Une et Multiple

Source Kaboompics

Petite, quel métier voudrais tu faire quand tu seras grande?

La petite fille regarde le ciel, ses nuages qui flottent et lui racontent des histoires
Ou bien c’est elle qui leur raconte ce qu’elle voit quand ses yeux voyagent
Par delà les fenêtres de la classe

Il faut répondre quelque chose, vite
Oui mais quoi?
Tous les autres ont déjà dit
Elle n’est que silence
Quand la question revient, impatiente

Oui il faut trouver quelque chose
Quelque chose qui sonne juste et bien
Pour que les autres ne se moquent pas
Encore une fois

Créatrice, rêveuse, photographe, aventurière de l’imaginaire
Croqueuse de mots, alchimiste, gitane, poète
Danseuse, dessinatrice de l’âme

C’est beau
C’est trop
Tous les autres ont donné 1 métier
Tous les autres avaient 1 idée
Et elle, elle reste là avec un “je ne sais pas”
Sur le bord des lèvres
Au carrefour de tant de rêves

La petit fille a grandit mais toujours avec cette sensation de “trop”
Elle a cherché en vain, 1 idée, 1 vraie qui puisse exclure toutes les autres
Pour enfin être comme tout le monde

Avant de comprendre qu’elle n’était pas comme tout le monde
Et que personne ne l’était vraiment
Que chacun était quelqu’un de différent
Elle a accepté petit à petit qu’elle était
Une et multiple
Et qu’il n’y avait rien à changer
Juste à profiter de la vaste palette de ses passions
D’un jour ou de toujours!

Ce que je retiens de 2020

Photo by cottonbro on Pexels.com

2020 fut quelque peu tumultueuse. Pas tant au niveau des rebondissements que de ses espoirs et ses déconvenues, à l’échelle du pays. Pour ma part, me tenir loin des informations et des débats, a été mon salut. J’ai évité les folles rumeurs et la violence.

Je ne saurais comment qualifier cette année. Elle a été riche de vide et de plein, de peurs et de joies, de solitude dans l’effervescence et de rires dans le maison, de pas en avant et de pas en arrière, nécessaires pour aller de l’avant.

Année de formation. Année de prise de poste. Année de remises en question, toujours. Et ce sont ces questions qui aussi me permettent de continuer sur le chemin, avec peut-être des bagages un peu moins lourds de mois en mois. Comprendre un peu mieux la psyché humaine. Ecouter l’autre dans sa différence et sa résonnance. Prendre plaisir au partage du Soi. Et s’éloigner du jugement, si présent, même quand on a l’impression d’être dans l’ouverture. Accepter pas à pas que chacun est là où il en est, que c’est bien comme ça. Accepter qu’aujourd’hui je pense “sécurité” tout en sachant que tout peut changer.

Année de travail sur la confiance mais surtout l’affirmation de soi. Poser des limites, oser dire non, oser dire tout court. Une année pour mettre des mots sur cette difficulté à exprimer mes émotions, à accueillir celles de mon fils. Comprendre à travers ce que je mets en place comment je fonctionne et pourquoi. Evoluer toujours même si parfois c’est compliqué et que ça vient nous chahuter. Revenir au corps aussi, à son langage, à ses ressentis. Une fois encore tenter de lâcher le jugement.

Mettre de la conscience sur ce qui ne fonctionne pas, se laisser davantage porter par le flow de la vie – pas si évident en soi!

Une année moins littéraire que les précédentes. Mais avec des projets tenus de A à Z ou presque. Découvrir d’autres façons de créer et de s’exprimer. Prendre plus souvent les crayons, la peinture, les pigments. Avoir envie de faire différemment et trouver des pépites à des endroits inattendus!

Une année avec moi, à l’intérieur surtout, une année d’intériorité à tenter de trouver un équilibre. Sans cesse à réinventer. Une année avec lui, ce petit homme qui s’essaie à la vie. Cet enfant plein d’énergie qui n’aime guère le cadre, les règles, qui a besoin de fantaisie et de câlins, qui ne comprend pas qu’on s’attarde tant à garder tout en ordre, qui aime le désordre, collectionner tout et rien, faire des expériences, créer tout et rien aussi. Me rapprocher de qui il est, en me demandant à chaque instant, si je suis là vraiment, entièrement avec lui dans ce que je fais, dans ce que je suis. Gérer les journées de “non” à répétition en tentant de garder la tête froide et le sourire si possible.

Peu de temps de solitude au fond et beaucoup de fatigue aussi. Plus physique que psychologique vers la fin. Beaucoup de colère encore qui s’apaise doucement. Beaucoup d’autres voix que je fais miennes. Beaucoup trop.

Si peu de lui. Et pourtant sa présence à chaque instant. Dans chaque souffle. Et son écoute aussi dans tout ce que je ne saisis pas à force de penser si peu de moi. Ses encouragements dans les moments fragiles et sa sensibilité dans les moments doux. Si peu de nous. Et pourtant partout les sentiments qui nous effleurent du bout de nos regards croisés.

Alors qu’une nouvelle année se profile à l’horizon, je me sens d’humeur à explorer, aller à la rencontre de qui je suis quand je lâche prise, quand il n’y a plus ni codes, ni règles. Me relier à la magie. Revenir à ma voix. Célébrer la vie de mille et une manières. Tout en me remémorant que tout n’est pas blanc ou noir, que tout est cycle, oui. Et qu’il faut dé-créer pour transformer et recréer.

Et vous de 2020, vous retiendrez quoi?

Composer avec soi, l’aventure d’une vie!

Crédit Pixabay

Les hauts, même très hauts. Les bas, aussi très bas. On peut dire que mes émotions sont comme les vagues qui caressent le sable. Sans cesse en mouvement. Elles me font toucher les profondeurs et je me demande toujours si j’en reviendrai. Puis me font atteindre des sommets où sérénité et sagesse m’offrent des heures magnifiques à contempler l’absolu, l’éternité.

La joie, la peur, la colère, le chagrin. Elles me traversent avec fulgurance puis repartent. Elles sont ma boussole quand je m’égare. J’aimerai, il est vrai, que tout soit plus calme, posé, que mes états d’âme soient moins dispersés, mes contradictions moins douloureuses,  ma conscience moins torturée, ma sensibilité moins à fleur de peau.

Mais je dois dire que c’est aussi tout cela qui me pousse en avant. Je peux me sentir pousser des ailes un matin, après une nuit de torture psychologique. Je peux avoir envie de sauter sous un train et la minute d’après me sentir attirée par une force telle que tout me parait possible.

Je dis souvent que je suis comme une funambule au-dessus du vide. C’est excitant et angoissant en même temps. C’est la vie et la mort à chaque instant. Mourir pour renaître. Tant de cycles dans le grand cycle des marées, des saisons, du temps, de l’espace.

Je crois qu’il faut apprendre à s’accepter avec tout ça, notre bagage, notre héritage, ne pas envier l’autre qui semble – c’est toujours très subjectif tout ça – mieux s’en sortir que nous. Apprendre que nos failles sont nos forces et nos forces des failles en fonction des moments de la vie. Qu’il n’y a rien de linéaire dans cette grande aventure.

Je crois qu’il faut apprendre à se connaître pour pourvoir grandir, mieux, appréhender les choses sous des angles plus souples. S’accueillir dans toutes nos facettes, des plus lumineuses aux plus sombres. Accepter que nous portons certaines lunettes et qu’en la matière il n’y en a pas de meilleures que d’autres. A chacun sa personnalité, à chacun d’en tirer le meilleur.

Je crois qu’il faut apprendre à creuser, à aller loin même quand ça fait mal, surtout quand ça fait mal, pour vivre plus libre, pour retrouver la joie inhérente à notre nature humaine. Nous en parlons peu et pourtant elle est là, elle attend d’être vue, reconnue, entretenue.

Je crois qu’il ne faut pas avoir peur du noir car comme le dit une citation que j’aime beaucoup “l’ombre a tant été aimée qu’elle en est devenue clarté“. Et qu’il ne faut pas avoir peur de la magnificence du jour non plus.

Je crois qu’il faut toujours revenir à soi. Le chemin se fait bien souvent seul. Mais la route est parsemée de merveilles, de belles rencontres, de jolies surprises et d’innombrables bonheurs. Il suffit d’être prêts à les laisser venir à nous.

Et vous, vous arrivez à composer avec vos multiples facettes? Avec vos forces, vos faiblesses, votre passé, vos rêves, vos chagrins, vos démons? Un peu, parfois, pas encore, beaucoup mieux qu’hier?

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Brèves de Confinement #6

Ici, les semaines se suivent mais ne se ressemblent pas. Celle qui vient de s’achever a été pour le moins chaotique. Je pense que nous avons tous les deux besoin de souffler, de voir autre chose, de faire autre chose.

Cette semaine nous avons accueilli la petite voisine pour les devoirs. La motivation des premières minutes a vite laissé place à un grand bazar. Difficile de gérer deux niveaux, deux rythmes, deux degrés de concentration. J’ai beau avoir lâcher prise sur beaucoup de choses, il n’en reste pas moins que je dois pendre énormément sur moi pour rester calme et patiente. Je ne suis pas particulièrement à l’aise avec les enfants. Je ne l’ai jamais été. Je me sens encore plus dans l’obligation d’être à la hauteur. Ce n’est juste pas mon truc mais pour faire plaisir à mon fils, je fais des efforts. J’accueille, je trouve des idées, je crée, je fais le clown. Son sourire, sa joie et ses instants d’insouciance me disent que j’ai raison. Mais je m’oublie beaucoup, beaucoup trop sûrement, je ne sais pas faire autrement.

On a quand même construit une cabane, rigolé, fait quelques passes dans la cour, dessiné un peu, lu et cuisiné. Mais notre complicité s’est faite la malle au profit de disputes rocambolesques d’enfants pour un “oui” ou pour un “non”. Et si j’ai pris les choses avec recul en début de semaine, je n’avais plus de ressources personnelles à la fin pour faire face.

J’ai continué l’aquarelle, un passe-temps qui me fait du bien et me permet de me détendre. Même si c’est le soir, dans le chaos de l’endormissement de mon fils, même si je dois me lever plusieurs fois pour apaiser ses angoisses, même si c’est loin d’être toujours joli ou facile. Je m’accroche. Et je décroche des contraintes, des obligations de la journée, passée, à venir.

L’épuisement m’est tombé dessus d’un coup. Sans que je l’anticipe une fois de plus. Sans que je comprenne pourquoi dans un premier temps. Et puis la réalité. Franche et saisissante. Je ne sais pas dire “stop”, je ne sais pas poser mes limites. Pour faire plaisir, je passe après. La colère a gagné du terrain, ce ressenti encore une fois de n’être là que quand on a besoin de moi ou envie, de n’être qu’en attente du bien vouloir, de la disponibilité de l’autre. C’est un thème récurrent chez moi. Et encore une fois je sais que je suis la seule à pouvoir changer les choses…

Je ne sais pas (comme beaucoup) comment va se passer le déconfinement. Pour le moment nous avons une date aléatoire de retour à l’école. Quand certains rêvent de pouvoir sortir, de retrouver leurs proches, leurs amis, je ne désire qu’une chose, passer du temps seule à ne rien faire, me mettre sur pause. J’ai besoin de silence. J’ai besoin de déconnecter. J’ai besoin de ralenti. Riche de tout ce que ce confinement nous aura tout de même offert, en tant qu’individus, en tant que famille.

Et vous cette semaine, vous l’avez vécu comment? Vous avez ressenti quoi? 

Être femme aujourd’hui

Crédit Pixabay

La frontière est mince. Entre ce que l’on dit, montre, entre ce que l’on veut garder pour soi, entre nos envies et nos limites, au milieu de cet incessant mouvement qui nous dit que nous ne sommes pas (et ne serons peut-être jamais) à la hauteur des hommes, entre nos combats et nos victoires, nos fragilités et nos forces, entre l’enfant et la femme, entre les fantasmes (en général) des autres et leurs attentes…

Chaque pas évolue comme sur un fil tendu au dessus du vide. Nous sommes tentées de raccrocher. Fin de l’aventure. On aura cru que c’était possible. On aura échoué. Puis quelques minutes plus tard, prêtes à ne pas nous avouer vaincues. Nous nous relevons, fières. Nous avons déjà bravé des obstacles, fait face.

Il s’agit plus d’une affirmation de soi que d’un combat. Mais s’affirmer demande de lâcher la peur, de ne plus nous placer en tant que petites filles mais bien de prendre en compte toutes les dimensions de notre être, d’oser tout en restant fidèles à nos valeurs et nos sentiments.

La frontière est mince. Entre ce qui nous attire et ce qui nous blesse, entre les modèles que l’on suit et l’intérieur de nous-même (la différence est souvent de taille). Notre émancipation ne joue pas toujours en faveur de toutes les femmes. Nous prenons les rênes d’un jeu qui nous place parfois dans une relation biaisée aux hommes. Et nous oublions fréquemment qu’ils ne sont pas tous des prédateurs!

Il n’y a pas de route tracée. Pas une pour nous toutes. Différentes et semblables, nous évoluons dans des univers qui parfois mettent notre identité à rude épreuve.

Le parcours sera semé de jolies choses et de moins belles. Le monde n’est pas toujours comme nous voudrions qu’il soit. Mais cela veut-il dire qu’il faille baisser les bras?