Posted in Atelier Ecriture L'Atmosphérique

Atelier d’écriture #19

Léa le regarde entrer dans l’eau. Il dit qu’il sait, où se trouve la source, qu’il l’a rêvée à demi dans l’obscurité de ses songes. Elle le laisse faire, le laisse s’approprier l’espace, un souffle d’air chaud à portée de regard. L’eau, là où il se trouve, se charge d’éléments indistincts qui forment comme un nuage de poussière. Il ne semble pas le remarquer, alors qu’elle ne voit que ça, cette vague opaque qui s’accumule et gâche le paysage. Elle appelle son nom mais rien ne sort, tout est froissé autour d’elle, d’eux. Elle sent déjà qu’il lui échappe…

Retrouvez ici les textes de cet atelier: Chez Josée, Chez Isabelle-Marie

***

Je vais mettre l’atelier en pause le temps de l’été, car je suis peu présente ici, occupée voir très occupée ailleurs. Je vous souhaite de belles et douces vacances! Et vous dis à très bientôt!

Posted in Tout un poème, Variations Littéraires

Nos “paraître”

Des lignes comme des histoires
Qui racontent ce que l’on cache
Que l’on croit pouvoir
Dissimuler sans faire de tâche

Des sourires comme des masques
Portés à bras le corps, à coup de cœurs
Froissés par la pudeur
Qui recèlent des rides flasques

Des mots, pressés, pressants
Des actes moqueurs, manquants
Des gestes faux semblant

Des déhanchés comme des combats
Un port de tête, des ronds de jambes
Paraitre ce que l’on n’est pas
Qui se ressemble s’assemble

Et qui ne comprend pas reste là à regarder
Tous ces êtres sans substance
Qui cherchent à s’imposer
Tout en perdant de leur essence

Posted in Les Etats d'Esprit du Vendredi

Les Etats d’Esprit du Vendredi 01.07.2022

Credit @mariekleber37

Le début d’un nouveau mois et une nouvelle participation aux états d’esprit, avec une pensée chaleureuse toujours pour les deux fondateurs de ce rendez-vous incontournable et fédérateur (Zenopia et The Postman).

Photo: fleurie c’est de saison!
Fatigue: des nuits de plus de 8h donc tout va bien
Humeur: légère
Estomac: taboulé, cake salé, pâtisseries et thé
Esprit: tourné vers l’essentiel

Cond. phys / Bien être. : yoga matinal et danse dans mon salon

Projets: il faudrait s’y remettre sérieusement! En attendant vous pouvez lire et voter pour mon poème en compétition sur Short Edition pour le Prix Eté 2022!

Culture: Boomerang à la télé, courses de caisses à savon avec Loulou, Escadrille 80 de Roald Dahl avec loulou et L’exilée de Pearl Buck
Penser à: préparer les vacances

Les jolis moments: du soleil, plusieurs déjeuners à deux, une soirée en solo, des jolies cartes, les fleurs du parc

Message perso: (1) Joyeux Anniversaire, une nouvelle fois! (2) Tu es dans mes pensées (3) Je surveille ma boite aux lettres! (4) Plus que 7 jours…

Avis perso: J’avais laissé cette catégorie de côté mais les nouvelles dramatiques en provenance des Etats-Unis m’obligent d’une certaine façon. J’ai évité les médias cette semaine, laissé la colère au loin. Ce recul catastrophique me sidère. Je suis en état de choc je crois. Et je tremble pour toutes les femmes dont les droits sont une fois de plus mis à mal.

Loulou: un peu rebelle en ce moment, fan de foot toujours, écoute du rap (qui ne me plait pas trop mais bon…), câlin tout de même, un peu perdu je crois dans sa peau de petit-grand!
Amitiés : mail, messages et samedi prochain en vrai de vrai
Love : c’est son anniversaire aujourd’hui! ❤❤

Sorties : cadeaux d’anniversaire, préparation des vacances
Essentiel: dire “je t’aime” (il y a plein de façons)
Courses: vacances et cadeaux
Envie de: douceur, la caresse du vent sur ma peau, du souffle de sa bouche sur ma bouche, d’interminables soirées à refaire le monde, de poésie encore et encore
Zic: Walk the moon (rien que le nom ça fait rêver! )

Posted in Sensibilisation Violences Conjugales

Sensibilisation Violences Conjugales #6

La fin d’une relation, quelle qu’elle soit, implique un deuil. Et comme tout être humain normalement constitué, on en vient à bout, chacun à sa manière, chacun à son rythme. Dans un couple où la violence prédomine, le deuil se fait mais il est bien différent. Et je crois qu’il est plus que temps qu’on arrête de nous seriner à longueur de journée, que ce n’est qu’une question de volonté.

A votre avis, quelle est véritablement la part de liberté d’une personne, quand son être a été sous emprise pendant 6 mois, 2 ans, 10 ans, 25 ans?

Le cerveau d’une victime de violence est conditionné. La séparation n’agit pas comme une baguette magique et ne lui rend donc pas toutes ses facultés d’analyse et de raisonnement du jour au lendemain. Elle était en sursis pendant sa relation et elle l’est tout autant après. La violence a laissé des traces, certes invisibles, des traumatismes avec lesquels elle doit composer, tout en tentant de reprendre le contrôle de sa vie.

Son deuil, comme tous les deuils, sera fait de hauts et de bas, de beaucoup de bas parce que dans l’élan de son départ, elle n’a pas pensé à un éventuel jugement, une confrontation, aux dossiers sans fin qu’il faudra remplir pour dénoncer le mal qui lui a été fait, aux efforts qu’il faudra qu’elle déploie pour assumer le quotidien avec un esprit embrouillé qui est capable de lui murmurer que c’est peut-être elle qui a tout inventé. Elle n’a pas pensé que peut-être sa parole et ses droits seraient remis en question, qu’il lui faudrait revoir son agresseur, faire face à son excès de gentillesse ou à sa fureur. Et heureusement, sinon elle n’aurait pas fait ce pas libérateur.

Arrêtons de lui dire qu’il est temps de passer à autre chose, que son conjoint ne mérite pas qu’elle en bave autant, qu’il faut regarder le bon côté des choses. Elle ne rêve que de ça. Mais sa réalité est bien plus floue et complexe, tiraillée entre colère, tristesse, culpabilité, pitié (et l’autre ne va pas lésiner sur cet aspect là, c’est son arme la plus redoutable), envers l’autre et pire envers elle.

Face à un tel traumatisme, seule une aide psychologique lui permettra de refaire surface. Mais une écoute attentive peut être aussi très efficace, si elle n’est conditionnée par aucun jugement, ni limitée par aucun cliché. Etre écouté c’est aussi être entendu dans sa souffrance à l’instant T. Et ce n’est pas négligeable pour une personne qui a été beaucoup dévalorisée, dénigrée et mise de côté.

Posted in Dans ma bulle

Les livres d’avril 2022

Je maintiens mon retard mais j’ai des circonstances atténuantes! En avril, il y a eu les vacances scolaires donc un peu plus de temps pour lire le soir et donc pas mal de lectures à vous partager avec de vrais coups de coeur!

J’ai commencé le mois avec L’allée du Sycomore de John Grisham. Ou quand un propriétaire blanc donne tout son héritage à sa femme de ménage noire. Je vous laisse imaginer le tableau! S’ensuit une bataille judiciaire sans précédent. J’ai aimé le style, découvrir une facette de l’histoire des Etats-Unis. J’ai trouvé le final un peu optimiste mais j’ai dévoré le roman jusqu’aux dernières lignes. Et puis un peu de positif ne fait pas de mal!

J’ai poursuivi mon voyage avec Ne lâche pas ma main de Michel Bussi, direction l’Ile de la Réunion. Une femme disparue, un père en cavale, une vengeance qui sommeille. Le suspens était au rendez-vous. Là aussi ça finit bien! Un moment de lecture agréable.

J’ai ensuite ressorti de ma bibliothèque un livre qui pour moi fait partie de mon top 10 – I shall not hate de Izzeldin Abuelaish. Un véritable chant d’espérance et un plaidoyer humain pour la paix entre les peuples. Ce roman est autobiographique, il faut avoir le coeur bien accroché pour le lire. Mais il en vaut la peine!

J’ai poursuivi dans les sujets lourds (il y a des phases où je peux me le permettre) avec une nouvelle relecture – Les Hirondelles de Kaboul de Yasmina Khadra. Mais là l’espoir s’est perdu au milieu de la folie des hommes. Trois destins Afghans assassinés par un pouvoir gangréné et une religion malmenée.

Puis j’ai voyagé dans le monde d’une Famille Parfaite de Lisa Gardner. Quand une famille sans histoire disparait, ça a de quoi éveiller les soupçons! Un autre roman qui tient en haleine même si j’ai trouvé que l’histoire se trainait un peu – style ou traduction – je ne saurai dire. Pas très convaincue par la fin non plus. Voilà, ça se lit, mais il est de suite reparti dans la boite à livres où je l’avais trouvé.

J’ai achevé mon mois sur l’Ile de Ré, avec une lecture toute légère – Nos enfants si gâtés de Madeleine Chapsal. Autant vous dire que je l’ai savourée… L’été, la famille, les adolescents qui s’essaient maladroitement au jeu de la vie. Et leurs parents qui les regardent un peu perdus, qui tentent de les comprendre et qui se laissent aller à les laisser gagner en liberté le temps de quelques allers-retours à la plage. Une chronique rafraichissante, un avant goût de vacances!

Au plaisir de découvrir vos lectures préférées… Je vous dis à très vite pour le récap de Mai, lui aussi très varié!

Posted in Carnets de route

Je suis Hypersensible

Si joliment dit…

The Apprentice to the Universe

On les appelle les pleurnicheurs, les émotifs, les penseurs.
Je suis hyper sensible.
Tout me touche, m’atteint, m’émeut, me submerge, me gonfle.
J’ai mal pour moi, pour l’autre.
Je ressens.
Je pleure pour un rien, je ris facilement.
Je sens les odeurs, les âmes, la tristesse.
Je n’ai aucune limite à ressentir.
Je m’énerve plus facilement,
Je suis à fleur de mots, de peaux, de beaux.
Je suis une hypersensible.
Je suis différente.
Remplie de poésie.
Quelque chose danse en moi.
Une lumière me rend bizzare, intouchable, indomptable.
J’en demande toujours trop.
Je parle pour ne rien dire, parce ce qu’il a toujours quelque chose à en dire.
On les appelle les marginaux, les fous, les extra humains.
Je suis une écorchée, une abîmée, une blessée de vie.
Je suis empathe.
Je décèle ce qu’on ne me dit pas,
Je tire les vers du nez.
Je respecte le silence, car…

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Atelier d’écriture #18

“Oui puisque ce soir on en parle, puisque ce soir tu me le demandes sans détour, je serais même prêt à aller jusque là, à faire ça pour toi, tu as l’air de tellement y tenir, ça à l’air si important pour toi, alors si ça peut te faire plaisir pas d’état d’âme, je te suivrai, je ferai ce que tu me diras.

Je me demande quand même comment nous en sommes arrivés là, à cette idée farfelue. Je fouille ma mémoire à la recherche de cette discussion que nous avons eu et qui revient sur la table ce soir. Un truc d’envies et de fantasmes. Est-ce que je m’attendais à ça? Pas le moins du monde. Je pensais que tu me sortirai un bon vieux cliché: l’ascenseur, la voiture, la forêt la nuit ou encore un lieu bondé en plein jour. Oui c’est ça, du classique, voir un truc un peu barré de soumission ou de te faire l’amour sans te toucher. Tu vois, j’avais déjà plein de scénarios en tête.

Et d’ailleurs où as-tu pu pêcher cette idée? J’aurai dû aller jeter un coup d’œil dans les magazines que tu ramènes toutes les semaines et qui me font l’effet d’être de la guimauve de bazar. Ils t’en vendent du rêve inaccessible devant lequel tu baves comme une adolescente transie.

Enfin, maintenant que j’y suis, plus le temps de maudire les journalistes ni de faire marche arrière. Chose promise, chose due, je ne suis pas du genre à renoncer. Alors comme je suis un amoureux aux petits soins, je vais te lécher un à un les doigts de pieds comme tu me l’as demandé avec un sourire espiègle. Mais sache que ce n’est vraiment pas ma tasse de thé!

Retrouver les textes ici: Chez Ghyslaine, Chez Josée, Chez Isabelle-Marie

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Merci de votre patience pour cet atelier. J’ai été prise par des affaires personnelles ces dernières semaines et je n’ai guère eu de temps pour cet espace. Je reprends mes bonnes habitudes tout doucement. Pour la semaine prochaine, je vous invite à écrire un texte à partir de cette photo – Crédit Olivier Reynes

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Intense

Tout ce que je vis est câblé sur un volume d’une intensité qu’il m’est, encore aujourd’hui, difficile de canaliser. Petite, je savais m’extraire du monde. J’ai perdu cette baguette magique ou bien on me l’a prise, en pensant qu’elle allait m’empêcher.

Tout vibre autour, en moi, tout me touche, me surprend, tout me tiraille, me suspend. Je vogue sans arrêt entre des émotions contradictoires, la mélancolie est ma patrie, la mort mon alibi. Et je n’y peux rien.

J’ai longtemps refusé d’être cataloguée hypersensible, pourtant tout est là, tout parle fort et vite, pourtant jour après jour, je me sens trahie par ma propre volonté, tout me chahute, la joie, la peur, la peine. Tout vient se coller à moi quand je ne peux plus le bruit, ni la lumière, quand tout m’agresse, quand un son m’oppresse, quand un changement d’agenda me laisse à bout de souffle.

Tout se bouscule dans ma tête, tous les mots s’offrent des voyages et je prends des virages pour aller d’un point A à un point B. Je donne si bien le change, je m’adapte si bien, c’est ce qu’on dit si facilement. Oui je passe si bien sous silence le manque de constance. Je souris et mon sourire envoie valser l’imprécis.

Je vis tout à fleur de peau, à fleur de trop, je suis dans un vague à l’âme permanent quand mon regard se pose sur une tristesse, sur un regard, sur tout ce qui ne se dit pas mais transpire dans les gestes. Je suis dans un émerveillement surdimensionné. Je suis dans un émotionnel qui n’a pas de bouton off.

Je vois tout, je sens tout, à travers une histoire, je sais sans savoir, mon corps mesure l’impact. On a beau se cacher derrière des couches et des couches de petites choses qui sont là pour maquiller ce qu’on ne veut pas laisser voir et puis un jour il faut composer avec toutes ces parts qui nous composent.

Alors j’apprends, petit à petit, comme un enfant face à ses premiers pas, j’apprends mon souffle qui se détend et mon souffle qui se fractionne, j’apprends le recul sans l’abandon, la distance sans l’éloignement, j’apprends à être avec les gens sans y perdre toute mon énergie.

J’apprends à accepter ce que je peux et ce que je ne peux pas, ce qui est ma plus grande faiblesse et ma plus belle force, ce qui me perd et ce qui me tient, pourtant, toujours debout.

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Les Etats d’Esprit du Vendredi 10.06.2022

Je reviens aux états d’esprit (from time to time), avec une pensée chaleureuse aux deux fondateurs de ce rendez-vous incontournable et fédérateur (Zenopia et The Postman).

Photo: des fleurs…
Fatigue: on en parle plus tard
Humeur: bonne tout de même
Estomac: salade, thé, chocolat
Esprit: mélangé

Cond. phys / Bien être. : yoga matinal, vélo

Projets: en pause depuis longtemps mais mon esprit a été occupé à d’autres choses

Culture: HPI et le Foot avec loulou – niveau lecture l’armée des ombres de Joseph Kessel
Penser à: préparer mardi

Les jolis moments: il y en a eu…un weekend entre amies, un bowling, des mots posés et déposés, le soleil, de nouveaux plaids pour la maison

Message perso: (1) je ne sais pas dire ( ou mal dire) quand ça ne va pas (2) ça fait du bien de se voir (3) contente que ce voyage ai été productif (4) ce format te va à ravir!

Loulou: fan de foot, change de club, pas fan de se laver, d’anniversaire dimanche
Amitiés : le weekend dernier et dans 4 semaines en vrai
Love : de retour de déplacement, à l’écoute toujours

Sorties : la visite du mois, marché, aller voter (et ça ira)
Essentiel: dire les choses ou les écrire
Courses: marché et cadeau fête des mères (en retard)
Envie de: temps…
Zic: de circonstance

Posted in Carnets de route

En corps composés

Credit Kaboompics

J’essaie d’attraper au vol tout ce que j’ai aimé avec toi, de toi, ce diffus des premières heures, cette impression du temps qui n’a pas de limite. Je ne sais pas bien l’amour. Je n’ai jamais été au-delà, j’ai connu les silences et beaucoup d’absence. Alors j’évolue en terrain inconnu et tout ce qui n’est pas stable me semble compromis. Je me sens en sursis.

Je réécris du bout de ma plume tous ces instants magiques, tout ce qui a fait pencher la balance en faveur d’un essai. Et les affinités ont envoyé valser tout ce qui nous éloignait. Même au cœur des tempêtes émotionnelles, il y a toujours eu cette flamme, cet appel vers toi, ce sentiment qui s’enflamme au toucher de ta voix.

Mais plus j’avance, plus je recule, plus j’ai peur, plus je me fonds dans le silence pour que chaque pas loin de toi ne me soit plus si pénible. Je reprends l’armure façonnée pour me protéger. J’efface les possibles, obnubilée par les impossibles. Je ne sais pas comment vivre comme ça.

Alors je m’aventure dans les souvenirs, ils me tiennent au chaud le temps que je saisisse où, quand, comment j’ai commencé à dériver, où, quand, comment c’est arrivé, cette distance entre nous, cet éloignement imposé par le quotidien, cette passion évanouie, ces petites attentions dispersées dans la nuit.

Peut-être que c’est juste la vie de couple, cette vie dont je n’ai aucune idée, qui me prend par surprise et me demande de m’abandonner. Mais comment je compose avec toutes ces insécurités? Je me décompose et j’aimerai que tu lises entre les lignes de mes contradictions.

J’erre sur le chemin à la recherche de ce qui nous tient encore debout, encore amants, en corps composés. Je cherche ta main dans ce que je ne sais pas nommer, ton regard sur un horizon désarticulé, quelques grammes d’un désir presque enfantin pour apaiser l’incertain.

L’été me rappelle la passion, délectation, cet état de vibrations. Peut-être que je veux trop de ce qui n’est plus une composante si présente de nous deux. Peut-être bien que c’est autre chose qui se dessine, quelque chose que je ne sais comment appréhender, qui me demande de lâcher ce qui me tient en sécurité…

Posted in Atelier Ecriture L'Atmosphérique

Atelier d’écriture #17

Les souvenirs, un mot qui fait froid dans le dos pour tous ceux qui s’y perdent aisément. Alice est de ceux là. Elle compte les petits papiers de toutes les couleurs qui jonchent la table du salon, tous ces instants de vies vécus à deux dans un temps qu’elle ne connait plus. Lui, il va, il vient, il n’est plus d’ici. Il s’arrête parfois pour la regarder dormir et il s’en va serrer le corps d’une autre dans ses bras.

Sur un des papiers, un voyage en Grèce. Sa jupe longue contre sa peau nue, le soleil très chaud, la mer comme une nappe de soie autour de leurs corps jeunes et ce sourire qui chahutait ses plus intimes pensées.

Sur un papier vert, le premier plus, premier enfant. Le premier matin d’une vie à trois. Premiers pas d’une vie qui espère le meilleur. Deux regards fixés sur le merveilleux.

Un papier rose l’embarque dans un gîte du Sud, l’odeur de la Socca et le chant des cigales, les conversations interminables entre amies à refaire le monde, réinventer les sentiments.

Puis un jaune comme les tournesols du champ d’à côté, un rouge pour le vin des grandes occasions, un bleu comme le ciel au dessus des promesses, un blanc pour sa robe de tulle, un gris pour les jours de pluie passés sous la couette.

Des souvenirs, elle se dit, qu’elle devrait réécrire pour peut-être rattraper l’amour qui sauve les apparences mais qui fuit. Cette fuite là elle ne sait pas si elle y résistera.

Retrouvez les participations ici: Chez Isabelle-Marie, Chez Marinade d’Histoires, Chez Josée

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Pour la semaine prochaine, je vous invite à commencer votre texte par la phrase suivante (tirée du livre: de Serge Joncour combien de fois je t’aime): “Oui puisque ce soir on en parle, puisque ce soir tu me le demandes sans détour, je serais même prêt à aller jusque là, à faire ça pour toi, tu as l’air de tellement y tenir, ça à l’air si important pour toi, alors si ça peut te faire plaisir pas d’état d’âme, je te suivrai, je ferai ce que tu me diras.”

Posted in Carnets de route, Variations Littéraires

Ce que j’ai tu, ce que j’ai dit

J’ai tout dit au vent, aux arbres et aux roses, aux ailes dorées et au chant mélodieux de l’oiseau. Tout dit au ciel et à la terre, à la mer et ses vagues, aux morts et leurs âmes

J’ai tout dit au temps qui passe, envoyé valser les secrets qui lassent, toutes ces petites hontes que l’on se traine. Et qui finissent par fendre nos cœurs en minuscules particules de haine.

J’ai tout dit pas à pas. En laissant suspendues les sempiternelles questions des autres. Chacune avec son lot d’attente qui ne pouvait être comblé.

J’ai dit ce que j’ai tu pour me protéger. Et pour ne pas m’avouer surtout que ce silence contenait toutes mes insuffisances.

J’ai tout dit au vide, aux prières, au soleil, aux champs verts, à l’horizon embrumé.

Puis j’ai tout dit aux humains, à leurs points d’interrogation, à leur mutisme qui me donnait tort, à leurs valeurs qui chahutaient les miennes, à leurs regards qui trahissaient cette opinion, souvent si haute – trop haute, qu’ils avaient pu avoir de moi et qui d’un coup se fendait en deux ou en mille.

J’ai tout dit sans ciller pour ne pas prolonger le verdict. J’ai dit les failles du système de mes pensées, les peurs qui ne se montrent pas, les choix de vie désordonnés, les sentiments maladroits, tout ce qui a nourri cette sensation de n’être pas assez.

J’ai dit mes maladresses et mes tourments, au fil des aveux. Tous ces demi-vérités gardées comme des bombes, ces réalités maquillées pour que les yeux ne se chargent pas de buée, pour que ma place ne devienne pas nuée de poussières.

Il reste à lâcher, à oser, à faire danser, les mots, les maux et tous ces à peu près pour ne pas offenser, faire pencher la balance en ma défaveur. Il reste à dire ce qui saute aux yeux mais que je retiens pour que nul ne lâche ma main.

Il reste à me dire à moi tant de choses, celles qui feraient exploser tant de possibles, celles qui viendraient me mettre en position d’équilibre au bord de l’abîme, celles que je sais et que je maintiens dans l’obscurité pour qu’aucune ombre ne vienne davantage chahuter mes nuits ou obscurcir mes pensées.

Il reste à me dire tout ce que j’ai dit au vent il y a bien longtemps…

Posted in Atelier Ecriture L'Atmosphérique

Atelier d’écriture #16

Texte à venir sous peu

Retrouvez ici les participations: Le texte de Rizzi ci-dessous, Chez Sweet Things, Chez Mijo, Chez Isabelle-Marie, Chez Josée

L’inaccessible étoile

Marion Blédine, perchée sur l’extrême bord d’une chaise transparente qu’elle imagine design, se demande ce qu’elle fait face à cette journaliste péremptoire aux talons et à la voix hauts perchés qui vient de la lancer, comme on dit dans le métier :

  • Chère Marion Blédine, nos auditeurs sont impatients de connaître les tenants et les aboutissants de votre singulière reconversion professionnelle. Racontez-nous votre parcours de vie !

Ça lui fait drôle à Marion de parler d’elle. Elle ne se rappelle pas que quelqu’un se soit jamais intéressé aux méandres de sa vie. Peut-être même pas elle-même. A la maison ça criait fort, crescendo. Parfois, la vaisselle des services des grands-mères volait haut, se heurtait fort et retombait mal. Dans l’acmé de la crise, les portes claquaient. Elle se rappelle que le pire c’était le silence d’après, dans lequel il fallait tenter de recommencer à vivre, en apnée d’abord, jusqu’au prochain tsunami. A l’école, à cause de son patronyme au goût de farine lactée et des rondeurs poupines qui ne la quittaient pas, on la surnommait la bouillie ou simplement la bou-bou.

Quand il avait fallu s’orienter professionnellement, Marion avait choisi gardienne de la paix parce qu’elle avait toujours cru dans la force des mots. Si on lui confiait la paix, elle s’engagerait à la garder farouchement. Ça c’était dans l’idée. Dans les faits, la paix n’était malheureusement pas au commissariat. Elle y a tout juste attrapé la stature hommasse que donnent l’uniforme et ses accessoires et l’esprit de corps. Les collègues sont devenus des copains, les copains des potes et le vidage des pintes de bière un sport collectif après le service. On l’appelait Bou-boule.

Après des heures et des heures de service, la retraite est arrivée avec l’envie de faire quelque chose de ses dix doigts. Elle a ouvert un atelier de réparation et d’entretien de radiocassettes. Ses clients sont paisibles, de vieilles personnes du quartier qui lui apportent des appareils de l’autre siècle frappés de mutisme. Marion opère à moteur ouvert, elle répare les engrenages défectueux. Ces machines, elle les bichonne, les pomponne, les dorlote et les rend en état de marche à leurs propriétaires ébahis. Avant de les laisser partir, Marion glisse une cassette dans la gorge de l’appareil, enfonce la touche noire du clavier et écoute la voix de Jacques Brel chanter sa quête de l’inaccessible étoile. Alors, c’est comme si elle devenait Don Quichotte de la Mancha. Ses clients l’appellent Marion.

Rizzie

***

Mon texte arrivera plus tard dans la journée ou la semaine. En attendant vous avez un peu de lecture et je vous laisse avec les consignes pour le prochain atelier: écrire un texte à partir de la citation suivante “pour bien écrire, il faut savoir vivre et revivre ses souvenirs” Alain Mabanckou. Au plaisir!

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A l’heure du départ

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Je pensais que je trouverai, que je trouverai autre chose que ce vide. Je pensais qu’au milieu du chaos tu aurai laissé une trace d’un quelconque amour. Je pensais qu’au milieu de ton fouillis, il y aurait un petit quelque chose pour me dire, nous dire comment tu avais vécu, aimé, un petit rien pour que l’on comprenne un peu mieux ce chemin.

Force est de constater que nous faisons tous partie d’un rendez-vous raté. Au chagrin de ta souffrance, sur ce lit d’hôpital, il y a de la colère et une émotion que je ne sais comment nommer. Ta souffrance, elle, te rend humaine pour la première fois. Et je saisis chaque opportunité de venir au contact de ta peur, de ta peau tâchée, de ta chute programmée comme pour me nourrir de ce qui m’a tant manqué.

Plus ça dure, plus c’est dur. Un jour je me dis que je suis prête à faire table rase, à ne retenir que le meilleur. Et puis mon cœur s’emballe et je perds les pédales. Seule avec mes vagues, j’oscille comme un instrument désaccordé. J’ai envie que cette violence dans laquelle nous avons baigné prenne fin, que tu partes vite et bien, que tes maux se taisent pour que les miens puissent s’apaiser. J’ai envie que cette agonie cesse, pour toi, pour nous.

Au fond, dire aurevoir est toujours un passage, même quand l’amour a été blessé. Il y a tant de choses à laisser parler, passer, à laisser aller avec le courant de la vie qui doucement s’enfuit. Je ne sais pas ce qu’il faut garder, quels souvenirs, ce qu’il faut de courage pour oser tout abandonner, pousser la porte, la refermer et ne plus y revenir.

Je ne sais pas répondre aux questions. Je ne sais pas dire quel manque sera là quand tu ne seras plus. J’essaie les mots mis ensemble pour dire ce “nous”. Je retiens ce qui s’attache depuis toujours que l’amour ne suffit pas, qu’il ne peut rien, qu’il peut errer des années sans trouver de repos.

J’espère que dans le tien, le mien trouvera la clé de ce que je tais pour ne pas me blesser.

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Nouvelles injonctions: Arrêtons le massacre!

Avertissement: Dans ce texte je vas partager mes états d’âme du moment. Si vous n’avez pas envie de les écouter, passer votre tour. Ca évitera les commentaires du style “mieux vaut voir le verre à moitié plein” ou “il y a un truc derrière ton émotion”. Je vais être franche je m’en contrefous royalement, là, maintenant, j’ai juste envie de dire ce que j’ai à dire. Point barre.

En relisant le commentaire de Mijo sur mon article Regarder les gens couler je me suis rendue compte que la tendance actuelle nous collait sur le dos de nouvelles injonctions, en lieu et place de celles dont nous tentons de venir à bout. Nous sommes passés du “sois fort”, “pense aux autres” ou “fais plaisir”, au “ose”, “pose tes limites”, “sois authentique” ou “prends soin de tes émotions”.

Dans cette course au perfectionnement de soi, nous sommes semblables à des robots. Nous sommes tous appelés à lâcher nos masques, à sortir de notre zone de confort, à vivre nos émotions, à vivre l’instant présent. Quand aucune de nos vies ne se ressemble. Nous sommes lobotomisés avec toutes ces théories du bien-être qui nous inculquent la recette magique pour une vie qui a du sens. Au final rien ne fait sens.

Les psychologues – les vrais, ceux qui ont fait des études en ce sens, et non ceux qui se sont improvisés thérapeutes en trois semaines de formation intensive – sont unanimes, la France est en grande souffrance. Et pourtant nous vivons dans un monde où le bonheur fait la une des étagères des librairies.

En vérité, toutes ces phrases sont des bombes, toutes ces citations positives sont d’une violence sans nom. Elles génèrent culpabilité et mal être. Elles imposent une manière de voir et d’être qui met de côté le psychisme humain. A les croire, nous serions créateurs de notre réalité. Imaginez vous dire ça à un enfant victime de sévices. Ca remet sacrément les idées en place, non?

Sans compter que nous devenons, à force, tous des moutons alors même que l’industrie du développement personnel nous promet des techniques pour devenir nous-mêmes! La bonne blague!

Dans notre monde, il n’y a plus de place pour le dépassement de soi, pour l’émotion pure avec laquelle nous tentons de composer, il n’y a plus de place pour les maux qui nous bousculent, il n’y a d’ailleurs plus que nos thérapeutes pour nous écouter, sans nous rabâcher que tout est cycle et que tout passe, qu’on tire toujours du positif de nos expériences traumatisantes, qu’il faut R-E-L-A-T-I-V-I-S-E-R.

Imaginez quelqu’un qui ne sait pas nager, à qui on demande de sauter du plongeoir. C’est incohérent et dangereux. C’est la même chose pour la zone de confort ou tout autre “ose” en début de phrase, sans accompagnement thérapeutique, c’est suicidaire. Mais aujourd’hui on veut nous faire croire que c’est notre unique salut, que nous en sommes tous capables, qu’il suffit de le vouloir. A croire que si nous échouons, nous sommes des ratés. Quoi de mieux pour aller plus mal!

Je suis fatiguée de tout ce que j’entends, de tout ce qui me / nous tire vers le bas. Je suis fatiguée des personnes qui ont toutes les réponses, qui croient détenir l’ultime vérité (tout en te disant qu’il n’y en a pas), je suis fatiguée d’entendre les mêmes mots tout le temps (notamment le” ça va?” qui m’horrifie et que je me surprends moi même à prononcer parfois) , je suis fatiguée de tout ce qu’on nous demande d’être sans cesse, jusqu’à ce qu’on s’écroule parce que ça ne nous correspond pas, je suis fatiguée des masques qu’on ôte pour en remettre d’autres (en pensant qu’on n’en porte plus).

Voilà je suis fatiguée de toute cette pression à créer une meilleure version de nous-mêmes tout en acceptant nos fragilités, en dépassant nos peurs, en accueillant nos émotions, en osant dire stop, en étant empathique (sans porter les problèmes des autres), en prenant soin de nous (sans sombrer dans l’égoïsme). Et tout ça en gérant harmonieusement notre boulot, notre budget, notre vie privée, notre vie de famille, en faisant du sport et du bénévolat, en étant positif et en ne laissant pas la morosité ambiante nous atteindre…

Pas étonnant alors que nous soyons tous à plat, complètement paumés et à la limite de l’asphyxie!