Il est l’heure de pardonner…

Crédit Pixabay

A chaque respiration, elle s’en va. Elle sent la fin arriver. Elle compte les pas avant le dernier saut. Elle respire mal d’ailleurs. Elle sent son sang manquer de vie. Elle s’achemine vers la fin de la sienne. Seule.

C’est bien ça, elle est seule. Le vide s’est fait autour d’elle. Au fil des années. Au fil des mots blessants qu’elle a  prononcé. Au gré de ses départs sans retour en arrière possible. Au volant de ses idées incompatibles avec la notion même d’amitié.

Elle part. Elle est triste puis elle est dure. Elle laisse planer le doute. Elle fait mal. Elle brise à l’intérieur. Et donne le change à l’extérieur. Elle méprise et supplie presque. Elle largue des bombes à intervalles irréguliers. Elle s’intéresse si le conflit est sous-jacent. Sinon elle laisse couler. Pas assez intéressant.

Elle nous voyait puis elle nous voit moins. Elle ne se pose pas de questions. Nous passons forcément pour la jeunesse sans reconnaissance. Qui ne retient rien. Quand on la voit, elle s’énerve vite. Tout ne va pas au juste rythme. Les enfants crient et font du bruit. Nous aussi. Un peu trop. C’est usant.

Elle nous tient à l’écart. Puis elle veut nous voir, craignant que ça ne soit la dernière fois. Comment voit-elle la mort? Quelle allure a t-elle? Celle d’un linceul noir ou bien d’un ange blanc? Comment vit-elle ces heures qui la rapprochent de l’éternité?

***

Elle ne sait plus. Elle voudrait que tant de choses soient différentes. Elle aurait voulu une vraie mère qu’on accompagne dans ses dernières heures douloureuses. Elle aurait voulu de la tendresse. Pouvoir prendre soin d’elle.

Elle ne fait que son devoir de fille. Elle s’occupe de l’intendance, les visites médicales, les courses. Puis s’enfuit. Trop de mépris. Trop de maux qu’elle trimballe. Toute une vie. Du gâchis.

Elle voudrait pouvoir faire plus. Mais face à la méchanceté, son amour ne fait pas le poids. Elle pleure ce qui n’a jamais été. Elle pleure l’enfance blessée. Elle pleure le rien, tout ce qu’elle n’aura pas eu, tout ce qu’elle n’aura pas connu.

Elle espère. Peut-être. Elle sait que non. Mais elle espère. Un regard en arrière. Un pardon. Des regrets. Pouvoir dire aurevoir. Juste ça. Elle attend un “je t’aime” qui ne viendra pas.

***

Je suis actrice et spectatrice. Je suis l’enfant et la petite fille. Je suis d’un côté, forcément. Celui de l’amour. Bien évidemment. J’écoute. Ma mère. Je sais le poids de tout, du présent et du passé. De l’avenir. J’imagine.

Je ne saurai jamais qui elle était, pourquoi elle a tant détesté ma mère, pourquoi elle m’a tant utilisée sous couvert d’un amour débordant, pourquoi elle n’a jamais regardé ma sœur, pourquoi elle n’a jamais aimé mon père, pourquoi elle a toujours cherché à nous diviser.

Je me dis qu’aujourd’hui, pour moi, il est temps de pardonner. Pour que ma grand-mère parte en paix. Pour que je reste en paix. Les questions n’ont pas de réponse. Le mystère reste entier.

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Les États d’Esprit du Vendredi 17.05.2019

Crédit Marie Kléber

Je fais mes états d’esprits le vendredi cette semaine! Encore et toujours, une pensée particulière pour The Posman et Zenopia .

Début [21h51]

Photo: Jeux d’enfants et ombres…
Fatigue : vu l’état de ma semaine je dirais que je m’en sors pas mal
Humeur : beau fixe
Estomac: quiche sans pâtes, framboises, tisane
Esprit: léger
Cond. phys. : quelques planches et de la marche, un peu de danse aussi
Boulot: confiance quand tu nous tiens!!
Culture:  Bas les Voiles & La muette – Chahdortt Djavann (une plume que j’aime beaucoup) – le tout dernier été de Anne Bert (un livre sur la fin de vie très émouvant et fort)
Penser à : avancer sur mes projets
Avis perso (1): certaines personnes manquent de tact mais au moins l’essentiel est dit
Avis perso (2): pourquoi la pluie rend les gens si moroses?
Avis perso (3): que deviendront tous les écrits que nous n’aurons pas partagé (avec ceux que nous aimons)?
Message perso: (1) je ne te connaissais pas ce côté “engagé” (2) merci pour ton écoute (3) mes pensées pour toi, ce genre de nouvelles déstabilise vraiment (4) il faut parler de tout cet “intime”, tant de femmes sont touchées
Loulou: très exigeant,trop, adore les devinettes et le mot “pourquoi?”
Amitiés :  un weekend entre filles, c’est un bonheur sans pareil!
Love : sportif, présent, aime partager ses expériences, arrive en quelques phrases à apaiser mes angoisses
Sorties : en famille, en amoureux
Essentiel: vivre
Courses: une tenue de mariage pour loulou et moi…encore
Envie de: retrouver mon équilibre
Zic: chanson du moment de loulou

Fin [22h11]

Bon weekend à vous! Profitez en bien!

Mon premier et unique Ramadan

Crédit Pixabay

Ce matin je discutais avec une collègue qui fait le ramadan. Je l’ai fait. Une fois. Elle m’a demandé, pourquoi une seule fois? Pourquoi pas maintenant?

Mon premier et unique Ramadan, je venais de me marier et je me disais que c’était une bonne entrée en matière. Et puis ça m’intriguait aussi. J’en avais tellement entendu parler (en termes élogieux bien sûr) que je voulais me faire mon idée. Et puis à cette époque là, j’étais très branchée religion, je lisais le Coran, je relisais la Bible.

Comme pour beaucoup de choses, c’est le premier pas qui compte! Les premiers jours nous étions deux, en pleine lune de miel, le point culminant de notre histoire, après le chaos et avant la déroute. Et puis au mois d’août en Irlande, la chaleur n’est pas non plus écrasante. Ce qui tombait bien car l’amplitude horaire était assez conséquente, elle.

Je me levais aux aurores, je me préparais un petit déjeuner copieux (avec des dates, du lait, des céréales, des fruits, des fibres) et je priais. Entre midi et deux, je me promenais, je lisais. Le soir était plutôt festif. Nous étions souvent invités. Dans la plupart des pays musulmans, la rupture du jeûne est l’occasion pour beaucoup de partager un repas, ouvrir sa maison aux plus démunis, faire don de ce qu’on a et que d’autre non pas. Le Ramadan est vraiment le moment de se dépouiller de tout le superficiel pour revenir à l’essentiel. Ce qui vaut pour le reste de l’année – beaucoup ont malheureusement tendance à l’oublier (c’est une autre histoire!)

J’ai tiré beaucoup de positif de cette expérience. Beaucoup me disaient que sans la dimension religieuse sous entendue “religieuse musulmane”, ça n’avait pas grand intérêt. Certes je n’ai pas fait le Ramadan comme les musulmans car ce n’est pas ma religion et que je n’ai eu à aucun moment le désir de me convertir. Je ne l’ai pas fait non plus par obligation / habitude ou pour un quelconque gain (style une place de choix au paradis!). Je l’ai fait par choix personnel, par choix spirituel.

Ce qui m’a semblé le plus difficile c’est la solitude. Une fois les tous premiers jours passés, chacun a repris son travail et là, c’était une autre histoire. Je ne mangeais plus avec mes collègues. Je déclinais les invitations de mes amies pour déjeuner. Je ne comptais plus les regards inquiets quand j’évoquais mon choix (pour une fois je n’étais forcée à rien pourtant!). Et puis, lui, il travaillait loin donc j’étais souvent seule (ce qui en temps normal ne me dérangeait absolument pas). Et dans ces cas-là, les invitations se faisaient plus rares aussi. Rompre le jeûne en tête à tête avec soi-même c’est beaucoup moins enthousiasmant d’un coup.

Et vous le Ramadan, ça vous parle? Vous le faites parce que c’est votre religion? Ou vous ne le faites pas? Vous avez déjà essayé? Ou ça ne vous a jamais intéressé?

Interview Femmes Inspirantes #2 – Community Manager, la reconversion de Cécilia

Enfin, un mercredi non férié – non pas que je n’aime pas ça, mais là, ça a coupé net l’élan des interviews des femmes inspirantes! C’est reparti, avec un super témoignage de reconversion, au goût Haribo. Vous allez adorer!

Crédit Cécilia Acidulée

Bonjour Cécilia. Une présentation succincte s’impose avant de passer aux choses un peu plus sérieuses :

Comme tu l’as dit, je m’appelle Cécilia, j’ai 39 ans, je suis mariée et maman d’une petite fille de 3 ans. Originaire de Loire-Atlantique, je vis à Paris depuis plusieurs années. Je suis fan de l’océan (Atlantique évidemment) et ne serai pas contre un déménagement en province pour m’en rapprocher. Je suis une incorrigible gourmande, totalement addict aux bonbons et aux gâteaux apéro. Je ne carbure qu’au beurre salé, j’ai un sens de l’orientation pitoyable, je suis nulle en couture et je ne sais pas dessiner. Sinon, j’ai 12/10ème à l’œil gauche mais j’imagine que tout le monde s’en fout!.

Tu es en pleine reconversion professionnelle. Peux-tu dans un premier temps nous présenter ton parcours ? 

J’ai été pendant de nombreuses années assistante de direction, métier que j’ai apprécié à mes débuts pour sa rigueur et les rencontres qu’il m’a permis de faire. Moi qui suis plutôt avenante, je ressentais le besoin communiquer et en la matière, j’ai été servie. Mais je suis, depuis octobre dernier, en pleine reconversion professionnelle.

Quel a été le déclencheur ? 

Je me suis, dans un premier temps, lassée de ce métier dans lequel je ne m’enrichissais plus intellectuellement parlant. J’envisageais de changer d’entreprise mais au fond de moi, je sentais que cela ne suffirait pas. J’avais déjà envisagé une éventuelle reconversion mais les freins se sont rapidement actionnés. Principalement pour des questions financières. J’ai songé revenir à mes premiers amours (je voulais être éducatrice spécialisée lorsque j’étais jeune) mais la réalité du métier m’a sauté au visage. Beaucoup d’investissement, une faible rémunération et des contraintes horaires dont je ne voulais pas. Je n’étais pas prête à faire ces sacrifices, en tout cas, pas en étant maman.

 Quelles ont été les étapes entre la prise de conscience d’un besoin de changement et le passage à l’acte ? 

Un jour, ma copine Maude Perrier que tu connais, m’a suggéré de créer un blog alors que je ne savais même pas ce que c’était… On était alors en février 2017 et ma fille avait fêté ses 1 an quelques semaines plus tôt. Je me suis dit « Why not ? Après tout, puisque je m’ennuie, je n’ai rien à perdre à tenter l’expérience ». C’est ainsi que mon blog « Bébé est arrivé ! » est né (je l’ai par la suite renommé « CéciliAcidulée »). Alors que je ne connaissais rien au digital, je me suis découvert une véritable appétence. Je suis devenue accroc aux réseaux sociaux et j’avais envie de tout savoir ! Et c’est en cherchant à m’améliorer que j’ai découvert le métier de Community Manager. Cela a été une révélation. Entre certains aspects du métier que je connaissais et les autres qui m’attiraient, je me suis dit Banco. C’était il y a un peu plus d’un an, j’avais alors 38 ans et c’est là que j’ai décidé de changer de carrière !

 Qu’est-ce qui a été le plus simple ? Le plus compliqué ?

Prendre la décision d’opérer un tournant professionnel a été le plus simple car fermer des pages pour en ouvrir d’autres ne me pose pas de difficulté. Je suis plutôt une fonceuse de nature 😉 En outre, le deuil de mon ancien métier était déjà fait et ma vie personnelle me le permettait.

Le plus compliqué je dirais, et je pense que ça fera l’objet d’un article sur mon blog, c’est l’ascenseur émotionnel que je vis depuis plus d’un an. Si je gère plutôt bien mes émotions et mes actions, je supporte difficilement de mettre mon avenir entre les mains de tierces personnes. Et dans le cas d’une reconversion professionnelle, il y a plusieurs étapes où ce sont précisément ces tierces personnes qui décident si oui ou non, tu vas poursuivre l’aventure… J’aime pô ça.

Community Manager – dis-nous en un peu plus sur ce métier. En quoi ça consiste ?

Le métier de Community Manager est, ce que j’appelle, un job couteau suisse par excellence. Il requiert diverses compétences et connaissances, et consiste à (pêle-mêle) : accroître la visibilité d’un site, animer et fédérer des communautés sur les réseaux sociaux, promouvoir une marque, élaborer des stratégies, créer des visuels, etc… bref communiquer !

Tu es sur le point de terminer ta formation, qu’est-ce qui se passe après ? Des projets ? Des envies ?

On y vient, on y vient. Ma formation se divise en deux parties. La partie théorique de ma formation est achevée depuis février et la partie pratique (long stage en entreprise) se termine mi-mai. J’ai encore un rapport de stage à rendre fin juin, et la soutenance orale en juillet de mon projet digital, j’ai nommé DIGICroq (www.digicroq.com). Héhé, vise un peu comment l’auto-promo passe crème !

Après cela, je n’aspire qu’à une chose : trouver LE job de mes rêves !

 Un mot doux (ou sucré) pour la fin…

Du sucre ? Où ? Désolée mais ma gourmandise me rattrape encore ! Je tenais à te remercier, Marie, pour cette interview. Ce fut un plaisir de répondre à tes questions, vraiment.

Je profite de la tribune qui m’est offerte (ouais je sais, ça fait très star^) pour souffler ce petit mot à tous ceux et celles qui rêvent de changer de carrière professionnelle : « Ne vous mettez aucune barrière et autorisez-vous tout ». Et j’en profite également pour glisser mes deux citations préférées : « Aide-toi et le ciel t’aidera » et « Ta seconde vie commence quand tu comprends que tu n’en as qu’une ».

Mille Merci Cécilia! Un plaisir de t’avoir avec nous, ce matin. Ton interview file la pêche et donne envie de foncer pour réaliser ses rêves, quels qu’ils soient!

Les États d’esprit du Vendredi 10.05.2019

Copyright Marie Kléber

Les états d’esprits du vendredi, le samedi! Une pensée pour The Posman et Zenopia .

Début [6h35]

Photo: devinez…
Fatigue : je m’écoute un peu mais pas trop
Humeur : bonne
Estomac: quiche – pruneaux – eau (repas d’hier soir!)
Esprit: orienté examens de santé
Cond. phys. : courir pour avoir son train ça compte!
Boulot: mails – enveloppes – recommandés. Pas l’extase mais du boulot.
Culture:  ” The particular sadness of lemon cake” Aimee Bender
Penser à : accepter – relativiser
Avis perso (1): ah la pluie…c’est joli de l’intérieur!
Avis perso (2):  des pannes techniques sur le premier métro du matin ça met de bonne humeur!
Message perso: (1) J’aime tes mains et aussi l’odeur de ta peau (2) écrire pour sortir les maux/mots il n’y a que ça de vrai
Loulou: chez ses grands parents pour le week-end – a retrouvé ses copains avec bonheur – adore les maths (plus que le coloriage)
Amitiés :  EVJF
Love : attentif, rassurant, sportif, plein d’idées, adore me faire plaisir
Sorties : entre filles!
Essentiel: être vivant
Courses: une tenue de mariage pour loulou et moi
Envie de: profiter de la vie
Zic: Speed

Fin [6h49]

Bon week-end à tous. Profitez même sous la pluie! Une bonne raison pour faire du cocooning…

Cette douleur à l’intérieur de moi

Crédit Pixabay

C’est arrivé comme ça.

Depuis j’ai mal, à l’intérieur de moi. Est-ce lié ? Je ne sais pas. Pourtant je crois aux maux qui ne peuvent s’exprimer et s’impriment dans le corps.

Devant le message, j’ai mis du temps, enfin mon esprit a mis du temps à intégrer tous les paramètres des quelques mots posés sur l’écran.

J’ai regardé dans le vide et les larmes sont arrivées. Je ne sais pas pourquoi j’ai pleuré. Ni pourquoi je me suis sentie submergée par cette vague de chagrin. Juste là, au milieu de ma cuisine.

Les mots étaient simples. Des lettres et des chiffres. Le choc.

Et puis les jours d’après. Et l’au revoir. Est-ce que mon esprit a choisi de nier cette réalité ? Et mon corps a pris le relai ?

Qu’est-ce que je n’arrive pas à libérer ?

Qu’est-ce que ce départ me fait réellement ? Est-ce ma peine ou celle des autres qui me traumatise autant ?

Je ne vois que son sourire. Mais son sourire n’est plus. Ou juste sur les photos.

Elle est partie pour de bon. Elle a emmené ses 33 printemps avec elle. Je crois que je n’arrive pas à réaliser.

Peut-être que j’ai peur d’oublier. De l’oublier. D’oublier combien il est essentiel de vivre, là, maintenant. Et oublier ce serait presque comme une deuxième mort.

Depuis, je me sens loin de tant de choses. Et si proche de tant de choses.

C’est comme si les douleurs anesthésiaient mon esprit. Je ne pense plus. Je ne pense qu’à gérer la douleur. C’est presque pratique.

Mais ça ne peut pas durer. Je ne veux pas que ça dure. Je dois accepter. Accepter qu’elle est partie pour de bon, que je ne demanderais plus de ses nouvelles. Accepter le traumatisme de ses proches. Accepter que rien ne sera plus pareil. Accepter que son souvenir flottera toujours avec un gout d’inachevé entre nous. Accepter que la vie puisse s’arrêter d’un coup. Accepter que je puisse perdre demain les gens que j’aime. Le savoir. Ou pas. Accepter que la vie continue. Accepter d’être heureux malgré les injustices.

Le maître du jeu

Crédit Pixabay

Je ne suis pas celui qu’elle croit. Je suis le vent, les flammes. L’humeur variable. Je suis le voleur de sentiments, l’amant insaisissable. Elle me regarde avec ses yeux conquis. Mon allure de Dandy me donne le charme nécessaire pour investir son univers.

Voilà qu’elle croit que je suis mes déclarations d’amour éternel. La bague au doigt. Puis les enfants. Et quelques chats. Maison fleurie et décoration impeccable. Cadre de haut niveau dans une multinationale. Chef de projet et portefeuille confortable. Elle me pare de qualités qui n’existent que dans les contes de fées.

Je suis le ciel d’orage, l”amoureux impétueux. Elle me voit gentleman, terriblement épris d’elle, prêt à me battre en duel, l’épée sur le cœur. Je la berce d’illusions dans lesquelles elle se noie. Je respire le mensonge. Elle n’a d’yeux que pour moi.

Je suis le noir, l’esquive. Je joue l’adorateur pour le plaisir de voir son corps se plier au moindre de mes désirs. Ma palette de talents se décline à l’infini.

Je suis le peintre et le savant, le maitre du jeu. Je suis le fou chantant, le sourire radieux. Je connais les mots qui la font chavirer, les gestes qui la font se pâmer. Je lui donne ce qu’elle attend, scrute son imagination qui dessine des lendemains complices. Matins poètes et nuits fiévreuses. Un “nous deux” plein de promesses.

Je loue chaque jour les délices qu’elle cuisine, déguste du bout des lèvres le fruit de ses passions. Acteur et spectateur.

Elle me croit intègre. Elle me dit honnête. Elle y mettrait sa main à couper. Elle livrerait sa tête. Sa confiance règne en maître.

Je ne peux la contredire. J’acquiesce avant de l’embrasser, le corps en liesse, le cœur légèrement tourmenté. Je suis une énigme, un point d’interrogation. Peu me connaissent. Je gagne ma vie ainsi. Sa richesse est la mienne. Et si je triche, ce n’est qu’une question de survie.

Ce texte a été écrit dans le cadre d’un atelier d’écriture sur le thème du mensonge. Il fallait se placer du côté de la personne qui ment et rédiger un récit en 25/30 minutes.

Une évidence

Crédit Pixabay

Son sourire. Qui prend tout l’espace. Un sourire grandeur nature. Pour lui. Juste lui. Elle le sait, elle le sent. C’est lui. Il suffit qu’il tourne la tête, qu’il accroche son regard. Toutes ses amies suivent le manège avec intérêt. Il met un peu de temps à lui retourner son sourire. Éclatant. Une évidence.

Le début d’une histoire d’amour. Les premiers sentiments et l’attente. L’impression que tout est possible. Ils n’ont que vingt ans, alors oui tout est possible. On n’a pas ou peu de tabous à vingt ans. On se sent libre de tout. Et on se dit que tout est éternel. Alors on vit. On n’a pas peur. On se lance à cœur, à corps perdu dans l’aventure, riche d’insouciance. Et on s’aime. On fait l’amour. Souvent. On se laisse porter par le courant.

Jusqu’à ce que le courant dévie et que l’amour se fane. Un courant d’air. Et l’amour s’éteint. Il n’a rien dit. N’a même pas osé un geste de la main.Pas un mot. Rien. Trois ans et le silence. Elle appelle. Elle fait face au vide. Elle comprend et elle craque. Elle esquive les coups. Elle se rattrape aux branches d’une année universitaire. Réussir au moins ça et oublier. Faire le deuil comme ils disent. Mais comment fait-on le deuil d’une histoire qui garde comme un gout d’inachevé en elle?

Elle se questionne. L’évidence la rattrape. Elle a vu. Elle a su pourtant. Alors pourquoi? L’évidence la tourmente. Elle la garde prisonnière. Mais l’histoire est belle et bien terminée. L’évidence vit dans le passé, à l’instant de leurs regards croisés. Depuis ils ont évolué. Dans des directions opposées. L’évidence n’a plus de valeur. Il est l’heure.

Y-en aura t’il d’autres? Surement. Mais elle prendra des gants. Elle restera sur ses gardes. Ou alors elle tombera pour des bras pas faits pour elle, qui la convaincront que l’amour la fuit. Depuis lui.

La vie la rattrapera. Elle. Quelque part. Un soir. Un matin. Une autre évidence, c’est certain. La confiance s’imprimera sur les pavés. Et sur son cœur encore un peu embarrassé, ses peurs bien ancrées, ses failles non maîtrisées. Elle saura que l’évidence n’est pas un gage d’éternité, qu’il n’existe aucune certitude, ni en amour, ni dans la vie. Que tout se joue au jour le jour.

 

L’ultime au revoir

Le cahot soudain de la voiture sur la route de campagne la réveilla. Elle se frotta les yeux, pencha son nez sur son doudou « phlegmon », respira son odeur sucrée.  Puis rassurée par la présence de visages familiers, sombra de nouveau dans le sommeil, un sourire angélique au bord des lèvres.

A l’heure où les brins de muguet – excellent cru d’après les spécialistes – fleurissaient un peu partout, dispersant leurs vœux de bonheur aux quatre vents, l’atmosphère dans l’habitacle exigu était au recueillement. Chacun sentait son cœur, malaxé comme de l’argile, se tordre au moindre souvenir d’elle. La mère. L’enfant. L’épouse.

L’amie aussi.  

L’élan de solidarité dont tous avaient fait preuve avait quelque peu apaisé cet ultime rendez-vous. Tous avaient bravé les bouchons d’un weekend férié pour un dernier hommage, plein de larmes et d’amour.

L’enfant dans les bras de son père ne comprenait pas. Les fleurs, le cercueil, la musique, les images, les yeux humides, les visages graves. Sa grâce et son enthousiasme, comme autant d’espérance non contenue, venaient défier l’évidence de ce qui était et ne serait plus.

Ce texte est ma participation au rendez-vous d’Olivia. Les mots imposés étaient: excellent – férié – présence – solidarité – argile – muguet – cahot – espérance – phlegmon – évidence.

Le temps de l’amour

Crédit Pixabay

Le réveil a sonné. Une musique douce comme le flot d’amour qui passe entre nos peaux ivres de plaisir. Je me tiens tout contre la tienne, sa chaleur inonde chaque parcelle de la mienne. Je respire tout ce que tu es, dans cet instant. J’inhale la clarté des sentiments, la fraicheur de ton sourire, la volupté de nos accords, la naissance du jour dans tes bras. Délicieux. Je retiens les secondes avant de m’aventurer hors du lit, loin de l’onctuosité de ton étreinte. Passionnée, rassurante, magique.

Les premières heures de nous l’étaient. Magiques. Celles d’aujourd’hui le sont tout autant. Elles ont des reflets d’or qui font battre mon cœur, si vite, font vibrer mon corps, si intensément. Je n’en reviens toujours pas de tout ce que tu donnes jour après jour, de toute l’attention dont tu fais preuve, de la façon dont tu accueilles tout ce que je suis, sans souhaiter changer quoi que ce soit, de ta capacité à m’accompagner au delà de mes peurs, mêmes les plus tenaces.

Je me sens tellement vivante avec toi. Je découvre tout. Comme au premier matin de la vie. J’apprends l’amour au jour le jour. Le partage. L’écoute. Pouvoir tout se dire. Sans aucune certitude que celle des choix posés, des minutes incendiaires suspendues au chaos de nos sens épousés.

Merci mon Amour pour ce temps, à nul autre pareil (Merci pour le titre aussi!). Le temps d’avant s’évanouit. J’oublie. Et je m’enroule dans le merveilleux, je me drape de “je t’aime”. Je savoure l’excellence de nous…