Les premières pages d’un nouveau livre…

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Je pourrai écrire que ma vie a changé il y a un an et quelques mois. Comme je pourrai dire qu’elle a changé il y a cinq ans et presque sept mois. Ma vie change tout le temps. Elle change avec de grandes décisions, des pas en avant importants. Comme elle a pu changer en un quart de secondes parfois. Elle peut changer au détour d’une prise de conscience, d’une nuit, d’un évènement, d’un moment partagé, d’une peur à partir de laquelle beaucoup d’encre a coulé !

Je pourrais écrire qu’elle a pris un nouveau tournant il y a quelques jours, pour un anniversaire particulier. Comme dire qu’elle a changé au cours des heures de l’été, à le regarder vivre, être, grandir, se confronter au monde, dans la joie, les rires et les cris aussi.

A chaque instant, la vie est différente. Chaque instant nous marque, plus ou moins, nous propose de faire une pause, nous invite à regarder le paysage ou nous propulse en avant, nous plonge dans le chaos.

Je pourrai dire que j’écris un nouveau chapitre depuis quelques temps. Puis à bien y réfléchir, il s’agit plutôt d’un nouveau livre. J’ai choisi un beau carnet, j’ai pris ma plus belle plume et j’ai commencé à écrire, à construire cette belle histoire. Un livre qui parle davantage de moi, qui me parle davantage aussi, qui parle de tant de choses qui m’ont tant fait défaut ces dernières années, qui parle de moi dans ma relation au monde.

Un livre de femme. Une femme à qui l’on a souvent dit qu’il fallait choisir, qu’on ne pouvait pas tout faire, au risque de se perdre, à qui l’on a dit qu’il fallait être de telle manière pour être regardée, ne pas faire trop de vagues pour être aimée.

Récemment, j’ai réalisé que je tenais à distance une grande partie de moi (même si un autre l’avait vu avant moi). A force de compartimenter ma vie, j’ai posé moi-même des barrières pour baliser le chemin et ne pas en dévier. Mon statut de maman a été depuis le début ma meilleure excuse pour ne pas prendre en charge ma vie de femme. Je m’étais ignorée pendant des années, je pouvais continuer sur ma lancée. Et puis de toute façon, c’est bien ce qu’on attendait de moi. En tant que mère, j’étais responsable. En tant que mère, je me devais d’être fidèle à une quelconque morale, celle de tous les gens qui ont abdiqué leur pouvoir depuis longtemps.

En 37 ans, bientôt 38, je n’ai pas fondamentalement changée. Les expériences, les rencontres de ma vie m’ont révélée à moi-même. Elles m’ont rendu à celle que je suis depuis le commencement, celle qui s’est égarée, trompée, celle qui a cru qu’en étant une autre, elle serait davantage reconnue, appréciée.

Aujourd’hui je veux accepter tout ce que je suis. Je suis mère, femme, amante. Je suis sensuelle, tactile, amoureuse. Je suis maman, tendre, confiante, fière aussi. Je suis passionnée, libertine, libre. Je suis une femme forte et vulnérable à la fois. Je sais mes failles et mes limites. Je suis généreuse, sensible. Je sais dire « non ». Je sais ne pas être d’accord.

Je peux passer des heures au parc à faire des châteaux de sable, à jouer avec loulou, à rire aux éclats, je peux sauter dans les flaques d’eau et encore trouvé ça drôle, je peux porter un vieux jean élimé avec des tâches de graisse dessus (les enfants adorent les câlins quand ils ont les mains pleines de beurre). Et le soir venu, revêtir ma plus jolie robe, porter des bas et des porte-jarretelles, m’enflammer au moindre contact de sa peau contre la mienne, déambuler dans les rues de Paris, juste pour le plaisir d’être avec lui. Je peux m’offrir à lui, le laisser mener la danse, le voir dicter mes pas, réaliser mes fantasmes, vouloir qu’il réalise les siens, tout en gardant les pieds sur terre, ancrée dans la réalité, ma vérité. Parce que je suis là où je dois être. Parce que je n’ai rien à prouver à qui que ce soit.

Revenir à moi s’impose comme une évidence. Cela change ma manière d’être au monde, d’être avec les autres, ceux que j’aime en particulier.

Je suis unique et multiple. Comme tant d’hommes et de femmes. Et je l’accepte enfin.

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Il faut parfois se perdre…

Copyright Marie Kléber

Je pensais que je n’aurai jamais épuisé le sujet.

J’ai écris des dizaines et des dizaines d’articles. J’ai noirci des centaines de pages. J’ai partagé mes doutes, ma colère, mon chagrin, mes peurs, cette envie quasi-obsessionnelle que quelque chose me délivre de cette terrible et lente agonie. J’ai écris le pire sous toutes les coutures, dans les deux langues que je maîtrise.

J’ai parlé, beaucoup parlé. Je me suis livrée, j’ai partagé le plus intime, le plus noir, le plus suffocant. J’ai lâché la pudeur au profit de la vérité.

J’avais besoin qu’on m’écoute, qu’on me comprenne, que l’enfer connu soit reconnu. J’ai sorti mes tripes sur le cahier, sur l’écran, inondant de ma douleur les pages qui défilaient, insensibles à tout ce que je tentais de dépasser – en vain.

Les années sont passées et il y avait toujours quelque chose, quelque part qui faisait ressortir l’horreur, la peur, la panique face à une menace que je ne pouvais pas gérer.

Les articles se sont espacés, mes carnets d’aujourd’hui sont vides de cette errance. Je ne ressens plus le besoin d’en parler, ni de justifier mes choix, ni de dire le pire, l’angoisse, la terreur. Ni de parler de lui. Tout est gravé en moi. Le passé  a laissé des cicatrices comme un rappel de ce à quoi mon corps et mon esprit ont su dire “non” à un moment donné.

Je pensais que je n’aurai jamais épuisé le sujet.

Et puis si, à force d’écrire, j’ai tout sorti. Je me suis libérée. Et sans le savoir, le sujet est devenu  une tranche de vie comme une autre.

Il faut parfois se perdre…

Quand je serai grand(e)…

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Combien d’entre nous pensent que nous sommes trop « tellement de choses » pour ne pas pouvoir vivre une vie en accord avec nos aspirations, pour ne pas avoir le droit de rêver, d’aimer, d’être aimé. On s’est tous dit un jour ou l’autre « à tel âge je serais ici ou là, j’aurais réussi  ci ou ça, j’aurais telle ou telle chose ». Le constat n’est pas toujours à la hauteur de nos idéaux. Est-ce un mal ?

Nous ne voulons surtout pas rentrer dans des cases, en pensant que nous valons mieux, mais quand les cases ne veulent pas de nous, nous nous sentons frustrés, bons à rien, sans intérêt, inaptes au bonheur.

Tout le monde ne souhaite pas la même chose. Nos valeurs nous sont propres comme ce qui a de l’importance à nos yeux. Il n’existe pas de modèle à suivre, ni de guide pratique pour avoir la vie d’un tel, vie qu’on imagine le plus souvent mais dont nous ne connaissons rien. Derrière le masque, le sourire de façade, il y a tout ce que l’on cache si bien pour que les autres ne s’y attardent surtout pas.

On se dira parfois qu’une vie fait envie et puis en se rappelant qui nous sommes, nous comprendrons que ce chemin-là, pris par d’autres, ne nous conviendrait pas. Il n’existe pas de bons ou de mauvais choix, juste des expériences tentées, avortées ou réussies, des expériences qui nous forgent à chaque instant.

Comment vouloir avancer au même rythme quand on n’a pas la même histoire, ni la même donne de départ ? Comment vouloir dépasser ce qui nous empêche d’avancer sans y faire face une bonne fois pour toute ?

Tant de gens prennent tant de voies déjà conquises, balisées par peur. Tant de gens ne prennent la mesure de la vie qu’une fois au bord du précipice. Tant de gens fuient, s’excusent d’exister, vivent en marge, se lassent face à un combat qu’ils croient perdu d’avance. Parce qu’à tel âge, ils ne sont pas ici ou là, ils n’ont pas réussi ci ou ça, ils n’ont pas telle et telle chose ou telle ou telle personne à leurs côtés.

Notre parcours de vie n’appartient qu’à nous. Il est le fruit de nos errances et de nos chances, de nos espoirs et notre chaos, de nos histoires personnelles, de nos passés, de nos choix et de nos défaites, des sentiers pris, communs ou de traverse. Rien n’est linéaire. Rien n’est mieux qu’autre chose. Rien n’est parfait. Tout est à écrire chaque jour, selon ce qui nous semble juste pour nous, sans s’occuper de ce que le reste du monde pense ou juge « bon » ou pas.

Nous n’avons pas de date limite pour faire telle ou telle expérience. Nous pouvons tout nous permettre, tout essayer, tout oser, tout créer. Le tout est juste de ne pas baisser les bras. Même quand tout nous pousse à le faire. Le tout est d’y croire sans relâche et de se dire que ce dont nous rêvons, nous le méritons. Comme tout un chacun.

Mauvaise Pioche

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Des cases, des cases, encore et toujours des cases. Certaines obligatoires. D’autres à remplir si le cœur nous en dit. Des cases de toutes les grandeurs. A cocher. A éviter, à griffonner. C’est épuisant ces cases à l’infini. Ils s’y connaissent en cases dans l’administration. Elles me sortent par les trous de nez leurs cases et le discours qui va avec.

Des cases. Et puis aussi des files d’attente qui s’éternisent. Il faut prendre son ticket, mémoriser son numéro, répondre présent au premier appel, sous peine de se faire sucrer sa place. Des numéros. De suivi. De dossiers. Numéros à appeler, à rappeler. Numéros à sélectionner, à indiquer. Des horaires à intégrer sous peine de se retrouver mis à la porte, parce que ça ferme dans trente minutes. Il faut au moins ça pour plier bagage et rentrer chez soi, avant les embouteillages du soir.

J’allais oublier les courriers. Les courriers reçus, envoyés. Les courriers recommandés, photocopiés, scannés, faxés. Les courriers retournés, égarés. Et la plateforme téléphonique qui s’égosille à vous rappeler que tous les conseiller sont pris, qu’il vous faudra attendre 3 minutes et 25 secondes, avant que quelqu’un prenne votre appel. Si après avoir attendu 4 minutes et 41 secondes, vous n’avez tout simplement pas raccroché, devant toutes ces fausses promesses.

Je me retrouve une fois de plus devant ce bâtiment sans âme, construit par un architecte insensé ou déprimé, sans aucun doute. Je suis là, mon dossier sous le bras. Trois mois de procédure engloutis sous cet amas de papiers, que je trie méthodiquement tous les soirs, pour ne pas perdre les pédales. Les forêts pleurent elles aussi de désespoir, j’en suis presque certain. Il n’y a personne qui attend ce matin. Le type du guichet me fait signe d’avancer. Il va encore falloir que je lui raconte mon histoire, ses détails croustillants, ses rebondissements alarmants. J’ai envie de la lui imprimer sur le bras, pour la prochaine fois. Il me regarde avec son sourire mielleux, qui trahi un cruel manque d’envie de prendre mon problème au sérieux.

Dans la salle d’attente, c’est la même consternation sur tous les visages. Je feuillette encore une fois mon dossier, vérifie que j’ai bien tout ce qu’il faut, les bonnes preuves, les bons identifiants, les bons mots au bon endroit. Un truc de travers et tout est à refaire. J’ai pratiqué. Je suis vacciné.

La dernière fois, sûr de mon coup, j’étais arrivé fier et droit dans mes baskets, tel un destrier des temps modernes partant au combat. Tout était là, au creux de mes bras. Un dossier béton, aussi solide que le bâtiment administratif, couleur fer forgé, que je fréquentais depuis des semaines.

Je m’étais engouffré dans un couloir sombre, moquette délavée et murs tapissés d’affiches de plus de cinquante ans au moins, dont les coins abîmés se décollaient sous l’emprise de l’humidité ambiante. Affolé par le regard méprisant de mon interlocutrice, j’avais tout simplement failli rebrousser chemin. Bon gré, mal gré, j’avais pris place en face du très respecté agent administratif, en charge de mon dossier. Pas un bonjour, ça débutait parfaitement bien :

  • Votre carte d’assuré?
  • Voilà Madame.
  • C’est pour quoi?
  • Ma demande de droits.
  • Vous avez rempli le dossier ?
  • Oui, ici.
  • On va l’étudier et on vous tiendra au courant.
  • Vous ne regardez pas si tout y est ?
  • La commission va le regarder et on vous tiendra au courant.
  • Mais s’il manque un document, ce serait plus simple de me le dire de suite. Ça fait déjà deux mois que j’entends la même chose. J’ai de quoi m’inquiéter n’est-ce pas?
  • Ce n’est pas moi qui décide Monsieur. Moi, je prends votre dossier et je le transmets, un point c’est tout.
  • Je comprends bien, Madame, mais c’est juste une question de bon sens.
  • De bon sens?
  • Oui, enfin, je pense que vous m’avez compris.
  • Pas vraiment Monsieur. J’ai surtout l’impression que vous êtes en train de me dire comment faire mon travail.
  • Non, pas du tout. Je souhaite juste savoir si cette fois, c’est la bonne.
  • Et bien vous le saurez, quand la commission aura étudié votre dossier. Vous m’excuserez, mais il y a la queue derrière vous. Bonne journée.

J’avais quitté la scène, complètement désorienté, déstabilisé, tel un boxeur mis KO par son adversaire, qu’il pensait pourtant moins fort que lui au départ J’étais reparti bredouille, dans l’attente d’une hypothétique réponse positive. J’avais envoyé des lettres, toutes restées sans réponse. J’avais téléphoné des dizaines de fois, été mis en attente, avec en fond sonore une musique déprimante. La bonne nouvelle, tant espérée, n’était pas arrivée, bien entendu, sinon je ne serai pas assis là aujourd’hui avec ma pile de photocopies et un nouveau dossier, que j’ai rempli avec encore plus d’incertitudes que les fois précédentes, me demandant vraiment si tout cela servait à quelque chose.

Un numéro clignote sur l’écran. C’est le mien. Je m’avance avec un sourire, histoire de détendre l’atmosphère, de me détendre surtout.

Allez, aurai-je plus de chance aujourd’hui ?

Extrait de mon recueil de nouvelles La Vraie Vie (en vente sur mon Site ou sur The Book Edition)

Tous vos avis sont les bienvenus…

L’année dernière à la même période je prenais la décision de créer mon site Auteur. L’idée était de gagner en visibilité. Pour cela? j’ai fait appel à une professionnelle et je peux dire qu’une fois le travail terminé, j’étais très satisfaite.

Un an après, un bilan s’impose. Non comme un couperet qui trancherait dans le vif mais pour peser le pour, le contre et surtout savoir si je continue dans cette voie ou si je choisis un autre chemin.

Entre il y a un an et aujourd’hui, il est certain que je ne suis ni la même femme, ni le même auteur (désolé je déteste autrice !). Mon style a évolué, j’ai évolué.

Mais au-delà du style, de la forme des choses, je me pose la question de ce que l’existence de mon site m’a apporté.

Force est de constater que une fois de plus (une fois n’est pas coutume non plus) je me suis sentie tiraillée, ne sachant pas toujours où placer mes mots, ici ou là-bas. Ce n’est pas l’existence de deux blogs qui me pose problème car j’ai toujours eu deux blogs, un anglais, un français – au minimum – c’est plutôt où je me situe dans cet état des choses. Sans compter le nombre de personnes que j’ai perdu en cours de route (ceux qui restent sont courageux je dois le dire!)

Comme mon écriture a changé, mon regard sur l’écriture aussi. Le plaisir de partager est je crois plus fort que celui de « vendre » mon travail. Je suis d’avis que tout travail mérite salaire. Et moi j’en ai un salaire justement. Je fais un travail qui me plait, même si il y a des creux de vague et que parfois j’ai des envies d’ailleurs. L’écriture c’est un plus, une passion qui m’apporte énormément mais n’est pas mon gagne-pain.

J’ai eu une période où le besoin d’être reconnue, appréciée était si intense qu’il fallait qu’on me voit et pour qu’on me voit, il fallait que je me mette en avant, quitte à aller à l’encontre de qui je suis. D’ailleurs je suis passée par Facebook, Instagram, j’ai joué le jeu jusqu’à être fatiguée de faire comme tout le monde, de passer du temps sur des choses qui ne m’apportaient rien et pour lesquelles j’avais la nette impression de me travestir pour être acceptée. Puis je me suis lassée. Et j’ai tout lâché. Alors même qu’ils étaient nombreux à me dire de persévérer, ça porterait ses fruits à terme.

Mais quels fruits justement ?

Qu’est-ce que j’attendais ?

Qu’est-ce que j’attends ?

Je suis dans cette réflexion en ce moment. Aujourd’hui, je peux dire que j’ai une vie sereine et épanouie, je suis heureuse tant dans ma vie professionnelle, sentimentale, familiale, personnelle. J’ai trouvé mon équilibre de maman, de femme, qui sans cesse est challengé bien entendu (sinon ce ne serait pas drôle !). J’ai de plus en plus de moments où je me sens à ma place et en sécurité. L’écriture est un plus qui me file des papillons dans le ventre et tous les messages que je reçois au quotidien ne font que me confirmer mon ressenti et mes envies.

Je n’ai toutefois pas l’envie d’en faire un business. J’ai davantage envie que mes mots soient lus par le plus grand nombre, de toucher des vies, de donner envie à certains d’apprécier la poésie ou à d’autres de simplement se lancer dans l’aventure.

Aujourd’hui j’en suis là, j’essaye de ne pas céder à l’impulsivité et tout bazarder d’un coup. Mais d’ici quelques semaines il me faudra prendre une décision, renouveler ou non mon nom de domaine, migrer mes articles, renommer mon blog anglais peut-être, juste garder le site qui propose mes livres. Ou tourner la page, contente d’avoir tenté l’expérience.

Vous en pensez-quoi ?

Tous les avis sont les bienvenus, même si je sais que le choix n’appartient qu’à moi…

Ces mensonges avec lesquels il nous faut composer

Il y a parfois des choses qu’on préférerait ne pas savoir, des petits (ou grands) secrets qu’on découvre au détour d’une conversation, d’un échange de mails, au hasard d’un changement.

Il y a parfois des mots qui disent tout et rien en même temps, des regards qui se croisent, entendus et qui laissent les interlocuteurs dépassés, mal à l’aise.

Il y a parfois des silences posés sur des situations, des non-dits acceptés.

Il y a parfois des insinuations saisies en plein vol, qui viennent chambouler l’état des choses.

Il y a parfois des vérités trahies par un geste, un téléphone laissé en évidence, un coup de fil inattendu.

Il y a parfois des mensonges de rien du tout, certains dont on ne se remet pas, d’autres avec lesquels il nous faut composer, comme si de rien n’était, parce que c’est mieux comme ça!

Briser l’armure (pour revenir à soi)

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Dans notre vie de tous les jours, il y a tout un tas de principes, de valeurs, d’idées reçues, une liste plus ou moins longue de « jamais », des peurs, des angoisses, des phobies,  des blessures, en bref un tissu opaque de chaos qu’on se trimballe, en pensant que ça nous protège. Alors même que ça ne nous protège de rien du tout. Je dirais même que ça nous oppresse, ça nous empêche d’être bien, épanoui, heureux, ça nous empoisonne l’existence.

Et pourtant, sommes-nous prêts à envoyer valser ce lot d’incertitudes, à lever le voile sur le mystère qui entoure nos rêves les plus fous, nos fantasmes les plus osés, nos souvenirs les plus marquants ?

Ou préférons-nous rester bien planqués derrière l’armure antichoc construite au fur et à mesure des expériences – c’est si agréable la zone de confort ?

Se mettre à nu, exposer ses vulnérabilités, parler de toutes ces choses intimes n’est pas donné à tout le monde. Certaines personnes n’ont aucun problème ni avec leurs émotions, ni avec leurs choix de vie, ni avec les expériences vécues. D’autres au contraire se posent toujours la question sur ce qui peut ou ne peut être dévoilé, sur ce qui peut être confié ou doit être gardé pour soi. Certaines personnes disent tout quand d’autres ne disent rien. Certaines personnes osent tout quand d’autres n’osent pas.

J’ai souvent été cette personne très pudique dans mes sentiments et prudente dans mes démonstrations d’amitié, d’amour. Mes quelques débordements furent vite recadrés. Je me suis donc imposé une ligne de conduite, gardant la majorité de mes émotions pour moi, ne partageant que le strict minimum.

Je crois toutefois en l’importance d’avoir et d’entretenir un jardin secret, sans toutefois se perdre dedans et se couper du monde. Le risque est là, à force de ne pas se dire, on s’oublie. Et il est alors plus difficile, quand l’occasion se présente de parler de soi, de sortir ce qu’on a en nous, de dire les choses, celles qui vont, ne vont pas, celles qui nous importent, celles qui ne nous conviennent pas, de partager nos idées, nos envies, d’échanger sur des sujets qui nous mettent mal à l’aise ou d’autres qui nous tiennent à cœur. C’est tout un travail comme apprendre à parler dans une nouvelle langue, un langage plus ouvert, moins censuré.

Il faut en passer par là pour se réapproprier son soi, se reconnaître, se reconnecter, se sentir en équilibré et libre (à son rythme).

On change

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On change. Pas l’essence. Juste l’enveloppe.

On se construit en se protégeant au fil du temps, comme si la vie était faite pour nous malmener. On apprend à penser aux autres avant soi, à faire attention, à donner sa confiance au compte-goutte. On désapprend l’exubérance, la joie d’être, le présent. On désapprend la beauté dans un grain de sable. On se métamorphose pour s’insérer dans une société qui catalogue dès le plus jeune âge. Puis on se rebelle contre l’ordre établi. Un peu. Beaucoup.

On se perd. Puis on se cherche.

On s’apprend au fil du temps, des rencontres, des échanges. On ne sait plus trop où, quand, comment. On avance à tâtons. On cherche sa voie. On se voudrait différent. On a du mal avec nos failles, nos défauts. On se voudrait plus comme ci, moins comme ça.

On attend des autres, on s’éloigne de soi. On pense que pour eux tout est plus simple, évident. On voudrait se fondre dans la masse, ne plus rien ressentir. On s’enferme dans le cercle vicieux de la mésestime.

On se met des limites, on s’impose des choix. On se bloque de l’intérieur. On se verrouille parfois. A double tour. On se cache derrière une armure. On se protège. On espère que la roue va tourner sans s’en donner les moyens.

On tombe. On se demande à quoi ça sert tout ça. On ne retient que les erreurs, les faux pas, les échecs. On se construit sur des fondations approximatives. On espère que ça tiendra.

On se perd. Puis on se trouve. On s’écoute enfin. On pense un peu plus à soi. On se regarde avec davantage de bienveillance. On rencontre des personnes qui collent davantage à ce que nous sommes, ce que nous souhaitons devenir. On s’accepte. On se respecte. On prend conscience que le passé est un tremplin, l’avenir une page à écrire. Nul ne sait de quoi demain est fait. On vit au présent. On avance plus sereinement. On met en lumière ses victoires, ses progrès. On se sent plus léger quand on cesse de se convaincre qu’on a quoi que ce soit à prouver. A soi. Au monde.

On ne change pas vraiment. On évolue. On retrouve notre essence. On nous révèle. On se révèle. On ôte toutes les couches de ce qui n’est pas nous. On ose prendre notre place. En nous. Autour de nous.

Neuf ans plus tard…

Je viens tout juste de commencer le livre de Cristina – une carte postale du bonheur et forcément ça résonne fortement en moi. Mais aussi quelle idée de le commencer un 13 mars! Jusqu’à ce matin, je n’avais pas fait le rapprochement.

Le 14 mars je m’en souviens facilement c’est l’anniversaire de mon père. Le 14 mars il y a 9 ans, à cette heure ci, mon amie Camille et moi nous préparions à sortir danser. Le 14 mars, avant que les douze coups de minuit sonnent, j’avais rencontré celui qui allait faire vaciller ma vie, que j’allais vouloir sauver, à qui j’allais m’offrir en sacrifice, pour lequel j’allais me battre envers et contre tous. Pour du vent.

En lisant les lignes de Cristina, je me rends compte à quel point je me suis menti à moi-même, dès le départ, dès les premières heures, dès le début de cette relation biaisée, basée sur des émotions erronées. Les dés n’étaient pas seulement pipés, je n’étais pas heureuse. J’ai essayé de l’être, j’ai réussi à me prouver que je l’étais. C’est peut-être ça le pire, les mensonges dans lesquels nous berçons nos propres illusions. J’ai rêvé mon bonheur. Je l’ai rêvé lui aussi. Je l’ai vu différent de ce qu’il était – il ne m’a pas aidé non plus à le voir tel qu’il était, je crois qu’il n’avait aucune idée de qui il était d’ailleurs.

Puis les choses que nous connaissons ont eu lieu. Loulou est arrivé dans ma vie. Sa présence, sa joie de vivre, son sourire ont effacé les blessures. Petit à petit. Je me souviens de lui, bébé, et des heures passées à le regarder, à me faire à l’idée de ce miracle, qui m’avait sauvée à temps d’un futur tragique, dans lequel je me serais encore plus renfermée, j’aurais perdu tout contact avec moi-même. Ce que je pouvais envisager pour moi, je ne pouvais pas le faire vivre à mon enfant. Il a été celui qui m’a fait prendre la décision de mettre un terme à cette relation dévastatrice.

Quand l’Amour est revenu dans ma vie, j’ai eu terriblement peur. Bien sûr j’avais les clés en mains pour ne pas revivre ce que j’avais vécu. Mais comment le savoir? Comment être sûre? Comment ne pas passer au crible de l’expérience chaque acte, chaque geste, chaque mot? Un pari incertain. Sans compter les souvenirs douloureux avec lesquels il fallait composer, les peurs, les blocages. Sans compter les images, cette angoisse du corps, le mien, celui de l’autre. Puis tout s’est fait naturellement, si naturellement que c’en était troublant…

Aujourd’hui, je me surprends encore parfois à m’excuser pour un rien, à craindre qu’un mot soit pris de travers. Puis je me raisonne. C’est une autre histoire.

Neuf ans plus tard, je suis si différente de la jeune femme que j’étais. J’ai l’impression d’avoir vécu plusieurs vies dans ce cycle là, d’avoir été tantôt perdue, tantôt soumise, tantôt guerrière, tantôt frondeuse, tantôt humiliée, tantôt victime, tantôt victorieuse, tantôt fragile. Maternelle jusqu’au bout des ongles. Avant de redevenir souple, femme, sensuelle.

Les premières “dates anniversaires” m’ont laissé un goût amer. J’étais dans le combat, contre moi, contre lui, pour la vie, contre tout ce que j’avais encaissé sans broncher, contre tout ce qui m’attirait vers le bas, contre le chagrin, les mensonges, les fausses promesses.

Neuf ans plus tard, quand je jette un bref coup d’œil en arrière, je suis juste fière du chemin parcouru. Sur cette route je me suis découverte, je me suis crée, j’ai donné la vie, réalisé des rêves et choisi cette fois ci, envers et contre tout, d’accueillir l’amour, le bonheur, au présent simple! Et d’y croire aussi!

Et vous, quelles décisions, quelles expériences ont radicalement changé vos vies?

Tout l’art est dans la suggestion

« Suggérer plutôt que de montrer ». Ces mots je les ai entendus pour la première fois dans la bouche de ma mère.

Suggérer c’est faire naître une image, un sentiment, c’est dire sans tout dire.

Suggérer c’est tout l’art du décolleté. C’est se livrer en gardant ses secrets

C’est se donner en laissant planer un doux parfum de mystère.

Autant parfois, il est indispensable de se mettre à nu, d’ôter toutes les couches de non-dits, de se montrer tels que nous sommes, vulnérables, fragiles, imprévisibles. Autant parfois, il est agréable de se dévoiler petit à petit, comme le peintre qui crée touche après touche, sans savoir à l’avance ce qui se trame sur la toile.

Suggérer c’est aussi laisser libre cours à l’imagination de celui qui reçoit. Quand je lis un livre, j’ai du mal quand tout est dit, dans les moindres détails, quand mon esprit se sent obligé d’imaginer une scène précise, quand sa liberté est bridée par une précision quasi-mathématique.

C’est peut-être pour cette raison que j’aime la poésie, sa fluidité, son champ infini des interprétations possibles. Tout un chacun saisira un indice, une idée à partir d’un mot, d’une tournure de phrase, d’une image créée. Chacun y verra son essentiel.

La suggestion est un équilibre délicieux dans lequel je l’épanouie de plus en plus. Tout en sachant qu’il est tout aussi essentiel parfois de dire la vérité crue, sans fard, sans artifice.