Posted in Variations Littéraires

Pour ne jamais oublier…

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 Copyright to Steve McCurry

Des morceaux de verre ricochent sur la moquette. Elle baisse les yeux pour voir. Mille morceaux. La vitre a éclatée sous l’effet d’un choc brutal. C’est déjà trop tard.

Le ciel se voile. Un nuage de poussière envahit l’espace. Et les cris se perdent dans les vapeurs de fumée noire. La fin. D’un mythe. D’un monde que tous croyaient invincible.

Il a suffi d’un trou dans l’atmosphère pour faire dévier la terre.

Elle n’a le temps de rien faire. Ni d’appeler. Ni de s’enfuir. Prisonnière de l’espace, du ciel, de la folie humaine. Elle attend que tout disparaisse. Elle pense à son petit garçon qui a eu deux ans hier. Il reste encore un peu de gâteau dans le frigidaire et des assiettes en carton sur la table de la cuisine.

Autour d’elle, tout tremble. Elle ne sait pas que des milliers de visages regardent sa vie s’effondrer, la tête dans les mains, les mains secouées de spasmes que rien ne semble pouvoir apaiser. En elle, tout se fond, toute la détresse du monde s’engouffre dans ses entrailles. Elle perd connaissance, divague.

D’autres ont tenté d’échapper au même sort. Leurs corps décomposés gisent à terre. Autour, les sirènes s’élancent, conscientes que l’horreur ne peut être maîtrisée. Il faut attendre.

Dans leur tour de contrôle, les spécialistes ne peuvent détacher leurs yeux de l’écran monstrueux et les chaînes de télévision diffusent en boucle la même image, celle d’une ville assiégée. Des torches vivantes embrasent les tours jumelles. Rien ne sera jamais plus pareil.

Le monde a pris un nouveau visage. Celui de la barbarie.

Elle sent son corps flotter. Pourtant à l’intérieur, elle n’est que rage et désespoir. C’est le monde qu’elle laisse derrière, le monde dans lequel son fils grandira sans elle, sans mots pour expliquer une telle cruauté, sans mots pour apaiser sa peine.

Le chaos est tel qu’il est difficile d’estimer les dégâts, le nombre de morts, le temps qu’il faudra pour réparer les cœurs, apaiser les esprits. Personne ne se pose encore la question. Il est trop tôt.

Le monde pleure.

Le monde a peur.

Elle part dans la nuit, habiter le ciel. Une étoile parmi tant d’autres. C’est ce que le papa dit à son petit garçon avant d’aller se coucher.

Aujourd’hui encore, 14 ans après, on se souvient, avec beaucoup d’émotions, de cette tragédie humaine sans précédent.

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Une minute de silence

Une minute ce n’est pas grand-chose et quelques fois pourtant c’est tout ce que l’on peut donner.

Ces jours-ci les minutes de silence viennent se greffer les unes aux autres, sans que je sache en arrêter le flot.

Il suffit d’ouvrir un journal, de regarder les informations du soir. Il suffit de sentir la tension, palpable à tous les niveaux.

Il suffit d’un regard vers le passé. Il suffit de ces mots gravés dans nos mémoires « plus jamais ça ».

Il suffit de regarder un enfant dormir et se demander où notre monde s’en va, à quel destin tragique tant d’hommes et de femmes sont condamnés.

Il suffit d’un éclat de soleil pour se dire qu’il ne brille pas partout pareil, d’un bol de soupe pour se souvenir qu’à côté de nous certains meurent de faim.

Il suffit d’une âme qui s’envole vers d’autres cieux, d’un rêve qui s’éteint, de larmes partagées.

Il suffit de quelques gouttes de terrorisme pour se remémorer les heures noires de l’histoire et se dire que l’histoire continue.

Il suffit d’un coup d’œil vers le sud, le nord, l’ouest ou l’est, pour comprendre que rien n’est jamais acquis, que nous avons encore beaucoup de choses à apprendre sur la folie des hommes.

Alors une minute de silence, c’est tout ce qu’il me reste face à la barbarie, au fanatisme, à la violence, à l’injustice, qui font d’atroces ravages au sein même de nos vies.

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Posted in Variations Littéraires

C’était il y a 13 ans

Les images tournent en boucle sur les chaînes de télévision. Aujourd’hui encore, les premiers mots qui me viennent sont « Mon Dieu ». Il n’y a rien à dire. De la fumée noire s’échappe des tours jumelles. Le monde s’arrête de tourner quelques secondes. Le monde regarde impuissant deux avions exploser au milieu des tours du World Trade Center, à l’heure où des milliers de personnes sont au travail.

Ces hommes et ces femmes s’étaient levés le matin. Ils avaient pour certains conduits leurs enfants à l’école ou à la crèche. Ils avaient dit vite fait aurevoir, d’un signe de main, à leurs époux, leurs compagnes, ils allaient peut-être rejoindre une personne chère. C’était un début de journée banal, comme nous en connaissons tous. Pour une journée qui ne serait plus jamais comme les autres.

Treize ans après, j’aurai espéré que le monde aurait changé. Mais le bain de sang continue, le fanatisme se répand à une vitesse vertigineuse. On a beau vouloir ne voir que le beau du monde, on ne peut pas fermer les yeux devant les exactions commises au jour le jour. On torture, on décapite. On utilise le viol comme arme de guerre. On lapide à nouveau les femmes. On crée la terreur, on sème des graines de haine et de violence un peu partout. Le fanatisme n’a plus de limite.

Quand je pose les yeux sur les grands drames de notre histoire commune, je me demande comment des hommes ont pu commettre de tels crimes, de telles atrocités. En regardant Vol 93 hier soir, je me suis à nouveau interrogée « Comment des hommes ont été assez fous pour détourner des avions et emporter avec eux des milliers de vies humaines ? » et surtout « Pourquoi ? Au nom de quoi ? ». C’est incompréhensible. Mes questions demeurent sans réponse.

Je pense parfois à ces hommes et ces femmes, pour qui la vie a basculé, en un quart de seconde. Je pense à ceux qui ont vu l’avion foncer droit devant eux, à leurs yeux révulsés d’horreur. Je pense à ceux qui de loin ont assisté à cette scène catastrophe et qui n’ont rien pu faire. Je pense à ceux qui étaient dans les avions, qui se sont retrouvés pris au piège, qui priaient alors qu’à côté d’eux, des hommes déshonoraient le nom de Dieu. Je pense à tous ceux qui restent et qui ne comprennent toujours pas ce qui s’est passé ce jour-là.

Le monde s’écroule sous nos yeux. Et nous attendons, incapables d’agir, de réagir. En face d’une telle folie, il est normal d’être décontenancé, perdu, de ne pas savoir quoi faire, par où commencer. Et pourtant nous ne devons pas baisser les bras, nous devons lutter, à notre niveau, pour que demain soit moins meurtrier qu’aujourd’hui.

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Crédit ALISA BURKE Blog