Un souffle

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Il s’est posé là, dans le creux de mon cou, il s’est glissé frôlant le grain de ma peau. Un souffle si doux que j’aurai pu le perdre, ne pas savoir, j’aurai pu le manquer. Et le souffle se serait tu.

Il s’est posé, je l’attendais presque. Et puis le souffle a pris vie. Et la vie a pris des couleurs. Le souffle s’est accordé au mien.

Il a fait basculer mon cœur. Il a fait ressurgir mes peurs. Et mon souffle a pris froid. Il a tenté de retenir le flot des sentiments naissants et les barrages ont cédé. Un à un. L’armure s’est fissurée, brisée. Il n’y avait plus rien à cacher.

Le souffle s’est imposé, patient, aimant. Il s’est donné en vérité, sans promesse.

Posé là dans le creux de mon cou, ce souffle avait une âme, il parlait ma langue, il entendait ma voix, il savait ce que je ne savais pas.

Depuis, il embellit mes jours, jour après jour. Et mon souffle à trouver sa paix.

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“On pourra partager ça aussi !”

Partager ?

Quel est ce mot barbare ?

Moi, on ne m’a jamais proposé de partager. Alors du coup, je suis émue. Et quand je suis émue je dis plein de choses sans intérêt, histoire de meubler l’espace pour que mon cœur puisse retrouver son rythme normal.

J’ai 38 ans dans quelques semaines et j’ai l’impression de découvrir la vie, les relations humaines. Avant « partager » c’était puéril (qu’est-ce que j’ai pu l’entendre ce mot !) et puis partager quoi ?

Nos gouts. Ah oui, mais tu sais moi lire, écrire, ce n’est pas trop mon truc. Et puis t’écris quoi ? Enfin je te pose la question comme ça. Je ne te lirai pas. T’écris sur ça, si on veut, c’est loin d’être passionnant quand même…

Nos idées. Pour quoi faire ? A mon avis on n’a pas les mêmes. Enrichissant ? Je ne crois pas. Moi je sais que mes idées elles tiennent la route et que ce sont les meilleures.

Nos envies. Tu sais de quoi j’ai envie là, de mâter un bon film à la télé. Ça te tente ?

Et puis on pourrait aller se balader, faire des voyages,  visiter des expos, se faire un weekend au bord de la mer, aller à un concert. On pourrait partager autre chose qu’un repas, un ciné, un énième navet à la télé. Qu’est-ce que t’en dit ?

Je trouve qu’on partage déjà plein de choses ?

Ah oui !

C’est toi, t’es jamais contente de rien.

C’est juste que j’aimerai faire autre chose que regarder Albator le weekend ou visionner pour la cinquième fois Rocky. En plus il fait super beau dehors !

Trop chaud !

Sinon tu pourrais venir me voir à une répétition de danse. Ou on pourrait essayer un truc un peu loufoque, genre une nuit dans une roulotte.

C’est ça tes idées ! Déjà la danse j’aime pas. La roulotte, t’as piqué ça où? C’est grotesque!

On pourrait aller courir ensemble alors. Courir ça te plait ?

On n’ira plus courir ensemble…T’aura fait trois tours, je terminerai le premier complètement essoufflée. On se sera vus sur 300m et encore je suis gentille. En plus tu m’auras dit un truc genre je ne fais pas d’effort, je ne suis pas très rapide. Enfin on aura essayé…

On se rendra à l’évidence que partager, comme on l’entend, c’est pour les autres. Nous on se limitera à partager une literie, une douche, une cuisine et de temps en temps une table au restaurant ou deux fauteuils dans une salle obscure. Pour le reste, il faudra faire preuve de compréhension. Et intégrer qu’un petit plaisir doit se faire rare pour être délicieux.

Donc partager je ne sais pas vraiment ce que c’est. Je me suis même longtemps demandé qui pourrait s’intéresser à moi, puisque mes idées, mes goûts, mes envies semblaient sans intérêt.

Alors ça me touche. Et du coup je me dis que je suis un tant soit peu intéressante au final. Ça me touche vraiment et je vais mettre encore un peu de temps à oser…

Dans ses bras

Des bras qui étreignent mal, oppressants, qui retiennent des caresses jugées inadaptées à un comportement jugé incorrect.

De ces bras, j’en suis revenue.

Au creux des siens, la vie se décline en des teintes pour le moins différentes. Son étreinte est rassurante, elle soutient mon corps, apaise mon cœur. Elle s’imprègne des signaux que j’envoie pour juger de ce qu’il convient de faire, de ne pas faire, ce qui pourrait être tenté, ce qui prendra du temps.

Ses bras sont le rivage auprès duquel je me sens bien, libre, où je peux être moi-même, avec autant de failles que de forces, autant de peurs que d’envies de dépasser la peur, autant de pas que je n’ose pas, autant de paradoxes qu’il accueille avec cette sensibilité qui lui est propre.

Entre ses bras, je ne me pose pas de questions, je sais que je suis respectée, aimée, et les fantômes du passé s’évanouissent doucement dans la nuit.

Par moments j’ai besoin d’être tenue, maintenue dans cette étreinte puissante, j’ai besoin de ses bras autour de moi, comme un baume qui délierait tous mes secrets et me relierait à l’essence de ce que nous partageons, les sentiments et qui dans le tumulte de la vie de tous les jours ne se dit pas toujours. Même si on le sait. Même si on le sent. Même si un sourire dit tout.

Entre ses bras, je m’abandonne…

Tout ce temps perdu

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On ne se sera rien promis. Ou alors juste comme les autres, rien de plus, rien de moins. On se sera connu en s’appréhendant du bout des doigts. On se connaîtra dans un souffle, on se reconnaîtra dans une voix. Et après. On ne sera plus que deux étrangers. On reprendra la route là où on l’a laissée. On se questionnera. On regrettera tout. On voudra réécrire l’histoire.

Peut- être que si. Peut-être que ça peut fonctionner. Peut-être qu’on peut essayer. Peut-être que ce n’était qu’une erreur de parcours, qu’on n’a pas su, qu’on n’a pas pu. On se pardonnera nos errances.

On resservira les plats, plein d’espoir, inconscients des ruines de l’histoire. On s’acharnera sur ce qui reste, sur ce qu’il nous reste. Un lien soit disant indéfectible que le temps aura endommagé. Bien sûr que non. Nous, ce sera différent. Cette fois ci on ne gardera que le bon, on se gardera de voir le verre à moitié-vide. On se satisfera d’un peu, de petits gestes, de bonheurs fugaces. On s’enverra des fleurs en se disant qu’on ne s’en sort pas si mal.

On ne parlera pas d’amour au risque de le voir se faire la malle. On se contentera du quotidien. Puisqu’on est ensemble tout va bien. On oubliera qu’on se ment dans la valse cruelle des sentiments, qui ne sont plus. On ne s’avouera jamais qu’on s’est perdu.

On ne se dira plus, on ne partagera plus. Peut-être qu’on aura l’envie de mettre un terme à la mascarade. Ou bien on restera, pour tout un tas de raisons partagées. On fera semblant de s’aimer. Ou on se s’aimera plus. On regrettera tout ce qu’on n’a pas vécu.

Instant de vie

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L’enfant regarde, attentif. Le camion s’est arrêté, il charge les poubelles au couvercle jaune. L’enfant s’intéresse. Les homes attendent. Obnubilé par le spectacle qui se joue devant lui, chaque jour, il cherche à comprendre la marche des choses, du monde. Un des hommes lui sourit. La fascination de l’enfant est  belle à voir. L’instant est simple et pourtant magique. Les hommes dont le métier est souvent négligé, considéré sans grand intérêt, deviennent une pièce du puzzle. Ils prennent leur place dans le grand bain de la vie.

La mère s’intéresse aux regards, aux sourires. Elle se dit que tout est simple, consciente que le bonheur n’est pas cette quête sans fin dont tout le monde parle sans cesse, mais bien présent dans son quotidien, pour peu qu’elle regarde l’enfant, regarde les gens interagir, pour peu qu’elle lâche toutes les croyances qui font parfois tourner le monde bizarrement.

L’homme se réveille. Elle imagine sa peau. Elle se laisse aller à toucher son corps juste par le pouvoir de sa pensée. Elle ressent l’étreinte, la douceur l’envelopper. Elle sait ce qui se trame.  Son cœur parle à son cœur dans la clarté du matin.

L’enfant lui prend la main et ils avancent ensemble vers le jour riche de promesses…

Jusqu’à lui…

Mes histoires d’amour n’ont jamais été simples.

De l’amour « interdit » à l’amour « à prouver au monde entier ». De l’amour inaccessible à l’amour à sens unique.

En passant par toutes les strates de la couche d’ozone des sentiments.

Mes histoires d’amour ont toujours été compliquées, tirées par les cheveux. J’ai passé plus de temps à justifier mes choix, qu’à vivre ce qui se présentait. Je m’enflammais en moins de quelques secondes top chrono. Et pour des hommes pas faits pour moi. Qui par ailleurs trouvaient ma sensibilité puérile, mes idées naïves, mes passions sans intérêt et mes envies enfantines.

Mes histoires d’amour n’en étaient pas. Ou en étaient dépourvu.

Elles avaient un goût de besoin, de reconnaissance, d’acceptation. Elles se nourrissaient de dépendance. Elles s’embrasaient au moindre désaccord.

Mes histoires d’amour m’ont laissé sur le bord de la route, souvent épuisée, avec un bagage lourd de vides, de silences que je n’ai jamais pu, su percer, de points d’interrogation. Les hommes que j’ai croisé, aimé en étant plein.

Certaines sont nées pour mourir, au bout d’un coup de fil. D’autres ont vécu quelques heures de félicité avant d’exploser en plein vol. Certaines n’ont existé que dans mon imagination débordante.

Aucune n’a tenu la distance. Et pourtant, même à bout de souffle, je me suis battue pour redonner vie aux absences, pour que l’histoire ne s’arrête pas là. J’y ai cru même après la fin. Je ne me suis avouée vaincue qu’une fois la tête noyée dans  le chagrin.

Mes souvenirs heureux se comptent sur les doigts d’une main…

Jusqu’à lui.

Jusqu’à ce que nous saisissions l’opportunité.

Jusqu’à ce que l’amour ressemble à de l’amour. Sans condition.

Et que je le croise dans son sourire, dans son regard, dans toutes ses attentions du quotidien.

Dans tous ces moments partagés – privilégiés dans lesquels je me sens bien. Et que j’aimerai prolonger.

Jusqu’à ce que les souvenirs heureux se multiplient et deviennent autant de bases solides à l’amour qui grandit.  

Jusqu’à lui, je ne savais pas vraiment ce que signifiait aimer et être aimé(e).

 

 

Merci pour le croissant !

Je l’ai savouré sur le chemin du bureau. Je ne mange jamais un croissant d’une traite, j’y vais en douceur. Je découpe des petits morceaux avec mes doigts. C’est ma manière de faire durer le plaisir. J’ai retrouvé avec délice le goût du beurre, la texture de la pâte, croustillante. J’ai respiré l’odeur de cette gourmandise matinale offerte – avec son sourire en prime.

Je n’ai pas résisté à l’envie d’écrire. Elle se fait toujours pressante. Je me dis souvent qu’il faudrait lever le pied. Toutefois les mots sont là, je ne peux les retenir. Et puis j’en ai mare des “il faudrait”.

En déposant Loulou à l’école, sa maitresse, pleine de bienveillance m’a parlé de ses premières impressions. Depuis l’année dernière, je redoute le corps enseignant, sa norme qu’il dispense à tout va dès qu’un enfant est un poil différent – ne le sont-ils pas tous à cet âge-là ? Je la trouve intéressée par les enfants, les parents. Elle prend le temps depuis cinq jours de dire “bonjour”.

On sous-estime trop souvent l’impact d’un sourire, d’un regard, d’une attention. Soyons plus attentifs aux bonheurs du quotidien. Et la vie prendra une autre saveur.

Les premières pages d’un nouveau livre…

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Je pourrai écrire que ma vie a changé il y a un an et quelques mois. Comme je pourrai dire qu’elle a changé il y a cinq ans et presque sept mois. Ma vie change tout le temps. Elle change avec de grandes décisions, des pas en avant importants. Comme elle a pu changer en un quart de secondes parfois. Elle peut changer au détour d’une prise de conscience, d’une nuit, d’un évènement, d’un moment partagé, d’une peur à partir de laquelle beaucoup d’encre a coulé !

Je pourrais écrire qu’elle a pris un nouveau tournant il y a quelques jours, pour un anniversaire particulier. Comme dire qu’elle a changé au cours des heures de l’été, à le regarder vivre, être, grandir, se confronter au monde, dans la joie, les rires et les cris aussi.

A chaque instant, la vie est différente. Chaque instant nous marque, plus ou moins, nous propose de faire une pause, nous invite à regarder le paysage ou nous propulse en avant, nous plonge dans le chaos.

Je pourrai dire que j’écris un nouveau chapitre depuis quelques temps. Puis à bien y réfléchir, il s’agit plutôt d’un nouveau livre. J’ai choisi un beau carnet, j’ai pris ma plus belle plume et j’ai commencé à écrire, à construire cette belle histoire. Un livre qui parle davantage de moi, qui me parle davantage aussi, qui parle de tant de choses qui m’ont tant fait défaut ces dernières années, qui parle de moi dans ma relation au monde.

Un livre de femme. Une femme à qui l’on a souvent dit qu’il fallait choisir, qu’on ne pouvait pas tout faire, au risque de se perdre, à qui l’on a dit qu’il fallait être de telle manière pour être regardée, ne pas faire trop de vagues pour être aimée.

Récemment, j’ai réalisé que je tenais à distance une grande partie de moi (même si un autre l’avait vu avant moi). A force de compartimenter ma vie, j’ai posé moi-même des barrières pour baliser le chemin et ne pas en dévier. Mon statut de maman a été depuis le début ma meilleure excuse pour ne pas prendre en charge ma vie de femme. Je m’étais ignorée pendant des années, je pouvais continuer sur ma lancée. Et puis de toute façon, c’est bien ce qu’on attendait de moi. En tant que mère, j’étais responsable. En tant que mère, je me devais d’être fidèle à une quelconque morale, celle de tous les gens qui ont abdiqué leur pouvoir depuis longtemps.

En 37 ans, bientôt 38, je n’ai pas fondamentalement changée. Les expériences, les rencontres de ma vie m’ont révélée à moi-même. Elles m’ont rendu à celle que je suis depuis le commencement, celle qui s’est égarée, trompée, celle qui a cru qu’en étant une autre, elle serait davantage reconnue, appréciée.

Aujourd’hui je veux accepter tout ce que je suis. Je suis mère, femme, amante. Je suis sensuelle, tactile, amoureuse. Je suis maman, tendre, confiante, fière aussi. Je suis passionnée, libertine, libre. Je suis une femme forte et vulnérable à la fois. Je sais mes failles et mes limites. Je suis généreuse, sensible. Je sais dire « non ». Je sais ne pas être d’accord.

Je peux passer des heures au parc à faire des châteaux de sable, à jouer avec loulou, à rire aux éclats, je peux sauter dans les flaques d’eau et encore trouvé ça drôle, je peux porter un vieux jean élimé avec des tâches de graisse dessus (les enfants adorent les câlins quand ils ont les mains pleines de beurre). Et le soir venu, revêtir ma plus jolie robe, porter des bas et des porte-jarretelles, m’enflammer au moindre contact de sa peau contre la mienne, déambuler dans les rues de Paris, juste pour le plaisir d’être avec lui. Je peux m’offrir à lui, le laisser mener la danse, le voir dicter mes pas, réaliser mes fantasmes, vouloir qu’il réalise les siens, tout en gardant les pieds sur terre, ancrée dans la réalité, ma vérité. Parce que je suis là où je dois être. Parce que je n’ai rien à prouver à qui que ce soit.

Revenir à moi s’impose comme une évidence. Cela change ma manière d’être au monde, d’être avec les autres, ceux que j’aime en particulier.

Je suis unique et multiple. Comme tant d’hommes et de femmes. Et je l’accepte enfin.

L’intimité du cœur et l’intimité des corps

Nous sommes intimes. On s’aime. Et dans cet élan-là, nos cœurs s’accordent autant que nos corps.

Dans nos cœurs, les sentiments gonflent et se gorgent de la sensation d’amour. On n’a pas su quand ni comment tout a commencé. C’est juste une évidence, un bonheur qui grandit au fil des rendez-vous que nous partageons, tous ces moments dans lesquels nous nous sentons bien l’un avec l’autre.

Dans nos corps, c’est l’effervescence. On se cherche, on se désire, on se veut entièrement, sans artifice. Tout le temps. On se livre, insatiables, on s’abandonne au désir de l’autre, on se laisse emporter par l’extase, on jouit la peau en sueur et un sourire au bord des lèvres, qui résume tout ce qu’on ressent, à cet instant.

L’intimité du cœur n’appartient qu’à nous.

L’intimité du corps peut se livrer à d’autres intimités, cela ne changera rien. Ce qui changera c’est qu’on partagera différemment, on s’offrira dans un ballet qui mettra tous nos sens en éveil, on se donnera aux regards, aux mains, aux bouches des autres en se regardant dans les yeux. On prêtera nos regards, nos mains, nos bouches à d’autres corps. On goutera au plaisir de n’appartenir à personne qu’à nous-mêmes et dans cette liberté on s’offrira sans interdit, ni barrière. On se sentira libéré des peurs, des amalgames. On se découvrira dans un rapport à l’autre fait de gestes qui font du bien, sans jugement. On découvrira l’autre dans un désir plus fougueux. On renversera tous les « on dits », toutes nos fausses croyances, on fera fi des tabous et autres insécurités. Puis dans la confiance, face à d’autres désirs, différents, identiques on se livrera, au délice des corps qui célèbrent la jouissance, le plaisir, la vie.

On se trouvera au réveil, émus, plus complices. Et l’intimité du cœur n’en sera que renforcée.

Si je n’écrivais plus sur lui…

Copyright Marie Kléber

Est-ce que j’arriverai à ne plus parler de lui? A ne plus écrire sur lui surtout?

Est-ce que je pourrai vivre sans retranscrire mes ressentis, mes émotions, les sensations qui traversent mon corps, les pulsations qui font battre mon cœur, l’intensité de nos rendez-vous?

Est-ce que je pourrai arrêter de faire danser les mots qui décrivent si bien la courbe de nos envies, la sensualité de ses mains, la saveur de sa sueur après l’amour, l’enivrante chaleur de son sourire?

Est-ce que je devrai garder tout ça pour moi, dans un carnet secret que personne ne voit? Je le fais déjà…

Est-ce que je pourrai cesser de dire qu’il a chamboulé ma vie, qu’il est de ces rencontres rares qui jalonnent nos destins, sans que cela soit vu comme un aveuglement de ma part, un besoin de retenir le bonheur avant la fin?

Est-ce que je pourrai vraiment faire l’impasse sur cette partie de ma vie, ne vous livrer que le reste, quelques bribes du quotidien, dénué de l’essence même de ce qui bat à l’intérieur des entrailles, de ce qui fait vibrer la vie?

Parce que si je ne parlais plus de lui, je ne parlerai plus non plus du petit bout de chou de cinq ans et demi qui pose des centaines de questions pour comprendre la marche du monde, dont les rires peuplent mes jours, embellissent mes nuits et dont les “non” me font grandir. Je ne parlerai que du banal, de l’accessoire. Je laisserai au placard la beauté, les rêves. Je me laisserai aller à fermer les yeux devant la magie, les sourires, la clarté du jour qui se lève. Je me fondrai dans la masse de ceux qui ont choisi l’ombre pour que rien ne vienne les bousculer dans leurs habitudes. Je n’écrirai plus non plus. Je n’aurai plus de voix.

Je préfère envoyer valser la pudeur et cette fausse morale qui voudrait qu’on garde l’intime pour soi. Je n’ai pas besoin de la nuit pour aimer, ni de l’enfer pour créer. Même si la nuit m’inspire et l’enfer me délivre. Je préfère saisir dans chaque mot ce qui me caractérise: l’urgence de vivre!