Une autre histoire

Projet 366 jours

Raconter la même histoire. Différemment. Avec le juste recul du temps.

Raconter l’histoire qui m’a ramenée à moi-même.

Raconter la chute mais surtout la renaissance.

Raconter, lâcher la barre, réussir à en rire aussi.

Dédramatiser l’opportunité qui m’a permis de donner le meilleur de moi-même, de m’accomplir, de choisir ma destinée.

Au milieu, il y a toi

Projet 366 jours

Je pense à toi mon fils aujourd’hui, à nos problèmes de grands, à ton insouciance d’enfant. J’ai entre les mains une bombe, un manuscrit de près de 200 pages qui parle de nous, ton papa et moi, beaucoup et de toi, un peu. Ai-je le droit de déballer tout au reste du monde comme ça, en un claquement de doigts? Ai-je le droit d’étaler mon intimité au grand jour?

En me relisant j’ai l’impression d’assister à un règlement de comptes, grandeur nature.  Je brosse un portrait de lui très noir, un portrait de moi pas sensationnel. Si je l’ai aimé c’était pour les mauvaises raisons. Est-ce qu’il m’a aimée? Je n’en sais rien. J’ai opté pour “oui” puisque j’ai le choix. Un peu au moins.

Je me rends compte avec le recul que j’ai trouvé ce que je cherchais en écrivant ces lignes, ces pages. N’était-ce pas le but?

Que reste t-il à dire? N’aurais-je pas mieux fait de parler d’après, de cette renaissance, de ce retour à la vie? Mais comment le dire sans parler du pire?

Je pense à toi mon fils, à ces non-dits que je refuse, ces maux que je ne tairais pas – les secrets familiaux, je n’en suis pas friande. Pour autant, il y a des souvenirs qui n’appartiennent qu’à moi.

Pendant trente ans j’ai porté ma mère,  le poids de son enfance traumatisante. Je ne veux pas que tu te retrouves à ma place, à porter l’histoire qui t’a créé à bout de bras. Toi et moi nous méritons mieux que ça.

Filles de la nuit

Projet 366 jours

Fille du soir

Sur le trottoir

Ses déboires

En bandoulière

Et l’espoir

Dans ses veines

Devient traces

Sur sa peau blême

Cicatrices que l’on se traine

Dans la nuit

Verre brisé

Regard perdu

Le folie glisse

Ses doigts

Sous sa jupe noire

Elle dérape

Le silence la rattrape

Puis oublier

Les mains moites

Fermer les yeux

Face à la nuit

L’âme se nourrit

De rêves inventés

Douceurs sucrées

Couvrir son corps

Et s’endormir

Au fond du cœur

Le sang transit oublie

L’atroce réalité

Du destin des filles de la nuit.

Noor – mon fils

Projet 366 jours

“On éduque nos enfants et nos enfants nous élèvent” Sandra James

Je confirme. Je grandis à tes côtés. Même quand je n’en peux plus, même quand je crie, même quand tout semble perdu, que je n’ai plus d’énergie. Même quand j’ai l’impression de couler.

Tu m’aides. Un “c’est pas grave” peut devenir le plus apaisant des remèdes.

Et plus je te regarde vivre, plus j’ai envie de te suivre, de redécouvrir le monde à ton rythme.

Tu me mets en face de mes limites, de mes blessures, tu m’invites à dépasser tout ce qui m’attache encore au passé, un passé qui n’est plus moi.

Tu me pousses à bout parfois mais n’est-ce pas la meilleure occasion pour moi de faire face, sereinement, d’apprendre aussi à gérer mes émotions autrement.

Tu m’invites à m’affranchir du regard des autres et à m’affirmer, à devenir une maman et une femme épanouie et heureuse.

On dit qu’un enfant choisit ses parents. Je ne sais pas. Ce que je sais c’est que tu portes merveilleusement le surnom que je t’ai donné depuis le début de notre aventure: Noor!

A fleur de peau

Projet 366 jours

Parfois les mots. Et parfois rien. Juste le vide. Et cette colère en moi qui monte de je ne sais où et qui me fait hurler je ne sais quoi.

S’affranchir du regard d’autrui. Voilà la clé. Celle qui me permettrait de laisser trainer un peu plus longtemps les plats sur la table du salon, qui me dirait de prendre un peu de temps pour moi avant de m’attaquer au ménage, qui m’aiderait à dire “merde” avec les formes à tous ceux qui me répètent sans se lasser “mets lui son pull il va avoir froid” “il a le nez tout sale” “il est peut être temps que tu refasses ta vie” “t’as l’air épuisée” “tu te négliges en ce moment” “avec le rhume qu’il a la piscine ce n’est pas conseillé” “tu aurais dû lui prendre son écharpe” “je t’ai fait tout le ménage”.

J’ai sans cesse cette impression d’avoir un œil vissé sur moi en permanence et ces voix dans ma tête qui me répètent “fais ci, fais ça, fais pas ci, fais pas ça” “rentre dans le moule et tout ira bien” “on savait bien que tu n’y arriverais pas toute seule”.

Parfois les émotions à fleur de peau. Et encore du travail à faire sur moi pour être heureuse et épanouie…

Les hommes de ma vie

Projet 366 jours

Je les ai aimés. Mal aimés. Je les ai aimés passionnément avec la peur omniprésente de les perdre. Je les ai perdus. Et tant mieux. Je les ai aimés avec toute la fougue de mes vingt ans puis toute la folie de mes trente. Je les ai aimés en me reniant complètement. Je les ai aimés en les faisant passer avant moi, en changeant mes idées, en ignorant leurs faux-pas, subjuguée à l’idée que de tels hommes aient pu poser les yeux sur moi. Je les ai aimés avec fougue, le cœur émietté. Je les ai laissés jouer avec mon cœur, avec mes sentiments tous neufs, avec mes idéaux fragiles.

Nous n’avions souvent rien en commun. Nous avons créé des souvenirs, certains doux, de ceux dont on parle parfois entre amies quand on se souvient du passé avec nostalgie, d’autres trop tristes pour être évoqués, même sur le ton de la plaisanterie.

J’éprouve une certaine tendresse pour certains de ces hommes, ceux qui sont partis, en déposant un bouquet près de mon lit, ceux dont les photos parlent encore de ce qui n’est plus mais fut, charmant, gracieux, joyeux, plein d’honnêtes sentiments.

Je remercie chacun d’eux pour m’avoir faire comprendre une chose essentielle, une chose à côté de laquelle je serai passée s’ils n’avaient pas été là, la relation la plus importante de toute ma vie.

Loin d’eux commence alors la rencontre que j’ai trop longtemps retardée, par crainte de devoir me regarder en face, par peur de faire face à mes démons. La seule véritable rencontre qui a de l’importance ne les inclut pas, juste le temps que je me sente enfin en paix avec moi.

Au coeur des femmes du Monde #6

Projet 366 jours

De ta chambre donnant sur la cour, tu vois défiler des ombres, des femmes enveloppées de noir, presque des fantômes.  Tu pourras crier de toutes tes forces, rien ne changera. Ce soir tu te maries, l’homme tu ne le connais pas. Ni couteau, ni corde pour mettre fin au calvaire que te promets cette nouvelle vie. Le drap  taché de sang te protège. Les vieilles sont venues dans la chambre à coucher avec leurs gris-gris – Tu auras un garçon, tu vivras vielle.