Notre chance

@MarieKléber

Au début on écrit tout
Puis on écrit moins

On ne suit plus le rythme des palpitations
Du coeur serré sur le chemin
Aller ou retour, c’est la même sensation
De ne plus très bien savoir
Qui l’on est, où l’on va
Un déséquilibre qui pourrait durer
Jusqu’à ce que le monde s’embrase

Sans que l’on sache pourquoi ni comment
La vie n’est plus cette course folle
A l’heure où le jour s’effondre
Je sortirais pieds nus et poserais mes mains
Sur les promesses du vent
Qui sur ta peau dessine mille et un voyages
Dans lesquels le monde n’existe plus

Je veux garder le tout, ces instants mélangés
Même ceux dans lesquels mes sentiments
Ne savent plus très bien où ils en sont
Surtout ceux qui font comme un tapis
Sur lequel j’évolue tel un oiseau
Prêt pour le grand saut, un oiseau aux ailes d’or
Qui lentement s’élève dans le noir de la nuit

Je ferais l’amour à l’aurore
Et ses perles de pluie comme des caresses
Avec en fond sonore le murmure d’un baiser
Un soupir échangé, quelques bribes de souvenirs
Que la mer aura ramené sur le rivage
Des jours si loin de toi

Je ne veux rien oublier
Alors je grave, je noircis des pages
J’imprime à l’encre indélébile
Ce temps partagé, tourments et joies mêlés
Le parfum que tu laisses en partant
Et sur ma peau le tatouage invisible
D’un temps qui ne finira jamais de nous échapper
Si nous oublions de saisir notre chance
D’aimer…

Journal, introspection et créativité: un chemin vers soi.

Je pense à cet article depuis quelques semaines déjà. Pour être honnête, j’y pense depuis le partage de Sophie sur je sujet, que j’ai trouvé très enrichissant et après avoir visionné quelques vidéos sur l’art-thérapie et le journal créatif.

Je tiens un journal depuis l’adolescence. Au départ, j’y consignais mes envies, mes joies, mes peines, mes questionnements, mon quotidien, mes émotions, mes doutes. J’ai eu des périodes où j’écrivais tous les jours mes états d’âme, d’autres où je préférais créer des textes courts et nouvelles. Dans mes carnets, j’ai un peu de tout, des mots, des listes – d’envies, de “merci” – des idées d’écriture, des affirmations positives, des citations, des articles, des pensées en passant, prises au vol, vite consignées de peur qu’elles ne s’échappent.

Ce dont je voulais vous parler, c’est surtout de la manière dont a évolué mon journal au cours des six dernières années.

En 2014, je reprends la plume, j’ai besoin d’un espace à moi. Je m’offre un beau carnet et c’est parti. Je suis très appliquée. Pas une rature, tout est nickel et dès que ça ne l’est pas, je panique. J’ai besoin de “beau”, d’épuré. Rien ne dépasse, tout est sous contrôle.

En 2015 puis en 2016, les pages sont un peu plus colorées. Je colle. Je souligne, je surligne. C’est le début de plus de liberté. Je m’autorise à… Dis comme ça c’est un peu étrange, mais c’est vraiment ce que je ressens, je me donne l’autorisation de faire autrement, de ne plus être dans le contrôle total, dans le “tout parfait”.

En 2017, je découvre le BUJO suite à un article de Mély. Je trouve l’idée intéressante, une bonne façon d’organiser le quotidien tout en faisant avancer ses projets. Même si je suis loin des modèles très artistiques qu’on peut voir partout sur la toile, c’est un pas de plus vers une expression différente de soi, plus créative. Dans mon BUJO on trouve principalement une organisation par semaine, avec une partie agenda et une partie “liste de choses à faire”. Et une organisation mensuelle avec mes livres lus, mes instants de bonheur, les citations qui me parlent, mes affirmations positives, mes prises de conscience, quelques tracking. J’écris beaucoup moins dans mon journal. Non par manque de temps mais parce que j’ai l’impression de me disperser…

En 2018, je reprends le BUJO et l’écriture dans mon journal. Je laisse davantage libre cours à mes envies. Faire de la peinture avec mon fils m’a ouvert une porte que je croyais à tout jamais fermée. Et oui, combien sommes-nous à penser que nous ne sommes pas créatifs, que nous sommes “nuls? Combien sommes-nous à traîner cela depuis l’enfance? Combien sommes-nous à y croire vraiment et à avoir donné notre pouvoir aux autres sur ce coup là? Je ressens vraiment le besoin de lâcher prise et surtout de m’exprimer avec autre chose que des mots.

En 2019, j’essaie, je me lance, je ne me limite plus. J’ai toujours un BUJO plutôt dédié organisation, que ce soit vie perso, vie pro, loisirs. J’y note également mes rêves et mes cycles. Cela va évoluer en 2020 avec un carnet spécial rêves (question d’espace pour les interpréter!) et la réintégration de mes cycles sur mon journal “créatif” car tout est lié, créativité, inspiration, mots, maux, cycle, identité, émotions, ressentis, apprentissage, évolution.

Mon journal est désormais un espace d’expression sans contrainte. Un espace qui me permet de laisser libre cours à mon imagination, dans lequel je ne me bride plus. J’exprime tout ce qui se passe en moi, j’y vois un outil puissant d’introspection. C’est un véritable compagnon de vie. Il est le reflet de qui je suis, qui je deviens chaque jour.

Voilà, j’espère que cet article vous aura plu. J’avais surtout envie de vous montrer que nous sommes tous créatifs, qu’il n’y a pas qu’une manière de l’être. Que les limites que nous nous mettons sont souvent le reflet de ce que nous pensons à l’intérieur de nous mêmes et qu’à chaque instant nous pouvons revenir sur ces pensées limitantes et les dépasser. En nous donnant l’autorisation d’être qui nous sommes tout simplement.

Et vous, vous tenez un journal? Vous aimez peindre, dessiner mais vous ne vous sentez pas libre de le faire? Quelles sont / étaient vos limitations et quand, comment avez-vous réussi à les dépasser? 

Brèves de Confinement #2

Ce petit état des lieux hebdomadaire me donne l’occasion de revenir quelques instants sur mon blog pour échanger avec vous. Je dois dire que je vis ce confinement un peu hors du temps et que parfois j’ai même du mal à me souvenir que dehors les drames s’enchainent…

Lundi 23  mars

Mon ras le bol de la semaine dernière et l’expression de mes ressentis auront été bénéfiques. Loulou prend de nouvelles marques, se réveille seul, s’habille seul, ouvre ses volets, prend des initiatives. La matinée en télétravail se passe bien, loulou papote avec sa petite copine en bas, lui apprend les bases du foot. Nous profitons de la petite cour de l’immeuble pour faire quelques passes entre midi et deux et au gouter. Ma collègue me prévient que les choses vont changer et que le chômage partiel nous attend au tournant…

Mardi 24 mars

Je persévère dans ma pratique quotidienne de yoga et de méditation. C’est parfait pour commencer la journée du bon pied. Aujourd’hui on nous annonce la mise en place du chômage partiel. Il nous faut aussi liquider RTT et congés. Les semaines à venir vont être light! En même temps je ne me plains pas, j’ai plein de projets en attente. Loulou a de plus en plus de mal à se mettre au travail, je perds vite, très vite patience. Du coup, on essaie de trouver des activités plus ludiques. Ce jour là il s’attaque à un tableau de Picasso. Il fait aussi quelques exercices sur une plateforme en ligne mise en place par la maitresse. Je me sens beaucoup plus détendue, même si je n’ai pas une minute pour souffler. J’évite au maximum les réseaux et les informations.

Mercredi 25 mars

C’est la journée des enfants, donc pas ou peu de travail pour Loulou. Je tiens tout de même à ce qu’il lise tous les jours. On fait des expériences le matin, toutes ratées. On se marre bien. Puis il va papoter avec sa copine et je bosse, enfin j’essaie! Le soir, on se défoule sur Jean Jacques Goldman – j’avoue Jean Ferrat, je saturais. Une fois loulou au lit, j’arrive même à ouvrir un nouveau livre, le premier en 10 jours! C’est la fête!

Jeudi 26 mars

Jour de congés. On en profite pour reprendre le chemin des expériences et cette fois nous les réussissons. Il y a plein de couleurs dans notre cuisine. Il est plus que l’heure de se mettre au travail, nous commençons par les mathématiques, la matière de prédilection de loulou. Je réponds à quelques mail en attente. Le soleil brille alors nous faisons durer la pause sport. Puis place au français et là ça part direct en cacahuète. La salle de bain est mon nouveau terrain anti-stress, c’est la seule pièce qui a un verrou! Purée, je n’ai vraiment aucune patience. On s’y remet avec plus d’enthousiasme et je redouble d’efforts pour rester zen. Loulou termine son dessin sur les planètes puis je le laisse regarder une niaiserie, le temps pour moi de m’attaquer à du tri et du ménage. On dit toujours que le matériel c’est accessoire. Peut-être mais prendre soin de son chez soi c’est aussi prendre soin de soi!

Vendredi 27 mars

En plus du yoga et de la méditation, j’arrive à écrire un peu dans mon journal. C’est bien le seul endroit dans lequel les mots ne s’échappent pas en ce moment. On se met au travail de bonne heure et loulou n’est pas plus motivé que ça encore une fois. On y arrive tant bien que mal. C’est étrange mais, à l’heure où tout le monde parle du manque de contact, je ressens tout le contraire. J’apprécie de ne pas avoir à faire ceci ou cela, ne pas me sentir obligée de sortir, d’aller au parc ou ailleurs. Je me sens bien, chez moi, avec loulou – cette période nous aura vraiment rapprochés et nous aura aussi obligés à être plus indépendants, nous aura appris à laisser l’autre respirer un peu plus!

Samedi 28 mars

Troisième jour de weekend et qui dit weekend pour tous les deux, dit détente. On traine. On fait des pancakes, d’autres expériences, deux heures de foot (en short!) et autres entrainements, des mandalas avec des bouchons en plastique, un peu de dessin et de coloriage. On danse, loulou fait le zouave, on rigole. Je lâche un peu plus mon téléphone, je m’y suis engagée! Une journée bien chargée qui se termine par une soirée devant Tom & Jerry. Le soir, je continue de lui lire Harry Potter. Moi je suis claquée, bien entendue, mais heureuse aussi de tous les instants partagés. Je me détache pas à pas du superflu. Je ne m’oblige à rien et ça me fait du bien.

Dimanche 29 mars

Matin patouille et nettoyage du frigo. Après-midi sport, il y a quelques rayons agréables. Un peu de lecture et un petit DVD qui me laisse le temps de venir écrire ici.

Allez dites moi tout, comment s’est passée votre semaine? Comment allez-vous? Comment gérez-vous? 

On ne va pas en faire tout un plat…

Crédit Pixabay

Justement non.

L’idée première de cet article a cédé sa place. J’ai bien trop écrit sur cette histoire, sur les maux, sur le silence, sur tout ce qui déconstruit et empêche même de respirer, sur la colère, la peur (là on peut vraiment la nommer parce que le danger est bel et bien réel).
Beaucoup écrit sur ce qui n’avait aucun sens.

Comme le dit si justement Sand dans un de ses article: Ne pas oublier qu’il n’est pas ” les autres “.
Ça coule de source. Et pourtant ce n’est pas toujours si évident surtout quand un petit quelque chose vient raviver la flamme des mauvais souvenirs.
Il est naïf de penser que nous pouvons les faire disparaitre. Ils existent. Par contre nous pouvons à chaque instant leur dire “non”. C’est notre seul pouvoir, de les empêcher de venir perturber notre présent. Ces souvenirs n’ont rien de bon à nous apporter.

Il faut bien avouer qu’au départ c’est troublant, quelqu’un qui s’intéresse à vous et qui vous trouve aussi assez intéressant(e) pour avoir envie d’être avec vous. C’est presque incongru. Généralement vous vous touchez cinquante fois dans la journée pour vous assurez que c’est bien vrai, que c’est bien vous et que l’autre existe et qu’il n’a pas du tout l’air de faire ça par dévotion ou avec l’intention de vous “posséder”.
Oui comme on possède une table, un canapé. Un objet du décor quoi!

Il a l’air très bien, même épanoui. Et même vous, vous vous sentez bien. Plus besoin de faire semblant. Vous pouvez vous exprimer sans crainte que cela explose, vous pouvez avoir des envies, dire oui, dire non. Vous vous sentez en phase et vous intégrez que vous avez même le droit de ne pas être d’accord et que cela ne va pas changer la profondeur de vos sentiments. Vous découvrez la vie sans cri, sans silences, sans portes qui claquent, sans cette impression de toujours être à côte de la plaque, sans cette sensation de ne jamais être assez.

Je crois qu’il faut du temps pour se réapproprier son corps, son identité, sa valeur. Et de la volonté pour ne plus laisser le passé l’emporter. Il est, bien heureusement, derrière nous et moins nous nous intéresserons à lui, plus son énergie diminuera. Ce qui implique qu’au préalable nous ayons bien entendu travaillé dessus, que nous l’ayons compris et intégré. Sinon c’est juste reculer pour mieux sauter!

Les États d’Esprit du Samedi 08.02.2020

@Mk

Et oui cette semaine ce sera les Etats d’Esprit du samedi! Il faut varier les plaisirs de temps en temps. Avec toutefois, comme toujours, une pensée  pour les fondateurs (Zenopia et The Postman).

Début [08h51]

Photo: en souvenir d’une personne partie…
Fatigue :  légère
Humeur : pleinement heureuse
Estomac: ricorée, viennoise nature
Esprit: enthousiaste
Cond. phys. : pas grand chose
Projet/Boulot: semaine chargée et je suis aux anges
Culture:
Livres:  Un très grand amour de F-O Giesbert et Mornings in Jenin de Susan Abulhawa
Films: Belle et Sébastien 3 – Cars 3 – l’union sacrée

Penser à:  opération cadeaux!
Avis perso (1): une journée off pour profiter de temps pour soi et de ceux qui comptent ça n’a pas de prix
Avis perso (2): 3 viennoiseries tous les matins, c’est beaucoup trop…
Avis perso (3): les voisins sont des gens à part!

Message perso (1) délicieux! (2) merci pour tous vos superbes textes (3) si heureuse pour toi! (4) on va enfin pouvoir passer du temps ensemble sans trop compter les heures (5) j’en partagerais d’autres…

Loulou: en vacances, a mieux aimé la piscine, a toujours un ballon à portée de pied, aura 7 ans dans moins d’une semaine
Amitiés : organisation de vacances en cours…
Love : enfin du temps ensemble (de qualité et savoureux)
Sorties : mémé, ciné, cadeaux…
Essentiel: prendre le temps, vivre
Courses: cadeaux et cartes
Envie de: réfléchir à mon projet de vie
Zic: la jolie chanson chantée par loulou cette semaine

Fin [09h06]

Très très bon weekend à vous et bonnes vacances pour les chanceux!

Réflexions sur l’amour qui vient, s’en va, dure ou pas

Crédit Pixabay

Ma mère est très certainement la seule à croire que je me remarierais un jour. Ça la rassure, pourtant on ne peut pas dire que les mariages heureux crèvent l’écran. On assiste plus souvent à des fractures. Et celles-ci laissent un goût amer en bouche, qu’on soit touché de près, de loin. Mais la fin ne frappe pas seulement les couples mariés, elle touche tous ceux qui un jour ont parié sur l’amour, sans savoir si il allait durer, un peu, beaucoup, à la folie…

Je me demande souvent comment – comment l’amour est là un jour. Puis un matin, plus rien. Le vide et l’annonce – pas toujours faite mais le silence dit très bien aussi ces choses là, à la différence près qu’il ne laisse aucun choix – “c’est fini” ou un truc comme ça.

Que s’est-il passé dans la nuit pour que les sentiments se fassent la belle, sans prévenir?
Est-ce que c’est juste une fuite lente qu’on n’a pas voulu voir venir?
Est-ce qu’on le savait mais qu’on a laissé les mots se perdre en pensant pouvoir rattraper le temps perdu?

Est-ce que c’est une lubie, celle d’un instant, une envie d’autre chose qui d’un coup nous prend aux tripes, une folie nullement préméditée?
Ou bien quelque chose qui nous pesait déjà depuis longtemps sans qu’on puisse articuler quoique ce soit, sans qu’on puisse dire pourquoi? En se disant peut-être que le mal être passerait?

Je ne connais pas de séparation à l’amiable. Il y en a sûrement, comme les divorces par consentement mutuel. Quand les deux parties ne s’aiment plus à la même heure, au même endroit. C’est un peu l’idéal, comme mourir dans son sommeil. Dans les deux cas, on ne choisit pas.

Comment l’amour vient? Et comment il part?
Pourquoi dure t-il pour certains toute la vie? Et pour d’autres, quelques années, mois, semaines?
Est-il qu’il y a une recette, comme une formule magique qu’on glisse dans les gâteaux pour les rendre plus gouteux?
Est-ce qu’il suffit d’y croire? Ou bien est-ce que c’est un peu comme le reste, une grande loterie, une autre injustice?

Beaucoup de ces questions n’ont aucune réponse, elles ne sont qu’éternels points d’interrogation dans le lit du temps. Peut-être que seule la vie détient des fragments de réponses. Mais alors il faut oser se lancer dans une aventure dont on ne sait rien, qui ne nous promet rien, qui peut nous filer entre les doigts à chaque instant. Il faut être prêt à saisir ce qui se présente, le beau, les étincelles, la chance, tout en ayant aucune certitude. Juste pour la passion d’être vivant et libre, à deux.

Vous posez-vous ces questions? Ou pas du tout? Avez-vous quelques réponses à m’offrir?

L’énergie du beau

On était là. On ne l’est plus. La vie a repris des couleurs et on a délaissé ce petit coin douillet, les rencontres, les mots qui nous ont soutenu pendant les heures creuses, les trous noirs. On dit que le bonheur ne s’écrit pas alors on n’écrit plus. Plus rien. On s’échappe pour soit-disant vivre pleinement l’instant. On s’absente. Souvent sans rien dire. On est dans un bonheur exclusif, quelque chose qu’on garde pour soi, qu’on ne partage pas.

Et puis on revient au premier coup un peu trop rude. On déverse sur la toile l’amertume, le chagrin. On vient chercher le réconfort ou autre chose. On pose les maux après des semaines, des mois de silence. On vide le trop plein.

On n’est pas seul(e). Ils sont nombreux à revenir, à l’heure de la rupture, du deuil, à l’heure des regrets, de la trahison, à l’heure où les aiguilles restent figées sur une heure grave, une révolte sourde, une colère qui froisse et anéantit tout.

Du bonheur, il ne reste rien. Pas une phrase, ni quelques images. Non, on pensait qu’il était invincible, que l’amour était indestructible. On se croyait plus forts que les autres. Alors on n’a rien gravé. On a gardé tout sous scellé. Par pudeur parait-il. Pour conserver une part d’intime. Toutes les excuses sont bonnes.

Je ne comprends pas ce travers de l’humain à partager beaucoup le moins et peu le meilleur. Nous nous révoltons contre les nouvelles du journal de 20h, toutes plus déprimantes les unes que les autres mais nous ne valons pas mieux. Nous restons concentrés sur l’idée que le malheur fait vendre, le sang a de l’avenir. Pour les belles choses, il faudra repasser, il n’y a personne au numéro demandé.
On préférera les parcours chaotiques, les témoignages dramatiques, les histoires d’amour qui finissent mal, qui font mal.
On passera sous silence les sentiments qui nous portent, nos plus beaux projets, nos rêves un peu fous, les étincelles qui naissent dans nos yeux au contact de l’autre, l’amour, l’ami. De nos rencontres on ne notera que la fin, fulgurante et les larmes. De nos chemins de vie, on ne relira que les coups de blues et les creux de vague.
Nos victoires, nos coups de cœur, l’émerveillement des premières fois, l’enthousiasme des premiers pas s’envoleraient presque au premier coup de tonnerre.

Je me demande encore parfois pourquoi.
Mais comme un pourquoi n’y change rien, comme nous ne sommes pas tous les mêmes, moi je préfère tout noter, tout écrire pour que rien ne se perde du beau de la vie. Pour que cette énergie là ai plus de poids, il faut que nous soyons plus nombreux à la partager.

Nous ne sommes pas la somme de ces coups durs qui nous touchent, mais une palette bien plus colorée. Il ne tient qu’à nous de la faire exister.

Une nuit en suspens

Je regardais le givre sur les pare-brises des voitures, en t’attendant, comme une couverture qu’on aurait déposé là, avant l’aube. Un rembourrage pour le moins original, j’avais de ces idées.
Tu m’avais proposé un florilège de destinations, campagne, ville, forêt même je crois.  J’avais opté pour Cabourg.
Un vieux souvenir dans mes bagages ou l’appel de la mer. Peut-être même Proust si cher à mon cœur.
Ma madeleine à moi c’était le sable blond, l’air iodé, l’irrésistible tentation de nos pieds nus dans l’eau glacée, le vertige de nos mains qui ne se lâchent pas ou alors juste le temps d’un cliché. La tendresse d’un foyer pour une nuit hors du temps, qui aurait ce goût sublime d’éternité.
Un instant en suspens, loin des avis déstabilisants de ceux qui jugeaient nos sentiments, du haut de leurs vies, soit disant bien rangées, qui si on creusait un peu laissaient apparaître bien des tourments. Je crois qu’ils étaient jaloux!

Ce texte a été écrit dans le cadre de l’atelier d’écriture d’Olivia. Les mots imposés étaient: proposer – rembourrage – givre – Cabourg (facultatif vu qu’il s’agit d’un nom propre) – irrésistible – déstabiliser – foyer – tendresse – éternité

Confessions d’une ex-dépendante affective

 

Un jour il a fallut se rendre à l’évidence. Ce n’était pas de l’amour. Tout le monde disait que l’amour ça transporte, ça donne des ailes, ça vous pince le cœur tout en vous enveloppant de bonheur. Il y avait un problème, sévère.

Mes relations amoureuses n’ont jamais été ce chemin pavé de fleurs, en plein soleil. Parfois un peu au début quand même. Mais dès les premières heures j’étais déjà quelqu’un d’autre. Mes amours ont toujours été des relations dans lesquelles je me sentais investie d’une mission, sauver l’autre. A plonger. A me perdre

Vivre de l’autre, vivre par l’autre, me nourrir de ce lien, jusqu’à ne plus savoir respirer seule. M’enivrer d’une présence jusqu’à ne plus exister. Attendre une reconnaissance et pleurer en silence. Mes amours furent torturés, quelques hauts et des plongeons dans le vide à couper le souffle, à apprivoiser le cœur complètement vrillé.
Sans l’autre, je n’étais rien. Ce besoin quasi-permanent de sa présence était ma drogue, mon passeport pour un nouveau jour jour. J’avais comme besoin de son accord pour m’autoriser à être. (mal-être!)
Des années à couler pour un regard, un sourire, un “je t’aime”. Une demande vue comme une agression. Des années à me métamorphoser pour devenir quelqu’un d’autre, quelqu’un d’indispensable qui aurait des égards, qu’on estimerait un peu. Un peu plus.

La peur obsessionnelle que l’autre parte, qu’il soit blessé par un mot, un geste et décide de pendre la tangente. La crainte maladive qu’il en choisisse une autre, mieux forcément.

Des années de souffrance à deux, avec cette impression de n’être rien, de ne valoir rien. Dans une définition de soi qui dépendait toujours de ce que l’autre pensait, de comment l’autre voyait les choses.
Des années sans projet, sans envie, si ce n’est que le quotidien prenne quelques couleurs. Quitte à faire encore plus semblant, à dire “oui” en pensant “non”, à ne pas se respecter, quitte à passer sur les manques, les manquements. Quitte à en faire toujours plus, à faire passer le bien être de l’autre avant le sien, quitte à s’aplatir, à s’excuser tout le temps, à faire attention, à ne pas brusquer, à ravaler sa tristesse, sa peine, à sous-évaluer ses besoins.

Dans mes premières relations, les sentiments étaient partagés, mal exprimés mais présents. Dans la dernière, la manipulation et l’emprise ont transformé ma vie en enfer.

Un jour j’ai compris. Et j’ai entrepris un long travail pour m’affranchir de cette addiction nocive, qui me prenait tout, qui me vidait de ma substance, qui m’enfermait vivante dans une relation à l’autre destructrice.
J’ai connu la dépendance en amour. Et en amitié aussi.
J’ai lutté contre mes démons, je me suis fait aider.
J’ai appris à me regarder dans un miroir, loin du regard de l’autre.
J’ai appris que seule, j’avais de la valeur, que l’autre ne me définissait pas, que l’autre n’était pas un indispensable à mon bien-être et mon épanouissement.
J’ai appris à me faire confiance, un peu plus, à m’estimer assez pour savoir dire “non”.
J’ai appris que mes ressentis, mes émotions avaient de l’importance et surtout qu’on ne pouvait sauver personne, qu’une relation qui débute pour cette raison est bien souvent vouée à l’échec.

Le problème, comme avec toute dépendance, ce sont les risques de rechute. Et la peur surtout de retomber dans des travers douloureux. Je crois qu’il faut en avoir conscience? rester à l’écoute de son intuition, de ce qui passe par l’esprit, le corps. Plus on le fait plus on comprend son fonctionnement, sa personnalité et ce qui cause une plus grande vulnérabilité dans telle circonstance, face à tel évènement.

On en guérit, je vous rassure. Et c’est une belle victoire quand vous pouvez enfin être vous-même dans une relation à l’autre, quand l’amour devient enfin cette fantastique expérience à deux, cette aventure qui se construit au jour le jour, dans un face à face sain, quand il n’y a rien à prouver et qu’un regard loin de vous torturer vous rend tout simplement heureux, de faire ce chemin main dans la main.

L’écriture, cet acte thérapeutique!

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Nous n’écrirons pas tous des chefs d’œuvre, nous ne serons pas tous publiés, nos mots ne trôneront pas tous sur l’étagère d’une librairie ou d’une bibliothèque. Mais nous pouvons tous mettre un mot après l’autre, laissez nos cœurs se libérer sur le papier, laisser les mots nous guérir. En profondeur.

Nous n’avons alors pas besoin d’un plan précis, il nous suffit juste d’oser, d’oser nous lancer pour évacuer ce qui nous touche, ce qui nous fait faillir, ce qui nous empêche d’avancer, d’exister. Ça pourra prendre différents formes. Il n’y pas de modèle, pas de cadre à respecter, ce sera spontané.

Parfois nos souvenirs sont trop lourds à porter, nos émotions trop fortes à supporter. Parfois nous ne savons plus où nous en sommes. Certains choix parfois sont nécessaires. Et notre esprit se perd entre doutes, envies, contradictions, interrogations. Où en sommes nous? Qui sommes nous?

L’écrit nous offre de lâcher prise, de tout lâcher. Nous n’avons plus à paraitre, à donner le change. Nous n’avons plus à faire attention à nos mots, nos pensées pour ne pas blesser l’autre. Là dans cet instant. Les mots nous invitent au partage de ce qui ne peut être dit de vive voix, ce que nous n’arrivons pas à articuler.

Vous ne savez pas par où commencer?
Rien de plus simple, un crayon, du papier et quelques minutes de calme. Allez-y. Laissez les mots couler. Peut-être que ça restera superficiel, peut-être que vous accoucherez d’un texte auquel vous n’avez pas pensé. Peut-être que ça viendra réveiller autre chose en vous. Et il faudra laisser couler l’encre encore un peu.

Écrire les souvenirs m’a permis de les digérer, de comprendre, de pardonner, d’avancer.
Écrire le présent me permet de mieux accepter mes émotions, de les accueillir puis de les laisser partir.
Écrire les maux pour mieux vivre.
Écrire le beau aussi, la joie intense, les sourires sublimes.
Écrire ce qui me tord les boyaux, ce que je tente de retenir mais qui finit par peser trop lourd.
Écrire la joie et le chagrin.
Écrire ce qui nous chamboule, ce qui nous fascine, ce qui nous fracture.
Écrire pour choisir.
Écrire face à toutes ces montagnes qui nous semblent impossibles à gravir, l’avenir qui nous impossible à construire.
Écrire tout ce qui nous échappe…

Et vous, l’écriture thérapeutique ça vous parle? Vous pratiquez?