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Sortir la Colère

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J’ai tourné un peu autour du sujet, j’ai trouvé plein de prétextes. J’avais l’impression que j’avais tout dit, tout écrit. Et puis j’ai craché la peur. Je ne m’en cache pas. Et puis j’ai dit la colère. Finalement, c’est encore là, bien caché, ça existe encore.

En le disant j’ai même compris que ce serait toujours là, quelque part. Les souvenirs s’atténuent, la colère s’apaise, la peur ne me paralyse plus. Ca reviendra par vague, par moments, comme un rappel de ce que j’ai vécu, de ce que j’ai dépassé, de ce que j’ai trouvé de force en moi, de ce qu’il y a de faiblesse aussi.

J’ai posé les mots, les mots qu’hier je retenais prisonniers, comme pour exorciser la douleur, pour raser de la surface de la terre ces quelques années de violence. J’ai cru encore être sous cette emprise féroce, mais non, c’est juste un costume que je porte parfois, celui de cette petite femme fragile, abasourdie par le chaos, déracinée, dont le cœur a explosé en mille morceaux, que son corps ne porte plus.

J’ai lâché la colère et j’ai admis qu’il n’y aurait peut-être pas de pardon. Elle m’a dit que ce n’était pas nécessaire et j’ai laisser les conseils des autres s’évanouir dans l’air. J’ai fini par pardonner d’autres situations, alors peut-être que le temps. Ou pas. J’ai d’autres choses à construire.

J’ai dit l’intérieur de moi, plus facilement qu’hier et c’est déjà un grand pas. C’est un peu l’histoire de ma vie, m’estimer, m’affirmer, m’exprimer. Je vais laisser la colère sortir, pas à pas. A mon rythme. Je vais l’accepter aussi, ce n’est pas toujours facile! Je vais l’accueillir comme il se doit, elle a tous les droits d’être là.

Un chantier qui se termine. Le prochain je le pressens mais je le laisse en jachère. J’ai besoin de repos, un peu moins de questions, un peu plus de souffle, comme à la fin d’une course. Il sera toujours temps de s’y coller un jour. Un jour…

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Couple: Attention Danger!

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Ecrire sur le sujet, j’avais donné. Je m’étais même dit que je pouvais tourner la page, de toute façon si les expériences des uns servaient aux autres, ça se saurait et le monde serait plus beau et moins cruel que ce qu’il est. Toutefois je ne peux pas oublier que l’expérience d’une femme est ce qui m’a en partie sauver la vie. Alors, que faire?

En en discutant avec ma sophrologue lors de notre dernière séance, je me suis rendue compte que de toute manière, que je le veuille ou non, cette expérience (comme les autres d’ailleurs) faisait partie intégrante de ma vie, que je pouvais la reléguer au fond d’un placard si je le souhaitais en me disant que je l’avais dépassée, qu’elle resterait ce qu’elle est et qu’elle pourrait potentiellement se rappeler à moi de temps en temps.

Alors, voilà, j’écrirai encore, de temps en temps, sur le sujet. Parce qu’il est d’actualité, parce que j’en ai marre de voir qu’on ne parle que de violence physique, alors que la violence revêt plein d’autres formes, parce que quand j’écoute les gens parler, il arrive que beaucoup de feux rouges s’allument et que si tout le monde se tait, la violence continuera à faire des victimes.

En écrivant mes états d’esprit ce matin, je me suis demandé à quoi ils auraient ressemblé si je les avais écris il y a 10 ans. Et bien, à peu près à ceux d’aujourd’hui ou de la semaine dernière. Parce qu’à l’époque quand je parlais de ma vie de couple, j’occultais complètement le moche. C’était une manière de me protéger. Si j’avais ouvert les vannes j’aurai perdu pied. J’avais besoin d’afficher un bonheur sans nuage pour survivre à mon quotidien. Mais attention, tout n’était pas noir et c’est bien pour cette raison que j’arrivais à me persuader que ce qui n’allait pas ne faisait pas le poids avec ce qui allait! Un bon dîner et j’oubliais les heures d’angoisse, un café pris en terrasse et j’occultais le silence glaçant des 7 derniers jours, un restaurant et je mettais sous le tapis les humiliations régulières.

Et puis je lui trouvais des excuses, une enfance difficile, une intégration compliquée, l’éloignement de sa famille, de sa culture. Parce qu’il en avait chié, il avait le droit de me pourrir la vie. La solution de facilité! Sauf que rien, absolument rien, ne légitime la violence, qu’elle soit dans les mots, les gestes, les menaces, la domination. Arrêtons un instant d’essayer de comprendre les bourreaux et intéressons nous pour de vrai aux victimes.

Alors mes états d’esprit auraient été plutôt positifs, ils auraient été le reflet d’une réalité rêvée, pour ne pas tomber, d’une réalité maquillée, pour que personne ne sache. Si quelqu’un avait su, quels auraient été mes choix? Partir, je n’en avais pas le courage. Pas encore. Alors qui aurait compris? Qui aurait compris que je reste dans une relation destructrice qui me bouffait mon énergie et ma santé psychique? Qui aurait permis que cette mascarade continue? Qui serait resté à mes côtés?

Tout le monde ou presque avait des doutes, mais je donnais si bien le change que c’était difficile de voir au delà de la façade tranquille et souriante que j’affichais en toute circonstance à l’extérieur. Les larmes, les cris, ce n’était que chez moi, la porte fermée à clé, quand je savais qu’il n’était pas là. Je n’ai jamais parlé de lui en négatif. Il faut dire qu’au début c’était presque un dieu pour moi. A cette époque, je ne voyais pas le toxique, je pensais que ses sautes d’humeur, ses mots blessants, ses attitudes déplaisantes étaient liées à une très grande sensibilité. La belle affaire! A cette époque, j’étais dans la remise en question permanente. Je me disais que c’était à moi de changer, que c’était moi qui voyait le mal partout, qu’il fallait juste le comprendre, que la vie à deux c’était des hauts et des bas et que tout allait bien, donc. Je ne voulais pas voir que j’avais changé (et pas en bien), je ne voulais pas voir que j’étais malheureuse. J’étais dans le déni total. Je dérivais sans m’en apercevoir.

Alors bien sûr aujourd’hui c’est plus facile pour moi de voir les signaux d’alarme. Ce qui ne veut pas dire que je puisse faire quoi que ce soit ou que je sois à l’abri. Par contre je peux écrire, je peux dire et je peux alerter. Après, chacun son histoire, chacun son chemin et sa façon de le mener.

J’ai appris de cette expérience que le couple n’est pas tyran, il n’est pas toxique, il n’est pas là pour nous challenger sans cesse, il n’est pas conflit permanent. Il n’a pas vocation à nous montrer nos ombres, nos failles 365 jours par an. Le couple n’est pas la domination d’une personne sur une autre ni la soumission d’une personne a une autre. Le couple est complémentaire et si il nous apporte plus de larmes, de peur que de rires et de confiance, alors la question “à quoi bon vraiment le vivre” se pose?

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Nouveau Livre

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J’ai longtemps pensé qu’un évènement viendrait clore une séquence de vie, qu’il suffisait d’attendre. Comme on attend le départ d’un train, une semaine de vacances ou un quelconque déclic – le bon moment en quelque sorte!

Un départ, un divorce, une rencontre, un ou plusieurs déménagements plus tard. Et des centaines de mots mis bout à bout pour exorciser une tranche de vie. Je peux attendre encore longtemps. Parce que finalement n’est-ce pas moi qui suis aux commandes? N’est-ce pas à moi que revient le droit, le choix?

J’ai disséquer le passé, j’ai tout écrit, tout vidé et fut un temps c’était nécessaire, voir vital. Il fallait venir à bout de la colère, de la peur, du déni, de la honte, du chagrin, de la souffrance, des masques portés, des blessures. Que reste t-il de tout ça aujourd’hui?

Des cicatrices. Que le temps, la poésie, l’amour ont apaisé. Je pense aujourd’hui que nos expériences de vie sont ce qu’elles sont, elles ne servent rien en particulier, aucun dessein, aucun but précis. Pourquoi toujours vouloir chercher un sens? Pourquoi toujours vouloir que ça puisse servir aux autres?

Est-ce qu’elles nous rendent plus forts? Ca reste à prouver! Elles nous changent inévitablement. Cette parenthèse me donne d’être plus bienveillante, d’être davantage dans l’acceptation de l’autre, plus dans l’écoute et moins dans le jugement. J’y serai peut-être arrivée d’une autre manière!

J’ai perdu énormément de temps à vouloir pardonner, à tenter de porter un regard “positif” sur notre histoire. J’ai voulu être une fille bien. Quelle connerie!

Je n’ai pas de recette miracle à partager, je ne sais pas comment j’en suis arrivée là où j’en suis aujourd’hui. J’ai juste fait un pas après l’autre. Je me suis souvent perdue en cours de route. J’ai cherché dans la vie des autres des réponses à mes manques. J’ai voulu être différente. Je n’ai pas de conseils, d’avis, de solutions, d’idées sur la question. Je pense que je pourrais écrire encore et encore et encore sur le sujet, il y aura toujours quelque chose à dire, une ligne de plus à écrire. Sur hier et sur aujourd’hui. Il y aura toujours lui, son fantôme ou sa présence.

Mais je peux choisir de dire aurevoir. Je me sens appelée à vivre. Et la vie autour de moi, elle n’attend que ça, que je pose le point final. Au bout d’un moment on ne fait que disserter sur du vent, c’est lassant et le vent s’en moque! Je sais que certains, certaines aimeraient que j’en sorte encore des mots pour raconter tout cela. Je n’en ai plus envie. J’ai envie de soleil et de joie, de jouir de la vie, celle à laquelle je me suis accrochée finalement, de profiter des chances qui s’offrent à moi, de ne plus regarder une situation à la lumière de ce qui ne fut pas de l’amour. Je ne veux plus comparer ni tenter de convaincre qui que ce soit non plus.

Je suis riche de ce que je suis, de ce que je sais et de ce qui est là, à portée de regard et de cœur. Je ferme la porte. J’ouvre un nouveau livre…

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Quand notre corps nous parle

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Octobre 2012
Fin de journée au bureau. Une douleur fulgurante me terrasse.
Je pense au bébé bien niché dans mon ventre. J’ai peur un peu puis je me souviens, ça arrive parfois ces douleurs inconnues qui me cisaillent les entrailles.
Ça passe. Comme tout. Puis ça revient. Une fois, deux fois, dix fois.
Mon corps pèse lourd et mon visage pâlit d’heure en heure.
Mon patron commande un taxi, je quitte le bureau avant la sortie. Direction la maison.

Je n’aime pas rentrer plus tôt à la maison quand il est là. Je n’aime plus quand il est là.
Mais aujourd’hui pas le choix, il faut que je me couche, que je me repose. La douleur est telle que tenir sur mes deux jambes est impossible.
A peine arrivée je m’écroule sur mon lit, incapable de faire un pas, de dire un mot.
Un peu de nuit. Juste un peu.
Il est déjà là à me demander ce que je fais là, pourquoi je ne lui parle même pas. Je n’en ai pas la force.
Il est déjà là à me dire « repose toi » avant de filer dans le salon. Il ne fait pas attention au bruit qu’il fait en partant.

Deux heures plus tard, aucune amélioration. Un coup de fil et un rendez-vous en urgence chez mon généraliste.
Un taxi aussi. Il ne m’accompagne pas.
Je ne lui en veux même pas. J’attends qu’on me dise que tout va bien, que mon enfant n’est pas en danger.

A l’examen tout va bien.
La douleur ne se dit pas. Elle reste tapie dans son coin.
Je ne sais pas ce qu’il y a. Mon corps ne répond plus.
Il faudra quatre appels incessants pour qu’il décroche et me demande si c’est vraiment important.
Je l’attends dans le froid de la rue, corps battu par la pluie d’automne, pas vraiment là. Heureusement, sinon ce que je vis me paraitrait complètement incohérent, impensable.

Aux urgences on attend encore et je me rends compte à quel point il est inadapté à la vie, à ma vie.
Je lui trouve des excuses pourtant. Beaucoup. Beaucoup trop. Dans cet hôpital, j’aimerai presque que l’on me garde, une nuit au moins, une nuit pour échapper à ma vie.
Pour ne pas avoir à rentrer avec lui, pas ce soir.
Une nuit pour dormir vraiment, plus que quelques heures tourmentées par ses mouvements, les bruits de son cœur contre les draps froissés.

Une inflammation. Douloureux mais pas grave.
Il faudra revenir le lendemain pour une échographie afin d’être certain que le bébé se porte bien.
Je repars avec lui, faible encore pour quelques jours.
A la maison je m’allonge, à 22h30 je n’ai plus le courage de rien. Il me dit quand même « il y a quoi pour le diner ? »
Puis accepte de se coller aux fourneaux, à condition que demain je reprenne le chemin de la cuisine, après tout, les médecins l’ont dit, ce n’est rien. C’est juste histoire de se faire remarquer !

Pourquoi ce récit ?
Pour dire que notre corps nous parle. Et qu’il crie aussi parfois.
Ça commence petit et ça peut virer au pire.
Nous ne sommes pas toujours prêts à entendre. Parce que psychologiquement c’est trop compliqué.
Alors notre inconscient fait barrière et on tient, parfois des dizaines d’année. Et un jour ça craque.
Tout ce qu’on a encaissé se brise et nous sommes à terre.
Ne jamais sous-estimer les alertes du corps. Ne jamais se dire «c’est rien ». Toujours se rappeler que c’est un appel à l’aide.
Si celui-ci est entendu, nous pourrons nous en sortir sans trop de dégâts.
Si nous préférons éviter d’y faire face, les conséquences peuvent être catastrophiques.

J’avançais depuis des mois en pilote automatique. Je ne savais plus qui j’étais, ce que je valais.
Je n’avais plus de repères. Je n’avais plus d’énergie. Je n’avais plus de vie.
Je n’ai pas compris sur le moment mais j’ai senti qu’il se passait quelque chose et que si je ne faisais rien, j’allais basculer de l’autre côté.
J’avais devant moi assez de modèles pour savoir ce que ça pouvait donner.
C’était dément, fracassant, déroutant, cinglant…
C’était déjà le début d’autre chose.

Ce récit pour vous dire que votre corps est votre allié, non votre ennemi.
Prenez en compte ce qu’il vous dit.
Ne négligez pas les signes qu’il vous envoie.
Ne dites plus « c’est rien » même si c’est douloureux de regarder en face une histoire qui vous échappe.

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Chemin de guérison – Fin

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Reste t’il vraiment des choses à écrire sur cette histoire? Au fond, est-elle le début ou la fin? Qu’a t’elle pris, qu’a t’elle rendu?

Je voulais mais je crois désormais que ce qui n’a pas été écrit ne le sera pas, jamais. Il ne restera que les images et les émotions, cette sensation qui ne se décrit pas. Au fond qui a besoin de savoir tout ça?

Je crois que j’ai longtemps voulu qu’on reconnaisse ce que j’avais vécu, pour ne pas avoir encore et encore à me justifier. Qu’on me reconnaissance surtout, pour que je ne sois plus cette petite chose fragile qui se cogne partout, qui se blesse pour avoir la sensation fugace d’être encore en vie.

Je n’ai rien à prouver non plus. Je sais ce que j’ai vécu, peu importe les mots qu’on pose sur les évènements. Je dois aussi accepter que certaines personnes ne comprendront jamais totalement ces années d’errance. Il en va ainsi de la vie et de ses tourments.

A force d’attendre de l’extérieur ce qu’on est seul à pouvoir se donner, on finit par se perdre, une fois de plus. On ne fait peut-être que ça d’ailleurs, se perdre pour un jour peut-être se découvrir vraiment!

2010 aura été. Et ce qui s’est passé demeurera, non pour me retenir, mais pour me montrer ce que j’ai enduré, surmonter. Peut-être qu’elle est là, la clé de la libération. Que le monde sache n’y changera rien si moi-même je ne suis pas prête à lâcher prise.

Je garde les mots qui viendront. Au fond, ils ne regardent que moi.

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Chemin de guérison #4

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On entend souvent “le passé c’est le passé, on ne peut pas le changer, mieux vaut aller de l’avant”. Je crois que toutes les personnes qui sont en vie aujourd’hui et qui ont vécu l’emprise, sous toutes ses formes, vont de l’avant. Si elles évoquent encore le passé, c’est pour mieux le conquérir, l’intégrer. Elles ont juste parfois besoin qu’on les écoute, rien de moins, rien de plus.

Je vous glisse ici, pour celles et ceux que ça intéresse, la conférence de Anne Laure Buffet sur le sujet. Elle explique très bien ce qu’est l’emprise et ses conséquences sur la vie des personnes concernées.

Le texte ci-dessous a été écrit en ce sens, pour montrer la complexité de ce type de relation. C’est toujours beau d’entendre les autres dire “si tu n’étais pas heureuse, il fallait partir” ou “pourquoi tu n’es pas partie à ce moment là, tu voyais bien qu’il y avait quelque chose qui clochait? “ou pire “tout est une question de choix!” Si c’était si facile il n’y aurait pas autant de drames.

Ce texte parle d’un instant, seulement, le jour où mon ex-mari m’a obligé à téléphoner à mes parents pour leur annoncer notre mariage imminent, en sachant très bien qu’ils étaient contre et que cette annonce ne serait pas reçue avec enthousiasme. Nous avions déjà derrière nous deux années de maux dont une pendant laquelle nous ne nous étions pas parlés.

***

Il y avait entre nous
Le téléphone posé
Sur la table basse
Présence silencieuse
Sourire macabre

Un appel imposé pour poser le cadre
T’imposer en maitre du jeu
J’avais tiré les mauvaises cartes
Foutu hasard !

Un coup de fil comme un coup de poing
Je retardais l’instant
Je ne maitrisais rien
Annoncer un mariage imminent
Auquel j’avais cédé
Pour un peu de paix
Dans un quotidien désarticulé

Sortir des mots
Auxquels on croit
Sans y croire vraiment
Mentir sur commande
Je savais faire ça

Faire semblant
Masque porté comme une protection
Sourire transporté comme une seconde maison
Puis déposé en rentrant
Mes larmes bruyantes sur la moquette
Esquisse d’un tourment
Impossible à apaiser

Dire et
Ecouter les bruits de l’annonce
Se fracasser contre les tempes
Sentir la peau se fissurer
Les poumons manquer d’air
Devant ton visage satisfait

«Tu vois que tu pouvais ! »
« Je suis fier de toi, mais c’est dommage qu’il ait fallut en arriver là ! »
« Allez viens, on va célébrer ça ! »

Un pardon de plus
Un pardon naturellement posé
Sans arrière-pensée

Et l’attente de la chute
D’un regard posé sur l’abîme
D’une main qui sentirait la blessure secrète
Suinter sous l’armure

Mais il n’y avait personne pour voir ça
Personne pour savoir

Elle devait être faite d’acier
J’ai tout encaisser
La peur, l’angoisse
Cette impression de sombrer dans une folie sans nom

L’amour meurtri
L’amitié menacée
L’inconditionnel fissuré

Ne perdre personne en chemin
Dans cette course insensée
A ton bonheur

Dans ce compte à rebours
Pour une union
A laquelle je me sentais partagée
Partie-prenante et étrangère
Dans tes filets j’étais tombée
Et je ne pouvais m’y soustraite

Pas de déclaration romantique
Juste un
« Pour 200€ je trouverais quelqu’un qui voudra bien, mais
C’est toi que je veux »

Des menaces à n’en plus finir
Un harcèlement de chaque instant
Le jour
La nuit

Pour un « oui » plein de tourments
Pour un « non » j’avais déjà tant pris
Que je n’aurais pas pu m’en sortir vivante

Blesser ceux que j’aime
Sans intention
Me perdre
En circonvolutions
Tenter de maintenir un cap artificiel
Oasis fantasmé
Modeste illusion
Une image bien polie
Pour survivre à la tentation
De dire « oui » à la nuit…

***

J’ai écrit ce matin, un matin à l’allure printanière. Retrouver l’envie de toi, du plaisir au goût d’éternité.

J’ai écrit ce matin, juste après ton départ, après les maux dits maladroitement et le divin mêlé.

J’ai écrit ce matin, pour retenir, ni toi, ni moi, pour me souvenir de ce que nous sommes ensemble, même dans le désordre, au gré des jours d’absence parfois longs puis ta présence, le parfum acidulé de ce temps dans tes bras.

J’ai écrit ce matin, comme poussée par une force, celle qui bat en toi et qui est venue me cueillir sur le chemin des doutes, puis réveiller mon désir, me laissant libre de larmes et ivre de l’union.

J’ai écrit ce matin, après ton départ, avec ton odeur, avec ta peau encore contre la mienne, dans un rêve qui s’éloignait et qui pourtant n’est jamais bien loin, pour peu que je tende la main.

J’ai écrit ce matin, parce que tout ce que je vis depuis bientôt 4 ans c’est comme une découverte, c’est comme les premiers pas d’un enfant, c’est quelque chose d’inattendu, de magique, quelque chose qui me laisse le coeur au bord d’un vide qui ne me fait pas peur.

J’ai écrit ce matin, pas pour laisser une trace, peut-être juste pour me rappeler que c’est bien vivant!

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Un chemin de guérison #3

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J’écris pour exorciser les maux, pour moi, pour les autres, pour toutes ces femmes et tous ces hommes qui supportent, qui renoncent et qui un jour osent à nouveau un pas dans la vie / dans le vide aussi. J’écris par impulsion, pour ne plus jamais entendre “il t’aimait à sa façon”.

Cette histoire est tout sauf une histoire d’amour. C’est une histoire, comme beaucoup d’autres malheureusement, une histoire de violence et d’emprise. Je conçois que pour certaines personnes ce soit extrêmement difficile à comprendre. Je vous laisse aller lire cet article intéressant sur le sujet: de la peur à la soumission.

J’écris aussi pour montrer que la vie ne s’arrête pas là, qu’il y a une vie après l’enfer, que l’amour n’a rien à voir avec ce qui a été vécu, qu’on peut, chacun, chacune retrouver le goût des choses et vivre des relations harmonieuses basées sur la confiance et l’échange.

***

Je me suis endormie
Comme d’habitude
Avant toi

Et voilà que tu viens
Lumière vive
Bruits de pas

La lune disparait
Rideaux tirés
Comme si elle pouvait
Violer l’intimité

Dans les draps, tu viens
La sensation de ton corps
Contre le mien
M’indispose

Ne pas bouger
Ne pas t’inviter

Depuis quand ça t’importe ?
Depuis quand ?

Depuis quand je supporte ?
Depuis trop longtemps

J’ai mal avant
J’ai mal après

Mon ventre
Le néant
Rien qui ne vienne de toi
N’est vivant

A coup de tabou
Tu détruis tout

Sur la pointe des pieds
Je disparais
Soumise à chaque instant
A tes besoins primaires

Si seulement je pouvais
Faire taire le malaise qui grandit
Pure folie
Tu l’as déjà dit

Je me réveillerai demain
Comme d’habitude
Loin de toi
Encore plus loin
Chaque matin

***

On ne s’est pas dit “bonjour”. Pas de vive voix. Pas comme on le fait naturellement au quotidien, sans y mettre plus d’intention que ça.

On s’est dit “bonjour” avec le corps et le coeur, en mouvement. On s’est dit bonjour en s’enlaçant, en laissant chaque parcelle de peau s’enflammer au contact de l’autre.

On s’est dit “bonjour” dans un élan de vie, offerts entiers à l’instant. Un embrasement instantané et quelque chose comme de l’empressement, une envie fulgurante que rien ne peut contenir et qui doit se partager pour ne pas exploser.

On s’est dit “bonjour” dans le silence du soir et j’ai laissé mes craintes au placard. L’étreinte contenait tout, tout ce qui aurait pu être dit, écrit, tous les mots qui se voudraient rassurants. En quelques secondes seulement, le “sans” s’est évanouit. Le temps s’est interrompu pour que nous puissions gouter, toi et moi, à la texture, la saveur, le goût, l’essence même de ce rendez-vous.

On ne s’est pas dit “bonjour” comme toujours. On y a mis un peu plus de sens. On s’est laissé emporter par les pulsions, les pulsations, le tempo de la mélodie distillée au fur et à mesure de cette partition improvisée.

Il n’y a pas de meilleure façon de se dire “bonjour” quelque soit l’heure du jour!

Lien vers le chapitre 1

Lien vers le chapitre 2

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Un chemin de guérison #2

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La façon dont les mots caracolent sur mon corps laisse imaginer ce qui fut – passé – présent – résilience, mise en marche de l’acte de libération – guérison.

***

J’ai fait l’amour à la nuit
Pour égorger les démons dans leur sommeil
Effacer les traces
La honte collée aux flancs de l’espérance

De mon enveloppe de femme s’envole un cri
Celui de la bête qu’on punit
Le sang versé se répand
Sur l’orgueil du mâle dominant

***

Entendre ta voix
Quelques notes
Timbre apaisant
Qui jamais ne se moque

Ta voix
Comme si tu étais là
Un morceau de toi

Vibrent les cordes
De cette partition
Dans laquelle tu t’investis
Dans laquelle je pensais
Que personne n’oserait

Il est si facile d’aimer
Plus délicat de se laisser aimer
De se laisser approcher
Plus que d’ordinaire

De se voir presque
Comme dans l’eau d’un lac
Vision un peu déformée par les secousses
Et si pure pourtant

N’est-ce pas ton regard
Qui me donne un peu plus d’audace
N’est-ce pas l’étincelle que j’y capte
Qui m’appelle à quitter ma peau élimée

Pour une nouvelle
Celle cachée par des années
A être si mal aimée

Lien vers le chapitre 1

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Dire Non à l’autre – Dire Oui à Soi!

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Est-ce que j’ai dit « oui » ?
Non
Est-ce que j’ai dit « non » ?
Non
Est-ce que j’ai dit quelque chose ?
Est-ce qu’il fallait le dire
?

***

« Tu as le droit de dire NON ». Ma mère me l’avait dit, répété. Mon père me l’avait dit, répété.
Toujours. « Si tu n’as pas envie, si ça ne te plait pas, tu as le droit de dire NON ».

Alors ça ne vient pas de là. Pas de l’éducation que j’ai eu.
Ça vient d’où alors ?

Est-ce que c’est quelque chose d’ancré en nous, en tant que fille, en tant que femme ? Un passage obligé en quelque sorte.
Si obligé qu’on finit par ne plus se rendre compte des violences quotidiennes, des mots qui font mal, qui viennent jouer avec nos valeurs, nos idéaux, des gestes obscurs ?

Est-ce que ça a commencé dans la cour d’école par les humiliations, les vêtements déchirés, les rires insultants?
Est-ce que ça a commencé dans un métro bondé, sur une banquette, sous un imperméable kaki ?
Est-ce que ça a commencé avec le premier « toi t’es chaude » ou « t’as une bouche à tailler des pipes ! » ?

Est-ce que ça a commencé après la première danse un tant soit peu lascive, le premier flirt, le premier pas un peu plus audacieux que les autres ?
Est-ce que ça a commencé sur la banquette arrière d’une voiture, avec les premiers vertiges d’une main qui se faufile et vient éveiller nos sens ?
Est-ce que ça a commencé après la première rupture, parce qu’après deux rendez-vous je n’étais pas prête ?
Est-ce que ça a commencé quand, passé un certain âge, ne pas vouloir le premier soir, c’est presque un affront insensé ?

Est-ce que ça a commencé entre les draps d’un hôtel miteux près de la gare ?
Est-ce que ça a commencé quand il a fallu se justifier?
Est-ce que ça a commencé quand, chaque jour le silence, le mépris et chaque nuit, faire semblant, espérer un dénouement plus clément ?
Est-ce que ça a commencé par le « t’es qu’une pute » parce que je ne voulais pas me marier ?
Est-ce que ça a commencé par un « t’aime ça ! » de trop ?

Est-ce que ça a commencé par l’indifférence à mon plaisir ?
Est-ce que ça a commencé quand j’ai voulu tout faire, céder à tout pour être aimée ?
Est-ce que ça a commencé quand je n’avais plus la force, quand mon reflet dans le miroir me donnait envie de hurler ?
Est-ce que ça a commencé quand je me sentais sale, si sale, que j’essayais à tous prix d’effacer à l’eau brûlante les tâches sur ma peau écœurée ?
Est-ce que ça a commencé dans la soumission à une envie, considérée comme plus grande, plus importante, plus essentielle, quasi vitale ?

Est-ce que ça a commencé quand j’ai accepté d’être un « à côté » agréable ?
Est-ce que ça a commencé il y a bien longtemps, avant que je naisse, avant que je sois fille et femme ?
Est-ce que ça a commencé quand j’ai abdiqué mon pouvoir pour quelques graines, quelques minutes, instants volés pour oublier ?
Est-ce que ça a commencé quand j’ai dit « oui » pour faire plaisir, pour ne pas déranger, pour ne faire de la peine, par souci d’être gentille, pas trop demandeuse ?

Est-ce que ça a commencé par un départ, une nuit pour voir, un matin sans espoir, une main glissée dans la faille insensée de la dignité piétinée ?

Est-ce que ce ne sont pas tous ces moments qui, pris dans leur individualité ne sont finalement que des gouttes dans l’océan de la violence invisible, ont entaché la confiance, ont rendu impossible la prononciation affirmée d’un « non » qui n’admettait ni contestation, ni explication.

Quand est-ce que j’ai commencé à ne pas me respecter ? A me dire que ce n’était pas grave toutes ces incursions déplacées dans le périmètre protégé – pas si bien que ça – de mon intimité ?
Quand est-ce que c’est devenu « normal » de dire oui à défaut de pouvoir dire « non » ?

Autant de questions pour quelque chose de si petit, trois lettres d’un mot que l’on apprend à deux ans, marque de fabrique de l’affirmation de soi. Peut-être que je n’avais pas dit alors, moi, la petite fille si sage, si parfaite, l’enfant modèle qui dans sa bulle refaisait le monde à sa manière.

Autant de questions comme autant de « non » jamais entendus, dilapidés, même les plus petits. Des « non » qui se sont perdus dans l’immensité.
Autant de « non » suicidés, « non » balayés d’un revers de main, d’un « tu verras ce sera bien », d’un « allez moi j’ai envie » ou pire d’un « si tu le fais pas… » Sous la menace, la trace de ce qu’on cède par peur.

Je pourrais creuser encore et encore pour chercher les origines de ce presque suicide. Mais peut-être qu’il faut juste s’accorder à dire que ça a existé et qu’aujourd’hui cela peut changer, que mon « non » n’est pas négociable, comme le tien, le vôtre, qu’il a le poids d’un affranchissement avec le passé et que s’il n’est pas entendu, à tout instant je peux quitter la piste, que je n’ai rien à perdre et tout à y gagner. Un “non” pour aujourd’hui et la postérité.

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Un chemin de guérison #1

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Dans ce poème, j’évoquais les fantômes de 2010, ceux-là même qui ont marqué mon chemin de vie. Mais comment parler d’eux sans parler d’aujourd’hui aussi. Tout est imbriqué. Tout est lié. Il n’y a pas de temps à proprement parlé, juste un fil qui se détend à mesure que je pose les mots sur le papier.

La poésie est bien ce qui m’aide à lâcher, pas à pas, à aller en profondeur. On peut soigner vite, avec un peu de baume apaisant, une couche de crème, un peu d’alcool, quelques gouttes d’huiles essentielles. Mais n’est-ce pas juste la surface. Le traumatisme interne reste identique et alors on ne comprend pas pourquoi un mot, un geste, une émotion a le pouvoir de ramener la blessure en pleine lumière.

Je crois qu’il faut aller à son rythme, ne pas avoir peur ni du noir, ni des fantômes, mais se sentir prêt pour le grand plongeon dans les profondeurs de la terre. Pour revenir, plus vivant encore, plus libre.

Je commence donc cette série d’articles, qui pourraient former un livre, c’était l’idée de départ, mais là encore j’ai changé plusieurs fois d’avis! Tous ces poèmes je les écris au fil du temps, au gré des émotions, des instants qui viennent me cueillir et me demandent de m’abandonner au flot des pensées qui me traversent.

Le fil conducteur, c’est l’emprise, le corps, le coeur, la liberté. Ca sonnera peut-être complètement flou, fou pour vous, mais pour moi tous ces mots mis bout à bout ont un sens et surtout, avant tout, m’offrent de cheminer vers la guérison et la paix.

Il y aura beaucoup de noir, parce que fut un temps c’était la couleur de mes jours et de mes nuits, ce brouillard épais dans lequel je ne faisais que m’enfoncer et qui a bien faillit me couter la vie. Mais il y aura aussi beaucoup de vie, d’amour, d’étincelles, parce que c’est ce qui depuis toujours et pour toujours fait de l’existence une aventure éblouissante!

***

Tu es venu, sans cheval blanc
Donner au corps la liberté d’exulter
De ses chaines se libérer
Nœud coulant se détendant au contact de ton corps

Moi, je me suis laissée aller
Laisser faire le temps dit-on
Qu’il est souverain en la matière
Laisser la magie de ta peau irriguer la mienne

Sans ton regard sur mes courbes
Mon corps se cache encore
Son plaisir se dissimule derrière une plainte
Qui de mes hanches part
Pour se perdre dans l’inconfort du passé

Il se loge là le prix de ce que j’ai cédé
Pour une poignée de promesses dérisoires
Le prix du corps qui se consume
Et du désir qui se plante de chemin

Avec toi, je suis femme
Sans toi, je redeviens cet autre
Ce semblant qui se faufile
Pour ne pas attirer les regards
Ce quelque chose qui manque d’audace
Cette plaie que je suis seule à pouvoir nettoyer
Si je mets le doigt dessus elle me faut mal
Elle brûle, elle suinte, elle ne sait plus de quelle vie elle est
Ni à quel espace elle appartient

Je la sais là et je la laisse
Un miracle suffirait à la faire disparaitre
Pour combien de temps ?
Combien de larmes ?
Combien d’émotions serrées là
Entre le cou et le cœur
Entre ce que je tente de dire
Avant de repartir sans m’en être occupée

Ca attendra
Tant d’autres choses attendent
Tant d’autres priorités
Je n’en suis pas une pour moi-même
Je serai même la dernière option

Alors la blessure demeure
Profonde plaie qui s’agace de mon manque
Qui ne sait plus comment se faire entendre
Mais se plie à mes exigences

Son heure viendra
On ne peut pas reculer indéfiniment
Sans commettre de dégâts

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La voie du pardon est-elle toujours possible?

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En discutant autour du Pardon ce midi, je me suis interrogée, comme souvent après une conversation qui touche un point un peu sensible. On est tous d’accord pour dire que le Pardon c’est le Must, la Voie Sacrée! C’est surement aussi l’une des plus belles des preuves d’amour.

Justement, quand on aime, le pardon c’est presque naturel, par forcément là, maintenant, parce qu’il y a le deuil, un chemin à faire. Mais le pardon et l’amour, ça s’accorde bien et tant qu’il y a de l’amour, le pardon est possible.

J’en ai fait du chemin sur le pardon. Je n’y croyais pas beaucoup au début, ça paraissait un peu simpliste comme principe. Et puis au fil du temps, j’ai perçu les subtilités de l’approche, j’ai mieux compris ce qu’il était, ce qu’il impliquait. Le pardon, c’est toujours un choix, jamais une obligation. On n’impose pas le pardon et on ne se force pas non plus à pardonner. C’est un chemin très personnel qui ouvre sur quelque de plus grand et nous aide également à nous libérer, à guérir. Ce n’est au fond pas un acte aussi altruiste qu’il y parait!

Les actes de pardon que j’ai pu poser par le passé m’ont tous amenée à une ouverture plus grande, une compréhension différente de l’autre, un accueil, m’ont permis aussi de m’alléger d’un poids et parfois ont eu des impacts forts autour de moi. En y réfléchissant, ces “pardons” se sont imposés à moi, comme une intuition, une évidence. J’ai pris conscience que les actes, les mots, les silences, les non-dits, les mensonges, les ruptures, les séparations avaient touché quelque chose en moi, mais que ce quelque chose, même blessé, existait toujours et que pour ressusciter, en quelque sorte, le pardon était ma clé.

Je me suis donc demandée ce qu’il arrivait au pardon quand il n’y avait pas ou plus d’amour. Et plus particulièrement, par rapport à mon vécu personnel, dans des situations de violences conjugales, d’emprise psychologique. Je ne dis pas que ce n’est pas possible, je me demande juste dans quelle mesure ça l’est, comment ça s’articule face aux évènements marquants, traumatisants de nos existences.

En quatre ans de relation et trois de procédure de divorce, j’ai pardonné des dizaines de fois. J’ai compris, j’ai entendu, j’ai accueilli les maux, les failles. J’ai pardonné pour ma survie et parce qu’il y avait quelque part quelque chose de plus fort que le dégoût et la haine, plus fort que l’indifférence, quelque chose qui me permettait de tenir debout. J’ai pardonné par lâcheté. Puis je suis partie. Et là le pardon m’est apparu comme une chimère. Là, il n’avais plus sa place. Quelque chose était mort.

Je crois que ce qui m’a finalement libérée et permis de me reconstruire c’est d’avoir fais le choix de ME pardonner. C’est quelque chose qui pesait lourd, trop lourd. Je ne sais pas si j’y suis pleinement arrivée, si je me suis tout pardonné. On nous vend le pardon comme le remède miracle. Dans l’absolu, j’aime l’idée mais entre le quotidien et l’absolu, il y a la vie!

Selon moi, chaque choix est ce qu’il est, il nous appartient et il est juste pour nous. Pardonner ne fait pas de nous des “saints” et ne pas pardonner ne fait pas de nous de “mauvaises personnes”. Le pardon doit rester cet acte engagé de soi face à soi-même et non un acte contraint parce que c’est “bon”, parce que c’est “bien” ou encore dans l’air du temps. Le pardon n’est pas un but ou une fin en soi. On peut vivre sans pardonner et être heureux. On peut pardonner et ne jamais venir à bout de nos maux. Il y a autant de chemins qu’il y a d’existences et d’expériences de vie.

A l’heure qu’il est, je dis “merci” à cette histoire qui a existé et qui m’a permis de sortir d’un long sommeil dans lequel je m’étais perdue depuis de très nombreuses années. Pour le reste, je ne sais pas, dire que j’ai pardonné serait un mensonge je crois. J’y arriverai peut-être un jour, ou pas. Mais au final, cela ne regarde que moi!

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Dans le corps d’une autre

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Quand le sang coule
La période se veut chaste
La femme attend la pause
Qu’elle accueille comme un cadeau
Reprendre le contrôle de son corps
Apaiser le chaos de son cœur

Elle n’envisage pas le creux
Celui dans lequel pourtant on se glisse
Sans ménagement
Jambes écartées pour recueillir
Le plaisir tabou
Qu’on ne se donne pas seul
Au risque de frôler le néant vengeur

Temps de femme
Qu’on ne respecte pas
Un va et vient sans âme
Qui va plus loin
Toujours un peu plus
Comme si c’était autorisé

Temps rouge sang
Sur le drap blanc immaculé
A l’intérieur le corps se serre
L’invitation est imposée
Les cuisses rougies par
Le silence d’une masturbation orchestrée
Pour éviter le châtiment d’un Dieu manipulé

La femme est, sans être
Là, pour le plaisir d’un autre
Assommée par la demande insistante
Les cuisses enduites d’huile
Pour apaiser la brûlure
Qui de jour en jour s’étend
Qui de jour en jour ploie face au néant

Osera-t-on aller au-delà
Violer la porte du sanctuaire
Celui qu’elle protège d’intrusions saccadées
En ce temps privilégié ?

Osera-t-on s’immiscer
Dans les méandres de l’intime
Plus profondément encore
Que ces caresses égoïstes ?

La femme disparait
Laisse l’autre faire ce qu’il a à faire
Elle abandonne la partie
Vole, son esprit au-delà
La scène en bas est jouée par une autre
Qui de peur, dans l’incompréhension, se noie.

Ce texte est extrait de mon prochain recueil de poésie “2010”, qui sera partagé ici en PDF (sur don libre) et en Papier (si quelques personnes sont intéressées)

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Plein de vide

Photo by Burak K on Pexels.com

Quand je l’ai vu, j’ai compris ce qui m’avait attiré. Comme un aimant.

Quand je suis repartie, j’ai compris ce qui m’avait fait fuir. Instantanément.

Il a endossé à merveille le costume de victime il y a 13 ans. Et m’a donné par là-même l’opportunité inattendue de prouver que j’avais une quelconque valeur. J’ai pris la place du “sauveur”. Tout s’est joué dans ces quelques minutes en suspens.

Ce costume lui allait à merveille, lui, l’homme trahi, abandonné, blessé à cause de la couleur de sa peau, de son accent, de son pays. Lui, l’homme perdu, en quête de refuge et de liberté.

Ma responsabilité – parce que j’ai ma part et c’est de poser un regard vrai, juste dessus qui m’a permis d’avancer, de grandir, de m’en sortir – c’est d’avoir cru que le sauver donnerait de la consistance à mon existence, c’est d’avoir été assez perdue pour donner mon pouvoir personnel à un autre.

Comment ai-je pu oublier que du début à la fin, c’est la peur qui m’a guidée? Non pas la peur, la terreur. Oui, j’étais terrorisée. Les mots doux et le sourire d’ange n’ont été que de courte durée. Les lunes de miel sont venues après, quand le risque de me perdre devenait soudain un peu trop vif. J’ai dit “oui” à tout, prisonnière, étouffée.

Quand je l’ai vu, j’ai presque un instant pensé que…Et puis, j’ai rapidement retrouvé entre les lignes, l’arrogance, le mépris. Heureusement presque! Ce double visage toujours. Non, la confiance est impossible, à tout jamais perdue. La vigilance est de mise, pour moi, pour mon fils.

Je crois en la capacité de l’humain à se réinventer, à se donner les moyens de changer de vie, de changer tout court. Mais je dois admettre que cette croyance a ses limites. Il y a des êtres plein de vide, qui restent là à en vouloir à la terre entière et qui n’ont de cesse que de souffler le chaud, le froid, de jouer avec les sentiments, de monnayer leurs failles, afin de rallier les gens à leur “fausse” triste cause.

Mon fils ne sera pas cette monnaie d’échange entre adultes non-consentants. J’ai eu peur de trop vouloir le protéger, je pense que j’avais toutes les raisons de le faire. Si c’est important qu’il connaisse son père et qu’il le fréquente dans un cadre sécurisé, il est tout aussi important de le préserver des influences d’une personne qui pourrait le manipuler.

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Une autre femme…

Kaboompics

Depuis quelques jours, quelque chose est là. Bien entendu, ça va de soi. Quelque chose comme cette présence qui revient dans notre vie. Tentée une fois de plus de dire “pour mon fils, je vais…”. Non. Je n’aime pas cette idée et je ne l’ai jamais aimée. On ne fait pas pour l’autre, au risque de lui faire porter un poids qui n’est pas le sien. Ni juste, ni productif.

Je me suis interrogée sur ce malaise qui grandissait. Les souvenirs? Les blessures? Non, c’était autre chose. Ce n’était pas comme ces vagues émotionnelles qui parfois me submergent.

Je me suis interrogée sur ce que ça venait toucher en moi. A coup de nuits bancales et de rêves chaotiques. D’un côté, l’opportunité pour mon fils. De l’autre, son père, sa voix, son visage. Un monde.

Mais surtout l’angoisse. Oui c’est ça l’angoisse. La femme que j’ai été. La douleur qu’il a fallut dépasser pour faire face. Le poids des mots/maux. L’emprise. Le femme, fragile, fragilisée, inquiète, inquiétée. La vie menacée, la menace.

C’est ce qui est venu jouer avec moi ces derniers jours. Cette espèce de terreur glaçante. Ce sentiment de devoir surjouer une partition imprévisible.

C’était là. Et puis, poser le regard dessus et réaliser que je n’étais plus cette femme, femme-objet, femme que l’on peut bousculer, chahuter, faire chuter d’un regard froid, d’un sourire mielleux. Je n’étais plus la sauveuse non plus que j’avais cherché à être pour donner un sens à ma vie.

J’ai regardé la jeune femme face à l’horreur, au vide, j’ai vu son regard meurtri, son visage perdu. J’ai entendu les soubresauts de son cœur tiraillé, abîmé. J’ai vu au delà de ce que cette histoire avait voulu faire d’elle. Un pantin, une chose, une possession. J’ai vu ce qu’elle était au delà de tous les masques qu’elle avait porté, qu’elle portait encore parfois. J’ai vu ses yeux briller et son corps se détendre. J’ai accompagné ses larmes. J’ai entendu sa voix, une voix posée, une voix claire. J’ai embrassé l’abîme dans lequel elle était tombée par manque d’air, par trop de violence sourde, celle qui ne se voit pas, celle qui ne marque que l’intérieur.

Je l’ai regardé en face et j’ai su qu’elle avait repris son pouvoir, qu’elle était au-delà du passé, qu’elle était revenue là où elle avait toujours été: libre et en paix.

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On ne va pas en faire tout un plat…

Crédit Pixabay

Justement non.

L’idée première de cet article a cédé sa place. J’ai bien trop écrit sur cette histoire, sur les maux, sur le silence, sur tout ce qui déconstruit et empêche même de respirer, sur la colère, la peur (là on peut vraiment la nommer parce que le danger est bel et bien réel).
Beaucoup écrit sur ce qui n’avait aucun sens.

Comme le dit si justement Sand dans un de ses article: Ne pas oublier qu’il n’est pas ” les autres “.
Ça coule de source. Et pourtant ce n’est pas toujours si évident surtout quand un petit quelque chose vient raviver la flamme des mauvais souvenirs.
Il est naïf de penser que nous pouvons les faire disparaitre. Ils existent. Par contre nous pouvons à chaque instant leur dire “non”. C’est notre seul pouvoir, de les empêcher de venir perturber notre présent. Ces souvenirs n’ont rien de bon à nous apporter.

Il faut bien avouer qu’au départ c’est troublant, quelqu’un qui s’intéresse à vous et qui vous trouve aussi assez intéressant(e) pour avoir envie d’être avec vous. C’est presque incongru. Généralement vous vous touchez cinquante fois dans la journée pour vous assurez que c’est bien vrai, que c’est bien vous et que l’autre existe et qu’il n’a pas du tout l’air de faire ça par dévotion ou avec l’intention de vous “posséder”.
Oui comme on possède une table, un canapé. Un objet du décor quoi!

Il a l’air très bien, même épanoui. Et même vous, vous vous sentez bien. Plus besoin de faire semblant. Vous pouvez vous exprimer sans crainte que cela explose, vous pouvez avoir des envies, dire oui, dire non. Vous vous sentez en phase et vous intégrez que vous avez même le droit de ne pas être d’accord et que cela ne va pas changer la profondeur de vos sentiments. Vous découvrez la vie sans cri, sans silences, sans portes qui claquent, sans cette impression de toujours être à côte de la plaque, sans cette sensation de ne jamais être assez.

Je crois qu’il faut du temps pour se réapproprier son corps, son identité, sa valeur. Et de la volonté pour ne plus laisser le passé l’emporter. Il est, bien heureusement, derrière nous et moins nous nous intéresserons à lui, plus son énergie diminuera. Ce qui implique qu’au préalable nous ayons bien entendu travaillé dessus, que nous l’ayons compris et intégré. Sinon c’est juste reculer pour mieux sauter!