Une autre histoire

Projet 366 jours

Raconter la même histoire. Différemment. Avec le juste recul du temps.

Raconter l’histoire qui m’a ramenée à moi-même.

Raconter la chute mais surtout la renaissance.

Raconter, lâcher la barre, réussir à en rire aussi.

Dédramatiser l’opportunité qui m’a permis de donner le meilleur de moi-même, de m’accomplir, de choisir ma destinée.

Tendre mélancolie

Projet 366 jours

Et quand la mélancolie s’invite, je la laisse s’imprimer. Je ne lui dis plus de partir. Elle a peut-être quelque chose à me dire.

J’écoute et je regarde la ville vivre de ses rêves et des miens. J’écoute le murmure du va et vient des souvenirs. J’attends que la mélancolie passe, que la nostalgie me prenne par la main et m’emmène sur les routes.

Je garde la mémoire des portes, des pierres, des lieux de vie, des corps, des êtres, des vivants et des disparus, des baisers et des amours. Je garde la mémoire des émotions qui vont vibrer la corde sensible de mes sentiments.

La mélancolie m’invite à un voyage au pays de ce qui fut pour en retenir le meilleur, pour en transformer la mémoire, en faire quelque chose de beau.

Un peu de silence…

Projet 366 jours

Je ne pourrais dire pourquoi j’ai soudain besoin de ce vide, de cet espace pour respirer loin de ces mots qui chahutent et font plus de bruit que les voix autour de moi.

Je ne pourrais dire ce qui se passe dans mon corps, lourd, fatigué, qui réclame une pause, un peu plus que quelques heures de sommeil perturbées par des rêves déstabilisants.

Je ne pourrais dire mais je note tout ce qui passe en moi, ressentis, envies, désirs, histoire d’y voir clair.

Je me laisse le temps de revenir à mon équilibre, de retrouver mes marques. J’oublie souvent, prise dans le tumulte du quotidien, que j’ai besoin de silence, de calme, de paix, de temps pour me ressourcer, loin du Monde. Ma façon d’être et d’exister. Mon identité.

 

Sisters

Projet 366 jours

Elle marche près de sa sœur, le bras passé sous son bras, la tête penchée vers celle de sa sœur. Une belle image que rien ne peut troubler. Elles se racontent sûrement des histoires de petites filles. Elles sautillent par moments, prises d’un fou rire hors du commun. Elles s’agrippent l’une à l’autre, froissant leurs robes en liberty. Qu’importe. Elles tournent parfois la tête pour voir si leur nounou les suit bien. Et quand elles saisissent son clin d’œil, elles retournent à leur petite vie bien faite.

Elles dessinent leurs rêves sur le sable de la plage, se jurant fidélité pour toute la vie. La vie les a bringuebalées, les a séparées, puis les a réunies. La vie leur a fait faux bond, les a couvertes de tendresse et a fait couler leurs jolis yeux bleus. La vie semble les avoir épargnées, les avoir protégées des chagrins les plus atroces, ceux qui résistent au temps. La vie les a opposées, les a arrachées à leurs certitudes. La vie les a contraintes à trouver de nouveaux repères, à partir sur de nouveaux chemins, à tenter des expériences, à vivre de splendides victoires et des échecs qui les ont laissées un peu perdues. C’est très long et parfois si court une vie.

Les albums ont perdu de leur éclat. Les photos reflètent un temps qui ne sera plus. Il ne reste que des souvenirs de ces années passées, de ces époques un peu oubliées. Il y a bien encore quelque jouets qui se disputent l’espace, quelques poupées qui se lanceraient bien dans une mise en scène de théâtre pour sortir de leur léthargie. Il y a bien quelques peluches emballées soigneusement qui attendent qu’un enfant les trouve et les adopte. Il y a bien des bibelots qui auraient quelque chose à raconter, des secrets à dévoiler. Il y a bien quelques livres posés sur une étagère, annotés. Et des cartes postales dans une grande boîte, signées de personnes que l’on ne connait plus.

Le temps passe et gagne du terrain, comme la tempête qui emporte tout sur son passage. S’il n’y a qu’une chose qui tient, c’est la main de sa sœur dans la sienne, épaule contre épaule. Elles font presque la même taille aujourd’hui. Elles regardent dans la même direction la vie qui s’en va. Elles repensent à hier, avec une pointe de nostalgie. Elles voudraient le temps d’une promenade retrouver leur innocence. Elles se contentent de savourer l’instant présent et d’éclater de rire, comme avant.

The first step

Projet 366 jours

She is standing there, on the edge, trying to figure out things. She knows what she wants but how to get there, how to face the heavy crowd, the traffic lights. She can look right and left, like her mum told her years ago, when holding her hand, she would show her how to cross the street on her own.

Her mum’s hand left her side. Her body is buried in a cemetery on the North side. She tried many time to go and visit her. She would have loved to be able to sit down beside her grave, talk to her, tell her about her life, about how Amber’s hair look great in that pony tail, about how Denis eyes try to catch her when she stop at the coffee shop, taking a latte on her way to work. She would have loved to be like the heroines of her best of movies. But she could not do it.

She could only wait at the crossroad and turn back, thinking she could make it next time. Maybe she was not ready yet. She was not happy with herself, thinking she was losing time and soon connection would not exist anymore. She felt she could lose her twice.

When looking at photos, she could sense a pain inside her heart, a long, deep pain. She was not sure that she could recover from this departure. She was still so young. How can anyone grow up without this soft hand, this hand ready to let go and always there to reassure, to hold her tight? She could not believe that she would never see her mum again.

She is standing there, on the edge, trying to figure out things. She put her right foot on the road, lights just turned green. It was now or never. She could feel it. Her body started shaking. Fear. Pain. Or just plain happiness for the step she was about to make.

Sous ses doigts

Projet 366 jours

Sous ses doigts, le grain de ta peau. Il te touche doucement. Il laisse courir ses rêves sur les rides naissantes au creux de tes paupières, à la commissure de tes lèvres, soulignées d’un trait rose. Il regarde ton corps se soulever sous l’impulsion de ta respiration. Il ferme les yeux, pour s’imprégner de cette image, de cet instant volé aux années, qui s’égrènent à une vitesse vertigineuse.

Il ne sait plus pourquoi c’est lui que tu as choisi. Il se souvient d’un sourire, de trémolos dans la voix. Il se souvent de ta main posée sur la rambarde, de ta robe aux couleurs chaudes. Il se souvient du premier son, de ta première tentative échouée. Il se souvient de son rire à lui, de sa démarche de plaisantin. Il n’a plus la mémoire des chiffres. Il n’a plus la mémoire des noms. Il n’a que des visages qui se pressent dans sa tête et jouent avec sa mémoire de vieillard.

L’autre, il avait ton âge, il aimait les femmes. Il aimait sûrement trop les femmes pour te rendre heureuse.

Lui, il avait deux fois ton âge, il aimait les femmes. Il les aimait comme un père, un guérisseur. Il aimait leur grâce, quand l’autre ne jurait que par leurs courbes. Il aimait leur fragilité, quand l’autre ne regardait que la façon dont elles marchaient sur les pavés, dont elles se déhanchaient pour éviter les trous dans le bitume. Il appréciait leur courage quand l’autre ne rêvait que de leur corps nu sous les voiles.

L’autre, il t’a fait voyager avec des mots, il a pris possession de ton esprit, il t’a susurré des mots délicieux au creux de l’oreille. Mais tu ne l’as pas cru. Tu as tourné la tête sur le côté. Tes cheveux se sont emmêlés les pinceaux. Tu t’es levée dans un brouillard de cigarette. Tes pieds ont fait des ricochets sur les marches raides de Montmartre. Tu as dépassé la silhouette rigide, fière, moqueuse de l’autre. Tu t’es arrêtée en bas des marches et tu as ouvert grand tes bras pour accueillir son cœur à lui.

Dans le Paris des années 20

Projet 366 jours

Elle porte des souliers vernis, sur un collant ocre, à talons fins. Elle monte les marches du métro avec sa vilaine valise à roulette. Elle traîne sa peine dans les rues de Paris, telle une égérie des années 20. On dirait qu’elle s’est perdue dans la course folle du temps. Elle s’est trompée de saison. Elle regarde autour d’elle, mi- émerveillée, mi- apeurée. Elle ne sait pas où elle se trouve, ni où elle va.

Elle semble attendre quelqu’un. Je la regarde de loin. J’étudie ses gestes et la souplesse de sa jupe, une jupe marron aux reflets bruns. J’aime la forme mais la couleur me déplait, trop sombre à mon goût. J’admire la facilité avec laquelle elle attend sans broncher, le regard perdu dans le vide, la main sur son sac, les jambes droites. Elle jette un coup d’œil à sa montre. Je souris. L’étranger qu’elle attend n’est toujours pas là. Elle fixe maintenant un point au loin.

La nuit tombe et le froid s’engouffre sous son manteau. Elle referme les pans sur ses doutes. Je voudrai la saisir par le bras et l’emmener loin de cette place qui se vide, l’entraîner dans une course folle vers les rues animées de Montmartre, coin de Paris dans lequel elle se plairait bien.

Dans quelques instants il me faudra partir, m’engouffrer dans le bus et la laisser derrière moi, ombre surnaturelle dans un univers en papier glacé. Le ciel se teinte de nuages sombres. Je ne voudrai pas que la pluie la surprenne. Si j’avais été peintre, j’aurai dessiné cette belle étrangère aux joues creuses et au regard d’ange, avant de m’éclipser sur la pointe des pieds. Mais je n’ai que mes yeux pour retenir son image de beauté éphémère.

Elle regarde à nouveau sa montre.

Clap.

Son visage change d’expression, elle retire ses talons. Elle se déleste de son sac en cuir, qu’elle pose avec nonchalance sur le bitume mouillé. Elle allume une cigarette.

Clap.

La scène est terminée. Chacun rentre chez soi. Le nez collé à la fenêtre du bus, je cherche désespérément des yeux l’image de la femme admirée quelques minutes auparavant. Elle n’est plus. Les années 20 appartiennent bel et bien au passé.