reste stoïque, avec ma farandole inébranlable de « non ».

Crédit Image – Bordjack Tumblr

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Je me pose des questions

Je tiens à vous rassurer…
Non, je ne compte pas ouvrir un nouveau blog !
C’est chose faite, vous pouvez donc vous installer tranquillement et lire sereinement ce qui va suivre.

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Comme annoncé le jour où je vous ai fait part de mon envie de sauter le pas, d’écrire, bien au-delà du blog, je travaille sur plusieurs projets. Dont un qui a trait à ma relation tumultueuse avec mon ex. Après plusieurs heures de discussion avec des amies sur la meilleure manière d’aborder les choses, j’ai opté pour l’autobiographie, style qui passe très bien aujourd’hui et qui marque assez bien les esprits aussi je trouve. On s’identifie davantage.

Le premier jet contient une vingtaine de chapitres et compte plus de 120 pages. A côté, j’ai des journaux intimes de l’époque, des écrits de blog essentiels, qui viennent me rappeler qu’au-delà du chaos inhérent à cette histoire, à un moment donné, j’y ai cru, dur comme fer et l’amour n’était pas feint.
Depuis juin 2015, je retravaille chaque chapitre. J’en suis au 12e et je viens de passer le cap des 60 pages. C’est très prenant et très lourd aussi. Pas évident de faire un bond dans le passé et de se replonger dans une telle histoire. J’écris par phase. Avec le recul, c’est d’autant plus délicat je trouve, car il me faut me remettre dans la peau de celle que j’étais au moment des faits.

C’est au terme d’un chapitre relu et corrigé que les premières questions sont venues chatouiller mon esprit. Ce livre vaut-il le coup d’être écrit ?

J’entends déjà les cris (quasi hystériques) de mes amies qui l’attendent avec impatience, sans compter ceux de celles qui m’encouragent depuis le début à partager mon vécu, pour pouvoir aider d’autres femmes dans une situation similaire, à s’en sortir.

Je m’interroge sur son bien-fondé. Mais surtout sur la manière de présenter les choses. Car à la base de cette relation destructrice, de cette histoire d’amour chaotique, il y a nous deux. Et si lui n’est pas blanc comme neige, loin de là, cette relation a pu exister car j’y ai adhéré.

Je crois que je ne veux pas tout lui mettre sur le dos, même si je ne remets pas en cause ni sa responsabilité ni son égoïsme, ni son côté manipulateur. Je veux aussi montrer que mon manque de confiance, ma dépendance affective, l’idée fausse qu’en amour on souffre et que c’est tout à fait normal, m’ont entraînée sur des chemins de traverse, sur lesquels je me suis totalement perdue.

Je ne souhaite pas dresser le portrait d’un type sans importance, ni lui donner de l’importance d’ailleurs, à travers mes lignes, mais plutôt montrer comment des êtres humains peuvent croire aimer, peuvent se faire du mal, peuvent faire des choix sans écouter leurs intuitions, comment on peut passer l’éponge sur des choses qui à nos yeux étaient interdites et non négociables avant une relation, la manière dont on peut changer pour coller à une image, la manière dont quelqu’un peut vous retourner la tête jusqu’à vous faire perdre toute estime de vous-même, peut vous pousser à la folie, tout en vous tenant responsable de tout. Je souhaite aussi montrer qu’on a toujours le choix, qu’on peut s’en sortir, qu’on peut briser les liens qui nous maintiennent prisonniers, qu’on à la force nécessaire pour reconstruire, se reconstruire.

Je continue à écrire avec ces idées en tête. Partager ces mots avec vous m’aident déjà à y voir plus clair…Sinon, vous, vous en pensez quoi?

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Face à la colère

Quand la colère s’empare de moi, je n’aime pas. Elle prend toute la place, tout l’espace. Et je perds mes moyens. Je préfère respirer, prendre du recul avant d’agir, de parler. Mais ce n’est pas toujours possible. Quand la colère sort de moi, il est déjà trop tard pour faire marche arrière. Je suis prise dans ses filets, incapable d’arrêter la machine infernale qui me transforme. Les mots sortent et j’ai même envie qu’ils fassent mal. Pas toujours. Mais avec lui, toujours.

Lui, il sait. Ses mots me fatiguent. Ses mots sont comme une ritournelle sanglante. Ils me prennent aux tripes et j’ai beau me dire que je n’en ai que faire, à force d’encaisser, je déborde. Il me pousse dans mes retranchements. Je n’aime pas être en colère contre lui, car il ne mérite rien. Il ne mérite même pas un mot de moi, ce papa de pacotille. Il faudrait pouvoir n’engager aucune conversation. Il faudrait pouvoir ne rien laisser passer. Pourtant je suis de plus en plus sûre de moi. Je sais qu’aucune confiance envers lui n’est possible.

Une phrase de trop qui commence par un « si ». Je déteste ces phrases qui te font passer pour ce que tu n’es pas et qui une fois encore lui donnent le bon rôle. Lui, le type droit, honnête, qui n’a aimé que moi et qui ne comprend pas pourquoi moi je ne veux plus de lui. Après trois ans, c’est assez clair pourtant. Pas pour lui. Je m’en fiche un peu d’endosser les torts mais je ne veux plus qu’on me manipule, qu’on s’amuse à jouer sur la corde sensible. « T’auras tout ce que tu veux » ; « je signe pour le divorce demain ». A une condition forcément. Celle sur laquelle jamais je ne plierais.

 

Hier j’étais en colère. Contre lui. Contre moi pour avoir céder à la colère, pour lui avoir donné une chance de me répéter qu’il était un type bien et que « si j’étais une bonne mère. » Et puis la colère s’est estompée et a laissé place au vide. Je ne pourrais pas dire ce que je ressens. Un peu de vide et l’envie d’en finir avec ce satané divorce, avec cet homme, qui n’a de cesse que de demander de l’aide, pour des papiers ici ou des papiers là,  qui se réveille à la dernière minute quand on croit voir la fin du tunnel, qui veut me prouver qu’il aime son fils mais qui n’a même pas pris la peine d’apprendre quelques mots de base en Français depuis bientôt 3 ans, qui se sent tout puissant, mais incapable d’appeler son enfant par son prénom. Et qui à chaque coup de fil me dit qu’il faut que je l’écoute parce que lui, il sait.

J’accepte ma colère. Je sens qu’elle s’en va. Je sens que je redeviens plus sereine. La prochaine fois, c’est certain, je ne lui parlerais pas.

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Aujourd’hui, je ne suis pas gentille

En règle générale, je suis le genre de fille souriante, qui ne se prend pas la tête, qui ne répond pas aux agressions diverses et variées. J’ai des jours avec et des jours sans comme tout le monde, mais je suis d’humeur assez égale en général.

Sauf qu’aujourd’hui j’ai un peu trop de marmites sur le feu ou plutôt une énorme marmite que j’ai bien envie de balancer par la fenêtre. Aujourd’hui je ne suis pas gentille. J’ai envie d’envoyer chier le patron qui me raccroche au nez pour la cinquantième fois depuis le début du mois, ou l’automobiliste qui me voit jongler avec les flaques d’eau et qui passe tout feu tout flamme, m’éclaboussant sans un état d’âme. Aujourd’hui j’ai envie de dire à ma collègue qu’elle me saoule à m’appeler toutes les deux minutes pour me dire que son patron fait la gueule. Et j’ai surtout envie de dire à Roger que c’est un connard, un pauvre type, un mec vide, sans âme, sans pitié, une ordure de première classe, un inutile, un mec qui brasse de l’air, un imposteur.

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Roger revient en force. Depuis 15 jours, le voilà qui m’envoie des messages dans tous les sens mais c’est le dernier en date qui m’a mise très en colère. Au passage, on a le doit d’être en colère. C’est humain. Se mentir en se disant que tout va bien c’est rejeter cette colère, rejeter nos émotions et ça peut faire beaucoup de dégâts sur le long terme. J’en connais un rayon. Fin de la parenthèse.

Alors qu’est-ce que veut Roger ?

Qu’on devienne bons amis. C’est la meilleure de l’année. Il veut me prouver qu’il est un chic type. Il le répète tellement qu’il est un mec bien que ça en devient suspicieux. Il me dit même que le jour où il m’a hurlé dessus, où il m’a menacé de mort, il l’a fait parce qu’à cet instant il m’aimait trop. Drôle de façon d’aimer je trouve.

Roger veut que je réfléchisse avec lui. Je ne savais même pas qu’il en était capable, de réfléchir. Oui, je suis vache. Et alors ?

Il veut. Il veut des tonnes de choses. Il veut que j’oublie tout et qu’on reparte à zéro. Non, il ne me demande pas de revenir avec lui. Il me demande juste de lui donner sa chance. Et si je suis gentille, il me donnera le divorce que j’attends. Tiens entre temps il est devenu Juge d’Instruction. Intéressant !

Roger me saoule, me fatigue. Il m’épuise. Il me donne envie de lui vomir dessus tellement tout ça est navrant. Encore une fois je vous avais prévenu. Aujourd’hui je ne suis pas gentille. Et si ça en gêne certains, qu’ils passent leur chemin. Mais si vous êtes arrivés jusque-là, c’est que vous avez eu peut-être aussi à faire à un type comme Roger, un manipulateur qui croit toujours qu’il aura le dernier mot.

« Si tu es une bonne mère… » On y est. Après les compliments on passe à la phase d’intimidation. On croit qu’en jouant sur les sentiments, on pourra en tirer quelque chose.

C’est moche tout ça. Rien n’avance. Et on a beau se dire que tous ces mots, ces promesses, c’est que du flan, les mots s’accrochent et on décroche un peu. On a tellement envie que tout ça soit classé, archivé. Et voilà l’autre qui revient avec ses souvenirs vieux de trois ans, qu’on a depuis longtemps laissés sur le bord de la route. Parce qu’aujourd’hui on a décidé de miser sur la vie, le bonheur.

Aujourd’hui je suis en colère. Contre personne en particulier. Ou contre tous ceux qui croient que le monde leur appartient, qui pensent qu’en insistant un peu, ils obtiendront ce qu’ils veulent, qui croient qu’ils sont bons alors que ce sont les derniers des salauds et qui ont le culot de te faire passer pour le bourreau. Je suis en colère contre tous ceux qui font de l’ombre à la lumière.

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Et pourquoi pas mon alliance?

Qui dit vacances et surtout temps pour moi, dit faire du tri. On n’arrête jamais. Mais j’avoue que faire du tri, en plus de vider la maison de choses qui ne servent plus, voir n’ont jamais servi et encombrent les placards, me vide considérablement la tête.

Donc je ne m’en prive pas.

Je donne ou je mets en vente. Malgré ma première mauvaise expérience sur Le Bon Coin, j’ai retenté l’expérience et ça marche. Je m’avoue très rarement vaincue.

Et en faisant le tri dans mes bijoux aussi, je suis tombée sur mon alliance. Je ne suis pas encore officiellement divorcée, mais je ne la porte plus depuis un bon bout de temps. Et pas vraiment parce qu’elle me rappelle la fin lamentable de mon mariage. C’est surtout le souvenir de l’achat de l’alliance qui revient à chaque fois. D’où mon envie de la bazarder.

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Source Image – Etsy Boutique

Je crois que j’en ai déjà parlé ici. Je ne vais pas rentrer dans les détails croustillants de cet épisode. Mais je peux vous dire que c’était assez tragique, comme beaucoup d’instants de la construction de notre vie à deux d’ailleurs. Si je me souviens bien nous nous étions engueulés quelques jours avant, à propos de quoi, ça je ne m’en souviens pas. Un plat pas assez épicé ou une robe trop transparente certainement. Silence radio de son côté. Larmes du mien. Joyeuse bande. Nous avions retrouvé des amis, enfin ses amis et étions partis passer la journée dans un centre commercial. Sachez bien que s’il y a un endroit au monde que je déteste, c’est bien le centre commercial. Y passer la journée, c’est le summum de l’horreur pour moi. Entre deux silences, il a daigné m’adresser la parole en face du magasin de bijoux. Il est devenu tout doux et mon sourire a chassé mes larmes.

Une accalmie qui a duré 5 minutes top chrono. Car j’avais eu l’imprudence ou la négligence de présenter ma main au vendeur pour essayer la bague (à moins qu’il s’agisse tout simplement d’une méthode de drague nouvellement inventée – une dernière infidélité à deux doigts du mariage. C’est vrai qu’il était mignon en plus le vendeur. Mais moi je n’avais d’yeux que pour le connard qui était en train de me faire une scène de jalousie en plein centre commercial). J’avais osé laisser un autre homme que lui me toucher la main. C’est tout juste s’il ne m’a pas accusée d’adultère. Son regard noir m’a fait froid dans le dos et mon sourire s’est fait la malle. Fille facile. Tout était dit.

Pas terrible le souvenir. Vous comprenez pourquoi ça ne me dit rien de garder cette bague. En d’autres circonstances, je crois que je l’aurai conservée, à l’abri. Pour le plaisir de me souvenir d’un bon moment au moins de notre histoire. Il faudra que j’en trouve un autre. On dit qu’avec le temps on se souvient du meilleur !

Et vous (si vous êtes divorcés ou séparés bien sûr), votre bague de fiançailles, votre alliance (voir votre robe de mariée tant qu’on y est / ou votre costume (même si un costume c’est plus facile à recycler qu’une robe)), vous en avez fait quoi ?

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Splendeur & Décadence – Le grand retour de Roger!

Nous sommes en avance pour une fois. Il nous regarde arriver, derrière ses lunettes de soleil. Le petit homme s’avance, fier, avec son lapin bien en évidence dans ses petits bras potelés. C’est samedi, le jour de papa.

Il aura apporté des gâteaux, des jeux et du chocolat. Il murmure un vague bonjour. Et prend son fils dans ses bras. “Habibi bossa Habibi”. L’escargot lui colle un bisou sur la joue. Je regarde la scène, imperturbable. Il y a quelques minutes à peine, ses yeux étaient encore remplis du mépris de celui qui juge, qui croit être mieux que les autres. Je m’en fiche.

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On ne se dit pas grand-chose. On ne s’est jamais rien dit d’exceptionnel d’ailleurs. C’est lui qui commence pour une fois. Il baragouine quelque chose que je ne comprends pas, au sujet d’une aide que je ne veux pas lui apporter ou quelque chose dans ce genre-là. Je n’ai encore rien dit. Il n’a encore rien demandé. Peut-être qu’il lit dans mes pensées, qu’il sait que je n’ai aucune envie de faire quoi que ce soit pour lui. Qui sait!

J’attends la question. Elle arrive. Elle me fait rire. Je ne pensais pas qu’un jour une de ses questions me ferait autant rire et que j’y répondrai sans culpabilité aucune, sûre de moi.

Ses papiers arrivent à expiration et il a besoin de moi. Comme il a eu besoin de moi il y a 6 ans pour avoir ces fichus papiers. Il me dit qu’il sait déjà que je vais lui dire non, qu’il n’ose pas me demander, que ça ne sert à rien de toute façon. Mais j’insiste. Je suis curieuse. Je veux savoir. Le mépris s’est dissipé. Il affiche un large sourire. L’escargot dans ses bras ne comprend pas. Il le regarde bizarrement et demande à revenir dans mes bras.

Il me demande de venir une journée en Irlande pour le renouvellement de ses papiers, rien qu’une journée. Il ne peut en effet obtenir le prolongement de sa carte familiale que si je viens avec lui au bureau d’immigration. Je dis non. Ca coule de source. Ce type est incroyable ! Il me regarde presque surpris. Il croyait peut-être que son numéro de charme allait agir. Ca ne fonctionne plus. Je le regarde et je souris. J’y crois à peine moi aussi. Il insiste un peu, juste un peu pour voir jusqu’où il peut aller, pour voir jusqu’à quel point je suis déterminée.

Puis il se ferme. Je ne suis bonne qu’à faire un enfant et me barrer (avec l’enfant) Bien sûr. C’est lui qui le dit. Moi, je tourne les talons, avec le sourire et je le laisse seul face au vide. Je suis fière de moi. J’ai résisté. J’ai un peu pitié, peut-être parce que je l’ai aimé. Puis en un éclair, je me souviens et je laisse tomber.

L’heure de la visite a sonné.

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Le cadre photo

Je l’avais placé sur un piédestal.

Etait-ce pour oublier le mal qu’il me faisait ?

Ou pour me convaincre que c’était moi qui n’allait pas ?

Ou est-ce lui qui m’a laissé imaginer qu’il n’était pas l’homme qu’il était mais bien celui qu’il disait être ?

C’est en parlant de cadre photo hier que je me suis posé la question. Ce cadre, mes parents nous l’avaient offert pour notre mariage. Lui, les cadeaux de mariage, il s’en fichait. Il disait que rien n’était à lui. Sauf moi.

J’aurai pu y mettre une photo de nous deux ou une photo de mariage. Et non, c’est un de ses portraits que j’avais placé sous le verre, un portrait pris à la terrasse d’un café, un soir où nous n’étions pas d’accord sur quelque chose, un soir où il avait pris un air grave et au cours duquel j’avais à peine réalisé que si je n’adhérais pas à son discours, je ne méritais pas son amour.

Son portrait a trôné dans notre salon jusqu’au jour où tout a dérapé et où j’ai caché le cadre. J’aurai pu juste enlever la photo et en mettre une autre. Je crois qu’il venait de descendre de son piédestal, qu’il était devenu humain. En l’espace de quelques secondes le mensonge qu’était devenu ma vie m’a explosé au visage.

Il s’est fait passer pour quelqu’un qu’il n’est pas. Et dans ma grande naïveté, j’ai pris ses silences pour de la discrétion, son égoïsme pour une grande sensibilité, son mépris pour une incapacité à exprimer ses sentiments. Je l’ai transformé à ma guise pour pouvoir supporter l’insupportable.

Le 14 mars est passé sans que je m’en rende compte. Le 16, j’ai réalisé que ce jour de rencontre était derrière moi. Je me suis dit que c’était la première fois que j’avais si bien encaissé le coup. Pas sûr. L’angine, la grippe, c’est aussi je crois mon corps qui craque sous le poids de tous les efforts qu’il a fallu faire jusqu’à aujourd’hui pour ne pas faiblir, même une seconde, ne pas flancher, ne pas regarder en arrière, garder la tête haute, reprendre confiance, reconstruire, tout recommencer, ne pas avoir peur de l’avenir, ne pas le détester, pour rester fidèle à moi-même, à mes rêves et à mes envies.

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C’est quoi au juste le harcèlement ? – Mon histoire

Le dictionnaire définit le harcèlement comme étant un enchaînement d’agissements hostiles dont la répétition affaiblit psychologiquement l’individu qui en est la victime.

J’écris cet article pour partager mon expérience du harcèlement. Merci de bien vouloir noter avant de lire ces lignes, que je ne cherche ni à me plaindre, ni à me faire plaindre, ni à ce qu’on me dise qu’il est grand temps pour moi de tourner la page. Je l’ai tournée, c’est bien pour ça que je peux en parler aujourd’hui, dans les faits, sans états d’âme.

Mon mariage est le fruit d’un harcèlement qui aura duré près de deux ans. J’ai rencontré Roger en mars 2009. Il m’a parlé de mariage 1 mois après notre rencontre. Une évocation comme ça, pour justifier le fait qu’il ne pouvait pas être vu en ma compagnie, s’il croisait des amis. Le sujet du mariage est revenu sur le tapis 1 mois après. Cette fois-ci, c’était pour une histoire de religion.

J’ai dit ce que j’en pensais. J’avais des idées bien arrêtées à l’époque sur le mariage et il s’agissait pour moi d’un engagement important et sérieux, qui demandait un minimum de préparation et qui impliquait que les deux personnes se connaissent bien et sachent à quoi elles s’engageaient. J’avais osé aller à l’encontre des idées de Roger. C’est à partir de là que tout s’est compliqué.

Il a d’abord joué le jeu de la victime. J’étais son bourreau, incapable de voir combien il m’aimait et combien pour lui c’était important de se marier, de légaliser une union qui allait à l’encontre de ce que sa religion lui disait de faire.

Un mois après cette première « dispute », Roger voulait que j’emménage avec lui et qu’on se marie. Ce n’était plus une demande, c’était une décision, à laquelle je n’avais pas pris part.

Devant mon refus, il a commencé son numéro de jongleur professionnel, alternant silence et gentillesse, attention et indifférence. Si bien qu’en aout 2009, à peine 6 mois après notre rencontre, je ne savais plus où j’en étais. Il avait trouvé la faille. L’idée même de pouvoir lui faire du mal par mes agissements et mon refus de l’épouser me retournaient le ventre.

J’étais prise au piège. Jour après jour, il a tissé sa toile autour de moi, pour m’empêcher de pouvoir réfléchir posément, pour annihiler mon esprit, amenuiser mon énergie. Tout ce que je disais se retournait contre moi. Tout ce que je ne disais pas était interprété de façon négative. Il avait toutes les clés en main pour me faire plier. J’étais devenu un pantin. Je ne me reconnaissais plus. Entre ses cris et ses excès de gentillesse, j’étais paumée.

Je n’arrivais ni à le détester ni à véritablement l’aimer. Il me disait être prêt à me laisser le temps de décider et me lançait des ultimatums une semaine après. Et surtout il n’écoutait jamais mes doutes, mes angoisses. Il ne voulait pas comprendre pourquoi je ne voulais pas encore me marier, pourquoi je ne me sentais pas prête. Il jouait avec mes sentiments, me prouvant toujours pas A + B que si je ne me mariais pas c’est que je ne l’aimais pas, alors même que lui m’aimait comme un fou.

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Et puis, un jour il est passé à la vitesse supérieure. Il a commencé à me menacer de me quitter, à me dire des choses et à les nier quand je lui rappelais ses dires. Il a commencé à utiliser mon corps comme sa propriété, m’accusant de ne chercher que ça, de n’être qu’une fille facile (par opposition avec une fille bien, qui elle aurait depuis longtemps choisi le mariage, pour ne pas vivre dans le péché), donc faite pour assouvir ses moindres désirs.

Quand je croyais qu’il lâchait prise, quand je respirais enfin, me disant que le plus dur était passé, j’étais certaine de me ramasser quelques jours après. Je ne savais plus qui j’étais, ce que je voulais, ce en quoi je croyais. Je n’avais qu’une certitude, c’est que nos différences étaient trop grandes pour qu’un mariage produise du positif mais je ne savais pas comment me sortir de la situation dans laquelle j’étais. Plus d’une fois, j’avais voulu prendre mes distances, plus d’une fois il avait joué la carte du mauvais homme, qui n’attendait que moi pour que je le remette sur le droit chemin. Je croyais m’en sortir et je replongeais, tandis qu’il prenait un malin plaisir à me maintenir la tête hors de l’eau. Quand j’étouffais, il me prenait dans ses bras. Le lendemain, il m’ignorait.

Je devenais folle.

J’ai donc finis par dire oui, sans y croire une seconde. La lune de miel a duré quelques semaines. Et puis tout a recommencé de plus belle. Tout était prétexte à me rabaisser, à m’intimider, à minimiser mes désirs, à me négliger.

J’ai compris beaucoup plus tard qu’il s’agissait de harcèlement. J’ai compris quand je suis sortie de la dépendance affective dans laquelle je me trouvais, quand j’ai réussi à le quitter, à force de travail sur moi, quand j’ai commencé à me retrouver. Le harcèlement se fait en douce et assujetti une personne, avant que celle-ci ait pu comprendre ce qu’il lui arrivait. Je voulais écrire ces mots pour dire qu’au moindre doute, il ne faut pas hésiter à se faire aider. Il faut surtout arrêter de se dire « ce n’est pas grave », car en disant ça, on signe presque son arrêt de mort. Ce qu’on a laissé passer une fois, on laissera couler une seconde et on se perdra à la troisième tentative d’intimidation.

Parlons-en, témoignons, ne laissons pas le harcèlement gagner du terrain. Car c’est un mal qui ronge, qui affaiblit et laisse des cicatrices invisibles mais réelles dans l’esprit des hommes, des femmes et des enfants qui en sont les victimes. A vous la parole. Laissez les mots sortir si vous en avez besoin. Partagez vos expériences, vos maux, vos souffrances ou encore vos victoires…

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Ne me demandez pas d’aimer ces hommes-là

J’ouvre ma boite mail. Il y a un message. Je le lis, la boule au ventre et je le termine en larmes.

Sur sa page Facebook, personne ne peut imaginer ce qu’elle vit. Elle pose avec lui. Ils sourient tous les deux. Les autres doivent croire qu’ils sont heureux.

Derrière l’écran, une autre histoire se dessine. Ils viennent de rentrer des courses. Elle court dans la chambre, se roule sur le lit. Elle attend. Elle guette les pas dans le couloir. Elle a pris d’abord soin de fermer à clé la porte de la chambre des enfants. Elle l’entend l’appeler. Elle respire. Elle ne sait pas comment faire ni quoi dire. Elle voudrait s’éclipser le temps de retrouver ses esprits, le temps de s’apaiser pour que sa colère soit moins vive. Elle tente de se réfugier dans la chambre des enfants. Trop tard. La nuit est passée par là. Sur le lit, elle regarde ses plaies. Elle ne peut plus bouger. Elle sent son corps se raidir. Il dort à côté. Il faudrait qu’elle aille voir si les enfants vont bien. Mais comment faire pour qu’ils ne se rendent compte de rien. Elle se force à se mettre debout malgré la douleur, elle enfile une robe longue, enroule un foulard autour de son cou. Elle fait attention de ne rien bousculer, de ne rien faire grincer. Les enfants dorment paisiblement. Tout va bien. Elle lui demandera pardon quand il se réveillera. Il lui dira encore une fois qu’il s’excuse de lui avoir fait du mal ou il ne fera aucune remarque, c’est peut-être pire.

***

Sur la photo, elle sourit. Il est beau lui aussi. Les gens les envient. Elle ne comprend pas pourquoi elle est si triste pourtant. Il ne la tape pas. Il ne l’insulte pas. Il la méprise, mais c’est parce qu’elle ne l’écoute pas. Ce ne sont pas ses mots qui font mal, c’est son silence. Le traumatisme est intérieur.

Quand ils sortent, elle donne le change. Toujours. Ses absences, elle ne les remarque même plus. Sa présence est toujours sous condition. Elle n’a pas de compte Facebook pour montrer au monde que tout va bien, qu’ils sont beaux tous les deux, qu’elle est heureuse. Elle l’aime et si parfois elle pleure, ce n’est jamais de sa faute à lui. Elle a depuis longtemps transformé chacun de ses défauts en de glorieuses qualités. Si quelque chose cloche, c’est de sa faute à elle. Elle s’enferme dans la salle de bains pour pleurer. Elle se sent nulle. Elle se sent seule. Elle se sent perdue. Une prise d’otage invisible en plein Paris. Et au-dessus de sa tête la pire des menaces, celle de se voir privée de ses enfants.

Je leur répondrai plus tard. J’essayerai de choisir mes mots, avec délicatesse, sans les brusquer, sans les juger surtout. A la fin j’écrirai « grosses bises à toi et aux enfants ». Eux, je les occulte. Ne me demandez surtout pas d’aimer ces hommes-là.

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J’écris ce texte suite à la diffusion de l’Emprise sur France 2 lundi soir et au billet de Charlie Dupin.

Je n’ai pour ma part pas regardé le film. La réalité je ne la connais que trop bien. Pas personnellement en ce qui concerne la violence physique, mais par procuration. Cette réalité est difficile à intégrer mais elle existe. Cette réalité c’est le quotidien de milliers de femmes dans le monde. La violence tue encore aujourd’hui.

J’ai lu quelques commentaires et j’ai envie de vous dire « à la première claque, il est déjà trop tard ». J’ai été élevée à la sauce « à la première claque tu pars ». C’était ancré dans mes veines. Mais la vie m’a démontré que la première claque n’arrive pas par hasard. Le terrain est préparé à l’avance. La violence s’invite presque incognito. Mots de travers, harcèlement, pressions, insultes, éloignement, jalousie excessive, menaces, manipulation. A chaque « pas si grave », la violence prend de l’ampleur, le bourreau tisse sa toile.

Beaucoup de femmes se demandent sûrement comment savoir, comment reconnaître la violence. Je dirai qu’à partir du moment où il y a un doute dans votre esprit, où vous sentez que vous changez d’attitude quand vous êtes en présence de votre compagnon, quand vous perdez une partie de votre liberté, quand vous vous sentez humiliée par ses gestes et ses mots, il y a violence.

Dans un couple on se dispute, c’est un fait. Mais quand on se dispute et qu’on se prend une claque, quand on se dispute et qu’on se trouve forcée à avoir un rapport sexuel, quand on se dispute et qu’on est méprisée, quand on se dispute et qu’on marche sur des œufs pour ne pas offenser l’autre davantage, là il y a un réel problème, là ce n’est pas acceptable.

Partir. Vu de l’extérieur, c’est le seul conseil censé qu’on peut donner. C’est la seule issue possible. Mais vu de l’intérieur, partir est un gros risque à prendre. Il faut savoir que l’emprise a fait son travail de sape, que la femme ne sait plus qui il est, ce qu’elle vaut. Elle est sous la coupe de son compagnon. Et souvent, elle a des enfants.

Partir sans enfant, c’est très difficile. Partir avec un ou des enfants, c’est presque un pari fou (mais réalisable si on est très entouré ou quand la rage de vivre devient plus forte que la souffrance vécue, ce qui arrive tôt ou tard)

Pourquoi ?

Parce que ça demande une dose d’énergie que la femme n’a presque plus. Le peu d’énergie qu’il lui reste lui sert à survivre et à protéger autant qu’elle le peut ses enfants, si elle en a, à se protéger elle-même, en anticipant les crises.

Parce que l’autre sait appuyer là où ça fait mal et n’hésitera pas une seconde à faire des chantages au suicide ou à la menacer de lui prendre ses enfants, de la tuer, si elle le quitte. La menace crée une peur réelle, difficilement maîtrisable pour la victime.

Parce qu’il n’y a pas assez de structures d’accueil, parce que les femmes victimes de violence (physique, sexuelle, psychologique, économique ou morale) parlent rarement de ce mal qui les détruit, parce que leur douleur n’est pas assez entendue (quand vous pensez qu’il faut une ITT de x jours pour que votre cas soit considéré comme grave) parce que souvent leur tissu familial et amical est réduit à une peau de chagrin (le bourreau a su faire le tri), parce qu’elles ont peur de perdre la garde de leurs enfants, parce qu’elles ont peur de ne pas s’en sortir seules, parce qu’elles sont vulnérables.

Ne juger jamais une femme victime de violence. Soyez là, à l’écoute. Ne lui dites pas de partir mais orientez là vers des structures d’aide, des associations, des centres d’accueil, des psychologues, enfin des personnes qui sauront quoi faire. Ne perdez pas espoir. Ne la critiquez pas si elle part, puis revient. Une femme victime de violence ne peut pas sans sortir seule. Elle a besoin des autres. Mais elle a surtout besoin que les autres l’aiment et l’aident inconditionnellement, la soutiennent et lui donnent les moyens de rebondir.

Si je pouvais, je me hisserai en haut de la statue « Place de la République » et je dirai au monde de se réveiller, d’ouvrir les yeux devant ces tragédies du quotidien, qui se passent sur nos paliers, à deux pas de nos vies bien rangées, que ces femmes à la dignité violée, nous les croisons tous les jours, qu’elles arpentent les rues à nos côtés, qu’elles ne sont pas à part, qu’elles font partie intégrantes de notre société et que le mal dont elles et leurs enfants sont victimes, il faut le combattre à tout prix et l’enrayer.

Sur le sujet, je vous conseille le Blog de Kim (en Anglais). Kim a ouvert ce blog après le meurtre de sa sœur, par son mari. Elle milite activement contre les violences faites aux femmes.