Un souffle

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Il s’est posé là, dans le creux de mon cou, il s’est glissé frôlant le grain de ma peau. Un souffle si doux que j’aurai pu le perdre, ne pas savoir, j’aurai pu le manquer. Et le souffle se serait tu.

Il s’est posé, je l’attendais presque. Et puis le souffle a pris vie. Et la vie a pris des couleurs. Le souffle s’est accordé au mien.

Il a fait basculer mon cœur. Il a fait ressurgir mes peurs. Et mon souffle a pris froid. Il a tenté de retenir le flot des sentiments naissants et les barrages ont cédé. Un à un. L’armure s’est fissurée, brisée. Il n’y avait plus rien à cacher.

Le souffle s’est imposé, patient, aimant. Il s’est donné en vérité, sans promesse.

Posé là dans le creux de mon cou, ce souffle avait une âme, il parlait ma langue, il entendait ma voix, il savait ce que je ne savais pas.

Depuis, il embellit mes jours, jour après jour. Et mon souffle à trouver sa paix.

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Instant de vie

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L’enfant regarde, attentif. Le camion s’est arrêté, il charge les poubelles au couvercle jaune. L’enfant s’intéresse. Les homes attendent. Obnubilé par le spectacle qui se joue devant lui, chaque jour, il cherche à comprendre la marche des choses, du monde. Un des hommes lui sourit. La fascination de l’enfant est  belle à voir. L’instant est simple et pourtant magique. Les hommes dont le métier est souvent négligé, considéré sans grand intérêt, deviennent une pièce du puzzle. Ils prennent leur place dans le grand bain de la vie.

La mère s’intéresse aux regards, aux sourires. Elle se dit que tout est simple, consciente que le bonheur n’est pas cette quête sans fin dont tout le monde parle sans cesse, mais bien présent dans son quotidien, pour peu qu’elle regarde l’enfant, regarde les gens interagir, pour peu qu’elle lâche toutes les croyances qui font parfois tourner le monde bizarrement.

L’homme se réveille. Elle imagine sa peau. Elle se laisse aller à toucher son corps juste par le pouvoir de sa pensée. Elle ressent l’étreinte, la douceur l’envelopper. Elle sait ce qui se trame.  Son cœur parle à son cœur dans la clarté du matin.

L’enfant lui prend la main et ils avancent ensemble vers le jour riche de promesses…

Et un jour, devenir maman

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Je le regarde rire aux éclats. J’entends mon rire qui fait écho au sien. La soirée a été calme, douce, drôle, apaisée. Nous avons pris notre temps, ce temps qui nous file trop souvent entre les doigts, ce temps que nous tentons de garder pour nous deux. Temps propice aux confidences, à l’évocation de souvenirs, temps de lecture, de câlins et de contes qui changent perpétuellement de fin.

Quand il a été couché, qu’il s’est endormi sans bronché, que je suis allée voir si tout allait bien, je me suis souvenue…

De nos débuts. Je l’ai déjà écrit ici. Certaines mères se sentent mères tout de suite, dès le petit “plus” sur le test, dès la naissance. Je ne fais pas partie de ces femmes. Je ne saurai dire aujourd’hui si notre enfant était un souhait commun, s’il découlait d’un projet de vie. Je l’ai désiré. Mais dans quelle mesure? Était-ce un désir inconscient de sauver une embarcation qui prenait l’eau de toute part? Je ne saurai le dire. Ma seule certitude c’est que mon enfant m’a sauvé la vie. J’ai conscience d’avoir eu cette chance de partir avant qu’une vie de famille ne se crée. Si j’étais restée, aurai-je eu le courage de partir? Ou aurai-je choisi le sacrifice que font beaucoup, d’une vie dépourvue d’essence, de sens, une vie de larmes et de drames? Les enfants restent encore et toujours notre meilleure excuse face à de tels choix.

A la maternité, oui j’ai ressenti quelque chose, quelque chose de fort. Je me suis sentie invincible le temps de le tenir contre moi. Puis au matin les fantômes ont ressurgi, les peurs se sont matérialisées, l’envie que tout ce scénario ne soit qu’un atroce cauchemar. Face à ma réalité, j’ai pris une claque magistrale.

J’ai tout mis en œuvre pour ne pas m’attacher à mon enfant. Aussi scandaleux que cela puisse paraitre, je ne me sentais pas d’attaque à être sa mère. Je ne voulais pas dépendre de lui pour m’en sortir. Je ne voulais pas qu’il porte ma peine, mon chagrin. Qui plus est je vivais dans la crainte omniprésente qu’on me le prenne – la justice pas si juste – son père. Et tous ces bien pensants qui me rappelaient l’épée de Damoclès au de ma tête, la menace de l’enlèvement.

Quand je suis arrivée à Paris, je l’ai laissé, soulagée, aux bons soins de mes parents. Je savais qu’avec eux il avait la sécurité affective nécessaire à son épanouissement. Je me suis longtemps dit que si je disparaissais, il serait aimé, protégé – le principal pour moi. Et j’ai souvent eu envie de disparaître. Puis nous avons vécu ensemble, avec un florilège de peurs qui ne cessait de prendre de l’ampleur:  peur d’être seule avec lui, peur de ne pas lui donner assez d’amour, peur de ne pas trouver ma place, peur de mal faire, de ne pas être à la hauteur. J’avais l’impression que loin de moi il grandissait mieux.

Les premières années ont été dures. A tout points de vue. J’avais l’impression de mourir un peu chaque jour, tout en essayant de me sortir de tout ce chaos oppressant. Si bien que je n’ai jamais eu de mal, ni de le laisser à la crèche ou à l’école. J’avais plus confiance dans les autres que dans mes capacités à moi. J’avais besoin que ma vie soit réglée comme du papier à musique pour pouvoir poser un pas après l’autre. Je vivais le cœur lourd gangréné par une colère sourde que je laissais éclater une fois la porte fermée, face à lui qui n’avait rien demandé. Je m’effondrais en larmes le soir. J’étais une mère en équilibre, désorientée, une mère qui n’en pouvait plus, ne savait plus quelle direction prendre, pleine de points d’interrogation.

Je tentais toutefois, à chaque instant, un travail en profondeur, pour faire taire les démons, m’affranchir du passé, pardonner. Pour moi. Comme pour lui. Car entre temps, l’amour s’était frayé un passage. Je le lui disais d’ailleurs souvent. Je lui disais que je l’aimais et que je n’y arrivais pas tout le temps. Je lui disais mes forces et mes failles. Je me répétais que j’allais y arriver, que nous allions être heureux. Parce que c’est le choix que j’avais fait, le choix primaire du départ. J’avais choisi la vie.

Et contre toute attente les heures sont devenues plus légères. J’ai accepté de lâcher prise, de ne plus tout contrôler. J’ai accepté de le regarder pour ce qu’il était, un être unique, qui ne serait jamais moi, que j’allais juste guider sur le chemin de la vie pour qu’un jour il vole de ses propres ailes. Un jour j’ai accepté la tâche confiée, même si elle me parait rude par moments, j’ai pris conscience de mes responsabilités et le parti de me faire davantage confiance. Je me suis pardonnée me choix, mes errances, mes angoisses. J’ai accepté qu’il y en aurait d’autres. Notre relation a pris une autre dimension, plus juste, plus sereine, plus joyeuse. Il fallait en passer par là. Il fallait que nous apprenions l’un de l’autre, l’un avec l’autre. Ce cheminement aura été douloureux et salvateur.

Je suis devenue mère avec le temps, maman avec lui.

Et vous la maternité (ou la paternité), vous l’avez appréhendée comment?

Merci pour le croissant !

Je l’ai savouré sur le chemin du bureau. Je ne mange jamais un croissant d’une traite, j’y vais en douceur. Je découpe des petits morceaux avec mes doigts. C’est ma manière de faire durer le plaisir. J’ai retrouvé avec délice le goût du beurre, la texture de la pâte, croustillante. J’ai respiré l’odeur de cette gourmandise matinale offerte – avec son sourire en prime.

Je n’ai pas résisté à l’envie d’écrire. Elle se fait toujours pressante. Je me dis souvent qu’il faudrait lever le pied. Toutefois les mots sont là, je ne peux les retenir. Et puis j’en ai mare des “il faudrait”.

En déposant Loulou à l’école, sa maitresse, pleine de bienveillance m’a parlé de ses premières impressions. Depuis l’année dernière, je redoute le corps enseignant, sa norme qu’il dispense à tout va dès qu’un enfant est un poil différent – ne le sont-ils pas tous à cet âge-là ? Je la trouve intéressée par les enfants, les parents. Elle prend le temps depuis cinq jours de dire “bonjour”.

On sous-estime trop souvent l’impact d’un sourire, d’un regard, d’une attention. Soyons plus attentifs aux bonheurs du quotidien. Et la vie prendra une autre saveur.

Les premières pages d’un nouveau livre…

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Je pourrai écrire que ma vie a changé il y a un an et quelques mois. Comme je pourrai dire qu’elle a changé il y a cinq ans et presque sept mois. Ma vie change tout le temps. Elle change avec de grandes décisions, des pas en avant importants. Comme elle a pu changer en un quart de secondes parfois. Elle peut changer au détour d’une prise de conscience, d’une nuit, d’un évènement, d’un moment partagé, d’une peur à partir de laquelle beaucoup d’encre a coulé !

Je pourrais écrire qu’elle a pris un nouveau tournant il y a quelques jours, pour un anniversaire particulier. Comme dire qu’elle a changé au cours des heures de l’été, à le regarder vivre, être, grandir, se confronter au monde, dans la joie, les rires et les cris aussi.

A chaque instant, la vie est différente. Chaque instant nous marque, plus ou moins, nous propose de faire une pause, nous invite à regarder le paysage ou nous propulse en avant, nous plonge dans le chaos.

Je pourrai dire que j’écris un nouveau chapitre depuis quelques temps. Puis à bien y réfléchir, il s’agit plutôt d’un nouveau livre. J’ai choisi un beau carnet, j’ai pris ma plus belle plume et j’ai commencé à écrire, à construire cette belle histoire. Un livre qui parle davantage de moi, qui me parle davantage aussi, qui parle de tant de choses qui m’ont tant fait défaut ces dernières années, qui parle de moi dans ma relation au monde.

Un livre de femme. Une femme à qui l’on a souvent dit qu’il fallait choisir, qu’on ne pouvait pas tout faire, au risque de se perdre, à qui l’on a dit qu’il fallait être de telle manière pour être regardée, ne pas faire trop de vagues pour être aimée.

Récemment, j’ai réalisé que je tenais à distance une grande partie de moi (même si un autre l’avait vu avant moi). A force de compartimenter ma vie, j’ai posé moi-même des barrières pour baliser le chemin et ne pas en dévier. Mon statut de maman a été depuis le début ma meilleure excuse pour ne pas prendre en charge ma vie de femme. Je m’étais ignorée pendant des années, je pouvais continuer sur ma lancée. Et puis de toute façon, c’est bien ce qu’on attendait de moi. En tant que mère, j’étais responsable. En tant que mère, je me devais d’être fidèle à une quelconque morale, celle de tous les gens qui ont abdiqué leur pouvoir depuis longtemps.

En 37 ans, bientôt 38, je n’ai pas fondamentalement changée. Les expériences, les rencontres de ma vie m’ont révélée à moi-même. Elles m’ont rendu à celle que je suis depuis le commencement, celle qui s’est égarée, trompée, celle qui a cru qu’en étant une autre, elle serait davantage reconnue, appréciée.

Aujourd’hui je veux accepter tout ce que je suis. Je suis mère, femme, amante. Je suis sensuelle, tactile, amoureuse. Je suis maman, tendre, confiante, fière aussi. Je suis passionnée, libertine, libre. Je suis une femme forte et vulnérable à la fois. Je sais mes failles et mes limites. Je suis généreuse, sensible. Je sais dire « non ». Je sais ne pas être d’accord.

Je peux passer des heures au parc à faire des châteaux de sable, à jouer avec loulou, à rire aux éclats, je peux sauter dans les flaques d’eau et encore trouvé ça drôle, je peux porter un vieux jean élimé avec des tâches de graisse dessus (les enfants adorent les câlins quand ils ont les mains pleines de beurre). Et le soir venu, revêtir ma plus jolie robe, porter des bas et des porte-jarretelles, m’enflammer au moindre contact de sa peau contre la mienne, déambuler dans les rues de Paris, juste pour le plaisir d’être avec lui. Je peux m’offrir à lui, le laisser mener la danse, le voir dicter mes pas, réaliser mes fantasmes, vouloir qu’il réalise les siens, tout en gardant les pieds sur terre, ancrée dans la réalité, ma vérité. Parce que je suis là où je dois être. Parce que je n’ai rien à prouver à qui que ce soit.

Revenir à moi s’impose comme une évidence. Cela change ma manière d’être au monde, d’être avec les autres, ceux que j’aime en particulier.

Je suis unique et multiple. Comme tant d’hommes et de femmes. Et je l’accepte enfin.

Nos chères vacances 2018!

Les vacances ont débuté sous une pluie battante à la gare de Bercy. La chaleur des semaines de juillet cédaient sous le poids de l’orage menaçant et vif. A l’intérieur du car qui traçait vers le sud, chaussures mouillées et serviettes de plage entonnaient les premières notes de mes trois semaines de congés d’été annuels!

Après une virée éclair sur Toulon, je reprenais la route du bord de mer, un peu plus au Nord. L’Atlantique m’attendait et mon Loulou aussi, qui comptait depuis une semaine déjà les dodos qui nous séparaient.

Ces vacances tant attendues furent – comment dire – très différentes des années précédentes. Et pour cause, cette année, nous n’étions plus quatre (mes parents, loulou et moi) mais six, puis sept. La fratrie au complet. Les cousins ensemble. Cohabiter sereinement en famille est un rêve, qui quand il se matérialise, laisse planer quelques doutes sur la capacité de chacun à accepter l’autre tel qu’il est et à laisser critiques et jugements de côté pour profiter du plaisir d’être réunis.

Entre les manies de l’un qui agacent, les idées de l’autre sur l’éducation des enfants, les envies divergentes, les habitudes de vie, j’ai pris le parti de ne prendre celui de personne. Et quand j’ai senti qu’il suffirait d’un rien pour que les choses se délitent et que le conflit éclate, j’ai pris la poudre d’escampette avec Loulou.

Avec de bien belles aventures au programme:  plage et baignade, journées entre cousines et amis, des rires, la cueillette des mûres pour faire de bons crumbles ou les déguster à peine cueillies le nez dans les ronces, des balades à poney, à vélo aussi – maintenant que Loulou n’a plus de petites roulettes, vive la liberté, des pique-niques sur la plage et de beaux couchers de soleil à admirer, une nuit d’étoiles filantes, déguster des glaces faites avec du bon lait de la ferme et de la menthe fraiche, regarder Loulou de plus en plus à l’aise dans ses activités, des sourires, des batailles d’eau dans le jardin, des cakes et des babines pleines de chocolat, des parties de foot endiablées, deux journées à Nantes…

Se serait mentir de dire qu’il n’y a pas eu d’heures creuses. Elles m’ont un peu chamboulée d’ailleurs. J’ai été énervée parfois, je me suis retenue, j’ai beaucoup pris sur moi aussi, tout en essayant de me dire que chacun faisait de son mieux. Il a fallut rappeler quelques bases et les heures pleines vinrent vite chasser les quelques grammes de blues.

Je me suis octroyée quelques plages en solo, pendant que Loulou s’amusait au poney, puis offert deux balades à cheval, trois footing à l’heure où les vacanciers émergent tout juste de leur précieux sommeil. J’ai retrouvé la mer et le plaisir de la regarder, tantôt calme, tantôt agitée. Je me suis promis que l’année prochaine je me remettrais à la voile, que j’irais me confronter au vent et à cette sensation suprême de liberté quand la coque d’un dériveur fend les flots moqueurs.

Puis il y a eu la dernière journée, celle qui tente de retenir le temps au maximum. C’est déjà finit. Les bagages sont prêts. On passe pour les “au revoir, à l’année prochaine”, on fait durer le plaisir jusqu’à la dernière minute. On se repasse les photos qui marquent les souvenirs. Voilà, il faut repartir. Au bout de la ligne de train, le bureau et Paris désert. Ça ne durera pas. Pour la première fois depuis six ans, quelqu’un m’attend. Le retour est plus doux, les retrouvailles intenses et émouvantes.

Trois semaines c’est long et court en même temps. Que c’est bon de profiter du temps sans impératif, sans montre, sans horaire à respecter. Que c’est bon de marcher nus pieds, de faire des châteaux de sable, de passer du temps en pleine nature, ensemble. Que c’est bon de retrouver ceux que l’on aime et que l’on ne voit qu’une fois par an, pour ce temps béni de nos chères vacances!

Et vous vos vacances, quel gout ont-elles eu?

 

 

 

 

 

 

De la beauté dans l’éphémère

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On entend le tic-tac régulier de l’horloge, les babillages des enfants, quelques mots échangés ici et là sans qu’on en saisisse la portée. Le jour dévoile ses attributs, les volets remontés laissent la lumière filtrer et l’air passer.

Il y a le monde, la routine matinale, les draps que l’on repousse, le réveil qui sonne, les bols du petit déjeuner qui s’entrechoquent, le travail qui attend au bout de la ligne de bus, de train, de métro. Il y a des gens qui partent, d’autres qui reviennent, des bombes qui éclatent à l’autre extrémité de la planète, des naufrages, des abîmes dont on croit ne jamais pouvoir revenir. Il y a la peur, la terreur, l’angoisse au fond des tripes, les déceptions, l’amour qui fout le camp, l’argent qui fait défaut, le ras le bol, les tensions, les parcours du combattant sans fin, les chagrins, les deuils, les pardons impossibles.

Et puis il y a toi et moi, enlacés, peau contre peau. Il y a cet instant savouré jusqu’à la dernière seconde. Il y a cette énergie qui passe entre nos corps, cette impression que rien n’est plus fort, que le monde peut s’écrouler tout autour, que dans les bras l’un de l’autre nous sommes en sécurité, bien, apaisés.

Face à l’absurdité de tout ce qui nous dépasse, la folie des hommes, il y a la beauté de cet instant, fugace et pourtant riche d’un bonheur sans faille qui nous rappelle que l’amour est ce qu’il reste de plus magique au monde.

Merci mon amour.

 

Quand je serai grand(e)…

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Combien d’entre nous pensent que nous sommes trop « tellement de choses » pour ne pas pouvoir vivre une vie en accord avec nos aspirations, pour ne pas avoir le droit de rêver, d’aimer, d’être aimé. On s’est tous dit un jour ou l’autre « à tel âge je serais ici ou là, j’aurais réussi  ci ou ça, j’aurais telle ou telle chose ». Le constat n’est pas toujours à la hauteur de nos idéaux. Est-ce un mal ?

Nous ne voulons surtout pas rentrer dans des cases, en pensant que nous valons mieux, mais quand les cases ne veulent pas de nous, nous nous sentons frustrés, bons à rien, sans intérêt, inaptes au bonheur.

Tout le monde ne souhaite pas la même chose. Nos valeurs nous sont propres comme ce qui a de l’importance à nos yeux. Il n’existe pas de modèle à suivre, ni de guide pratique pour avoir la vie d’un tel, vie qu’on imagine le plus souvent mais dont nous ne connaissons rien. Derrière le masque, le sourire de façade, il y a tout ce que l’on cache si bien pour que les autres ne s’y attardent surtout pas.

On se dira parfois qu’une vie fait envie et puis en se rappelant qui nous sommes, nous comprendrons que ce chemin-là, pris par d’autres, ne nous conviendrait pas. Il n’existe pas de bons ou de mauvais choix, juste des expériences tentées, avortées ou réussies, des expériences qui nous forgent à chaque instant.

Comment vouloir avancer au même rythme quand on n’a pas la même histoire, ni la même donne de départ ? Comment vouloir dépasser ce qui nous empêche d’avancer sans y faire face une bonne fois pour toute ?

Tant de gens prennent tant de voies déjà conquises, balisées par peur. Tant de gens ne prennent la mesure de la vie qu’une fois au bord du précipice. Tant de gens fuient, s’excusent d’exister, vivent en marge, se lassent face à un combat qu’ils croient perdu d’avance. Parce qu’à tel âge, ils ne sont pas ici ou là, ils n’ont pas réussi ci ou ça, ils n’ont pas telle et telle chose ou telle ou telle personne à leurs côtés.

Notre parcours de vie n’appartient qu’à nous. Il est le fruit de nos errances et de nos chances, de nos espoirs et notre chaos, de nos histoires personnelles, de nos passés, de nos choix et de nos défaites, des sentiers pris, communs ou de traverse. Rien n’est linéaire. Rien n’est mieux qu’autre chose. Rien n’est parfait. Tout est à écrire chaque jour, selon ce qui nous semble juste pour nous, sans s’occuper de ce que le reste du monde pense ou juge « bon » ou pas.

Nous n’avons pas de date limite pour faire telle ou telle expérience. Nous pouvons tout nous permettre, tout essayer, tout oser, tout créer. Le tout est juste de ne pas baisser les bras. Même quand tout nous pousse à le faire. Le tout est d’y croire sans relâche et de se dire que ce dont nous rêvons, nous le méritons. Comme tout un chacun.

Nos choix de vie

Si elle m’avait dit qu’il n’était pas libre, qu’il ne le serait jamais, je lui aurai conseillé de m’être un point final sur le champ à une relation nouvellement née. Et si elle avait persévéré, poussée par un élan vital que rien ne peut arrêter, alors de ne pas se bercer d’illusions. Il serait toujours l’homme d’une autre – qui braderait ainsi sa sécurité, sa liberté?
Aujourd’hui je lui dirai de suivre son intuition, il n’y a pas de modèle,  que l’amour ne se choisit pas toujours, que rien n’est amoral quand tout est fait en conscience, tant que chacun se respecte, tant qu’aucun n’impose de choix à l’autre. Que l’instant est ce qui prime, même si parfois les doutes nous font trembler, qu’ils nous intiment l’ordre de renoncer. Je lui dirai que chaque expérience apporte son lot de bonheur et de peurs, de sensations diverses et variées. Qu’aimer c’est être vivant, qu’importe les circonstances, les chemins pris, l’état du monde et ses tourments.

Le premier pas

Chaque histoire s’écrit au fil des pas posés, des chemins empruntés. Un frôlement et c’est parfois un monde entier qui chavire.

Si je ne retenais qu’un instant, alors ce serait celui-là, celui de ses doigts qui se posent sur mon épaule. Je ne sais pas s’il en existe un plus chargé d’émotions diverses et variées que ce geste-là, celui qui défie tout ce que l’on croit savoir sur tout, cet effleurement qu’on croit avoir rêvé, qu’on aimerait pouvoir tenir entre nos mains pour s’assurer de sa consistance, qui crée un bouillonnement qu’on ne sait comment apaiser.

A l’heure où l’on s’interroge sur ce premier pas osé vers l’inconnu, sur l’utilité de laisser planer un quelconque mystère sur soi, de ne pas tout dévoiler au premier rendez-vous, je me demande si j’aurai au ce courage-là, si lui ne l’avait pas eu. Est-ce que j’aurai été terrorisée par une potentielle réponse négative ? Est-ce que je l’aurai laissé partir plutôt que de prendre le risque d’un refus ? Est-ce qu’il y avait dans son attitude quelque chose qui aurait pu me renseigner sur ce qu’il ressentait ? Est-ce que j’ai moi-même laissé transparaître quelque chose, qui lui a donné l’audace de ce geste loin d’être banal ?

Avec mon éducation du paraître, plutôt que de l’être, mes expériences pas franchement réussies, mon manque de confiance proche du néant (je me soigne!), cette croyance qu’exprimer ce qu’on ressent c’est courir le risque de faire fuir l’autre, je n’étais pas particulièrement bien armée pour le premier pas.

Pourtant c’est celui qui marque le début de toute histoire à créer, relation à construire. S’il n’est pas posé, l’histoire n’existe pas, elle s’étouffe dans un à peu près qui au fil du temps nous prive de son essence.

Peut-être que j’aurai osé. Parce qu’on ne vit qu’une fois. Mais je n’aurai pas pu photographier cet instant, le geste, les émotions, les sensations, la naissance de cet amour qui me transporte, me révèle, me touche intensément, investit mon être, qui me donne l’énergie et l’envie de croquer la vie à pleines dents.

Et vous, le premier pas, ça vous dit quoi, ça vous fait quoi?