C’était il y a 16 ans…

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Des morceaux de verre ricochent sur la moquette. Elle baisse les yeux pour voir. Mille morceaux. La vitre a éclatée sous l’effet d’un choc brutal. C’est déjà trop tard.

Le ciel se voile. Un nuage de poussière envahit l’espace. Et les cris se perdent dans les vapeurs de fumée noire. La fin. D’un mythe. D’un monde que tous croyaient invincible.

Il a suffi d’un trou dans l’atmosphère pour faire dévier la terre.

Elle n’a le temps de rien faire. Ni d’appeler. Ni de s’enfuir. Prisonnière de l’espace, du ciel, de la folie humaine. Elle attend que tout disparaisse. Elle pense à son petit garçon qui a eu deux ans hier. Il reste encore un peu de gâteau dans le frigidaire et des assiettes en carton sur la table de la cuisine.

Autour d’elle, tout tremble. Elle ne sait pas que des milliers de visages regardent sa vie s’effondrer, la tête dans les mains, les mains secouées de spasmes que rien ne semble pouvoir apaiser. En elle, tout se fond, toute la détresse du monde s’engouffre dans ses entrailles. Elle perd connaissance, divague.

D’autres ont tenté d’échapper au même sort. Leurs corps décomposés gisent à terre. Autour, les sirènes s’élancent, conscientes que l’horreur ne peut être maîtrisée. Il faut attendre.

Dans leur tour de contrôle, les spécialistes ne peuvent détacher leurs yeux de l’écran monstrueux et les chaînes de télévision diffusent en boucle la même image, celle d’une ville assiégée. Des torches vivantes embrasent les tours jumelles. Rien ne sera jamais plus pareil.

Le monde a pris un nouveau visage. Celui de la barbarie.

Elle sent son corps flotter. Pourtant à l’intérieur, elle n’est que rage et désespoir. C’est le monde qu’elle laisse derrière, le monde dans lequel son fils grandira sans elle, sans mots pour expliquer une telle cruauté, sans mots pour apaiser sa peine.

Le chaos est tel qu’il est difficile d’estimer les dégâts, le nombre de morts, le temps qu’il faudra pour réparer les cœurs, apaiser les esprits. Personne ne se pose encore la question. Il est trop tôt.

Le monde pleure.

Le monde a peur.

Elle part dans la nuit, habiter le ciel. Une étoile parmi tant d’autres. C’est ce que le papa dit à son petit garçon avant d’aller se coucher.

Aujourd’hui encore, 16 ans après, chacun se souvient, avec beaucoup d’émotions, de ce qu’il faisait le 11 septembre 2001. Ne cédons pas à l’oubli, jamais.

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Ces instants volés au temps

Ils errent dans l’air, entre les nuages, les jours de pluie comme les jours où le soleil brille et dépose sur nos peaux des pépites d’or.

Ils glissent entre les gouttes, nous invitent à marcher pieds nus sur l’herbe fraichement coupée, à rire aux éclats. Ils nous prennent par la taille, nous emportent, nous transportent.

Ils sont si riches d’émotions nouvelles, de sensations irréelles.

Ils s’impriment sur nos destins, parfois malmenés, envoyant valser le passé.

Ils virevoltent entre nos bras mêlés, nos rêves partagés.

Ils s’imprègnent du parfum de la vie qui renait, de l’automne qui fait danser les feuilles des arbres avant de s’évanouir dans la nature

Ils sont vrais, sincères, authentiques.

Ils sont, à l’image de l’amour qui nait, des instants simples et porteurs d’espérance.

Ils rendent tous les « jamais plus » possibles.

Nouveau corps

J’avais oublié

Le corps qui donne et qui reçoit

Le corps qui partage et respecte

Le corps qui laisse la place d’être

J’avais en mémoire

Le corps qui prend sans donner

Le corps qui ne partage rien

Le corps qui ne respecte rien

Le corps qui nie l’existence de l’autre

Il me reste

Des images

Qui s’évaporent

Au contact d’un autre corps

Des souvenirs

Qui se désagrègent

A la faveur d’un plaisir

Qui prend ses aises

Au creux de bras

Qui me protègent

Cliché d’été

Texte (fiction) présenté pour le concours Au Féminin – Année 2016

Je me souviens de toi, visage tendu vers l’objectif, de ton bras gauche posé sur mes épaules. De mon visage souriant, sur le balcon, face à la mer. De ta main droite à mi-chemin entre mon torse et mon bas-ventre, partie en quête de sensations enivrantes. Le soleil du sud faisait trembler nos corps et dispersait sur nos peaux laiteuses de fines gouttes de sueur. La chaleur tropicale de cet été rendait nos nuits tumultueuses. Impossible de récupérer.

En avions-nous vraiment envie d’ailleurs ?

Non, nous n’avions qu’une idée en tête, nous aimer passionnément, sans perdre une seconde de ce temps sacré que nous savions éphémère. Nous ne pensions qu’à nous retrouver au milieu des draps, à nous étreindre sous la douche, à nous toucher du bout des doigts, à nous embrasser fougueusement derrière les persiennes ou au milieu de la foule compacte et bruyante des vacanciers en quête d’ombre et de fraicheur.

Le manque de sommeil se lisait dans nos yeux, mi-clos au réveil, notre regard vagabond, nos pupilles dilatées, comme si nous avions passé notre nuit à fumer des joints, le corps plongé dans un paradis artificiel. L’amour est un peu comme une drogue parfois. Il nous consume, nous retire toute faculté de penser. La passion prend toute la place. Rien d’autre n’existe que nous, sans passé, sans avenir. Juste deux êtres épris l’un de l’autre, sans jugement, sans doute.

Nous avions décidé d’un voyage improvisé, peu avant la date fatidique de la fin de ton contrat de travail et de mes examens de dernière année. Un luxe que nous ne pouvions pas nous offrir. Qu’importe, nous aurions tout le reste de notre vie pour être raisonnables. Notre jeunesse et notre insouciance comme seuls bagages, nous nous apprêtions à prendre un virage à 180°C.

Nous passions nos journées à l’intérieur, désertant musées, jardins publics, expositions. Le guide du routard posé sur la table de nuit ne nous servait guère. Il nous emmenait parfois en dehors de la ville pour un dîner magique face à l’océan brillant de mille feux. Qu’il était difficile, je me souviens, de rester sobre, alors que nous n’avions qu’une envie, nous rapprocher, nous serrer l’un contre l’autre. Le désir montait en nous graduellement dès lors que tu posais une de tes paumes sur ma peau moite ou que je plongeais mes yeux bleus dans le vert d’eau des tiens. Nous partions sans échanger un mot. Et retrouvions nos esprits une fois nos corps en fusion enlacés, la lune pour seul témoin. Nous tirions des plans sur la comète, souvent épuisés mais heureux.

La nostalgie s’empare de moi face à cette image de nous, de toi, posée sur la desserte de l’entrée. Dans ces moments-là, je ressens le besoin de m’isoler, le temps d’un court voyage au pays des souvenirs. Face à ce cliché parfait, retrouver mon insouciance. Et ta jeunesse éternelle.

Mon ange…

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Les années se suivent et chaque rentrée me ramène à ce coup de fil.

Je l’attendais depuis longtemps. Je l’attendais sans savoir quand, à quel moment de la journée il m’arracherait à tout ce que je connaissais, à mes espoirs pour toi, aux vœux que j’avais prononcé, aux souhaits égrenés dans une église en Allemagne lors d’un pèlerinage d’école. Je savais qu’un jour ce coup de fil m’annoncerait ton départ.

Et puis ce coup de fil a eu lieu. J’ai su. La sonnerie n’était pas différente. Tu souffrais juste depuis trop longtemps.

On n’apprend jamais à vivre « sans ». On vit toujours avec. Même avec le vide. Avec les souvenirs. Et parfois les questions que certains départs laissent en suspens. On vit à travers l’empreinte des pas, à travers l’écho des voix.

Tu n’es jamais loin de mes pensées. Ton sourire flotte quelque part entre ces quelques instants partagés et toutes ces lettres épinglées un temps sur le mur face à ton lit.

Sur le fil des souvenirs, les images se sont précipitées, le film de nous deux en accéléré. Premier sourire. Premiers cris. Les mots qui frappent à l’intérieur qui ne peuvent sortir. Alors la tête qui se cogne dans tout, dans les murs surtout pour dire le silence. Puis tes rires aussi. Envahissants. Et tes larmes. Criantes d’une vérité que je n’avais pas le pouvoir de changer. Chez toi. Avant là-bas. Les murs gris, d’autres cris, des verrous comme dans les prisons. La vie avant la nuit.

Avec ma sensibilité exacerbée et mes envies de sauver le monde, je suis devenue ta marraine à treize ans à peine. J’avais le cœur plein de rêves, de ceux qui ne réalisent pas. Je rêvais d’un miracle. Il a eu lieu avant que tout n’explose. Et que ton petit corps tremblant vomisse tripes et boyaux – un appel au secours auquel je ne pouvais pas répondre.

Deux enfants embarqués dans une aventure dont personne n’a saisi l’envergure. Je voulais pouvoir tant te donner. Mon amour se lisait à la mesure des vœux énoncés, des cierges allumés portés par des prières sincères. Ca n’a pas suffi à te maintenir en vie.

Ta dernière nuit avant ton envol. Je suis restée avec mes larmes. Je m’en suis un peu voulue de ne pas avoir pu, su, profiter de toi, de t’avoir donné si peu, de t’avoir aimé de si loin. Puis j’ai su que là-haut tu étais bien, bien entouré, à l’aise. Tu flottes entre les nuages. Il n’y a plus de coups dans mes souvenirs, juste ton sourire et de la poésie dans les gouttes de pluie.

Le temps des mots doux

J’ai écrit la nuit, noire et terrible, la peur qui saisit et saccage tout sur son passage. J’ai écrit l’orage et les cœurs qui tremblent, la menace qui plane, les heures éphémères. J’ai écrit l’âme tourmentée, attentive au moindre mouvement inconnu, prêt à me faire chavirer. J’ai écrit le silence qui glace, le mépris déstabilisant. J’ai écrit les tripes en vrac, le corps brisé de partout, plaies à vif.

J’ai écrit le chagrin, les larmes au fond des yeux et mes yeux sans vie. J’ai écrit les blessures sourdes, le ventre lourd de tant de promesses inconfortables. J’ai écrit l’envie d’en finir, de m’éteindre dans la nuit, les nuits solitaires, les minutes incendiaires. J’ai écrit quand mon corps ne me portait plus, quand mon cœur ne vibrait plus.

J’ai écrit le chemin, la peur de demain, les matins remplis de cris. J’ai écrit les secondes qui changent le cours du destin. J’ai écrit les maux, les souvenirs attachés à la surface de ma peau. J’ai écrit la honte, le corps qui se livre, sans plaisir, qui encaisse. J’ai écrit le corps qui se meure, les nuits morcelées, l’angoisse du vide

J’ai écrit l’espoir sans espoir. J’ai écrit le pire.

Une page se tourne.

Les heures sont devenues souples, aériennes. Le temps est venu d’écrire la vie dans toute sa splendeur, dans ce qu’elle a de meilleur à offrir, les mots doux, la pluie qui tombe et fait des ricochets sur l’asphalte brillant, le goût sucré des baisers, le désir à l’orée de la cambrure de mes reins, les attentions, le partage, l’écoute bienveillante, les regards fiévreux, les pieds nus dans l’herbe fraiche, les nuits à ébaucher les contours d’un nouveau monde. Le temps est venu d’écrire chaque instant, de vivre intensément, d’aimer passionnément, de donner sans compter, de partager le vrai, l’authentique, d’oser, d’y croire…

Nouvel accord

Je ressens

Le manque

A la faveur

De mes doigts

Qui dessinent des baisers

Sur mes lèvres closes

Le manque

A l’orée

Des courbes

Sur lesquelles dansent

Tes mains

Au rythme du va et vient

De mon corps

Qui s’expose

A l’accord que tu proposes

Le manque

Au creux de mon cou

Le vide n’a pas de goût

Mon corps

Se souvient de tout

Une pensée particulière

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Pour toi, Magda

Tu vis quelque part et je sais que je ne te reverrai pas. Parce que la vie ne nous donnera pas cette chance, parce que te donner des nouvelles de moi, c’est te donner en pâture à des hommes, sans foi ni loi.

Tu t’es mariée avant moi, avec cet homme qui était le meilleur ami de celui qui a par la suite partagé ma vie. Tu t’es mariée sans certitudes et contre l’avis de ceux qui t’aimaient le plus. Tu as dit “oui”, à un homme, qui a fini par t’avouer, qu’il s’agissait d’un mariage de convenance, un mariage pour des papiers.

Sa liberté contre la tienne. Tu payes le prix fort. Sa liberté contre ton asservissement. Et pourtant c’est sa religion qui dit que l’on doit le respect à la mère de ses enfants. Çà ne lui fait pas peur de te maltraiter, mais il ne manquera jamais une prière à la Mosquée.

Bien des fois tu m’as mise en garde et je ne t’ai pas écoutée. Bien des fois tu as partagé avec moi tes doutes et tes regrets, tes désillusions sur cette vie que tu n’as pas vraiment choisie.

Je te revois, tes cheveux blonds flottants dans le vent froid d’un matin d’Avril. Il te trompait et ce n’était pas la première fois. Il a eu beau nous dire que ce n’était pas vrai, nous ne l’avons pas cru. Mais tes larmes se sont tues.

M., toi si optimiste et pleine de vie, il a réussi à tout briser en toi, cet homme que je n’aime pas. Il a utilisé son fils comme monnaie d’échange pour te forcer à revenir, alors même que tu avais eu le courage de fuir ton enfer. Et moi, je n’ai rien voulu voir. C’était déjà trop tard.

Tu es partie avec lui dans son pays, ils n’ont eu de cesse de te critiquer, d’anéantir tes forces, de te ridiculiser. Et alors que la pluie de Novembre balaye les rues désertes, tu regardes par la fenêtre et tu te demandes bien pourquoi et comment tu as pu accepter tout ça.

Entre lui et toi, un petit garçon, plein de cris et de rage. Je le revois encore, si tendre et si coquin. Mais dès que son père passait la porte, ce n’était que colère et chagrin. Et toi, tu continuais à te battre contre du vent, pour une étincelle dans ses yeux d’enfant.

Entre lui et toi, un enfant mort-né et une promesse qu’il n’a pas respectée. Mais pourquoi ça m’étonne encore ces choses-là. Tu es sa chose. Il ne t’aime pas. Il veut nous faire croire le contraire, lui l’homme fort, le mari, le père, celui qu’on respecte et qui ne respecte rien.

Entre lui et toi, une culture et un pays qui vont t’engloutir si tu pars. Et chaque jour qui passe, je pense à toi, à cette tragédie que j’ai fui et au fond de laquelle tu te noies. C’est bien toi qui me disais, on survit comme on peut. Mais la vie ce n’est pas que cette souffrance distillée. La vie c’est plus que ça, alors pourquoi tu penses que tu ne le mérites pas.

M., j’espère juste que tu auras ta revanche, que tu sortiras vivante de ce mariage qui t’oppresse et t’enterre vivante, quelque part, loin de moi.

M., nous ne pensions pas que ce gouter d’anniversaire serait notre dernière fois. Cela me fait de la peine, même si bien souvent j’ai baissé les bras devant ton désespoir. Aujourd’hui il ne me reste que des prières et chaque jour, j’ai pour toi, une pensée particulière.

Ce texte date de quelques années. Mais ce matin je me suis réveillée en pensant à elle et j’ai eu envie de le partager à nouveau. Demain je suis en vacances pour 3 semaines sans connexion internet. Je vous retrouverais à la rentrée dans un tout nouvel espace qui se fait une beauté! En attendant prenez bien soin de vous…

Filles de la nuit

Fille du soir

Sur le trottoir

Ses déboires

En bandoulière

Et l’espoir

Dans ses veines

Devient traces

Sur sa peau blême

Cicatrices que l’on se traine

Dans la nuit

Verre brisé

Regard perdu

Le folie glisse

Ses doigts

Sous sa jupe noire

Elle dérape

Le silence la rattrape

Elle oublie

Les mains moites

Ferme les yeux

Face à la nuit

L’âme se nourrit

De rêves inventés

Douceurs sucrées

Couvrir son corps

Et s’endormir

Au fond du cœur

Le sang transit oublie

L’atroce réalité

Du destin des filles de la nuit.