Category: Emprise et Renaissance

La phrase qui m’a sauvée la vie

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Pour comprendre, il faut revenir en 2012, le 24 octobre 2012 pour être plus précis. A l’époque je suis dans une relation idyllique avec un homme adorable – ça c’est pour vous donner envie de lire l’article – en fait je suis dans une relation merdique avec un type qui dès que je m’assois cinq minutes dans un canapé me traite de feignasse et passe le doigt sur tous les meubles à sa portée pour évaluer ma maitrise des outils ménagers – mention passable.

Moi, j’ai fait les choses en grand, je me suis mariée avec ce type. Si tu as lu mon article d’hier sur mon héritage familial, tu comprendras presque facilement pourquoi cette situation et pourquoi j’en suis presque fière. Et oui, je souffre. Pas un peu. Je ne souffre pas encore à la hauteur de ma mère ou de ma grand-mère mais quand même. Je ne suis plus seulement une postulante au podium de tête, j’en grimpe désormais les marches. Je suis la digne héritière de cette lignée de femmes nées pour souffrir. Ok, je n’ai pas les coups mais j’ai les portes qui claquent, la trouille au ventre, le repas balancé dans l’évier parce qu’il n’est pas assez salé, la gueule parce que je suis sortie sans dire où j’allais. Et puis le silence. Chez nous on ne crie pas, on s’ignore. On passe sans se regarder. On est plus poli avec le clochard saoul du coin qui vient pisser dans la cage d’escalier. C’est pour dire à quel point on se méprise. On baise dans le noir et ensuite on se sépare, chacun son côté du lit, le plus loin possible l’un de l’autre.
Un bonheur que tout le monde nous envie. Je n’ai jamais autant entendu “qu’est-ce que vous êtes beaux!” En plus d’exceller dans l’art de marcher sur des œufs, je sais aussi très bien faire semblant. La preuve, tout le monde est tombé dans le panneau.

Revenons en au 24 octobre 2012, sinon on en est encore là demain! Ce jour là, c’est le jour du grand retour. Après un petit séjour de deux mois sur la terre mère, histoire de se refaire une santé (à coups de fiestas, de copains et de shit), Monsieur daigne rentré chez lui, où sa femme enceinte de cinq mois l’attend avec le sourire.
Ce jour là, les retrouvailles, tout le tralala, tu t’attends à quelque chose d’un peu magique quand même. Tu es épuisée, tu pleurs un jour sur deux, la faute aux hormones, tu te poses plein de questions sur votre avenir commun, avenir tout court. Tu tentes coute que coute de garder le moral et tu te dis qu’après cette parenthèse, le bonheur, tant de fois promis (juré), va enfin se manifester.
Sauf que ça commence mal. Le type qui a trois heures pour faire son transfert à Paris CDG trouve le moyen de rater son avion. On est en droit de se poser des questions. On évite de s’en poser. Ce sont les retrouvailles après tout. On attend encore sept heures. Et enfin il est là. Et il a l’air heureux en plus. Il faut dire que la maison est nickel et qu’on a le sourire de circonstance malgré l’envie de foncer se coucher. Tout se passe bien jusqu’au moment d’aller au lit. Là, dans la fraicheur – très fraiche, un brin humide – des draps, il sort LA phrase qui va changer votre vie.
Vous ne le savez pas encore. Mais là, à cet instant précis, il vous offre une chance. Insaisissable sur le moment.

Et le phrase dit: “on va bientôt rentrer”.
Mais rentrer où?
C’est pas très clair – hors contexte – dans le contexte pas trop non plus, même si on a notre petite idée sur ce fameux où…
Alors il ajoute “au pays”.

Gloups!
Rien de tel pour plomber l’ambiance.
La magie s’est évanouit comme neige au soleil. Il aurait fallu de la poudre de perlimpinpin pour sauver cette soirée.

Ce n’est pas une question. C’est une décision unilatérale.
On n’en avait un peu parlé. Comme ça, en passant, histoire de. De prendre la température, de ne pas faire de mal, histoire de dire les choses sans vraiment les dire.
J’avais sûrement émis, fut un temps, l’idée de pourquoi pas. Avant de connaitre. Et puis aussi parce que le pays c’était une vie de sacrifices qui pour le coup m’aurait offert la première place du grand podium. J’aurais surpassé tout le monde en me planquant derrière un voile et en m’interdisant le droit d’exister. La grande classe!

Sauf que depuis cinq mois je n’étais plus seule. Et pour cette vie qui grandissait dans mon ventre, je voulais le meilleur. Comme tout parent censé!
Je savais ce que ça voulait dire “le pays”, ça voulait dire s’enterrer vivante – devoir demander la permission pour sortir ne serait-ce qu’acheter du pain – vivre avec ma belle famille 365 jours (et nuits) par an – voir mon enfant élevé par d’autres – me convertir sûrement à terme…
J’ai dit “non”. Enfin j’ai dit “non” et j’ai essayé d’étayer mes propos (thèse, antithèse, synthèse). Peine perdue. Il s’est refermé de suite – un bloc de béton armé – me traitant de menteuse, me menaçant de me quitter (la belle affaire!), me promettant presque de me pourrir la vie jusqu’à ce que je dise “oui”.

Je vous passe le chaos des semaines suivantes. Je vous passe le chaos des mois suivants, des années. Je vous passe les détails sordides du départ, du divorce.

Sept après – il m’aura fallut 7 ans quand même! – mais toujours dans cette ambiance “à qui revient la médaille d’or de la vie la plus ratée, de la douleur la plus profonde, de la cicatrice la plus incrustée, la blessure la plus sale?” – pour réaliser que cette phrase avait été le déclencheur d’une prise de conscience sans précédent. C’est cette épée de Damoclès au dessus de la tête qui m’a fait réagir. Sans le savoir, ce jour là, ses mots m’ont sauvée la vie.
Je peux même lui dire merci!

Cet impact (de la violence) que j’ai sous-estimé

Source La vie (La puissance de l’emprise psychologique)

Je n’ai jamais vraiment “nommé” ce que j’ai vécu pendant 7 ans. Le mot “violence” est venu tardivement. Et même, j’ai toujours eu du mal avec lui. J’ai toujours minimisé les impacts de ce que j’avais vécu. Comme si, seule la violence physique était recevable, seules les victimes de coups étaient légitimes dans leur combat pour renaître.

A la réponse “pourquoi es-tu partie?”, j’ai souvent répondu un truc un peu alambiqué. Comme si avouer la violence psychologique c’était courir le risque de paraitre ridicule. Du coup, peu ont réellement saisi de quoi il s’agissait. Je me suis souvent retrouvée seule face à moi-même, avec beaucoup de doutes et de culpabilité.

La violence a continué après mon départ et il m’a fallut un temps certain pour me soustraire à l’emprise – de celui que je voyais comme mon unique salut. C’est très paradoxal comme expérience. On fuit et en même temps on recherche comme une absolution. On se demande si vraiment ça a existé, si ce n’est pas nous qui avons tout inventé. On évolue dans un espace sans filet de sécurité.

Il m’a fallut une énergie incroyable pour nous protéger, me libérer de ce chaos nauséabond, cette main mise infernale sur ma vie, mes choix. Et après ce grand bond en avant , j’ai cru que ça allait rouler. Que ce n’était qu’une question de volonté. Qu’après la peur, j’allais enfin m’en affranchir une fois pour toutes.

J’ai sous-estimé la puissance de cette violence. Qui m’a fait perdre tous mes repères. Et le peu de confiance que j’avais. Qui a brisé mes fondations. J’ai sous-estimé son impact.

Avec le recul, je prends conscience qu’il reste encore des murs à abattre, des schémas à déconstruire, une confiance, elle, à reconstruire. Il reste des évidences à intégrer, cette idée de “ne pas être assez” à lâcher. Pour embrasser le présent avec plus de sérénité.

Ce souvenirs heureux qui n’existent pas

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J’ai pesé le pour, le contre, le tout de cet article. Je l’ai construit mentalement puis déconstruit. Je l’ai rayé. Et puis une nouvelle lumière. Allez, s’il faut poser les mots…

On a coutume de dire qu’il faut se souvenir des belles choses. La fin d’une relation annonce une nouvelle page à écrire. Certes au départ, on ne saisit que ce qui a cloché, ça aide peut-être à guérir. Et puis avec le temps, on oublie ce qui n’a pas fonctionné, on se concentre sur l’agréable, ce qui résonne positivement en nous. Chaque histoire est porteuse de beau.

Je dois l’avouer, j’ai essayé. De toutes mes forces. Faire ressortir les meilleurs moments de ces quatre années. J’ai puisé dans mes réserves. Mais il ne reste que peu de choses. A peine de quoi couvrir une main.

Il ne faudrait pas comparer hier et aujourd’hui. Mais si je me prête au jeu, tu m’excuseras la banalité, c’est le jour et la nuit.

Entre nous, tout a été vite moche. Le beau est passé telle une fusée mise sur orbite. Elle a atteint l’espace avant même que nous ayons pu dire si « oui » ou « non » nous voulions continuer. Flirter, cela m’allait bien. Toi, tu voulais plus. Le sexe, la cohabitation, le mariage. Un package. En mars, une idée. En mai, une obsession. Deux mois tout juste pour que tout devienne une question de survie. Deux mois pour que mon armure se fendille. Juste parce que tu avais l’air perdu, blessé et que je pensais encore que ma vie ne valait rien. Si je sauvais la tienne, j’avais peut-être une chance…

Peut-être qu’il y aurait eu des souvenirs heureux si je n’avais rien dit, si je t’avais gardé un peu pour moi. Peut-être que ces deux mois au moins auraient été réussis. Non, il y avait déjà eu un dérapage, le premier. La première nuit et les draps brûlants d’humidité. C’était glauque.

Le mariage. Dix-huit mois de harcèlement. Rien que ça. Les jours heureux furent ceux où tu n’étais pas là. Où on se parlait au téléphone une fois par semaine. Le temps de ne surtout pas aborder le sujet. Le temps de se dire qu’on se manquait. Rien de plus.

Pour pouvoir lui raconter notre histoire, il faut y voir clair. J’ai cru qu’aimer et souffrir avaient les mêmes racines. Alors je me suis lancée dans cette aventure avec fougue.  J’ai imaginé mon bonheur. J’en ai pris plein la gueule. Presque satisfaite. Je me suis esquinté le corps et le cœur. J’ai voulu tomber, littéralement. J’ai espéré que si je tombais tu me rattraperais. Mais tu n’as rien fait. Tu m’as regardé disparaitre, m’écrouler. Tu as été le spectateur privilégié de ma déchéance. Tu as eu les honneurs de ma souffrance.

Je suis restée parce tu trouvais toujours les arguments pour me faire plier. Quelques promesses d’un ciel bleu sans nuage et je remontais en selle. Peut-être qu’ils se logent là les souvenirs heureux. Dans du vent. Tes arguments n’avaient pas plus de poids. Ils titillaient juste mon besoin d’exister.

Je n’ai presque rien perdu en choisissant de mettre un terme à cette mascarade. Que du matériel. J’ai beaucoup appris de cette histoire, de moi. J’ai grandis, en m’abîmant pas mal au passage. Il me fallait sûrement ça pour comprendre la valeur de ma vie, ma valeur à moi. Sans le savoir, tu as été le déclencheur d’une prise de conscience sans précédent.

Pour ce qui est de garder des sentiments, là on frise la sainteté. Je n’ai pas cette prétention. Tu pourrai déserter la surface de la terre que ça ne me ferait rien. Je t’ai aimé sans savoir que ce n’était pas vraiment de l’amour. Il y a un début, une espérance. Il y a une histoire.

Pour lui, elle existe. Et c’est déjà pas si mal.

Le pari de la vie

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On m’a souvent demandé, et on me demande encore, comment j’ai refait surface, comment / quand j’ai réussi à faire à nouveau confiance, en l’autre, en la vie.

Je ne sais pas. Ça s’est fait.

Je partais de loin. Puisque je ne voulais plus vivre et que rien ne me retenait si ce n’est la vie qui grandissait dans mon ventre. Mais même elle, j’étais prête à la donner.

Quand tout s’est écroulé, j’aurai préféré la mort. Qu’est-ce que je pleurais? La fin d’un amour? Non. La séparation? Non. J’en étais à l’origine. Quoi alors? Je crois que je pleurais l’horreur, les menaces, les années de supplice, la peur. Je pleurais le vide, les images sordides, le froid, les mots.

Je ne savais plus où j’en étais. Alors j’ai choisi de m’écrouler. Je n’avais plus que des briques à mes pieds et plus d’envie. A côté, tous les  maux passés de mon existence me paraissaient vains. Mes mauvaises notes, mes échecs sentimentaux, la mort, mes rêves envolés, la maladie, la dépression…

Un jour, je n’étais plus que l’ombre de moi-même et mon regard dans le miroir me glaçait le sang. J’étais devenue une fille que je ne reconnaissais pas. Personne ne m’a laissé partir alors j’ai choisi de continuer à vivre. Difficilement. Mais vivre quand même. Et j’ai rebâti jour après jour, en triant ce que je voulais garder, ce qu’il devenait nécessaire de laisser partir. J’ai eu souvent l’impression de faire deux pas en avant et trois en arrière. J’ai dû faire face un nombre incalculable de fois à la personne qui me terrorisait le plus dans cette sombre histoire. L’emprise ne s’est pas arrêtée le jour où je suis partie. Elle a redoublé après mon départ et il a fallut s’en extirper.

Peut-être que j’ai repris goût à la vie parce que j’ai choisi un matin d’y croire à nouveau, tout simplement. J’ai fait un énorme travail sur moi pour m’accepter telle que je suis, pour m’estimer davantage, me respecter enfin. J’ai crié, pleuré, détesté la terre entière. J’ai craché ma colère, mon dégoût, ma peur. J’ai envoyé chier tous les principes des autres pour trouver mes essentiels. J’ai racheté ma liberté. J’ai gagné ma paix au prix d’un combat acharné contre moi-même.

Je pense aussi qu’au fond de moi j’ai cette soif de vivre, plus forte que tout, qui me porte. J’ai foi en la vie. Et si j’ai été déçue, maltraitée, j’ai toujours gardé la certitude qu’il y avait aussi de belles choses à vivre, de belles personnes à rencontrer. J’ai fais ce pari. Celui de quelque chose de plus grand, de plus vrai, de plus proche de mes convictions.

Je n’ai pas de formule magique à confier, si ce n’est peut-être identifier ses blessures, travailler dessus, les guérir et aller de l’avant. La confiance est un choix. Le bonheur aussi.

Et vous, qu’est-ce qui vous motive? Quelle force vous permet de vous relever? Quels maux avez-vous dépassés? Comment?