Dans mes archives #4 – Derrière l’image

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Crédit Image – Pixabay

Derrière la porte, elle l’attend, fébrile, impatiente. Elle sait l’heure, le bruit de ses pas. Elle anticipe sa main sur la poignée puis les effluves de son parfum, qui viendront la faire chavirer dans un océan d’interdits. Elle a pris soin d’ôter son alliance, de la poser sur la table de nuit. Elle sait qu’il fera la même chose en arrivant, leurs alliances s’interrogeront du regard juste le temps pour eux de s’aimer.

Dès le départ ils savaient. Des doutes et de la culpabilité, ils en sont revenus rapidement. Ils n’avaient qu’une vie, même s’ils s’étaient rencontrés au carrefour des leurs, déjà bien installées. La question de tout remettre en jeu ne s’était pas posée entre eux. Elle aimait son mari avec la tendresse particulière des années passées, une forme d’attachement sur lequel elle ne reviendrait pas. Pour les enfants peut-être. Ou parce qu’elle ne se sentait pas d’attaque pour tout recommencer, faire face aux regards de ceux qui pensaient avoir mieux réussi, même si ce n’était que du vent, une belle image sans sentiments. Elle savait aussi que le meilleur était dans cette découverte, ces moments sans compromis, sans justification, ces moments d’abandon dans lesquels elle s’offrait le luxe d’aimer sans promesse, sans serment d’éternité. Il avait lui aussi une vie bien rangée, remplie de dîners à honorer, de fêtes à célébrer, de projets à concrétiser, d’enfants à éduquer. Elle n’était pas une passade et pourtant il ne se voyait pas l’aimer autrement que dans cet espace, dans cet instant volé au temps des obligations quotidiennes, des invitations superficielles.

Une heure par semaine, voilà ce qui leur est donné. Une parenthèse enchantée, savourée, partagée, pleine de passion, d’intensité. Ils font l’amour, souvent, insatiables dans leurs désirs. Parfois ils s’allongent simplement l’un à côté de l’autre, refont le monde comme deux adolescents épris de liberté, authentiques dans leur manière d’être.

Au moment de partir, ils s’embrasseront presque timidement, il y aura comme un léger goût de manque, déjà, dans l’atmosphère de la petite pièce, puis chacun replacera son alliance, reprendra le masque qui lui va si bien, pour être ce que le reste du monde attend d’eux.

Ce texte a été écrit dans le cadre d’un atelier d’écriture que je suis sur Paris qui avait pour thème “l’image: celle que nous nous faisons des choses, des personnes ou celle que nous renvoyons” – Avril 2017
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Dans mes archives #3 – Trafic perturbé

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Crédit Copyright Marie Kléber

Les hauts-parleurs annoncent un accident sur la ligne 9. Le métro ralentit et s’arrête en pleine voie. Les gens se regardent quelques secondes et replongent dans leurs lectures. La chaleur s’infiltre dans la rame, obsédante et étouffante. Chacun respire. Ça ne devrait pas durer longtemps.

Élise fait un rapide tour d’horizon. Sa tête est pleine d’images d’ailleurs. Son mal de crâne la tourmente. Elle pensait que l’air frais lui ferait du bien, qu’il calmerait le bourdonnement contre ses tempes. Elle aurait mieux fait d’avaler les deux cachets qu’Eric  avait préparé, avant de partir en courant, certaine qu’elle allait encore une fois rater son train.

Comme elle n’a pas la tête à se plonger dans une lecture, ses yeux étant incapables de restés ouverts devant l’écriture en patte de mouches, elle laisse vagabonder son regard dans la rame. Elle s’imprègne peu à peu des individus à ses côtés. Elle se prête au jeu qu’elle adore, imaginer leurs vies, deviner leurs pensées. Elle les décortique, les scrute, les assomme de mots silencieux, les couvre d’adjectifs subjectifs. Elle les imagine ailleurs, chez eux, au bureau, avec l’être aimé, avec leurs enfants, leurs amants. Elle les fait se parler, se rencontrer, se plaire ou se déchirer.

Elle se demande bien ce qu’il fait lui, avec ses bouteilles de Champagne dans un sac en plastique. Elle se demande où il va de si bon matin, s’il les a gagnées lors d’une soirée ou si la tenue qu’il porte n’a pas été empruntée à un ami, tellement il a l’air ridicule dans ce costume marron.

Élise s’interroge sur la musique qu’écoute la jeune fille assise en face d’elle. Elle bouge ses lèvres et tape ses mains sur ses cuisses menues. La chanson qu’elle n’entend pas lui plaît bien. Elle aurait presque envie, que pour une fois, la jeune femme monte le son, que la musique inonde la rame, se glisse dans les oreilles de ceux qui patientent, en commençant doucement à perdre leur calme.

Élise voudrait bien savoir ce que pense l’homme en costume-cravate, le nez vissé sur son téléphone portable, réactif à chaque vibration de son engin, prêt à répondre du tac au tac à ses messages. De temps en temps, il lève la tête, réajuste sa cravate, tripote le bouton de sa veste, sort son oreillette et la replace au même endroit, comme pour dégourdir son oreille fatiguée.

Le métro repart lentement. Il s’arrête à nouveau. La voix indique que le prochain arrêt est le dernier, que l’accident est trop important pour que le métro puisse fonctionner normalement. Les esprits s’échauffent. Les visages se crispent. Les gens se mettent à chercher frénétiquement un plan, à se demander quel est le meilleur chemin à prendre pour arriver à destination.

« C’est toujours pareil. » « Accident, accident, ils ne nous disent jamais vraiment ce qui se passe. » « C’est bien ma veine. » « Comment je vais faire pour arriver à l’heure au bureau » « Non, mais quelle journée de merde… »

Elle se demande bien ce que c’est que cet accident. Elle se demande si c’est grave, si elle doit s’en faire, si être en retard au bureau peut avoir un quelconque impact sur la suite des évènements.

Il y a un accident sur la ligne 9. Le trafic est fortement perturbé. Au loin, on distingue les contours d’un corps sur la voie ferrée.

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Les hauts-parleurs annoncent un accident sur la ligne 9. Le métro ralentit et s’arrête en pleine voie. Les gens se regardent quelques secondes et replongent dans leurs lectures. La chaleur s’infiltre dans la rame, obsédante et étouffante. Chacun respire. Ça ne devrait pas durer longtemps.

Élise fait un rapide tour d’horizon. Sa tête est pleine d’images d’ailleurs. Son mal de crâne la tourmente. Elle pensait que l’air frais lui ferait du bien, qu’il calmerait le bourdonnement contre ses tempes. Elle aurait mieux fait d’avaler les deux cachets qu’Eric  avait préparé, avant de partir en courant, certaine qu’elle allait encore une fois rater son train.

Comme elle n’a pas la tête à se plonger dans une lecture, ses yeux étant incapables de restés ouverts devant l’écriture en patte de mouches, elle laisse vagabonder son regard dans la rame. Elle s’imprègne peu à peu des individus à ses côtés. Elle se prête au jeu qu’elle adore, imaginer leurs vies, deviner leurs pensées. Elle les décortique, les scrute, les assomme de mots silencieux, les couvre d’adjectifs subjectifs. Elle les imagine ailleurs, chez eux, au bureau, avec l’être aimé, avec leurs enfants, leurs amants. Elle les fait se parler, se rencontrer, se plaire ou se déchirer.

Elle se demande bien ce qu’il fait lui, avec ses bouteilles de Champagne dans un sac en plastique. Elle se demande où il va de si bon matin, s’il les a gagnées lors d’une soirée ou si la tenue qu’il porte n’a pas été empruntée à un ami, tellement il a l’air ridicule dans ce costume marron.

Élise s’interroge sur la musique qu’écoute la jeune fille assise en face d’elle. Elle bouge ses lèvres et tape ses mains sur ses cuisses menues. La chanson qu’elle n’entend pas lui plait bien. Elle aurait presque envie, que pour une fois, la jeune femme monte le son, que la musique inonde la rame, se glisse dans les oreilles de ceux qui patientent, en commençant doucement à perdre leur calme.

Élise voudrait bien savoir ce que pense l’homme en costume-cravate, le nez vissé sur son téléphone portable, réactif à chaque vibration de son engin, prêt à répondre du tac au tac à ses messages. De temps en temps, il lève la tête, réajuste sa cravate, tripote le bouton de sa veste, sort son oreillette et la replace au même endroit, comme pour dégourdir son oreille fatiguée.

Le métro repart lentement. Il s’arrête à nouveau. La voix indique que le prochain arrêt est le dernier, que l’accident est trop important pour que le métro puisse fonctionner normalement. Les esprits s’échauffent. Les visages se crispent. Les gens se mettent à chercher frénétiquement un plan, à se demander quel est le meilleur chemin à prendre pour arriver à destination.

« C’est toujours pareil. » « Accident, accident, ils ne nous disent jamais vraiment ce qui se passe. » « C’est bien ma veine. » « Comment je vais faire pour arriver à l’heure au bureau » « Non, mais quelle journée de merde… »

Elle se demande bien ce que c’est que cet accident. Elle se demande si c’est grave, si elle doit s’en faire, si être en retard au bureau peut avoir un quelconque impact sur la suite des évènements.

Il y a un accident sur la ligne 9. Le trafic est fortement perturbé. Au loin, on distingue les contours d’un corps sur la voie ferrée.

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Dans mes archives #2 – Va savoir!

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Ma mère pensait que je n’oserais pas, mon père que cette folle idée passerait à l’arrivée de l’été, quand les épaules se dénudent, que la peau s’offre au soleil, presque vierge de tout passé.  Mon frère disait qu’il s’agissait d’une lubie, d’une envie sans envergure, d’un besoin de faire comme tout le monde.

Le monde, parlons-en. Il m’écœurait autant qu’il m’attirait. Le monde s’installait, prenait ses aises, dominait, abandonnait, faisait fuir, gagnait de l’argent, volait les pauvres, jugeait les riches. Le monde vu de mon nuage d’adolescente en quête de sens me paraissait vide, rempli d’artifices. Mais plein de ce je-ne-sais-quoi, de cette vibration transformatrice qui m’appelait à sauter à pieds joints dans l’inconnu, les yeux bandés, le cœur ouvert à tous les possibles.

Faire comme tout le monde. Sûrement pas. Et pourtant je suivais bien un mouvement, je me fondais forcément dans une masse qui avançait vers un idéal que nul ne semblait connaitre mais que chacun désirait ardemment. J’appartenais à un groupe. Je suivais une idée. Je m’emballais pour une révolution qu’un autre avait créée. Peut-être que je voulais ressembler aux autres après tout. Mon frère, plus âgé, devait savoir ces choses-là, connaître le feu qui bouillonne à l’intérieur, l’obsession qui grandit pour mettre des mots, des images sur l’essence de nos existences. A la question « qui suis-je ? », je répondais par un vague murmure.

Ma mère ne me reconnaissait plus, son regard figé dans ses souvenirs de moi, gamine avec mes jupes fleuries et mes ballerines vernies. Elle ne voyait pas mes lèvres souples devenir pulpeuses sous l’effet du gloss, mes cheveux attachés tomber en cascade sur mes épaules, mes bras se couvrir de dessins éphémères, encore moins la courbe de mes reins dessiner des vallées sur un horizon amoureux incertain.

L’été arrivait et mon idée résistait aux embruns, aux vagues affolées, au souffle fou du vent sur la côte les soirs d’orages. L’été m’appelait à franchir le cap, à pousser la porte, à laisser l’encre couler  sur mon corps et les aiguilles dessiner des îles aux trésors.

L’automne a eu raison de toutes mes interrogations, indécisions, de la crainte du regard d’autrui. Dans le vent frais d’octobre, j’exhibe sans l’once d’un regret mon poignet offert au monde, marqué du sceau de l’infini.

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Dans mes archives #1 – Mona

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Se lever. Te servir. Baisser les yeux. Fermer ma gueule. Obtempérer. Avec le sourire en prime.

Et la nuit, l’entendre se lever quand tu rentres tard, l’entendre remuer les casseroles dans la cuisine, la surprendre les yeux mi-clos au-dessus du réchaud, lui dire de venir se coucher. Tu es un grand garçon, tu pourras te servir tout seul. Elle résiste. Je la laisse, silhouette courbée et fatiguée, attendant la porte qui claque, tes pas lourds dans l’escalier. Elle a dressé la table, a disposé une assiette, des couverts, a pris soin de poser ton verre à gauche avec une bouteille d’eau toute neuve. Tu vas la croiser, esquisser un sourire. Elle va se retirer discrètement. Sans faire de bruit, elle. Elle va tirer la porte et retrouver son lit. Je vais attendre un peu, le temps d’entendre sa respiration plonger dans le sommeil. Et quand elle aura rejoint les bras de Morphée, je vais te maudire une fois de plus d’exister.

Au réveil, à l’heure où la nuit quitte doucement la place, elle sortira au grand air, retrouvera ton assiette et tes couverts négligemment posés dans l’évier. Elle les passera à l’eau, au savon. Elle n’attendra pas que je sois réveillée, dans dix minutes tout au plus. Elle ne veut pas que je dise du mal de toi. Elle te protège à chaque fois, dis que tu as cru bien faire en ne faisant pas – faire couler l’eau au beau milieu de nuit, c’est manquer de réveiller les autres. C’est un manque de respect dans son langage à elle. Je ne comprends pas pourquoi elle fait ça. Déjà avec papa, j’avais du mal. Mais avec toi, je ne peux plus le supporter.

Je ne peux plus te supporter. Tes manières me donnent envie de vomir, de cracher ma haine de toi, ma haine de ton orgueil, ma haine de ta violence sournoise. Tu es mon frère et je n’ai pour toi que du dégoût. Je sais que si je le lui dis, elle ne me comprendrait pas, elle m’en voudrait même d’être si virulente à ton égard. C’est à n’y rien comprendre.

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Cliché d’été

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Texte (fiction) présenté pour le concours Au Féminin – Année 2016

Je me souviens de toi, visage tendu vers l’objectif, de ton bras gauche posé sur mes épaules. De mon visage souriant, sur le balcon, face à la mer. De ta main droite à mi-chemin entre mon torse et mon bas-ventre, partie en quête de sensations enivrantes. Le soleil du sud faisait trembler nos corps et dispersait sur nos peaux laiteuses de fines gouttes de sueur. La chaleur tropicale de cet été rendait nos nuits tumultueuses. Impossible de récupérer.

En avions-nous vraiment envie d’ailleurs ?

Non, nous n’avions qu’une idée en tête, nous aimer passionnément, sans perdre une seconde de ce temps sacré que nous savions éphémère. Nous ne pensions qu’à nous retrouver au milieu des draps, à nous étreindre sous la douche, à nous toucher du bout des doigts, à nous embrasser fougueusement derrière les persiennes ou au milieu de la foule compacte et bruyante des vacanciers en quête d’ombre et de fraicheur.

Le manque de sommeil se lisait dans nos yeux, mi-clos au réveil, notre regard vagabond, nos pupilles dilatées, comme si nous avions passé notre nuit à fumer des joints, le corps plongé dans un paradis artificiel. L’amour est un peu comme une drogue parfois. Il nous consume, nous retire toute faculté de penser. La passion prend toute la place. Rien d’autre n’existe que nous, sans passé, sans avenir. Juste deux êtres épris l’un de l’autre, sans jugement, sans doute.

Nous avions décidé d’un voyage improvisé, peu avant la date fatidique de la fin de ton contrat de travail et de mes examens de dernière année. Un luxe que nous ne pouvions pas nous offrir. Qu’importe, nous aurions tout le reste de notre vie pour être raisonnables. Notre jeunesse et notre insouciance comme seuls bagages, nous nous apprêtions à prendre un virage à 180°C.

Nous passions nos journées à l’intérieur, désertant musées, jardins publics, expositions. Le guide du routard posé sur la table de nuit ne nous servait guère. Il nous emmenait parfois en dehors de la ville pour un dîner magique face à l’océan brillant de mille feux. Qu’il était difficile, je me souviens, de rester sobre, alors que nous n’avions qu’une envie, nous rapprocher, nous serrer l’un contre l’autre. Le désir montait en nous graduellement dès lors que tu posais une de tes paumes sur ma peau moite ou que je plongeais mes yeux bleus dans le vert d’eau des tiens. Nous partions sans échanger un mot. Et retrouvions nos esprits une fois nos corps en fusion enlacés, la lune pour seul témoin. Nous tirions des plans sur la comète, souvent épuisés mais heureux.

La nostalgie s’empare de moi face à cette image de nous, de toi, posée sur la desserte de l’entrée. Dans ces moments-là, je ressens le besoin de m’isoler, le temps d’un court voyage au pays des souvenirs. Face à ce cliché parfait, retrouver mon insouciance. Et ta jeunesse éternelle.

[:en] 

Je me souviens de toi, visage tendu vers l’objectif, de ton bras gauche posé sur mes épaules. De mon visage souriant, sur le balcon, face à la mer. De ta main droite à mi-chemin entre mon torse et mon bas-ventre, partie en quête de sensations enivrantes. Le soleil du sud faisait trembler nos corps et dispersait sur nos peaux laiteuses de fines gouttes de sueur. La chaleur tropicale de cet été rendait nos nuits tumultueuses. Impossible de récupérer.

En avions-nous vraiment envie d’ailleurs ?

Non, nous n’avions qu’une idée en tête, nous aimer passionnément, sans perdre une seconde de ce temps sacré que nous savions éphémère. Nous ne pensions qu’à nous retrouver au milieu des draps, à nous étreindre sous la douche, à nous toucher du bout des doigts, à nous embrasser fougueusement derrière les persiennes ou au milieu de la foule compacte et bruyante des vacanciers en quête d’ombre et de fraicheur.

Le manque de sommeil se lisait dans nos yeux, mi-clos au réveil, notre regard vagabond, nos pupilles dilatées, comme si nous avions passé notre nuit à fumer des joints, le corps plongé dans un paradis artificiel. L’amour est un peu comme une drogue parfois. Il nous consume, nous retire toute faculté de penser. La passion prend toute la place. Rien d’autre n’existe que nous, sans passé, sans avenir. Juste deux êtres épris l’un de l’autre, sans jugement, sans doute.

Nous avions décidé d’un voyage improvisé, peu avant la date fatidique de la fin de ton contrat de travail et de mes examens de dernière année. Un luxe que nous ne pouvions pas nous offrir. Qu’importe, nous aurions tout le reste de notre vie pour être raisonnables. Notre jeunesse et notre insouciance comme seuls bagages, nous nous apprêtions à prendre un virage à 180°C.

Nous passions nos journées à l’intérieur, désertant musées, jardins publics, expositions. Le guide du routard posé sur la table de nuit ne nous servait guère. Il nous emmenait parfois en dehors de la ville pour un dîner magique face à l’océan brillant de mille feux. Qu’il était difficile, je me souviens, de rester sobre, alors que nous n’avions qu’une envie, nous rapprocher, nous serrer l’un contre l’autre. Le désir montait en nous graduellement dès lors que tu posais une de tes paumes sur ma peau moite ou que je plongeais mes yeux bleus dans le vert d’eau des tiens. Nous partions sans échanger un mot. Et retrouvions nos esprits une fois nos corps en fusion enlacés, la lune pour seul témoin. Nous tirions des plans sur la comète, souvent épuisés mais heureux.

La nostalgie s’empare de moi face à cette image de nous, de toi, posée sur la desserte de l’entrée. Dans ces moments-là, je ressens le besoin de m’isoler, le temps d’un court voyage au pays des souvenirs. Face à ce cliché parfait, retrouver mon insouciance. Et ta jeunesse éternelle.

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