Viol ou violence conjugale?

Entre viol et violence la frontière est mince. Il ne m’a jamais forcée mais il a plus d’une fois forcé les choses…

Quand je disais non et qu’il insistait, se faisait plus pressant.
Quand il  refusait de mettre un préservatif à propos d’une histoire de confiance à la gomme.
Quand il débarquait chez moi en plein milieu de la nuit et attendait que je sois fraîche et disposée pour lui.
Quand il collait son corps contre le mien alors qu’il ne m’adressait pas la parole depuis plusieurs jours, m’ignorait quand j’étais dans la même pièce que lui, me menaçait de me quitter.
Quand il me disait que je n’y mettais pas du mien, que je n’étais pas assez sexy pour lui, alors qu’avec les autres je m’habillais de manière provocante (une simple jupe ou un t-shirt à manches courtes, c’était provocant).
Quand je lui disais ne pas aimer telle ou telle position, qu’il n’essayait pas de comprendre et disait “mais si tu verras ça va être bien” ou pire “si tu m’aimais…”
Quand il avait des envies pressantes et qu’il se taillait la zone juste après pour aller refaire le monde avec ses copains.
Quand il répondait au téléphone en abandonnant lâchement mon corps entre les draps.
Quand il ne prenait pas le temps – que tout était fait dans l’urgence.
Quand il me répétait, au début de notre relation que j’étais une fille facile, un corps sale et à disposition (dont il usait sans états d’âme)

Même mariée c’est ce que j’étais…

Je me suis offerte à chaque heure du jour et de la nuit avec l’espoir qu’il me regarde vraiment. Avec l’espoir, au réveil, d’être autre chose qu’un lit d’appoint, une colocataire, plus tard une épouse modèle. Avec l’espoir d’une réconciliation sur l’oreiller et celui encore plus fou d’un partage, d’une communion.

Il a, par ses actes et ses mots, fait de la sexualité,  de ma sexualité un sujet tabou, de mon corps un simple instrument de plaisir pour son plaisir uniquement. Moi je devais contrôler mes désirs, ne pas avoir trop envie ou alors le montrer en lieu sûr, ne pas exprimer trop fort mon plaisir, ne pas être trop tactile, fermer ma gueule et aimer ça. J’ai fini par faire comme tout le monde – simuler. Avoir la paix – enfin.

Mais à chaque passage de son corps sur le mien, c’est mon corps que je détruisais….

Alors non, il ne m’a jamais forcée, j’étais consentante. Ce n’est pas du viol. C’est une violence qui s’inscrit dans la durée et qui fait de terribles dégâts à l’intérieur de soi, sans qu’on s’en rende compte. C’est aussi grave qu’un viol.

Article à lire sur le sujet chez Rozie

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Aux victimes de violences psychologiques…

Partir

Partir sans se retourner

Arrêter de trouver des excuses

Arrêter de penser que l’autre va changer

S’extraire de la peur avant qu’elle nous foudroie

Avant que le pire n’arrive et nous noie

Partir

Mais j’oublie

Il faut savoir dire “oui” au vide

Dire “non” à la folie

Nos esprits lobotomisés ne peuvent plus réfléchir

Nos corps ne peuvent plus réagir

Nos cœurs ne peuvent plus nous guider

Loin de la prison dans laquelle nous nous sommes recroquevillés

En attendant que cessent les hostilités

Partir

Le choix le plus délicat

L’acte le plus courageux qui soit

Partir ou fuir

Sans laisser d’adresse

Sans croire aux promesses

Sans se retourner

Quand l’instinct de survie nous murmure

Qu’il faut y aller

S’échapper

Sans douter

Ne minimisez jamais ce qu’endurent les victimes de violence psychologique, au sein de leur foyer, au travail, dans leurs relations amicales. Ne pensez par que partir / mettre un terme à une relation toxique est un acte simple et sans danger. Ne pensez pas qu’un peu de “bonne volonté” peut venir à bout de l’emprise. Ne jugez pas. Écoutez, tendez la main, soyez présents et laissez chacun / chacune se reconstruire à son rythme, en son temps.

Une femme libre!

J’ai dit OUI plus d’une fois par le passé, à fleur de peau, terrassée par la peur. Peur des menaces. Peur de la violence qui ne se dit pas. Face à la confiance qui se délite, j’ai dit OUI pour avoir la paix. Pour ne plus trembler derrière la porte. Face au mépris, l’instrument des lâches, j’ai abdiqué. J’ai dit OUI en croyant résister. Peur de perdre ci ou ça. Ceux qui nous narguent le savent bien, ils finiront par avoir le dernier mot. J’ai lâché la barre face au harcèlement qui n’en finit pas. J’ai dit OUI pour la forme, pour ne pas avoir à gérer les heures, les jours de silence, ma punition.

J’ai tremblé face aux mots blessants, aux paroles lancées en l’air comme autant de sabres puissants. J’ai fait fi de mes sentiments pour pouvoir encaisser. Je me suis brûlée les ailes à toujours vouloir trouver des excuses à tous, tout le temps.

J’ai dit OUI à celui et à celle qui m’ont écrasée du poids de leur égo surdimensionné. J’ai dit OUI dans la détresse, perdue, paumée, affaiblie, cassée. J’ai dit OUI pour pouvoir continuer. Quand il ou elle ne pensait qu’à me faire tomber.

J’ai dit OUI aux insultes, aux mots durs, aux ricanements, aux pressions.

J’ai dit OUI dans ma vie scolaire, professionnelle, conjugale. J’ai dit OUI en me voyant fragile, incapable de me défendre. J’ai dit OUI en faisant taire celle que j’étais, non pas pour me fondre dans la masse, mais pour me faire toute petite, pour qu’on ne me remarque surtout pas, qu’on m’oublie presque (de cela est né un besoin de reconnaissance que j’arrive doucement à dompter) dans le coin, là-bas.

J’ai dit OUI trop souvent, renonçant à moi-même, à mon identité, à mes émotions.

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Aujourd’hui je dis NON.

NON à toi pour tes mots blessants, infondés.

NON à toi qui me juge.

NON à toi qui te permet de me lancer ton mépris à la figure sous prétexte que tu te trouves au-dessus de moi dans la hiérarchie.

NON à toi qui abuse de ton pouvoir.

NON à toi qui ne donne rien.

NON à toi qui impose ta manière de voir ou gérer les choses.

NON au harcèlement, à la folie, aux menaces (elles ne me font plus peur), au déni, à la vague destructrice qui s’empare de toi quand tu ne te contrôles plus, aux regards de travers, aux yeux baladeurs, à ton paternalisme désuet.

Je ne suis plus cette petite chose fragile, cette enfant contrainte, cette adulte apeurée, cette employée qui ne fait pas de vague, qui encaisse chaque remarque, chaque tentative de conflit en chaussant son masque souriant, pour faire plaisir. Je suis une femme libre !

Se faire aider pour renaître

Aujourd’hui, j’ai envie de parler avec vous d’un sujet particulier, assez personnel (mais vu la teneur de bon nombre de mes articles ici, rien de bien « secret » non plus) qui me trotte dans la tête depuis quelques jours, voire semaines et qu’il me semble temps d’évoquer.

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Vous savez tous (ou presque pour ceux qui ont pris le train en marche) que quand je suis rentrée d’Irlande, enceinte jusqu’aux dents, j’étais à terre, complètement paniquée, paumée, rongée par la culpabilité et la honte, la peur et l’envie irrésistible de mettre fin à mes jours. J’aurais pu me laisser glisser lentement vers la déraison et la folie (je n’en étais pas loin) mais je n’étais pas seule. L’enfant dans mon ventre, celui-là même qui m’avait donné l’impulsion du départ, m’imposait une remise à flot – même temporaire – pour lui donner naissance dans les meilleures conditions possibles.

Je peux dire que j’étais bien entourée, merveilleusement entourée même. Personne ne m’a lâché la main. Mais ce n’était pas assez. J’avais besoin d’aide. Et quand je dis besoin d’aide, je pense à l’aide d’un professionnel. Oui j’avais besoin que quelqu’un d’extérieur à mon malaise, mon mal être, quelqu’un de non-impliqué émotionnellement m’écoute et me guide.

Avoir besoin d’aide, c’est encore une notion mal perçue, alors même que nous sommes de plus en plus nombreux à savoir que cette aide est disponible et souvent bénéfique. On veut toujours pouvoir s’en sortir seul. Parfois c’est tout simplement impossible. Voir même dangereux. Demander de l’aide est aussi vu par certains comme un signe de faiblesse. Aujourd’hui je vois cela comme une force, celle de dire que l’on est prêt à aller chercher à l’intérieur de soi ce qui ne fonctionne pas pour ensuite pouvoir aller de l’avant, reconstruire, se reconstruire. Comme le dit souvent ma psy « vous faites le travail – moi je suis juste là pour vous accompagner, vous donner des pistes de réflexion et vous soutenir dans votre démarche ».

Je sais aussi que certain(e)s ont dû faire face à de nombreuses déconvenues et ne souhaitent plus s’engager dans cette voie. J’en reviens donc à moi et à l’histoire. Entre décembre 2012 et février 2013, j’ai rencontré pas moins de six professionnels.

Mon médecin traitant d’abord qui m’a écoutée et qui le premier a évoqué avec moi l’idée même de « violence conjugale », terme que je refusais complètement à l’époque. Il m’a conseillé de prendre rendez-vous avec un(e) psychologue. Le premier rendez-vous a été un désastre. En l’espace de quelques minutes, je me baladais dans les méandres de mon enfance quand l’idée de départ était vraiment de faire face à ma grossesse et de la mener à terme (tout en sachant qu’à ce moment-là l’idée même de devoir mettre un enfant au monde me terrorisait et que je pensais même à accoucher sous X).

La troisième personne rencontrée était douce et à l’écoute mais ne cessait de me dire qu’il s’agissait sûrement d’une crise de couple, normale avec l’arrivée d’un enfant et qu’il fallait aussi que je comprenne les émotions, le ressenti du papa – complètement à côté de la plaque. J’avais beau porter toute la culpabilité de ce départ précipité, je n’étais pas à même d’entendre que lui de son côté était blanc comme neige et que les menaces qu’il avait proféré à mon encontre étaient presque « normales ».

La quatrième personne, j’allais la voir à l’hôpital psychiatrique – il fallait avoir le moral. Elle m’a plus enfoncée qu’elle ne m’a aidée. Elle pensait aussi que je devais reprendre contact avec le père. J’avais l’impression qu’elle ne m’écoutait pas. Elle me disait d’ailleurs qu’à terme je pourrais revenir avec lui, quand tout se serait tassé. Elle m’a même mise sous antidépresseurs – j’ai refusé. La cinquième personne m’a orienté vers la sixième. Je suis sortie de son cabinet en pleurs, prise de vertiges et incapable de calmer mes sanglots.

La sixième personne a été la bonne. Je me serais volontiers passée de ce parcours du combattant qui m’a lui aussi pas mal fragilisée (je ne l’étais pas assez !). La sixième personne m’a écoutée ENFIN. Elle m’a surtout aidée à assumer ma grossesse, à aller au bout plus sereinement et elle m’a suivie après la naissance. Car si tout le monde me disait « une fois que tu auras ton enfant dans les bras, tout ira mieux », personne ne savait ce qui se passait à l’intérieur de moi – un enfant ne fait pas de miracle, ce n’est pas son rôle. Si la vie devient douce le temps de quelques heures, la réalité reprend vite le pas sur ces moments volés. Tant que les blessures ne sont pas prises en compte et en charge, le malaise et le mal-être demeurent.

Tout ça pour dire qu’il ne faut pas baisser les bras après un premier rendez-vous raté (ou plus). Il faut laisser le temps au temps et surtout prendre conscience qu’un psychologue ou psychiatre (ou autre) n’ira pas toujours dans notre sens, nous mettra souvent face à nous-mêmes, nos blocages (c’est ce qui est le plus difficile) et nous guidera vers plus de lumière. Cela ne se fera pas sans heurts, sans chagrin, sans larmes. La reconstruction est un véritable processus qui ne se fait pas en un claquement de doigts.

Mais en grande connaisseuse que je suis, je peux le dire, sans hésiter, ça en vaut la peine !

Pourquoi l’as-tu épousé ?

Mon discours n’est pas encore sûr. J’hésite encore parfois quand la fameuse question du « pourquoi l’as-tu épousé ? » arrive dans la conversation. Elle me déroute toujours. Je devrais y être préparée depuis le temps. Mon patron dirait qu’il est essentiel d’anticiper. Il aurait raison pour le coup – pour une fois !

Je bafouille, je sors quelques phrases un peu bancales, sans grande conviction. Je réponds « c’est une histoire compliquée ». Ca ne suffit pas toujours. Il y a ceux qui rétorquent « aucune histoire d’amour n’est facile » et j’aimerais leur dire « nous ce n’était pas une histoire d’amour ». Ou ceux qui renchérissent « dans quel sens ? » et là les seuls synonymes qui me viennent à l’esprit sont chaotique – éreintante – catastrophique – peu épanouissante – une histoire remplie d’états d’âme.

Je suis encore mal à l’aise avec cette idée même si parfois j’aimerais lancée à la cantonade « je l’ai épousé parce que j’ai eu peur, je l’ai quitté parce que j’ai eu peur ». En fait toute notre histoire se résume à ça – la peur. Quand il y a de la peur il n’y a pas d’amour, même si l’autre ne cesse de te dire qu’il t’aime à la folie, qu’il ne te fera jamais de mal, que tout ce qu’il te dit, te demande de faire, c’est pour ton bien. Évidemment.

Et c’est étrange parce que plus j’avance et plus je me remercie d’avoir vécu cette histoire. J’ai l’impression qu’il me fallait tomber pour pouvoir m’élever encore plus haut, qu’il me fallait les vraies ténèbres pour pouvoir réellement voir la lumière, sans être effrayée.

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Un jour, je pourrais le dire, en toute franchise, haut et fort, sans douter, sans me dire que je ne suis pas juste  – dire qu’il n’était qu’un menteur, un tricheur, qu’il a joué avec mes sentiments, qu’il a abusé de mes faiblesses, qu’il m’a réduite à néant, qu’il a toujours refusé d’entendre mes « non », qu’il n’est pas intéressant. J’oserais même dire que la violence des mots laisse des cicatrices invisibles et que le silence tue.

Un jour, à la question « pourquoi l’as-tu épousé ? », je répondrais tout simplement que j’étais perdue, la proie facile, que je suis tombée dans le panneau, que je me suis retrouvée prisonnière d’une relation dont je n’ai pas réussi à sortir sans m’esquinter. Je ne dirais pas que c’est un connard ou un pauvre type. Trop facile. Je dirais juste la vérité. Sans fard. Et tant pis si certains me trouvent impudique ou pensent que j’aurais dû rester – une histoire de morale religieuse. A la vie A la mort. J’ai choisi la VIE.

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Aux Armes Citoyennes!

Je ne voulais pas écrire pour la “journée des femmes”, intitulé mal formulé à mon avis. Ce jour est pour moi la Journée Internationale pour les Droits des Femmes dans le Monde. Et puis j’ai eu l’idée de republier un article de 2014 important à mes yeux.

Paris le 22 mai 2014

En ce moment, je suis moins là. Et pour cause, je me suis lancée un défi et un défi de taille – Ecrire mon histoire. Non, pour parler de moi. Parce que bon un peu, ça va, mais parler de soi, ça ne fait pas avancer les choses. J’ai décidé de l’écrire pour m’en libérer. Et pour les autres. Pour les autres femmes. Pour celles qui souffrent et se sentent incomprises. Pour celles qui perdent goût à la vie. Pour celles qui s’enferment dans le silence, pour celles qui baissent la tête, marchent sur des œufs sans arrêt, entre deux cris, deux crises dont elles finissent par se rendre responsables.

Le déclic, c’est le psychologue clinicien (pour la mise en application du droit de visite) qui me l’a donné:  “Rien de grave”. Quel con ce type! Sur le coup je n’ai pas réagi. J’ai fermé ma gueule, j’ai bien été dressée, qu’est ce que tu crois. On ne contredit pas les paroles des sages. Foutaises.

Cela fait plusieurs jours que je réfléchis à ces 3 mots tous simples, plusieurs jours que je me dis que j’ai un entourage sur-mesure, des gens sur qui je peux compter autour de moi, que j’ai remonté la pente, pas complètement encore, mais je suis quand même plus vers le haut de la montagne que le bas, plusieurs jours pour me rendre compte que mon supplice n’a duré que 4 ans, que j’ai eu la chance de me tirer et de m’en sortir, chance que beaucoup n’ont pas.

Des jours pour me dire “et les autres?”. Ca fait quoi d’entendre ça, quand t’es complètement paumée, le derrière par terre, quand tu te crois folle (parce que l’autre ne cesse de te dire que ce traitement là, tu l’as bien mérité), quand le monde tourne autour de toi et que pour toi, tout tourne de travers?

Le déclic, c’est ça. C’est de se dire qu’un type est capable en 3 mots de tirer un trait sur ta souffrance, de la nier totalement. Aujourd’hui, on considère qu’un mec qui te méprise, te harcèle, te menace ne commet rien de grave.

Tu vas me dire, la chanson je la connais (et toi aussi sûrement, toi qui a été trahie, bafouée, humiliée, battue, violentée, niée, harcelée, menacée). Au commissariat, il y a un an et demi. Même rengaine. “Nous on intervient que quand il y a des coups”.

Même quand il y a des coups, ils attendent plutôt deux fois qu’une avant d’intervenir. J’en ai des exemples autour de moi, des plus balaises que ça. Je suis scandalisée que dans un pays comme la France, les femmes victimes de violences soient si peu considérées. Pour nous en parler, on nous en parle. Et pourtant, il y a toujours des connards pour dire “elle l’avait cherché” ou “quand une fille dit non, elle pense oui”. Et bien non mon gars, quand une fille, une femme dit non, elle pense NON. Mais comme toi tu t’en fous pas mal, tu entends un oui, et même comme tu t’en fous carrément, tu te dis que tu peux toujours tenter quelque chose. Parce qu’au fond CE N’EST PAS GRAVE.

Donc voilà, le déclic. PARLER. Ouvrir les vannes. Sortir tout ça. Les vrais noms. Les vrais faits. Parce que chaque atteinte à l’intégrité d’une personne, C’EST GRAVE. On ne peut pas continuer comme ça, on ne peut pas laisser des femmes souffrir le martyr, on ne peut pas rester là, les bras croisés et attendre que ça passe. On n’a pas le droit de ne rien faire. On n’a pas le droit de laisser nos garçons grandir avec ces idées fausses. On n’a pas le droit de laisser cette menace s’abattre sur nos filles.

Tout le monde est concerné. La violence choisit sa victime par hasard. On n’a pas de disposition particulière à la naissance pour vivre ou ne pas vivre telle ou telle humiliation. Je crois qu’aujourd’hui, au nom de toutes les femmes, il est temps de prendre les armes, d’élever nos voix et de dire STOP, à notre façon, avec nos mots ou nos actions, STOP à cet engrenage,  STOP à la violence. Et STOP aussi pour que ce fléau cesse de gangréner le Monde, Monde dans lequel la femme est toujours considéré comme un sous-produit de l’humanité.

Renaître Femme

Ce billet est très personnel, intime. Je ressens le besoin de coucher les mots, de les exposer. Peut-être que l’article sera mis en brouillon ensuite. Je ne sais pas. Pour le moment j’écris et par avance je vous remercie pour la bienveillance avec laquelle vous lirez ces lignes.

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Impossible de dormir. Ces dernières semaines les nuits sont mouvementées, courtes, troublées. Que se passe t-il en moi que je ne peux approcher?

Elle me demande si j’ai pardonné. Je crois, oui. Le pardon c’est une notion compliquée qui ne me parle guère. Elle me demande alors ce que je ferais si il était là, en face de moi. Qu’est ce que je ressentirais. Indifférence. Plus de colère. Plus d’envie de le secouer comme un cocotier. Plus envie de lui hurler au visage “pourquoi?”. Je le regarderais dans les yeux et je tournerais les talons. Je n’ai rien à lui dire et je sais qu’il n’a rien à m’apporter, nous apporter. Il ne fait plus partie de nos vies. Une page se tourne. Ou bien je ferme la parenthèse. Parce qu’il n’est que ça, une parenthèse sur le chemin, presque rien.

Et puis j’ai senti qu’il y avait quelque chose d’autre, quelque chose que je ne voulais pas m’avouer. Ou bien quelque chose à laquelle je n’avais pas eu le temps de m’intéresser jusqu’à aujourd’hui. Entre refaire surface, gérer l’intendance quotidienne, donner naissance, panser les blessures, chercher puis trouver du travail, gérer un divorce et toute la panoplie des démarches administratives interminables, reprendre ses marques dans une nouvelle vie, s’occuper d’un enfant, trouver sa place de maman. Et j’en passe encore de ces choses qu’il a fallut réapprendre à faire, de ces images qu’il a fallut chasser de ma mémoire, des connections qu’il a fallut rétablir, des liens qu’il a fallut tisser, des rêves qu’il a fallut aller déterrer pour ne pas sombrer.

Il y a bien quelque chose que je n’ai pas pardonné encore. Ce qu’il a fait de mon corps, la manière dont il s’en est servi. Ce qu’il a fait de ma féminité, ce qu’il m’a volé d’intimité.

A partir de quoi, de quand?

Où est la limite?

Qu’entend on par violence sexuelle?

Les images. C’est le plus difficile. Les restes. Et les souvenirs de la peur aussi. Bien coincée entre les draps.

Le corps recroquevillé. La clé dans la serrure et la porte qui claque. Le corps qui se glisse et se colle. Les peaux qui se frôlent dans la fraicheur d’une énième nuit morcelée. Il faut avoir envie là maintenant. Toujours. Forcément. Parce que ça fait longtemps. Parce que le corps a besoin de sa dose. Le soir. Le matin. Vite fait. Entre deux rendez-vous. Ne rien dire ou risquer le silence. Et l’enveloppe corporelle élastique qui sous la douche tente d’effacer les traces de la honte. C’est normal. C’est ça aussi être une femme. Se mentir si bien à soi-même. C’est ça être SA femme. Sa chose. Sa possession. Son objet.

Il est dit qu’il y a violence quand il y a absence de consentement. J’étais consentante. Donner de soi pour avoir la paix. Et si ça fait mal après, oublier. L’essentiel est maintenant. Il sourit. Il est heureux. La journée est sauvée.

La nuit cache si bien ce qui se meurt à l’intérieur. J’irais dormir sur le canapé. Là, je suis en sécurité. Il ouvrira la porte, allumera la lumière. Je ferais semblant. Il ira s’écrouler sur le lit conjugal. Et dormira jusqu’à midi. J’en viens même à espérer qu’il partira rejoindre un copain juste après le petit déjeuner. En plein jour, c’est pire. Alors je cache mon corps avec tout ce que je peux trouver. Je ne suis plus une femme. Je ne suis plus dans la lumière. Je pose des voiles sur mes courbes pour ne pas attirer l’attention. Je suis à lui, à personne d’autre. Il le pense. Mais n’en a que faire de mon plaisir, de mes envies. Il n’y a que lui, ses désirs, ses envies. Mon corps n’est plus qu’un vaste champ de bataille miné sur lequel il s’agite encore un peu, par habitude. Il ne remarque même pas que mon corps se meurt, que ses caresses m’oppressent, que mon dégoût grandit, que c’est la peur de lui qui me fait dire “oui”.

C’est sorti. C’est fou comme j’ai refoulé tant de choses. Pour me protéger sûrement. Parce que je ne pouvais pas tout régler en même temps. Parce qu’il y avait d’autres priorités. Parce que je n’étais pas ma priorité. L’intégrer va désormais me permettre de travailler sur moi – encore – pour me détacher de tout ça, pour réapprendre à aimer mon corps, à honorer ma féminité, à m’aimer intégralement.

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Arrêt sur image – le manuscrit inachevé

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Une photo de nous. La même. Un arrêt sur image. Ce petit appartement miteux de Rathmines, où je t’ai aimé, très mal. Où tu m’as aimé, très mal aussi. Mais toi tu ne sais pas aimer. Décidément nous n’étions pas faits pour être heureux…

J’aimais cet appartement. Assiste sur les marches de la maison, je sirotais souvent un thé bien chaud, un café léger, regardant les passants descendre la longue rue qui menait vers l’artère principale. Tu n’y habitais pas. Heureusement. Tu n’étais qu’un passant, dans mon lit, dans ma vie.

Pourquoi cet instant-là. Je ne sais pas. Peut-être que j’étais encore un peu heureuse, que j’y croyais vainement. A tes serments. A mes promesses. Ca ne tenait pas la route. J’ai fait la sourde oreille. J’ai pris ce qui marchait, j’ai oublié le reste.

Je n’ai toujours pas repris mon manuscrit. Je n’ai pas ouvert mes carnets depuis cet été, depuis ces quelques matins de flashback improvisé, avec The Script en musique de fond. Un peu de Dublin dans mes 40m2 pour écrire notre histoire tarabiscotée. Les quelques 160 pages qui le composent me font des clins d’œil parfois puis se laissent oublier. Et si je le laissais là, comme un roman inachevé. Ce ne serait pas le premier. Et si j’arrêtais d’écrire sur tout ça, sur toi et moi. Cette combinaison-là n’existe plus et ton titre de père n’y change rien.

Quand je le sors de sa cachette je le trouve trop triste. Qui va lire tout ça ? Qui va prendre sur soi pour déchiffrer les déchirements qu’il y a eu en moi ? Qui va vouloir savoir ce que ça m’a fait de te connaître, de partager quelques années de ta vie ? Qui va vouloir entendre parler de toi, encore une fois ? Qui ne va pas te détester après ces lignes-là ? Elles ne changeront rien au passé. Elles n’aideront personne. Elles me permettront peut-être de passer à autre chose – d’écrire autre chose surtout, de ne plus me perdre dans des considérations chagrines.

J’erre entre ici et là-bas, entre ma silhouette estivale, la tête dans les étoiles et les assauts de l’hiver qui m’intiment l’ordre d’aimer la vie sans plus attendre. Est-ce que ce roman m’empêche d’aller de l’avant ? Est-ce qu’il me retient prisonnière d’une histoire passagère?

Vais-je avoir le cran de me replonger dans les 66 000 mots plus quelques-uns ? Ou bien vais-je choisir de ficeler le paquet de feuilles puis le classer, jusqu’à l’oublier ?

Parfois, il faut la guerre…

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Je suis pacifiste dans l’âme. Je ne crois pas au langage des armes. Pourtant il y a quelques années je n’ai eu d’autre choix que d’entrer en guerre. La vérité, c’est que j’ai tenu pendant longtemps, pensant que l’autre partie, l’adversaire, l’étranger lâcherait prise, que nous pourrions à défaut de nous apprécier, nous parler, nous écouter.

Hier je regardais un téléfilm sans importance. Et les souvenirs sont venus me poursuivre jusque dans mon sommeil. Je me suis revue, quatre ans arrière, fraîchement séparée, complètement paumée et émotionnellement très fragile. Le premier rendez-vous chez l’avocat et l’histoire à raconter, dans les moindres détails. Et puis le premier coup de bambou et la tentative de conciliation, l’envie qu’un miracle se produise et mette fin au carnage. Nous n’étions plus amants, plus amoureux, nous étions deux étrangers, deux individus divisés, deux personnes qui s’étaient dit « oui » et se déchiraient.

Il pensera éternellement que c’est moi qui ai déclenché les hostilités en partant. Peu importe. J’ai cru que nous arriverions à être parents, même après le pire. J’ai mis mon orgueil de côté, mon chagrin, mes craintes, j’ai laissé les portes ouvertes, pour qu’il entre, trouve sa place. Et puis la douche froide, les menaces. Et les portes qu’il faut verrouiller à la va-vite.

L’avocat m’avait dit « un divorce ça évolue ». Au début j’ai tendu la main, j’ai tenté une réconciliation. J’ai compris rapidement que ça ne servait à rien, que j’allais me perdre dans cette voie et que j’allais perdre ce que j’avais de plus cher au monde. J’ai pris les armes. Pour défendre les intérêts de notre enfant. Je suis allée contre ce que je suis, contre ce en quoi je crois, contre mes principes. J’ai déballé les détails les plus sordides de mon histoire, j’ai lancé l’artillerie lourde. J’ai encaissé les coups. A terre, j’ai toujours trouvé la force de continuer la lutte. Pour lui. Pour mon enfant.

J’ai eu gain de cause. Ca en valait la peine. Même si ça a été lourd, compliqué, dangereux. Je n’ai rien lâché. Parce que je ne pouvais pas me le permettre, la vie de mon fils sur la balance, en équilibre. Un équilibre fragile que j’ai souvent perdu, faisant à nouveau confiance, tentant de déceler le vrai du faux.

Aujourd’hui quand j’évoque la situation, un papa absent, beaucoup ne comprennent pas ma ligne de conduite. Même moi, elle me surprend parfois. Je ne suis plus en guerre. J’ai lâché les armes depuis longtemps. Je ne négocie plus. Je ne transige plus. Je ne fais plus confiance. J’ai verrouillé les portes. Je reste sur ma position. Et qu’importe ce que les autres en pensent.

Oui, un divorce ça évolue. Beaucoup trop de femmes pensent être « bonnes » en refusant le conflit, en laissant une « chance » au père (je parle uniquement du père manipulateur, violent, absent, qui ne s’est jamais occupé de ses enfants mais devient soudain passionné par eux ou encore celui qui cherche à se venger en utilisant l’enfant comme monnaie d’échange). Chacun pense (et est en droit de le penser) qu’un enfant a autant besoin de sa mère que de son père. Dans certains cas non (cela vaut aussi pour les mères). Alors oui parfois il faut se faire violence, se battre – parce que l’autre, lui, fera tout pour obtenir ce qu’il désire, sans état d’âme.

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