Posted in Emprise et Renaissance

Dire Non à l’autre – Dire Oui à Soi!

Photo by Artem Beliaikin on Pexels.com

Est-ce que j’ai dit « oui » ?
Non
Est-ce que j’ai dit « non » ?
Non
Est-ce que j’ai dit quelque chose ?
Est-ce qu’il fallait le dire
?

***

« Tu as le droit de dire NON ». Ma mère me l’avait dit, répété. Mon père me l’avait dit, répété.
Toujours. « Si tu n’as pas envie, si ça ne te plait pas, tu as le droit de dire NON ».

Alors ça ne vient pas de là. Pas de l’éducation que j’ai eu.
Ça vient d’où alors ?

Est-ce que c’est quelque chose d’ancré en nous, en tant que fille, en tant que femme ? Un passage obligé en quelque sorte.
Si obligé qu’on finit par ne plus se rendre compte des violences quotidiennes, des mots qui font mal, qui viennent jouer avec nos valeurs, nos idéaux, des gestes obscurs ?

Est-ce que ça a commencé dans la cour d’école par les humiliations, les vêtements déchirés, les rires insultants?
Est-ce que ça a commencé dans un métro bondé, sur une banquette, sous un imperméable kaki ?
Est-ce que ça a commencé avec le premier « toi t’es chaude » ou « t’as une bouche à tailler des pipes ! » ?

Est-ce que ça a commencé après la première danse un tant soit peu lascive, le premier flirt, le premier pas un peu plus audacieux que les autres ?
Est-ce que ça a commencé sur la banquette arrière d’une voiture, avec les premiers vertiges d’une main qui se faufile et vient éveiller nos sens ?
Est-ce que ça a commencé après la première rupture, parce qu’après deux rendez-vous je n’étais pas prête ?
Est-ce que ça a commencé quand, passé un certain âge, ne pas vouloir le premier soir, c’est presque un affront insensé ?

Est-ce que ça a commencé entre les draps d’un hôtel miteux près de la gare ?
Est-ce que ça a commencé quand il a fallu se justifier?
Est-ce que ça a commencé quand, chaque jour le silence, le mépris et chaque nuit, faire semblant, espérer un dénouement plus clément ?
Est-ce que ça a commencé par le « t’es qu’une pute » parce que je ne voulais pas me marier ?
Est-ce que ça a commencé par un « t’aime ça ! » de trop ?

Est-ce que ça a commencé par l’indifférence à mon plaisir ?
Est-ce que ça a commencé quand j’ai voulu tout faire, céder à tout pour être aimée ?
Est-ce que ça a commencé quand je n’avais plus la force, quand mon reflet dans le miroir me donnait envie de hurler ?
Est-ce que ça a commencé quand je me sentais sale, si sale, que j’essayais à tous prix d’effacer à l’eau brûlante les tâches sur ma peau écœurée ?
Est-ce que ça a commencé dans la soumission à une envie, considérée comme plus grande, plus importante, plus essentielle, quasi vitale ?

Est-ce que ça a commencé quand j’ai accepté d’être un « à côté » agréable ?
Est-ce que ça a commencé il y a bien longtemps, avant que je naisse, avant que je sois fille et femme ?
Est-ce que ça a commencé quand j’ai abdiqué mon pouvoir pour quelques graines, quelques minutes, instants volés pour oublier ?
Est-ce que ça a commencé quand j’ai dit « oui » pour faire plaisir, pour ne pas déranger, pour ne faire de la peine, par souci d’être gentille, pas trop demandeuse ?

Est-ce que ça a commencé par un départ, une nuit pour voir, un matin sans espoir, une main glissée dans la faille insensée de la dignité piétinée ?

Est-ce que ce ne sont pas tous ces moments qui, pris dans leur individualité ne sont finalement que des gouttes dans l’océan de la violence invisible, ont entaché la confiance, ont rendu impossible la prononciation affirmée d’un « non » qui n’admettait ni contestation, ni explication.

Quand est-ce que j’ai commencé à ne pas me respecter ? A me dire que ce n’était pas grave toutes ces incursions déplacées dans le périmètre protégé – pas si bien que ça – de mon intimité ?
Quand est-ce que c’est devenu « normal » de dire oui à défaut de pouvoir dire « non » ?

Autant de questions pour quelque chose de si petit, trois lettres d’un mot que l’on apprend à deux ans, marque de fabrique de l’affirmation de soi. Peut-être que je n’avais pas dit alors, moi, la petite fille si sage, si parfaite, l’enfant modèle qui dans sa bulle refaisait le monde à sa manière.

Autant de questions comme autant de « non » jamais entendus, dilapidés, même les plus petits. Des « non » qui se sont perdus dans l’immensité.
Autant de « non » suicidés, « non » balayés d’un revers de main, d’un « tu verras ce sera bien », d’un « allez moi j’ai envie » ou pire d’un « si tu le fais pas… » Sous la menace, la trace de ce qu’on cède par peur.

Je pourrais creuser encore et encore pour chercher les origines de ce presque suicide. Mais peut-être qu’il faut juste s’accorder à dire que ça a existé et qu’aujourd’hui cela peut changer, que mon « non » n’est pas négociable, comme le tien, le vôtre, qu’il a le poids d’un affranchissement avec le passé et que s’il n’est pas entendu, à tout instant je peux quitter la piste, que je n’ai rien à perdre et tout à y gagner. Un “non” pour aujourd’hui et la postérité.

Author:

Auteur - Blogueuse et Poète. J'écris comme je respire... Author - Blogger and Poet. Writing is my breath, my voice, my dream...

25 thoughts on “Dire Non à l’autre – Dire Oui à Soi!

  1. Je vais essayer de t’aider un peu Marie en te proposant une piste. Je pense que la réponse est en lien, avec ton prénom… J’espère que tu pourras en faire quelque chose.

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  2. Quand on est habitué à ne pas dire NON, c’est très difficile de se reprogrammer. Difficile mais pas impossible.

    J’étais très timide, et je connais bien cette difficulté à montrer que l’on existe aussi.

    J’aime beaucoup ton texte.

    Belle journée.
    Bises,
    Régis

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  3. Quand le tourbillon de la vie te laisse croire que tu n’existes pas il est difficile de dire non. Je n’osais pas dire non à ma mère car les gifles pleuvaient ! Alors j’ai souvent fait celle qui n’a pas entendu … Aux garçons j’osais dire non et j’avais toujours peur car les menaces arrivaient ” toi , tu tomberas sur un os ! ” C’est vrai mais là encore c’est ma mère qui menait la danse ! A cause d’elle j’ai dû accepter les humiliations d’un époux alcoolique ! Lorsque j’ai enfin divorcé, le non a été ferme et définitif , ceux qui me connaissent le savent ! C’est si bon d’être enfin maître de son destin ! Grosses bises Marie

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    1. Oui pouvoir dire non est une vraie libération Paulette. Et je suis heureuse que tu ai pu le faire.
      Ce n’était pas gagné mais tu as réussi et c’est la clé d’un avenir serein et en phase avec soi.
      Bises et belle journée à toi

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    1. Merci beaucoup!
      Parfois je me dis que nous avons tous notre part de responsabilité. L’autre ne peut peut-être pas toujours savoir. Si on ne dit pas “non”, on dit quoi?

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  4. Très beau texte, très fort.
    Une phrase me gêne, comme un grain de sable : “Quand est-ce que j’ai commencé à ne pas me respecter ?”
    Pour ma part, je refuse d’endosser cette responsabilité, qui mène à la culpabilité. Face à la violence et à l’emprise, la victime est démunie et doit souvent composer avec l’impuissance. La notion de respect n’existe même plus quand on ne sait plus qui on est.
    Je sais que tu as vécu ça, Marie, et que tu comprendras cette nuance qui, pour moi, est essentielle. Peut-être que je me voile la face. J’avais certainement ma part de responsabilité… mais je ne parviens pas (encore) à l’assumer.
    Et je pense que de nombreuses victimes sont dans ce cas. Les phrases assassines qu’on entend du style : “Pourquoi tu restes avec lui, quitte-le”, sont l’exemple parfait de cette culpabilisation qu’on veut faire porter aux victimes. Si c’était si simple, elles seraient déjà parties.
    Ce n’est pas par respect de soi qu’on s’en sort mais, je pense, par un instinct bien plus primitif, l’instinct de survie.
    Je suis de tout cœur avec celleux qui vivent un tel trauma. 💚

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    1. Bonjour Nina, merci beaucoup pour ta lecture sur ce sujet sensible pour toi et pour ton commentaire.
      Je te rejoins pour la relation d’emprise, c’est impossible de se respecter parce qu’on ne sait plus qui l’on est.
      Pour ma part j’ai intégré ma part de responsabilité dans cette histoire, au lieu de m’amener de la culpabilité cela m’a libérée. Mais une fois de plus c’est très personnel Nina.
      Par contre je m’interroge sur ce qui a pu se passer hors cette relation d’emprise. Pourquoi je n’ai pas réussi – et je ne suis pas la seule – à poser un “non”, pourquoi j’ai beaucoup culpabilisé aussi de ne pas y arriver et du coup de ne pas me respecter.

      Je suis de tout coeur avec les femmes qui souffrent, toutes les personnes qui vivent de telles situations et qui impactent leurs vies.
      Merci Nina

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  5. A mes yeux, ce texte est important, fort et je pense qu’il parle à beaucoup de femmes et pas uniquement.
    Aujourd’hui et depuis quelques années, j’ai découvert que, pour que mon “oui” en soit vraiment un, je devais pouvoir dire “non”. Je ne sais pas comment on en arrive là, à ne pas se prendre en compte, ni s’accorder d’importance, vous explorez des tonnes de pistes et il doit y en avoir d’autres encore.
    Je pense que je ne m’aimais pas ou si peu, si mal et j’attendais -sans en avoir pleinement conscience- que les autres comblent mes manques et dieu sait s’ils étaient nombreux à l’époque. Maintenant, je suis au coeur de ma vie, de la vie. Je continue à m’intéresser aux autres, d’une manière beaucoup plus légère et égalitaire.

    Liked by 3 people

    1. Bonjour Chantal, merci beaucoup pour votre lecture et votre retour su ce sujet délicat.
      Je retiens cette phrase très juste: “j’ai découvert que, pour que mon “oui” en soit vraiment un, je devais pouvoir dire “non”.”
      C’est une chose essentielle. Sinon rien ne signifie rien ou n’a pas vraiment de poids.
      Je pense que l’attente d’un retour de l’autre, l’attente d’être aimée sont autant de facteurs qui nous éloignent de nous mêmes et qui du coup nous entrainent dans des situations/expériences qui nous font du mal.
      Profitez pleinement de cette nouvelle vie! Et Bravo pour ce cheminement!

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  6. Marie,
    j’ai des frissons qui parcourent tout mon corps en lisant tes mots d’une puissance infinie.
    Le non a parfois cette lame d’absolu que l’on s’interdit pour de multiples raisons, connues ou inconnues, justifiables ou incongrues…
    Je trouve ton texte très courageux et intense. Comme l’acte fort de poser, à travers ces mots, l’encre de ce qui s’était imprimé dans le corps et le cœur étouffés.
    J’ai du mal à dire bravo car quelque part j’aurais aussi l’impression de féliciter les violences qui ont initié cet écrit.
    En tout cas, l’impact de ces lignes est immense.

    Liked by 2 people

  7. C’est vraiment super que tu aimes ton prénom. Et tu as raison, il est très beau, il contient un mélange de symboliques, remplit d’une dualité très puissante dans l’inconscient collectif …

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  8. Je crois que je vais être un peu hors sujet mais le titre m’a interpellée étant actuellement en burn out prof n’ayant pas assez su dire non.
    dans ma vie pro, je ne sais pas dire non
    dans ma vie intime avec un mec, je n’ai jamais eu aucun mal à dire non.
    jamais compris pourquoi je suis si différente dans ma vie pro (effacée) que dans ma vie perso (grande gueule).

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    1. Le sujet est vaste, varié et la peur de dire “non” se conjugue à tous les domaines de notre vie Dounia.
      Il y a quelque chose de l’ordre de la confiance peut-être, de l’affirmation de soi. Je n’ai pas encore de réponse mais ça me parait essentiel de creuser.
      Merci pour ton retour sur ce sujet. Et bon courage surtout.

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Un mot doux pour la route...

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