Mauvaise Pioche

Crédit Pixabay

Des cases, des cases, encore et toujours des cases. Certaines obligatoires. D’autres à remplir si le cœur nous en dit. Des cases de toutes les grandeurs. A cocher. A éviter, à griffonner. C’est épuisant ces cases à l’infini. Ils s’y connaissent en cases dans l’administration. Elles me sortent par les trous de nez leurs cases et le discours qui va avec.

Des cases. Et puis aussi des files d’attente qui s’éternisent. Il faut prendre son ticket, mémoriser son numéro, répondre présent au premier appel, sous peine de se faire sucrer sa place. Des numéros. De suivi. De dossiers. Numéros à appeler, à rappeler. Numéros à sélectionner, à indiquer. Des horaires à intégrer sous peine de se retrouver mis à la porte, parce que ça ferme dans trente minutes. Il faut au moins ça pour plier bagage et rentrer chez soi, avant les embouteillages du soir.

J’allais oublier les courriers. Les courriers reçus, envoyés. Les courriers recommandés, photocopiés, scannés, faxés. Les courriers retournés, égarés. Et la plateforme téléphonique qui s’égosille à vous rappeler que tous les conseiller sont pris, qu’il vous faudra attendre 3 minutes et 25 secondes, avant que quelqu’un prenne votre appel. Si après avoir attendu 4 minutes et 41 secondes, vous n’avez tout simplement pas raccroché, devant toutes ces fausses promesses.

Je me retrouve une fois de plus devant ce bâtiment sans âme, construit par un architecte insensé ou déprimé, sans aucun doute. Je suis là, mon dossier sous le bras. Trois mois de procédure engloutis sous cet amas de papiers, que je trie méthodiquement tous les soirs, pour ne pas perdre les pédales. Les forêts pleurent elles aussi de désespoir, j’en suis presque certain. Il n’y a personne qui attend ce matin. Le type du guichet me fait signe d’avancer. Il va encore falloir que je lui raconte mon histoire, ses détails croustillants, ses rebondissements alarmants. J’ai envie de la lui imprimer sur le bras, pour la prochaine fois. Il me regarde avec son sourire mielleux, qui trahi un cruel manque d’envie de prendre mon problème au sérieux.

Dans la salle d’attente, c’est la même consternation sur tous les visages. Je feuillette encore une fois mon dossier, vérifie que j’ai bien tout ce qu’il faut, les bonnes preuves, les bons identifiants, les bons mots au bon endroit. Un truc de travers et tout est à refaire. J’ai pratiqué. Je suis vacciné.

La dernière fois, sûr de mon coup, j’étais arrivé fier et droit dans mes baskets, tel un destrier des temps modernes partant au combat. Tout était là, au creux de mes bras. Un dossier béton, aussi solide que le bâtiment administratif, couleur fer forgé, que je fréquentais depuis des semaines.

Je m’étais engouffré dans un couloir sombre, moquette délavée et murs tapissés d’affiches de plus de cinquante ans au moins, dont les coins abîmés se décollaient sous l’emprise de l’humidité ambiante. Affolé par le regard méprisant de mon interlocutrice, j’avais tout simplement failli rebrousser chemin. Bon gré, mal gré, j’avais pris place en face du très respecté agent administratif, en charge de mon dossier. Pas un bonjour, ça débutait parfaitement bien :

  • Votre carte d’assuré?
  • Voilà Madame.
  • C’est pour quoi?
  • Ma demande de droits.
  • Vous avez rempli le dossier ?
  • Oui, ici.
  • On va l’étudier et on vous tiendra au courant.
  • Vous ne regardez pas si tout y est ?
  • La commission va le regarder et on vous tiendra au courant.
  • Mais s’il manque un document, ce serait plus simple de me le dire de suite. Ça fait déjà deux mois que j’entends la même chose. J’ai de quoi m’inquiéter n’est-ce pas?
  • Ce n’est pas moi qui décide Monsieur. Moi, je prends votre dossier et je le transmets, un point c’est tout.
  • Je comprends bien, Madame, mais c’est juste une question de bon sens.
  • De bon sens?
  • Oui, enfin, je pense que vous m’avez compris.
  • Pas vraiment Monsieur. J’ai surtout l’impression que vous êtes en train de me dire comment faire mon travail.
  • Non, pas du tout. Je souhaite juste savoir si cette fois, c’est la bonne.
  • Et bien vous le saurez, quand la commission aura étudié votre dossier. Vous m’excuserez, mais il y a la queue derrière vous. Bonne journée.

J’avais quitté la scène, complètement désorienté, déstabilisé, tel un boxeur mis KO par son adversaire, qu’il pensait pourtant moins fort que lui au départ J’étais reparti bredouille, dans l’attente d’une hypothétique réponse positive. J’avais envoyé des lettres, toutes restées sans réponse. J’avais téléphoné des dizaines de fois, été mis en attente, avec en fond sonore une musique déprimante. La bonne nouvelle, tant espérée, n’était pas arrivée, bien entendu, sinon je ne serai pas assis là aujourd’hui avec ma pile de photocopies et un nouveau dossier, que j’ai rempli avec encore plus d’incertitudes que les fois précédentes, me demandant vraiment si tout cela servait à quelque chose.

Un numéro clignote sur l’écran. C’est le mien. Je m’avance avec un sourire, histoire de détendre l’atmosphère, de me détendre surtout.

Allez, aurai-je plus de chance aujourd’hui ?

Extrait de mon recueil de nouvelles La Vraie Vie (en vente sur mon Site ou sur The Book Edition)

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Fanatique

 

Regarde-moi droit dans les yeux

Mon cœur se meurt sans un aveu

Je tremble de tous mes membres

Mes pieds ancrés en ta dangereuse réalité

Mes amours se noient

Mes passions prennent froid

Quand tes armes font la loi

Regarde-moi tomber

Effleurer le vide

Me fondre dans l’abime

Ta trahison comme un feu

Consume mes souvenirs heureux

Je me sens mourir

Sans plaisir

Dans un battement de cils

Regarde-moi m’éteindre lentement

A la faveur de ta démence

Dernier témoin tragique

De ton parcours de fanatique

Texte extrait de mon recueil de poésie “ils avaient un prénom” disponible sur ma boutique – Les bénéfices sont reversés à l’association IMAD pour la Jeunesse et la Paix.

 

Un an déjà – En mémoire…

2015-11-16-10-40-14

Nos toujours

Extrait du recueil de poèmes “Ils avaient un prénom

Je ne voulais pas y aller

Tu étais fatigué

Un mal de tête

Une journée qui avait mal débuté

Nous nous sommes endormis tôt

Dans les bras l’un de l’autre

Aurore nous pardonnerait

Cette absence injustifiée

Le matin s’est glissé par la fenêtre

Il nous a réveillés

Un beau ciel bleu

Nous prédisait une agréable journée

Quelques scones bien chauds

Le dos contre l’oreiller

Ta main sur mon épaule

Pour me rappeler

Qu’on est bien tous les deux

A contempler la vie

A l’aimer même si…

Aurore n’a pas appelé

Tu as voulu attendre

On se remet doucement

D’une soirée agitée

Souvenirs délicieux

De nos tendres années

Nous vivions sur un nuage

Enveloppés de sérénité

Quand ton téléphone allumé

Nous a projetés en pleine réalité

Des dizaines d’appels

Certains du monde entier

Des voix qui s’élèvent

Pour s’assurer

Que nous allons bien

Que nous sommes vivants

Des messages inquiétés de nos parents

Des SMS inquiétants

J’ai voulu appelé Aurore

Tu t’es jeté sur la télé

Au bout du fil un silence de mort

Et l’écran noir ensanglanté

Aurore est partie

La première balle d’une longue lignée

Son corps emporté sur la chaussée

Ses grands yeux bleus

Ont décroché

J’ai posé des yeux graves sur le ciel de Paris

En cette journée d’apocalypse

Tu m’as regardé

Maudire la terre entière

Sans broncher

A la nuit tombée

J’ai regagné tes bras

Sans l’ombre d’un frisson

Tu les as serrés autour de moi

Etreinte rassurante

Sur fond d’horreur ahurissante

Mon cœur tourmenté

A trouvé un semblant de sérénité

Au creux de nos toujours