Aucune certitude

Il y a ceux pour qui s’engager, c’est se marier.
Certains pour qui l’engagement, c’est avoir un enfant.
D’autres qui verront plus de valeur à l’achat d’un bien immobilier ensemble.
Il y a les “un peu fous” qui fantasment sur un compte commun. Il en faut pour tous les goûts!
Il y ceux pour qui les présentations officielles aux parents, aux enfants, aux amis tiennent lieu de preuve qu’il ou elle tient à la relation, assume ce “nous”.

En amour, il n’y a aucune certitude.

On voit des couples se séparer tous les jours, des couples mariés, des couples avec des enfants, des couples officiellement présentés, des couples heureux propriétaires d’une résidence principale.
On voit des couples se promettre une présence pour le meilleur et le pire, larguer les amarres au milieu du pire comme du meilleur.
Parfois l’amour du début ne résiste pas au temps, à l’évolution de chacun. Parfois l’amour partagé ne résiste pas à la désapprobation des familles, au rejet des enfants.
Parfois il n’y a ni bébé, ni mariage, ni maison, ni présentations et ça tient. Parfois il y a tous ces ingrédients et ça ne tient pas.
Parfois il y a une vie en commun. Parfois il n’y a que des instants volés au temps.
Il y a des doubles vies qui durent et d’autres qui détruisent tout sur leur passage.
Il y a des mariages que l’on pensait avortés qui renaissent de leurs cendres et des couples qui ne passent pas les noces de coton.
Il y a des mariages de raison qui fonctionnent à merveille, des couples sur lesquels on ne pariait rien qui nous surprennent, d’autres qu’on pensait bien engagés et qui se traînent.
Il y a des mariages pour des papiers chargés d’amour. Et des mariages d’amour qui se délitent au détour d’un papier.
Il y a des amours clandestins qui s’éteignent au cimetière.
Il y a des couples qui vivent ensemble, heureux du premier au dernier jour, d’autres que le quotidien finit par saouler. Des couples libres qui survivent à tout ce que d’autres n’auraient pu imaginer.
Il y a des couples qui restent ensemble pour tout un tas de raisons. Et d’autres qui se séparent pour les mêmes raisons.

Non il n’y a aucune certitude. Ni aucune règle d’ailleurs. Il n’y a rien que nous puissions faire pour que l’amour dure éternellement. Il n’y a aucune promesse qui puisse contrer l’incertitude durablement. Et s’il n’y a qu’une vérité, c’est celle de l’amour au présent.

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Concentré de magie

Copyright Marie Kléber

Tu es là chaque jour, même quand tu n’es pas là. Et chaque jour je me remplis de toi.

Les minutes qui nous séparent nous rapprochent. Le temps qui nous semble long parfois entre deux rendez-vous nous file entre les doigts quand nous sommes ensemble.

Je n’écoute pas les battements de ton cœur, j’accorde ma respiration à la tienne, je saisis ce que je veux retenir du présent, ce présent qui tisse la toile de nos souvenirs à venir.

Je m’enivre de ta présence et de tes mots en ton absence. Je note tout ce qui me touche, je couche sur le papier les émotions, les ressentis, les frissons, ces sensations si singulières, nos expériences si particulières.

Tu es là, dans mes pensées, quand tu n’es pas là, quand les minutes de loin me paraissent interminables, quand j’ai envie d’un peau contre peau, de ce contact qui a le pouvoir d’insuffler une énergie neuve à mon corps et mes envies.

Tu inondes mes jours et mes nuits de sentiments qui gonflent mon cœur d’un amour, qui déborde. J’ai peur que ce soit trop parfois.

J’aimerais te respirer chaque seconde. Et pourtant je sais que c’est dans notre liberté d’être l’un sans l’autre que nous puisons l’essentiel de ce qui nous lie.

Un concentré de magie…

Sous prétexte que la vie est sacrée

Crédit Pixabay

L’autre jour j’ai parlé de toi. Nous dissertions sur la vie et sur la fin. Faut-il maintenir le corps quand le cerveau ne répond plus ?

Je n’ai pas un avis tranché sur le sujet, je n’aime plus les avis tranchés. Pourtant je trouve ça criminel toutes ces machines qui font semblant, tous ces légumes agonisants. Je trouve ça scandaleux cette fin imposée, ces hommes qui ne peuvent avoir le dernier mot, sous prétexte qu’une vie c’est sacré.

Mais quand la vie est une suite interminable de souffrances, à quoi s’accrocher ? Comment vivais-tu cela ? Est-ce que tu ressentais quelque chose ? Qu’il y avait-il à l’intérieur de toi ?

J’avoue, j’ai prié, souvent, avec ferveur, pour que ton calvaire cesse, pour que tu trouves la paix, ailleurs. Toutes ces hospitalisations n’ont fait que te fragiliser, elles n’ont rien changé à ton état. Tu es resté ce petit garçon dans ton monde, le corps fragile, le cœur au bord d’un abîme que l’amour ne pouvait atteindre. Tu es resté le corps infirme, la tête vide. Et tes cris sont devenus lourd, des cris de bête sauvage qui agonise. Nous avons accepté ça.

Par amour ?

Pour qui ? Pour quoi ?

Si la vie est sacrée, alors elle doit être protégée. Si la vie est sacrée, a-t-on le droit, quand on sait, d’imposer un tel calvaire à un être humain ?

On parlera d’épreuves, de beauté de la souffrance, quelque chose comme une croix à porter, une histoire de pardon, de rédemption.

Pourtant je les entends encore les rires des enfants, je vois encore leurs visages illuminés par une présence, je revis ces heures en suspens de temps partagé à s’apprivoiser. A quel prix ? Celui de la vie dont le chaos se fait tenace, dont l’espoir se réduit à mesure des jours qui passent.

Peut-être que c’est juste de l’égoïsme. Peut-être que c’est juste de la peur. Ou de la folie

Mais si je n’étais maintenue en vie que par artifice, je crois que j’aimerais qu’on me laisse partir. En paix.

La perfection de l’imparfait

Crédit Pixabay

Nous sommes humains, imparfaits, la somme de forces et de faiblesses, mélange de zones franches et de chaos, d’intangible espérance ou d’espoirs vains, de fragilités, de doutes, d’envies, de paradoxes variés.

Nous sommes uniques, parfaits tels que nous sommes, de corps et de cœur. Et si nous aspirons au meilleur, ce n’est pas en quête de perfection mais plutôt de perfectionnement de soi, d’épanouissement, de développement.

Quand l’autre est parfait pour soi et que nous sommes parfaits pour l’autre, ce n’est pas dans un aveuglement complet, qui voudrait que nous placions l’autre sur un piédestal, refusant de voir qu’il est après tout humain, mettant ainsi à l’amour des conditions qui n’ont pas lieu d’être, mais dans une dimension différente, celle d’un amour partagé qui fait des défauts et des qualités des bases fondatrices de la relation (quelle qu’elle soit).

L’unicité de chacun ne nous rend pas forcément attiré par tous. La relation nait d’une idée de l’autre puis grandit avec sa vérité. A nous le choix d’accueillir cette vérité ou de passer notre chemin.

La perfection de l’être existe dans l’imperfection de l’humain. A tous moments faillibles, à tous moments perfectibles. A tous moments en évolution.

A la quête d’un impossible, privilégions celle de l’authentique qui fait de nous des individus de l’instant. Qui n’avons rien à prouver, rien à devoir devenir pour être aimé.

Les promesses de sa peau

Crédit – Pixabay

Je fais courir mes doigts sur les promesses de sa peau. J’imprime sur l’écran de mes jours le dessin de ses contours, de mes nuits le dessein de ses envies.

Je fais courir mes doigts sur l’enchevêtrement des veines de l’écorce chaude. Son histoire personnelle demeure ce flou que je ne saurais toucher que du bout du cœur.

Je fais courir mes doigts sur l’intangible des sentiments, la pureté de l’instant, l’enthousiasme des retrouvailles, la richesse de ce bonheur que je garde comme un précieux enchantement.

Je fais courir mes doigts sur l’effleurement des impossibles, tenus à distance par la confiance constante, osée, libérée de la souffrance du manque.

Je fais courir mes doigts sur ce qui se dit, sur les silences qui comme l’or se gorgent d’essentiel.

Je fais courir mes doigts sur l’énergie de nos corps, composés, étreints, métamorphosés dans un accord que nous sommes seuls à créer.

Je fais courir mes doigts sur ce qu’il est, donne, transmets. Et mes doigts se souviennent. A quel point je l’aime.

Mise à nu

Copyright Marie Kléber

Tu sembles tout savoir. Ou voir à l’intérieur de moi.

C’est étrange, pour moi qui tente de garder cette part d’insaisissable, insondable, qui me retranche derrière des hypothèses, de savoir que toi, tu vois au-delà.

Devant toi, je me sens nue, dépourvue des artifices qui me protègent. C’est impressionnant, exaltant et terrifiant par moments aussi. Ces moments où j’aimerais que tu ne devines rien des tourments qui m’habitent, des pensées qui traversent mon esprit, des envies qui bousculent mes certitudes.

Cette transparence peut m’indisposer. Elle me met mal à l’aise parfois. Elle m’amuse de temps en temps, quand je me sens prête à risquer un pas dans un dédale de confidences intimes, créant une complicité plus intense que celle de la chaire ou des sentiments.

Tu sais qu’il faudra, non pas m’imposer, juste doucement, en te montrant rassurant, me mettre devant le fait accompli, pour que je lâche prise sur tout ce que je refuse encore d’assumer, d’affirmer comme étant une partie de moi. La confiance fera la différence.

Accepter ses zones d’ombre, c’est toujours délicat. Et pourtant intensément constructif.

Si les mots le savent, les actes peinent à l’exprimer. Nous avons tout notre temps pour oser…

Grandir avec lui

Copyright Marie Kléber

Le laisser être, petit homme (petite femme) en devenir, qui s’insurge contre un « non » qu’il considère inadapté à sa demande somme toute recevable, mais à laquelle du haut de nos idées de grands, nous refusons d’accéder.

Le laisser vivre et exprimer la joie, la colère, le chagrin, même si celui-ci nous parait vain. Qui sommes-nous pour juger de ce qu’il ressent, du haut de ses quelques printemps ?

Le laisser s’accorder au monde, sans lui imposer une manière d’être. En lui inculquant les règles du bien vivre ensemble et des valeurs qui nous sont chères. Sont-elles celles des autres ? Valent-elles plus ou moins ? Ou rien de tout cela. Tant qu’il est question d’être en accord avec soi.

Le laisser trouver sa place au sein d’un espace, d’un groupe. Ne pas le brusquer tout en l’invitant à dompter ses peurs. Ne pas lui refiler les nôtres. Essayer au moins.

Le laisser grandir, à son rythme, sans toujours vouloir qu’il soit en avance, qu’il saute une classe, qu’il soit plus intelligent, plus sûr, plus éveillé, plus manuel, plus créatif, plus aventurier, plus câlin, moins casse-cou que les autres.

Puis le regarder, poser les yeux même quand tout autour nous invite à courir. Lui donner l’essentiel. Ne pas le trahir. Lui donner des ailes pour qu’il puisse voyager dans ces nombreux pays que seuls les enfants savent imaginer. Attendre qu’il revienne pour sa dose d’amour quotidienne qui lui donnera les clés pour grandir serein.

L’écouter. Dans les rires du jour. Et le silence du soir. Dans ce qu’il dit et ce qu’il tait. Dans ses impressions et ses appréhensions. Dans ses victoires et ses échecs. Dans ses idéaux (en essayant de ne pas perdre les nôtres en chemin). Dans ses aspirations et ses craintes. Dans ses forces et ses faiblesses. Dans ce qu’il a de nous et ce qui n’est qu’à lui.

Lui laisser la place et prendre la nôtre. Dans un équilibre sans cesse renouvelable, un rythme modulable.

Faire de son mieux aussi et croire en soi surtout.

Je n’assume pas pleinement ma sexualité

Cet article je l’ai écrit maintes et maintes fois dans ma tête, je me suis demandé si j’allais le publier, si j’allais oser surtout. Tout le monde me dira que c’est mon blog et que j’écris bien ce que je veux dessus. Oui mais…Parfois certains sujets sont plus faciles à traiter que d’autres, d’autres sont plus intimes à partager que certains. Et pourtant ici je me suis souvent livrée sur des choses pas toujours évidentes. J’avais juste l’impression d’avoir une légitimité à le faire, puisque je l’avais vécu.

Comme je n’assume pas entièrement ma position d’auteur, même si j’essaie d’en parler davantage, de me mettre un peu en avant, un peu plus qu’avant en tout cas, je n’assume pas pleinement ma sexualité.

Maintenant que les choses sont dites, vous pouvez décider de lire ou de passer votre chemin. Je ne vous en tiendrais pas rigueur. La semaine dernière vous en avez été témoin, j’ai connu un petit creux de vague. Ça arrive, l’essentiel étant de rebondir ! Un avis partagé sur une de mes nouvelles a pointé du doigt une faille. Au-delà de la peur – elle se dompte – je contrôle beaucoup de choses parce que je n’assume pas pleinement qui je suis et en poussant le vice un peu plus loin, on peut même dire que parfois j’ai honte de mes pensées, de mes envies (ne parlons même pas de mes fantasmes!). A 37 ans j’en suis encore là ! A ne pas pouvoir aligner deux mots sur le sujet sans me sentir gênée. Et comme pour tout blocage il y a une origine, je cherche d’où cela peut venir, pour pouvoir travailler dessus. En vain.

J’ai été intéressée par la sexualité très jeune. A 7 ans je dévorais « la sexualité expliquée aux enfants ». A 10 ans je n’avais pas encore mes règles et je découvrais déjà les plaisirs solitaires. A 13 ans, je jouais encore à la poupée et j’écrivais des histoires d’amour d’une intensité qui me laisse encore perplexe aujourd’hui.  J’étais une petite fille très sage et déjà je me disais qu’il y avait quelque chose de pas « normal » chez moi (vous allez me dire qu’est-ce que la normalité?)

La sexualité n’était pas taboue à la maison. Je n’ai pas vécu de traumatisme sexuel. Comme beaucoup, j’ai eu une éducation catholique, c’est certain que ça n’aide pas quand on vous serine à longueur d’homélie que le sexe ce n’est que pour faire des bébés et que vous pouvez pêcher même en pensée. J’étais bien avancée. A l’adolescence, je ne savais plus à quel saint me vouer, alors pour temporiser mes « pulsions » (les catholiques appellent ça des pulsions perverses – merci du cadeau), je me suis tournée vers la religion. Pas juste un peu. Je m’y suis donnée presque corps et âme. J’ai plongée dans un grand bain d’eau bénite. J’ai même eu l’envie de rentrer dans les ordres et c’était loin d’être une passade, puisque 10 ans plus tard, j’ai bien failli passer le cap. Pour le coup c’était le meilleur moyen de dompter ce que je considérais comme « un penchant suspect ». Mes parents m’en ont dissuadée. Je me demande s’ils n’auraient pas préféré me voir courir les garçons…

J’étais réservée, introvertie, silencieuse, calme, posée, timide. A l’intérieur de moi, ça bouillonnait mais je savais faire taire tout ça. Je renvoyais une très belle image au reste du monde. Les gens enviaient mes parents. Et le soir quand les lumières s’éteignaient je me battais avec mes démons. Un combat solitaire et éreintant. Je n’en ai jamais parlé à personne et j’ai enfoui tout ça au plus profond de moi, en pensant que ça ne referait jamais surface. Poser un voile sur les maux, ça a toujours été mon moyen de contourner les problèmes. Les expériences de la vie m’ont montré que ça ne servait à rien, à part envenimer les choses. Mais bon, on ne se refait pas en claquant des doigts !

Puis j’ai commencé à avoir une vie sexuelle active. J’avais 19 ans et toutes mes copines m’enviaient. J’ai vécu ce que j’avais à vivre, sans trop me poser de questions. On ne va pas dire que le sujet était récurrent mais nous en parlions facilement. Je partais du principe que chacun était libre de faire ce qu’il voulait de son corps, seul ou en couple, à partir du moment où il y  avait respect et confiance. Il était clair que moi je resterais dans une voie très classique, histoire de ne pas être tentée par des choses qui ne collaient pas du tout avec mon image de jeune fille “bien” – quoi qu’on en dise de nos jours encore la sexualité féminine est riche de nombreux clichés en tous genres. Certaines arrivent à s’en affranchir et elles ont toute mon admiration – c’est tellement beau une femme libre!

Je n’ai pas franchi beaucoup de caps en 18 ans, même si j’ai été tentée parfois par des chemins différents. A chaque fois que je me suis confiée pour le coup, je m’en suis mordue les doigts par la suite. Les gens de mon entourage n’avaient clairement pas les mêmes besoins ni les mêmes envies que moi – j’avais donc un “problème” (les raccourcis sont vite faits dans ces cas-là). 

On va passer brièvement sur mon mariage, où là pour le coup, le sujet était carrément à éviter. Non guérie de mes vieux démons, à chaque fois que nous nous retrouvions dans l’intimité, j’avais vraiment l’impression d’être une trainée. Je pense que si j’avais assumé ma sexualité, les choses se seraient passées autrement, je me serais davantage respectée et je n’aurais pas accepté d’être traitée et utilisée comme un objet.

Est-ce que ça été le coup de grâce ? Est-ce que cinq ans de célibat sans un contact physique ont mis à mal mes dernières résistances ?

Tout cela refait surface aujourd’hui, parce que la donne a changé,  parce que je suis dans une relation épanouissante et épanouie avec une personne qui n’a aucun apriori sur le sujet, qui en parle sans jugement, très librement et qui me prend comme je suis – c’est assez nouveau. C’est vrai que je me dis qu’il est fou parfois, mais surtout que j’ai beaucoup de chance. Peut-être que c’est le moment idéal pour déterrer tout ça, accepter, assumer, me libérer une fois pour toutes. Dans le respect, la confiance et le partage, tout deviendrait presque possible, dans la limite des limites de chacun bien entendu. Sans compter que l’échange est constructeur pour soi autant que pour le couple. Et que ce serait tellement plus agréable si je n’étais pas si souvent sur la défensive, comme si j’étais prise en train de faire une grosse bêtise !

J’ai parfois l’impression de vivre avec des secrets lourds (ne vous inquiétez pas, mon âme est tourmentée, c’est un état de fait et je vis très bien avec), comme si je devais expier des fautes. C’est un combat perpétuel en moi et pas forcément entre mon corps et mon esprit, entre deux forces invisibles qui ne tombent jamais d’accord (si j’ai perdu quelqu’un en cours de route, j’en suis désolée, moi aussi j’ai du mal à me comprendre parfois !).

Quelque chose me retient toujours. Certaines portes sont verrouillées à double tour. Peut-être que c’est la crainte de mes zones d’ombre qui me retient ou bien celle de ternir l’image de la petite fille sage, un brin rebelle – une rébellion contenue – qui ne fait pas trop de vague, qui rentre dans le rang, qui ne veut pas causer de tort autour d’elle, qui fait comme si. Pourtant je ne suis plus une petite fille depuis longtemps…

Si vous avez lu de A à Z cette confession, je vous tire mon chapeau. Et je vous dis merci aussi pour votre lecture et votre bienveillance. Qui sait peut-être que je ne suis pas la seule à assumer pleinement! 

De la force (et) de l’amour

C’est devenu facile de lui parler de lui. Quand les questions viennent, la parole ne se fige plus dans un rictus compliqué, le chaos ne se glisse plus comme si un combat sans merci allait commencer. C’est fluide, pas toujours simple mais fluide. C’est par vague, des moments il parle beaucoup de lui, d’autres il n’y pense pas ou s’il y pense il n’en parle pas. Peut-être que c’est clair à ce moment-là.

Il sait qu’il peut m’en parler. J’ai toujours souhaité être ouverte là-dessus. Même  si ça m’a longtemps couté, surtout au début, même si c’était compliqué de devoir faire semblant à l’évocation d’un prénom, à la vue d’une photo. Même si le sujet était devenu presque tabou entre tous les protagonistes de cette histoire « sordide ». Je voulais qu’il se sente libre d’en parler, comme de ne pas en parler, qu’il ait accès à son espace identitaire, au-delà de ce que j’avais vécu en tant que femme.

Mettre un visage sur un prénom. Savoir d’où il vient. L’histoire il la sait, depuis le début. Elle n’a jamais été édulcorée, juste racontée à hauteur d’enfant, avec les mots qui aujourd’hui ont un sens pour lui. Il sait ce qu’il doit savoir, rien de plus, rien de moins.

Je me rends compte toutefois que nous n’avons pas tous évolué de la même façon sur ce sujet « sensible ». Quand il évoque son père, les mots et les regards ne disent pas la même chose. Je me demande s’il le sent, s’il remarque cette moue, ce petit rien, mélange de peur et de colère, ce clignement d’œil presque insignifiant,  qui me frappe pourtant toujours en plein cœur, comme s’il restait des morceaux d’humanité blessés en chacun d’eux, comme si la rage n’attendait qu’un mot pour sortir et se libérer de tout ce qui pèse comme un poids mort. Certains gardent le silence. D’autres sursautent à la moindre pensée de ce qui pourrait arriver si. D’autres se font des scénarios sur l’avenir, mon avenir, le sien. Tout le monde essaie de se rassurer comme il peut avec ce qu’il a entre les mains, peu de choses au final, je finis par être discrète, par en dire le moins possible pour apaiser les cœurs et les esprits, pour que les mots ne soient plus aussi violents qu’ils le furent, pour qu’ils ne m’atteignent plus dans le bonheur de l’instant présent.

C’est devenu facile de lui parler de lui. J’ai fait mon deuil. J’ai pardonné ce qu’il y avait à pardonner. Les autres, un peu ou pas. Ils sont de ceux qui pensent que tout ne se pardonne pas. Ils préfèrent vivre avec ce poids sur le cœur, comme une marque de ce qui fut, comme une blessure qui ne peut totalement guérir. C’est peut-être une question de ligne de départ ou encore une façon d’envisager le pire, pour ne pas être pris au dépourvu si le pire se manifeste. Peut-être que la route était plus facile pour moi, je l’avais lui, ce petit être à protéger, à aimer. Peut-être qu’il m’a donné l’envie de me dépasser, de dépasser ce qui me tirait vers le bas. Il a été ma lumière dans les heures creuses, le soleil auquel je me suis raccrochée bien des fois pour continuer. Ou c’est peut-être un choix, le choix de la vie, d’une nouvelle page à écrire, plus vraie.

Je souhaite être juste avec le passé, comme le présent. Je souhaite être juste avec l’histoire, son histoire. Pour qu’il puisse un jour faire ses choix, en conscience. Si pour certains le risque est grand, l’incertitude omniprésente, je sais que ma peur s’est transmutée en force. Et que cette force, couplée à l’amour, personne ne peut rien contre.