Le nouveau Phoenix  

@ Marie Kléber Place de la République Paris

La date. Le 13. Novembre.

On se dit toujours, face au pire, que rien ne sera jamais comme avant. Et puis l’insouciance revient. Une évidence. La vie continue. Sans qu’on sache où l’on va vraiment. Nous posons chaque jour nos pieds sur l’asphalte des rues ou des milliers de pas se mêlent aux nôtres. Nous marchons vers un idéal peut-être ou tout simplement mus par le désir prégnant de vivre pleinement, chaque instant.

Une date. Identique à tant d’autres. Tant d’autres drames, tant d’autres arrêts sur image. Une pause pour prendre note du tragique, regarder la vie foutre le camp.

Et puis le temps reprend son cours, il file au gré du vent, des intempéries, de la foule en liesse, des joies, des chagrins. On oublie le pire dans l’élégance du lever du jour, chargé de promesses.

Une date. Des visages. Des prénoms comme autant de bulles de savon qui éclatent. Balayées nos certitudes. Évanouies l’insolence dans nos regards.

Quand tout vacille, les mots apaisent. Ils se font arme pour combattre les ténèbres. Ils brisent la loi du silence. Ils s’insurgent contre l’abominable. Ils deviennent notre salut, nos portes ouvertes sur l’espérance.

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La Colombe cherche sa respiration
Ils lui ont ligoté les pattes
Ses ailes se raidissent
Au contact des fers qui la condamnent
Ils s’acharnent

Sa liberté, un scandale
Son vol léger, un outrage

Un masque noir tombe
Sur leurs visages
La colombe se débat
Ils la torturent
De leurs mains moites
Ils chassent le mal

Sa poésie, une ombre fugace
Sa paix, une menace

La Colombe cherche la faille
Fuir
Vivre
En vain
La Colombe se meurt
Ils lui ont ouvert le cœur
L’éclat des lames
Disperse le sang sur sa robe
Blanche immaculée

Son dernier cri
Comme un appel
Déchire le ciel

Le désert retient son souffle
Le vent se lève
La terre se couvre de poussière
Le sol tremble sous la pas cadencé des armées
Les drapeaux se dressent

Héros ordinaires
Contre
Martyrs sanguinaires

Dans la fraîcheur d’un jour nouveau
La Colombe
Tel un Phoenix
Se relève
Invincible

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13 Novembre 2015 – Vertiges

©PHOTOPQR/LE PROGRES/JEGAT MAXIME

Je me souviendrai toujours de ce vendredi soir, de l’agitation, des information en boucle, du sang qui crève l’écran noir. Je me souviendrai être allée me coucher, en regardant longtemps mon fils dans son petit lit. Il dormait paisiblement, ça m’a rassurée. Je me souviendrai du lendemain, des rues désertes, de l’air saturé de peur. Je me souviendrai des mots dits, des morts inconnus et pourtant liés à l’un ou l’autre croisé, de ceux qui y étaient, de ceux dont les regards trahissaient l’horreur. Je me souviendrai longtemps du silence opaque du lundi matin dans les transports en commun et de quelque chose d’unique, une union au delà des mots / maux, un souffle fragile. Et de la claque magistrale que je me suis prise en arrivant au bureau. Alors l’urgence d’écrire s’est imposée à moi. Pour eux. Pour ceux qui s’étaient éteints. Pour ceux qui restaient. Pour les traumatisés, blessés, amputés d’une partie d’eux-même. Pour l’innocence trahie. Pour la liberté bafouée. Et aussi pour la Vie.

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Plonge la plume dans l’encrier

La nuit s’étire
Les étoiles crépitent
D’un feu assassin

Une vie
Mille vies
Endeuillées

Lance la plume sur le papier
Laisse l’encre couler

Une
Mille pages griffonnées

Les mots
Dénués de sens
S’écorchent vifs
Contre les phalanges
De tes doigts torturés

Lâche la plume

Le sablier du temps
Se vide
Sous l’effet de l’affront
Sordide
Soupirs imperceptibles
Bulles de savon
Plombées d’acide

Laisse la plume glisser

Meilleur remède
Face à l’absurdité
La déchéance implacable de l’humanité

La plume dessine des vérités

Soulager les cœurs
Panser les plaies
Se souvenir
Exploser d’Amour
Vibrer l’Absolu
Encore et toujours

Je ne pouvais pas terminer sans ces mots de mon amie Laurie qui pour moi sont essentiels. Aujourd’hui et demain: « Allumez une bougie avec une intention d’Amour, et faites reculer les ténèbres. A chaque fois que vous mettez une intention de vengeance ou de haine, vous soufflez une bougie. Et la nuit reprend ses droits. Ne pensez pas comme eux. Vous valez mieux. Ils sont déconnectés de leur cœur. Une flamme puissante brûle dans le vôtre. Et elle peut tout. N’ouvrez pas votre cœur à l’obscurité. Ne soyez pas des terroristes. Soyez ceux qui aiment et qui éclairent. Soyez source de Lumière. »  

Extrait de mon recueil de poésie Ils avaient un prénom (disponible en Papier et PDF sur The Book Edition) – Tous les bénéfices sont reversés à l’association IMAD pour la Jeunesse et la Paix.

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Fanatique

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Regarde-moi droit dans les yeux
Mon cœur se meurt sans un aveu
Je tremble de tous mes membres
Mes pieds ancrés en ta dangereuse réalité
Mes amours se noient
Mes passions prennent froid
Quand tes armes font la loi

Regarde-moi tomber
Effleurer le vide
Me fondre dans l’abime
Ta trahison comme un feu
Consume mes souvenirs heureux

Je me sens mourir
Sans plaisir
Dans un battement de cils

Regarde-moi m’éteindre lentement
A la faveur de ta démence
Dernier témoin tragique
De ton parcours de fanatique

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Ils avaient un prénom (En Mémoire)

Je me souviens de ce matin-là. Le silence. Le silence après l’horreur. Dans le bus ce matin-là, personne n’osait un mot. Nous étions des inconnus, recueillis autour d’une même peine. C’était fort et beau.

Malgré la haine, la mort, la survie, malgré toutes ces vies endeuillées, malgré toute la noirceur des dernières heures, malgré nos écrans ensanglantés. Au milieu de nulle part, il y avait un semblant de solidarité. Qui s’est disloqué à la porte même du bureau.

Je m’étais pris de plein fouet cette tragédie. Au fil des mots que chacun posait pour essayer d’alléger son cœur, il y avait toujours un nom, le proche d’un proche qui y était, qui avait survécu, qui s’était envolé.

Au bureau, il ne fallait pas céder à la terreur. Ils étaient nombreux à faire comme si.
Comme si tout était normal, comme si le monde continuait de tourner.
Ce n’était pas la peur que ça puisse se reproduire.
Ça se reproduit tous les jours, toujours, ici, ailleurs.
La haine se propage partout telle une traînée de poudre
Prête à faire voler en éclats ce en quoi nous croyons

Ce n’était pas la peur, c’était l’humain, c’était l’innocence
C’était la vie qu’on avait assassiné, la liberté qu’on avait voulu arracher
C’était le vide, l’insoutenable
C’était les ténèbres

Face à la blessure qui grandissait de jour en jour, j’ai fait ce que je fais toujours quand tout devient trop lourd à porter, j’ai noirci des pages et des pages de cahiers

J’ai lâché ma colère, mon chagrin, ma peine, mes larmes
J’ai vidé mon cœur sur le papier
J’ai écrit pour me souvenir, pour ne jamais oublier
Et vous avez été nombreux à vous confier, à lâcher les vannes, à oser dire
La vie
La lumière
Par-delà  l’enfer…

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Ils avaient mon âge, le vôtre
L’âge de tous les possibles
L’âge où plus rien ne semble utopique

Ils savouraient la vie, ses instants précieux
Ils célébraient la musique, le 21 juin
Et tous les autres jours
Ils appréciaient la fête
Épris de Liberté
Ils aimaient chanter, danser et rire

Ils chérissaient leur imagination, leurs caprices un peu fous
Ils vivaient heureux et gais
Artistes de talent
Ils détenaient quelques certitudes
Perdues au milieu de leurs doutes
Sur l’avenir à construire
Sur la route à suivre

Ils avaient des rêves plein la tête
Croqueurs de vie
Ils s’aimaient, un peu
Beaucoup parfois
Intensément
Impétueusement
Ils se le disaient entre deux frissons
Ils attendaient un heureux événement
Regardaient émerveillés
Leur dernier né faire ses premiers pas
Ils lisaient des histoires dans le noir
Écoutaient du Jazz avec leur aîné

Ils étaient libres
Intrépides ou plus nuancés
Impatients, survoltés

Ils ne savaient pas
Qu’au coin d’une rue
Au cœur d’une salle de concert
Autour d’un verre en terrasse
Dans un café entre amis
Dans l’exercice de leur métier
A la fin d’une journée ordinaire
La folie piétinerait leurs corps, leurs cœurs, la vie

Ils avaient un prénom

Ils ont un prénom

Extrait de mon recueil de poésie Ils avaient un prénom (disponible en Papier et PDF sur The Book Edition) – Tous les bénéfices sont reversés à l’association IMAD pour la Jeunesse et la Paix.

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C’était il y a 16 ans…

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Des morceaux de verre ricochent sur la moquette. Elle baisse les yeux pour voir. Mille morceaux. La vitre a éclatée sous l’effet d’un choc brutal. C’est déjà trop tard.

Le ciel se voile. Un nuage de poussière envahit l’espace. Et les cris se perdent dans les vapeurs de fumée noire. La fin. D’un mythe. D’un monde que tous croyaient invincible.

Il a suffi d’un trou dans l’atmosphère pour faire dévier la terre.

Elle n’a le temps de rien faire. Ni d’appeler. Ni de s’enfuir. Prisonnière de l’espace, du ciel, de la folie humaine. Elle attend que tout disparaisse. Elle pense à son petit garçon qui a eu deux ans hier. Il reste encore un peu de gâteau dans le frigidaire et des assiettes en carton sur la table de la cuisine.

Autour d’elle, tout tremble. Elle ne sait pas que des milliers de visages regardent sa vie s’effondrer, la tête dans les mains, les mains secouées de spasmes que rien ne semble pouvoir apaiser. En elle, tout se fond, toute la détresse du monde s’engouffre dans ses entrailles. Elle perd connaissance, divague.

D’autres ont tenté d’échapper au même sort. Leurs corps décomposés gisent à terre. Autour, les sirènes s’élancent, conscientes que l’horreur ne peut être maîtrisée. Il faut attendre.

Dans leur tour de contrôle, les spécialistes ne peuvent détacher leurs yeux de l’écran monstrueux et les chaînes de télévision diffusent en boucle la même image, celle d’une ville assiégée. Des torches vivantes embrasent les tours jumelles. Rien ne sera jamais plus pareil.

Le monde a pris un nouveau visage. Celui de la barbarie.

Elle sent son corps flotter. Pourtant à l’intérieur, elle n’est que rage et désespoir. C’est le monde qu’elle laisse derrière, le monde dans lequel son fils grandira sans elle, sans mots pour expliquer une telle cruauté, sans mots pour apaiser sa peine.

Le chaos est tel qu’il est difficile d’estimer les dégâts, le nombre de morts, le temps qu’il faudra pour réparer les cœurs, apaiser les esprits. Personne ne se pose encore la question. Il est trop tôt.

Le monde pleure.

Le monde a peur.

Elle part dans la nuit, habiter le ciel. Une étoile parmi tant d’autres. C’est ce que le papa dit à son petit garçon avant d’aller se coucher.

Aujourd’hui encore, 16 ans après, chacun se souvient, avec beaucoup d’émotions, de ce qu’il faisait le 11 septembre 2001. Ne cédons pas à l’oubli, jamais.

Face à la haine, je choisis l’amour

Face à la violence

Aux matins au gout amer

Face au chagrin

Aux tragédies qui nous glacent le sang

Face à la colère

Aux adieux silencieux

Face à l’innommable

L’insoutenable

L’enfance foudroyée

L’adolescence décimée

Face aux bombes qui explosent

Aux hommes qui tombent

Face à l’indicible

A l’agonie

A la peur sombre qui nous foudroie

Face à ce qui détruit

En un claquement de doigts

Face à la haine

Qui gangrène la société

Face aux armes qui fauchent

L’innocence, l’insouciance

Face à tout ce qui nous dépasse

Aux ténèbres qui nous pourchassent

Je choisis L’AMOUR

Sa puissance

Son authenticité

Son cœur qui bat

Je choisis D’AIMER

Envers et contre tout

De le dire

De le crier sur tous les toits

Je choisis LA VIE

Faillible et pourtant

Merveilleuse par moments

Je choisis la LUMIERE

Son énergie

Sa clarté vivifiante

Je choisis de RESISTER

Et quand tout vacille

Je PRIE

Pour Manchester

Pour les victimes et leurs familles

Pour la vie fauchée et une ville à tout jamais blessée

Crédit Image

Une (autre) minute de silence

Une minute face à l’obscurité

Des minutes qui s’enchaînent

Flot d’amour insensé

Des images sur nos écrans

Un regard vers le passé

L’obscurantisme et ses idées

Démodées

Les enfants plaisantent

Apprentis philosophes

Leurs voix s’élèvent

Au creux du jour naissant

Des âmes s’envolent

Des rêves s’éteignent

Larmes partagées

Ambitions poignardées

Quelques gouttes de haine

Font vaciller le monde

L’histoire se répète

Sans cesse

La folie des hommes

Une question en suspens

Sur nos lèvres

Interdites

Une minute

Prière à l’unisson

Silence contre trahison

Faire face

Ensemble

A tout ce qui nous dépasse

Corps à corps

Cœur contre cœur

Les yeux tournés

Vers un avenir meilleur

Extrait de Ils avaient un prénom Livre disponible sur TBE (Bénéfices versés à l’association IMAD pour la Jeunesse & la Paix)

Nos Toujours (En Mémoire)

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Je ne voulais pas y aller
Tu étais fatigué
Un mal de tête
Une journée qui avait mal débuté
Nous nous sommes endormis tôt
Dans les bras l’un de l’autre
Aurore nous pardonnerait
Cette absence injustifiée

Le matin s’est glissé par la fenêtre
Il nous a réveillés
Un beau ciel bleu
Nous prédisait une agréable journée
Quelques scones bien chauds
Le dos contre l’oreiller
Ta main sur mon épaule
Pour me rappeler
Qu’on est bien tous les deux
A contempler la vie
A l’aimer même si…

Aurore n’a pas appelé
Tu as voulu attendre
On se remet doucement
D’ une soirée agitée
Souvenirs délicieux
De nos tendres années

Nous vivions sur un nuage
Enveloppés de sérénité
Quand ton téléphone allumé
Nous a projetés en pleine réalité
Des dizaines d’appels
Certains du monde entier
Des voix qui s’élèvent
Pour s’assurer
Que nous allons bien
Que nous sommes vivants
Des messages inquiétés de nos parents
Des SMS inquiétants

J’ai voulu appelé Aurore
Tu t’es jeté sur la télé
Au bout du fil un silence de mort
Et l’écran noir ensanglanté

Aurore est partie
La première balle d’une longue lignée
Son corps emporté sur la chaussée
Ses grands yeux bleus
Ont décroché

J’ai posé des yeux graves sur le ciel de Paris
En cette journée d’apocalypse
Tu m’as regardé
Maudire la terre entière
Sans broncher

A la nuit tombée
J’ai regagné tes bras
Sans l’ombre d’un frisson
Tu les as serrés autour de moi
Étreinte rassurante
Sur fond d’horreur ahurissante

Mon cœur tourmenté
A trouvé un semblant de sérénité
Au creux de nos toujours

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Quand le Monde dérape, que reste-t-il?

Je te tiens dans mes bras. Entre les draps. Et l’air frais nous enveloppe, tandis que le soleil pointe et dessine des étoiles sur les toits de Paris. Le silence n’est perturbé que par le doux chant des oiseaux. Une odeur de café nous chatouille les narines. Celui du voisin. Nous attendons encore un peu avant de quitter notre endroit rassurant.

Tout autour, le monde dérape.

Je te regarde dormir. Si calme et apaisé. Dans quelques secondes il faudra te réveiller. Encore tout endormi, tu poseras ton front contre le mien, tes joues contre ma poitrine. Je fermerai les yeux pour profiter pleinement de ce câlin matinal, le premier avant une journée chargée. Tu te réveilles. Tu souris. Mon cœur flanche.

Tout autour, le monde dérape.

Je t’aime. Je te le dis tout bas. Je te le dis en passant mes bras autour de ton cou. Tu n’apprécies pas cette proximité en plein cœur des transports en commun. Tu as l’impression que les gens nous regardent de travers. Moi je nous trouve beaux tous les deux. On marche main dans la main. La dernière fois souviens-toi, la jeune fille en face nous a souris. On est libre ici.

Quand ailleurs, le monde dérape.

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C’est notre quatrième thé. Autour de la table, des friandises appétissantes, jus de fruits élégants, décor de rêve. Un cocon hors du temps. Nous nous abreuvons de nouvelles en tous genres, des derniers films visionnés, livre lus et aimés, des amours qui passent et des amoureux qui s’attachent. Nous évoquons nos souvenirs avec le sourire. Et nos bracelets tintent contre nos bras nus.

Tout autour, le monde dérape.

Nos pieds nus sur le sable fin. La tentation est là, de plonger tête la première. Notre premier bain de l’été. Nous attendons Agathe qui dévale la jetée. Maman pose un regard tend sur nous, ses trois filles. Papa est resté au frais, une citronnade posée sur la table basse, sous les pins. Cet été marque la fin de notre enfance. L’année prochaine tu pars dans une autre ville faire tes études. Agathe emménagera sûrement avec Charles. Nous ne serons plus que trois à la maison.

Tout autour, le monde dérape.

Son rire éclabousse le mur triste de mes jours. Chaque matin, en la croisant, c’est comme un peu d’espoir qui se glisse dans mon quotidien désarmant. Elle est vivante. Elle est libre. Je devrais l’être moi aussi dans mon propre pays. Un joli voile entoure son visage. Et efface les rides fragiles de ses joues. Elle fait ses propres choix.

Quand ailleurs, le monde dérape.

On en appelle à l’unité, à l’amour, quand la colère pointe. Et quand le monde vacille sous le poids de la folie, on se dit « je t’aime » pour contrer la peur.

Je résiste à ma façon

Un long weekend me tendait les bras. Une pause bienvenue pour profiter de mon petit homme, retrouver mes cousines et le sable des plages de mon enfance, pour faire une pause, le cœur apaisé et l’esprit en paix. Un weekend aux allures de tragédie pour des familles entières, meurtries, terrassées par un mal sans nom, une folie sans frontière. Une énième date, comme un chapelet de drames, que l’on égrène au fil des ans, qui vient nous rappeler combien la vie est précieuse. Et on se dit au creux de l’oreille, dans un murmure, que l’on s’aime. Et que personne ne peut nous faire du mal, personne ne peut briser ce lien si particulier.

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L’amour comme réponse à la haine, la violence, à la frénésie destructive des fanatiques de tous bords, qui voudraient nous imposer notre manière de vivre, de respirer. L’amour comme seule arme face à toutes les autres qui tuent sans un regard. L’amour, notre bouclier, à partager, à offrir, à envoyer, à donner, à faire vibrer. L’amour comme guide, aujourd’hui et toujours. Notre espérance et notre chance dans un monde qui bascule.

Autour, on en parle un peu. Ou pas. On évite le sujet. Trop dur. On s’interpelle à coup de « ça va ? » sans attendre de réponse. On pleure, chez soi. On encaisse. On fait face. On se résigne. On a déjà presque oublié. Pour certains, c’est presque devenu d’une terrible banalité. Pour d’autres, c’est les vacances, on se limite à une minute de silence pour la forme.

Ce weekend, j’ai réellement compris pourquoi peu de personnes répondaient présentes à la sortie de mon livre. On se protège, chacun à sa façon. On a peur de cette réalité qui nous bouscule. L’insouciance qui se fait la malle, à mesure que le nombre de morts augmente, tout cela est un scandale. On préfère occulter cette dangereuse atmosphère. Je ne condamne personne. Je constate simplement.

Il ne me reste que mes mots, la prière et l’Amour. Il me reste les mots qui me soulagent, la prière qui m’apaise, l’Amour que je regarde grandir en moi, que je laisse s’envoler, en mémoire de ceux qui partent, de ceux qui restent et de l’immense vide qui suit l’annonce.

Je résiste sans grande déclaration, ni action effective. Je ne dépose pas de fleurs, je ne sors pas les drapeaux. Je n’écoute pas les informations, je ne prends pas part aux débats.

Je résiste en silence, à ma façon.

Et vous, vous résistez comment?