Posted in Carnets de route

Huit ans et quelques mois

Cela fait maintenant 8 ans et quelques mois que nous nous connaissons. Un peu plus si l’on compte ces mois de communion presque parfaite, ces mois en osmose dans une sorte de bulle baignée de lumière, avant le crash.

Huit ans et quelques semaines. Beaucoup de peurs et des heures de doute. Des larmes aussi, de quoi inonder l’espace. Des minutes obscures à se demander à quoi bon, à qui bon continuer, à quoi bon essayer. Des jours douloureux, des matins à ne plus savoir comment vivre sans cris, des soirs à guetter ton sommeil pour pouvoir m’écrouler, le corps pris de tremblements, le coeur en miettes et l’âme en peine.

Huit ans d’émerveillement aussi, de tes premiers pas à tes premiers mots, de tes premiers sourires à tes premiers coups de coeur, de tes premières fois suivies de secondes tout aussi touchantes.

J’ai souvent écrit combien je ne me sentais pas à la hauteur de ma tâche de maman, combien je me sentais lasse, vide, vidée, à cran, perdue, angoissée. J’ai souvent écrit la solitude, l’impuissance face à ton chagrin, tes peurs, ta sensibilité aussi exacerbée que la mienne, ta colère, ta rage. J’ai toujours écrit avec sincérité ce chemin de vie, choisi, pas toujours aisé, fait de hauts et de bas, d’envies de tout envoyer valser, de chaos et de tendresse mêlés. L’amour dans toute sa complexité.

J’ai voulu être une mère “parfaite”, celle qui n’existe pas! Tout gérer de main de maître, comme une sécurité, comme pour me dire que j’étais capable d’être ta maman. C’est pourtant ce qui m’a le plus pesé, enfant, cette maitrise des choses et du temps. C’est ce que j’ai copié, loin de me rassurer, ce modèle n’a fait que me terroriser.

Je t’ai écouté sans pouvoir répondre à tes demandes. Je t’ai écouté, je t’ai regardé évoluer, grandir, devenir un petit garçon. J’ai essayé tellement de fois le fameux lâcher prise, je me suis souvent plantée et la colère est revenue, comme une amie fidèle, manipulatrice, inquisitrice, destructrice.

Huit ans et quelques mois et voilà que doucement je prends ma place, tu prends la tienne, nous nous tenons l’un et l’autre dans un espace qui se vide de tristesse et se remplit d’allégresse. On dit que les épreuves nous rendent plus forts, je dois avouer que les nôtres nous ont fragilisés, nous ont rendu méfiants. Elles nous ont secoués et ont laissé des cicatrices que le temps seul à le pouvoir d’apaiser, pour peu que nous le laissions faire.

C’est à la joie et au présent que je m’en remets aujourd’hui, dans notre complicité et ce lâcher prise qui est arrivé sans que je le décide, comme si tout avait une raison d’être, comme si tout arrivait à point nommé. Peut-être bien que ce retour à moi aura été le point d’ancrage de cette relation qui s’épanouit, dans un mouvement permanent. J’accepte le déséquilibre et je pose davantage mes limites, ne craignant plus de ne pas en faire assez.

On s’apprend avec plus de rires et moins de contraintes, juste des règles de vie, celles que je définis pas à pas et qui te correspondent aussi. Cette vie à deux commence à avoir des reflets argentés et nous en avons tous les deux conscience. Comme quoi il faut toujours s’accrocher, la vie a des ressources insoupçonnées!

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Auteur - Blogueuse et Poète. J'écris comme je respire... Author - Blogger and Poet. Writing is my breath, my voice, my dream...

19 thoughts on “Huit ans et quelques mois

  1. Il te ressemble Marie, c’est fou ! Même si on ne voit pas son visage sur la photo, on peut deviner cette ressemblance. Il a beaucoup de chance de t’avoir pour Maman ce petit garçon. Je l’imagine déjà, bien plus grand, bien plus adulte, lire tes mots, tes si jolis mots… Quel beau cadeau tu lui fais là.

    De gros bisous, Marie !!

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    1. Oui on me le dit souvent Sand!
      Les mots je les chéris tu le sais et j’écris beaucoup depuis sa naissance, pour lui, pour moi. Pour le chemin fait ensemble, pour aujourd’hui et pour demain aussi.
      Grosses bises et douce journée ❤

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  2. “Avant le crash” x)
    Ceci dit, en Corée (et il me semble au Japon) ils comptent ces 9 mois pour un an ! Donc l’âge coréen n’est pas le même que l’âge de chez nous !

    Je pense que, dans le fond, le lâcher-prise arrive quand on est assez bien en nous-mêmes, assez OK avec qui on est. Quand on le cherche à tout prix, c’est qu’on cherche quelque chose à l’extérieur au lieu de se recentrer sur nous (un peu comme la quête du bonheur) et que donc on n’est pas prêts.

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    1. Intéressant pour la Corée. Je me suis toujours demandée pourquoi on comptait l’age à partir de la naissance justement et pas avant 😉.
      Je te rejoins sur le lâcher prise. Tant qu’on cherche à faire on essaie en effet de se rassurer. Et généralement on n’arrive à rien!

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      1. Et comme on arrive à rien, on culpabilise encore plus de pas y arriver (“tous les autres y arrivent, ça a l’air tellement facile et moi j’y arrive pas, je suis vraiment trop nul(le)”).

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  3. Merci Marie d’évoquer ici la relation enfant-parent et de montrer le questionnement de la maman au cours de sa transformation en mère.
    Nous voulions faire bien. Nous voulons bien faire. Mais nous ne faisons que ce nous pouvons. Et parfois, ce chemin qui nous mène à l’enfant est périlleux y compris pour lui car nous traversons ensemble des épreuves.
    Alors, tout ce que nous croyions et pensions s’effondre et tout est à recommencer ; la peine, la tristesse, la colère, l’incompréhension en plus. Mais peut-etre ai-je mal compris blé texte ? Ou peut-être que j’ai glissé sur une histoire qui m’est plus personnelle ?
    Merci Marie.
    John

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    1. Oui John. Merci pour tes mots posés ici. C’est en effet un chemin fait d’obstacles et de moments plus calmes pour se ressourcer un peu. Tout de même.
      Il y a tellement de phases, tellement à comprendre de l’enfant lui-même. Ce n’est pas si inné qu’on ne nous le dit. Il y a tellement de paramètres et nous n’avons pas toutes les clés non plus.
      C’est un chemin pas à pas dans l’amour et l’acceptation.
      Belle et douce journée à toi.

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  4. Quel joli texte, riche de fragilité et de tendresse. Tu n’es pas une mère parfaite. Tu es juste sa mère, la seule, l’unique. Et c’est déjà parfait d’en avoir une, qui fait de son mieux. Bonne fête, Marie ! 🌸

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  5. Il faut surtout se dire que la perfection n’existe pas ! Souvent c’est un climat de confiance réciproque qui fonctionne le mieux et crée une solide complicité ! Vous arrivez à la bonne période qu’il faut savourer ! Bon dimanche Marie Grosses bises

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  6. Quel magnifique texte écrit avec tellement d’amour. C’est vraiment beau ❤️ c’est une bien belle déclaration et je suis vraiment contente de lire qu’avec le temps, votre relation est beaucoup plus facile. Bonne continuation à vous deux 😘 🙏 ☀️ 💕

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  7. Quel merveilleux texte. Essayez d’être parfaite, j’ai aussi subi cette malédiction. J’ai aussi eu peur de tout faire de travers, de ne pas être à la hauteur.
    C’est rassurant de savoir que nous sommes nombreuses avec nos doutes, nos craintes, nos regrets parfois et c’est peut-être cela qui fait de nous finalement des bonnes mères ?

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    1. Oui je crois que nous passons toutes plus au moins par les mêmes appréhensions et questions.
      C’est tout un chemin la maternité, comme toutes les relations humaines.
      Merci pour tes mots sur ce texte.

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Un mot doux pour la route...

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