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Une nuit en suspens

Je regardais le givre sur les pare-brises des voitures, en t’attendant, comme une couverture qu’on aurait déposé là, avant l’aube. Un rembourrage pour le moins original, j’avais de ces idées.
Tu m’avais proposé un florilège de destinations, campagne, ville, forêt même je crois.  J’avais opté pour Cabourg.
Un vieux souvenir dans mes bagages ou l’appel de la mer. Peut-être même Proust si cher à mon cœur.
Ma madeleine à moi c’était le sable blond, l’air iodé, l’irrésistible tentation de nos pieds nus dans l’eau glacée, le vertige de nos mains qui ne se lâchent pas ou alors juste le temps d’un cliché. La tendresse d’un foyer pour une nuit hors du temps, qui aurait ce goût sublime d’éternité.
Un instant en suspens, loin des avis déstabilisants de ceux qui jugeaient nos sentiments, du haut de leurs vies, soit disant bien rangées, qui si on creusait un peu laissaient apparaître bien des tourments. Je crois qu’ils étaient jaloux!

Ce texte a été écrit dans le cadre de l’atelier d’écriture d’Olivia. Les mots imposés étaient: proposer – rembourrage – givre – Cabourg (facultatif vu qu’il s’agit d’un nom propre) – irrésistible – déstabiliser – foyer – tendresse – éternité

Confessions d’une ex-dépendante affective

 

Un jour il a fallut se rendre à l’évidence. Ce n’était pas de l’amour. Tout le monde disait que l’amour ça transporte, ça donne des ailes, ça vous pince le cœur tout en vous enveloppant de bonheur. Il y avait un problème, sévère.

Mes relations amoureuses n’ont jamais été ce chemin pavé de fleurs, en plein soleil. Parfois un peu au début quand même. Mais dès les premières heures j’étais déjà quelqu’un d’autre. Mes amours ont toujours été des relations dans lesquelles je me sentais investie d’une mission, sauver l’autre. A plonger. A me perdre

Vivre de l’autre, vivre par l’autre, me nourrir de ce lien, jusqu’à ne plus savoir respirer seule. M’enivrer d’une présence jusqu’à ne plus exister. Attendre une reconnaissance et pleurer en silence. Mes amours furent torturés, quelques hauts et des plongeons dans le vide à couper le souffle, à apprivoiser le cœur complètement vrillé.
Sans l’autre, je n’étais rien. Ce besoin quasi-permanent de sa présence était ma drogue, mon passeport pour un nouveau jour jour. J’avais comme besoin de son accord pour m’autoriser à être. (mal-être!)
Des années à couler pour un regard, un sourire, un “je t’aime”. Une demande vue comme une agression. Des années à me métamorphoser pour devenir quelqu’un d’autre, quelqu’un d’indispensable qui aurait des égards, qu’on estimerait un peu. Un peu plus.

La peur obsessionnelle que l’autre parte, qu’il soit blessé par un mot, un geste et décide de pendre la tangente. La crainte maladive qu’il en choisisse une autre, mieux forcément.

Des années de souffrance à deux, avec cette impression de n’être rien, de ne valoir rien. Dans une définition de soi qui dépendait toujours de ce que l’autre pensait, de comment l’autre voyait les choses.
Des années sans projet, sans envie, si ce n’est que le quotidien prenne quelques couleurs. Quitte à faire encore plus semblant, à dire “oui” en pensant “non”, à ne pas se respecter, quitte à passer sur les manques, les manquements. Quitte à en faire toujours plus, à faire passer le bien être de l’autre avant le sien, quitte à s’aplatir, à s’excuser tout le temps, à faire attention, à ne pas brusquer, à ravaler sa tristesse, sa peine, à sous-évaluer ses besoins.

Dans mes premières relations, les sentiments étaient partagés, mal exprimés mais présents. Dans la dernière, la manipulation et l’emprise ont transformé ma vie en enfer.

Un jour j’ai compris. Et j’ai entrepris un long travail pour m’affranchir de cette addiction nocive, qui me prenait tout, qui me vidait de ma substance, qui m’enfermait vivante dans une relation à l’autre destructrice.
J’ai connu la dépendance en amour. Et en amitié aussi.
J’ai lutté contre mes démons, je me suis fait aider.
J’ai appris à me regarder dans un miroir, loin du regard de l’autre.
J’ai appris que seule, j’avais de la valeur, que l’autre ne me définissait pas, que l’autre n’était pas un indispensable à mon bien-être et mon épanouissement.
J’ai appris à me faire confiance, un peu plus, à m’estimer assez pour savoir dire “non”.
J’ai appris que mes ressentis, mes émotions avaient de l’importance et surtout qu’on ne pouvait sauver personne, qu’une relation qui débute pour cette raison est bien souvent vouée à l’échec.

Le problème, comme avec toute dépendance, ce sont les risques de rechute. Et la peur surtout de retomber dans des travers douloureux. Je crois qu’il faut en avoir conscience? rester à l’écoute de son intuition, de ce qui passe par l’esprit, le corps. Plus on le fait plus on comprend son fonctionnement, sa personnalité et ce qui cause une plus grande vulnérabilité dans telle circonstance, face à tel évènement.

On en guérit, je vous rassure. Et c’est une belle victoire quand vous pouvez enfin être vous-même dans une relation à l’autre, quand l’amour devient enfin cette fantastique expérience à deux, cette aventure qui se construit au jour le jour, dans un face à face sain, quand il n’y a rien à prouver et qu’un regard loin de vous torturer vous rend tout simplement heureux, de faire ce chemin main dans la main.

Plaisir par procuration

Crédit Pixabay

Elle vient d’arriver, comme la rosée, toute légère dans sa robe bleue à manches courtes, les jambes nues. Loin des stéréotypes habituels. Je remarque ses lèvres dessinées, au rouge, un trait de crayon tout fin. Ses cheveux disciplinés sont retenus par une barrette peinte, de celles qu’on trouve sur les marchés d’artistes, l’été, au gré d’escapades improvisées. Elle porte des escarpins à talon, pas trop hauts, juste de quoi affiner le galbe de la jambe.

Je l’ai choisie. Pas au hasard. Après l’avoir croisée dans le train un matin. J’aimais la façon dont elle posait ses mains, l’une sur l’autre et son regard absent, perdu dans le paysage. Son livre reposait sur ses genoux. Elle faisait une pause. Je savais son dos bien droit, son cou tendu, ses pommettes rosées. Quand elle s’est levée, j’ai saisi son déhanché avant qu’il ne se perde dans la foule compacte. Elle m’avait fait grande impression.

Elle a accepté ma proposition, sans poser de questions, comme si c’était naturel. Alors même que c’était bien loin de l’être. Un rendez-vous a été pris dans la foulée. Le lieu, l’heure et rien de plus. Un plan tout simple, une demande testée dans les moindres détails. Je voulais être certaine de ne pas me tromper.

Je suis arrivée en avance pour pouvoir encore l’admirer, sous toutes les coutures, accueillir sa présence dans un lieu familier. Son enveloppe, charmante, prédisait une rencontre enivrante. Elle porta ses mains à son cou, défit l’attache de sa robe et la laissa glisser au sol. Son corps alors s’offrit à ma vue, entier, plein, un corps gracieux, rond juste ce qu’il faut. Elle se pencha pour prendre sa robe qui telle une corolle repose à ses pieds. Je ne perdais pas une miette de cet effeuillage que je trouvait magnifique. Je me demandais alors, un instant, si elle procédait toujours de la même manière quand elle se déshabillait ou bien si elle disait souvent oui à ce genre d’idées, quelque peu indécentes.

Maintenant, son visage me fait face et je remarque le khôl sous ses yeux. Des yeux d’un vert profond, semblable à l’herbe fraichement arrosée et baignée de soleil. Ses dessous blancs mettent en valeur sa peau, légèrement dorée. Elle libère ses cheveux qui viennent s’échouer sur sa taille. De longs cheveux châtains. De légères ondulations. Comme des vagues caressant le sable par temps calme. Je n’arrive pas à détacher mon regard d’elle. J’ignore l’heure qu’il est. Je me perds dans la contemplation de sa beauté. Je l’ai parfaitement choisie. Sans savoir ce qui se cachait derrière ses habits de tous les jours. Juste une intuition.

On sonne. C’est lui, il sait, notre secret. Elle comprend alors. Mon visage s’impose. Une image nette qu’elle chasse d’un coup en faisant un pas vers lui. Je le vois, la peur de la toucher, de me trahir. Puis il se souvient que je suis le chef d’orchestre de cette symphonie. Il a tout de même fallu un ultimatum pour qu’il se plie à mon envie, qu’il qualifia de farfelue, d’impensable, de funeste. Il ne craignait rien, ni jalousie, ni représailles. Il pouvait oser un pas franc vers elle.

Je les regarde s’approcher l’un de l’autre, s’attacher l’un à l’autre. Je m’attarde sur leurs mains qui se découvrent et leur corps qui se dévoilent jusqu’à ce qu’ils ne soient plus que deux territoires sauvages faits de collines et de gorges, de roches et de caves mystérieuses, de désir latent à conquérir. Je les regarde dessiner des histoires sur les murs et sur le sol. Ils vont bien ensemble. Leurs peaux s’accordent parfaitement comme faites pour s’unir. Ils s’offrent l’un à l’autre avec délicatesse et audace.

Mon souhait prend vie, le retrouver comme je l’ai connu, avide, tendu, le corps transi, l’esprit abandonné aux sens éveillés. Capter son souffle, le regarder s’évanouir dans la jouissance. Regarder ses mains danser sur son corps à elle, se délecter de ses gestes, connus sur le bout des doigts, écris et imaginés tant de fois depuis…

Derrière la vitre sans tain, je reprends quelques couleurs, malgré les larmes qui coulent. Elle ne font pas de bruit, elles roulent juste sur ma joue puis sur ma chair assassinée. Rien ne me peut me rendre à la vie, si ce n’est de le savoir, lui, vivant dans son corps, dans le délice de la rencontre charnelle. Mon plaisir ne vit plus que dans et par le sien.

Quelques mots d’amour

L’amour se tient, comme une bague dans un écrin. Qu’il pleuve qu’il vente, l’amour est là. Il rit les jours de soleil et soutient les jours de chagrin. Et ceux qui n’y croient pas n’y connaissent rien.

Il y en a toujours pour…
Dire que l’amour est un leurre
Une promesse faite à quatre heures puis oubliée dans la course du soir pour rentrer diner
Mettre les pieds sous la table
Et ne surtout rien demander.

Il y en a toujours pour…
Dire qu’y croire c’est être fou
Qu’on en revient toujours, le coeur plein de dégoût
Et qu’il vaut mieux oublier, laisser tomber
Plutôt que de se vautrer dans une mer d’illusions

Il y en aura toujours…
Des inadaptés de l’amour
Ceux qui le fuient surtout
Ceux qui le tiennent à distance
Ceux qui s’en foutent
Et les jaloux
Ceux qui le piétinent d’avance
A trop vouloir le garder prisonnier
A trop vouloir jouer l’apprenti sorcier
En lui prêtant de drôles d’idées

Puis il y aura ceux qui…
Se moquent d’être regardés comme des naïfs au cœur tendre
Des illuminés la bouche remplie de mots doux
Des optimistes du bonheur en pochette surprise

Au milieu il y aura toujours l’amour, libre, qui inonde les pavés, les cours carrées, les terrasses de café et les jardins publics. Il y aura toujours l’amour et sa main tendue, vers nos cœurs maintes fois recousus. L’amour qui danse entre deux rêves, qui ne s’arrête ni aux kilomètres, ni aux océans. L’amour vivant qui ne cesse d’espérer que la ronde s’agrandisse. L’amour sans patrie ni nom, sans hiérarchie, l’amour comme un second souffle, une nouvelle vie, une peau toute neuve, une page qu’on tourne, un tsunami d’émotions, une vague de sensations. L’amour comme un cadeau attendant dans son écrin que nos yeux s’ouvrent à sa lumière.