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Sans lien particulier

On disait du vieux, qu’il débordait de gentillesse.

C’était pourtant pas un truc de chez nous, ça. Chez nous, fallait bouffer qu’elle disait la mère, pas le choix. Un maroufle lui avait promis la lune, jadis, un poète vagabond  au regard grand bleu, aussi profond que l’océan, qui lui déclamait à longueur de journée sa prose créative. Elle était pas la plus belle fille du village mais elle avait sa préférence. Et deux tours de valses plus tard, un joli petit bidon. Fin de citation.

Le vieux il parlait plus beaucoup, les pages de sa vie s’emmêlaient les pinceaux. Il avait le geste lent aussi du type qui ne sait plus très bien où il en est, sauf quand la mère lui versait son kir. Là, il se l’avalait d’une traite et même qui souriait le gars. Aux anges. Sur la route du cimetière, tous les matins il cheminait, en causant tout seul. Et la mère le récupérait à genoux dans la boue, devant la tombe d’un inconnu, toujours le même.

On a eu beau chercher un potentiel lien, d’amitié, de parenté, que dalle. Juste la terre, friable et le gris quelconque d’une pierre tombale.

Ce texte est ma participation à l’atelier d’écriture d’Olivia. Les mots imposés étaient: créative – tour – promettre – geste – cheminer – citation – gentillesse – choix – pinceau – page – maroufle – préférence

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Une nuit en suspens

Je regardais le givre sur les pare-brises des voitures, en t’attendant, comme une couverture qu’on aurait déposé là, avant l’aube. Un rembourrage pour le moins original, j’avais de ces idées.
Tu m’avais proposé un florilège de destinations, campagne, ville, forêt même je crois.  J’avais opté pour Cabourg.
Un vieux souvenir dans mes bagages ou l’appel de la mer. Peut-être même Proust si cher à mon cœur.
Ma madeleine à moi c’était le sable blond, l’air iodé, l’irrésistible tentation de nos pieds nus dans l’eau glacée, le vertige de nos mains qui ne se lâchent pas ou alors juste le temps d’un cliché. La tendresse d’un foyer pour une nuit hors du temps, qui aurait ce goût sublime d’éternité.
Un instant en suspens, loin des avis déstabilisants de ceux qui jugeaient nos sentiments, du haut de leurs vies, soit disant bien rangées, qui si on creusait un peu laissaient apparaître bien des tourments. Je crois qu’ils étaient jaloux!

Ce texte a été écrit dans le cadre de l’atelier d’écriture d’Olivia. Les mots imposés étaient: proposer – rembourrage – givre – Cabourg (facultatif vu qu’il s’agit d’un nom propre) – irrésistible – déstabiliser – foyer – tendresse – éternité

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Le goût amer des tulipes

Les tulipes, tu verras, une merveille….

Je n’ai pas vu les tulipes. J’ai arpenté les rues à sa recherche. Amsterdam la nuit, quelle folie! J’ai cru m’étouffer devant ces vitrines, ces corps de femmes exposés. Ces images hantent encore ms rêves, dans lesquelles je tremble de ne pas la trouver.

Ce voyage elle en parlait avec tant d’enthousiasme, comme une destination de rêve, la chanson de Brel en bandoulière. J’étais sceptique mais après tout la jeunesse est pleine d’innocence et d’absolu. Je me devais de respecter ses aspirations, ses envies d’ailleurs. Je lui répétais sans cesse ma mission, celle de lui donner des ailes pour créer son destin.

Ses premières lettres rassurantes disaient la nouveauté, les découvertes, les fabuleuses couleurs des fleurs en avril. Elle m’invitait à venir contempler la magie à ses côtés. Puis les lettres s’étaient espacées. Je mettais ça sur le compte de sa nature sauvage. Elle ressentait sûrement le besoin d’un peu de distance entre nous. Je comprenais. Sur la dernière, je me crispais. Quelque chose n’allait pas, il me fallait partir sans tarder.

Je l’ai retrouvée loin des lumières, dans une rue mal famée, le corps bouffé par des substances illicites. Depuis je fuis, la Hollande, la nuit et ces tulipes au goût de mort.

Ce texte est ma participation à latelier d’Olivia. Les mots imposés étaient: Hollande ou tulipe – étouffer – image – chanson – nouveauté – destination – voyage – merveille – crisper – sauvage

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Quel sale caractère!

« Quel fichu caractère ! »

Et voilà, c’est reparti ! Tout ça pour un petit « non », tout riquiqui, une petite prise de position sans importance. Quelle plaie, ma mère !

Je ne la comprends pas. Toujours à plat, jamais capable de lâcher prise. Pourtant je donne de moi, je fais tout mon possible mais au lieu de me remercier, elle hausse le ton et me répète quinze fois les mêmes choses. Je me demande parfois si elle ne me prend pas pour une pauvre cloche, sourdingue par-dessus le marché.

M’enguirlander c’est encore ce qu’elle fait de mieux.  Le sapin, à côté, souffre de jalousie. Il me toise, l’air de rien, mais je sais qu’il m’en veut. C’est vrai que cette année il fait un peu pitié, ma mère n’avait sûrement plus de jus pour le décorer dans les règles de l’art. Le pauvre !

A force de faire gaffe à tout, je me demande si elle ne va pas nous faire un burnout, on sera bien avancé. C’est son histoire de « flou » qui m’a mis la puce à l’oreille. Elle dit qu’elle y voit plus rien, qu’elle se sent perdue, qu’elle n’a pas les clés. Tant qu’elle ne perd pas celle de la maison, je me dis qu’on s’en sort pas trop mal.

Je suis d’accord, le portrait est pas top. Mais bon quand je suis en colère, je lui lance tout ce que j’ai sous la main. Je la déteste et je rêve d’une autre maison avec une maman qui arrête de me dire ce que je dois faire et comment me comporter, comme si je savais pas, comme si il fallait m’éduquer. Non mais, elle croit quoi ? Qu’elle sait mieux que moi ?

Quand la colère retombe, enfin, je dois reconnaître que sa tendresse m’entraine sur des chemins, qui d’un coup, me font redevenir l’enfant que j’étais il y a quelques minutes à peine. Entre ses bras, là, dans cet instant, je suis bien.

Ce texte a été écrit dans le cadre de l’atelier d’écriture d’Olivia. Les mots étaient: flou – caractère – tendresse – burn out – lâcher – cloche – enguirlander

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Ça se passe de commentaires!

Ça se passe de commentaires
Cette liste de travers
Ces mots parachutés
Sur le pavé mouillé

Des ombres humaines déambulent
Quand les influenceurs véhiculent
Des idées toutes faites
Dans nos jolies petites têtes

Ça se passe de commentaires
Ces certitudes à l’envers
Que les exploiteurs sont les sages
Les exploités, ça dégage

L’insipide café du lundi matin
Nous prend gentiment par la main
Un modèle de plus à honorer
Une énième obligation à respecter

Dans la bousculade des jours d’affluence
On oublie la douce harmonie des dimanches
Ces jours de folie singulière
Dans lesquels, joyeusement, on se perd

Ça se passe de commentaires
Le bonheur que l’on serre
Comme des saltimbanques épris de liberté
On ne les laissera pas nous modeler!

Ce texte est ma participation à l’atelier d’écriture d’Olivia. Les mots imposés étaient: influenceur – modeler – insipide – saltimbanque – ombre – harmonie – bousculade – mouiller – se perdre – exploiteur – certitude – folie

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Le vide après le plein

Je n’aime pas.
Le vide après le plein.
La bouteille de vin à demi entamée sur la table endimanchée
Les miettes des brioches du petit déjeuner
Qui restent là quand tout le monde est parti
Quand il ne reste que moi
Et le silence après le souvenir de ces instants bénis

Je n’aime pas
Explorer puis devoir attendre
La prochaine fois pour gouter ta peau
Nos sens en émois
La découverte de nos corps
Et le jour qui m’étreint loin de toi

Je n’aime pas
Ces questions que je pose
Comme des points de suspension dans l’air
Parler surtout pour que rien ne s’oxyde
Parler par anticipation du vide

Je n’aime pas
Les dernières minutes qui ne durent pas assez
Le claquement qui résonne pour nous dire d’abréger
Et déjà les soubresauts de mon cœur

J’irais acheter du chocolat pour compenser
Un canard qui parlera de l’attente
Comme d’une madeleine à savourer

Je n’aime pas
Savoir que non loin du Finistère
L’amitié pleure l’enfant qui ne viendra pas

Dans la chaleur de tes bras
Je me suis laissée guider vers l’extase
J’ai oublié le monde et ses drames
Le plein avant le vide
C’est comme ça

Ce texte est ma participation à l’atelier d’Olivia. Les mots imposés étaient: Finistère (facultatif, en principe pas de nom propre) – canard – oxyder – bouteille – claquement – brioches – souvenir – explorer – découverte. J’étais partie sur un texte moins personnel puis j’ai changé de cap en cours de route.

 

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Je ne t’ai pas vu grandir

Je ne t’ai pas vu grandir.

Notre aventure a débuté au milieu de l’indicible, un entrelacs de maux dont le souvenir s’estompe peu à peu pour laisser place à la vie. Mais nous nous construisons sur notre passé, ce temps d’avant qui fut un temps de loin, où nous nous retrouvions entre deux trains pour des rendez-vous réguliers qui avaient des goûts de trop peu. Mon cœur débordait quand je te laissais, si petit, dans ton berceau, si plein de vie alors que tout en moi semblait mort. Nous nous sommes apprivoisés dans les larmes, le chaos, dans les méandres d’une histoire qui n’avait d’amour que l’illusion. Nous nous sommes rapprochés dans un soupir, si fragile, un instant en déséquilibre constant, moi avec mes failles et mes sentiments ambivalents, de ne pas savoir, de ne pas pouvoir.

Tu as sept ans bientôt et je prends conscience que je te couve encore comme un petit. L’interprétation de ce conflit intérieur, entre te laisser grandir et te garder encore un peu dans un état qui nécessite mon intervention permanente, me ramène à ce que nous n’avons pas vécu, à ce que je n’ai pas connu, à ce que l’on m’a pris sans penser à mal, à ce que je n’ai pas su réclamer tant qu’il était encore temps, aux limites que je n’ai pas su poser. A ce vide de toi.

Je te regarde, je te découvrirais presque alors que l’on vit ensemble, mon cœur t’écoute zézayer et essayer de trouver ta place. Je n’ai pas d’impossibles projets pour toi mais je sais, aujourd’hui, que je dois doucement te laisser lâcher ma main, te laisser être, t’épanouir et vivre. Mes blessures ne t’appartiennent pas, elles aussi je vais les guérir, à mon rythme.

Ce texte est ma participation à l’atelier d’Olivia. les mots imposés étaient: régulier – interprétation – indicible – méandres – souvenir – aventure – projet – zézayer – soupir 

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Le vide des souvenirs

Je reverrais toujours le vert anis de son manteau de petit garçon, une lueur vive dans le vide absolu des jours qui passent et ne laissent comme trace qu’un souvenir tenu.

Je perçois au loin le son d’une balle qui rebondit sur le sol, un jouet d’enfant sûrement. Les aiguilles de ma montre scandent son retard. Où peut-il être à cette heure ? Combien de temps lui faut-il pour sortir de sa torpeur ?

Les groupes de paroles me laissent croire à une hypothétique renaissance. Les bouches, gavées de mots bienveillants, me promettent du mieux, du meilleur, quand tout autour n’est que désolation.

J’ai fermé les yeux trop longtemps. Très pratique pour ne pas affronter le squelette de son enfant terrassé par le poids des substances illicites ingurgitées. L’abandon plutôt que le défi. Je l’ai laissé couler dans l’abîme.

Je l’attends, réfléchissant à l’impromptu qui le retient loin de moi. Encore une fois, je fuis la terrible absence. Depuis qu’il est parti, je colmate les manques.

Ce texte est ma participation à l’atelier d’écriture d’Olivia. Les mots imposés étaient:

Impromptu – anis – squelette – rebondir – renaissance – vide – retard

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Voler vers soi-même

Tout devenir. Tout conquérir. Le nord, le sud, la lune et les étoiles. Et les planètes dans la vaste galaxie, pépites solitaires aveuglées par la lumière. Il rêvait, allongé sur son lit, inventait des histoires à partir des bribes du tout et du rien, de jour comme de nuit, créait des mondes dans l’espace du sien, qui s’étalait du lit au mur de la salle de bain.

Il aimait le football et les feuilles de novembre qui tombent, égayant de leurs couleurs les rues sombres de la ville. Il mettait de la passion dans ses courses folles, dans ses interprétations de chansons. Il faisait de chaque instant un jeu, devenait mélancolique quand le temps tournait à l’orage et que le soleil se perdait derrière les nuages.

Il avait été un poupon sage et câlin, aux yeux rieurs, au sourire serein. Il était un enfant plein de vie et de douce folie. Tant d’insouciance et de curiosité que nous, adultes, avions du mal à canaliser. Rentrer dans des cases c’était beaucoup moins compliqué à gérer.

Il faisait preuve de complaisance, de plus en plus, pour plaire, ne pas déranger, ne pas se faire gronder. Il devenait une définition de dictionnaire, un enfant sur papier glacé. Avec des perspectives d’avenir toutes tracées.

De l’extérieur ça faisait peur ce modelage, cette adaptation à une norme, une manière de voir. On ne l’accompagnait pas, on faisait à sa place. On ne le laissait pas être, on lui imposait une manière de se comporter, de s’exprimer. Doucement on faisait de lui ce qu’il n’avait jamais été.

Par peur sûrement. Nos peurs si bien ancrées. Nos limites si bien installées.

Il était grand temps de casser les schémas pour lui permettre d’ouvrir ses ailes et de voler vers lui-même.

Ce texte a été écrit dans le cadre de l’atelier d’écriture d’Olivia. Les mots imposés étaient: étoile – complaisance – football – perspective – novembre – passion – poupon

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Oser la nuit

Une camionnette sur un parking. Un homme qui en descend et une fille à l’intérieur. Ça commence comme n’importe quelle histoire sans avenir. Sans compter qu’on est le matin et que les araignées, à cette heure c’est bien connu, apportent le chagrin.

Une bouteille sur le trottoir. Le type assis à côté avec son air patibulaire fait peur à voir. Une énième nuit dehors dessine sur son corps une montagne de jugements, les regards imposants de ceux qui passent sans le voir vraiment.

Un tapis sur le sol. Une famille serrée autour d’un idéal qui s’est fait la malle. Juste des miettes dans un bocal, quelques pièces éparpillées et le cœur égratigné. Le souvenir d’un port qui a tout emporté.

Il faut oser la nuit pour se prendre en pleine figure la claque, une avalanche de drames humains, l’humanité piétinée. Il faut oser la nuit pour voir le monde à l’agonie. Il faut le choc pour sortir de sa bulle, ouvrir les yeux. Surtout quand notre préférence serait de les garder fermés.

Ce texte a été écrit dans le cadre de latelier d’écriture d’Olivia. Les mots étaient:  tapis – parking – araignée – avalanche – port – bouteille – bulle – préférence

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Vivante!

Elle se tenait debout, les bras le long du corps, poitrine en avant, pieds nus sur le sable mouillé, les yeux braqués sur l’immensité devant elle. La mer telle une furie, déchainée depuis les premières gouttes de jour, offrait un spectacle de fin du monde. Les gens qui passaient, capuche sur la tête, pressés de rentrer chez eux, la regardait d’un air soupçonneux. Ils se demandaient bien ce que faisait cette fille, là, par ce temps froid, ce qu’elle pouvait bien voir au milieu de ce brouillard oppressant. Eux, ils n’aspiraient qu’à un chocolat chaud, bien installés dans leur canapé, à l’abri des secousses du temps, leur gazette favorite ouverte sur leurs genoux recouverts d’une couverture en laine. Leur bulle de douceur.

Elle venait souvent là, quand le déséquilibre menaçait l’ordre fragile de son monde. Quand elle ne se sentait que faille et que la complicité d’une étreinte lui manquait pour refaire surface. Elle restait le temps qu’il fallait.
Ils n’étaient pas nombreux à comprendre ce lien particulier qui l’unissait à cet endroit. Peu nombreux à saisir pourquoi, cette fille au cœur plein d’espoir, se sentait parfois si vide, qu’elle partait loin, seule, se confronter de la sorte aux éléments.
Elle voulait juste se sentir vivante!

Ce texte a été écrit dans le cadre de l’atelier d’écriture d’Olivia. Les mots imposés étaient: souvent – ordre – soupçonneux – gazette – espoir – bulle – particulier – faille

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De la beauté et du chaos

Le monde autour, un véritable capharnaüm, du bruit partout, dans la rue, dans l’air, dans notre sac à main, des sonneries et des touches qu’on frappe frénétiquement. Le téléphone toujours à portée de main.

Autour du monde, on procrastine. Les bonnes résolutions seront pour demain. On a déjà assez de drapeaux d’alertes pour toutes les choses, en liste, à faire. Bien assez de rendez-vous à assurer, de photos à traiter, de fils d’actualité à dérouler, de discussions à suivre?

Est-on seulement capable de débrancher ? Pour quelques minutes ou quelques heures ? Est-on seulement capable de voir la beauté, les couleurs magiques des ailes d’un ara, le dessin soigné des boites de la boutique de thé dans la rue d’en bas ?

Est-on seulement capable de regarder un coucher de soleil, juste pour soi, taquiner le brochet, sans exposer au monde sa proie ?

Ou bien vivre séparément ces évènements, c’est comme être coupé de la source qui nous tient en vie ?

Ce texte a été écrit dans le cadre de l’atelier d’écriture d’Olivia. Les mots imposés étaient: procrastiner – drapeau – Ara – boîte – séparément – capharnaüm – taquiner

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La vie devant nous

Ils parlaient tous de l’été indien, cet été qui n’en finit pas. Cet été sans grisaille qui repoussait les frontières de l’automne. On se retrouvait derrière l’école, le soir après les cours, le cœur et les mains liées à un potentiel futur. Sur le trajet du retour, nous explorions la nature, regardions le monde émerger d’une folie que nous trouvions tendre et que nous pensions éphémère. Mes cheveux en cascade et tes t-shirt originaux – celui avec l’éléphant dans l’arrosoir était à mourir de rire – s’harmonisaient bien. On se sentait forts, invulnérables. On s’imaginait des vies jusque tard, jusqu’à ce que le ciel se teinte d’orange, que la nuit s’installe. Et alors il nous fallait rentrer chez nous, retrouver le confort du foyer familial, les dîners sans originalité et les disputes presque prévisibles. Puis le soir, quand nous étions loin, que nos bras s’étreignaient sur une ligne imaginaire, dans un horizon saturé d’avions long-courriers, nous nous plaisions à retracer les contour de l’ancre qui maintenaient nos rêves à flot. Un jour, nous traverserions les océans du monde et nous gouterions aux joies des voyages interminables. Nous avions la vie devant nous.

Ce texte a été écrit dans le cadre de l’atelier d’écriture d’Olivia. Les mots imposés étaient: (arrosoir) – automne – trajet – ancre – retrouver – indien – cascade – orange – grisaille

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Le choix des mots

Je regarde les mots. Que vais-je pouvoir créer avec tout ça ?

Vais-je faire revivre les jours au goût amer, comme c’est souvent de mise. Comme si le malheur méritait qu’on s’y attarde encore un peu. Les jours de café noir, l’incompréhension à son paroxysme. Les jours tristes, les maux violents. La douleur sourde des tourments. Le venin des champignons malsains. Le corps qui se soumet à un pouvoir qui le contraint. La peur, les tripes en vrac. L’hypersensible au seuil de la folie.

Ou vais-je faire ce que personne n’ose, parler de l’étincelle. Celle qui d’un regard a fait sortir de terre un chant incroyable, une mélodie savoureuse. Le tourbillon époustouflant des sentiments qui s’éveillent. L’improbable connexion des êtres qui sans le savoir se trouvent, là, à l’orée du bois, près de la rivière où l’on boit, l’eau qu’on dit bienfaitrice. L’âme du monde à portée de main. Et le cœur qui renaît.

Je regarde les mots. Quelle facette de l’histoire vais-je choisir de conter ?

Ce texte a été écrit dans le cadre de l’atelier d’écriture d’Olivia. Les mots imposés étaient: incompréhension – champignon – étincelle – tourbillon – rivière – facette – amer – renaître

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Chacun son ailleurs

La photo faisait la Une de tous les journaux. Les kiosques ne désemplissaient pas. Tout le monde se ruait sur l’horreur, pour avoir la primeur des images les plus folles. Pascal, bien à l’abri derrière ses volets roulants, regardait la scène avec émotion. Il ne comprenait pas l’engouement matinal des gens pour ce genre de fait divers, gens qui à cette heure, la plupart du temps, ronflaient comme des bienheureux dans leur lit, tressant dans leur sommeil des rêves artificiels.

Il sentit une révolte sourde le gagner, celle qui arrivait sans y être invitée. L’humain lui semblait parfois insensé. Il savait déjà qu’il n’allumerait pas sa télévision aujourd’hui, qu’il resterait peut-être même bien au chaud chez lui, pour ne pas avoir à entendre au coin des rues les conversations sur la tragédie de la nuit.

Il quitta sa fenêtre et se dirigea vers sa chaine stéréo, prit un CD au hasard, choisit le mode “aléatoire“, s’offrant ainsi le luxe de la surprise. Les premières notes de la 9e symphonie de Beethoven résonnèrent dans le petit appartement. Et il s’envola…

Ce texte a été écrit dans le cadre de l’atelier d’écriture d’Olivia. Les mots imposés étaient: kiosque – matinal – révolte – tresser – émotion – aléatoire