Posted in Atelier écriture

Derrière les rideaux

Je laisse les lieux en l’état. Rideaux vieillis par le temps, traces de pas sur le plancher, notre passage sur le terre des hommes. Tout me rappelle et rien ne s’attache. J’entends bien quelques rires qui viennent du jardin mais rien qui ne puisse me retenir.

Nous avons aimé et chahuté ici, fait grandir des petits et apaisé des chagrins. Les murs gardent quelque part le mémoire des secrets, ceux du dehors. J’ai fait mon devoir, celui de l’engagement. A vingt ans on ne sait pas, on ne saisit pas le poids des vœux. J’ai réussi là où je pensais m’écrouler. J’ai tenu avec un peu de fard sur les paupières et quelques anneaux d’or aux oreilles.

Nous avons perdu quelques idéaux dans la bataille, un zeste d’insouciance, un brin de tolérance. Les murs gardent les accès de rage, disséminés comme les pièces d’un puzzle que nous ne voulions surtout pas reconstituer.

Je regarde les plaintes noircies, les voiles qui masquent la beauté du jardin. Je me suis souvent assise ici pour surveiller les enfants et voir grandir les fleurs, pour attendre l’automne, le printemps, ton retour, les leurs. J’ai passé près de la fenêtre des heures, de jour comme de nuit, pleines d’étoiles et de vols d’oiseaux. Il fallait un gardien de nos vies et je me suis plongée dans ce rôle avec délectation, certaine de servir un dessein plus grand.

Je m’évade un peu, j’ai le temps. Encore quelques secondes pour un adieu. Les larmes ont coulé déjà et depuis longtemps elles ne viennent plus. Mes deuils sont derrière moi. Je quitte la maison, notre maison, notre refuge. Je pars en te laissant encore habiter ce lieu, si tu le veux. Quelque part nous y serons toujours. Nous laissons notre empreinte et quelques miettes de notre bonheur. Nous laissons nos doutes et les quelques points d’interrogation qui subsistent.

Je referme derrière moi la porte du premier jour. Je dépose mes armes près de l’escalier de pierre. Dans le jardin, les rosiers veillent. Tu les as taillés juste à temps. Pour toujours ils protègent ton sommeil.

Ce texte est ma participation à l’atelier Bric a Book N° 414

Author:

Auteur - Blogueuse et Poète. J'écris comme je respire... Author - Blogger and Poet. Writing is my breath, my voice, my dream...

12 thoughts on “Derrière les rideaux

  1. Ce genre de récit j’aime beaucoup Marie. On entre dans ce décor comme si on l’avait nous-même habité un temps. Nous avons tous et toutes de tes mots qui résonnent en nous pour les avoir un peu vécus.

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  2. Tu fais bien ressortir l’émotion qui nous étreint lorsqu’il faut quitter les lieux qui ont été les témoins d’un pan de notre vie ! J’ai souvent laissé un peu de moi-même dans mes anciennes maisons ! Passe une bonne soirée Marie Grosses bises

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  3. Coucou Marie, ce texte est débordant d’émotion, de tristesse, de nostalgie et en même temps si beau pour sa douceur. Bisous. Bon mardi tout ensoleillé, au moins au fond du coeur.☀️♥️🥰

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Un mot doux pour la route...

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