Tous les hommes de ma vie #10

La fin approche mais il reste encore quelques détails croustillants à découvrir…

Certains hommes de ma vie parlent beaucoup d’eux. Ils ne parlent que d’eux d’ailleurs. Ils ne savent ni poser de questions, ni s’intéresser aux autres. Ils ne savent pas prendre des nouvelles. Ils savent tout juste demander s’il faut acheter du pain pour le dîner du soir.

Ils savent parler d’eux, faire parler d’eux aussi, mais ce n’est pas toujours pour dire du bien de leur mètre quatre-vingt ou de leur quatre-vingt-dix kilos. Ils se laissent aller aux confidences, dès le premier rendez-vous ou bien plus tard, la tête sur l’oreiller, les yeux perdus dans l’horizon du plafond.

Ils aiment me parler de leur sport favori, entre deux bières, de leurs potes, de leur travail surtout. Toujours un truc hyper compliqué, pour lequel ils emploient des mots étranges, qui les rendent importants et me font passer pour une cruche de première classe. Je me demande s’ils le font exprès. Ou bien ils font ça pour briller, pour se donner l’importance qu’ils n’ont pas ailleurs.

A la fin du premier rendez-vous, je sais tout de leur vie, même leur marque de papier toilette préféré, le nom de leur chien et celui de l’endroit où ils allaient en vacances quand ils étaient gamins. Je sais même qu’ils portaient des bretelles à 7 ans pour faire tenir leurs pantalons et que la première fille qu’ils ont embrassée s’appelait Cynthia et sentait bon la guimauve.

A la fin de la première soirée en tête à tête, c’est tout juste s’ils se souviennent de mon prénom. Et quand ils s’en souviennent, il y a une chance sur cinq pour qu’ils l’écorchent.

Je pense aussi aux hommes « de passage ». Un soir. Quelques heures. Et si j’en demande un peu plus, ils se débarrassent de moi sans un mot. Silence radio. C’est pratique. Ils changent même parfois de numéro.

Si je ne donne pas assez de moi-même, la punition est la même. Trop précieuse. Pas assez aventureuse. Ils voudraient me voir prendre des initiatives et quand j’en prends, ils se débinent.

Avec eux, ce n’est jamais le bon timing.

Les hommes de ma vie imposent leurs règles. Ils font la loi. Ils sont sérieux et donnent des ordres. Ils n’apprécient pas ceux qui ne pensent pas comme eux. Ils savent souvent mieux ce qui est bon pour moi. C’est ce que je crois. Alors je les laisse me mener à la baguette. Et je perds à chaque fois un peu plus d’estime de moi.

Ils me disent ce que je peux faire, ce que je n’ai pas le droit de faire. Ils me disent comment faire et m’en veulent si je n’ai pas compris dès la première fois. Le rappel est cinglant. Il me glace le sang.

Je ne dis rien et j’encaisse.

C’est pour mon bien.

Ces hommes-là deviennent des dieux vivants. Je suis douée pour les placer sur un piédestal, pour les laisser me modeler, me changer. Je me persuade qu’ils ont raison, qu’ils savent mieux que moi.

Je ne sais plus rien.

Quand j’en perds un, j’en cherche un autre. Comme une droguée, incapable de gérer le  manque, incapable de faire face au vide. Comme si l’homme pouvait me faire tout oublier. Je crois que je lui prête un pouvoir qu’il n’a pas. Ma solitude forcée me fait perdre mes repères. Je sombre dans la dépendance à la vitesse de l’éclair. Je regonfle les batteries avant que tout n’éclate à nouveau. Et je ne comprends pas pourquoi cette fois encore ça ne fonctionne pas.

Pourtant tout est simple.

Limpide.

L’amour ne se commande pas.

Les hommes de ma vie sont des énigmes. Amoureux transis ou parasites. Amoureux silencieux ou beaux parleurs.

Je crois qu’ils préfèreraient le terme d’incompris !

Ils s’aiment avant de m’aimer. Ou bien m’aiment sans s’aimer. Ils prennent soin d’eux avant de prendre soin de moi.

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Tous les hommes de ma vie #9

On maintient le rythme et on se retrouve pour la suite…

Je regarde le corps des hommes avec l’envie de fusionner, d’accrocher ma peau à la leur, de sentir leurs mains glisser le long de mes courbes graciles, fragiles. Comme un aimant, je me sens attirée, aspirée par le désir naissant au cœur de l’été brûlant. Cette sensation s’accroche. Le plaisir me possède, je ne suis plus la même. Je le sens monter en moi. Il suffit d’une musique sensuelle, quelques pas de danse. Je m’abandonne à cette pulsion enivrante. Je décroche.

Les hommes me narguent et sous leur sourire, je crois apercevoir des montagnes de mensonges, des vallées de non-dits, des collines de promesses qu’ils ne tiendront jamais.

Même mon professeur de sport me fait des infidélités. Le prénom du premier. Pas du premier baiser. Celui du premier amour. Le platonique. Celui qu’on garde pour soi ou qu’on confie à une oreille attentive qui ne sait pas tenir sa langue. Plus de secrets et des regrets à la pelle qu’on égrène. Première déception. Le prénom s’installe au fond d’une boite en fer, qu’on recouvre de sable, sur une plage, un soir d’hiver, après la folie de l’été. Les années passent. Les souvenirs restent. Ils se font moins lourds. Ils prennent moins de place. Et finissent comme une caresse sur le bord du visage. A moins qu’une tragédie ne vienne les bousculer dans leur douce prison dorée. Et tout fout le camp sur le champ. Les souvenirs qui nous arrachaient des rires entre amies ne sont plus nos amis. On n’évoque plus son nom. Le premier amour est mort. Il s’est éteint dans la nuit.

C’est fini.

Il y a les hommes qui mentent parce que ça leur plait. D’autres qui le font instinctivement. Et d’autres encore, les pires, qui mentent plus fort qu’ils ne respirent, les tyranniques, les manipulateurs, les pervers narcissiques qui donneraient corps et âme pour nous voir plonger, pour assister à notre naufrage, pour nous regarder sombrer, les mains dans les poches et les poches bien vides. Mais eux ils s’en moquent de ces considérations puériles.

Ceux-là je les déteste. Ils prennent tout sans jamais rien donner. Ils accusent, menacent. On se lasse. Et pour avoir la paix, on cède. Ils gagnent. On perd. Jusqu’au prochain combat, à armes inégales. La folie conserve. Notre gentillesse nous égare. Parfois, rien ne sert d’être brave.

Je les déteste et je les fuis. Mais parfois ils s’attachent. C’est si facile de tomber dans leurs pièges. Beaucoup de mots doux au départ. Trop. Et puis ça casse. On perd ses marques. Il faudrait pouvoir partir, fuir, ne pas les écouter, se carapater en douce et ne plus les laisser nous approcher. Mais la faiblesse à raison de nous. Nous écoutons leurs promesses. Nous pensons qu’elles sont saines. Et nous reprenons un ticket. Un autre tour gratuit pour leur donner une chance.

Perdue d’avance.

Ces hommes-là sont cruels.

Il y a les hommes « marmotte », qui passent la moitié de leur temps à dormir, la moitié de leur nuit les yeux rivés sur un écran télé. Les hommes qui paressent au lit, ou ne veulent pas se lever, qui attendent sagement que l’horloge tourne, et que les aiguilles indiquent midi pour sortir de leur léthargie. Certains se disent peu pressés. D’autres n’avoir rien à faire. Il y a ceux qui vivent la nuit, s’écroulent sur l’oreiller à quatre heures du matin pour n’émerger qu’en milieu d’après-midi, le lendemain. Ils prennent tellement le temps qu’ils n’en ont plus pour nous. Mais s’il ne tenait qu’à eux, ils passeraient leur journée au lit avec nous. Le problème, c’est nous, nous qui voulons passer du temps avec eux, autrement, en dehors du lit si possible. Ils ne comprennent pas notre entêtement. Nous ne comprenons pas leur désinvolture.

Les jeux sont faits.

Rien ne va déjà plus.

Tous les hommes de ma vie #8

Les hommes filent sans se croiser. Sans me croiser aussi. Sans se retourner. Ils quittent ma vie, sans un aurevoir, sans me dire merci de leur avoir ouvert ma porte, mon cœur, mon lit. Ils se faufilent dans la nuit. Et ne donnent plus signe de vie.

Même adieux déroutants. Même envie de tout foutre en l’air. Chaque fantôme semble me poursuivre, m’intimer l’ordre de ne pas m’en sortir. Je me sens liée corps et âme à ces hommes qui me délaissent.

J’ai cru en crever de leurs silences durs, de leurs non-dits inviolables, de leurs violents regards, qui semblaient me nier, m’intimer l’ordre de les laisser tranquilles, de ne pas chercher à les convaincre, de ne pas essayer de les faire changer d’avis. Ils cherchaient toujours à éviter mes larmes, à éviter me yeux remplis de pourquoi. Ils n’avaient aucune réponse pour moi. Ils avaient fait leur choix.

Au début je les harcelais, je voulais comprendre. Je n’y allais pas de main morte. Je me vengeais à ma façon. Je badigeonnais leur salle de travail de crème chantilly. Je taguais leur voiture la nuit. J’écrasais mes mégots de cigarette sur le sofa quand j’avais encore la clé, quand ils n’étaient pas là. Je me cognais dans tout pour avoir enfin l’impression d’exister. Et je me faisais terriblement mal, sans m’en rendre compte. J’avais l’impression que la vengeance me faisait du bien. Alors qu’elle n’apportait aucun soulagement, aucun repos à mon âme tourmentée, à mon cœur en mille morceaux.

Puis j’ai laissé tomber une fois, deux fois. C’est devenu une habitude. Ils me quittent sans ménagement. Et je déménage souvent par conséquent, histoire d’oublier les souvenirs qui me surprennent entre le salon et la salle de bain, au plus profond de mes draps, qui gardent leur parfum.

Complètement crétin.

Je reviens doucement de cette longue agonie que je m’impose à chaque fois. Leurs voix finissent par se perdre. L’écho de leurs rires aussi. Le souvenir de leurs mains ne laisse plus de caresses décevantes sur mon corps prisonnier de leurs ombres.

Je reprends goût à la vie, sans envie.

Torture. Brûlure. Morsure.

J’ai toujours rêvé d’une vraie rupture, de cris, de larmes, de corps qui se disputent l’espace, de déchirure, de mots qui cognent et se cassent sur le carrelage, de lettres d’amour coups de poing, de coups qui font mal et d’une dernière nuit d’amour, sensuelle, cruelle. Une nuit d’adieu pour tourner la page. Une nuit pour se souvenir que ce n’était pas qu’une histoire comme ça, une aventure de passage pour passer le temps, une histoire sans avenir certain. Une nuit pour s’avouer que ce n’était qu’une histoire de lit confortable, une histoire de peau, un mélange subtil d’envie, de désir, de folie, une histoire pour oublier que le temps passe et que nous n’avons aucun moyen de le retenir.

Une nuit pour mettre un point final.

Au final, je fais la collection de points d’interrogations.

Et je n’ai toujours pas réussi à résoudre une seule énigme.

La suite de cette fiction mercredi prochain…

Tous les hommes de ma vie #7

Chez les autres, les hommes paraissent parfois mieux, parfois pires. Parfois super-héros. Parfois moins que rien. Parfois courageux. Parfois parfaitement lâches. Tellement lâches, qu’ils mériteraient une palme. D’ailleurs on devrait proposer un prix de la goujaterie et offrir l’or au dernier. Parfois forts et puissants. Parfois impuissants. Parfois adorables. Parfois d’une cruauté implacable. Parfois doux et gentils. Parfois consciemment sanguinaires. Parfois dociles. Parfois sages. Parfois tyranniques.

C’est bien connu, personne n’est jamais content de celui ou celle qui partage sa vie. L’herbe du voisin semble plus attrayante. Les relations humaines n’échappent pas à cette règle.

Le pire pour moi ce sont les femmes qui fréquentent des hommes bien et qui ne se rendent pas compte de leur bonheur, qui trouvent à y redire, qui les critiquent ouvertement, et surtout devant moi, alors qu’elles savent pertinemment que je cherche toujours chaussure à mon pied et que les chaussures de mes soupirants sont souvent excessivement usées.

Certains hommes m’ont fait tourner la tête. J’étais prête à tout. Pour eux. Le meilleur comme le pire. J’encaissais tout, sans ciller, pour un beau sourire d’eux. Partagée entre désespoir et passion, je perdais mes moyens, ma raison. Tout me paraissait fade sans leur approbation, sans leur présence que j’estimais rassurante, mais qui n’était qu’une façon parmi d’autre de m’éviter de penser à moi et à mes relations dévorantes.

J’ai longtemps cru que c’était ça l’amour. Vivre pour l’autre. Vivre de l’autre. Quelle drôle d’idée ! Comme si le simple fait d’exister en soi ne valait rien. Comme si ma vie sans un autre pour la compléter était vaine et sans âme.

J’ai donc cherché l’amour au mauvais endroit, à chaque fois et j’ai gaspillé des larmes et de l’énergie pour rien.

C’est bien de s’en rendre compte.

Cela m’aide à passer à autre chose.

Enfin !

 

 

 

Tous les hommes de ma vie #6

Il y a les hommes qui m’aiment bien mais que je n’aime pas. Je les apprécie parfois. Ou bien ils me donnent des boutons. Ils me suivent comme des toutous et me font des déclarations d’amour. Ils me font un peu peur ces hommes-là. Trop présents. Trop demandeurs.

Il y a ceux prêts à me porter mon sac à main, à me tenir la porte. Un sourire et ils croient déjà que c’est dans la poche. Il faut que j’apprenne à moins sourire aux hommes. Un comble.

Il y a ceux qui m’encouragent, qui se baladent main dans la main avec moi, mais qui n’envisagent rien, qui sont juste là pour être là. C’est vrai qu’on est bien, juste comme ça, eux et moi, sans arrière-pensée, sans faux-semblant.

François Valéry chantait : « Aimons-nous vivants ! »

Je me repasse la chanson quand le coup de blues me guette. Je me remets sur les rails entre deux couplets.

Avec les hommes bien, ça finit mal. Avec les autres aussi d’ailleurs. Mais avec les autres ce n’est pas grave, c’est mieux. Avec les mecs bien, c’est dommage. Surtout que les hommes bien ne courent pas les rues. A moins qu’ils soient plus nombreux mais ne s’aventurent pas dans ma rue. Tout est possible. Et surtout rien ne m’étonne plus.

Si j’avais eu la bonne idée de dresser la liste de tous les hommes qui ont traversé ma vie, j’aurai pu sortir une étude de marché sur la manière dont ils ôtent leurs chaussures, nouent leur cravate ou laissent leurs slips trainer un peu partout dans la maison. Comme des petits poucets craintifs à l’idée d’oublier le chemin vers le lit.

J’aurais pu souligner ce qu’ils détestent le plus chez les femmes et ce qui les fait craquer au premier coup d’œil. J’aurais même pu me faire un peu de blé sur leur dos. Ils m’auraient au moins servis à quelque chose. A défaut de me servir tout court.

Peu d’hommes ont pris soin de moi. C’était plutôt moi qui me coupais en quatre pour eux. Moi qui sortais du lit au milieu de la nuit pour leur faire chauffer une bouillotte quand ils avaient pris froid. Moi qui arpentais les allées de magasins pour leur trouver un cadeau digne de ce nom pour leur anniversaire. Ils demandaient, ils avaient. A leur décharge, moi je ne demandais jamais rien. La peur de passer pour une chieuse certainement. Ou bien l’idée farfelue de ne rien mériter. Je pencherais pour la deuxième hypothèse. Ne rien espérer. Ne rien demander.

Ceux qui ont pris soin de moi s’y sont pris comme des manches. Mais ils ont le mérite d’avoir essayé. Il faut leur reconnaître cette qualité-là.

Il existe des types bien. Bien sûr. Heureusement ! Cela donne un peu d’espoir pour la suite. Mais eux et moi n’avons jamais fait un bout de chemin ensemble. Nous en sommes restés à l’apéro.

Qu’est-ce que je pouvais bien leur dire qui les faisait fuir à peine l’entrée proposée ?

Je me suis enregistrée. J’ai analysé chacun de mes mots, à tête reposée. Je n’ai toujours pas trouvé. C’est sûrement pour cela qu’entre eux et moi, ça cloche à chaque fois.

Les hommes de ma vie sont moins volages que jaloux. Ils prennent un malin plaisir à vérifier tout ce que je reçois, à tenter de décoder même les messages les plus anodins. Ils se croient tout permis par-dessus le marché. Et ne me laissent tranquilles qu’une fois que je leur ai promis, juré, à genoux, craché dans les mains, le cœur par terre que je les aime à la folie.

Ils scrutent l’horizon à chaque fois que nous sortons. Ils sont à l’affût du moindre faux-pas que je pourrais faire. Ils regardent mes tenues, la façon dont je me tiens, la façon dont j’ouvre la bouche, analysent mes rictus, considèrent mes tics comme une invitation à les tromper.

Ils deviennent fous dès qu’un homme ose m’approcher. Et ne supportent pas que j’ai des amis sans « e » à la fin. Ils sont fous à lier.

 

 

Tous les hommes de ma vie #5

On continue l’exploration, tantôt autobiographique, tantôt fictive du monde des Hommes de ma vie…

Les hommes de ma vie fument, beaucoup. Ils fument comme ils respirent et m’empêchent de respirer. Ils fument sans s’arrêter. Ils se perdent dans la fumée de leurs cigarettes. La fumée les calme et les apaise. Elle me fait sortir de moi et ils ne comprennent pas. Ils fument le matin au petit déjeuner. Ils fument sans perdre une miette de cette précieuse drogue qui les ensorcelle, les maltraite, leur bousille le corps et rend leur cœur insensible au mal qu’ils propagent autour d’eux. Ils fument pour se donner de la constance, de l’importance, pour se sentir exister, pour la forme, pour la sensation de liberté que la cigarette leur procure, juste le temps de les tuer. Ils fument et se moquent de mes craintes, de mes conseils d’inexpérimentée.

Ils fument sans se soucier de moi. Si je n’aime pas, c’est mon choix. Ils fument de l’aube au coucher du soleil, à table, sur le bord de la fenêtre, même au lit parfois. Ils disent qu’entre elle et eux, c’est encore plus fort qu’une histoire d’amour. Ils fument et ne connaissent rien à l’amour. C’est la passion qui les consume.

Et ma passion pour eux m’interdit de les contredire. J’avale la fumée de leurs désirs. Je me sens partir, me flétrir. Mais qu’importe puisque mon cœur a jeté son dévolu sur eux. J’entretiens la flamme. Un drôle d’histoire nait entre eux, moi et leur cigarette. Un triangle amoureux terrifiant.

Je me mens si bien à moi-même. Navrant.

Certains hommes s’attachent. Etrange phénomène. Complètement surréaliste. Surtout quand on ne s’y attend pas. On ne s’y attend jamais. Ils s’attachent avec la férocité de leurs jeunes années ou l’ombre muette des rides qui les guettent. Certains sont transis d’amour. Ils se coupent en quatre, se plient en deux, ouvrent leur portefeuille aussi vite qu’un cow-boy dégaine son arme dans les westerns à succès. Ils n’ont aucune limite.

Je n’ai jamais rencontré d’hommes comme ça.

Ceux qui ont partagé ma vie étaient plutôt du genre radin. Du genre à compter, à partager la note, à avoir oublié leur code de Carte Bleue, à commander en fonction du prix, à réserver un hôtel miteux, sous prétexte que c’est prêt de la gare, que ça sera plus facile d’accès en arrivant à onze heures du soir. Radins au point de m’offrir les cadeaux dont leurs mères n’ont pas voulu à Noël. Ou bien au point de recycler des cadeaux destinés à d’autres, au point de taper dans leurs vieux souvenirs pour m’en créer de nouveaux, sans me demander mon avis.

Les hommes de ma vie me mènent en bateau. Ils me racontent des salades. Ils en font des tonnes pour réparer leurs oublis, pour me prouver par A + B qu’ils n’ont pas téléphoné parce qu’ils étaient coincés sur un chantier de haute importance. Ils en inventent des belles pour que je passe l’éponge. Ils se réjouissent de réussir à me faire gober tout et n’importe quoi. Le téléphone oublié dans la boîte à gants alors qu’ils ne peuvent pas faire un pas sans ce précieux instrument, ils l’ont greffé à l’oreille 24h/24h. Ils dorment avec, pissent avec, boivent leur café du matin avec, répondent instantanément aux appels et messages annoncés par un bip strident. Presque une relation extra-conjugale, qui me laisse dépitée. Je devrais les larguer.

Parfois c’est moi qui mène la danse, les poussant dans leurs plus profonds retranchements, histoire de voir jusqu’où ils sont prêts à pousser le vice, jusqu’où ils peuvent aller pour me faire croire n’importe quoi, n’importe comment.

A force de cumuler les déboires, j’ai bien cru que j’allais devenir cruelle. J’ai cru que j’allais pouvoir à mon tour utiliser les hommes sans les aimer, les faire plier. Certaines filles sont fortes. Elles ont tous les hommes à leurs pieds. Ils ne jurent que par elles. Et elles les mènent par le bout du nez. J’ai cru que j’allais pouvoir les posséder, les soumettre à mes moindres désirs. Que j’allais pouvoir les collectionner à mon tour, noter leurs performances sexuelles dans un cahier, les rendre fous de moi.

Je me suis plantée. Je ne fonctionne pas comme ça.

Certains ont abusé de moi, de mes bras, de mes sourires, de mes rêves de gamine, de mon argent, de ma gentillesse, de mes idéaux. Ils se sont installés dans ma vie et je leur ai laissé toute la place. Ils l’ont pris sans hésiter. Ils ont tout liquidé sur leur passage. Ils n’ont même pas remarqué mon absence.

Il ne restait plus qu’en fond d’écran : moi, mon ombre et mes tourments.

A suivre mercredi prochain…

Tous les hommes de ma vie #4

Pour me faire pardonner la non-publication de la suite de cet essai mercredi dernier, j’en mets un peu plus. Si vous avez raté le début je vous invite à vous mettre à la page en lisant la première partie, la deuxième, puis la troisième...

Les hommes sont parfois discrets. Ils passent inaperçus. Je les vois puis je ne les vois plus. Ils jouent à cache-cache. Je crois qu’ils m’évitent. Ou peut-être qu’ils sont juste timides. Comme moi. C’est bien ma veine !

Ils attendent que je fasse le premier pas. Quand moi j’attends qu’ils fassent un pas vers moi. A ce rythme-là, on s’attend encore. Moi, sur l’esplanade des Invalides ou dans un café donnant sur un parc, les mains serrées autour d’un café chaud, certaine de m’être trompée d’heure. Eux, sur un banc du jardin des Tuileries ou sur un vieux tabouret dans un pub Irlandais des grands boulevards, certains de s’être trompés de lieu de rendez-vous.

Les rendez-vous ratés. J’en ai un palmarès étonnant.

Ou bien des rendez-vous décommandés au dernier moment. Rendez-vous raturés sur mon bel agenda bleu. Rendez-vous manqués pour cause de pluie, ou de mise-en-plie. Rendez-vous rangés dans un coin de ma mémoire.

On passe à autre chose.

Un premier rendez-vous, ça ne s’oublie pas. Le cœur bat vite. Tout est possible. On donne l’impression d’être un ange arrivé sur terre par hasard. Tout est bizarre mais si naturel. On se sent bien et effrayé à la fois. On se demande déjà si on sera à la hauteur. A la hauteur de quoi déjà ?

Tout part de là. Tout est lié à cet instant. On veut faire impression et les trois quart du temps on perd le nord, on se laisse aller à être quelqu’un d’autre, certaine de pouvoir reprendre les rênes à tout moment.

Quelque chose nous échappe pourtant.

Et quand on s’en rend compte, il est souvent trop tard pour faire marche arrière. La machine est lancée.

Gros manque d’authenticité pour subjuguer l’être aimé. Pourquoi faut-il sans cesse que l’on porte un masque, que l’on se fasse passer pour quelqu’un d’autre ? Pourquoi toujours mentir pour se donner une chance d’être acceptée ?

Quand j’aime, je m’attache vite. Je deviens l’autre. Je me fonds en lui. J’investis son univers à la vitesse de l’éclair. Je ne connais aucune limite. Je vis en l’autre, pour l’autre. Je rêve en l’autre. Je passe mon temps à calmer ses angoisses, à anticiper ses demandes, à régler ses conflits, à payer de ma personne à toute heure du jour et de la nuit. Je respire à la même vitesse que lui, me prive pour son bien-être, m’oublie pour son bonheur. Je passe à côté de moi. Et j’attends inconsciemment un retour sur investissement qui ne vient pas. Je deviens un double de leur mère, la copie conforme de leur idéal féminin. Je ne leur pose aucun problème et je place leurs intérêts au milieu de ma vie, oubliant les miens sur le bas-côté.

C’est complètement crétin.

Tous les hommes de ma vie #3

On continue et avec le sourire bien évidemment! Si vous avez raté les premiers épisodes, retrouvez les ICI et ICI.

RAPPEL: Ceci est une fiction et ce que j’écris n’est pas TOUJOURS ce que je pense…

Le prochain sera un type spontané, un amoureux éveillé, un mec qui comprendra mes silences, qui ne s’offusquera pas si je vais seule à un dîner, le laissant perdu dans mon canapé avec une soupe aux champignons – “maison”.

Le prochain sera un type bien.

C’est dit. C’est écrit. J’y crois. Dur comme fer. Ma grand-mère a tort. Tous les hommes ne sont pas des salauds.

Les hommes regardent rarement mes yeux ou me regardent rarement dans les yeux. Trop effrayant très certainement. Même moi je finis par leur trouver des excuses. Bidon. Pourtant ce sont mes yeux qui sont capables de leur dire quelque chose. Ce sont mes yeux qui révèlent les secrets de l’intime, qui trahissent mes peurs, mes angoisses ou bien mes désirs. Je n’irai pas jusqu’à dire que mes yeux reflètent l’état de mon âme. Mais pas loin quand même.

Ils préfèrent ma poitrine, qu’ils jugent et qu’ils notent, généreuse, pas assez. Ils préfèrent mes rondeurs, mes formes, mes courbes, qu’ils comparent, qu’ils analysent, qu’ils mesurent. Leurs yeux se baladent sur mon corps, dissèquent mes imperfections, relèvent les points d’ancrage possibles. Et leurs mains font le reste du chemin, souvent à mon insu, alors même que mon regard est encore perdu dans l’immensité du leur. Si je fermais les yeux, je pourrais même dire quelle est la couleur des leurs. Alors qu’eux ne seraient même pas capables de dire, si je porte un chemisier vert ou un pull bleu, si je mets du fard à joue et encore moins les subtiles notes de mon parfum favori. Ils en sont juste à se demander ce qui se cache sous ma jupe plissée à pois.

On dit que tous les hommes ne sont pas comme ceux qui ont croisé ma route. Ou qu’ils ne sont pas tous pareils. Ce qui revient au même.

J’ai envie d’y croire. Même un peu. Juste un peu, allez. J’ai envie de me dire qu’un jour je rencontrerais un homme qui ne sera pas comme tous les autres. Il sera mille fois mieux, bien évidemment.

Je me suis bien entendu remise en question. J’ai revu la longueur, la largeur de mes jupes, la ligne de mes pantalons, la tenue de mes vestes. Je les ai choisies plus cintrées. J’ai changé de maquillage et me suis mise en quête d’un parfum qui allait me coller à la peau. J’ai investi dans une nouvelle garde-robe, des dessous aux chaussures. J’ai pris le taureau par les cornes et je me suis pris les pieds dans le tapis. Rien n’a changé. Les hommes ont continué à regarder ma plastique avant de s’intéresser à mes idées.

Je me suis alors dis que c’était peut-être mes idées le problème. Ou mon manque cruel de références sur des tonnes de sujets, ma culture générale égale à celle d’un bébé pois-chiche. J’ai commencé à lire des revues, à visiter plus souvent la librairie de mon quartier, je me suis plongée corps et âme dans des bouquins de plus de 500 pages, oubliant frivolités et mecs peu fiables. J’ai changé de vie avec l’espoir fou qu’une fois sortie de ma période d’abstinence et de masturbation intellectuelle, j’allais décrocher la perle rare.

Rare. C’est un fait.

Si rare. Trop rare.

Elle se cache quelque part. C’est ce que disent les autres. Moi je ne sais plus vraiment quoi ou qui croire.

Tous les hommes de ma vie #2

Merci à tous pour vos retours super positifs sur la première partie de cette série, que vous pouvez lire ICI, si vous l’avez manquée. Voilà la suite…

C’est dit mais ce n’est pas limpide. Je tente de m’en persuader. A force de me faire larguer, je finis par ne plus croire en grand-chose, à ne plus croire en moi, plus particulièrement.

Je vaux mieux que qui ?

Je veux quoi au juste ?

Il y a les hommes qui passent et m’appellent ma princesse, après la première valse. Ils sentent bon. Leur corps est chaud. On s’y blottirait bien pour l’éternité. Impeccables chaussures cirées. Veste repassée. Tous les regards sont braqués sur eux. Mais c’est moi qu’ils regardent. A moins que ce soit moi qui n’aie d’yeux que pour eux, oubliant pour quelques instants leurs mains baladeuses à l’orée de mes seins, voire beaucoup plus bas parfois.

Je m’emballe. Je m’évade. Je nous vois nus sous une pluie d’étoiles, à moins que sur l’horizon le soleil ne s’évanouisse dans la mer calme. Ils me disent que je suis belle. Je leur dis qu’ils me plaisent. J’y crois. Nos corps se rapprochent, se réchauffent, se détaillent, s’appartiennent puis s’enflamment. Fusion totale. Un éclair puis l’extase. J’ouvre les yeux. Nous sommes redevenus deux étrangers, qui dès la musique terminée se séparent. Ils s’envolent vers d’autres corps moins avares de caresses que le mien, laissant sur le bout de ma langue un léger goût d’inachevé et au creux de mon ventre, mon intimité écœurée.

Voilà que le souvenir du premier baiser débarque sur le devant de la scène. Un vrai drame, version moderne. Mon inexpérience en la matière ne me sied guère. Petites larmes. Tout fout le camp. Je baisse les armes. Et la saveur de ce baiser ne sera jamais remplacée. C’est tout le charme des premières fois. J’en use et j’en abuse. Je me délecte de cet instant, de la magie sans les tourments qui l’accompagnent. Le baiser s’attache. Il me poursuit. Il m’empêche de dormir. Il m’intime l’ordre d’y croire. Je craque, forcément. Pourtant l’homme détale. Normal. Sans un coup de fil. Si facile.

L’avenir lui a donné raison. Ils fuient tous à la première marque d’attention qu’ils jugent un peu excessive. Je deviens possessive. J’en veux trop, tout de suite. Ils paniquent. J’encaisse, les larmes au bord du cœur et le cœur en vrac. Je suis toute patraque. Ils sont déjà loin quand je me dis qu’il est peut-être temps d’enclencher le frein à main. Trop tard.

La prochaine fois, je ferais attention, c’est promis. Je ne lui demanderais pas son numéro de téléphone, j’attendrais qu’il s’enquière du mien. Je ne lui proposerais pas de laisser ses chaussettes au fond du lit, ni sa brosse à dent dans un gobelet bleu. Je ne lirais pas ses mails en douce, je ne décortiquerais pas chacune de ses phrases, au risque de passer pour une ingrate, je ne le laisserais pas laver mes dessous ni repasser mes pantalons de pyjama, même si il insiste, surtout si il insiste.  Promis, la prochaine fois, j’assurerais. Je ne lui demanderais plus de me dire qu’il tient à moi. J’attendrais qu’il le dise. Et s’il ne le dit pas, je n’en ferais pas tout un plat. J’encaisserais sans me plaindre, sans me dire que je suis la dernière des cruches pour y avoir cru, une seconde. Encore une fois.

Tous les hommes de ma vie #1

Avec ce premier billet, j’introduis une série d’articles qui mis bout à bout formeront un essai. Le texte entier est déjà écrit. Mais il fait plus de 40 pages! Il s’agit d’une fiction. Mais certains éléments sont très réels. Je vous donne donc rendez-vous chaque mercredi pour découvrir la suite de l’histoire. J’espère que ça vous plaira!

Ils passent, s’arrêtent, regardent par la fenêtre, se posent, disparaissent, refont surface, se perdent, m’enlacent, me tracassent, m’embrassent, se font la belle, me disent des mots d’amour, me laissent seule avec leurs caresses, des faux espoirs. J’envoie des signaux de détresse. Ils reviennent. Juste un peu, le temps de quelques promesses. Je m’y perds. Je leur en veux.

Ils s’installent bien confortablement au creux de mes reins, à l’abri de mes fantasmes, avant même de me connaître, avant de pouvoir énoncer le titre de mon film préféré, ce que je prends au petit-déjeuner ou bien de statuer sur la couleur du fard à paupières dont j’égaye mes paupières le matin, devant le miroir déformant de la salle de bain.

Ils s’installent mais ne s’attachent pas. On dirait que ça ne se fait pas ces choses-là. Pas comme moi, moi qui prend un sourire pour une déclaration d’amour, un mot tendre pour une demande en mariage, moi qui me demande toujours pourquoi ils ne rappellent pas après le premier « je t’aime » murmuré tout bas, sur le ton de la confidence. Mon « je t’aime » a l’effet d’une bombe qui fait voler en éclats tous les souvenirs de nous.

Je les déteste. Les hommes. Les souvenirs. Et tous ces clichés dispersés à mes pieds.

Ils ne se sentent pas prêts.

Pas prêts pour la vie à deux, à trois un jour prochain, pour les déjeuners en famille du dimanche après-midi, pour les copines qu’il faut consoler à 4h du matin après des ébats torrides, pour les soirs où la fatigue l’emporte sur le désir, pour les vacances « rien que tous les deux » et nos sautes d’humeurs une fois par mois, qu’ils ne maîtrisent toujours pas. Ils ne sont pas prêts à abandonner leur chambre de bonne sous les toits, leur appartement miteux qui croule sous le linge sale, leurs jeux vidéo d’adolescents qu’ils protègent comme le Saint Sacrement. Ils ne se sentent pas prêts à s’installer, à nous présenter à leurs parents, juste comme ça en passant. Ce serait presque un engagement dans l’inconscient de papa/maman. Pas aujourd’hui. Demain peut-être. Ou pas.  Le prince charmant s’est transformé en crapaud baveux – d’habitude c’est l’inverse, ce qui prouve bien que les contes de fées n’ont rien compris à la vie – crachant des excuses bidons, pour se libérer de nous. Trouillards.

Je vaux mieux.

Je veux mieux.