Posted in Carnets de route

Intense

Tout ce que je vis est câblé sur un volume d’une intensité qu’il m’est, encore aujourd’hui, difficile de canaliser. Petite, je savais m’extraire du monde. J’ai perdu cette baguette magique ou bien on me l’a prise, en pensant qu’elle allait m’empêcher.

Tout vibre autour, en moi, tout me touche, me surprend, tout me tiraille, me suspend. Je vogue sans arrêt entre des émotions contradictoires, la mélancolie est ma patrie, la mort mon alibi. Et je n’y peux rien.

J’ai longtemps refusé d’être cataloguée hypersensible, pourtant tout est là, tout parle fort et vite, pourtant jour après jour, je me sens trahie par ma propre volonté, tout me chahute, la joie, la peur, la peine. Tout vient se coller à moi quand je ne peux plus le bruit, ni la lumière, quand tout m’agresse, quand un son m’oppresse, quand un changement d’agenda me laisse à bout de souffle.

Tout se bouscule dans ma tête, tous les mots s’offrent des voyages et je prends des virages pour aller d’un point A à un point B. Je donne si bien le change, je m’adapte si bien, c’est ce qu’on dit si facilement. Oui je passe si bien sous silence le manque de constance. Je souris et mon sourire envoie valser l’imprécis.

Je vis tout à fleur de peau, à fleur de trop, je suis dans un vague à l’âme permanent quand mon regard se pose sur une tristesse, sur un regard, sur tout ce qui ne se dit pas mais transpire dans les gestes. Je suis dans un émerveillement surdimensionné. Je suis dans un émotionnel qui n’a pas de bouton off.

Je vois tout, je sens tout, à travers une histoire, je sais sans savoir, mon corps mesure l’impact. On a beau se cacher derrière des couches et des couches de petites choses qui sont là pour maquiller ce qu’on ne veut pas laisser voir et puis un jour il faut composer avec toutes ces parts qui nous composent.

Alors j’apprends, petit à petit, comme un enfant face à ses premiers pas, j’apprends mon souffle qui se détend et mon souffle qui se fractionne, j’apprends le recul sans l’abandon, la distance sans l’éloignement, j’apprends à être avec les gens sans y perdre toute mon énergie.

J’apprends à accepter ce que je peux et ce que je ne peux pas, ce qui est ma plus grande faiblesse et ma plus belle force, ce qui me perd et ce qui me tient, pourtant, toujours debout.

Author:

Auteur - Blogueuse et Poète. J'écris comme je respire... Author - Blogger and Poet. Writing is my breath, my voice, my dream...

15 thoughts on “Intense

  1. Merveilleuse Marie, à travers tes mots, je me retrouve.

    Je cache beaucoup de ressenti, d’émotion, de peur, de doute comme toi, derrière un sourire.

    Vivre l’hypersensibilité au quotidien, c’est un challenge permanent.

    Pas facile d’expliquer aux personnes qui nous entourent qu’on ressent tout à la puissance 100.

    Avec les années, j’ai appris à lâcher le regard des autres pour me recentrer sur moi, sur mes ressentis et mes émotions.

    Tu as raison, comme un enfant apprend à marcher, on apprend à apprivoiser toutes ces émotions qui nous habitent.

    Par chance, il y a toujours de belles âmes qui veillent et qui, à travers des attentions, font que le quotidien devient moins lourd à porter.

    Continue à être toi, dans tout ce que tu es, un pas après l’autre.

    C’est le plus important.

    Gros bisous et à bientôt 😘

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    1. Merci ma chère Nicole pour ces mots dont toi seule a le secret!
      L’hypersensibilité n’est pas aisée à vivre au quotidien mais tu as bien raison de te détacher du regard des autres, c’est la clé. D’ailleurs, comment comprendre quand on ne le vit pas? Quand notre cerveau n’est pas câblé de la même manière?
      Etre en accord avec soi et avancer avec les personnes qui sans comprendre parfois sont là malgré tout et accueillent nos moments de grand flou et nos moments d’exaltation!
      Je t’embrasse bien fort et t’envoie plein de belles et chaleureuses pensées
      😘😘

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  2. Un article que j’aurais pu écrire, qui fais écho à mes propres ressentis. Nous ne sommes pas seules. Nous ne sommes pas des étiquettes non plus. Au plaisir de partager nos expériences trop intenses et nos apprentissages. Merci pour ce partage. 🙏

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    1. Un grand merci pour ce retour.
      Oui nous ne sommes pas seuls et nous avons beaucoup à gagner à accepter tout ce que nous sommes, même si il y a des jours où c’est réellement dur.
      Au plaisir!

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  3. Coucou Marie, ce texte me parle beaucoup. Dernièrement, je vis plus ou moins la même chose. Je cherche ma baguette magique pour de meilleurs moments pour toi.
    Je t’embrasse fort ♥️🥰❤️

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  4. Je me retrouve bien dans ton texte. Petite, je parvenais à équilibrer tout ça, à mettre toutes ces émotions en musique. Maintenant, je suis trop souvent tendue, crevée, à cran. Comme toi, j’aimerais retrouver ma partition, j’ai bien quelques idées pour la chercher mais ça aussi c’est compliqué. J’ai peu de tout dérégler encore plus fort. Alors je reste dans le statuquo, ce qui n’est pas formidable…. Bref, je suis toujours dans mon labyrinthe mais l’espoir est là.

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    1. Il y a que quand on est enfant, nous avons moins de responsabilités aussi, moins d’obligations. En grandissant, nous faisons face à plus d’ “agressions” et il nous faut gérer travail, famille et autres…
      Si l’espoir est là, c’est déjà beaucoup! Il faut continuer à le garder en ligne de mire.

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  5. I felt your words straight to the heart, Marie. So intense, powerful, and relatable. This world is hard to live in sometimes, but your last paragraph is a fine example of living through the chaos. Just remember to see the beauty not only on the outside, surrounding you at every angle, but inside of you. ❤️

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  6. Comme je te comprends… L’hypersensible que je suis sait bien que tout est vécu autrement d’ailleurs, Flaubert disait “Ce qui érafle les autres me déchire”. C’est une citation qui semble être écrite pour moi. J’ai toujours l’impression d’être l’incomprise de service et ce n’est pas facile au quotidien. J’envie ceux sur qui tout glisse sans laisser de traces…Remarque l’hypersensible vit aussi à fond les petits bonheurs…

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Un mot doux pour la route...

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