Tu me manques

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Tu me manques
Le son de ta voix
Le bruit de tes pas
Le vert de tes yeux
Tout ce qui fait toi

Tu me manques
Le matin
A quelques minutes de moi
Le soir
À quelques vols de là

Tu me manques
Une heure
Deux heures
Des jours
Toujours

Tu me manques déjà
A deux doigts
D’un baiser
Les secondes envolées
Au coin du boulevard

Je pourrais écrire
Les frissons
Les dentelles
Les regards
La liberté
Mettre d’autres mots
Sur ces états d’être
Sans toi

Y mettre les formes
Mais rien ne dirait vraiment
Le manque brut
Le manque dense
Des heures sans toi

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Drôle de nuit(s)

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Qui ne serait pas désolé devant l’étendue du désastre de mes nuits?

Je vagabonde, innocent, entre impossibles insomnies et rêves abracadabrantesques, dans lesquels je me retrouve tantôt poulpe, prêt à être dévoré, crustacé à être décortiqué – carcasse abandonnée – fromage à être savouré ou repoussé sur le bord de l’assiette, d’un air dégoûté.

J’émerge de ces nuits, en sueur, tel un sportif à plat, complètement déboussolé, les émotions en fleur de lys – mais non à fleur de peau.

Je me demande si, en l’etat actuel des choses, dormir n’est pas une activité superflue…

Ceci est ma participation à l’atelier d’écriture d’Olivia. Les mots étaient: poulpe – Lys – insomnie – fromage – superflu – crustacé – désolé – emotion.

 

Le bruit du silence

© Sabine Faulmeyer

Le plus assourdissant c’était le silence. Il ne restait rien dans la cour à part un jouet d’enfant. Juste ça. Et des rires imaginés, qui glaçaient le sang davantage. Même pas de larmes. Juste un cri sourd. Juste le silence lourd.

Et des regards. Des regards qui disaient tout ce que les voix ne pouvaient pas. Oui juste ça, des regards froids et perdus. Des regards sclérosés par la chute, violente, rude. Regards vides qui déversaient leur mal être sur le bitume.

Et des yeux attirés vers ce jouet, dernier vestige de l’innocence trahit, d’une justice qui se donnait des airs de grands. Des promesses en équilibre. Juste ça.

Combien de paroles tues pour en arriver là? Combien de témoignages bradés? Combien de drames relégués dans des cartons au grenier? Combien de fantômes? Combien de vies, de destins? Combien de “rien” pour devenir complices de ce drame intime?

Ce texte a été écrit dans le cadre de latelier 324 de Bric A Book

Les heures exquises

Crédit Pixabay

La voiture file sur la route, presque déserte. Elle voit les kilomètres défiler et saisit le temps qu’il leur reste. Si peu. Les minutes se dispersent dans l’air, bulles en équilibre, et d’ici quelques instants, le temps se sera enfuit. Il faudra repartir, chacun de son côté. Fin de la parenthèse acidulée. Lui, retrouver sa famille, elle la sienne. Heureux, certains et pourtant elle ne peut s’empêcher de vouloir retenir ces nanoparticules d’heures exquises à être avec lui, fredonner les chansons qu’il aime, poser ses yeux sur ses mains, les contempler encore, dans les moindres détails, les apprivoiser du coin de ses cils en émoi.

Hier, cet hier d’il y a quelques mois, ils ne connaissaient rien l’un de l’autre. Le destin se doutait-il qu’ils allaient se croiser, s’aimer, qu’il deviendrait sa terre, son hémisphère, sa première pensée du matin, sa dernière du soir ?

Elle se remémore…

La brume sur les reliefs, la campagne qui se réveille. Et eux, dans les bras l’un de l’autre, leurs corps alanguis chargés d’électricité, celle qui les pousse à s’étreindre, à fusionner. Il suffira d’un frisson pour les faire basculer dans un dédale de gourmandises, seulement interrompues par de tendres baisers. Dehors, le soleil émerge timidement d’un sommeil paisible. Ses rayons se posent sur la vitre et déposent des pépites d’or sur les murs de la chambre. Ils attrapent au vol des murmures. Le silence les enveloppe de cette quiétude qui manque tant au cœur du chaos de la ville.

Des souvenirs comme des perles de pluie. Et puis…

Un souffle. De la buée sur les carreaux. A l’intérieur, l’incendie de leurs peaux exposées. L’envie qui se respire. Le goût salé de son épiderme et la fièvre de ses mots. Il se fait poète, tout en sensualité. Son être la déshabille de tout ce qui l’empêche et l’habille d’audace, celle dans laquelle elle lui transfère tout pouvoir sur son plaisir à venir.

La nature prend ses aises, les feuilles des arbres tourbillonnent à leurs pieds, emportées par le vent frais de novembre. Ils tremblent de bonheur.

Quel jour sommes-nous déjà ? Quand faudra-t-il prendre la route ? Ces questions, chacun les chasse d’un revers de manche. Pas encore. Seul le présent compte. Plus tard ils retraceront ces heures, seuls, les soirs de blues, à deux, du bout de la langue, antidote précieux. Le ciel, bleu. Puis la pluie, fine, qui tambourine sur les carreaux. Le thé fumant partagé, la fatigue accumulée, les notes du piano. Ce sourire. La symphonie qu’ils composent, une qui colle aux tripes et se moque des conventions. Ils regardent droit devant eux. La ligne d’horizon, les collines, les champs à perte de vue, les vignobles à gauche et la liberté de l’autre côté.

Les kilomètres ne sont plus. Il ne reste que des mètres. ll faudrait pouvoir les savourer. Elle ne le peut pas. Ensemble et séparés déjà. Il va falloir se dire au revoir. Pas encore. Si seulement, pas cette fois. Ils s’embrassent, la porte claque, la voiture démarre et entre eux, le vide prend ses aises. Ils ne se quittent pas. Il part vers une autre vie dans laquelle elle n’est pas. Son cœur, dès lors, en manque, lâche sur le papier tous ces grains de sable dans lesquels sont gravés, pour toujours : en souvenir de nous.

Ce texte a été écrit (et légèrement modifié) dans le cadre du concours Edilivre 2018.

Au début du monde…

Au début du monde…

L’obscurité et la lumière. Le soleil et les ombres, broderies scintillantes inondant le ciel de promesses. Puis un petit écrin d’or posé sur un rocher. Le monde se créait sur le vide et le vide cédait sous les pas du Monde. Ton monde, le mien, celui des hommes de joie et des hommes de peine, celui des monts et des merveilles, celui du temps et de son effroyable course. Plus tard, celui de la folie et de la haine, des souvenirs gardés sous scellés.

Des origines du monde, personne ne savait rien. Le premier homme resterait un mystère que nul ne percerait jamais. Tout comme le temps qui coule et tel le sable, s’évanouit entre nos doigts. Il fallait s’y résoudre. Accepter de ne jamais savoir et avancer. Ne rien retenir non plus. Ou alors risquer la collision avec des entités supérieures.

L’écrin se trouvait là, presque inconscient de sa tâche, juste posé, présent, comme un souffle. Le premier souffle. Alors que le monde écrivait les chapitres d’une histoire dont nul ne connaissait les méandres, les rebondissements, les épreuves, les virages, les passerelles, des entrailles de la terre, monta un cri, perçant, comme celui d’une bête autrefois puissante, d’un coup anéantie, un cri de rage qui fit trembler la terre.

La peur, organe vivant, traversait maintenant, à pas cadencés, les strates des terrains que les hommes commençaient à exploiter, envahissant jardins et ruelles, écrasant le printemps, l’été, prête à tout pour empêcher l’histoire de s’écrire sans tourments. Sa principale activité consistait à entrer dans les cœurs pour y semer la terreur. La peur voulait gouverner, créer une nouvelle entité, dans laquelle chaque homme serait à sa merci, répondant à ses ordres, adhérant à ses principes, validant ses idées. Une emprise telle que le monde arrêterait d’évoluer. Pour se faire, elle nourrissait chaque jour le peuple de son pain avarié, plein de sa médisance, de son mépris.

Certains se souvenaient toutefois de l’écrin d’or posé sur un rocher. Vague image que la peur tentait de détruire, sans y arriver. Certains s’y accrochaient, leur seul espoir au milieu de ce désastre, de cette apocalypse avant l’heure. D’autres se prenaient à rêver. L’or, ce métal sacré, devait avoir un pouvoir que nul ne pouvait imaginer, un pouvoir si grand, qu’il pourrait réduire à néant l’empreinte de la peur. Certains y croyaient si fort qu’un jour, au plus profond de la nuit, l’écrin s’ouvrit, laissant couler une onde dont le parfum et la musique réveillèrent les arbres, les plantes, irriguèrent la terre, se diffusèrent et infiltrèrent les fibres élastiques des corps épuisés. L’Amour se réveillait enfin de son long sommeil…

Ce texte a été écrit dans le cadre de l’atelier proposé par Olivia “des mots, une histoire” Les mots récoltés étaient: activité – soleil – nouvelle – jardin – souvenir – sacré – broderie – pain – collision – printemps – souffle – rêver

Un secret

Crédit Pixabay

A toutes les femmes, tout ce qu’elles n’osent pas dire, tout ce qu’elles gardent en elles, tout ce qui les fait trembler – et oser aussi.

Son secret.
Un secret bien gardé. Nul ne sait.

Qui comprendrait ?
Qui lui demanderait « pourquoi » ?
Qui serait là ?
Qui dirait juste « je comprends » ?

Son secret.
Parfois léger.
Parfois lourd à porter.
Un secret délicat.
Un secret d’elle à elle. D’elle à lui.
Mais à lui non plus elle ne le dit pas.

Lui, il sait.
Il est le secret. En partie.
Il ne sait pas les doutes.
Il s’en doute. Peut-être.

Il ne dira rien. Il ne changera rien.
Elle n’y changerait rien.

Pourtant parfois.
Un évènement, un mot, une idée.
Et quelque chose se glisse.
La tracasse.

Son secret est sous bonne garde.

Elle aimerait
Juste être écoutée.
Juste se dire. Sans chercher à être réconfortée.
Juste pouvoir en parler librement.

Elle ne le peut pas
Elle n’y arrive pas

Elle reste avec son cœur un peu chamboulé.
Elle sait que cela passera.
Tout passe.

Puis l’amour est là.
Alors le secret devient d’un coup un peu plus léger à porter.

Le choix de Lucie

Crédit Pixabay

Le bateau prenait l’eau. De toutes parts. Il naviguait à vu sur une mer houleuse. Les haubans tanguaient même sans les assauts du vent. A quai? il ne faisait pas meilleure impression qu’au large de côtes étrangères. Lucie le savait, elle regardait le bateau s’enfoncer dans les eaux troubles. Pourtant elle refusait de voir, elle posait sur l’évidence un regard noir. Les mises en garde de Sibylle n’y changeaient rien. Elle ne pouvait pas comprendre de toute façon. Personne ne le pouvait.

L’histoire s’écrivait en vase clos, dans l’intimité de leur relation. Certaine que sa présence, son amour, pouvaient tout, même resserrer les liens les plus distendus, Lucie s’appliquait à être la plus parfaite possible. Elle excellait dans ses études, décrochait les meilleurs stages, passait ses vacances à la maison. Toutes ses vacances. Chaque jour de congé. Ses copines, surtout Sibylle, tentaient de la raisonner. Rien n’y faisait. Elle ne laisserait pas le bateau sombrer, pas complètement. Elle le maintenait à flot, à sa façon. Tout le monde donnait le change et chaque fois qu’elle voyait son père avoir un geste tendre envers sa mère, cela la confortait dans ses choix.

Sibylle tentait de la raisonner. Tantôt en douceur, pour ne pas la brusquer. Tantôt en la bousculant justement, en la chahutant comme un cocotier, pour qu’elle réagisse enfin, qu’elle enlève les peaux de banane qu’elle prenait un malin plaisir à repositionner sur ses yeux chaque fois que ses illusions prenaient une claque. Rien à faire. Sibylle s’éloignait, en regardant Lucie se perdre, pour un combat qui n’était pas le sien.

Comment peut-on vraiment accepter que deux personnes qui se sont aimées ne s’aiment plus? Comment peut-on valider cet éloignement, regarder en face ce naufrage, se dire que nous n’y pouvons rien, que tout notre amour ne sert à rien?

Lucie laissait ces questions tourner en boucle dans sa tête. Fuir, prendre ses distances, ce serait presque un délit, sanctionné par le code pénal. Lucie ne pouvait pas. Il ne restait qu’elle, la dernière force, la preuve de l’amour passé, le souvenir de ce qui fut et se disperse aux quatre vents. Depuis combien de temps d’ailleurs? A t-elle été désirée? Ou n’est-elle, comme tant d’autres, que ce maillon fragile censé solidifier un couple à la dérive?

Lucie refuse ce chaos là. Elle préfère rester et croire que l’amour les sauvera. Peut-être qu’elle a raison. Sibylle n’y croit pas.

Si vous êtes intéressés par d’autres nouvelles, découvrez mon recueil La Vraie Vie.

 

Imbroglio artistique

© Steve Ramon

Des lignes.
Un alignement de lignes.
Des lignes en provenance. En partance.
Un imbroglio de lignes venant de je ne sais-où. Allant je ne sais-où.

Il se trouvait devant ces lignes, alignées et pourtant indisciplinées.
Il regardait cet enchevêtrement de lignes agencées selon un ordre propre, celui de l’artiste.

Avait-il pensé ces lignes? Avait-il voulu les cases? Ou bien avait-il voulu dire qu’il fallait aller au delà? Des apparences?

Tout semblait à construire. Dans cet amas concentré de lignes presque aériennes, que fallait-il voir? Quel mystère devions-nous percer? Quelle énigme attendait d’être résolue?

Posé là, il regardait, s’attendait presque à voir surgir la solution, comme par magie. Il se posait des questions aussi. A quoi cela pouvait-il servir? L’art devait-il servir à quelque chose? Ou bien devions-nous accepter de n’y rien comprendre?

Il refusait de céder à l’attitude de tout un chacun de fuir devant ce qu’il ne comprenait pas. Alors il restait là, presque hypnotisé par ces lignes qui au fil des minutes écoulées, semblait lui parler…

Ce texte est ma participation à l’atelier mensuel de Bric A Book.

Les couleurs du ciel

Crédit Pixabay

Le ciel, gris ce matin, laisse place aux rayons fragiles du soleil. Les arbres nus du Parc l’espèrent, tout comme nous, derrière les fenêtres, sujets à la couleur un peu trop vive des néons. L’éclaircie inattendue embrasse l’heure du déjeuner. La journée que certains trouvaient terne jusqu’ici, prend des allures de nouveauté. On respire un peu mieux soudain, la luminosité nous berce de promesses. On se sent l’envie d’une ballade improvisée, de fraicheur, la tête tournée vers la lumière naissante, avec l’espoir qu’elle s’intensifie, puis vienne apporter un peu de chaleur à l’espace de travail, à la réunion qui se profile à l’horizon et dont personne ne veut vraiment.

Le ciel vire au blanc. L’herbe a quant à elle retrouvé sa couleur initiale. La neige a fondu. Le silence des pas feutrés s’est éteint. Le rire des enfants est peut-être un peu moins cristallin. Il n’en reste pas moins le témoin privilégié de la beauté du monde qui nous entoure. La voyons nous? La voyons nous au milieu des heures sombres et des chagrins, au creux du chaos du quotidien? Posons nous notre regard sur le jour, sans jugement? Ou bien nommons nous le ciel? Beau, mauvais, triste, radieux…

Le ciel, dans quelques heures, se parera d’un bleu, opaque, qui tire sur le noir. Un bleu inqualifiable. Le bleu nuit. Si l’on s’en tient aux couleurs, alors le soir qui tombe ne devrait pas nous faire peur. Le bleu, symbole de vérité, ondule entre sagesse et sérénité. Il est le rêve à réinventer.

Tu vois, mon amour, aujourd’hui est une belle journée, la grisaille s’est volatilisée et le soleil bercera les heures qui me séparent de toi…

 

Éléonore

Crédit Pixabay

Il est 11h30. La cérémonie aurait dû être terminée à cette heure. Nous aurions marché, Éléonore et moi sur le parvis de la mairie; direction l’église, perdue au milieu de la foule des grandes cérémonies. Elle, avec son sourire radieux et moi, avec mon sourire heureux. Quel beau couple auraient murmuré les badauds venus pour l’occasion, les passants en entendant les cloches sonner. Et ces mots auraient suffit à envoyer valser au loin, très loin, les réticences de ses parents, des miens.

Qu’est-ce que j’ai fait? Comment ai-je pu? Ne pas y aller…

Ils doivent tous penser quelque chose de moi à cette heure avancée de la matinée. Ses parents surtout. Ses parents, si imbus de leur personne, si riches, ses parents tape-à-l’œil qui rêvaient d’autre chose pour leur fille unique. Un commis de cuisine! Quelle farce! On ne parlait pas d’amour dans ces familles là. On causait argent, succès, cabinet de papa à mettre entre de bonnes mains.

Et s’ils se faisaient du souci? Qui sait! Peut-être qu’ils se rongeaient les sangs. Peut-être qu’après tous les bâtons qu’ils nous avaient mis dans les roues, ils se sentaient coupables. Non. Je rêve. Ils doivent être aux anges, bien au contraire, presque une aubaine pour eux. Les prétendants ne manquent pas. La raison l’emportera. Éléonore…

Si je pense à elle, je vais flancher. Je ne peux pas. Pas maintenant. Elle mérite tellement mieux. J’aurai dû mettre depuis longtemps un terme à cette mascarade. Je n’aurai jamais dû poser mes yeux sur elle. Mes chances étaient faibles qu’elle me témoigne le moindre intérêt. Et pourtant. Je pensais que nous pouvions nous aimer. Sans le mariage. Le mariage fut la goutte d’eau, une de plus, une de trop. Mes parents savaient, n’avaient cessé de me mettre en garde. On ne se mélange pas. Pas avec des gens comme ça. Éléonore n’était pas – comme ça.

Mon Dieu, Éléonore, dans quel état doit-elle être? Entend-elle déjà la sempiternelle ritournelle “ce n’est pas faute de t’avoir prévenue!”. Comme j’aurai aimé lui épargner cela, l’aimer pour la vie, loin de toute cette folie. Il fallait qu’un de nous renonce. L’épouser revenait à épouser un clan, à rejeter celui dans lequel j’avais grandi. Mes parents n’étaient pas à la hauteur des diamants de la reine-mère, des écuries de beau-papa. Les parents d’Éléonore n’étaient pas à la hauteur des miens, des gens simples certes, mais humains, oui profondément humains. J’assumais mes origines modestes. Je ne souhaitais pas commencer à en avoir honte. Ma famille c’est mes racines, mes fondations, ma terre, ma patrie.

Éléonore. Son prénom revient encore. Je ne pense qu’à elle. Comment l’ignorer? J’imagine son visage, ses larmes sur ses joues, sa peau blême aussi pâle que sa robe.

Mes parents? Ils comprendront. Mon père fera la gueule, un peu. Il me dira ce qu’il pense, d’homme à homme. Il aura raison. Ma mère ne dira rien, elle reprendra le cours de sa vie avec une cicatrice au coin du cœur. Elle aime beaucoup Éléonore. Elle sera juste peinée. Les parents d’Éléonore me détesteront, juste pour la forme.

Éléonore. C’est elle qui paiera le prix fort. J’aurai dû lui dire avant. J’aurai dû être courageux. J’aurai dû tant de choses. Je n’ai rien fait. J’ai laissé le silence faire le sale boulot. J’espère seulement qu’à l’heure qu’il est, personne ne fait le tour des hôpitaux, pour savoir s’il m’est arrivé quelque chose, que personne ne se décarcasse pour moi. Je ne le mérite pas.

Ce texte a été écrit dans le cadre d’un atelier d’écriture avec pour thème: le mariage, quand un des mariés manque à l’appel & différences de milieu social.