Drôle de nuit(s)

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Qui ne serait pas désolé devant l’étendue du désastre de mes nuits?

Je vagabonde, innocent, entre impossibles insomnies et rêves abracadabrantesques, dans lesquels je me retrouve tantôt poulpe, prêt à être dévoré, crustacé à être décortiqué – carcasse abandonnée – fromage à être savouré ou repoussé sur le bord de l’assiette, d’un air dégoûté.

J’émerge de ces nuits, en sueur, tel un sportif à plat, complètement déboussolé, les émotions en fleur de lys – mais non à fleur de peau.

Je me demande si, en l’etat actuel des choses, dormir n’est pas une activité superflue…

Ceci est ma participation à l’atelier d’écriture d’Olivia. Les mots étaient: poulpe – Lys – insomnie – fromage – superflu – crustacé – désolé – emotion.

 

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Le bruit du silence

© Sabine Faulmeyer

Le plus assourdissant c’était le silence. Il ne restait rien dans la cour à part un jouet d’enfant. Juste ça. Et des rires imaginés, qui glaçaient le sang davantage. Même pas de larmes. Juste un cri sourd. Juste le silence lourd.

Et des regards. Des regards qui disaient tout ce que les voix ne pouvaient pas. Oui juste ça, des regards froids et perdus. Des regards sclérosés par la chute, violente, rude. Regards vides qui déversaient leur mal être sur le bitume.

Et des yeux attirés vers ce jouet, dernier vestige de l’innocence trahit, d’une justice qui se donnait des airs de grands. Des promesses en équilibre. Juste ça.

Combien de paroles tues pour en arriver là? Combien de témoignages bradés? Combien de drames relégués dans des cartons au grenier? Combien de fantômes? Combien de vies, de destins? Combien de “rien” pour devenir complices de ce drame intime?

Ce texte a été écrit dans le cadre de latelier 324 de Bric A Book

Au début du monde…

Au début du monde…

L’obscurité et la lumière. Le soleil et les ombres, broderies scintillantes inondant le ciel de promesses. Puis un petit écrin d’or posé sur un rocher. Le monde se créait sur le vide et le vide cédait sous les pas du Monde. Ton monde, le mien, celui des hommes de joie et des hommes de peine, celui des monts et des merveilles, celui du temps et de son effroyable course. Plus tard, celui de la folie et de la haine, des souvenirs gardés sous scellés.

Des origines du monde, personne ne savait rien. Le premier homme resterait un mystère que nul ne percerait jamais. Tout comme le temps qui coule et tel le sable, s’évanouit entre nos doigts. Il fallait s’y résoudre. Accepter de ne jamais savoir et avancer. Ne rien retenir non plus. Ou alors risquer la collision avec des entités supérieures.

L’écrin se trouvait là, presque inconscient de sa tâche, juste posé, présent, comme un souffle. Le premier souffle. Alors que le monde écrivait les chapitres d’une histoire dont nul ne connaissait les méandres, les rebondissements, les épreuves, les virages, les passerelles, des entrailles de la terre, monta un cri, perçant, comme celui d’une bête autrefois puissante, d’un coup anéantie, un cri de rage qui fit trembler la terre.

La peur, organe vivant, traversait maintenant, à pas cadencés, les strates des terrains que les hommes commençaient à exploiter, envahissant jardins et ruelles, écrasant le printemps, l’été, prête à tout pour empêcher l’histoire de s’écrire sans tourments. Sa principale activité consistait à entrer dans les cœurs pour y semer la terreur. La peur voulait gouverner, créer une nouvelle entité, dans laquelle chaque homme serait à sa merci, répondant à ses ordres, adhérant à ses principes, validant ses idées. Une emprise telle que le monde arrêterait d’évoluer. Pour se faire, elle nourrissait chaque jour le peuple de son pain avarié, plein de sa médisance, de son mépris.

Certains se souvenaient toutefois de l’écrin d’or posé sur un rocher. Vague image que la peur tentait de détruire, sans y arriver. Certains s’y accrochaient, leur seul espoir au milieu de ce désastre, de cette apocalypse avant l’heure. D’autres se prenaient à rêver. L’or, ce métal sacré, devait avoir un pouvoir que nul ne pouvait imaginer, un pouvoir si grand, qu’il pourrait réduire à néant l’empreinte de la peur. Certains y croyaient si fort qu’un jour, au plus profond de la nuit, l’écrin s’ouvrit, laissant couler une onde dont le parfum et la musique réveillèrent les arbres, les plantes, irriguèrent la terre, se diffusèrent et infiltrèrent les fibres élastiques des corps épuisés. L’Amour se réveillait enfin de son long sommeil…

Ce texte a été écrit dans le cadre de l’atelier proposé par Olivia “des mots, une histoire” Les mots récoltés étaient: activité – soleil – nouvelle – jardin – souvenir – sacré – broderie – pain – collision – printemps – souffle – rêver

Imbroglio artistique

© Steve Ramon

Des lignes.
Un alignement de lignes.
Des lignes en provenance. En partance.
Un imbroglio de lignes venant de je ne sais-où. Allant je ne sais-où.

Il se trouvait devant ces lignes, alignées et pourtant indisciplinées.
Il regardait cet enchevêtrement de lignes agencées selon un ordre propre, celui de l’artiste.

Avait-il pensé ces lignes? Avait-il voulu les cases? Ou bien avait-il voulu dire qu’il fallait aller au delà? Des apparences?

Tout semblait à construire. Dans cet amas concentré de lignes presque aériennes, que fallait-il voir? Quel mystère devions-nous percer? Quelle énigme attendait d’être résolue?

Posé là, il regardait, s’attendait presque à voir surgir la solution, comme par magie. Il se posait des questions aussi. A quoi cela pouvait-il servir? L’art devait-il servir à quelque chose? Ou bien devions-nous accepter de n’y rien comprendre?

Il refusait de céder à l’attitude de tout un chacun de fuir devant ce qu’il ne comprenait pas. Alors il restait là, presque hypnotisé par ces lignes qui au fil des minutes écoulées, semblait lui parler…

Ce texte est ma participation à l’atelier mensuel de Bric A Book.

Éléonore

Crédit Pixabay

Il est 11h30. La cérémonie aurait dû être terminée à cette heure. Nous aurions marché, Éléonore et moi sur le parvis de la mairie; direction l’église, perdue au milieu de la foule des grandes cérémonies. Elle, avec son sourire radieux et moi, avec mon sourire heureux. Quel beau couple auraient murmuré les badauds venus pour l’occasion, les passants en entendant les cloches sonner. Et ces mots auraient suffit à envoyer valser au loin, très loin, les réticences de ses parents, des miens.

Qu’est-ce que j’ai fait? Comment ai-je pu? Ne pas y aller…

Ils doivent tous penser quelque chose de moi à cette heure avancée de la matinée. Ses parents surtout. Ses parents, si imbus de leur personne, si riches, ses parents tape-à-l’œil qui rêvaient d’autre chose pour leur fille unique. Un commis de cuisine! Quelle farce! On ne parlait pas d’amour dans ces familles là. On causait argent, succès, cabinet de papa à mettre entre de bonnes mains.

Et s’ils se faisaient du souci? Qui sait! Peut-être qu’ils se rongeaient les sangs. Peut-être qu’après tous les bâtons qu’ils nous avaient mis dans les roues, ils se sentaient coupables. Non. Je rêve. Ils doivent être aux anges, bien au contraire, presque une aubaine pour eux. Les prétendants ne manquent pas. La raison l’emportera. Éléonore…

Si je pense à elle, je vais flancher. Je ne peux pas. Pas maintenant. Elle mérite tellement mieux. J’aurai dû mettre depuis longtemps un terme à cette mascarade. Je n’aurai jamais dû poser mes yeux sur elle. Mes chances étaient faibles qu’elle me témoigne le moindre intérêt. Et pourtant. Je pensais que nous pouvions nous aimer. Sans le mariage. Le mariage fut la goutte d’eau, une de plus, une de trop. Mes parents savaient, n’avaient cessé de me mettre en garde. On ne se mélange pas. Pas avec des gens comme ça. Éléonore n’était pas – comme ça.

Mon Dieu, Éléonore, dans quel état doit-elle être? Entend-elle déjà la sempiternelle ritournelle “ce n’est pas faute de t’avoir prévenue!”. Comme j’aurai aimé lui épargner cela, l’aimer pour la vie, loin de toute cette folie. Il fallait qu’un de nous renonce. L’épouser revenait à épouser un clan, à rejeter celui dans lequel j’avais grandi. Mes parents n’étaient pas à la hauteur des diamants de la reine-mère, des écuries de beau-papa. Les parents d’Éléonore n’étaient pas à la hauteur des miens, des gens simples certes, mais humains, oui profondément humains. J’assumais mes origines modestes. Je ne souhaitais pas commencer à en avoir honte. Ma famille c’est mes racines, mes fondations, ma terre, ma patrie.

Éléonore. Son prénom revient encore. Je ne pense qu’à elle. Comment l’ignorer? J’imagine son visage, ses larmes sur ses joues, sa peau blême aussi pâle que sa robe.

Mes parents? Ils comprendront. Mon père fera la gueule, un peu. Il me dira ce qu’il pense, d’homme à homme. Il aura raison. Ma mère ne dira rien, elle reprendra le cours de sa vie avec une cicatrice au coin du cœur. Elle aime beaucoup Éléonore. Elle sera juste peinée. Les parents d’Éléonore me détesteront, juste pour la forme.

Éléonore. C’est elle qui paiera le prix fort. J’aurai dû lui dire avant. J’aurai dû être courageux. J’aurai dû tant de choses. Je n’ai rien fait. J’ai laissé le silence faire le sale boulot. J’espère seulement qu’à l’heure qu’il est, personne ne fait le tour des hôpitaux, pour savoir s’il m’est arrivé quelque chose, que personne ne se décarcasse pour moi. Je ne le mérite pas.

Ce texte a été écrit dans le cadre d’un atelier d’écriture avec pour thème: le mariage, quand un des mariés manque à l’appel & différences de milieu social.

Le rêve de l’intérieur

©Zhu Liang

Dehors, la vie
Dedans, l’envie
Que rien ne se brise
Surtout pas ce rêve d’absolu
Bien gardé à l’intérieur.

Un rêve comme une porte ouverte
Au-delà du monde de verre
Plein de pensées aseptisées

Dehors, la vie
Dedans, l’envie
Que la confiance se matérialise
Et que vibrent à l’unisson
Cœur et lumière intérieure.

Ce texte est ma participation à l’atelier d’écriture 321 de Bric a Book.

Le premier flocon

© Aaron Wilson

Il n’y aurait donc que la peine qui mériterait d’être contée, la tristesse, la colère, les démons qui mériteraient d’être peints, le cafard, les idées noires qui mériteraient de prendre vie sous le crayon de l’écrivain, le trouble, le doute, la peur qui mériteraient d’être captés par l’objectif du photographe.

Face à cette photo, dans cette galerie, elle se pose des questions. Que penseraient les autres de ce cliché ? Tous ces flocons et ce brouillard, n’est-ce pas un peu trop ?  Elle entend déjà les voix qui cloueraient au pilori cette œuvre qu’ils regarderaient comme une énième guimauve, sans saveur.

Les écouterait-elle ? Se rallierait-elle à leur façon de penser, qui veut que si ça ne saigne pas, c’est sans intérêt ?

Elle se souvient alors. Des circonstances. Du jour, de l’heure. Du premier flocon qui fend l’air, qui dégringole du ciel et vient s’écraser sur le bitume froid. Puis de ceux qui suivent, enveloppant la ville d’un manteau blanc, soyeux. Du silence et des pas qui crépitent. De l’enthousiasme des enfants, de leurs yeux éblouis. Du ciel gris perle. Et de ce papier sur lequel dansaient les lettres « rejoins moi près du pont ». De l’excitation, des frissons. Du chemin. Et de ce pont. Un paysage de carte postale, juste là sous ses yeux. Juste le jour où…

Face à cette photo, dans cette galerie, elle sut que le bonheur aussi pouvait être peint, capturé, conté, écrit.

Ce texte est ma participation à l’atelier d’écriture 318 de Bric A Book

Peindre le monde

© Moren Hsu

Allez les enfants, chacun son casier, sa couleur, rangez vos affaires, fermez les portes et en classe !

  • Ma maman elle m’a dit que les casiers c’était que pour les chaussures de sport.
  • Je ne suis pas noir, je suis singulier.
  • Ma mamie elle dit que rien n’est à nous et que tout est à tout le monde.
  • Ma maman elle n’aime pas les casiers, elle dit que ça sépare les gens.
  • Mon papa il a un casier aussi, maman elle dit qu’il a fait de grosses bêtises. Moi j’ai rien fait !
  • Mon papy il me dit toujours qu’une fois dedans, c’est très compliqué d’en sortir.
  • Ma maman elle dit que tous les casiers devraient être de la même couleur. Pas de jaloux !
  • Je ne suis pas blanche, je suis une petite fille du monde !
  • Mes parents ils disent que si on laisse trop longtemps ses affaires à l’intérieur, on les oublie.
  • Ma grande-sœur elle dit que c’est pas pratique, elle perd toujours sa clef.
  • Mon grand-père il dit qu’il faut toujours laisser sa porte ouverte.
  • Mon papa il dit qu’il faut faire confiance aux autres.
  • Ma maman elle dit que une porte fermée c’est le début de la fin…
  • Ma grand-mère elle dit qu’elle en a soupé des casiers pendant 40 ans – ras le bol !

Les enfants ne sont plus là. L’école vient de fermer. Elle se souvient avec nostalgie de l’époque des casiers. Rouges, bleus, blancs, noirs, orangés. Et de tous ces enfants avec leurs idées de grands. Si elle les ouvre, va-t-elle trouver des restes d’eux ? Quelques mots ? Quelques idées sages ? Des chaussures de sport, des morceaux de vie, des photos, des bêtises (rien que des petites), plein de crayons de couleur pour peindre le monde, un monde dans lequel il n’y aurait pas de casiers de couleurs, où chacun serait authentique, ouvert, altruiste, confiant, aimant et fier d’être qui il est ?

Ce texte est ma participation à l’atelier d’écriture 317 de Bric A Book

Corps à corps

© Tyler Dozier

Dans le corps à corps qui me lie à la terre, je suis la mère

Dans le corps à corps qui me lie à l’arbre de vie, je suis la femme épanouie

Le vert, l’espoir, toujours au creux du cœur, je me laisse aller, porter par les saisons dont la mélodie me fait frissonner

Les destins ancrés en moi sont ceux de tant de passions prêtes à éclore

Et dansent les aiguilles sur mon corps comme le souvenir de toutes ces petites morts

Qui me portent vers la vie!

Ce texte a été écrit dans le cadre de l’atelier d’écriture 315 de Bric A Book.